Denny HULME
 D.HULME
McLaren Ford Cosworth
Graham HILL
 G.HILL
Lotus Ford Cosworth
Brian REDMAN
 B.REDMAN
Cooper BRM

163. Großer Preis

XIV Gran Premio de España
Sonnig
Jarama
Sonntag, 12. Mai 1968
90 Runden x 3.404 km - 306.360 km
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F1

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Les Drames du début de saison

Depuis le premier Grand Prix de l'année, en Afrique du Sud, plus de quatre mois se sont écoulés, marqués par deux accidents dramatiques.


Le 7 avril, à Hockenheim, lors d'une course de Formule 2, Jim Clark a trouvé la mort, sans doute à la suite d'une crevaison d'un pneu arrière de sa Lotus. Sous la pluie, dans une courbe rapide et sans difficulté, la voiture a quitté la piste, glissé ensuite sur l'herbe mouillée des bas-côtés sans vraiment ralentir, pour finir contre un arbre. Aucune barrière de sécurité ni bac à sable à cet endroit. Le monde du sport automobile est sous le choc : le plus admiré, le plus respecté, l'un des plus appréciés des pilotes venait de disparaitre, laissant un vide immense.


Jim devait participer aux 500 Miles d'Indianapolis fin mai au volant d'une Lotus 56 à turbine, dont il avait entamé la mise au point. Pour le remplacer dans cette tâche, Colin Chapman propose alors son volant à Mike Spence, pilote BRM en Formule 1. Et le 7 mai, victime d'une sortie de route sur l'ovale, le pauvre Mike reçoit sur le casque une roue arrachée dans l'accident. Il décèdera peu après.


C'est donc encore en état de choc que le petit monde de la Formule 1 se retrouve à Madrid pour le Grand Prix prévu le dimanche 12 mai. Si Mike Spence ne semblait pas appelé à jouer les premiers rôles au championnat, Jim Clark en était le grandissime favori, et les pronostics pour la suite de la saison s'en trouvent bouleversés.


Présentation de l'épreuve

Après 13 ans d'absence, le Grand Prix d'Espagne réintègre le Championnat du Monde de Formule 1. Après Pedralbes, sur la commune de Barcelone en 1954, c'est Jarama, en périphérie de Madrid, qui accueille le Grand Prix de 1968. C'est un circuit assez étroit, un peu trop sinueux selon certains pour qu'une Formule 1 s'y exprime à fond. Il a été mis au goût du jour par l'installation de rails, treillis et bacs à sable.


McLaren engage cette fois deux M7A, à moteur V8 Ford Cosworth 3l, pour Denny Hulme avec le n°1 et Bruce McLaren qui fait son retour en championnat. Ces nouvelles monoplaces, très fines et bien construites, semblent bien nées : elles ont remporté deux courses disputées hors championnat en début de saison. Bruce a gagné la Race of Champions à Brands Hatch le 17 mars, et Denny l'International Trophy à Silverstone le 25 avril. Elles apparaissent en Espagne munies de carénages latéraux reliant les roues avant aux roues arrière et servant de réservoirs d'appoint.


Brabham aligne le dernier modèle BT26 pour Jack lui-même. Son moteur est la dernière version du Repco, toujours V8 de 3L, mais avec cette fois 4 arbres à cames en tête et 4 soupapes par cylindre, pour une puissance atteignant enfin les 400cv. Le châssis est toujours tubulaire. Jochen Rindt dispose du modèle BT 24 à moteur Repco type 1967, moins performant mais plus éprouvé et donc supposé plus fiable.


Absent à Kyalami, Piers Courage fait son retour au volant d'une BRM V12 3L engagée par le Team Reg Parnell, proche de l'équipe d'usine. Cette dernière est très éprouvée par la disparition de Mike Spence une semaine auparavant, et n'aligne qu'un seul pilote, Pedro Rodriguez. Celui-ci aura le choix entre deux monoplaces : une type 133 de 1968, et une type 126 modifiée, toutes deux équipées du V12 3L. On ne reparle plus du fameux moteur H16 si lourd et compliqué à faire fonctionner.


Matra International dispose du châssis 1968 définitif, de type MS10. Sur le modèle des Lotus 49 et McLaren M7A, la monocoque s'arrête après le siège du pilote, et utilise le moteur comme partie intégrante du châssis, boulonné à la partie avant et supportant la suspension arrière. Cette architecture permise par la rigidité du bloc Ford Cosworth est appelée à faire école en Formule 1 dans les années à venir. Mais l'autre actualité de cette équipe, c'est l'absence de Jackie Stewart, blessé au poignet lors d'une course de Formule 2, sur le circuit de...Jarama, quinze jours avant. Il sera remplacé par Jean-Pierre Beltoise, dont la Matra MS11 à moteur V12 maison n'est pas encore prête. Ce sera son premier Grand Prix au volant d'une Formule 1 de 3l, ses précédentes participations ayant eu lieu sur des Formule 2 lestées. Un petit logo appelé à devenir célèbre fait son apparition : Elf, le nouveau pétrolier Français qui vient d'être lancé sur le marché, porté par une grande campagne publicitaire.


Chez Honda, première apparition d'une toute nouvelle voiture : le modèle RA301, équipé d'un moteur nouveau lui aussi, toujours un V12 de 3L. Il est donné pour plus de 420cv, mais le châssis serait encore trop lourd. John Surtees va devoir se donner à fond pour mettre au point cet ensemble.


Le Team Lotus est encore terriblement éprouvé par la disparition de son leader. Fidèle à lui-même, Graham Hill assume bravement son nouveau rôle. Une deuxième voiture était prévue pour Jackie Oliver, mais elle ne sera pas prête à temps. Si la Lotus 49 est inchangée, on remarque une nouveauté qui annonce une révolution à venir : la monoplace est entièrement décorée aux couleurs rouge, or et blanc des cigarettes Gold Leaf. C'est la première fois qu'un sponsor extra-sportif affiche ses couleurs et son nom sur la carrosserie d'une Formule 1.


Cooper engage deux modèles 86B, mais équipés cette fois du V12 BRM identiques à ceux de l'usine. Ludovico Scarfiotti, bien remis de ses brûlures de Kyalami, fait toujours équipe avec Brian Redman.


Rob Walker a enfin reçu sa Lotus 49 Ford Cosworth sur laquelle il aligne Jo Siffert.


La Scuderia Ferrari engage deux voitures, pour Chris Amon et Jacky Ickx. Andrea De Adamich a été mis à pied par la Commendatore lui-même, suite à une sortie de route à Brands-Hatch. Si Amon utilise un modèle identique à celui de Kyalami, Ickx dispose d'un modèle plus court et plus bas, annonçant le futur modèle type 1968.


Dan Gurney n'a pas inscrit son Eagle, pour des raisons principalement financières, mais aussi pour mieux préparer les 500 Miles d'Indianapolis à la fin du mois.


Initialement inscrit sur sa nouvelle McLaren M5A BRM, Jo Bonnier a déclaré forfait, préférant participer à une course de voitures de sport en Suède, avec sans doute la perspective d'un classement plus flatteur pour lui.


Deux autres pilotes engagés ne seront pas prêts à temps et ne participeront donc pas : David Hobbs, sur BRM V12, et Jorge de Bagration, sur une Lola à moteur 1.6L. de Formule 2.


Pour ce premier Grand Prix européen de l'année, le plateau 1968 des Formule 1 commence à prendre sa forme définitive. Les moteurs Maserati et BRM H16 ont disparu et le V8 Ford Cosworth se répand. Des sponsors apparaissent, certaines marques, comme McLaren, montent en puissance, l'association Elf/Tyrrell fait ses débuts. Un nouveau paysage se met en place pour la Formule 1.


Les essais

Sur les 19 pilotes initialement engagés, ils ne sont donc plus que 14 à participer à ces essais, prévus en deux séances vendredi et une samedi après-midi.


Vendredi, Rodriguez puis Amon réalisent les meilleurs temps, 1'28.1 pour la BRM, 1'28.3 pour la Ferrari. Hulme égale ce dernier chrono, et Graham Hill termine avec 1'28.4. Samedi, Amon met tout le monde d'accord, en étant le seul à passer sous la minute 28 avec 1'27.9. C'est la première pole position de sa carrière.


Rodriguez reste deuxième grâce à son chrono de la première séance, et devance trois pilotes crédités du temps de 1'28.3 : Hulme, qui a fait démonter les pontons/réservoirs de sa voiture, McLaren, qui les a conservés, et Beltoise. Ils partiront dans cet ordre, Hulme ayant réalisé son temps le premier et Beltoise le dernier. Hill suit de près avec 1'28.4. Avec ensuite Surtees en 1'28.8, on arrive à 7 voitures en moins d'une seconde. Ce groupe se détache nettement, puisqu'il faut alors ajouter une pleine seconde pour trouver le suivant, Ickx en 1'29.6. Siffert, Rindt et Courage sont à 1/10 de Ickx, et les deux Cooper sont bonnes dernières, à plus d'une seconde de Courage.


Quelques émotions pendant ces essais : Beltoise sort brutalement et endommage sa suspension, victime de plaquettes de freins défectueuses. Ken Tyrrell valide officiellement lui-même la cause de l'accident et dédouane donc complètement son nouveau pilote, pour le plus grand bien moral de celui-ci.


Jack Brabham voit son nouveau moteur Repco exploser en bout de ligne droite. Avant que les commissaires ne signalent l'huile sur la piste, Bruce McLaren arrive déjà, glisse sur l'huile et file tout droit dans les treillis qui bordent heureusement la piste à cet endroit. Il s'en sort indemne, et sa voiture sera réparable pour la course. Sans moteur de rechange, Brabham doit déclarer forfait, ce qui réduit à 13 le nombre de participants au Grand Prix.


Le Grand Prix

La course va se disputer par beau temps et forte chaleur (35° environ), mais devant une assistance clairsemée. La concurrence d'une importante Corrida le même jour à Madrid se fait sentir. Au cours du bien nommé tour de chauffe, le moteur de Rindt surchauffe. Il regagne son stand, d'où il partira après le départ des autres concurrents.


Départ : Rodriguez est le plus prompt à réagir et part en tête, suivi de près par Beltoise, Amon, Surtees, Hulme, McLaren, Hill, Siffert, Ickx, Scarfiotti, Courage, Redman et enfin Rindt, parti des stands. Hulme passe Surtees au cours de ce premier tour.


1er tour : Rodriguez mène toujours devant Beltoise, Amon, Hulme et Surtees, puis le reste du peloton sans changement.


2e : Surtees a repassé Hulme, et Courage a doublé Scarfiotti.


3e : Rodriguez creuse un petit écart et Rindt entame sa remontée en passant Redman.


4e : Hulme prend définitivement l'avantage sur Surtees, dont les freins faiblissent. Rindt progresse et passe Scarfiotti.


5e et 6e : Hill passe successivement McLaren et Surtees, et Rindt dépasse Ickx.


10e : Rodriguez est suivi de près par Beltoise et Rindt abandonne après avoir encore doublé Courage.


12e : Beltoise dépasse Rodriguez et mène donc ce Grand Prix. Amon est toujours 3ème, devant Hill, qui vient de passer Hulme, Surtees, McLaren, Siffert, Ickx, Scarfiotti, Redman et Courage.


13e : Amon double à son tour Rodriguez, alors que derrière, Ickx perd du terrain et va abandonner sur problème électrique. Mais c'est le leader qui inquiète : sa Matra Ford dégage une fumée bleue, qui va justifier son rappel au stand par Ken Tyrrell.


16e : Avec l'arrêt de Beltoise, Amon est en tête devant Rodriguez et Hill. Au stand Matra, on change un joint de filtre à huile sur le Cosworth de Beltoise qui repartira bon dernier, à 8 tours du leader.


25e : Les positions se stabilisent avec Amon, Rodriguez, Hill, Hulme, Surtees, McLaren, Siffert, Scarfiotti, Redman, Courage et Beltoise.


27e : A l'attaque derrière Amon, Rodriguez dérape sur de l'huile et sort de la piste en traversant les filets de protection. Il est indemne, mais c'est l'abandon. Dans ce même tour, Siffert est passé par les deux Cooper de Scarfiotti et Redman.


28e : Amon est suivi à plus de 7'' par Hill, attaqué lui-même par Hulme. Les positions von rester figées quelques temps.


52e : Abandon de Courage après des ennuis de commande d'injection, alors qu'il était en bagarre avec Beltoise, à 9 tours des leaders.


58e : Abandon de leader, Amon. Sa Ferrari s'est arrêtée, en panne sur le circuit. Après l'arrivée, un mécanicien fera redémarrer la monoplace en remplaçant le fusible de la pompe à essence... La légendaire malchance du pauvre Chris Amon a encore frappé. Hill se retrouve en tête devant Hulme, Surtees, McLaren, Scarfiotti, Redman, Siffert et Beltoise.


59e : Redman passe son coéquipier Scarfiotti.


62e : Abandon de Siffert sur problèmes de transmission.


74e : Surtees abandonne à cause de son sélecteur de vitesses.


78e : McLaren renonce pour manque d'huile dans son réservoir, et Hulme, privé de 2e rapport, se fait distancer par Hill, tranquille leader.


90e et dernier tour : Hill l'emporte devant Hulme, Redman, Scarfiotti et Beltoise.


Seules cinq voitures terminent la course, la dernière avec 9 tours de retard sur la première. Les Cooper, de loin les plus lentes aux essais, se retrouvent 3e et 4e, un résultat inespéré, conséquence de nombreux abandons.


Après la Course

Graham Hill a fait preuve d'une grande maitrise pendant tout le weekend. Dans un contexte terrible pour son équipe, il a tenu sa place sans faillir. Jamais loin des meilleurs, il a mené une course sage mais efficace, en évitant tous les pièges tout en gardant un bon rythme. Sa victoire prend un aspect symbolique après la perte de Jim Clark. Graham a fait ce qu'il fallait pour que son équipe retrouve le moral.


Derrière lui, Hulme s'est montré toujours aussi coriace et il prouve que son titre de 1967 n'était pas usurpé. Amon et Rodriguez ont montré leur talent et la compétitivité des V12 sur un circuit qui ne leur était pas forcément favorable. Enfin, Beltoise aurait été capable de remporter le premier Grand Prix qu'il disputait avec une vraie Formule 1 : il a toujours roulé au moins aussi vite que le vainqueur, et seul son arrêt aux stands l'a retardé.


Avec McLaren et Matra qui confirment leur compétitivité, Ferrari et BRM qui atteignent le niveau des meilleurs, la saison 1968 s'annonce disputée.

Jacques