Pedro RODRIGUEZ
 P.RODRIGUEZ
BRM
Bruce McLAREN
 B.McLAREN
McLaren Ford Cosworth
Jacky ICKX
 J.ICKX
Ferrari

165. Großer Preis

XXVIII Grand Prix de Belgique
Sonnig
Spa-Francorchamps
Sonntag, 9. Juni 1968
28 Runden x 14.100 km - 394.800 km
Affiche
F1
Coupe

Wussten Sie es?

Fahrer
Konstruktor
  • 1. Sieg für McLaren
  • 50. Podiumsplatz für BRM
  • 2. und letzt Schnellste Runde für Honda
  • 100. Großer Preis für BRM
Motor

Présentation de l'épreuve

Le plus rapide et l'un des plus dangereux circuits du championnat accueille le Grand Prix de Belgique : Spa-Francorchamps, avec ses 14.100km à parcourir 28 fois, à une moyenne proche des 240km/h sur une piste dépourvue de rails dans sa plus grande partie, bordée d'arbres, de talus, de fossés et même quelques maisons que les Formule 1 frôlent parfois à plus de 300km/h. Inutile de préciser que le moindre problème peut être fatal, et que seuls les meilleurs et les plus courageux s'y distinguent. D'après Dan Gurney, c'est un circuit où l'on distingue les hommes des petits garçons. Dernier vainqueur en date, il sait de quoi il parle. Sur sol sec, 80% du tour de la piste est effectué à fond de 5ème. Sous la pluie, c'est encore plus délicat, et la grande longueur du circuit complique les choses : on peut entamer un tour sur sol sec et trouver la piste mouillée par une averse un peu plus loin. Lors de l'édition 1966 du Grand Prix, cette situation avait provoqué un carnage parmi les concurrents. Miraculeusement, seul Jackie Stewart en était ressorti avec des blessures, sans trop de gravité.


Lotus aligne deux 49B pour Graham Hill et Jackie Oliver, avec petits ailerons avant et capot en forme de becquet à l'arrière, dans le style de Monaco. Les pilotes choisiront s'ils utilisent ou non ces appendices La Lotus 49 du team Rob Walker, toujours pilotée par Jo Siffert, est dépourvue de tout aileron.


Bruce Mc Laren utilisera pour lui-même un nouveau châssis de type M7A, dont les voies sont plus étroites que celle de la monoplace confiée à Denny Hulme. Les deux voitures comportent un carénage du moteur terminé par un petit becquet ainsi que deux mini ailettes à l'avant pour Hulme seulement. Le nez des monoplaces qui avait été raccourci pour Monaco retrouve son profil normal, plus élégant et aérodynamique


Jackie Stewart fait son retour en Grand Prix, sur ce circuit où il a frôlé le pire il y a deux ans. Son poignet est presque consolidé, mais il porte un corset de maintien remontant sur l'avant-bras. Sa Matra MS10 a été équipée de petits ailerons de part et d'autre du capot avant.


La Matra MS11 V12 de Jean-Pierre Beltoise est inchangée depuis Monaco. Seul le capot avant a retrouvé une longueur normale, le profil du circuit Belge permettant un meilleur refroidissement que le tracé urbain de Monaco.


BRM cède timidement à la mode des ailerons : le capot avant est équipé de deux moignons d'ailerons sur la P133 de Pedro Rodriguez et la P126/133 d'Attwood, titularisé depuis sa brillante prestation de Monaco. Sur sa P126 semi-officielle du Team Parnell, Piers Courage reçoit le même équipement aérodynamique.


Même configuration avec mini ailettes à l'avant pour les deux Cooper T86B de Lucien Bianchi, titularisé lui aussi après sa performance de Monaco, et celle de Brian Redman, de retour en Formule 1 après son désistement de Monaco. Son contrat avec l'équipe John Wyer en endurance l'avait amené à participer aux 1000 km de Spa disputés le même week-end. Un choix judicieux, puisqu'il allait remporter cette course sur la Ford GT 40 qu'il partageait avec Jacky Ickx.


Jo Bonnier engage toujours courageusement sa McLaren M5A privée, avec peu d'espoirs de résultats.


Chez Brabham, Jochen Rindt dispose cette fois comme son patron du dernier modèle BT26. Les deux monoplaces sont équipées de véritables ailerons : une aile fixée à l'arrière du moteur, au-dessus de la boite de vitesses et deux volets avant, de chaque côté du nez de la voiture. C'est l'une des deux équipes les plus avancées dans ce domaine aérodynamique très en vogue.


Rien de nouveau en revanche chez Honda, où John Surtees retrouve son habituelle RA 301 inchangée.


Enfin, Ferrari revient après son absence de Monaco. Comme pour se rattraper, la Scuderia propose trois monoplaces : deux modèles intermédiaires 1967/1968, et un nouveau châssis type 1968, déjà aperçu à Jarama. Les trois sont pourvues d'un aileron fixé sur le châssis, au-dessus du moteur, et de deux volets avant, plus petits que sur les Brabham. L'aileron arrière est règlable, mais seulement à l'arrêt, pas en marche. Cet aileron est censé faire perdre 300Tr/mn au moteur en ligne droite, mais procure une meilleure adhérence dans les courbes. A l'issue des essais, les pilotes choisiront la configuration qui leur convient le mieux. Ferrari apparait donc l'équipe la plus avancée dans le développement des ailerons.


On regrette un forfait de marque : Dan Gurney et son Eagle, vainqueurs ici-même l'année dernière. Les problèmes de fiabilité et de mise au point, tant du moteur que du châssis, ont conduit l'équipe à suspendre momentanément ses participations aux Grands Prix.


Essais et qualifications

Deux séances sont prévues, vendredi et samedi en fin d'après-midi.

Le vendredi, sur sol sec, Amon domine largement avec un chrono de 3'28''6 soit plus de 243 km/h de moyenne. Deuxième, Stewart est distancé de 3'7, et devance lui-même Ickx de 2 secondes. De gros écarts, qui s'expliquent par la longueur du circuit et les problèmes rencontrés par certains : casse moteur pour Brabham qui n'a même pas le temps de réaliser un tour chronométré, blocage de boite pour Hill avant d'avoir effectué un chrono valable.

La suite du classement est conforme à la hiérarchie habituelle, avec la Honda, les Mc Laren, les BRM, la Lotus du team Rob Walker, puis les Cooper et la Matra de Beltoise. Sa voiture n'étant pas prête, Oliver n'a pu rouler : les Lotus officielles n'ont pu montrer leur potentiel et devront compter sur la séance du samedi pour mieux se qualifier. Bonnier suit encore de loin, sans avoir pu réaliser un tour dans de bonnes conditions. Rindt a passé la séance à régler l'injection de sa nouvelle voiture et son temps de 8'04''00 n'est pas significatif. Quant à Brabham, il va devoir se procurer un nouveau moteur pour remplacer celui qui vient de casser et il ne roulera plus de la journée.

Chez Ferrari, notons que la voiture de Chris Amon était équipée de tous ses ailerons, alors que Jacky Ickx avait tout retiré. L'écart de 5,7 secondes entre les deux coéquipiers tendrait donc à prouver l'efficacité de ces accessoires.


Le samedi, la météo respecte la tradition locale et la pluie s'installe pour l'après-midi. Aucun chrono ne devrait pouvoir être amélioré, sauf pour les pilotes victimes de gros problèmes la veille. Parmi ceux-ci, Hill ne fait pas mieux, et son coéquipier Oliver le devance même en réalisant un 4'30''8 très méritoire. Rindt et Bonnier, qui avaient très peu tourné vendredi, améliorent également leurs chronos malgré la pluie. Certains ne roulent pas, évitant une prise de risques inutile, et Brabham est absent : il effectue un aller-retour jusqu'à ses ateliers en Angleterre pour aller chercher un nouveau moteur.

Surtees, réputé pour son courage, sa finesse de pilotage et son goût pour le circuit de Spa se montre à la hauteur de sa réputation avec un chrono de 4'23''6. Il devance de 6,5 seconde son concurrent le plus proche : Rodriguez, autre pilote au gros cœur et habile sous la pluie.

Jack Brabham n'a effectué aucun tour complet lors des essais et n'a donc pas réalisé de chrono pour se qualifier. Il est néanmoins autorisé à prendre le départ compte tenu de son expérience. A 42 ans, après 93 Grands Prix disputés, 13 victoires et 3 titres de Champion du Monde, c'est bien la moindre des choses.


Beaucoup de pilotes et d'équipes espèrent une annulation ou un report de la course s'il pleut dimanche. Après négociations, les organisateurs proposent une solution intermédiaire : en cas de pluie, le départ est retardé d'une heure. Si la pluie persiste, le départ serait donné de façon échelonnée, chaque concurrent partant 10 secondes après le précédent. Ceci afin d'atténuer les risques liés à la faible visibilité au sein d'un peloton roulant sous la pluie en projetant des gerbes d'eau.


L'Accident de Ludovico Scarfiotti

Samedi après-midi, au cours de la séance d'essais, les pilotes apprennent la disparition de l'un d'entre eux : Ludovico Scarfiotti, victime d'une sortie de route lors des essais de la course de côte du Rossfeld. Il participait au championnat d'Europe de la montagne sur une Porsche Bergspyder. Triste ironie du sort : il avait choisi de se consacrer de plus en plus à cette discipline et de s'éloigner de la Formule 1 qu'il jugeait trop dangereuse.

Tous les pilotes sont bien entendu marqués par cette nouvelle. Après Jim Clark le 7 avril, Mike Spence le 7 mai, la mort de Scarfiotti le 8 juin commence à évoquer le début d'une série noire.


Le Grand Prix

Malgré un temps menaçant, la course se déroulera finalement sur sol sec. Après quelques hésitations, tous les concurrents choisissent de prendre le départ avec des pneus pour piste sèche.

Chez Matra, on prévoit un ravitaillement en carburant pour Beltoise vers le 21ème tour : la consommation estimée du V12 ne permet pas d'envisager la course d'une seule traite.

Graham Hill retire tous les appendices aérodynamiques de sa monoplace, faute d'avoir pu régler les angles d'incidence du becquet arrière et des ailerons avant lors des essais. De même, Ickx décide de prendre le départ sans son aileron arrière ni volets avant, n'ayant pu tester cette configuration en essais sur piste sèche.


Départ: Les deux Ferrari démarrent ensemble, mais Stewart noie son moteur qui s'engorge et il perd quelques places. Surtees et Hulme en profitent, et la Matra se retrouve 5ème devant Rodriguez, Courage, Siffert, Rindt, Hill, McLaren, Redman, Attwood, Brabham, Oliver, Bianchi, puis Beltoise et Bonnier, déjà très attardés.


1er tour : A la fin du premier tour, Surtees passe Ickx à l'épingle de La Source. Amon, Surtees et Ickx sont maintenant dans cet ordre en tête de la course. Bonnier est au ralenti avec une roue mal serrée.


2e: Surtees passe en tête. Il a doublé Amon lors du dépassement de Bonnier qui termine lentement ce tour avant d'abandonner. Les deux leaders précèdent Ickx, Hulme, Stewart, puis Courage qui a passé Rodriguez, et ensuite Siffert. Rindt s'arrête à son stand pour surchauffe due à une fuite d'eau. McLaren se retrouve derrière Siffert après avoir dépassé Hill. Redman précède ensuite Brabham, Attwood, Oliver, Bianchi et Beltoise.


3e: Peu de changements en tête, mais plus loin dans le classement, Rodriguez et Siffert ont passé Courage et Brabham a doublé Redman. Rindt passe en dernière position.


4e: Siffert a doublé Rodriguez et mène le deuxième peloton derrière les cinq hommes de tête. Parmi ceux-ci, Ickx rencontre un problème mécanique : son moteur ne tourne plus que sur 11 cylindres.


5e: Sans surprise, Ickx s'est fait passer par Hulme et Stewart, et ce dernier en a profité pour doubler la McLaren. Une soupape lâche finalement sur le moteur de Rindt qui abandonne.


6e: Hulme a repassé Stewart. Hill doit abandonner sur rupture de cardan, de même que Brabham sur rupture de la commande des gaz, et Attwood sur fuite d'eau ayant provoqué une surchauffe.


7e: Dans le gauche des Combes, juste avant Burnenville, la Cooper de Brian Redman quitte la piste et finit en contrebas, sur un parking où elle percute une voiture de tourisme garée là. Le choc est violent et Brian souffre de plusieurs fractures ouvertes et de brulures. Une photo prise au moment crucial montre le triangle de suspension inférieur avant droit en train de se rompre. Ce document exceptionnel permettra plus tard au pilote de prouver qu'il n'avait commis aucune faute de pilotage.

Le classement devient : Surtees, Amon, Hulme, Stewart, Ickx, Courage, Siffert, Rodriguez, McLaren, Oliver, Bianchi et Beltoise.


8e: Amon ne passe plus et va abandonner, radiateur d'huile percé. Surtees est seul en tête devant Stewart qui a passé Hulme. Ces trois pilotes sont suivis par Ickx, isolé, puis un trio très animé au sein duquel Rodriguez, Courage et Siffert échangent leurs positions à chaque passage. Ils sont rattrapés par McLaren qui passe Siffert au cours de ce tour.


9e: McLaren a dépassé Courage et Rodriguez et se retrouve 5ème. Hulme a redépassé Stewart et le classement devient Surtees, Hulme, Stewart, Ickx, McLaren, Courage, Rodriguez, Siffert, Oliver, Bianchi et Beltoise.

11e: Rebondissement en tête de la course avec l'abandon de Surtees sur rupture d'un point d'ancrage d'un triangle de suspension arrière inférieur. McLaren a passé Ickx et le classement devient : Hulme, Stewart, McLaren, Ickx, Rodriguez, Siffert, Oliver, Bianchi et Beltoise.


12e: Stewart a pris la tête devant Hulme et Courage a dépassé Ickx


13e: Ickx recule toujours et Rodriguez le double. Sur sa lancée, le Mexicain dépasse également Courage.


14e: Rodriguez a doublé cette fois McLaren et se retrouve 3ème.


15e: Hulme a dépassé Stewart et il reprend la tête de la course. A la fin du tour, il bloque ses roues au freinage de La Source et Stewart en profite pour repasser devant lui.


16e: Stewart mène devant Hulme.


17e: McLaren a passé Rodriguez se retrouve à nouveau 3ème.


18e: Abandon de Hulme sur rupture de cardan. Derrière Stewart, chacun gagne une place et McLaren est maintenant 2ème.


20e: Rodriguez reprend la 2ème place à McLaren.


21e: Ickx a doublé Courage qui connait des problèmes de moteur.


22e: Nouvel échange de position entre Rodriguez et McLaren qui repasse en 2ème position.


23e: Abandon de Courage dont le moteur a lâché.


25e: Le moteur de Siffert, qui fumait depuis plusieurs tours, casse définitivement.


28e et dernier tour: Beaucoup de rebondissement dans ce dernier tour : le moteur de Stewart coupe au niveau de Blanchimont, faute d'essence. Jackie tente de rejoindre son stand en roue libre pour ravitailler. Il va y parvenir, mais entre-temps, McLaren est passé, puis Rodriguez et Ickx. Quand la Matra redémarre, la piste est en cours de clôture par la voiture balai, et son dernier tour ne sera pas comptabilisé. Stewart sera donc classé 4ème à un tour du vainqueur, Bruce McLaren. Celui-ci a connu des émotions : il a dépassé Stewart alors que ce dernier était à son stand et il ne s'est pas rendu compte qu'il prenait la tête de la course. Son équipe l'accueille triomphalement, à sa grande surprise.


Après la course

Cette première victoire en Grand Prix d'une McLaren est perçue comme un événement sympathique par le monde de la Formule 1, d'autant plus qu'elle est l'œuvre du fondateur de la marque lui-même. Bruce est un personnage passionné et compétant. Son parcours a parfois été difficile, mais son courage et sa persévérance ont toujours forcé le respect. Même si la victoire d‘aujourd'hui doit un peu à la chance, elle parait bien méritée. La course de son équipier Denny Hulme a prouvé la compétitivité de la M7A, car lui-aussi aurait pu l'emporter.


La Honda a prouvé que sur les circuits rapides, elle pouvait être redoutable. Avec Stewart à son volant, la Matra-Ford MS10 aurait pu cette fois encore remporter la course. La Matra V12 de Beltoise a effectué de son côté une sortie très décevante, victime de son poids et de sa consommation. Les BRM ont confirmé une belle compétitivité, et les Ferrari font cette fois partie des meilleures monoplaces.


Parmi les déceptions, les Brabham rencontrent de gros problèmes de fiabilité avec leur moteur Repco dans sa version 1968. Les Lotus ont connu leur premier revers de l'année : après des essais perturbés, la voiture de Graham Hill a manqué de performance et de fiabilité. Les Cooper ont encore sauvé l'honneur avec la 6ème place de Lucien Bianchi, mais à deux tours du vainqueur quand-même. Sur la Lotus du Team Walker, Jo Siffert a encore une fois tenu le rythme des meilleurs et s'est maintenu devant les voitures de l'équipe officielle tout le week-end.


Beaucoup redoutaient ce Grand Prix disputé sur un circuit dangereux. Tout s'est finalement très bien passé, avec une course à rebondissements. Tour à tour, Ferrari, Honda, puis Matra ont fait figure de vainqueur potentiel avant que McLaren ne rafle la mise. Et BRM a figuré aux avant-postes jusqu'à l'arrivée. Ce regroupement laisse espérer une suite de saison passionnante.


Au Championnat pilotes, peu de changements à part l'entrée de Bruce Mc Laren dans le classement, les leaders Hill et Hulme ne marquant aucun point. Stewart apparait également avec les 3 points de sa 4ème place. Chez les constructeurs, McLaren se rapproche de Lotus et BRM est passé devant Cooper.


Mais ce que l'on retiendra, c'est que ce Grand Prix de Belgique 1968 restera dans l'histoire comme celui de la première victoire d'une Formule 1 McLaren en Championnat du Monde.

Jacques