Phil HILL
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Philip Toll Hill
Nation : Etats-Unis
Né le 20 avril 1927 - Miami (Floride)
Décédé le 28 août 2008 - Monterey (Californie) - 81 ans - Maladie de Parkinson
Premier Grand Prix :
France 1958
Dernier Grand Prix :
Mexique 1964
Meilleur classement :
1er
Meilleure qualification :
1er
Champion du Monde en  1961
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Position à l'arrivée

Philip Toll Hill Jr est né le 20 avril 1927 à Miami, dans l'état de Floride. Fils d'un receveur des postes, il déménage très tôt avec sa famille à Santa Monica en Californie.

Après une enfance sans histoire, le jeune homme entre à 18 ans à l'Université de la Californie méridionale. Mais les études ne le passionnent guère et deux ans plus tard, il quitte l'établissement pour travailler dans un atelier spécialisé dans la restauration de voitures de collection. Hill est en effet un passionné de belles mécaniques. C'est un esthète qui est aussi grand amateur de peinture, d'architecture et surtout de musique.

Quelques mois après son arrivée à l'atelier, il effectue ses premiers tours de roues sur une MG. Il dispute ensuite quelques courses en compagnie d'autres pilotes du dimanche.

 

Toutefois, Phil ne semble pas destiné à une carrière de coureur professionnel. En effet, l'année suivante, son employeur l'envoie en Angleterre suivre des stages chez Jaguar et Rolls-Royce afin qu'il se spécialise dans les carburateurs SU. L'apprentissage effectué, le jeune Yankee revient au pays avec dans ses bagages une Jaguar XK 20. Il décide alors de laisser tomber sa carrière de mécanicien et d'investir tous ses efforts dans la course automobile. Au volant de sa Jaguar, il participe ainsi à quelques épreuves de voitures de sport, et remporte sa première victoire à Pebble Beach.

 

En 1951, ses parents disparaissent à quelques mois d'intervalle. Avec son héritage, Phil acquiert une Ferrari 212. Avec cette voiture, il remporte de nombreux succès aux USA et commence ainsi à se faire un nom.

 

1952 est l'année de ses premières participations à des épreuves internationales. On le voit aux 1000 Km de Buenos Aires, aux 12 heures de Sebring et surtout à la fameuse Carrera Panamericana, qu'il dispute en compagnie d'un jeune compatriote, Richie Ginther, toujours sur une Ferrari privée. Les deux hommes terminent à une excellente sixième place. D'Italie, Enzo Ferrari commence à s'intéresser à ce jeune pilote...

 

La saison 1953 marque un tournant dans la carrière de Phil Hill. Il dispute en effet ses premières 24 heures du Mans sur une OSCA privée, associé à Fred Wacker Jr. Sur une voiture aussi modeste, les deux hommes ne peuvent espérer grand-chose et abandonnent rapidement. Mais surtout, le pilote américain va frôler la mort au cours de la Panamericana. Encore associé à Ginther, il est victime d'un terrible accident qui voit la Ferrari s'écraser dans un ravin. Miraculeusement, les deux hommes s'en sortent vivants, mais Phil, choqué, interrompt sa carrière.

 

Ce n'est qu'en 1954 qu'il fait sa réapparition sur les circuits, et il montre très vite qu'il n'a rien perdu de son talent. Toujours sur Ferrari, il est un des grands animateurs des 12 heures de Sebring avant d'abandonner. Il remporte d'autres courses en voitures de sport avant de terminer second de la Panamericana, un an après son accident.

 

Tous ces exploits lui permettent d'être engagé pour la saison 1955 par Luigi Chinetti, importateur officiel des Ferrari aux USA et patron du North American Racing Team. Hill se rapproche ainsi de l'écurie mère dirigée par le Commendatore. Il continue sur sa lancée en voitures de sports, gagne à Nassau, Pebble Beach, Elkhart Lake, termine second au général et premier à l'indice de performance avec Carroll Shelby à Sebring. Il dispute également les 24 heures du Mans aux côtés d'Umberto Magioli, mais cette expérience sera très douloureuse. Avant d'abandonner, il assiste effectivement à l'accident mortel de Pierre Levegh et à la tragédie qui s'en suit.

De nouveau, Hill songe à mettre un terme à sa carrière. Mais Enzo Ferrari lui propose de devenir pilote officiel Ferrari en Sports Prototypes. Hill hésite, sait que la proposition de Ferrari est moins motivée par son talent que par l'intérêt de l'Italien d'avoir un pilote américain dans ses rangs afin d'augmenter les ventes de la marque outre-atlantique. Mais Chinetti trouve les mots pour convaincre le récalcitrant en lui faisant notamment miroiter un volant en F1, que le Commendatore n'a absolument pas intention de lui donner. Après une deuxième place obtenue aux 1000 Km de Buenos Aires avec le Belge Olivier Gendebien en janvier 1956, Hill cède et signe avec la Scuderia.

 

Sa saison 1956 est étincelante. Troisième au Nürburgring avec Ken Wharton, il gagne en Suède aux côtés de Maurice Trintignant, puis coiffe les lauriers en solitaire à Messine, termine deuxième à Porto et Pebble Beach. Au Mans, il est associé au Français André Simon sur une 625LM, mais à nouveau ne voit pas le drapeau à damiers.

 

La saison 1957 est du même tonneau, Phil devient une des références des Sports Protos. Il gagne à Caracas, au Gouverneur, à Nassau, à Elkhart Lake, monte sur le podium en Suède et à Reims. Au Mans en revanche, la chance lui fait toujours défaut. Associé cette fois-ci à Peter Collins, sa voiture rentre au garage après deux petits tours...

Mais il commence à se lasser des Protos et autres voitures de sport, et lorgne ostensiblement vers la Formule 1. Il quémande un volant dans cette catégorie à Enzo Ferrari qui l'envoie promener. Phil Hill n'est pas un pilote de F1, il n'a jamais touché un volant de monoplace, quelle serait son utilité dans une équipe qui compte déjà d'excellents pilotes comme Peter Collins, Luigi Musso, Maurice Trintignant ou Mike Hawthorn ?

 

Et ainsi en 1958, l'Américain reprend le volant de ses Protos, en particulier de la 250 Testa Rossa. Avec cette excellente voiture, il remporte son premier grand succès international en janvier avec les 12 heures de Sebring. Puis vient la consécration mancelle. Jusqu'alors, les 24 heures ne lui avaient jamais réussi (quatre abandons en quatre participations), mais cette fois la chance va tourner. L'épreuve est marquée par la confrontation entre Ferrari, Aston Martin et Jaguar. L'Aston de Stirling Moss prend le meilleur départ, mais doit très vite rentrer dans le rang. Les Ferrari prennent alors le contrôle des opérations avec Phil Hill et Olivier Gendebien. La pluie fait ensuite son apparition et ne s'arrêtera guère avant la fin des deux tours d'horloge. Après avoir mené pendant vingt-deux heures, l'équipage Hill-Gendebien gagne l'épreuve avec une confortable avance sur l'Aston Martin privée de Peter et Graham Whitehead.

 

Parvenu au sommet en Endurance, Hill réitère sa demande auprès de son terrible patron : un volant de F1. Ferrari refuse. Mais l'Américain n'a pas dit son dernier mot. Afin de prouver au Commendatore qu'il peut aussi piloter en monoplace, il demande à Jo Bonnier de lui prêter une de ses vieilles Maserati 250F pour s'aligner au départ du GP de France, le 6 juillet à Reims. Sur un matériel médiocre, Phil se qualifie treizième, devant Bonnier. Le dimanche, il mène une course plus qu'honnête et termine septième, toujours devant le Suédois.

En temps normal, Enzo Ferrari éclaterait en une colère noire et chasserait sur le champ l'insolent Américain pour cet acte. Mais le pauvre Luigi Musso vient de se tuer à Reims, et l'équipe de F1 a désormais une place de libre. Ferrari se montre ainsi bienveillant envers Hill, et lui confie une F2 D156 pour le GP d'Allemagne. Phil l'amène au neuvième rang du classement général, le cinquième de sa catégorie. Le même jour, Peter Collins a perdu la vie dans l'Eifel. Enzo Ferrari se retrouve dans le besoin urgent d'adjoindre un nouvel équipier à Mike Hawthorn, en lutte pour le titre mondial. Malgré son expérience très limitée en monoplace, Hill se retrouve ainsi bombardé pilote n°2 de l'écurie de Grand Prix.

Au GP d'Italie, l'Américain fait ses débuts sur la Dino 246. Il ne se qualifie que septième mais termine le premier tour de la course en tête ! Par la suite, il baisse le rythme afin de laisser passer Hawthorn, et termine troisième. Il décroche donc son premier podium dès sa troisième course et réalise en plus le record du tour : le public italien applaudit l'Américain qui vient de gagner ses galons de pilote de monoplace.

Pour la dernière manche de la saison au GP du Maroc, une seconde place suffit à Hawthorn pour vaincre Stirling Moss au classement général. En début de course, Hill remplit parfaitement son rôle de « porte-flingues »: en seconde position, il harcèle Moss pour le pousser à la faute. Le Britannique restant imperturbable, Hill cède sa place à Hawthorn qui coiffe la couronne mondiale. L'Américain obtient quant à lui son deuxième podium consécutif.

 

Pour la saison 1959, Phil Hill s'impose définitivement comme un pilote de Grand Prix, et devient n°3 de la Scuderia derrière Tony Brooks et Jean Behra. Les grilles de Formule 1 vont donc s'habituer à la présence de ce Californien hors-norme. Hill n'est pas en effet un pilote comme les autres. Ce n'est pas un réel compétiteur, un assoiffé de succès. Il court uniquement par plaisir : « C'est un plaisir rare, presque inexplicable, de prendre le volant d'une voiture de course par un matin ensoleillé, sur une piste qui n'est pas encore souillée par l'huile. »

Il n'est pas un trompe-la-mort : avant chaque course ses camarades le voient faire les cent pas devant sa voiture, fumant cigarette sur cigarette pour calmer son angoisse. C'est un personnage secret, réservé, volontiers individualiste. Après les courses, Hill ne participe pas aux soirées entre pilotes, ne fait jamais la fête. Il s'enferme dans sa chambre d'hôtel pour écouter des disques d'opéra. Il raterait volontiers des courses pour assister à la Scala de Milan. C'est un jazzman, connu pour avoir une oreille musicale très fine.

 

Parvenu en Formule 1, Hill n'abandonne pas pour autant les courses d'Endurance. Il gagne ainsi les 12 heures de Sebring pour la deuxième année consécutive, aux côtés de Dan Gurney, Chuck Daigh et Olivier Gendebien. Il monte également sur le podium au Tourist Trophy et aux 1000 Km du Nürburgring, mais doit abandonner au Mans.

En Formule 1, cette première saison complète ne sera pas de tout repos. Les Ferrari D256 à moteur avant vont être en effet dépassées par les petites Cooper à moteur arrière, et Phil ne pourra guère briller. Il débute pourtant par une belle quatrième place à Monaco, termine sixième à Zandvoort, puis second à Reims derrière Brooks, concrétisant ainsi le doublé des Ferrari. Au Nürburgring, il complète un triplé ferrariste derrière Brooks et Gurney. Il occupe alors la troisième place du classement général, mais très loin du leader Jack Brabham. Le GP du Portugal voit la débâcle des voitures italiennes et Hill termine sa course au cinquième tour dans le décor. A Monza, l'Américain va mener une superbe course et combattre vaillamment pour la victoire contre la Cooper de Moss, mais doit s'incliner en obtenant une très honorable deuxième place. Sa course à domicile à Sebring, la dernière de la saison, le voit abandonner rapidement sur un problème d'embrayage.

Phil finit donc cette saison au quatrième rang avec vingt points. Un bon résultat qui le classe second pilote Ferrari, derrière Brooks.

 

Pour 1960, Enzo Ferrari décide de continuer à engager les vieilles Dino 246, avant de passer au moteur arrière en 1961. Dans ces conditions, face à des Cooper et des Lotus de plus en plus performantes, le championnat du monde 1960 est perdu d'avance pour la Scuderia. Bombardé premier pilote de l'écurie après le départ de Brooks, Hill doit limiter les dégâts. La première course en Argentine peut lui faire peur pour la suite de la saison : il termine huitième à trois tours du vainqueur Bruce McLaren !

Le championnat sera effectivement constitué de peu de hauts et de beaucoup de bas. Troisième dans les rues humides de Monaco, il connaît à Zandvoort une course cauchemardesque avant de casser son moteur. En Belgique, il termine cinquième après avoir longtemps tenu le podium. En France, il lutte pour la victoire contre Brabham avant d'être victime d'un nouveau problème mécanique. La suite est déprimante : une piteuse septième place chez l'ennemi britannique et une sortie de route à Porto alors qu'il était deuxième...

 

Puis vient le GP d'Italie à Monza, qui se dispute sur l'autodrome complet, incluant l'anneau de vitesse. Décision inique de la fédération italienne afin de favoriser les Ferrari, bien plus performantes sur l'ovale que les voitures des équipes anglaises. En signe de protestation, ces dernières décident de boycotter la course. Ferrari ne fera face qu'à quelques écuries privées et aux antiques Porsche. Dans ces conditions, Phil signe sa première pôle position devant ses équipiers Richie Ginther et Willy Mairesse. Le lendemain, la course débute mal puisqu'il se fait immédiatement passer par son vieux copain Ginther. Il récupère cependant sa première place à la mi-course avant de passer la ligne d'arrivée en vainqueur. C'est la première victoire d'un Américain en championnat du monde F1, en exceptant les 500 Miles d'Indianapolis.

Une victoire au rabais certes, vu les circonstances, mais une victoire quand même pour Phil qui s'affirme ainsi comme le véritable leader de la Scuderia. Il finit cette saison délicate à la cinquième place du général, avec seize points.

En Endurance, Hill continue de briller en remportant les 1000 Km de Buenos Aires, puis en terminant second de la difficile Targa Florio. Il laisse cependant échapper Sebring et Le Mans. Dans la Sarthe, associé à l'Allemand Wolfgang von Trips, il abandonne très rapidement tandis que Gendebien triomphe en compagnie de Paul Frère. Il accroche également une troisième place aux 1000 Km de Nürburgring.

 

La saison 1961 de Formule 1 marque un changement de réglementation avec le passage à la cylindrée de 1,5 litre. Face à une concurrence mal préparée à ces modifications, les Ferrari 156 à « nez de requin » apparaissent comme les grandes favorites dans la course au titre mondial. Hill peut donc espérer connaître enfin une belle saison en monoplace. C'est pourtant en Endurance qu'il connaît son premier grand succès de l'année en remportant à nouveau les 12 heures de Sebring, toujours avec Gendebien à ses côtés.

Lors du premier Grand Prix de la saison à Monaco, les Ferrari vont devoir subir une étonnante leçon de Stirling Moss qui, sur son agile Lotus, remporte facilement la course. Phil, qui n'a jamais aimé les circuits lents comme le tracé monégasque, assure une troisième place. Le succès de l'Anglais, sur un circuit où la Scuderia n'a pu exprimer la puissance de ses moteurs apparaît cependant comme un simple coup d'éclat. La question est de savoir qui des trois pilotes de la 156, Hill, von Trips ou Ginther sera champion du monde. Une semaine plus tard à Zandvoort, Phil signe la pôle, mais il est immédiatement dépassé par von Trips qui remporte un facile succès. Au moins obtient-t-il la deuxième place, mais l'Allemand a signé un grand coup.

 

On en est là quand arrivent les 10 et 11 juin les 24 heures du Mans. Toujours associé à Gendebien sur une 250, Phil va devoir batailler pour la victoire contre deux autres Ferrari, celle des frères Pedro et Ricardo Rodriguez et celle de von Trips et Ginther. Ce dernier équipage est le plus menaçant mais rentre au garage à la seizième heure de course. Phil et Olivier n'ont alors plus de rivaux à leur mesure et décrochent une seconde victoire mancelle devant une autre 250, celle de Willy Mairesse et Mike Parkes.

Retour à la Formule 1 le 18 juin, avec le GP de Belgique à Spa-Francorchamps. Parti en pôle, Hill doit batailler ferme contre ses trois équipiers, Gendebien, von Trips et Ginther, avant de remporter la deuxième victoire de sa carrière. De tous ses challengers, « Taffy » von Trips a encore été le plus menaçant et n'a franchi la ligne d'arrivée que sept dixième derrière lui. Pour l'heure, l'Américain prend la tête du classement général. Au GP de France, Phil signe la pôle et se bagarre à nouveau avec Von Trips avant la casse moteur de ce dernier. La victoire semble alors facilement à sa portée mais à quinze tours du but, il sort de la piste à l'épingle du Thillois et est percuté par Moss. Il repart en fond de peloton et doit laisser la victoire au débutant Giancarlo Baghetti.

A Silverstone, il signe sa quatrième pôle position consécutive. Mais le dimanche, sous la pluie, il ne peut rien faire contre un étincelant von Trips. L'Allemand réalise une véritable démonstration, au point de finir avec 46 secondes d'avance sur Hill et Ginther ! Il en profite pour passer en tête au général. Au Nürburgring en revanche, les Ferrari sont à nouveau surprises par Moss, qui gagne devant von Trips et Phil Hill. Il ne reste alors que deux courses à disputer et l'Allemand compte à ce moment-là quatre points d'avance au classement sur le Californien. Au vu des dernières confrontations entre les deux hommes, Taffy semble être en bien meilleure posture que Phil.

 

A Monza, les tifosi attendent avec impatience la suite du duel entre leurs deux champions. Aux essais, von Trips signe la pôle, mettant fin à une série de cinq pôles consécutives réalisées par Hill. L'Allemand semble être en mesure d'empocher la couronne mondiale dès le lendemain, dimanche 10 septembre 1961. Cet après-midi là, l'ambiance est très tendue sur l'Autodromo. Von Trips fanfaronne devant les journalistes. Ce matamore se moque ouvertement de son rival qui apparaît encore plus pâle que d'habitude. Hill s'est en effet fait tancé par Enzo Ferrari pour avoir été devancé en qualifications par le jeune Ricardo Rodriguez. Pour toute réponse, Phil a ordonné aux mécaniciens d'examiner son moteur : une soupape était endommagée...

Au départ tout commence mal pour von Trips qui manque son envol au profit de son rival qui s'empare de la tête. Quelques secondes plus tard, le pilote Lotus Gerry Ashmore sort très violemment de la piste et se blesse. La course continue malgré tout normalement et un tour plus tard, c'est le drame.

En lutte pour la quatrième place, Jim Clark et von Trips entrent en collision près de la Parabolique. La Ferrari part en travers et s'envole dans le public. L'accident est effroyable, le pilote allemand, projeté hors de sa voiture, est tué sur le coup tandis que treize spectateurs meurent percutés par les restes de la Ferrari. Malgré cette épouvantable tragédie, le Grand Prix n'est pas arrêté. Phil Hill doit achever son travail. Il lutte un temps en tête avec Ginther avant de le semer définitivement. Il franchit la ligne d'arrivée en vainqueur et en champion du monde.


Un titre au goût évidemment amer. Pourtant Phil n'a pas à rougir de sa saison. Certes, von Trips a souvent été plus rapide que lui en course, mais il fut plus régulier, ne connaissant pas un seul abandon de la saison.

A 34 ans, il rentre dans la légende en devenant le premier Américain champion du monde de Formule 1, ainsi que le seul pilote à avoir remporté les 24 heures du Mans et le championnat du monde la même saison. Une saison qui se termine là pour lui, Ferrari ne participant pas au dernier Grand Prix aux Etats-Unis.

 

L'intersaison 1961-1962 est très mouvementée pour la Scuderia. En effet l'ingénieur Carlo Chiti et le directeur sportif Romolo Tavoni claquent la porte de Maranello pour fonder l'écurie Automobili Turismo e Sport (A-T-S), dans le but avoué de faire mordre la poussière au Commendatore.

En ce qui concerne la Formule 1, l'écurie n'a quasiment pas modifié la 156 au cours de l'hiver, espérant pouvoir dominer les marques anglaises avec les mêmes armes. C'est une grossière erreur et les Ferrari vont devoir subir la loi des BRM, Lotus et autres Lola qui, elles, n'ont pas chômé pour rattraper leur retard.

Phil se rend compte très vite qu'il ne pourra pas conserver son titre mondial. Dès la première manche à Zandvoort, il ne se qualifie qu'au neuvième rang, à trois secondes de la pôle de John Surtees...Et pourtant en course le Californien ne va pas démériter et termine troisième, à plus d'une minute de son homonyme et vainqueur Graham Hill. Il parvient en effet à limiter les dégâts en début de saison en terminant deuxième à Monaco, puis troisième à Spa, après une longue lutte avec son équipier Ricardo Rodriguez. Ainsi, après trois courses, Phil occupe la deuxième place du général derrière l'autre Hill.

 

Ce qu'il ignorait, c'est qu'il ne marquerait plus un seul point de l'année ! En France, les Ferrari déclarent forfait, à Silverstone il est victime d'une panne après une course anonyme, idem au Nürburgring. Dans son jardin de Monza, il espère obtenir un bon résultat... il termine onzième à cinq tours du vainqueur...

Heureusement, en Protos, sa saison est bien meilleure. Il s'adjuge ainsi une deuxième place aux 3 heures de Daytona, la victoire aux 1000 Km du Nürburgring et surtout une troisième victoire au Mans. Hill s'y aligne au volant d'une 330LM avec comme coéquipier l'inévitable Olivier Gendebien. Ce tandem doit longtemps subir la loi de la 246SP des frères Rodriguez avant de prendre la tête et de ne plus la lâcher. C'est la dernière victoire de ce formidable duo Hill-Gendebien qui aura ramené tant de trophées à Maranello.

En effet, Phil est décidé à quitter la Scuderia à la fin de la saison. Il s'entend très mal avec le nouveau directeur sportif Eugenio Dragoni. Celui-ci, fervent promoteur des pilotes italiens, n'a d'yeux que pour le jeune Lorenzo Bandini qu'il rêve de propulser au rang de leader de la Scuderia. Hill comprend qu'il est de trop et décide de rejoindre pour 1963 ses amis Chiti et Tavoni chez A-T-S.

Pour l'avant-dernière course du championnat du monde de Formule 1, à Watkins-Glen, il décide même de quitter les Rouges pour le volant d'une Porsche 804, mais devra laisser sa voiture à Dan Gurney.

 

Hill prend un risque certain en rejoignant A-T-S. Cette nouvelle équipe, après un an de gestation, n'en est encore qu'à ses balbutiements, d'autant plus que l'argent manque déjà cruellement au duo Chiti-Tavoni. Ainsi la nouvelle A-T-S 100 n'est pas prête pour le début de la saison, contraignant Hill et son équipier Baghetti à faire une croix sur le GP de Monaco. A Spa, la voiture apparaît enfin et d'emblée, les observateurs sont dubitatifs. Petite, très conventionnelle et très laide, l'A-T-S n'a rien d'un foudre de guerre. Les essais qualificatifs confirment ces impressions : Hill est 17ème, Baghetti 20ème. Le lendemain, après treize tours à se traîner, Phil rentre au garage sur un problème de transmission. Deux semaines plus tard à Zandvoort, tout va de travers : 13ème sur la grille, Phil prend certes un bon départ mais connaît ensuite des problèmes moteurs. Au quinzième tour, il perd sa roue arrière et se retrouve dans le décor !

Les A-T-S sont décidément ratées. Chiti décide de les retirer quelques temps des circuits pour les améliorer. En attendant, Phil obtient le volant d'une Lotus 24 de la petite équipe Filipinetti. Il peut ainsi disputer le GP de France, mais seulement pour abandonner après une course anonyme. Il doit attendre ensuite le GP d'Italie pour reprendre le volant des A-T-S soi-disant « améliorées ». Et effectivement, la voiture est plus fiable puisqu'elle termine la course, mais au onzième rang, à sept tours de la Lotus victorieuse de Jim Clark ! Après un Grand Prix des USA qui voit le Californien mettre pied à terre au bout de quatre tours, Carlo Chiti décide de mettre un terme à l'aventure A-T-S.

 

En Endurance, Hill n'a pas obtenu en cette saison 1963 les consolations de ses échecs en F1. Il ne gagne pas une seule épreuve et ne voit d'ailleurs pas souvent le drapeau à damiers. Il abandonne également rapidement aux 24 heures du Mans, dès la quatrième heure. Il faut dire que son Aston Martin, qu'il partageait avec Lucien Bianchi, était loin du niveau de ses Ferrari de jadis. Ironie du sort, ce sont Bandini et Scarfiotti, les protégés d'Eugenio Dragoni, qui apportent cette année-là à la Scuderia son sixième succès au Mans.

 

Pour la saison 1964, Phil décide de rejoindre l'écurie Cooper. L'écurie britannique, qui connaît de nombreuses difficultés depuis 1961, espère trouver en Hill un dynamiseur. Il n'en sera rien. Les nouvelles T73 sont en effet bien mauvaises, et de plus le Californien se montre très transparent comparé à son équipier Bruce McLaren. Phil réalise des courses bien ternes et hante le ventre mou du peloton. Sa seule performance est une sixième place acquise au GP de Grande-Bretagne.

John Cooper se montrant très mécontent des performances du champion du monde 1961, l'avenir de ce dernier en F1 paraît alors très compromis. Au GP d'Autriche disputé à Zeltweg, il va en plus vivre un week-end cauchemardesque. Aux essais, il détruit sa monoplace dans un accident. John Cooper grogne. Le dimanche en course, Phil perd soudainement le contrôle de son bolide qui s'écrase contre des bottes de paille avant de prendre feu et de se retourner. Il s'en sort fort heureusement indemne, mais son patron, furieux, ordonne sa mise à pied pour la course suivante en Italie. Hill, bien qu'il ne soit pour rien dans l'accident, sait qu'il va quitter l'équipe à la fin de la saison. Les deux dernières courses aux USA et au Mexique se terminent par deux abandons sur casses mécaniques.

Hill restera très amère sur cette expérience dans l'équipe britannique : « Cooper avait faux sur tous les chapitres. La voiture. Les hommes. L'organisation. »

En Endurance toutefois, Phil connaît un challenge plus exaltant puisqu'il est engagé par Ford pour participer aux débuts de la légendaire GT40. Hélas, cette voiture destinée à marquer l'histoire du sport automobile n'est alors pas à son niveau optimum, et notre ami n'obtiendra aucun bon résultat à son volant. Au Mans, associé à McLaren, il doit abandonner peu avant la mi-course. C'est donc sur une Ferrari, associé à Pedro Rodriguez, qu'il décroche sa seule victoire de la saison, aux 2000 Km de Daytona.

 

Hill n'obtient aucun volant en Formule 1 pour la saison 1965. Son heure de gloire semble en effet passée, et aucune grande écurie ne souhaite engager le champion déchu. Ce n'est que lors d'épreuves hors-championnat qu'il peut tâter le volant d'une monoplace. Il décroche ainsi une troisième place au GP d'Australie, sur une Cooper de l'équipe de Bruce McLaren.

En Sports Protos, il continue d'essuyer les plâtres des débuts de la Ford GT40. Il n'apparaît au départ que de quelques épreuves, sans succès au bout. Aux 24 heures du Mans, l'équipage qu'il constitue avec Cris Amon ne voit pas le drapeau à damiers.

 

Début 1966, Phil déicide de quitter Ford pour rejoindre une autre équipe américaine prometteuse : Chaparral, fondée par Jim Hall, connue pour ses voitures révolutionnaires. Le Californien va ainsi retrouver un programme de courses conséquent, entre les épreuves européennes et le challenge Can-Am outre-atlantique. Ceci lui permet de renouer avec les lauriers, puisqu'il remporte une épreuve de Can-Am à Laguna Seca ainsi que les 1000 Km du Nürburgring aux côtés de Joakim Bonnier. Il fait équipe avec le Suédois aux 24 heures du Mans, où sa machine rend l'âme après 111 tours de course.

A la fin de la saison, son compatriote Dan Gurney propose à Phil le volant d'une de ses F1, l'Eagle T1F, pour participer au Grand Prix d'Italie. Cette ultime apparition du Californie en Formule 1, sur le lieu de son triomphe en 1961, se solde par un échec, puisqu'il ne parvient pas à se qualifier. Sa fin de carrière sera consacrée exclusivement aux voitures de sport.

En 1967, Phil a 40 ans et commence à envisager sérieusement de prendre sa retraite. Cette saison est la dernière du pilote américain, qui n'obtient cette fois-ci guère de succès au volant de la Chaparral. Avec le Britannique Mike Spence, il aurait pourtant pu espérer un quatrième succès au Mans, puisque sa machine est parmi les trois premières de la course pendant vingt heures. Mais un souci technique le force à abandonner peu de temps avant l'arrivée. A la fin de l'année, Phil s'apprête à se retirer après une année vierge de tout succès. Mais le destin lui sourit une dernière fois lors de sa toute dernière course, les 6h de Brands Hatch, qu'il gagne en compagnie de Mike Spence. Une fin de carrière idéale pour l'un des plus grands pilotes américains de l'histoire.

 

Hill revient ensuite s'installer à Santa Monica. Après s'être marié avec Alma, il ouvre dans les années 1970, en compagnie de Ken Vaughn, une entreprise de restauration d'anciens véhicules. Il travaille comme consultant pour l'émission Wide World of Sports d'ABC, écrit des articles pour le magasine Road & Track, préside le jury du concours d'élégance de Pebble Beach. Le champion du monde 1961 n'hésite pas non plus à reprendre le volant d'une de ses anciennes voitures dans le cadre d'exhibitions. Régulièrement, il assiste au Grand Prix de Monaco en compagnie de ses amis Jack Brabham et Roy Salvadori.

Phil a eu trois fils avec son épouse, dont Derek, né en 1975 et doué d'un joli coup de volant. Au début des années 2000, Phil supervise ainsi la carrière de son fils, qui pilote en Formule 3000 entre 2001 et 2003.

 

A partir de 2004, Hill tombe gravement malade, atteint de la maladie de Parkinson. Derek abandonne sa carrière pour s'occuper de son père déclinant. Ce dernier s'éteint à Salinas, le 28 août 2008, à l'âge de 81 ans. La disparition de ce pilote discret et élégant ne fait pas grand bruit dans le monde du sport automobile. Celui qui fut le premier champion du monde américain de l'Histoire méritait mieux que cette indifférence, preuve de la justesse de sa propre défiance envers les hypocrisies du monde de la course automobile.

Tony