David COULTHARD
 D.COULTHARD
McLaren Mercedes
Mika HAKKINEN
 M.HAKKINEN
McLaren Mercedes
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Ferrari

616. Großer Preis

XXVII Grande Premio do Brasil
Bedeckt
Interlagos
Sonntag, 29. März 1998
72 Runden x 4.292 km - 309.024 km
Affiche
F1
Coupe

Wussten Sie es?

Fahrer
Konstruktor
Motor
Mika Häkkinen se lance pour une longue course en solitaire.

Affaire des freins directionnels

 

Le désamour brésilien

Quatre ans après le drame d'Imola, le Brésil ne s'est pas remis de la mort d'Ayrton Senna et son intérêt pour la Formule 1 va decrescendo. Les trois pilotes nationaux engagés, Rubens Barrichello, Pedro Diniz et Ricardo Rosset ne font pas recette. Tout au long du week-end, les gradins resteront clairsemés. Il est vrai que les prix pratiqués par les organisateurs sont devenus prohibitifs, inaccessibles au Brésilien moyen. Du reste, la popularité de la F1 dans ce pays est de plus en plus battue en brèche par celle du championnat CART, où évoluent bon nombre de gloires « auriverdes »: Gil de Ferran, Roberto Moreno, Hélio Castroneves, Christian Fittipaldi, Tony Kanaan, André Ribeiro, Maurício Gugelmin etc. L'avenir sera peut-être plus brillant puisque quelques jeunes talents brésiliens font antichambre auprès de grandes équipes de F1: Ricardo Zonta et Max Wilson sont respectivement pilotes d'essais chez McLaren et Williams tandis que Marcelo Battistuzzi vient d'être promu « pilote junior » chez Prost GP.

 

Les tribunes d'Interlagos chantent encore et toujours la gloire d'Ayrton Senna et guettent en vain son successeur. Rubens Barrichello, considéré naguère comme son héritier naturel, a vu sa carrière s'enliser chez Jordan, puis Stewart. À 26 ans, « Rubinho » a acquis la triste réputation d'espoir déçu, même s'il conserve l'estime de ses compatriotes. Quant à Pedro Diniz et Ricardo Rosset, ils traînent tel un boulet leur statut de pilotes payants qui les classe un peu injustement – pour le premier surtout – parmi les faire-valoir du plateau. Interrogé par Lionel Froissart, Diniz avoue s'agacer des piques que lui lancent régulièrement les journalistes, notamment celle-ci qui a fait le tour du paddock: « En F1, deux pilotes sont vraiment courtisés: Michael Schumacher pour son talent et Pedro Diniz pour son argent. » « Je ne suis pas le seul pilote à devoir apporter de l'argent en F1 pour courir », s'insurge l'intéressé. « Je sais où j'en suis sur le plan du pilotage et je n'ai pas à rougir des comparaisons avec mes équipiers. La première année, chez Forti, une équipe qui n'avait pas le niveau pour courir en F1, j'étais la moitié du temps devant Roberto Moreno, pourtant réputé à l'époque. Chez Ligier ensuite, où je n'étais pas spécialement bien traité, je me suis un peu rapproché d'Olivier Panis, qui a prouvé, depuis, ses qualités. Alors, je suis un peu agacé quand les gens disent que je suis un gosse de riche et rien d'autre. » Tom Walkinshaw, qui fait courir Diniz depuis deux ans chez Arrows, loue son labeur et sa constance. Le Brésilien a su titiller Damon Hill en 1997 et fait aujourd'hui jeu égal avec Mika Salo. S'il ne sera sans doute pas champion du monde un jour, Diniz tient dignement son rang parmi ses pairs.

 

Rubens Barrichello se fait discret en piste, faute de matériel compétitif, mais il sait encore faire parler de lui dans les gazettes. Mi-mars, il lâche une véritable bombe dans la presse italienne en annonçant... son arrivée chez Ferrari en 1999 ! « Je remplacerai Eddie Irvine », précise même le Pauliste. « J'aurais déjà dû aller à Maranello fin 1995, mais j'avais alors préféré renouveler avec Jordan. » Ces propos provoquent la colère de Jackie Stewart, d'autant qu'il s'agit d'une pure intox mitonnée par la presse transalpine et l'entourage du pilote brésilien. Les deux hommes s'expliquent vivement. Barrichello assure Stewart qu'il peut toujours compter sur lui pour la saison suivante. Néanmoins, l'intérêt de Ferrari pour Barrichello est bien réel et ancien: les premiers pourparlers remontent à 1994. En coulisse, « Rubinho » n'a jamais tout à fait perdu le contact avec Jean Todt. Jackie Stewart le sait et se tient sur ses gardes. En tout cas, cette affaire le détermine à ne pas suivre Ferrari dans sa plainte contre McLaren qu'il qualifie de « coup bas inutile ».

 

Présentation de l'épreuve

Interlagos accueille quelques visiteurs remarqués. En premier lieu, le jeune retraité Gerhard Berger, invité par Ron Dennis, et qui ne tarit pas d'éloges sur le début de saison des McLaren. « Häkkinen et Coulthard m'ont impressionné à Melbourne. Et je crois que ce n'est pas fini ! » prédit l'Autrichien. Nelson Piquet est également présent et musarde dans le stand de Benetton, son ancien employeur, délivrant çà et là quelques-unes de ses grasses plaisanteries coutumières. Le triple champion du monde, âgé de 45 ans, a participé aux deux dernières éditions des 24 heures du Mans avec BMW mais n'a pas un programme très chargé pour 1998. Cependant, qu'on ne lui parle pas (encore) de retraite...

 

Vendredi 27 mars, McLaren célèbre le 27ème anniversaire de David Coulthard: une occasion d'exécuter le traditionnel « gag de la tarte à la crème ». Tandis que l'Écossais se penche en avant pour découper son cadeau, Mika Häkkinen le saisit par le col et plante le visage carré de son coéquipier dans la pâtisserie. Éclats de rire. Sous le masque marmoréen du blond Scandinave se dissimule un gai luron... Une fois débarbouillé, Coulthard se voit offrir par Norbert Haug une Mercedes Classe A... radiocommandée.

 

Changement d'ambiance le lendemain matin, à l'occasion de la seconde session libre. David Coulthard s'évanouit en tête-à-queue à la courbe du lac. À peine a-t-il quitté son habitacle qu'une nuée de photographes surgit pour mitrailler la MP4/13 sous tous les angles. Ron Dennis explose de colère et sermonne vertement son pilote lorsque celui-ci regagne les stands. Coulthard blêmit: en deux ans de collaboration, jamais encore son patron ne lui avait parlé ainsi. En tout cas, ces photographies permettent de découvrir des traces du controversé système de freins directionnels, débranché depuis la veille. Le pédalier de la MP4/13 est particulièrement intéressant. On s'aperçoit ainsi que l'accélérateur et le frein, très voisins, sont actionnés par le pied droit du pilote. À gauche, se trouve une autre pédale qui met en action les freins directionnels: celle-ci existait déjà en 1997, mais dans un format plus grand. Elle sera démontée dans la journée du samedi, après le verdict des commissaires sportifs.

 

Sur le plan technique, après une première sortie très médiocre, les Williams FW20 reçoivent de nombreuses modifications d'ordre aérodynamique: nouvelles dérives sur les ailerons avant et arrière, écopes de frein et entrées d'air des pontons modifiées. Les échappements, qui étaient semble-t-il à l'origine des ruptures d'ailerons constatées à Melbourne, reçoivent une autre orientation afin de pas surchauffer les attaches en carbone. Enfin, Williams installe sur la voiture du seul Frentzen son propre dispositif de contrôle de freins arrière. Il s'actionne avec un bouton sur le volant, et non d'une pédale comme chez McLaren. « Notre système est archaïque comparé à celui de McLaren », reconnaît Villeneuve. Des retouches aérodynamiques aussi chez Benetton: la B198 arbore dorénavant de gros déflecteurs entre les roues avant. Par ailleurs, Fisichella et Wurz éprouvent un système de répartition sur une seule roue, testé avec succès à Silverstone. Ferrari apporte une première évolution de son V10 047, spécialement dévolue aux qualifications. Celle-ci comprend une nouvelle distribution qui autorise une meilleure levée des soupapes avec un mouvement plus doux, ce qui accroît la fiabilité. La F300 subit aussi de profondes modifications sur le train arrière. La barre anti-roulis est désormais intégrée au châssis et travaille avec une sorte de culbuteur, lequel interagit avec les triangles de suspension et les amortisseurs.

 

Prost a licencié George Ryton, le concepteur de la catastrophique nouvelle boîte longitudinale. L'écurie française s'attelle désormais à la construction d'une nouvelle transmission, en collaboration avec Peugeot, tandis que Ryton a trouvé refuge chez Minardi. La Jordan 198 arbore un nouveau profil d'extracteur, avec des canaux latéraux légèrement rehaussés. Hill éprouve aussi une géométrie de suspension avant corrigée... et un répartiteur de freinage. Sauber adopte à son tour la mode des « candélabres ». Ces éléments sont particulièrement inesthétiques sur la C17, mais rajoutent un appui appréciable. En outre, l'écurie suisse annonce travailler - elle aussi - sur son propre dispositif de freinage directionnel. Les Arrows bénéficient de nouveaux déflecteurs, mais cela ne devrait pas remédier au problème du n°1 des « belles noires » en ce début de saison: un gros déficit en vitesse de pointe. Gustav Brunner commence à développer la Minardi M198 et rajoute un nouvel aileron arrière. Enfin, Tyrrell expérimente un aileron arrière à double profil.

 

Essais et qualifications

La séance du vendredi se déroule par temps frais, sur une piste poussiéreuse qui engendre un nombre invraisemblable de tête-à-queue. Presque tous les pilotes s'offrent une ou plusieurs pirouettes. Quoique privées de leur système de freinage litigieux, les McLaren-Mercedes dominent encore nettement, Häkkinen devant Coulthard. La piste est tout aussi piégeuse samedi matin et l'on déplore deux drapeaux rouges, provoqués par des accidents de Villeneuve et de Herbert. Le Canadien tape le mur à Junção tandis que l'Anglais, victime d'un accélérateur bloqué, pulvérise sa Sauber contre les glissières à Cotovelo. Ce second choc est très rude et Herbert s'en tire avec quelques douleurs au cou. Häkkinen réalise de nouveau le meilleur chrono tandis que Coulthard échoue, on l'a dit, dans les décors.

 

Les qualifications se déroulent sous une forte chaleur (28°C) qui tranche avec l'atmosphère de la veille. Häkkinen survole les débats et réalise la pole position sans coup férir (1'17''092''', une seconde plus lent que la pole de Villeneuve en 1997). Coulthard (2ème), quelque peu ébranlé par le coup de semonce de la matinée, n'est pas dans le coup et concède six dixièmes à son équipier. Les McLaren-Mercedes démontrent néanmoins leur écrasante supériorité, même en l'absence du freinage différentiel. Toute la concurrence est reléguée à plus d'une seconde. Frentzen (3ème) surnage au volant de sa Williams-Mecachrome. Villeneuve est bien moins en verve puisqu'il doit composer avec un cou endolori (conséquence de son accident du matin) et des réglages approximatifs. Le champion du monde s'offre une nouvelle figure et ne décroche que le dixième temps avec son mulet. M. Schumacher (4ème) met du temps avant de régler correctement sa Ferrari. Bien que grippé, Irvine (6ème) ne concède cette fois que deux dixièmes à son coéquipier. Les Benetton-Playlife sont plus en verve qu'en Australie. Wurz se hisse à une belle cinquième place. Fisichella part quant à lui dans les décors alors qu'il était en train de battre le temps de son collègue. L'Italien s'élancera finalement septième. Les Jordan-Peugeot (R. Schumacher 8ème, Hill 11ème) manquent de stabilité sur les bosses.

 

Panis (9ème) est satisfait des évolutions apportées à la Prost-Peugeot. Trulli (12ème) doit pour sa part se qualifier avec le mulet après s'être crashé samedi matin. Rapides dans la fraîcheur du vendredi, les Stewart-Ford (Barrichello 13ème, Magnussen 16ème) sont bien plus lentes lorsque grimpe le mercure. Mauvais week-end chez Sauber: Herbert (14ème) et Alesi (15ème) déplore un manque général de grip. Takagi amène sa Tyrrell-Ford à une satisfaisante 17ème place, et ce bien qu'il découvrait un nouveau tracé. Rosset (21ème), régional de l'étape, multiplie pour sa part les tête-à-queue... Chez Minardi, Nakano (18ème) est souvent aperçu dans le gazon et Tuero (19ème) casse un moteur à la fin des qualifications. Enfin, désastre absolu chez Arrows: Salo (20ème) perd toute la matinée du samedi à cause de problèmes de transmission et Diniz (22ème) quitte la piste en qualifications. Tous deux se plaignent d'un affreux survirage. John Barnard a encore du pain sur la planche...

 

Le Grand Prix

Un orage s'abat sur São Paulo dans la nuit du samedi au dimanche. L'asphalte est encore humide au début du warm-up, mais il s'assèche au fur et à mesure de la séance. Les voitures sortent pour la plupart avec le plein et s'avèrent délicates à conduire. Les sorties de route sont légion. R Schumacher et Fisichella se crashent, suivis par Panis qui dérape entre Subida do Lago et Ferradura et pulvérise sa Prost contre les glissières. Le pédalier se désolidarise du train avant, mais par bonheur le Français, quoique sonné, est indemne. Cet accident entraîne un drapeau rouge. Au feu vert, Häkkinen réalise une fois de plus le meilleur chrono devant Coulthard.

 

L'après-midi, l'atmosphère est lourde (27°C dans l'air, 35°C au sol) et le ciel menaçant, ce qui laisse redouter des pluies orageuses. Les écuries chaussées par Bridgestone planifient une course à un seul arrêt car les gommes japonaises se sont montrées jusqu'ici très résistantes. En revanche, chez Goodyear, relever un tel défi paraît périlleux: si Jordan et Sauber ne prévoient qu'un seul ravitaillement, les Ferrari, Williams et Tyrrell stopperont deux fois. Enfin, R. Schumacher et Panis démarrent avec leurs monoplaces de réserve suite à leurs accidents de la matinée.

 

Départ: Häkkinen prend un bon envol et reste premier devant Coulthard et Frentzen. M. Schumacher patine au démarrage et se fait déborder par Irvine et Wurz.

 

1er tour: R. Schumacher part en tête-à-queue dans la courbe du lac et atterrit dans les graviers. Le jeune Allemand doit abandonner. M. Schumacher reprend l'avantage sur Wurz. Häkkinen mène devant Coulthard, Frentzen - déjà relégué à trois secondes du leader - Irvine, M. Schumacher, Wurz, Villeneuve, Fisichella, Alesi et Barrichello.

 

2e: Les McLaren-Mercedes sont beaucoup plus véloces que la concurrence et s'enfuient. Barrichello prend la neuvième place à Alesi.

 

3e: Häkkinen et Coulthard comptent cinq secondes de marge sur Frentzen.

 

4e: Nakano exécute un tête-à-queue à l'entrée du S de Senna, juste sous le nez de Takagi. Le Japonais de Minardi stoppe sur le côté extérieur de la piste et cale son moteur. Sa voiture est promptement dégagée par les commissaires de piste.

 

5e: Häkkinen est premier devant Coulthard (1.2s.), Frentzen (7.1s.), Irvine (8.5s.), M. Schumacher (9.3s.), Wurz (10.7s.), Villeneuve (11.6s.), Fisichella (14.5s.), Barrichello (16.1s.), Alesi (17s.), Panis (18s.) et Trulli (20.8s.).

 

7e: L'hégémonie des McLaren est complète. Une seconde sépare Häkkinen et Coulthard. Frentzen est sous la pression des Ferrari d'Irvine et de Schumacher.

 

8e: Häkkinen boucle son tour en 1'20''285''' et repousse son coéquipier à deux secondes.

 

10e: Schumacher dépasse très facilement Irvine au premier virage et conquiert ainsi la quatrième place.

 

12e: Häkkinen devance Coulthard (3s.), Frentzen (16s.), M. Schumacher (18.3s.), Irvine (20.4s.), Wurz (22.7s.), Villeneuve (23.4s.), Fisichella (28.6s.), Barrichello (31s.), Alesi (33s.), Panis (33.6s.), Trulli (40.5s.) et Herbert (40.8s.).

 

14e: Häkkinen tourne en 1'19''893''' et paraît inattaquable, même pour son coéquipier. Villeneuve menace Wurz en vue de la sixième place.

 

15e: Häkkinen précède Coulthard (4.2s.), Frentzen (20s.), M. Schumacher (21s.), Irvine (25.1s.), Wurz (28.5s.) et Villeneuve (29s.).

 

17e: Schumacher fait la jonction avec Frentzen. Les deux Allemands rivalisent désormais pour la troisième place, à des années-lumière des McLaren.

 

18e: Trulli regagne son garage pour mettre pied à terre car sa pompe à essence ne fonctionne plus.

 

19e: Häkkinen rattrape les premiers retardataires que sont Diniz et Tuero. Salo s'arrête en bord de la piste, moteur cassé.

 

20e: Cinq secondes séparent Häkkinen et Coulthard. Le moteur de Takagi explose dans la ligne droite qui suit la Curva del Sol. Le Japonais se range dans l'herbe tandis qu'une épaisse fumée s'échappe de sa Tyrrell.

 

22e: Schumacher pourchasse Frentzen sans pouvoir se hisser à sa hauteur. Rosset effectue son premier arrêt-ravitaillement.

 

23e: Häkkinen est premier devant Coulthard (6.1s.), Frentzen (23.7s.), Schumacher (24.3s.), Irvine (31.2s.), Wurz (36.4s.), Villeneuve (37.4s.), Fisichella (45s.), Barrichello (50s.), Alesi (52s.), Panis (52.6s.) et Herbert (1m.).

 

25e: L'écart entre les McLaren frôle désormais les sept secondes. Premier pit-stop pour Magnussen.

 

27e: Schumacher fait escale chez Ferrari pour reprendre de l'essence et des gommes fraîches (8.6s.). L'Allemand repart en huitième position. Dans le même temps, Frentzen est quelque peu gêné par Diniz.

 

28e: Frentzen s'engouffre dans la voie des stands pour ravitailler (7.7s.) puis redémarre derrière Schumacher qui fait donc une excellente affaire. Irvine exécute lui aussi son premier pit-stop (8s.). Diniz s'immobilise avec une boîte de vitesses bloquée et conclut ainsi un week-end calamiteux pour Arrows.

 

29e: Häkkinen précède Coulthard de huit secondes. Schumacher est bloqué derrière Fisichella et voit revenir Frentzen.

 

30e: Schumacher déborde Fisichella en plongeant à la corde du S de Senna. Frentzen tente d'en faire autant dans la foulée mais sans succès. Il réitère son attaque dans le virage à droite qui suit Ferradura et cette fois la manœuvre réussit. Villeneuve subit le premier de ses deux ravitaillements (9.3s.) et revient en piste au douzième rang, derrière Herbert.

 

31e: Irvine poursuit Panis. Il se jette à l'intérieur au premier virage et prend la neuvième place au Français. Villeneuve se débarrasse de Herbert. Häkkinen rejoint déjà ce duo.

 

32e: Häkkinen devance Coulthard (9s.), Wurz (51.3s.), Schumacher (57.2s.), Frentzen (58.6s.), Fisichella (1m. 03s.), Barrichello (1m. 09s.), Alesi (1m. 10s.), Irvine (1m. 11s.), Panis (1m. 12s.) et Villeneuve (1m. 17s.).

 

33e: Irvine retarde son freinage pour surprendre Alesi au premier virage, mais, trop optimiste, il doit allumer ses roues en catastrophe pour éviter la collision.

 

35e: Les pilotes en Bridgestone arrivent au terme de leur premier relais. L'intervalle entre Häkkinen et Coulthard se stabilise autour de neuf secondes. Wurz, troisième, est repoussé à cinquante-deux secondes.

 

36e: C'est la mi-course. Coulthard se plie à son unique ravitaillement (10.3s.). Son avance sur Wurz est telle qu'il reste deuxième. Barrichello fait escale chez Stewart pendant quinze secondes.

 

37e: Villeneuve dépasse Panis au premier virage et se retrouve neuvième. Anonyme treizième, Hill effectue son unique pit-stop.

 

38e: Le vent a tourné et le ciel s'emplit de nuages menaçants. La « chuva » est-elle à redouter ? Pour l'heure, Häkkinen est en tête devant Coulthard (37.3s.), Wurz (56s.), M. Schumacher (57.8s.), Frentzen (59.5s.) et Fisichella (1m.10s.).

 

39e: Häkkinen exécute son unique ravitaillement (11.8s.), puis reprend la piste trois secondes devant Coulthard.

 

41e: Schumacher et Frentzen ont rattrapé Wurz qui n'a toujours pas ravitaillé. Villeneuve se défait d'Irvine au premier virage au prix d'un freinage tardif. Herbert passe chez Sauber pour remettre du carburant et remplacer ses roues. Ravitaillement aussi pour Tuero.

 

42e: Coulthard concède trois secondes et demie à Häkkinen. Villeneuve prend l'ascendant sur Alesi. Ce dernier effectue en fin de parcours son unique passage aux stands.

 

44e: Les Benetton poursuivent leur route avec un réservoir presque vide. Wurz contient Schumacher et Frentzen tandis que Fisichella doit surveiller Villeneuve et Irvine. Panis se plie à son seul ravitaillement et reprend la piste derrière Alesi.

 

45e: Quatre secondes séparent Häkkinen et Coulthard. Frentzen effectue son second pit-stop (8.1s.) et tombe au huitième rang. Wurz résiste difficilement à Schumacher.

 

46e: Wurz entre aux stands pour effectuer son ravitaillement (9.2s.). En repartant, le jeune Autrichien est surpris par ses pneus froids et évite de peu la glissade dans le coude qui ramène vers la piste. Il se retrouve derrière Frentzen. Tuero abandonne peu après le premier virage car un problème électronique affecte sa boîte de vitesses et son accélérateur.

 

47e: Fisichella opère à son tour son unique pit-stop, puis se réinsère entre Wurz et Alesi.

 

48e: L'intervalle est stable entre les McLaren de tête. Villeneuve fait escale chez Williams pour un second ravitaillement (8.4s.). Le Québécois reprend la piste derrière les Benetton qui ne stopperont plus.

 

49e: Piteux huitième, Villeneuve se fait prendre un tour par Häkkinen. Second arrêt pour Rosset.

 

50e: Häkkinen est premier devant Coulthard (4.3s.), Schumacher (34.5s.), Irvine (56.8s.), Frentzen (1m. 03s.), Wurz (1m. 05s.), Fisichella (1m. 19s.), Villeneuve (-1t.), Alesi (-1t.), Panis (-1t.), Barrichello (-1t.) et Herbert (-1t.). Second arrêt de Magnussen.

 

52e: Häkkinen a pris un tour à Fisichella. Seules quatre voitures évoluent dans la même boucle que les McLaren. Wurz pourchasse Frentzen et tente à plusieurs reprises de se porter à sa hauteur, mais en vain.

 

53e: Schumacher effectue son second ravitaillement. L'opération dure plus treize secondes car l'Allemand cale son moteur durant quelques instants. « Schumi » repart tout de même en quatrième position, laissant sa place sur le podium à son équipier.

 

54e: Tandis que Schumacher sort des stands, Wurz attaque Frentzen au premier virage. L'Autrichien se jette à l'intérieur, frôle le mur avec sa roue avant-gauche et passe en force. Il s'empare ainsi de la cinquième place. Rosset part en tête-à-queue suite à un problème de boîte de vitesses. Son moteur cale ensuite, et le Brésilien n'ira pas plus loin.

 

55e: Quelques gouttes de pluie sont signalées au niveau des stands. Irvine effectue un second pit-stop trop tardif (7.7s.), car il repart seulement huitième et perd ainsi toute chance d'inscrire des points.

 

57e: Häkkinen devance Coulthard (4.9s.), M. Schumacher (1m. 04s.), Wurz (1m. 05s.), Frentzen (1m. 08s.), Fisichella (-1t.), Villeneuve (-1t.), Irvine (-1t.), Alesi (-1t.) et Panis (-1t.).

 

58e: Barrichello est contraint à l'abandon car la température de sa boîte est dans le rouge. Aucun pilote brésilien ne verra le drapeau à damiers.

 

60e: Il pleuviote au-dessus d'Interlagos mais cela ne trouble en rien les pilotes. Tout va bien pour Häkkinen qui jouit de cinq secondes de marge sur Coulthard.

 

62e: Häkkinen précède Coulthard (4.5s.), Schumacher (1m. 06s.), Wurz (1m. 10s.), Frentzen (1m. 13s.), Fisichella (-1t.), Villeneuve (-1t.), Irvine (-1t.), Alesi (-1t.) et Panis (-1t.).

 

63e: Schumacher abaisse le record du tour (1'19''627''') et distance ainsi Wurz et Frentzen.

 

64e: Häkkinen réalise le meilleur chrono définitif (1'19''337'''). Coulthard ne fera pas mieux que 1'19''646'''.

 

65e: Panis se gare sur un vibreur avec une boîte de vitesses noyée d'huile: le bouchon de remplissage a cédé. Les deux Prost sont hors-jeu.

 

67e: Häkkinen possède cinq secondes d'avance sur son collègue Coulthard. Les McLaren fondent sur la Williams de Frentzen.

 

69e: Häkkinen prend un tour à Frentzen. Herbert est victime d'une contracture à la nuque, conséquence de son accident survenu aux essais libres. Le Britannique préfère donc abandonner. Il était dixième.

 

70e: À deux tours du but, le crachin s'intensifie mais cela n'aura aucune incidence sur la fin de course. Häkkinen est en tête devant Coulthard (4s.), Schumacher (1m. 04s.), Wurz (1m. 10s.), Frentzen (-1t.), Fisichella (-1t.), Villeneuve (-1t.) et Irvine (-1t.).

 

72ème et dernier tour: Mika Häkkinen remporte sa troisième victoire de rang après un week-end sans faute. Coulthard finit second, sans jamais avoir menacé son équipier. M. Schumacher grimpe sur la troisième marche du podium. Wurz obtient une belle quatrième place et surtout réussit à finir dans le même tour que les McLaren. Frentzen se classe cinquième. Fisichella, sixième, inscrit son premier point pour Benetton. Septième, Villeneuve échoue à la porte des points. Suivent Irvine, Alesi, Hill et Magnussen.

 

Hill sera déclassé par les commissaires sportifs car le poids de sa Jordan s'avère inférieur au 600 kilos réglementaires. La saison commence bien mal pour Jordan-Mugen-Honda qui n'a pas inscrit un seul point après deux manches...

 

Après la course: la démonstration de Mika Häkkinen

Quelques observateurs avaient fait la fine bouche devant les deux premières victoires de Mika Häkkinen, à Jerez l'an passé, puis à Melbourne trois semaines plus tôt, puisque à chaque fois le Finlandais s'était vu offrir les lauriers, d'abord par Jacques Villeneuve puis par David Coulthard. Mais cette fois, il a fait taire toutes les critiques en réalisant un éblouissant « grand chelem » : meilleurs temps lors de toutes les séances d'essais, pole position, victoire après avoir mené d'un bout à l'autre, tour le plus rapide en course ! En outre, Häkkinen a pris un net ascendant sur Coulthard qui n'a jamais paru en mesure de le concurrencer. Il compte déjà huit points d'avance (20 contre 12) sur son équipier au championnat du monde et s'affirme en favori dans la quête du titre mondial. Néanmoins, il refuse pour le moment d'évoquer toute ambition et se contente de savourer l'instant présent. « Ce fut peut-être ma victoire la plus difficile à conquérir » lâche le déconcertant blondinet, avant de tomber dans les bras de sa compagne Erja. Celle-ci hume l'acre odeur du Moët & Chandon que Coulthard a déversé sur la tête de son compère...

 

Mais le principal enseignement de ce Grand Prix du Brésil, c'est bien sûr que les McLaren-Mercedes ont survolé les débats en dépit de l'absence de leurs freins directionnels. La MP4/13 signée Adrian Newey est décidément une merveille aux ressources encore mal connues. En outre, cette monoplace est bien servie par les pneus Bridgestone dont l'endurance a permis à Häkkinen et Coulthard de n'effectuer qu'un seul arrêt-ravitaillement. Pour certains spécialistes, 1998 sera la réédition de 1988, saison qui avait vu McLaren, alors motorisée par Honda, remporter quinze des seize Grands Prix du championnat du monde. Il est bien sûr trop tôt pour émettre un tel pronostic, mais il est évident que jusqu'ici Mika Häkkinen et David Coulthard roulent sur une autre planète. Ron Dennis pavoise et se permet d'ironiser sur les vaines manœuvres politico-juridiques de ses concurrents. « Nous sommes très satisfaits, encore plus qu'à Melbourne », clame-t-il. « Je ne comprends pas la réaction de nos adversaires. Ils nous jalousent ? Pourquoi donc ? Ne s'agit-il pas d'un sport ? Les Williams n'ont-elles pas connu aussi leur période de domination ? Nous n'en avons pas pour autant remué ciel et terre ! ... »

 

Le fait est que les rivaux de McLaren sont sonnés: s'ils ne s'attendaient pas à voir les MP4/13 rentrer dans le rang sans leurs freins directionnels, ils espéraient au moins réduire leur retard. Las, seules deux monoplaces terminent dans le même tour que les Flèches d'Argent ! « Nous avons beaucoup de travail devant nous... » commente, amer, Michael Schumacher. Jean Todt admet que Ferrari a pris du retard dans le développement de la Ferrari F300. Certains s'obstinent à positiver, tel Jean-Yves Houé, le représentant de Mecachrome: « Avec Wurz, Frentzen, Fisichella et Villeneuve, nous avons un joli tir groupé ! » Son optimisme se heurte chez Williams à un mur d'incrédulité. Jacques Villeneuve, champion en titre privé de points, se lamente sur l'absolue non-compétitivité de sa FW20.

 

Seule la quatrième place d'Alexander Wurz suscite un certain enthousiasme. Le jeune Autrichien a d'autant plus de mérite qu'il ne connaissait pas le circuit d'Interlagos. « Au fond de moi, j'ai l'impression d'être second tant les McLaren sont dans un autre monde », déclare ce grand garçon timide, à qui beaucoup prédisent un grand avenir. « Interlagos est un circuit d'hommes », commente Alain Prost. « Réussir ce qu'a réussi Wurz pour cette première expérience est tout simplement fantastique. » Avec Wurz et Fisichella dans les six premiers, Benetton ouvre avec satisfaction son compteur de points. « Nous avons bien fait de troquer deux vieux contre deux jeunes ! D'autant plus qu'ils coûtent moins cher ! ...  » lâche David Richards, adepte de l'humour à froid. Gerhard Berger et Jean Alesi apprécieront.

Tony