Jean ALESI
 J.ALESI
Benetton Renault
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Ferrari
Giancarlo FISICHELLA
 G.FISICHELLA
Jordan Peugeot

604. Großer Preis

XXXV Grand Prix du Canada
Sonnig
Montréal
Sonntag, 15. Juni 1997
54 Runden x 4.421 km - 238.734 km
Course prévue pour 69 tours, stoppée à cause d'un accident.
Affiche
F1
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Cet accident d'Olivier Panis marque le tournant de sa carrière.

Un blâme pour Jacques Villeneuve

 

La Formule 1, un espace bientôt non-fumeur ?

Le Grand Prix du Canada est à cette année entièrement parrainé par le cigarettier Player's. Cette dotation pourrait fort bien être réduite à néant pour 1998 car le gouvernement canadien a adopté il y a quelques mois une loi proscrivant la publicité pour le tabac. Normand Legault, l'organisateur de l'épreuve, prévient Bernie Ecclestone que si cette législation entre en vigueur, ce GP du Canada 1997 sera le dernier. Les deux hommes mettent toutefois leur espoir dans la bonne volonté du nouveau ministre de la Santé Allan Rock, réputé plus pragmatique que son prédécesseur. Du reste, le Premier ministre Jean Chrétien s'est dit favorable à l'adoption d'un amendement qui permettrait aux cigarettiers de s'afficher lors des épreuves automobiles.

 

Néanmoins, les sports mécaniques vont devoir résoudre la question de leur financement par l'industrie du tabac, car tous les pays occidentaux entendent tarir cette manne pour d'hypocrites raisons sanitaires. Pour ce qui concerne la Formule 1, Ecclestone et les constructeurs redoutent que l'Union européenne impose une stricte interdiction de la publicité pour les cigarettes. Car jusqu'alors les législations nationales s'accommodent de biais plus ou moins grossiers: ainsi en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne, les cigarettiers n'ont pas le droit d'afficher leurs noms mais peuvent communiquer via leur logo et/ou leurs couleurs. En Angleterre, le nouveau Premier ministre Tony Blair prévoyait de durcir cette norme, mais Bernie Ecclestone, l'éternel conservateur, a gagné ses faveurs en finançant la récente campagne du Parti travailliste ! Son inquiétude se porte désormais vers l'Italie. Dans la péninsule, la promotion du tabac est en théorie bannie des Grands Prix, mais la législation prévoit des amendes si faibles que les marques y contreviennent volontiers ! Rome médite donc une nouvelle loi plus sévère, mais Ecclestone menace: si elle devait entrer en vigueur, la F1 abandonnerait le rendez-vous d'Imola, voire celui de Monza ! La coalition cigarettiers – tifosi aura-t-elle raison des ligues anti-tabac ?

 

Présentation de l'épreuve

En 1996, le circuit Gilles-Villeneuve a bénéficié d'une réfection du bitume de la portion jouxtant le fleuve Saint-Laurent. Pour cette année, le reste de la piste est entièrement resurfacé. L'adhérence des monoplaces ne s'en trouve guère améliorée: les pilotes se plaignent toujours des vibrations causées par des aspérités. Du côté des infrastructures, on découvre de nouvelles tribunes démontables qui permettent d'accroître l'affluence. Grâce à la popularité de Jacques Villeneuve, ce Grand Prix se joue en effet à guichets fermés. « L'effet Villeneuve est amplifié par rapport à l'an passé », précise Normand Legault. « Pour nous, les Québécois, Jacques a acquis de la consistance et un surcroît de crédibilité. » Libéré des tracasseries de la FIA, le pilote canadien aborde avec une relative sérénité ce Grand Prix national où il compte bien s'imposer. Il regrette en effet toujours de s'être incliné ici l'an passé devant son équipier Damon Hill... Le clan Villeneuve est en tout cas réuni pour ce week-end: outre Mélanie, la petite sœur de Jacques, on aperçoit leur mère Joann, la veuve de Gilles, qui n'était plus venue sur un Grand Prix depuis la disparition de celui-ci en 1982. Elle suivra la course depuis le studio de la chaîne Kiosque F1, où officient Jean-Luc Roy et Patrick Tambay, deux amis de son regretté mari.

 

Voilà plusieurs semaines que Gerhard Berger est tourmenté par une mauvaise sinusite. Déjà affaibli lors du GP d'Espagne, il a abandonné tout essai privé afin de subir une petite intervention chirurgicale. Laquelle n'a rien résolu. L'infection est toujours là et Berger hésite à se rendre au Canada. Flavio Briatore finit par le persuader de se rendre à New-York afin de consulter d'éminents spécialistes des voies respiratoires. Ceux-ci lui prescrivent un autre traitement et le mettent au repos jusqu'à nouvel ordre. Mais de quoi souffre réellement l'Autrichien ? Certains avancent l'hypothèse d'une infection pulmonaire, lointaine séquelle de son accident du 23 avril 1989 à Imola. « Que Gerhard se soigne bien... et qu'il nous revienne en pleine forme pour le GP d'Autriche ! » lance son ami Bernie Ecclestone, qui ne perd jamais le nord.

 

Un grand Autrichien en remplace un autre: Berger cède la place à l'essayeur Alexander Wurz (23 ans), lequel culmine à 1m 86. Champion d'Autriche de Formule 3 en 1993, vice-champion d'Allemagne en 1994, Wurz est devenu en 1996 le plus jeune vainqueur de l'histoire des 24 heures du Mans, au volant de la TWR-Porsche WSC-95 du Team Joest qu'il partageait avec Davy Jones et Manuel Reuter. Il s'est aussi distingué avec Opel en ITC. « Nous avions Alexander en réserve, sa désignation est normale », professe Flavio Briatore qui voit en lui le successeur logique de Berger, lorsque celui-ci aura pris sa retraite. Wurz attire aussi l'attention par sa paire de bottines dépareillée: une rouge à gauche, une bleue à droite ! « Il est dans le style Benetton ! » s'amuse Briatore. L'intéressé explique qu'il s'agit d'une superstition, puisque c'est dans cet accoutrement qu'il a remporté sa première victoire en monoplace.

 

Tom Walkinshaw vit une fin de semaine mouvementée puisque son équipe TWR participe à la fois au GP du Canada de F1 et aux 24 heures du Mans, où elle aligne les nouvelles Nissan R390. L'ancien rugbyman ne craint pas de jongler avec les fuseaux horaires. Mercredi 11 juin, il quitte l'usine de Leafield pour Le Mans. Le lendemain, il rejoint Montréal via Reykjavík. Le vendredi, il retraverse l'Atlantique pour retrouver la Sarthe. Samedi 14 juin, il revient au Québec en passant par New York. «Tom a de la santé ! » remarque un Pedro Diniz admiratif.

 

Trois mois après avoir abandonné Lola, MasterCard revient en Formule 1: la société de paiement – retrait a signé un partenariat avec Jordan pour un modeste écot de 300 000 dollars par an. Voilà de quoi faire enrager Eric Broadley car, dans le même temps, sa société Lola Cars est placée en redressement judiciaire... Néanmoins, ces déboires sont la conséquence de difficultés financières antérieures au piteux fiasco de l'écurie Lola F1. Reste que l'attitude MasterCard est jugée très sévèrement par le paddock, sauf bien sûr par Eddie Jordan...

 

La Williams FW19 arbore ici une nouvelle carrosserie dotée de deux petits déflecteurs, un devant les roues arrière et un derrière les roues avant. McLaren dispose cette fois de sept exemplaires de la version « F » du V10 Mercedes-Ilmor, et choisit donc de l'employer pour le Grand Prix. La Ferrari F310B reçoit ses premières améliorations du tandem Rory Byrne – Ross Brawn, avec notamment une prise d'air à entrée « inversée » comme sur les Williams et les Jordan. Les trois monoplaces sont gréées de façons différentes: la première comprend deux grandes dérives arrière et deux petits déflecteurs, la seconde aucun de ces appendices et la troisième possède les déflecteurs sans les dérives. Michael Schumacher sélectionnera cette dernière version. Beaucoup de changements sur la Benetton B197 qui utilise notamment un nouveau diffuseur carré alors que le précédent était ovoïde. La monoplace d'Enstone adopte aussi une géométrie de suspension inédite et des amortisseurs Dynamic remplacent les Bilstein. On note enfin la disparition des deux grandes dérives latérales arrière. Arrows dispose de quatre unités de la version « D » du V10 Yamaha. Celle-ci apporte plus de chevaux mais s'avère si fragile que Hill et Diniz opteront dimanche pour la version « C ». Tyrrell a revu les échappements de sa 025: ceux-ci débouchent désormais sur le haut de l'extracteur et non plus vers le bas. Stewart bénéficie du nouveau V10 Ford-Cosworth « Projet 6 » qui ne sera utilisé qu'en qualifications. Bridgestone propose en outre à cette équipe de nouveaux pneus inspirés de ceux qu'elle produit pour la Formule Pacific.

 

Essais et qualifications

Les pilotes utilisent les essais du vendredi pour éprouver les différents composés apportés par Goodyear et Bridgestone, jamais testés sur cette piste. Ces séances sont cependant entrecoupées d'averses. Deux accidents de Trulli puis de Coulthard provoquent un drapeau rouge l'après-midi. Le meilleur temps revient finalement à Frentzen devant un surprenant Fisichella. Samedi, le mercure descend de quelques degrés, ce qui permet aux pilotes de passer sous la barre d'1'20''. M. Schumacher se montre le plus véloce.

 

La session qualificative du samedi après-midi est captivante: la pole change neuf fois de mains ! Un accident de Wurz génère un drapeau rouge. À la reprise, Villeneuve croit détenir le meilleur temps (1'18''108''') jusqu'à ce que M. Schumacher le coiffe sur le poteau (1'18''095'''). Une performance d'autant plus méritante que l'Allemand a subi une panne hydraulique en début de séance. Il partira premier pour la quinzième fois de sa carrière et met fin à une série de dix poles positions consécutives pour Williams-Renault. Irvine (12ème) est en revanche transparent sur l'autre Ferrari. Déception donc chez Williams-Renault: à vide, la FW19 semble ici mal équilibrée. Villeneuve se satisfait mal de sa seconde place tandis que Frentzen (4ème) a été gêné par Nakano dans son dernier « run ». Exploit de Barrichello qui hisse sa Stewart-Ford au troisième rang: des appuis réduits mettent en valeur la vitesse de pointe offerte par le V10 Ford. L'équipe écossaise doit cependant composer avec un « problème Magnussen » : le jeune Danois n'a jamais su régler sa voiture et s'élancera 21ème !

 

Les McLaren-Mercedes sont performantes sur le circuit Gilles-Villeneuve. Hélas, Coulthard (5ème) casse deux moteurs et Häkkinen (8ème) voit son meilleur tour gâché par la sortie de Wurz. Chez Jordan-Peugeot, Fisichella (6ème) se préoccupe de la mauvaise tenue de ses gommes Goodyear tandis que R. Schumacher (7ème) se qualifie sur le mulet suite à un problème de boîte. Très rapide lors des essais, Alesi est hélas trahi en qualifications par la boîte de vitesses de sa Benetton. Il ne signe qu'un médiocre huitième temps. En dépit de son accident, le jeune Wurz (11ème) fait plutôt bonne impression. Panis (10ème) déplore un manque de grip sur sa Prost-Mugen. Son équipier Nakano (19ème) est de nouveau très loin. Ce tracé ne réussit pas aux Sauber-Petronas (Herbert 13ème, Morbidelli 18ème) qui tressautent sur les bosses. Du côté de Tyrrell, Verstappen (14ème) prend l'ascendant sur Salo (17ème) qui achève ses qualifications dans les graviers. Chez Arrows, Hill (15ème) et Diniz (16ème) évaluent la nouvelle version du V10 Yamaha. Encore des soucis pour Minardi: tête-à-queue pour Trulli (20ème), problèmes de freins pour Katayama (22ème).

 

Le Grand Prix

Dimanche matin, Panis fait sensation en signant le meilleur chrono du warm-up. Dans la douce atmosphère (20 °C) montréalaise, les pneus Bridgestone semblent mieux se comporter que les Goodyear. À noter que Villeneuve reste un temps cloué aux stands suite à une panne de démarreur.

 

Les performances encourageantes de Panis lors de l'échauffement persuadent les écuries chaussées par Bridgestone de tabler sur une course à un seul arrêt. Seule Stewart-Ford prévoit deux ravitaillements pour Barrichello et Magnussen. Chez Goodyear, la majorité planifie deux passages aux stands, à l'exception de McLaren et de Sauber.

 

Départ: M. Schumacher prend un excellent envol devant Villeneuve. Barrichello démarre mal et sème une certaine confusion dont bénéficie Fisichella. L'Italien se retrouve troisième devant Alesi et Coulthard. Panis harponne Häkkinen dans le premier enchaînement. L'aileron arrière de la McLaren s'envole et vient taper la Ferrari d'Irvine qui part en tête-à-queue dans la pelouse. Quelques mètres plus loin, Nakano heurte Magnussen: le Danois tire tout droit dans les protections.

 

1er tour: Irvine et Magnussen renoncent. Les drapeaux jaunes sont déployés dans le premier secteur. M. Schumacher mène devant Villeneuve, Fisichella, Alesi, Coulthard, Frentzen, R. Schumacher, Barrichello, Wurz et Verstappen. Häkkinen et Panis regagnent les stands. Le Finlandais doit mettre pied à terre tandis que le Français peut redémarrer après avoir remplacé son capot avant.

 

2e: Schumacher compte une seconde et demie d'avance sur Villeneuve. En fin de tour, le jeune Canadien aborde trop vite le dernier freinage. Il manque la corde, part en toupie et heurte le mur avec la roue avant-gauche. Le héros local n'a plus qu'à se retirer.

 

3e: La Williams de Villeneuve est promptement ôtée par une grue. Le public est dépité. M. Schumacher devance de trois secondes l'étonnant Fisichella, menacé par Alesi et Coulthard. Wurz a doublé Barrichello.

 

4e: Hill passe par le stand Arrows pour faire vérifier sa monoplace, touchée par celle d'Irvine au premier virage.

 

5e: M. Schumacher est premier devant Fisichella (2.4s.), Alesi (3.4s.), Coulthard (4.6s.), Frentzen (6.7s.), R. Schumacher (9.2s.), Wurz (11s.), Barrichello (13.5s.), Verstappen (14.5s.) et Salo (14.8s.).

 

6e: R. Schumacher dépasse Frentzen qui se débat avec des pneus déjà cloqués. Katayama perd la maîtrise de sa Minardi après le droit du Casino et heurte violemment le mur de béton. Le petit Japonais est indemne mais sa monoplace occupe une large partie de la piste.

 

7e: La voiture de sécurité entre en piste afin d'évacuer la voiture de Katayama. Une dépanneuse intervient à cet effet. Hill reprend de l'essence et change de pneus.

 

8e: Le peloton se regroupe derrière la Safety Car. M. Schumacher devance Fisichella, Alesi, Coulthard, R. Schumacher, Frentzen, Wurz, Barrichello, Verstappen, Salo, Herbert, Diniz, Trulli, Morbidelli, Nakano, Panis et Hill.

 

9e: La Minardi-Hart de Katayama a été ôtée. La course va reprendre au tour suivant.

 

10e: Le drapeau vert est agité. M. Schumacher s'échappe de nouveau très facilement devant Fisichella. Alesi est sous la menace de Coulthard et de R. Schumacher. Frentzen fait changer ses pneus (7.4s.) et se retrouve lanterne rouge.

 

12e: Une seconde et demie sépare M. Schumacher de Fisichella. Alesi et Coulthard ont semé Schumacher cadet. Verstappen déborde Barrichello à la dernière chicane, au prix d'un freinage très appuyé. Ou quand le V8 Ford ED l'emporte sur le V10 Ford JD...

 

13e: M. Schumacher devance Fisichella (1.5s.), Alesi (3.2s.), Coulthard (4s.), R. Schumacher (6.7s.), Wurz (12.5s.), Verstappen (14.4s.), Barrichello (17s.), Salo (17.3s.) et Herbert (17.5s.). Barrichello repousse une attaque de Salo.

 

14e: Salo tente de faire l'extérieur à Barrichello avant le dernier virage mais, moins téméraire que son équipier, finit par s'incliner. Il se retrouve aussitôt sous la menace de Herbert.

 

15e: Le pneu avant-droit de R. Schumacher se déchiquette aux abords du premier virage. La voiture jaune, incontrôlable, dévie vers la pelouse, perd une roue contre le rail puis percute de plein fouet une pile de pneus. Celle-ci fut toute proche de faire tremplin... Miraculeusement, le jeune Allemand est tout à fait indemne et sort aussitôt de sa monoplace. Les drapeaux jaunes sont agités.

 

16e: L'intervalle est stable entre M. Schumacher et Fisichella. Coulthard demeure sur les talons d'Alesi. Une grue retire rapidement la Jordan de R. Schumacher. Barrichello retient un trio comprenant Salo, Herbert et Diniz.

 

17e: Après plusieurs tentatives infructueuses, Salo dépasse Barrichello sur la ligne de chronométrage. Le Brésilien reste à l'intérieur et reprend l'ascendant au premier freinage... mais ce faisant ignore le drapeau jaune, toujours agité à cause de la Jordan de R. Schumacher ! Salo dépasse pour de bon la Stewart à l'épingle du Casino. Herbert double ensuite Barrichello à la petite chicane.

 

18e: M. Schumacher hausse son rythme et repousse Fisichella à quatre secondes. Alesi et Coulthard rattrapent le Romain. Désormais neuvième, Barrichello résiste à Diniz. Derrière les Brésiliens figure Panis qui a accompli une belle remontée, doublant Nakano, Morbidelli et Trulli.

 

20e: M. Schumacher précède Fisichella (4.2s.), Alesi (4.6s.), Coulthard (6.3s.), Wurz (21.7s.), Verstappen (24s.), Salo (33.7s.), Herbert (34.6s.), Barrichello (40.8s.) et Diniz (43s.). Panis passe chez Prost pour reprendre de l'essence et des pneus neufs.

 

22e: M. Schumacher améliore régulièrement le meilleur tour et possède maintenant six secondes d'avance sur le trio Fisichella – Alesi – Coulthard. Frentzen grimpe dans la hiérarchie: le voici dixième. Il doublera Barrichello au tour suivant.

 

24e: L'intervalle entre Schumacher et Fisichella culmine à huit secondes. Verstappen et Barrichello observent leurs premiers pit-stops.

 

25e: Fisichella et Alesi pénètrent ensemble dans la pit-lane pour leurs premiers arrêts-ravitaillements. Les mécaniciens de Benetton sont plus prompts que ceux de Jordan, et le Français redémarre devant l'Italien. Tous deux retrouvent la piste derrière l'étonnant Wurz.

 

26e: M. Schumacher précède Coulthard de dix secondes. Wurz fait escale chez Benetton pour ravitailler et repart entre Herbert et Frentzen. Ce dernier vient de se défaire de Verstappen. Premier arrêt aussi pour Salo.

 

27e: Barrichello écope d'un « stop-and-go » de dix secondes pour avoir doublé Salo en dépit d'un drapeau jaune.

 

28e: M. Schumacher stoppe chez Ferrari pour remettre de l'essence et changer de pneus (7.6s.). Coulthard, qui ne doit stopper qu'une fois, se retrouve en tête.

 

29e: Coulthard devance M. Schumacher (10s.), Alesi (25s.), Fisichella (28s.), Herbert (34.4s.), Wurz (44.5s.), Frentzen (45.3s.), Verstappen (51.6s.), Salo (56.2s.) et Diniz (1m.). Barrichello, désormais dernier, subit sa punition.

 

30e: Frentzen s'empare de la sixième position aux dépens de Wurz.

 

32e: Schumacher a repris deux secondes et demie à Coulthard qui doit composer avec des gommes altérées. Frentzen observe son premier « refueling » et remplace ses pneus pour la seconde fois (7.6s.).

 

33e: Herbert rattrape Alesi et Fisichella qui tous deux se débattent avec un second jeu de pneus cloqués. Parti avec des gommes éprouvées, le Britannique n'a curieusement pas cet inconvénient ! Ravitaillement de Morbidelli.

 

35e: Coulthard est en tête devant M. Schumacher (7.9s.), Alesi (34.4s.), Fisichella (35s.), Herbert (35.2s.), Wurz (54s.), Verstappen (1m. 08s.), Frentzen (1m. 05s.), Salo (1m. 10s.), Diniz (1m. 11s.) et Panis (1m. 12s.). Trulli renonce suite à une panne de son moteur Hart.

 

36e: Coulthard est maintenant plus rapide que Schumacher dont les pneus sont frappés de « blistering ». Herbert se fait pressant derrière Fisichella. Frentzen déborde Verstappen. Diniz subit son unique arrêt-ravitaillement. Wurz doit abandonner à cause d'une panne de transmission, après des débuts remarquables. Barrichello se retire lui aussi avec une boîte de vitesses en rideau.

 

37e: Coulthard réalise le meilleur tour de la course (1'19''635'''). Herbert subit ce qui doit être son unique ravitaillement (11s.) et ne perd aucune position. Premier arrêt de Nakano, deuxième arrêt de Salo.

 

39e: Coulthard possède maintenant dix secondes de marge sur M. Schumacher qui est en train de perdre la course à cause de l'effondrement de son second train de pneus.

 

40e: Coulthard observe ce qui est censé être son unique changement de pneus (10.5s.). Schumacher retrouve la première place. Hill effectue son troisième passage aux stands.

 

41e: La course bascule en faveur de Coulthard qui ne compte que dix secondes de retard sur Schumacher qui, contrairement à lui, doit encore passer aux stands.

 

42e: M. Schumacher est premier devant Coulthard (10.4s.), Alesi (36.4s.), Fisichella (39s.), Herbert (57s.), Frentzen (1m. 01s.) et Panis (1m. 14s.). Herbert écope d'une pénalité de dix secondes pour excès de vitesses dans les stands.

 

43e: Verstappen doit abandonner après une belle course, faute de pression hydraulique dans sa sélection de vitesses. Herbert subit son « stop-and-go » et perd ainsi tout espoir de grimper sur le podium. Deuxième arrêt de Morbidelli.

 

44e: M. Schumacher fait escale au stand Ferrari pour ce qui doit être son dernier pit-stop (9.8s.). Coulthard recueille le leadership. Panis effectue aussi un second ravitaillement. Détail: le Grenoblois a léché le mur avec sa roue arrière-droite en entrant aux stands...

 

45e: Fisichella passe chez Jordan pour changer de pneus et remettre du carburant (9s.). Il redémarre derrière Frentzen.

 

46e: Coulthard précède M. Schumacher (13.6s.), Alesi (31.2s.), Frentzen (53s.), Fisichella (57s.), Herbert (1m. 16s.), Panis (-1t.), Salo (-1t.), Nakano (-1t.), Diniz (-1t.), Hill (-1t.) et Morbidelli (-1t.).

 

48e: Alesi exécute son deuxième passage aux stands. Salo renonce suite à une rupture de moteur.

 

49e: Coulthard s'aperçoit que ses gommes se couvrent de boursouflures: selon toute évidence, sa stratégie est à l'eau. Mais Schumacher n'est pas mieux loti car son nouveau jeu de pneus est aussi déjà cloqué ! La course n'est pas jouée...

 

50e: Coulthard possède quatorze secondes d'avance sur Schumacher. Tous deux vont devoir sous peu changer d'enveloppes. L'Allemand rencontre de telles difficultés qu'il doit laisser Panis se dédoubler au bout de la longue ligne droite.

 

51e: M. Schumacher s'arrête pour la troisième fois au stand Ferrari pour remplacer ses pneus (6.5s.). Il reste second. Frentzen exécute lui aussi son troisième pit-stop (8.2s.) et reprend la piste entre Fisichella et Herbert.

 

52e: Coulthard apparaît chez McLaren pour se débarrasser de ses gommes cloquées. L'opération ne dure que six secondes mais l'Écossais cale au redémarrage ! Son embrayage fait des siennes. Coulthard ne pourra repartir qu'au bout d'une minute. Pendant ce temps-là, Panis aborde l'enfilade qui longe le Saint-Laurent lorsqu'un élément se brise sur sa suspension arrière. La Prost se met à l'équerre, touche le muret de droite, ricoche vers la gauche et s'écrase très violemment dans la muraille de pneus inopportunément dressée à cet endroit. Tout l'avant de la voiture est broyée. Panis tente de s'extraire seul de sa monoplace mais s'aperçoit qu'il ne peut pas bouger ses jambes.

 

53e: La voiture de sécurité intervient car la piste est totalement obstruée entre les virages n°4 et 5. M. Schumacher devance Alesi, Fisichella, Frentzen, Herbert, Nakano, Coulthard, Diniz, Hill et Morbidelli. Sans prendre la moindre précaution, les commissaires canadiens extirpent Panis de son habitacle et le déposent au sol tandis que l'équipe du Pr. Watkins se prépare à intervenir.

 

54e: Les pilotes se rangent derrière la Safety Car.

 

55ème et dernier tour: Panis étant visiblement blessé aux jambes, Charlie Whiting décide de brandir le drapeau rouge pour permettre son évacuation dans les meilleures conditions. Surpris par un brusque ralentissement de son équipier Herbert, Morbidelli escalade la roue arrière de l'autre Sauber et y brise son aileron avant. Les trois quarts de la distance originelle sont accomplis: tous les points seront attribués.

 

Michael Schumacher remporte son second Grand Prix du Canada. Alesi recueille une belle deuxième place tandis que le jeune Fisichella, troisième, se hisse sur son premier podium. Frentzen termine quatrième. Herbert engrange deux nouveaux points pour Sauber. Nakano finit sixième et inscrit ainsi son premier point en F1. Le malchanceux Coulthard échoue à la septième place. Diniz, Hill et Morbidelli rejoignent aussi l'arrivée.

 

Deux jambes cassées pour Olivier Panis

Après avoir garé leurs bolides sur la grille, les pilotes se concertent avec Herbie Blash pour obtenir quelques informations sur l'état de santé d'Olivier Panis. Alain Prost et Cesare Fiorio se démènent dans le même sens. L'épave de la Prost JS45 est remorquée vers les stands. Sous la bâche, on constate que si la coque a tenu, l'arrêt très brutal contre la muraille de caoutchouc et les ondes de choc consécutives ont dû abîmer les jambes du malheureux pilote. Toujours conscient, celui-ci est installé sur une civière et transféré au centre médical, puis de là héliporté vers l'hôpital du Sacré Cœur de Montréal. Le premier diagnostic est relativement rassurant: Panis ne souffrirait que d'une fracture du tibia de la jambe droite. Hélas, le second examen est plus sombre: il est en fait victime d'une double fracture tibia-péroné droit et d'une fracture simple du tibia gauche.

 

Olivier Panis subit sans tarder une intervention chirurgicale de plus de trois heures sous anesthésie générale. Les médecins québécois pratiquent un « enclouage » des os atteints afin faciliter leur « réparation ». L'opération se passe sans encombre. Panis réémerge le lendemain matin, en assez bonne forme. Il peut recevoir la visite de quelques amis, dont Jacques Laffite, qui a subi un accident quasi similaire à Brands Hatch en 1986. Il s'entretient au téléphone avec son épouse Anne, ainsi qu'avec Alain Prost et Cesare Fiorio. Il reçoit aussi un chaleureux télégramme du président Jacques Chirac. Au bout de quelques heures, Panis tente... de se lever. Il parvient à se tenir debout sans évidemment pouvoir marcher. Mais sa détermination force l'admiration. Après quelques jours d'hospitalisation, il prévoit de débuter sa rééducation en Bretagne.

 

L'origine de l'accident d'Olivier Panis est sans aucun doute une rupture de suspension consécutive à un contact contre le mur au 44ème tour, juste avant le troisième pit-stop du pilote français. On peut donc considérer que l'écurie Prost a commis une erreur en ne procédant pas à un examen plus approfondi de la monoplace lors de cette opération. Toutefois, Panis a aussi pâti des lacunes dans le dispositif de sécurité du circuit montréalais. En effet les piles de pneus installées en guise de murailles dans cet enchaînement rapide longeant le fleuve sont sans aucun doute la cause de ses graves blessures. C'est ce que souligne Jacques Laffite: « Cet accident ne concerne en rien la sécurité des voitures, ni l'escalade des performances. Que foutaient-ils là ces pneus ? Les pilotes ont demandé des murs en béton, placés intelligemment et selon certains angles précis, pour qu'en cas d'accident la voiture puisse glisser. Là, Olivier s'est engouffré dans ces pneus et s'y est coincé, tel un poignard. La décélération fut terrible, instantanée. » Alerté en sa qualité de dirigeant du GPDA, Michael Schumacher promet de faire des remontrances aux organisateurs.

 

Après la course

Dans l'immédiat, le « Baron rouge » a d'autres chats à fouetter puisque le délégué technique de la FIA Jo Bauer croit s'apercevoir qu'il a disputé la course avec 32 pneus au lieu des 28 autorisés par le règlement. Mais les gommes en question sont dans un tel état de dégradation que leur marquage est devenu quasi-illisible. Ainsi, Schumacher conserve finalement sa victoire au bénéfice du doute...

 

L'accident d'Olivier Panis occulte l'issue de cette course, une nouvelle fois déterminée par l'usure des pneumatiques. Comme en Espagne, le « blistering » a frappé et cela est la conséquence des nouveaux choix très agressifs effectués par Goodyear pour contrer Bridgestone. Michael Schumacher s'alarme: « Je crains que la recherche de la performance à tout prix n'aboutisse sur un jeu dangereux. » L'Allemand a ainsi eu le plus grand mal à préserver ses gommes, et sans le problème rencontré aux stands par David Coulthard, il n'aurait certainement pas pu l'emporter. « Les pneus furent la clef de cette course. Nous avions planifié deux stops, mais mon troisième train de pneus était si mauvais que j'ai dû m'arrêter une fois de plus », explique-t-il. « Honnêtement, aujourd'hui la victoire aurait dû revenir à Coulthard. Il était l'homme à battre. Mais la chance a tourné en ma faveur. »

 

David Coulthard est évidemment très déçu: non seulement il n'a pas gagné, mais il finit hors des points ! Toutefois, sans le drapeau rouge, aurait-il pu préserver son troisième jeu de Goodyear jusqu'à l'arrivée ? L'Écossais le croit: « Les cloques m'ont contraint à un arrêt supplémentaire, mais ce second passage aux stands n'aurait eu aucune incidence si mon embrayage ne m'avait pas trahi. » Ron Dennis s'emmêle quelque peu dans ses explications: « Notre stratégie à un seul arrêt était la bonne. Nous avions pris la bonne décision en faisant partir David avec des pneus frais. Si le deuxième train avait eu la constance du premier, la victoire aurait été pour nous. » Avec des si...

 

Troisième à Barcelone, Jean Alesi termine deuxième à Montréal. Visera-t-il les lauriers en France, deux semaines plus tard ? « Pour l'heure, la seule victoire à laquelle je pense est celle d'Olivier », lâche l'Avignonnais, très choqué par l'accident de son compatriote. De même, le jeune Giancarlo Fisichella, qui grimpe sur son premier podium dès son quinzième Grand Prix, est partagé entre une joie débordante et une tristesse non feinte. « Je suis très content, mais devant ce qui arrive à Panis, je n'ai pas le cœur à sabler le champagne », reconnaît-il avec dignité. Quoiqu'il en soit, celui que l'on commence à surnommer « Fisico » s'impose comme la révélation de cette saison 1997. Promis à une grande carrière, il ne devrait pas végéter longtemps chez Jordan. Ainsi, son mentor Flavio Briatore l'assaille dès dimanche soir: « Giancarlo, nous n'allons pas tarder à discuter », glisse-t-il à l'oreille de son jeune poulain. Le transfert de Fisichella vers Benetton pour 1998 est en effet un secret de polichinelle.

 

Enfin, le grand vaincu du jour est bien entendu Jacques Villeneuve, éliminé dès le deuxième tour par une faute de débutant. « C'est entièrement de ma faute... Ma plus grande déception de la saison », soupire le jeune Québécois, qui a manifestement craqué sous la pression. Il perd ainsi la première place du championnat du monde au bénéfice de Michael Schumacher, qui le relègue à sept longueurs (37 points contre 30). Frank Williams et Patrick Head grognent: en sept Grands Prix, Villeneuve totalise certes trois victoires mais aussi quatre abandons, dont trois sur touchettes. Un parcours jusqu'ici peu digne d'un futur champion du monde...

Tony