Schumi à l'hosto...

Pendant les quinze jours qui séparent les Grands Prix de Grande-Bretagne et d'Autriche, il n'est presque question que du début de convalescence de Michael Schumacher, grièvement blessé à Silverstone. Les spéculations autour de la date de son retour vont bon train. Certains fanatiques ne peuvent pas admettre que la saison de « Schumi » est sans doute terminée et croient dur comme fer que leur « Superman » pourra récupérer de sa jambe cassée en quatre à six semaines. Pour certains journalistes italiens, un retour à Spa-Francorchamps, fin août, est envisageable. Ce furieux optimisme suscite quelques railleries. Heinz-Harald Frentzen suggère ainsi que son rival revienne dès le GP d'Allemagne grâce à un dispositif manuel d'ouverture des gaz, comme sur les motos...

 

Plus sérieusement, Michael Schumacher se repose dans une clinique privée helvétique, à l'abri des regards indiscrets, et même si sa convalescence débute admirablement, son agent Willi Weber précise qu'un retour avant trois mois est inenvisageable. C'est ce que confirme l'intéressé dans sa première interview post-Silverstone, accordée au Cologne Express. « Malheureusement je n'ai pas un turbocompresseur pour réparer mes os en un éclair, ironise-t-il. Mon premier objectif est de me remettre totalement, quel que soit le délai. Les rumeurs sur mon possible retour au GP d'Allemagne sont complétement insensées ! » Schumacher revient aussi dans les colonnes du magazine Motorsport sur les circonstances de son accident: « Lorsque je suis arrivé à Stowe, la pédale de frein répondait de moins en moins. Tout ce que je pouvais faire alors était de tenter de réduire la vitesse autant que possible en bloquant les roues avant d'aller sur les graviers. On pense fébrilement à toutes les solutions pour ralentir. Mais tout va si vite qu'on ne peut guère faire plus que d'accepter avec fatalisme ce qui va arriver ensuite... »

 

L'Allemand salue les médecins qui l'ont secouru, de même que les commissaires britanniques qui ont eu l'intelligence de ne pas chercher à l'extirper coûte que coûte, au risque d'aggraver ses blessures. Quant au moral, il est au zénith. Schumacher est déterminé à reprendre le volant dès qu'il sera sur pied, dans tous les sens du terme. Il reconnaît néanmoins que son premier mouvement le poussait à tout arrêter. Après tout, n'est-il pas déjà riche à millions ? N'a-t-il pas une épouse et deux très jeunes enfants, Gina-Maria (2 ans) et Mick, né en mars ? Mais le compétiteur a très vite repris le dessus car, comme il le dit lui-même: « Je suis né pour ça ! »

 

... Salo à Maranello

Dans le même temps, Jean Todt se met en quête d'un pilote suppléant, en étroite liaison avec Luca di Montezemolo. De prime abord, Ferrari devrait faire appel à son pilote d'essais Luca Badoer qui connaît la F399 par cœur et s'est replongé cette année dans le bain de la compétition avec Minardi. Cependant, le pilote italien, au cours de sa carrière à éclipses, n'a piloté que pour des écuries de troisième ordre (Scuderia Italia, Forti, Minardi) et n'a jamais fait montre d'un réel brio. Todt l'écarte donc de sa « short list » et le pauvre Badoer patientera pendant quarante-huit heures devant son téléphone qui refusera obstinément de sonner. En vérité, fort peu de pilotes expérimentés sont disponibles. Bien qu'engagé chez Sauber, Jean Alesi a peut-être rêvé d'un coup de fil de son ami Jean Todt qui n'a sans doute pas songé à lui une seconde. Jos Verstappen aurait pu être un candidat possible, mais son caractère excentrique le disqualifie : Ferrari a déjà fort à faire avec Eddie Irvine...

 

Ne restait donc que Mika Salo. Âgé de 32 ans, l' « autre Finlandais », l' « autre Mika » n'a jamais conduit pour un top-team, mais a toujours fait bonne figure chez Tyrrell puis chez Arrows. Honteusement lâché par Tom Walkinshaw à quelques jours du coup d'envoi de cette saison 1999, ce deuxième couteau émérite s'est retrouvé sur la touche une seconde fois quelques mois plus tard, lorsque le projet Honda F1, dont il devait être la cheville ouvrière, a été sabordé. Depuis, Salo s'est contenté d'un intérim de trois courses au printemps chez BAR, en remplacement de Ricardo Zonta. Début juillet, il se rend à Silverstone à l'appel d'Eddie Jordan qui songe à lui confier le volant de Damon Hill si ce dernier venait à prendre une retraite anticipée. Peine perdue. Salo reprend l'avion pour Helsinki pour se concentrer sur les préparatifs de son prochain mariage avec sa compagne Noriko. Mais à peine a-t-il atteint son domicile qu'il est contacté par Mike Greasley, un ami personnel de Jean Todt, qui lui annonce que sa place est réservée dans le prochain vol pour Bologne...

 

Le lendemain, lundi 13 juillet, Mika Salo est à Maranello pour un bref entretien avec Jean Todt. L'affaire est rapidement conclue. Le Finlandais signe un contrat pour trois courses qui pourra être prolongé le cas échéant, nul ne pouvant prédire quand Michael Schumacher sera rétabli. Salo saisit en tout cas une chance inouïe de conduire une monoplace compétitive, pour le compte de la plus prestigieuse écurie de F1. Ferrari précise cependant qu'il sera considéré comme un numéro deux au service d'Eddie Irvine. Le lieutenant de Schumacher est ainsi bombardé capitaine de la Scuderia après trois ans et demi de bons et loyaux services dans l'ombre du « Baron Rouge ».

 

Toujours soucieux d'éviter les indiscrétions médiatiques, Jean Todt offre le gîte et le couvert à son nouvel employé pendant deux jours, le temps d'éloigner les journalistes transalpins un peu trop pressants. Mais le remplaçant de « Schumi » fait les gros titres de la presse sportive, chaque « spécialiste » donnant son avis sur l'opportunité de ce choix. « On parle plus de moi que durant toutes mes précédentes années de F1, alors que je n'ai même pas posé mes fesses dans la Ferrari ! » lâche Salo, un brin ironique. De façon générale, personne ne conteste son engagement... excepté Jean Alesi. Interviewé par la RAI dans le cadre d'essais privés à Monza, l'ancien ferrariste déclare tout de go ne pas comprendre la décision de Todt. « Je trouve ça gênant. Pour moi, il n'y a pas photo entre Salo et Badoer: Luca l'emporte haut la main ! » Et « Jeannot » d'assurer qu'il n'a lui-même jamais lorgné sur ce volant...

 

Mika Salo effectue trois jours d'essais à Fiorano au volant de la F399 avant de retourner à Helsinki pour son mariage avec Noriko. Puis les deux tourtereaux passent leur courte lune de miel à Venise, où ils sont bien évidemment reconnus par quelques tifosi. Le début de la gloire en rouge...

 

Sources :

- Renaud de Labroderie, Le Livre d'Or de la Formule 1999, Solar, 1999

- Formule 1, la saison 1999, Mixing GmbH, 1999

Tony