Rubens BARRICHELLO
 R.BARRICHELLO
Ferrari
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Ferrari
Ralf SCHUMACHER
 R.SCHUMACHER
Williams BMW

647. Großer Preis

LXV Australian Grand Prix
Sonnig
Melbourne
Sonntag, 12. März 2000
58 Runden x 5.302 km - 307.516 km
Affiche
F1
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Présentation de la saison 2000

 

Prost - Peugeot: divorce imminent

 

Présentation de l'épreuve: Mika, Michael, Rubens, Eddie et les autres

Le championnat du monde de Formule 1 célèbre en 2000 son cinquantième anniversaire. Comme c'est désormais la tradition, cette 51ème saison débute par le Grand Prix d'Australie à Melbourne, une épreuve toujours immensément populaire qui attire le jour de la course plus de 120 000 personnes. Toutefois, comme les années précédentes, les écologistes locaux manifestent contre la tenue de cette épreuve automobile dans un parc urbain. Pour cette édition, ils choisissent un moyen d'action original. Mercredi 8 mars, deux activistes pénètrent sur le circuit et se menottent au grillage séparant la voie des stands de la piste... La police évacue manu militari ces hurluberlus. Plus sérieusement, l'Albert Park inaugure un nouveau bitume bien accueilli par les pilotes qui déploraient jusqu'ici une surface trop bosselée. « Si le travail a été bien fait, nous ne devrions pas être handicapés », commente Michael Schumacher. « Je suis impatient de voir s'ils ont réussi à faire de ce circuit une vraie piste de F1 ou une piste de rallye-cross comme il l'était jusqu'ici ! »

 

S'il ne fait guère de doute que la bataille pour les titres mondiaux opposera encore McLaren-Mercedes et Ferrari, nul ne peut déterminer une hiérarchie puisque les nouvelles MP4/15 et F1-2000 ne se sont pas affrontées lors des essais hivernaux. Toutefois, la McLaren a davantage roulé que la Ferrari, et ce sans rencontrer de graves soucis techniques. La balance pencherait donc vers les Gris. « Nous avons effectué des tests d'endurance concluants et je suis beaucoup plus confiant que l'an dernier à la même époque », clame Mika Häkkinen. Cet hiver, le Finlandais a pris de belles vacances sous le soleil de l'hémisphère sud et paraît à Melbourne avec le teint halé et une nouvelle coupe de cheveux. Frais et dispos, il est paré pour une campagne qui pourrait le voir sacré pour la troisième fois. Déjà absorbé par la compétition, il s'inquiète de trouver les rares chronos officiels de la nouvelle Ferrari. Il retrouve en outre son équipier David Coulthard et aussi Olivier Panis, désormais essayeur officiel de McLaren. Le Grenoblois ne peut dissimuler son amertume devant les bolides de ses deux collègues. Certes, il parcourt ici quelques tours promotionnels avec la McLaren biplace, mais il aurait préféré être au départ du Grand Prix...

 

Michael Schumacher entame cette nouvelle saison avec un entrain décuplé par ses mésaventures de 1999. Chacun est en effet persuadé qu'il aurait conquis la couronne mondiale l'an passé sans son terrible accident de Silverstone. L'Allemand entend bien être le roi de l'an 2000 et ramener enfin le titre des pilotes à Maranello, vingt-et-un ans après le sacre de Jody Scheckter. « Ferrari reste mon plus grand défi, assure-t-il. Il n'est pas seulement important de gagner le titre, la manière entre aussi en ligne de compte. Avec une autre écurie, j'aurais peut-être remporté deux championnats de plus depuis 1996. Mais avec Ferrari, je suis toujours prêt à recommencer. » Quant à sa jambe blessée en juillet 1999, il n'y songe même plus. « C'est gênant... pour jouer au foot ! » sourit-il.

 

Rubens Barrichello effectue à Melbourne ses grands débuts avec Ferrari et constate sa forte popularité parmi les tifosi, nombreux parmi la communauté italienne d'Australie, et auxquels il répond dans la langue de Dante. Michael Schumacher tient des propos chaleureux à l'égard de son nouvel équipier dont il salue le labeur au cours de l'hiver: « J'ai parcouru 4000 km d'essais privés, mais Rubens en a fait bien plus que moi. Il a très vite assimilé nos méthodes de travail et nous nous entendons bien. » Ces propos courtois ont aussi pour but de faire oublier les tristes querelles avec Eddie Irvine. Qu'on se le dise, désormais l'harmonie règne entre les pilotes Ferrari... même si chacun se demande ce que signifie l'incompréhensible titre de « n°1 bis » attribué à Barrichello. « J'ai demandé un statut spécial pour montrer que Michael doit avoir un partenaire à son rang, explique-t-il. Si je mène dimanche, Ferrari ne peut pas m'empêcher de vaincre. Avec l'égalité absolue, je veux gagner. » Schumacher ne serait-il donc plus le leader officiel de la Scuderia ? Le « Kaiser » met gentiment les choses au point: « Rubens a raison de dire qu'il est aligné sur mon statut. J'étais exactement comme lui lors de mes premiers Grands Prix. Tout se jouait dans ma tête. » Mais qu'en sera-t-il en piste ?... Beaucoup doutent que le nouveau pilote Ferrari pourra se mesurer à Schumacher, qu'on lui laisse ou non la bride sur le cou. « Aucun doute pour moi, Schumacher va détruire Barrichello ! » assène Mika Salo, ex-ferrariste intérimaire. C'est sans nul doute l'avis d'Eddie Irvine. Celui-ci ricane des ambitions de son ex-équipier Barrichello, qu'il n'apprécie d'ailleurs pas beaucoup. Pour le vice-champion du monde, qui connaît le sujet, jamais Jean Todt ne laissera celui-ci battre Schumacher la régulière, si tant est que le Brésilien en soit capable...

 

Eddie Irvine a en tout cas fini de jouer les porteurs d'eau. Le voici premier pilote de la nouvelle écurie Jaguar Racing, ex-Stewart. Et afin de marquer la rupture avec son passé ferrariste, l'Irlandais a remisé son ancien casque orange et vert pour un tout nouveau couvre-chef où est dessiné un fauve tacheté, un... jaguar. Ce design est l'œuvre d'Aldo Drudi qui travaille aussi pour les motards Mick Doohan, Max Biaggi et Valentino Rossi. Le PDG de Ford Jac Nasser a fait le déplacement en Australie pour les débuts de cette équipe officielle du géant américain. Il ne lésine pas sur l'ambition: « Nous sommes en Formule 1 pour toujours, à l'intention des nouvelles générations d'acheteurs d'automobiles. » Personne ne peut ignorer l'arrivée de Jaguar qui a fait disposer dans tout Melbourne des panneaux annonçant: « The cat is back » ! On aperçoit aussi Jackie Stewart qui a retrouvé son rôle d'ambassadeur de luxe et accueille dans le stand Jaguar des personnalités éminentes : des dirigeants d'HSBC, premier sponsor de l'écurie, mais aussi quelques jolies mannequins... Souriant, l'Écossais de 61 ans s'estime en « pré-retraite » et laisse son fils Paul gérer l'écurie.

 

S'il n'y a plus de pilote japonais en Formule 1, les Nippons restent nombreux dans le paddock avec Bridgestone, Mugen et bien sûr Honda qui fait son grand retour officiel comme motoriste de BAR. Nobuhiko Kawamoto, l'ancien président de la firme de Wako, est présent à Melbourne. Il se garde de revenir sur son projet d'écurie d'usine 100 % Honda, enterré en 1999 par son successeur Hiroyuki Yoshino. Kawamoto est aperçu en discussion avec Hirotoshi Honda, le président de Mugen qui va tenter de distinguer son discours de celui de la « maison mère »... et de gérer les sorties d'Eddie Jordan. Le patron des Jaunes, qui proclamait jusqu'ici préférer le « vieux » Mugen au nouveau moteur Honda, fait soudain volte-face et attaque ses rivaux intimes de BAR: « C'est moi qui aurais dû recevoir le V10 Honda en prolongement du Mugen. Mais l'argent de British American Tobacco a tout déséquilibré. De toute manière, BAR ne tient que par Jacques Villeneuve... » Hirotoshi Honda ne dit rien, mais n'en pense pas moins.

 

Jenson Button est la coqueluche du public avant même d'avoir disputé son premier Grand Prix. Il est vrai que la présence au volant d'une Williams-BMW de ce quasi inconnu d'à peine 20 ans fait jaser. Certains se demandent comment un garçon qui n'a que quelques courses de monoplace à son actif pourra relever un tel défi. Jackie Stewart et Mika Häkkinen se disent opposés à cette promotion précoce. Jacques Villeneuve, un rien condescendant, se demande si ce jeune homme « sait où il met les pieds ». Button doit aussi essuyer les rebuffades de son équipier Ralf Schumacher qui l'a pris de haut dès leur première rencontre. Heureusement, il peut compter sur la bienveillance de son héros d'enfance, Michael Schumacher: « La F1 n'est pas une question d'âge, mais de maturité, déclare le pilote Ferrari. Si Button a la maturité et la vitesse nécessaire, il a toute sa place parmi nous. » Alain Prost, qui a eu l'occasion de le tester en 1999, est aussi élogieux: « Jenson est très mature pour son âge, il a quelque chose de spécial. » D'autre part, l'Anglais fait face à une mésaventure assez cocasse: sorti de sa F1, il ne peut grimper dans un véhicule de tout le week-end, puisque la législation australienne interdit l'usage d'un véhicule de location aux jeunes gens de moins de 21 ans ! C'est donc son père John qui lui sert de chauffeur...

 

Après des essais hivernaux calamiteux, personne n'ignore que l'entité Prost-Peugeot est en voie de désintégration. La presse française relaie complaisamment les détails de la brouille irrémédiable entre les deux parties. Alain Prost sait que son partenaire va l'abandonner à l'issue de cette saison 2000, terme de leur contrat. Et le Lion ne sauve même plus les apparences: lors du grand dîner de gala donné le 10 mars au Sheraton Texas Hotel à l'intention des concessionnaires Peugeot du cru, ni Alain Prost ni Jean Alesi ne sont conviés. Seul le néophyte Nick Heidfeld représente l'écurie française. Prost est tellement amer qu'il refuse désormais de parler de Peugeot devant la presse. Dans le stand des Bleus, on s'affaire pour améliorer la fiabilité catastrophique de l'AP03, comme l'explique l'ingénieur de Peugeot Guy Audoux: « Cet hiver, l'un des boîtiers électroniques chauffait, ce qui entraînait des changements de vitesses intempestifs et la rupture de la boîte. Nous avons trouvé une solution, mais bien d'autres domaines nous préoccupent... »

 

Pierre Dupasquier est en voyage d'exploration à Melbourne. Michelin a annoncé son retour en Formule 1 dès 2001, et son patron de la compétition est à la recherche de futurs clients. Déjà un contrat a été signé avec Williams, mais Bibendum espère fournir au moins cinq écuries. La future guerre des pneus se prépare déjà, et Dupasquier a hâte de retrouver la F1, plus de quinze ans après le départ de sa firme. Il cherche à s'entretenir avec Hirohide Hamashima, son homologue chez Bridgestone, semble-t-il en vain. « Il m'a fait savoir qu'il était trop occupé par le travail que nous lui donnions ! » sourit l'ingénieur français. En vérité, Hamashima est en plein bras de fer avec Craig Pollock. BAR n'a toujours pas signé son contrat avec Bridgestone pour l'an 2000. Le manufacturier menace l'écurie récalcitrante d'une pénurie de pneus. Voilà qui profite à Dupasquier qui ne manque pas de faire une petite visite à Pollock...

 

Jeudi 9 mars se tient à Melbourne un gala de charité réunissant plusieurs pontes de la Formule 1. Les organisateurs mettent aux enchères une journée d'essais avec l'écurie Williams et une visite des usines BMW. Un heureux donateur remporte le lot pour 30 000 dollars australiens. Stupeur, il s'agit de... Ron Dennis ! Hilare, le patron de McLaren prend le micro. Il se dit impatient de visiter les installations de son ami Sir Frank et annonce qu'il va envoyer Norbert Haug à Munich pour espionner BMW. Rires assurés.

 

De nombreuses personnalités des sports mécaniques déambulent dans le paddock de l'Albert Park, notamment les deux champions du monde australiens, Jack Brabham et Alan Jones, lequel fête avec Frank Williams les vingt ans de son titre mondial. Eddie Irvine s'amuse quant à lui avec ses copains motards Mick Doohan et Barry Sheene. On aperçoit enfin Stirling Moss, qu'il faut désormais appeler « Sir » puisqu'il vient d'être anobli par le reine Élisabeth II. Le « champion sans couronne », âgé de 70 ans, sera officiellement adoubé le 21 mars par le prince Charles.

 

Essais et qualifications

Les essais libres du vendredi sont très mouvementés. M. Schumacher réalise le meilleur chrono (1'32''130''') devant Coulthard et Barrichello. Mais l'Allemand subit aussi une panne électrique et surtout une grosse sortie au virage Stewart, dont il sort sans dommages. Samedi matin, au volant de son mulet, Schumacher signe encore le temps le plus rapide (1'30''439''') et bat déjà la pole de 1999. Häkkinen est stoppé par une panne de moteur. McLaren décide alors de changer les V10 Mercedes de ses deux machines avant les qualifications. Au cours de cette séance, Button heurte un mur par l'arrière et occasionne un drapeau rouge de dix minutes.

 

L'après-midi, sous un chaud soleil, la bataille pour la pole oppose les McLaren et les Ferrari, jusqu'à ce que Coulthard perde le contrôle de son bolide après la courbe Stewart. Il percute rudement le mur en marche arrière, et son aileron s'envole sous le choc pour retomber sur le museau de la McLaren. A quelques centimètres près, Coulthard le recevait sur la tête...

 

A cet instant, Häkkinen a sécurisé la 22ème pole position de sa carrière (1'30''556''') et Coulthard le suit en deuxième position, à quatre dixièmes. Pour la troisième année consécutive, les McLaren-Mercedes monopolisent ici la première ligne, et ce malgré un train arrière un peu nerveux. L'accident de Coulthard empêche les Ferrari de M. Schumacher (3e) et de Barrichello (4e) d'améliorer, mais les machines rouges semblaient un cran en dessous des Flèches d'Argent cet après-midi. Les Jordan-Mugen-Honda occupent la troisième rangée, mais ont subi beaucoup de pépins mécaniques. En qualifications, Frentzen (5e) déplore une touchette et Trulli (6e) se rabat sur le mulet après une panne de boîte de vitesses. Irvine hisse sa Jaguar-Ford en septième position, à tout juste une seconde de la pole. Frappé de coupures moteur depuis le début du week-end, Herbert (20e) est beaucoup moins heureux. Villeneuve (8e) affiche un bon rythme avec la nouvelle BAR-Honda. Son collègue Zonta (16e) est pénalisé par un problème de gestion électronique.

 

Fisichella conduit sa Benetton-Playlife en neuvième position, mais aurait pu faire mieux sans les drapeaux jaunes de fin de séance. Wurz (14e) se débat avec un gros sous-virage. Salo (10e) fait bonne figure pour sa première apparition avec Sauber. Son équipier Diniz (19e) voit sa séance gâchée par un problème hydraulique. R. Schumacher réalise de bons chronos lors des essais avec la Williams-BMW, mais un incompréhensible survirage le touche en qualifications. Le jeune Allemand partira seulement 11e. Button est victime d'une chute de pression d'essence après son accident de la matinée et se qualifie in extremis en 21e position, sur la T-Car. Les Arrows-Supertec surprennent en se plaçant dans le « top 10 » lors des essais. Hélas, elles ne parviennent pas à faire chauffer leurs pneus en qualifications. De la Rosa et Verstappen se contentent respectivement des 12e et 13e rang. Les Prost-Peugeot sont accablées vendredi et samedi matin par des avaries de boîte et de moteur. Heidfeld (15e) et Alesi (17e) sont cependant miraculeusement épargnés en qualifications. Gené (18e) démontre le potentiel de la Minardi avant d'effectuer un tête-à-queue en fin de séance. Mazzacane (22e) se montre assez rapide lors des essais libres mais est bien moins à l'aise dans l'exercice des qualifications.

 

Le Grand Prix

Barrichello réalise le meilleur temps du warm-up (1'31''225''') devant le surprenant Button. Les pilotes McLaren et Ferrari travaillent sur leurs réglages. Herbert est touché d'une nouvelle panne de moteur et confie à Jacques Laffite (TF1) qu'il serait heureux de boucler un tour l'après-midi...

 

La saison démarre sous une forte chaleur (30°C), mais si le mercure a perdu quelques degrés depuis la veille. La plupart des pilotes prévoient un seul ravitaillement. M. Schumacher prend le départ avec son châssis d'origine, accidenté vendredi et réparé entretemps. Alesi ne parvient pas à faire démarrer sa Prost suite à des soucis électro-hydrauliques. Il doit se rabattre sur le mulet préparé pour Heidfeld dans lequel il est très mal installé et s'élance depuis les stands.

 

Départ: Häkkinen et Coulthard démarrent très bien et conservent leurs positions. En revanche, les Ferrari partent mal et sont menacées par les Jordan. M. Schumacher reste troisième devant Frentzen tandis que Barrichello contient Trulli et Villeneuve.

 

1er tour: Häkkinen mène devant Coulthard, M. Schumacher, Frentzen, Barrichello, Trulli, Villeneuve, Salo, Irvine et Verstappen. Button a pris un excellent envol et pointe au 15e rang. Gené entre aux stands pour faire remplacer une biellette de direction endommagé lors d'une touchette avec Heidfeld.

 

2e: Häkkinen, Coulthard et Schumacher se tiennent en deux secondes. Verstappen prend la neuvième place à Irvine. Herbert se gare dans une échappatoire suite à une panne d'embrayage. Il aura au moins parcouru une ronde complète...

 

3e: Häkkinen roule 2 à 3/10e au tour plus vite que Coulthard et Schumacher. Barrichello bute sur Frentzen et perd le contact avec le trio de tête. De la Rosa dépasse Irvine. Alesi a doublé les Minardi et son équipier Heidfeld.

 

4e: Aux trousses de Diniz, Alesi exécute un tête-à-queue au virage n°3. Il repart derrière Heidfeld et Mazzacane.

 

5e: Häkkinen mène devant Coulthard (1.6s.), Schumacher (2.8s.), Frentzen (11.6s.), Barrichello (11.9s.), Trulli (13.4s.), Villeneuve (16.5s.), Salo (17.5s.), Verstappen (18s.) et de la Rosa (19s.).

 

7e: De la Rosa est victime d'une rupture de suspension avant dans le virage Lauda et s'écrase contre le mur. Pour l'éviter, Irvine se met en tête-à-queue et cale son moteur. Fisichella évite de justesse la Jaguar en perdition. Au même instant, sur l'autre Arrows, Verstappen subit lui aussi un bris de suspension à l'avant-gauche et met deux roues dans l'herbe à la sortie de l'enchaînement de Waite.

 

8e: La voiture de sécurité entre en piste pour évacuer l'Arrows de de la Rosa et la Jaguar d'Irvine. Verstappen revient à son stand pour faire changer une biellette de direction et reste immobilisé quatre minutes. Mazzacane effectue un ravitaillement.

 

9e: Le peloton évolue derrière la Safety Car. Häkkinen devance Coulthard, M. Schumacher, Frentzen, Barrichello, Trulli, Villeneuve, Salo, Fisichella, R. Schumacher, Zonta, Wurz, Button, Diniz, Heidfeld, Alesi, Mazzacane et Gené.

 

10e: La piste est claire et les débris ont été balayés. La voiture de sécurité rejoint les stands à la fin de ce tour. Verstappen a repris la piste avec trois tours de retard.

 

11e: La course reprend. Si Häkkinen s'enfuit, Coulthard peine à contenir à Schumacher et rejoint son stand en fin de tour.

 

12e: Le moteur de Coulthard ratatouille et l'Écossais change de pneus et surtout de cartographie. Il repart après 45 secondes d'immobilisation, mais son V10 Mercedes fume dangereusement...

 

13e: Häkkinen compte deux secondes et demie d'avance sur M. Schumacher. Coulthard franchit trois virages puis son moteur part en fumée. Il s'immobilise sur le bas-côté.

 

14e: Häkkinen précède M. Schumacher (3s.), Frentzen (8s.), Barrichello (8.6.), Trulli (10s.), Villeneuve (13s.), Salo (13.5s.), Fisichella (14.5s.), R. Schumacher (15s.) et Zonta (16s.).

 

16e: Häkkinen compte plus de trois secondes d'avance sur Schumacher. Frentzen et Barrichello sont relégués à plus de dix secondes.

 

17e: Schumacher attaque et reprend quelques dixièmes à Häkkinen. Barrichello se morfond derrière Frentzen.

 

18e: Häkkinen améliore le record du tour (1'32''433''') mais ne compte que deux secondes et demie de marge sur Schumacher. Arrows rappelle définitivement Verstappen au garage afin de prévenir toute nouvelle rupture de suspension.

 

19e: Le moteur de Häkkinen rend l'âme dans la courbe longeant le lac. Le Finlandais est frappé comme son équipier d'une avarie de rappel pneumatique et se gare dans la pelouse. Voici Schumacher en tête de l'épreuve.

 

20e: M. Schumacher mène devant Frentzen (16.5s.), Barrichello (16.9s.), Trulli (18.3s.), Villeneuve (25s.), Salo (26s.), Fisichella (27s.), R. Schumacher (28s.), Zonta (30s.) et Wurz (31s.). Diniz est aux stands pour ravitailler et remplacer son aileron avant endommagé dans une touchette.

 

21e: Alesi stoppe chez Prost pour un premier pit-stop et se retrouve en 14e position.

 

23e: Schumacher possède vingt secondes d'avance sur Frentzen et Barrichello, toujours roues dans roues. Salo menace Villeneuve pour la sixième place.

 

24e: M. Schumacher est premier devant Frentzen (20.1s.), Barrichello (21.2s.), Trulli (23.4s.), Villeneuve (32.1s.), Salo (32.8s.), Fisichella (35s.), R. Schumacher (36s.), Zonta (37s.), Wurz (38.5s.) et Button (40s.). Heidfeld ravitaille pour la première fois et reste arrêté plus d'une minute pour faire purger ses freins. Le jeune Allemand se retrouve dernier.

 

26e: M. Schumacher tourne en 1'31''846''' et repousse Frentzen à vingt-et-une secondes. Barrichello laisse un peu de champ à celui-ci.

 

28e: Schumacher signe son meilleur chrono de l'après-midi (1'31''752'''). Alesi se range dans l'herbe suite à une fuite hydraulique. Le cauchemar se confirme pour Prost GP...

 

30e: Schumacher entre aux stands en fin de tour pour mettre de l'essence et des pneus rodés (12s.). Il ressort troisième devant Trulli. Frentzen recueille la première place. Salo effectue aussi son unique ravitaillement. Gené passe aux stands pour la seconde fois.

 

31e: Frentzen ne compte que sept dixièmes d'avance sur Barrichello. Schumacher roule à huit secondes de son équipier.

 

33e: Barrichello entre aux stands en fin de tour et bascule sur une stratégie à deux pit-stops afin de se défaire de Frentzen. Il reçoit un peu d'essence et des enveloppes neuves (9s.), mais son redémarrage est hésitant. Il glisse en 10e position, derrière Button.

 

34e: Frentzen compte six secondes d'avance sur Schumacher. Barrichello chasse le jeune Button.

 

35e: Zonta et Wurz passent aux stands pour leurs ravitaillements respectifs. Salo s'intercale entre le Brésilien et l'Autrichien.

 

36e: Frentzen entre aux stands mais son ravitaillement se passe mal. Le coupleur d'essence fait des siennes et la roue arrière-gauche se fixe avec difficulté. L'Allemand repart au bout de 23 secondes en sixième position. Au même instant, son équipier Trulli se range dans les graviers, un échappement fêlé ayant eu raison de son moteur. Fisichella opère son unique ravitaillement. M. Schumacher recueille la première place devant Villeneuve, R. Schumacher et Button.

 

37e: Villeneuve stoppe chez BAR tandis que Button fait escale au stand Williams. Fisichella s'immisce entre eux. Second pit-stop pour Mazzacane.

 

38e: R. Schumacher subit son ravitaillement (14s.) puis retrouve la piste en troisième position devant Frentzen et Villeneuve. Quinze secondes séparent les deux Ferrari en tête de l'épreuve. Zonta dépasse Salo.

 

39e: Barrichello est très rapide grâce à son réservoir léger et ses pneus neufs. Il reprend deux secondes à Schumacher. Pressé par le Pauliste, Gené s'offre une excursion dans l'herbe au virage Stewart. Frentzen rejoint le stand Jordan au petit trot à cause d'une fuite hydraulique sur sa boîte de vitesses. Les deux Jordan sont hors-jeu.

 

40e: M. Schumacher mène devant Barrichello (10s.), R. Schumacher (32s.), Villeneuve (36s.), Fisichella (37s.), Button (39s.), Zonta (41s.) et Salo (42s.). Mazzacane passe aux stands pour la troisième fois.

 

41e: Barrichello signe le meilleur tour de la course (1'31''481'''). Diniz stoppe chez Sauber pour faire vérifier sa transmission.

 

42e: M. Schumacher mène un train de sénateur, tourne en 1'35'' et laisse Barrichello revenir à seulement quatre secondes. L'Allemand se ménage car il ressent des vibrations sur son train avant.

 

43e: Trois secondes séparent encore les deux Ferrari. Mazzacane renonce suite à une panne de boîte de vitesses. Diniz se retire aussi, victime de sa transmission.

 

44e: Avec son réservoir presque vide, Barrichello a rejoint Schumacher et s'apprête à le dépasser. A plus de trente secondes de là, R. Schumacher s'échappe devant un peloton comprenant Villeneuve, Fisichella, Button, Zonta, Salo et Wurz.

 

45e: M. Schumacher laisse passer Barrichello sur la ligne de chronométrage. Le Brésilien doit en effet bénéficier d'une piste claire afin de creuser l'écart sur l'autre Schumacher et effectuer un second arrêt en toute tranquillité.

 

46e: Barrichello fait escale chez Ferrari pour remettre un peu d'essence et des pneus rodés (8s.). Il ressort en seconde position. M. Schumacher retrouve les commandes.

 

47e: Le moteur BMW de Button explose avant le virage n°3. Le débutant se gare dans la pelouse alors qu'il était en passe d'inscrire le point de la sixième place.

 

49e: M. Schumacher possède vingt-cinq secondes d'avance sur Barrichello et quarante secondes sur son frère. Villeneuve, Fisichella, Zonta, Salo et Wurz se tiennent en quelques secondes et se battent pour les points.

 

50e: Au virage Ascari, Salo dépasse Zonta qui rencontre des problèmes de freins. Le Finlandais menace ensuite Fisichella.

 

52e: M. Schumacher mène devant Barrichello (22s.), R. Schumacher (35s.), Villeneuve (46s.), Fisichella (46.8s.), Salo (47.5s.), Zonta (48.5s.), Wurz (49s.), Gené (-1t.) et Heidfeld (-2t.).

 

54e: Schumacher et Barrichello réalisent désormais les mêmes chronos, autour d'1'32''. R. Schumacher est isolé au troisième rang. Dans le peloton, Salo se montre pressant derrière Fisichella.

 

56e: M. Schumacher devance Barrichello (18s.), R. Schumacher (30s.), Villeneuve (45s.), Fisichella (45.6s.), Salo (47s.), Zonta (47.7s.) et Wurz (48.3s.).

 

57e: M. Schumacher lève le pied dans ces deux dernières boucles. Plus loin, Salo harcèle Fisichella et Zonta résiste à Wurz.

 

58ème et dernier tour: Michael Schumacher remporte le GP d'Australie devant Barrichello: la saison s'ouvre par un doublé Ferrari. R. Schumacher (3e) donne au moteur BMW un podium pour sa première course. Villeneuve finit quatrième et inscrit les premiers points de BAR-Honda. Fisichella se classe cinquième et Salo sixième. Zonta, Wurz, Gené et Heidfeld achèvent aussi la course.

 

Mika Salo, heureux d'inscrire un point dès sa première course avec Sauber, déchante cependant très vite. Il est disqualifié car les dérives de son aileron avant débordent de 5 cm sur l'espace sans carrosserie qui doit séparer cet élément des roues avant (article 3. 11 du règlement technique). Comme l'avouera Jacky Eeckelaert, l'équipe suisse s'est tout simplement trompée en montant sur la voiture de Salo un aileron de 1999 dont les attaches étaient un peu plus reculées... Sauber ne fait pas appel de cette décision, et Ricardo Zonta recueille donc la sixième place et son premier point en F1. Voilà aussi quatre points d'un coup pour BAR-Honda.

 

Après la course: le rouge est mis

Jean Todt ne pouvait rêver meilleur coup d'envoi pour son écurie. Michael Schumacher remporte pour la première fois ce Grand Prix d'Australie, l'un des derniers qui manquaient à son palmarès (avec ceux d'Autriche et de Malaisie). « C'était la cinquième fois que l'on essayait de gagner en Australie et d'être compétitif dès le début de la saison, dit-il. Dès que je me suis assis dans cette voiture, j'ai su qu'elle serait aussitôt capable de se battre pour le championnat. Je n'étais pas déçu samedi. Je pensais que Häkkinen pouvait célébrer sa pole et moi ma victoire ! J'ai été déçu que les McLaren abandonnent, j'aurais préféré me battre contre elles pour montrer ce dont nous sommes capables ! » Tout ne fut pas rose pourtant pour le double champion du monde qui a manqué son départ et souffert d'une usure de gommes assez importante. « Notre procédure de départ n'est pas au point, admet-il. Le système a des lacunes, faisant appel à beaucoup de composants et de liaisons interdépendantes. Nous avons du travail à accomplir sur ce point précis. Puis, plus tard, j'ai pensé que les pneus avaient tourné sur leur jante, comme cela arrive parfois. Sur la fin, les vibrations ont empiré. Je n'ai voulu prendre aucun risque et j'ai réduit mon rythme. Avec plus de vingt secondes d'avance, cela n'aurait eu aucun sens de partir en quête du meilleur chrono ! »

 

Pour ses débuts avec Ferrari, Rubens Barrichello a assuré un doublé et fait forte impression, malgré un départ hésitant et un changement de stratégie en cours de route. Aurait-il pu faire encore mieux ? « Mon objectif était bien de gagner », assure le nouvel homme en rouge. « Malheureusement, je n'ai pas très bien réussi mon envol et je me suis retrouvé coincé derrière Frentzen. J'étais plus rapide que lui bien sûr, mais impossible de le dépasser. Alors, par radio, on a échafaudé avec Ross Brawn une stratégie pour s'en débarrasser. De un à deux arrêts. Et je suis mal reparti du premier après m'être retrouvé au point mort. » Après l'abandon de Frentzen, subsistait la menace Ralf Schumacher. C'est pourquoi Schumacher aîné a gentiment ouvert la voie à son équipier. « J'ai été prévenu de la situation par radio et il était donc normal que j'ouvre la porte pour que Rubens perde le moins de temps possible », commente le serviable Schumi. Cela signifie-t-il que Barrichello est vraiment un « n°1 bis » ? « Rubens est rapide, je le savais et c'est ce que nous voulions », assure Schumacher. « D'ici à ce qu'il me dispute la victoire... Nous verrons bien, nous ne sommes qu'au début de la saison. Jusqu'à une certaine étape du championnat, les sentiments personnels doivent rester au placard. »

 

Au cours des essais hivernaux, le nouveau V10 Mercedes a accompli près de 6000 kilomètres sans rencontrer de problème majeur, au point que Ron Dennis considérait ce nouveau propulseur l'atout n°1 de la MP4/15. McLaren pouvait donc aborder cette manche inaugurale avec confiance. Las, après une première alerte aux essais, David Coulthard et Mika Häkkinen ont, tous deux, été trahis par leur moteur après moins de vingt tours. Comme en 1999, les Gris commencent leur saison par un double K.O technique... « Ces deux incidents sont similaires à ceux d'hier », admet Norbert Haug. « L'origine se situe au niveau de la distribution pneumatique. Nous devons régler ce problème rapidement afin, non pas d'être performants, mais de finir les courses ! » Un lourd travail attend le commando McLaren-Mercedes avant un Grand Prix du Brésil qui s'annonce décisif quinze jours plus tard. Ferrari mène au championnat des constructeurs par 16 à 0...

 

A contrario, le V10 BMW, qui n'a pas cessé d'exploser cet hiver, s'est montré plus solide que prévu, au point que Ralf Schumacher conquiert un podium tout à fait inattendu. Harcelé par les journalistes, Gerhard Berger sourit, une bière à la main: « Notre saison 2000 est déjà mieux que sauvée ! Ce podium va nous servir de référence. » Soudain, l'Autrichien manque de trébucher sur... Ralf Schumacher qui évolue à quatre pattes au milieu de la cohue. On ne savait pas « Monsieur Frère » aussi facétieux... Mais ce dernier retrouve son sérieux pour évoquer cet exploit: « Mon seul objectif était de finir la course. Elle fut d'ailleurs sans histoires, j'ai tout fait pour préserver les pneus et la mécanique. Les abandons devant moi et une stratégie parfaitement exécutée ont fait le reste. Il faut vraiment féliciter l'écurie Williams qui a gommé les principaux défauts du châssis de l'an passé. Et le moteur BMW tient déjà son rang. C'est vraiment incroyable ! » La paire Williams-BMW est aussi enthousiasmée par sa jeune pépite Jenson Button, auteur d'un premier Grand Prix remarquable qui aurait été couronné d'un point sans une casse moteur. « Je suis absolument ravi d'être remonté de la 21e à la 6e place, commente l'Anglais. C'est certain que j'aurais aimé finir et marquer ce point, mais l'essentiel aujourd'hui était de montrer que j'étais apte pour le job ! » Mission plus qu'accomplie. Frank Williams, Patrick Head et Gerhard Berger peuvent fiers de leur recrue. « Jenson semble avoir un très grand potentiel, c'est une première tout à fait convaincante » souligne Berger admiratif.

 

Jacques Villeneuve accueille les journalistes avec le sourire: il vient d'inscrire ses premiers points depuis le GP du Japon 1998 ! Avec cette quatrième place, le champion du monde 97 efface une saison 99 cauchemardesque... mais ne tire pas de feu d'artifice pour autant car sa course fut éprouvante: « Je n'allais vraiment pas vite », estime le Québécois. « J'ai été ralenti quand Frentzen a eu son problème, ce qui a permis à R. Schumacher de me souffler le podium. Puis j'ai eu quelques soucis d'embrayage sur la fin. Fisichella et Salo étaient plus rapides que moi. J'étais léger en appui et donc rapide en ligne droite, ce qui m'a permis de conserver cette 4e place. Je pensais que le moteur BMW de Ralf casserait... Enfin, voilà une bonne chose de faite. Nous ne serons pas derniers au championnat et c'est bien pour le budget de l'équipe ! » Outre les quatre points inscrits avec Villeneuve et Zonta, le clan BAR se satisfait de devancer leurs rivaux directs Jordan-Mugen-Honda, contraints à un piteux double abandon...

 

Le bonnet d'âne de ce premier Grand Prix revient incontestablement à Prost-Peugeot. L'AP03 conçue par Alan Jenkins, dont on attendait monts et merveilles, n'est ni fiable ni performante. Certes, Nick Heidfeld a pu voir le drapeau à damiers, mais avec deux tours de retard et de graves soucis de freins. Corrado Provera y voit pourtant une source d'espoirs: « C'est une forme de soulagement et cela doit nous inciter à prendre confiance pour avancer ensemble », prêche le patron de Peugeot Sport. « C'est bien d'avoir pu réaliser une séance d'essais grandeur nature, même avec une seule voiture », grince Alain Prost. Ce dernier repousse les interviews et paraît plus irascible que jamais. Au point que certains murmurent dans la presse qu'il envisagerait de tout laisser tomber ! « Je m'exprimerai quand je voudrai et quand il le faudra ! » répond Prost, cinglant. Quelle ambiance !...

 

Sources :

- Auto Hebdo, 15 mars 2000.

- Sport Auto, avril 2000.

- Renaud de Laborderie, Le Livre d'or de la Formule 1 2000, Paris, Solar, 2000.

Tony