Michael SCHUMACHER
 M.SCHUMACHER
Benetton Ford Cosworth
Alain PROST
 A.PROST
Williams Renault
Martin BRUNDLE
 M.BRUNDLE
Ligier Renault

536e Grand Prix

XIII Gran Premio di San Marino
Variable
25 avril 1993 - Imola
61 tours x 5.040 km - 307.440 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Malgré la perte de deux positions lors du départ, Alain Prost va remporter cette course.

Benetton - McLaren: guérilla pour un V8

Après Donington, Ron Dennis entame d'intenses pourparlers avec Steve Parker, le délégué de Ford pour la F1, afin d'obtenir pour ses McLaren, et surtout en fait pour Ayrton Senna, la dernière évolution « série VII » du V8 Ford-Cosworth HB, qui est contractuellement l'exclusivité de Benetton. Mais ces démarches n'avancent pas car le duo Flavio Briatore – Tom Walkinshaw fait évidemment tout son possible pour empêcher un tel rapprochement. Senna s'impatiente. Une semaine avant le GP de Saint-Marin, le Brésilien menace carrément de ne pas faire le déplacement en Italie. Mais, lundi 19 avril, huit jours avant la course, se tient une réunion de la FOCA à l'hôtel Edwardian d'Heathrow. A cette occasion, Dennis propose un marché à Briatore: le V8 Ford amélioré en échange des technologies TAG, notamment l'anti-patinage dont Benetton est toujours dépourvue. L'Italien écoute cette proposition avec attention. Il ne répond ni oui ni non. Celui suffit à Dennis qui, bluffeur, téléphone à Senna pour lui dire qu'il aura le nouveau moteur. Ravi, le triple champion du monde, réfugié à São Paulo, saute jeudi soir dans le premier avion pour Rome, où il est attendu par Jo Ramirez. Les deux hommes prennent ensuite un jet-privé pour Bologne, puis atteignent Imola en hélicoptère vendredi matin. Senna arrive ainsi sur le circuit après douze heures d'avion, semble-t-il peu perturbé par l'énorme décalage horaire. Ce n'est qu'une impression: il heurte rudement le muret des stands dès le début de la première session libre...

 

Vendredi après-midi, Dennis prête son Challenger à Walkinshaw pour que celui-ci se rende chez Ford Europe, à Warley, dans l'Essex. Le copropriétaire de Benetton doit évaluer avec un expert juridique la marge d'exclusivité que lui laisse le contrat avec Ford afin d'obtenir une aide extérieure, en l'occurrence l'anti-patinage TAG. Pendant ce temps-là, en Émilie-Romagne, Senna fait de l'esbroufe: se réclamant d'une « haute personnalité de Ford », il affirme avoir reçu le V8 Ford « génération VII » et que celui-ci sera monté dans sa voiture pour la course ! « Senna se moque du monde ! » fulmine Briatore. En fin de journée, Walkinshaw revient d'Angleterre les mains vides: Ford refuse que Benetton utilise des dispositifs TAG. Contretemps: le Challenger tombe en panne à l'aéroport de Bologne. Pour le dépanner, Dennis demande à Senna d'offrir son jet privé à « un ami ». Le Pauliste n'apprendra que plus tard l'identité du passager. « Si j'avais su que c'était Walkinshaw, je l'aurais fait balancer dans la Manche ! » lâchera-t-il en guise de plaisanterie. « Walkinshaw est un traître ! » éructe Dennis. « Il a changé les termes de la négociation après que nous ayons trouvé un accord. Tout est fini entre nous ! Nous nous contenterons des moteurs « séries VI » jusqu'à Silverstone, où nous toucherons les « séries VII », alors que Benetton recevra les « séries VIII »... De toute façon nous avons lancé nos propres développements pour accroître la puissance. Ils ne tarderont pas à apparaître. »

 

En définitive, Steve Parker convoque Briatore, Walkinshaw et Dennis pour une réunion au sommet à Londres le mardi 27 avril, soit après le Grand Prix. Mais les escarmouches entre les deux teams ennemis ne s'arrêtent pas là. Vendredi soir, Dennis porte réclamation contre Benetton au sujet de pneus Goodyear « E », mal identifiés car expérimentaux, utilisés par Michael Schumacher lors de la première séance officielle. Il obtient l'annulation des temps de l'Allemand. Celui-ci éclate de colère. Bernie Ecclestone entre alors en scène. Il convoque Dennis et Briatore dans le camion atelier de Goodyear et les adjure de se calmer pour préserver l'image de la F1. Les deux hommes acceptent. Ecclestone intervient ensuite auprès de John Corsmit pour que Schumacher récupère ses chronos. Reste donc à patienter jusqu'à la réunion londonienne. Mais qu'on n'attende plus de concessions de la part d'un Briatore très remonté: « Ma position est claire: j'ai un contrat pour cinq ans avec Ford, et je m'y tiens. Dennis, depuis décembre dernier, a signé un autre contrat. L'histoire s'arrête là. Benetton a priorité, un point c'est tout. Est-ce que McLaren est jadis venue me proposer son Honda ? Aujourd'hui, je n'ai pas à partager les soucis de Ron. Lui offrir mon moteur, que j'ai en exclusivité, dont j'ai financé une part du développement, pour qu'il puisse conserver Senna, marquer plus de points que moi, gagner plus d'argent ? Incroyable ! Et ce Senna qui veut toujours le meilleur moteur, le meilleur châssis, le meilleur hôtel, le meilleur salaire... S'il peut s'offrir tout ça, ou qu'il trouve des gens pour lui offrir, d'accord. Mais qu'il ne compte pas sur moi ! Je refuse qu'un pilote fasse pression par presse interposée. Plus il me poussera et plus je reculerai ! Et puis, de quelle haute personnalité de chez Ford a-t-il obtenu ces garanties dont il parle ? Son concessionnaire de São Paulo ? »

 

Présentation de l'épreuve

Les projets de la FISA touchant au règlement technique de 1994 seront discutés lors du Conseil mondial du 8 juin prochain. Le coup de force de Max Mosley, qui n'a pas tenu compte de l'accord unanime des constructeurs pour toucher aux normes, n'a pas été apprécié par les constructeurs, et notamment par Williams et McLaren. Les deux parties négocient âprement. Selon les derniers bruits, Mosley serait prêt à lâcher un peu de lest en renonçant à l'interdiction des boîtes automatiques et de la télémétrie. Mais il maintient le bannissement de l'anti-patinage, de l'ABS, des différentiels électroniques etc. Le président de la FISA souhaite également imposer des moteurs 2,5 litres limités à six cylindres, toujours afin de réduire les coûts. La majorité des motoristes serait d'accord, exceptés Lamborghini, Ilmor et Yamaha qui viennent de lancer la conception de nouveaux moteurs et souhaitent les amortir sur plusieurs années.

 

Alain Prost est sous le feu des critiques après son médiocre début de saison, et surtout sa « course cauchemar » de Donington qu'il a finie au troisième rang, à un tour de Magic Senna. Il doit impérativement remporter ce GP de Saint-Marin afin de ne pas perdre la face. Boudeur, il évite les journalistes et ne se confie qu'en petit comité: « Depuis le début de l'année, je fais tout ce qu'on me demande. Même quand ça tourne mal, je m'exécute. Quand je vois, après coup, comment je suis traité, cela fait vraiment très mal. » Prost fulmine pour s'extérioriser. Qu'il le veuille ou non, il est l'héritier de la splendide saison 92 de Nigel Mansell au volant de la Williams-Renault. Il ne peut échapper à la comparaison. Et de nos jours, les commentateurs laissent peu de place à l'excuse de la malchance. « Interlagos, j'admets l'erreur. Mais pas Donington », martèle Prost. Il est temps pour lui de se concentrer sur Imola...

 

Le patron de Ferrari, Luca di Montezemolo, passe ses troupes en revue à la veille de ce Grand Prix « à la maison ». Vues les piètres performances de la F93A (un point inscrit en trois courses...), il prépare surtout l'avenir de la Scuderia. Celui-ci s'écrira avec Jean Alesi qui devrait signer une prolongation de contrat jusqu'en 1995. L'arrivée de Jean Todt chez les Rouges n'est pas pour rien dans sa décision. « Pendant deux saisons, nous étions pratiquement sans techniciens. Maintenant, je sens que tout est en train de changer », confie Jean d'Avignon.

 

Ron Dennis et Wataru Ohashi, patron de Footwork, concluent à Imola un partenariat technique: dans le courant de la saison, la nouvelle FA14 recevra la suspension active développée par TAG pour McLaren. Cet accord surprend puisqu'il porte sur deux saisons, alors que ce dispositif doit être banni par le règlement 1994... Ainsi, Dennis se met Footwork dans la poche en vue des prochaines consultations au sein de la FOCA, comme Frank Williams s'est assuré de Ligier en lui fournissant sa boîte semi-automatique. Ce qui n'empêche pas Cyril de Rouvre et Dany Hindenoch de s'emporter vivement contre McLaren, dénonçant « un vulgaire transfert de technologie ». Dans le même temps, Marelli annonce qu'elle va mettre à disposition des petites écuries toute une gamme de produits électroniques à prix cassés. A croire que Max Mosley prêche dans le désert...

 

La Lola-Ferrari de la Scuderia Italia est définitivement ratée. Eric Broadley admet ce fiasco et vient de recruter deux nouveaux ingénieurs, chargés de concevoir une nouvelle monoplace: Sergio Rinland (ex-Brabham notamment) et Julian Cooper (ex-Benetton). La sortie du futur bolide est prévue pour le GP d'Allemagne en juillet. Tyrrell reçoit de son côté un nouveau moteur Yamaha venu spécialement du Japon. De Cesaris le casse dès le vendredi matin, si bien que le V10 « Yamaha-Judd » est aussitôt réutilisé.

 

Essais et qualifications

Vendredi matin, Prost est harponné par son « copain » Alesi au freinage d'Acque Minerale et atterrit dans le bac à sable. Le Forézien ne peut plus rouler de la matinée et aborde donc la séance officielle de l'après-midi avec les réglages de Hill. Il signe le deuxième temps derrière son équipier. Le lendemain cependant, il conquiert sans trop de peine sa quatrième pole de l'année (1'22''070'''). Hill l'accompagne en première ligne. Schumacher perd son troisième chrono du vendredi, avant de le récupérer, suite à l'imbroglio décrit plus haut. Il réédite sa performance samedi et conserve donc sa troisième place. Patrese (11ème) vit un calvaire: confusion dans le choix des pneus, trafic, touchette... Séances mouvementées chez McLaren: Senna (4ème) et Andretti (6ème) sortent tous deux après la chicane qui commande l'entrée aux stands. Ils se plaignent du mauvais comportement de leur suspension active.

 

Performances mitigées de la part des Sauber: si Wendlinger (5ème) se met en vedette, Lehto (16ème) est affligé d'un terrible manque de grip. Les Ligier-Renault (Blundell 7ème, Brundle 10ème) retrouvent leur statut d'outsiders. Les Ferrari (Berger 8ème, Alesi 9ème) sont toujours ralenties par le comportement erratique de leur suspension active. Herbert (12ème) et Zanardi (20ème) peinent à régler leurs Lotus et rencontrent en outre des coupures de moteur. Les Jordan-Hart subissent des problèmes de boîte. Barrichello (13ème) fait mieux que Boutsen (19ème), toujours mal installé dans son cockpit taillé pour Capelli. Chez Larrousse-Lamborghini, Alliot (14ème) continue de dominer Comas (17ème). Les nouvelles Footwork-Mugen de Warwick (15ème) et Suzuki (21ème) subissent un gros sous-virage. Les vieilles Tyrrell-Yamaha sont très fragiles: un bris de suspension envoie de Cesaris (18ème) dans le mur et Katayama (22ème) est longtemps immobilisé par un souci de sélecteur de vitesses. Les Minardi (Fittipaldi 23ème, Barbazza 25ème) manquent cruellement de motricité et en sont réduites à se battre avec les Lola-Ferrari de Badoer (24ème) et d'Alboreto (26ème). Le vétéran milanais n'est pas qualifié pour la première fois de l'année.

 

Le Grand Prix

Le matin de la course, de fortes averses s'abattent sur le circuit. Le warm-up se déroule dans ces conditions, et les commissaires rallongent cette séance d'un quart d'heure pour permettre aux pilotes d'ajuster leurs réglages. L'après-midi, au moment du départ, la pluie a cessé mais les les trajectoires sont encore détrempées. Les pilotes sont obligés de partir chaussés de pneus rainurés. Vainqueur des deux derniers Grands Prix disputés sous la pluie, Senna affiche sa confiance. Les mauvais résultats de Ferrari ont des conséquences sur la billetterie: les tribunes de l'autodrome Enzo e Dino Ferrari sont clairsemées.

 

Départ: Juste avant le coup d'envoi, Prost rencontre un souci avec son embrayage et freine pour éviter de voler le départ. À cet instant précis, le feu passe au vert, et la Williams démarre donc avec peine. Hill puis Senna doublent le Français à l'entame de Tamburello. Suivent Schumacher, Berger, Wendlinger et Andretti. Blundell perd le contrôle de sa Ligier à la sortie de Tamburello, percute violemment le mur intérieur et sème la confusion. Barrichello et Fittipaldi entrent en contact et abîment leurs monoplaces.

 

1er tour: Patrese part en tête-à-queue après Tosa et se retrouve en travers de la piste. Il cale et ne pourra pas redémarrer. Hill se fait piéger par une plaque d'humidité à Acque Minerale et coupe la chicane par le gazon. Néanmoins il ne perd aucune place. En fin de tour, Hill mène devant Senna, Prost, Schumacher, Berger, Wendlinger, Andretti, Alesi, Brundle et Herbert. Fittipaldi est chez Minardi pour remplacer une jante, Barrichello chez Jordan pour changer ses gommes suite à une crevaison.

 

2e: Hill compte deux secondes d'avance sur Senna et trois secondes sur Prost. Schumacher est relégué à huit secondes. Boutsen abandonne car la pompe hydraulique de sa boîte a rendu l'âme. Les bolides de Blundell et Patrese sont évacués.

 

3e: Hill s'envole avec cinq secondes d'avance sur Senna. Prost menace le Brésilien. Il tente de le dépasser dans la descente vers Rivazza, mais Senna ferme la porte. Schumacher, qui a choisi réglages pour le sec, est pour l'instant distancé.

 

4e: Prost essaie de déborder Senna par l'intérieur dans Tamburello, mais celui-ci demeure sur la ligne en voie d'assèchement et conserve sa position. Suzuki tire tout droit à Rivazza et évite les glissières pour quelques centimètres. Il parvient à se redresser et reprend la piste. Son collègue Warwick exécute un tête-à-queue et perd de nombreuses positions.

 

5e: La piste s'assèche mais il tombe encore quelques gouttes. Prost attaque Senna à Piratella, sans succès.

 

6e: Hill mène devant Senna (8.1s.), Prost (8.8s.), Schumacher (20.5s.), Berger (21.7s.), Wendlinger (22.4s.), Andretti (23.5s.) et Alesi (25s.).

 

7e: Senna commet une légère erreur à la sortie de Tosa, ce qui profite à Prost qui le déborde dans la ligne droite vers Piratella. A l'issue de ce tour, Wendlinger est le premier pilote à s'arrêter pour monter des pneus lisses. Il repart onzième derrière son équipier Lehto.

 

8e: Senna fait halte aux stands et chausse des pneus slicks. Il ressort juste derrière Schumacher. Fittipaldi et Barrichello remplacent aussi leurs gommes.

 

9e: Senna déborde Schumacher après Tosa. Prost stoppe chez Williams pour prendre des slicks. L'opération est un peu longue et le Forézien reprend la piste derrière Senna. Schumacher et Berger passent aussi par les stands. Si l'Allemand n'est immobilisé que six secondes, l'Autrichien casse sa boîte de vitesses au redémarrage. Il n'ira pas plus loin. Changement de pneus également pour Warwick et Barbazza.

 

10e: Hill devance Senna (24.3s.), Prost (25.6s.), Alesi (40.2s.), Brundle (44.4s.), Schumacher (51s.), Wendlinger (51.5s.), Andretti (51.6s.), Lehto (1m. 05s.) et Zanardi (1m. 09s.). C'est la ruée vers les stands: Andretti, Herbert, Lehto, Katayama, Alliot, de Cesaris et Badoer prennent des pneus slicks.

 

11e: Senna et Prost sont les plus rapides en piste. Hill s'engouffre dans les stands pour mettre des slicks (7.6s.). Le Britannique ressort juste devant Senna et Prost. Brundle, Alesi, Suzuki, Zanardi et Comas changent d'enveloppes.

 

12e: Roues dans roues, les trois leaders se retrouvent derrière Badoer et de Cesaris. Ceci occasionne un étonnant tour de passe-passe. Hill et Senna sont gênés à Tosa par les attardés. Prost, placé sur la trajectoire la plus sèche, déborde Senna en sortant du virage, avant de prendre le meilleur sur Hill à Piratella. L'Anglais se fait aussi surprendre par Senna dans la foulée. Les pilotes Williams ont donc interverti leurs places, et Prost est le nouveau leader.

 

13e: Prost mène devant Senna (2s.), Hill (3s.), Schumacher (26s.), Wendlinger (27s.), Andretti (29.4s.), Alesi (31s.), Brundle (37s.), Lehto (1m.) et Herbert (1m. 02s.).

 

14e: Le bitume est maintenant presque sec. Prost enchaîne les meilleurs tours et creuse l'écart sur Senna, menacé par Hill.

 

15e: Hill est gêné par Comas en lui prenant un tour et se fait décramponner par Senna. Wendlinger lorgne sur la quatrième place détenue par Schumacher.

 

17e: Prost devance Senna de quatre secondes. Hill fond sur le Pauliste. Jusqu'ici onzième, Alliot se débat avec une Larrousse réglée pour la pluie, avec force appuis, et perd deux places au bénéficie de Barbazza et Zanardi.

 

19e: Senna et Hill sont gênés par le duel auquel se livrent devant eux Barrichello et Zanardi qui n'évoluent pourtant pas dans la même boucle. Schumacher tire désormais profit de ses faibles appuis pour semer Wendlinger.

 

20e: A la Tosa, Barrichello tente de déborder Zanardi par l'extérieur, où l'asphalte est encore un peu humide. Il glisse et part en tête-à-queue juste sous le nez de Hill qui l'évite de justesse. Le jeune Brésilien se retrouve en travers, dans le gazon. Il cale et doit abandonner.

 

21e: Huit secondes d'écart entre Prost et Senna. Hill arrive à Tosa lorsque sa pédale de frein va au plancher. La Williams glisse sur une plaque d'humidité et s'enlise dans le bac à sable. C'est terminé pour le pilote anglais. De Cesaris abandonne, trahi par sa boîte de vitesses, tout comme Comas, victime d'une chute de pression d'huile.

 

22e: Prost améliore le record du tour (1'27''656'''). Le drapeau jaune est brandi à Tosa. La Williams de Hill est ôtée par une grue.

 

24e: Prost devance Senna (12.2s.), Schumacher (40s.), Wendlinger (52.8s.), Andretti (56.2s.), Alesi (1m. 09s.), Brundle (1m. 17s.), Lehto (1m. 23s.), Herbert (-1t.) et Zanardi (-1t.). Fittipaldi fait un « tout droit » à Acque Minerale. Katayama abandonne, moteur cassé.

 

25e: Prost tourne une seconde et demie au tour plus vite que Senna, qui ménage ses efforts en conséquence. Andretti se lance aux trousses de Wendlinger.

 

27e: Prost poursuit sa démonstration et compte quinze secondes d'avance sur Senna. L'attention se polarise sur la bataille entre Wendlinger et Andretti, séparés par deux secondes.

 

29e: Dix-sept secondes entre Prost et Senna. Andretti fait la jonction avec Wendlinger.

 

30e: Prost est premier devant Senna (18s.), Schumacher (45.7s.), Wendlinger (1m. 08s.), Andretti (1m. 09s.), Alesi (1m. 19s.), Brundle (1m. 26s.), Lehto (-1t.), Herbert (-1t.), Zanardi (-1t.), Barbazza (-1t.) et Alliot (-1t.).

 

31e: Suite à un souci de freins, Warwick perd le contrôle de sa Footwork à la Variante Bassa et heurte une barrière de pneus. Fittipaldi s'arrête à son stand pour faire examiner sa suspension, faussée lors du choc avec Barrichello.

 

32e: L'intervalle entre Prost et Senna atteint vingt secondes. Le drapeau jaune est agité dans le dernier secteur, le temps que les commissaires dégagent la voiture de Warwick.

 

33e: Andretti fait l'intérieur à Wendlinger au freinage de Tosa, mais à la réaccélération le jeune Autrichien « croise » la McLaren dont les roues patinent, et reprend son bien. A la Variante Alta, Andretti se place de nouveau dans le sillage de la Sauber, mais ses freins se bloquent. Il part en tête-à-queue, glisse dans l'herbe, traverse la piste et atterrit dans la zone gazonnée opposée. L'Américain fait un 180° puis cale son moteur et doit mettre pied à terre.

 

35e: Prost prend un tour à Alesi. Le pilote Ferrari rattrape Wendlinger, bouchonné par Suzuki qui ignore ses rétroviseurs.

 

36e: Prost précède Senna (22s.), Schumacher (48s.), Wendlinger (1m. 30s.), Alesi (-1t.) et Brundle (-1t.).

 

38e: Wendlinger n'est pas venu à bout de l'insupportable Suzuki. Alesi le surprend par l'extérieur dans la courbe Villeneuve et s'empare de la quatrième place, ce qui réveille les (rares) tifosi. Alliot prend la dixième place à Barbazza.

 

39e: Gêné à son tour par Suzuki, Alesi le double au forceps, non sans lui adresser un poing furieux.

 

40e: Prost domine devant Senna (25.8s.), Schumacher (51s.), Alesi (-1t.), Wendlinger (-1t.), Brundle (-1t.), Lehto (-1t.), Herbert (-1t.), Zanardi (-1t.) et Alliot (-1t.).

 

41e: Brundle et Lehto reviennent sur Wendlinger dont le moteur donne des signes de faiblesse. Attaqué par l'Anglais de Ligier, l'Autrichien se défend en louvoyant dangereusement après Tosa.

 

42e: Prost signe le meilleur tour de la course (1'26''128'''). Brundle déborde Wendlinger. Au même instant, Alesi s'arrête dans l'herbe entre Tosa et Piratella, trahi par son embrayage. Fittipaldi part en tête-à-queue à Acque Minerale. Il repart, mais sa direction est définitivement endommagée et il va devoir renoncer.

 

43e: Tandis qu'Alesi salue les tifosi, Senna range sa McLaren dans l'échappatoire qui suit Tosa. La McLaren est frappée d'une fuite au système hydraulique de sa suspension active. Le Brésilien renonce pour la première fois en 1993.

 

44e: Barbazza escalade un trottoir à Acque Minerale et fait un tête-à-queue sans conséquence.

 

45e: Il bruine sur l'autodrome. Pas de quoi modifier cependant l'adhérence. Prost est leader devant Schumacher (50s.), Brundle (-1t.), Wendlinger (-1t.), Lehto (-1t.), Herbert (-1t.), Zanardi (-1t.), Alliot (-1t.), Barbazza (-1t.), Suzuki (-2t.) et Badoer (-2t.).

 

47e: Seul Schumacher roule encore dans le même tour que Prost. Cinquante-et-une secondes les séparent. Les Lotus d'Herbert et Zanardi pourchassent les Sauber de Lehto et Wendlinger.

 

48e: Wendlinger laisse passer Lehto et Herbert, puis regagne son stand pour faire examiner son moteur. Il repart au bout de quelques secondes. Suzuki reçoit une pénalité de dix secondes pour avoir ignoré les drapeaux bleus.

 

49e: Prost lève le pied et laisse Schumacher combler une partie de son retard. Lehto se retrouve sous la menace d'Herbert et de Zanardi.

 

50e: Zanardi prend l'avantage sur Herbert. Suzuki passe par les stands pour subir son « stop-and-go ».

 

51e: Prost devance Schumacher (42.6s.), Brundle (-1t.), Lehto (-1t.), Zanardi (-1t.), Herbert (-1t.), Alliot (-2t.), Barbazza (-2t.), Suzuki (-3t.) et Badoer (-3t.). Wendlinger renonce: son moteur a définitivement rendu l'âme.

 

53e: Lehto effectue un travers à Acque Minerale. Zanardi tente de s'infiltrer mais le Finlandais lui ferme brutalement la porte. Du coup, Herbert revient sur les talons de son équipier. Suzuki est bloqué à son stand à cause d'un souci de freins.

 

54e: Prost compte quarante secondes de marge sur Schumacher. Zanardi attaque Lehto à Tosa, sans succès. Plus loin, à la sortie de la Variante Bassa, l'Italien est surpris par un coup de frein du Finlandais. Il se met à l'équerre, quitte la route et se frotte aux glissières. Il parvient à regagner la piste, mais a arraché une canalisation d'huile dans sa mésaventure.

 

55e: Zanardi roule avec une suspension détruite et un train arrière enflammé. A l'entrée de Tamburello, il perd son pneu arrière-gauche qui traverse la piste. Il est donc contraint de s'immobiliser dans les graviers.

 

56e: Brundle roule prudemment car sa Ligier est affectée d'un déjaugeage d'huile. Herbert attaque Lehto et convoite une nouvelle quatrième place.

 

57e: Prost est premier devant Schumacher (35s.), Brundle (-1t.), Lehto (-1t.), Herbert (-1t.), Alliot (-2t.), Barbazza (-2t.) et Badoer (-3t.).

 

59e: Le moteur d'Herbert part en fumée. Lotus n'aura aucune voiture à l'arrivée. Barbazza grimpe à la sixième place. Suzuki reprend la piste pour les deux dernières boucles.

 

60e: Prost achève cette course avec une trentaine de secondes d'avance sur Schumacher.

 

61ème et dernier tour: Lehto est à son tour abandonné par son moteur et stoppe dans le gazon. Néanmoins, comme il compte un tour d'avance sur ses poursuivants, il ne perdra pas de position.

 

Alain Prost remporte sa deuxième victoire de la saison devant Schumacher. Brundle est troisième et donne ainsi à Ligier son deuxième podium en 93. Lehto est classé quatrième. Alliot finit cinquième et ouvre le compteur de Larrousse. Il prend Lehto « en stop » pour le ramener aux stands. Comme à Donington, Barbazza empoche le dernier point. Seuls Badoer et Suzuki rejoignent aussi l'arrivée.

 

Après la course

Alain Prost déguste sa revanche après ses deux échecs de São Paulo et Donington: « C'est peut-être l'une des victoires les plus importantes de ma carrière, compte-tenu des moments difficiles dans lesquels elle a été obtenue. Elle comptera beaucoup dans ma carrière. Dix points, Senna qui ne finit pas... C'est bien pour tout le monde. Je suis heureux d'avoir gagné sur une piste assez semblable à celle de Donington. Dans des conditions meilleures qui n'ont pas imposé un arrêt supplémentaire pour les pneus pluie, certes, mais très changeantes, d'un tour à l'autre. Une sorte de loterie. Je ne préfère pas songer aux critiques si je n'avais pas gagné ! » Néanmoins le Professeur garde une dent contre les médias. Il annonce ainsi qu'il ne donnera plus aucune information technique sur sa voiture, puisque les journalistes estiment que ce ne sont là que des prétextes dont il use pour justifier ses échecs. Du reste, Denis Chevrier révèle que Prost a connu un petit problème d'accélérateur en fin d'épreuve. Mais il précise aussitôt que Williams va bientôt introduire son accélérateur électronique.

 

Ayrton Senna n'a guère de regrets suite à son abandon car il révèle que sa McLaren était réglée pour une piste humide. Il ne pouvait donc rien faire contre les Williams. Second, Michael Schumacher a bondi de joie sur le podium. Il faut dire que son début de saison n'a pas été brillant et que son dimanche fut difficile: « Pendant toute une moitié de la course, je me suis battu avec quelqu'un, devant ou derrière. Heureusement, nous avions misé sur le sec. Il fallait donc être patient et attendre que la voiture devienne compétitive. Dans la seconde demi-course, ce fut parfait. Donc: vivement Barcelone ! »

 

Déçu par son abandon, Damon Hill a la surprise de se voir « convoquer » par Senna, dans le motor-home McLaren. D'un ton glacial, le Brésilien lui reproche d'avoir louvoyé devant lui en début d'épreuve. « Tu es nouveau dans ce sport, tu devrais faire attention, c'est un sport dangereux... On ne zigzague pas devant moi ! » énonce-t-il sentencieusement. « Merci Ayrton, mais je ne crois pas avoir fait quoique ce soit que je ne t'aie vu faire auparavant », réplique Hill, pas démonté. Voilà le premier contact entre ces deux hommes...

 

Ce Grand Prix fait beaucoup d'heureux. À commencer par Ligier qui décroche son second podium en quatre courses, cette fois grâce à Martin Brundle. « Compte-tenu du travail qui reste à accomplir, c'est formidable, nos forces vont être décuplées », commente l'Anglais. Joie aussi chez Sauber qui, en dépit de deux pannes de moteur (que Mario Illien n'explique pas), inscrit trois points. « Je n'ai fait qu'attaquer », raconte JJ Lehto. « Lorsque les deux Lotus ont disparu derrière moi, j'ai ralenti un peu car mon témoin d'huile était allumé depuis plusieurs tours. Je voulais juste aller au bout. Brutalement, le moteur a cassé ! J'ai d'abord été très déçu, puis j'ai lu sur le tableau de bord que j'étais tout de même quatrième. Quelle chaleur ! » Et puis, Philippe Alliot marque ses premiers points en F1 depuis 1989, un résultat très précieux pour Gérard Larrousse qui, justement, rencontrait à Imola Tim Adams, le nouveau président de Lamborghini afin d'évoquer l'avenir. « Maintenant, nous pouvons lancer notre saison », estime le patron français.

 

Enfin, grâce à la sixième place récoltée par Fabrizio Barbazza, Minardi affiche cinq points au compteur contre un seul à Ferrari !Incroyable: la Scuderia n'est plus la première écurie italienne ! « Je me sens comme dans un désert » soupire Luca di Montezemolo.

 

Au championnat mondial des pilotes, Prost (24 points) recolle à Senna (26 pts). Suivent Hill (12 pts) et Schumacher (10 pts). Chez les constructeurs, Williams-Renault (36 pts) retrouve la première place devant McLaren-Ford (26 pts), Benetton-Ford (12 pts) et Ligier-Renault (10 pts).

Tony