Jean ALESI
 J.ALESI
Benetton Renault
Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Ferrari
Jacques VILLENEUVE
 J.VILLENEUVE
Williams Renault

588. Großer Preis

XXXVIII Gran Premio de España
Regen
Barcelone
Sonntag, 2. Juni 1996
65 Runden x 4.727 km - 307.255 km
Affiche
F1
Coupe

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Fahrer
Konstruktor
Motor
Première d'une longue série de victoires avec Ferrari pour Michael Schumacher.

Alain Prost et l'Écurie France

 

Présentation de l'épreuve

Depuis le départ de Parmalat, son principal soutien financier, Forti Corse se débat avec un budget lilliputien. La petite équipe d'Alexandrie a absolument besoin d'un nouvel investisseur pour aller au bout de cette saison 1996. Début juin, Guido Forti annonce un partenariat avec Shannon Racing, une émulation de FinFirst, une officine irlandaise qui a investi dans une écurie de F3000 et pas moins de quatre structures de F3. Cette société-gigogne, basée en Irlande, est détenue par un groupe financier milanais dont les capitaux viennent... de Suisse ! Quelques mauvaises langues s'interrogent sur la provenance de ces fonds... Shannon rachète en tout cas 51 % de Forti Corse, dans l'espoir d'en prendre le contrôle définitif en 1997. Cet accord a été négocié par Arron Colombo, patron de Belco Avia, le sous-traitant qui a fabriqué la coque de la FG-03. Devenu créancier de Forti, celui-ci espère pouvoir être remboursé par ce biais. À Barcelone, les FG-03 arborent une nouvelle livrée verte et blanche, les couleurs de Shannon Racing. Guido Forti déclare que son budget est assuré jusqu'en 1997. Par ailleurs, Cesare Fiorio ayant filé chez Ligier, Daniele Coronna prend en main la direction sportive.

 

Le tumultueux Grand Prix de Monaco a mis un terme à l'invincibilité des Williams-Renault en 1996. Frank Williams en est déçu car il caressait le mince espoir d'accomplir le « grand chelem » : seize victoires en seize courses. Quoiqu'il en soit, la supériorité de la Williams FW18 est telle que seul le néophyte Jacques Villeneuve peut contester le titre mondial à Damon Hill. Les deux « fils de » entretiennent pour l'heure des relations cordiales, sans plus. Quoi de commun en effet entre l'Anglais trentenaire, rangé et taciturne, et le jeune Canadien nonchalant au look « grunge » ? Frank Williams veille à maintenir entre eux une saine concurrence. Ainsi, chacun travaille dans son coin avec son ingénieur attitré: Hill avec Tim Preston, Villeneuve avec Jock Clear, Patrick Head et Adrian Newey assurant les échanges entre les deux équipes techniques.

 

Entre Monte-Carlo et Barcelone, Damon Hill a mené des essais privés à Silverstone au cours desquels son moteur Renault a subi d'incompréhensibles pertes de puissance. Après la panne qui l'a privé de la victoire sur le Rocher, voilà qui fait désordre. En outre, Frank Williams s'irrite de voir les moteurs concurrents (notamment les V10 Ferrari et Mercedes) développer désormais autant de chevaux, sinon plus, que le Renault. Ceci alors que la rumeur du retrait du constructeur français fin 1997 grandit de jour en jour. Les ingénieurs de Viry-Châtillon se relâcheraient-ils ? Damon Hill s'alarme: « Après Monaco, notre moteur a besoin de gagner en puissance. Il ne suffit pas à notre V10 d'être bon, il faut devenir meilleur. Cinq étapes cruciales nous attendent: Barcelone, Montréal, Magny-Cours, Silverstone et Hockenheim. Après, on verra. » Du Frank Williams dans le texte.

 

Michael Schumacher débarque en Espagne avec l'esprit revanchard. Il doit en effet faire oublier la terrible bourde qui a écourté son Grand Prix de Monaco au bout de moins d'une minute. « Monaco 1996 est mon plus mauvais souvenir de Formule 1 », énonce-t-il. Toujours dur à la tâche, il vient d'accomplir de nouveaux essais au Mugello en compagnie d'Eddie Irvine. Tous deux préparent l'entrée en jeu à Montréal d'une nouvelle mouture de la F310. John Barnard et Gustav Brunner se sont en effet aperçus que le nez bas perturbait le fonctionnement aérodynamique de leur création, générant trop de traînée et rendant l'ensemble instable aussi bien au freinage qu'en ligne droite. Pis, le cockpit a été conçu de telle façon que la tête des pilotes elle-même dévie le flux destiné à la boîte à air ! Ceux-ci doivent parfois se pencher légèrement en ligne droite afin que le moteur puisse être correctement refroidi...

 

Un an à peine après son départ, Cesare Fiorio redevient le directeur sportif de Ligier. Évincé en 1995 par Tom Walkinshaw, « Hollywood » discutait déjà depuis plusieurs semaines avec Flavio Briatore et Bruno Michel, et a définitivement été convaincu de revenir à Magny-Cours par la victoire d'Olivier Panis à Monaco. Il quitte ainsi la petite scuderia Forti avec laquelle il n'avait signé que pour quelques mois. Briatore se félicite du retour de Fiorio avec son franc-parler coutumier: « C'était nécessaire car chez Ligier, c'est toujours un peu le bordel ! » Les Bleus sont aussi ravis de revoir Guy Ligier, venu en Catalogne pour féliciter Olivier Panis. « Regarde Guy, le bon temps des victoires est revenu ! » lui lance un Jacques Laffite hilare.

 

Martin Brundle est de plus en plus contesté chez Jordan-Peugeot. Le vétéran du peloton effectue en effet un début de saison calamiteux: largement dominé par Rubens Barrichello, il n'a inscrit jusqu'ici qu'un maigre point et reste sur deux abandons sur sorties de route. Un bilan indigne d'un pilote aussi chevronné. Brundle se défend en dénonçant le grave défaut d'adhérence de la Jordan 196 qu'il compare à un « chien fou », un réel problème confirmé par Barrichello. Néanmoins certains avancent qu'Eddie Jordan pourrait le remplacer par son réserviste, le talentueux Gianni Morbidelli. Pour l'heure, Brundle célèbre joyeusement samedi soir son trente-septième anniversaire en compagnie de Gerhard Berger. « C'est normal, les vieux doivent se serrer les coudes, non ? » sourit le Britannique.

 

Pendant ce temps-là, chez Minardi, Giancarlo Fisichella conserve son volant car le jeune Brésilien Tarso Marques, avec lequel il devait alterner, n'a finalement pas réuni le budget nécessaire. Le jeune Italien, qui fait très bonne impression en dominant Pedro Lamy, n'est cependant pas plus argenté, et Giancarlo Minardi cherche un pilote payant pour finir la saison...

 

Sur le plan technique, la Williams-Renault FW18 est ici équipée d'un nouveau profil d'extracteur adapté à un tunnel central modifié, de forme concave. Le bord de fuite du soubassement est par ailleurs agrémenté d'une cornière. Schumacher dispose d'un nouveau châssis Ferrari avec lequel il teste vendredi une suspension avant à trois amortisseurs. Les deux F310 sont d'autre part munies d'un extracteur très inspiré de celui de la 412 T2 de 1995. Après l'incident ayant coûté la victoire à Alesi à Monaco, Benetton adopte une nouvelle suspension arrière où les ressorts classiques remplacent les barres de torsion. Comme attendu, la McLaren-Mercedes à empattement court apparue à Monaco cède ici sa place à sa devancière, dotée d'un moteur un peu plus puissant. Tyrrell carène les triangles de sa suspension avant, ce qui permet d'ôter les gros déflecteurs placés derrière les roues. D'autre part, les monoplaces d' « Oncle Ken » sont propulsées par une évolution du V10 Yamaha. Arrows adopte pour cette course un lubrifiant fourni par Castrol, jadis le partenaire de Tom Walkinshaw en Sports Prototypes. Les Forti reçoivent un aileron arrière et un extracteur inédits. Enfin, les Minardi bénéficient de la version ED3 du V8 Ford-Cosworth qui leur apporte des chevaux supplémentaires fort bienvenus.

 

Essais et qualifications

La séance du vendredi sert à dépoussiérer le bitume particulièrement sale de Montmeló. Les pilotes tournent avec des gommes éprouvées, voire des pneus pluie, et les chronos sont donc peu significatifs. En fin d'après-midi, Irvine réalise le meilleur chrono en chaussant des pneus neufs. Samedi matin, sous un ciel menaçant, Villeneuve réalise le meilleur temps avant de casser un moteur. Qu'arrive-t-il au naguère très fiable V10 Renault ?

 

Les qualifications du samedi après-midi sont très disputées, du moins jusqu'à ce que Katayama explose son moteur et répande de l'huile sur l'ensemble du tracé. Les Williams-Renault dominent à nouveau. Hill empoche la quinzième pole position de sa carrière (1'20''650'''), quatre dixièmes devant Villeneuve (2ème) qui pèche toujours quelque peu dans la mise au point. Schumacher (3ème) dispute cette séance avec le mulet Ferrari qui lui offre de meilleures sensations, mais n'approche jamais de la pole position. Irvine (6ème) ne rend cette fois que sept dixièmes à son leader. Perplexité chez Benetton-Renault: Alesi (4ème) et Berger (5ème) affirment que la B196 est en progrès mais concèdent encore une seconde et demie au poleman ! La puissance du V10 Peugeot fait merveille dans la longue ligne droite du circuit de Catalogne. Barrichello (7ème) se positionne en outsider alors que Brundle (15ème) est une fois de plus hors du coup.

 

L'état de grâce perdure chez Ligier-Mugen puisque Panis, huitième, enregistre sa meilleure qualification de la saison. Diniz (17ème) s'égare en revanche dans ses réglages et compose avec une machine très sous-vireuse. La Sauber-Ford est toujours aussi instable à vide. Pour la première fois de l'année, Herbert (9ème) devance Frentzen (11ème) sur la grille. Les McLaren-Mercedes (Häkkinen 10ème, Coulthard 14ème) ont ici un comportement catastrophique, alternant sur-virage et sous-virage. Un week-end difficile pour Tyrrell puisque Salo (12ème) et Katayama (16ème) cassent chacun un nouveau moteur Yamaha. Les Arrows-Hart manquent d'équilibre: Verstappen (13ème) affiche un certain découragement et Rosset (20ème) se signale encore par des touchettes. Chez Minardi, Lamy (18ème) et Fisichella (19ème) sont déçus des performances du nouveau bloc Cosworth, encore trop anémique. Enfin, le couperet des 107 % s'abat sur les « Forti-Shannon » de Badoer (21ème) et de Montermini (22ème), repoussées à plus de six secondes de la pole.

 

Le Grand Prix

Dimanche matin, la pluie tombe à verse sur le circuit catalan et la piste est totalement détrempée. Hill réalise le meilleur chrono avant de s'évanouir dans un tête-à-queue. Frentzen part en aquaplanage dans la ligne droite principale et pulvérise sa Sauber contre le mur des stands. Il devra disputer la course avec son mulet. La séance est interrompue au drapeau rouge. À la mi-journée, le roi d'Espagne Juan Carlos Ier, féru de sports mécaniques, arrive sur le circuit en compagnie de José Antonio Samaranch, le président du Comité international olympique. Sa Majesté visite le stand Williams, puis se rend chez Ferrari, où Jean Todt et Michael Schumacher l'invitent à grimper dans le cockpit de la F310. Juan Carlos, ravi, ne se fait pas prier.

 

Pendant que le roi d'Espagne s'amuse, de nouvelles averses noient Montmeló sous les eaux. Il ne fait aucun doute que la course se déroulera en intégralité sur piste humide. Lors du briefing d'avant-course, le délégué de la FIA Roger Lane-Nott évoque l'éventualité d'un départ derrière la voiture de sécurité, puis propose de reporter le coup d'envoi afin d'attendre que la piste soit plus praticable. Bernie Ecclestone surgit pour enguirlander le contre-amiral: pas question d'attendre, priorité aux retransmissions télévisées en direct ! Ainsi, à 14 heures, tous les concurrents se positionnent sur la grille, bien évidemment munis de pneus rainurés. La plupart des pilotes partent chargés en essence afin de n'effectuer qu'un seul arrêt, sauf Schumacher qui compte stopper deux fois.

 

Tour de formation: Suite à un problème de commande de boîte, Salo reste scotché sur la grille. Il est poussé vers la pit-lane par les commissaires. Sans surprise, les pilotes s'aperçoivent que la piste est une véritable patinoire. Les projections d'eau sont très importantes et la visibilité nulle.

 

Départ: Hill démarre médiocrement. Villeneuve prend le meilleur envol et vire en tête au premier virage devant Alesi et son coéquipier. Suivent Berger, Barrichello et Irvine. Suite à un souci d'embrayage, Schumacher s'élance très mal et perd de nombreuses positions. En queue de peloton, Coulthard et Rosset entrent en collision. Lamy freine brutalement pour éviter l'Arrows et se fait percuter par son équipier Fisichella. Coulthard et Lamy échouent sur les bas-côtés. Rosset, également touché, n'ira guère plus loin.

 

1er tour: Irvine puis Schumacher dépassent Barrichello. En fin de tour, Villeneuve précède Alesi, Hill, Berger, Irvine, Schumacher, Barrichello, Herbert, Frentzen et Brundle. Fisichella regagne son stand pour mettre pied à terre. Pour la seconde fois consécutive, les deux Minardi se sont auto-éliminées dès le départ ! Panis glisse dans l'avant-dernière courbe et sort dans les graviers. Il parvient à ramener sa Ligier en piste mais rentre aussitôt aux stands. Pendant ce temps-là, Salo démarre des stands avec son mulet, pensant que la course va être stoppée au drapeau rouge. Or il est interdit de prendre la « T-car » une fois la procédure de départ enclenchée...

 

2e: La pluie n'a pas cessé et les concurrents sont très prudents. Villeneuve devance Alesi de quelques dixièmes. Pressé par Schumacher, Irvine part en tête-à-queue et s'embourbe dans les graviers. Le Nord-Irlandais abandonne. Panis met pied à terre à son stand: sa voiture a trop souffert de sa sortie.

 

3e: Villeneuve compte deux secondes d'avance sur Alesi, trois secondes sur Hill. Schumacher rattrape Berger. Herbert part en tête-à-queue dans la descente vers la courbe Repsol. Il parvient néanmoins à retrouver le bitume après avoir perdu trois places.

 

4e: Hill part en aquaplanage dans la courbe Repsol et sort dans les graviers. Il conserve la maîtrise de sa Williams et retrouve le circuit, mais entretemps Berger et Schumacher sont passés.

 

5e: Alesi se rapproche de Villeneuve. Schumacher dépasse Berger et grimpe au troisième rang.

 

6e: Brundle traverse le bac à gravier au virage de Würth. Villeneuve devance Alesi (1s.), Schumacher (2.7s.), Berger (10s.), Hill (12s.), Barrichello (17s.), Frentzen (23s.), Verstappen (25s.), Herbert (31s.) et Brundle (38s.).

 

7e: Léger en essence, Schumacher est le plus rapide en piste et revient à tire-d'aile sur le duo Villeneuve – Alesi.

 

8e: Schumacher harcèle Alesi, quitte à emprunter des trajectoires baroques. La maîtrise de l'Allemand sur le mouillé est impressionnante. Hill exécute un tête-à-queue à La Caixa et perd encore trois positions supplémentaires.

 

9e: Schumacher fait l'intérieur à Alesi dans la courbe Seat. La roue avant-gauche de la Benetton frôle la roue arrière-droite de la Ferrari, mais celle-ci passe sans peine. Schumacher s'en prend aussitôt à Villeneuve. Katayama se gare dans l'herbe suite à une coupure électrique sur son moteur.

 

10e: Villeneuve précède Schumacher (1s.), Alesi (2.4s.), Berger (7.9s.), Frentzen (15.2s.), Barrichello (21.7s.), Hill (27.8s.), Herbert (32.2s.) et Brundle (39.3s).

 

11e: Schumacher se rapproche de Villeneuve dans les portions sinueuses où la Williams, lourde en essence, est peu maniable. Hill perd l'arrière de sa Williams en sortant de la dernière courbe, part en toupie, traverse la route et heurte à faible allure le muret de stands. Cette fois, le pilote anglais jette l'éponge. Les drapeaux jaunes sont déployés dans la grande ligne droite.

 

12e: Schumacher dépasse Villeneuve par l'intérieur de la courbe Seat et s'empare du commandement. Le Canadien n'a guère résisté.

 

13e: Schumacher prend la poudre d'escampette et tourne quatre secondes au tour plus vite que Villeneuve et Alesi !

 

14e: Schumacher réalise le meilleur tour de la course (1'45''517'''). Il ne sera pas battu jusqu'au drapeau à damiers. Alesi met la pression sur Villeneuve.

 

15e: Verstappen part en toupie avant la courbe Repsol, exécute un 360°... et parvient à rester en piste sans perdre de position. Au tour suivant, Diniz sort dans les graviers au virage Seat mais rejoint le bitume.

 

16e: Schumacher est premier devant Villeneuve (18s.), Alesi (19s.), Berger (23.4s.), Barrichello (29.7s.), Frentzen (36.3s.), Verstappen (43s.), Herbert (48.8s.), Brundle (56.7s.), Häkkinen (1m. 25s.), Diniz (1m. 35s.) et Salo (-1t.).

 

17e: Le drapeau noir est présenté à Salo qui est parti des stands avec son mulet hors délai. Le Finlandais accomplit un tête-à-queue, puis rejoint son garage pour se retirer.

 

18e: Impérial, Schumacher creuse toujours l'écart sur ses poursuivants. Brundle se gare sur le bas-côté de la grande ligne droite après une panne de différentiel. La moitié du plateau est déjà éliminée.

 

20e: Schumacher compte vingt-six secondes d'avance sur Villeneuve, trente secondes sur Alesi qui a un peu décroché.

 

21e: Herbert glisse dans le premier enchaînement, effectue un tête-à-queue et s'enlise dans le bac à graviers. L'Anglais rejoint la liste des abandons.

 

22e: Schumacher possède trente-quatre secondes d'avance sur Villeneuve. Il pourra donc effectuer un pit-stop de plus que ses concurrents.

 

24e: Schumacher arrive aux stands pour accomplir son premier arrêt-ravitaillement (7.2s.). Il sélectionne évidement des pneus rainurés et reprend la piste très loin devant ses concurrents.

 

25e: Schumacher devance Villeneuve (23.3s.), Alesi (24.2s.), Berger (29s.), Barrichello (34s.), Frentzen (44.5s.), Verstappen (48s.), Häkkinen (1m. 41s.) et Diniz (-1t.).

 

27e: Schumacher n'a rempli qu'un tiers de son réservoir et est donc toujours très rapide. Il roule trois secondes au tour plus vite que Villeneuve. Berger se rapproche de son équipier Alesi.

 

28e: Villeneuve commet quelques petites fautes, ce qui permet à Alesi de le recoller. Mais le Français, aveuglé par les projections d'eau, ne peut doubler le Québécois. Verstappen convoite la sixième place détenue par Frentzen.

 

30e: Schumacher impressionne par sa maîtrise sous la pluie. Il compte maintenant quarante-cinq secondes de marge sur Villeneuve qui, s'il ne pleuvait pas, verrait les Benetton grossir dans ses rétroviseurs.

 

32e: Schumacher tourne en 1'47'' alors que ses concurrents ne franchissent pas les 1'50''. L'intervalle avec Villeneuve dépasse les cinquante secondes.

 

33e: Alesi stoppe chez Benetton pour ravitailler (12s.) et reprend la piste en septième position.

 

34e: Surpris par ses pneus froids, Alesi part en glissade dans la courbe Seat, mais parvient à ne mettre que deux roues dans l'herbe et poursuit sa route.

 

35e: Cinquante-neuf secondes séparent Schumacher et Villeneuve. Berger passe aux stands pour son pit-stop. L'arrêt est un peu long à cause d'un écrou récalcitrant, et l'Autrichien se retrouve derrière son coéquipier. Frentzen et Verstappen ravitaillent aussi et repartent dans cet ordre car l'arrêt du Hollandais s'éternise quelque peu.

 

36e: Villeneuve arrive chez Williams pour son ravitaillement (10s.) puis repart quelques secondes derrière Alesi qui a pris la mesure de ses pneus neufs. Barrichello, qui a prévu un arrêt tardif, est maintenant second.

 

38e: Schumacher est leader devant Barrichello (1m. 09s.), Alesi (1m. 32s.), Villeneuve (1m. 39s.), Berger (1m. 43s.), Frentzen (1m. 49s.), Verstappen (-1t.), Häkkinen (-1t.) et Diniz (-1t.).

 

39e: Bon dernier mais encore sur la piste, le jeune Diniz opère un ravitaillement.

 

41e: Il pleut toujours: l'asphalte est gorgé d'eau et le restera jusqu'à l'arrivée. Schumacher devance Barrichello d'une minute et dix secondes.

 

42e: Schumacher stoppe chez Ferrari afin de subir son second pit-stop (8.7s.) et reste évidemment premier. Barrichello fait halte chez Jordan pour ravitailler (10s.). Le Pauliste se réinsère au niveau de Villeneuve qui conserve l'ascendant au premier virage. Häkkinen, qui mène une course anonyme, passe aussi aux stands pour remettre de l'essence.

 

43e: Schumacher possède soixante-deux secondes d'avance sur Alesi, soixante-douze secondes sur Villeneuve qui a semé Barrichello. Verstappen recolle à Frentzen.

 

45e: Berger part en tête-à-queue en voulant prend un tour à Diniz et échoue dans les graviers. C'est fini pour l'Autrichien. Barrichello rejoint son stand pour se plaindre d'un problème d'embrayage. Il s'entretient un temps avec ses mécaniciens avant de jeter l'éponge.

 

47e: Schumacher accroît toujours son avance sur Alesi. Verstappen est revenu aux trousses de Frentzen et lorgne sur la quatrième place.

 

48e: Verstappen perd l'arrière de son Arrows dans la courbe qui suit La Caixa et part en toupie dans le gazon. Il cale son moteur et doit abandonner. À dix-sept tours du but, il n'y a plus que six pilotes en piste.

 

50e: Schumacher précède Alesi (1m. 03s.), Villeneuve (1m. 11s.), Frentzen (1m. 48s.), Häkkinen (-1t.) et Diniz (-1t.).

 

52e: Le moteur de Schumacher émet un son strident suite à une rupture d'échappement. L'Allemand poursuit sans mal mais lève le pied pour soulager la mécanique. Il tourne désormais en 1'51'' contre 1'49'' pour Alesi et Villeneuve.

 

53e: Jordan renvoie Barrichello en piste dans l'espoir qu'il inscrive un point grâce à un éventuel abandon supplémentaire... Hélas, le problème de transmission n'est pas résolu et le jeune Brésilien s'immobilise dans l'herbe après un kilomètre.

 

54e: Villeneuve remonte sur Alesi dont la Benetton fonctionne moins bien lorsqu'elle s'allège. Trois secondes les séparent.

 

55e: Schumacher rattrape de justesse un début d'embardée en sortant de la dernière courbe. Une chaude alerte pour l'Allemand...

 

57e: L'intervalle entre Alesi et Villeneuve tombe sous les trois secondes. C'est dorénavant la seule bagarre en piste car, plus loin, quarante-six secondes éloignent Frentzen de Häkkinen.

 

59e: Schumacher est en tête devant Alesi (59s.), Villeneuve (1m. 01s.), Frentzen (-1t.), Häkkinen (-1t.) et Diniz (-2t.).

 

60e: L'averse s'est muée en un petit crachin. Les conditions de pilotage n'en sont pas moins précaires. Villeneuve fait la jonction avec Alesi: deux secondes les séparent.

 

61e: Villeneuve perd du temps en prenant un tour à Häkkinen et abandonne ainsi toute chance de rejoindre Alesi.

 

63e: À trois tours du but, Schumacher devance Alesi (55.5s.), Villeneuve (58.8s.), Frentzen (-1t.), Häkkinen (-1t.) et Diniz (-2t.).

 

64e: Les deux heures de course sont presque atteintes, mais les pilotes auront juste le temps de boucler la distance originelle de 65 tours.

 

65ème et dernier tour: Michael Schumacher remporte sa première victoire avec Ferrari après une démonstration magistrale. Également très valeureux, Alesi, deuxième, et Villeneuve, troisième, l'accompagnent sur le podium. Frentzen termine quatrième avec sa Sauber-Ford. Häkkinen recueille la cinquième place en dépit d'une McLaren très rétive. Sixième, Diniz marque son premier point en F1. Aucun autre pilote ne voit l'arrivée.

 

Après la course: Schumacher, seul sous le déluge

En menant à bien ce magnifique récital sous la pluie, Michael Schumacher entre un peu plus dans la légende de la Formule 1. Sa prouesse évoque irrésistiblement celles accomplies jadis dans des conditions similaires par Jim Clark et Ayrton Senna. Comme le reconnaît Damon Hill, le champion allemand a « ridiculisé tout le monde » en ce pluvieux dimanche catalan. D'autant plus qu'après avoir cassé un échappement, il dut composer avec un moteur n'utilisant que huit ou neuf cylindres ! Il fut cependant servi par une excellente stratégie à deux arrêts qui lui permit de ne jamais rouler « à plein » et de creuser des écarts ahurissants sur ses adversaires. Enfin et surtout, ce premier succès avec Ferrari balaie les derniers doutes qu'il pouvait nourrir sur la compétitivité de la Scuderia. « Ma première impression ? J'ai très froid ! Je claquais si fort des dents que je n'entendais même plus mon moteur ! » plaisante-t-il en quittant son cockpit. Il est vrai que le mercure n'a guère dépassé les 12°C cet après-midi-là.

 

Après avoir reçu les chaleureuses félicitations de Jean Todt et de son ingénieur Giorgio Ascanelli, Schumacher évoque sa chevauchée: « Mon départ fut complétement loupé. J'ai embrayé et rien ne s'est passé. J'ai failli caler ! J'ai ressayé et là cela a marché. Par chance personne n'est venu me percuter. Maintenant je sais ce que c'est de partir derrière sous la pluie. On ne voit rien du tout ! J'avais une trouille bleue de rentrer dans quelqu'un (...) Je ne comprends pas que la direction n'ait pas donné le départ derrière une voiture de sécurité. Les circonstances l'exigeaient. Pour ce qui est de la course, j'ai tout simplement composé avec la pluie ! » Schumacher n'est cependant pas dupe: ce succès est bien plus le sien que celui d'une Ferrari encore perfectible: « Honnêtement, cette victoire était inimaginable dans des conditions normales. Notre moteur n'est pas en cause. Il est désormais au niveau du Renault. Peut-être un peu moins bien sur certains tracés et un peu mieux sur d'autres. Nous devons par contre résoudre les problèmes d'ordre aérodynamique. »

 

Voilà la première victoire d'un V10 Ferrari en Formule 1, une belle réussite pour le département moteurs de Maranello. À noter aussi que ce succès est le cinquantième conquis en F1 par Shell en partenariat avec Ferrari. La firme au coquillage et celle au cheval cabré, remariées depuis cette saison, n'avaient plus triomphé ensemble depuis le GP d'Allemagne 1972 (victoire de Jacky Ickx).

 

Si Schumacher n'a laissé aucune chance à la concurrence, il ne faudrait pas néanmoins passer sous silence la bravoure de ses poursuivants. Jean Alesi, second pour la troisième fois de la saison, fut comme toujours excellent sous la pluie. « J'aurais pu gagner, confie-t-il, mais Michael nous a trompés au warm-up. Il avait très bien réglé l'assiette de sa voiture et personne ne l'avait noté. » « Jean est meilleur que sa voiture », souligne pour sa part Flavio Briatore, enfin élogieux à son endroit. Bon troisième après avoir mené la course, Jacques Villeneuve a démontré qu'il savait bien piloter sous la pluie. « J'avais du mal à garder la voiture sur la piste, tant les conditions étaient épouvantables », admet le Canadien. « Je n'avais pas les bons réglages pour ces conditions météorologiques. Lorsque j'ai vu Schumacher, puis Alesi derrière moi, je n'ai pas cherché à résister. Je savais qu'ils étaient plus rapides que moi en raison de leur expérience. Pour moi, l'important était de terminer la course et de reprendre des points à Hill. »

 

Et de fait, Villeneuve, deuxième du championnat ex-æquo avec Schumacher, revient à dix-sept points de Damon Hill, contraint à l'abandon pour la deuxième fois de rang. Cette fois, le Britannique a littéralement sombré, sortant deux fois de la route avant de percuter le mur. Peu loquace, il reconnaît sa maladresse avant de s'éclipser. Serait-il de nouveau assailli par le doute ? Et si cette saison 1996 n'était finalement pas pour lui la « promenade de santé » attendue ? Toujours est-il que Frank Williams n'accable pas son pilote et va même jusqu'à le réconforter en lui rappelant que « même les meilleurs commettent des erreurs » ! Pas étonnant qu'il pleuve...

 

Enfin, Cesare Fiorio dresse un bilan mi-figue mi-raisin de sa première course avec Ligier: « Je suis frustré pour Panis. Il aurait pu atteindre le podium dans des conditions normales. Mais je suis rassuré pour Diniz. Il est en train de perdre son complexe de pilote payant. » Le jeune Brésilien a en effet inscrit son premier point après avoir rallié l'arrivée d'une course particulièrement éprouvante. Il vaut donc peut-être mieux que la réputation de « mallette roulante » que lui font certains journalistes...

Tony