Jean ALESI
 J.ALESI
Ferrari
Damon HILL
 D.HILL
Williams Renault
Michael ANDRETTI
 M.ANDRETTI
McLaren Ford Cosworth

545e Grand Prix

LXIV Gran Premio d'Italia
Ensoleillé
12 septembre 1993 - Monza
53 tours x 5.800 km - 307.400 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Après avoir percuté son coéquipier et fait un looping, Christian Fittipaldi franchit la ligne d'arrivée.

Noces italiennes

Marco Piccinini, président de la CSAI, ne veut plus que de petites écuries italiennes se débattent sans espoir à l'ombre de la grande Scuderia Ferrari. Les déboires de Coloni et d'Osella-Fondmetal ont déjà suffisamment occupé les gazettes... Aussi, sous son impulsion, Minardi et la Scuderia Italia décident d'unir leurs faibles forces pour ne former qu'une seule et même écurie en 1994. Giancarlo Minardi prend le contrôle de la structure, qui portera toujours son nom, tandis que Beppe Lucchini se chargera de la chasse aux sponsors. Minardi conserve également son usine de Faenza et la prochaine voiture sera conçue par ses ingénieurs Gustav Brunner et Aldo Costa. Dans la foulée, Lucchini annonce que la Scuderia Italia fera l'impasse sur les deux dernières courses au Japon et en Australie.

 

Ce mariage à l'italienne marque évidemment la rupture entre la Scuderia Italia et Lola. Eric Broadley, très en colère, affirme que son châssis n'est pas seul responsable des contre-performances de l'écurie de Brescia. Selon lui, Ferrari ne fournissait tout simplement pas de bons moteurs ! Quoiqu'il en soit, il annonce que Lola sera bien présente au départ de la saison 94, sous sa propre bannière. Mais avec quel argent et quel moteur ?...

 

Chaises musicales

Thierry Boutsen parti vers d'autres aventures, Eddie Jordan offre son deuxième baquet au plus offrant. Cette place semblait promise à l'Italien Emmanuele Naspetti, mais le rapace irlandais a réclamé aux sponsors de celui-ci une rallonge financière inacceptable. Du coup, il engage finalement pour ce seul Grand Prix un autre Transalpin, Marco Apicella, 28 ans, qui s'est exilé au Japon après avoir roulé sa bosse sans beaucoup de succès en Formule 3000 européenne. Il apporte bien sûr avec lui une mallette de billets bien remplie. Apicella aura fort à faire pour briller à Monza puisque Jordan ne lui a offert qu'un galop d'essais de quelques tours à Imola.

 

Chez Lotus, Peter Collins « profite » de l'accident d'Alex Zanardi à Spa-Francorchamps pour le remplacer par Pedro Lamy. Officiellement, l'Italien est mis à pied pour se refaire une santé, mais en fait Collins a sauté sur l'occasion pour mettre la main sur le très prometteur pilote portugais. Lamy, 21 ans, réalise en effet des exploits pour sa première saison en F3000 et dispute le titre international contre le Français Olivier Panis, le Britannique David Coulthard et le Brésilien Gil de Ferran. Certains spécialistes, dithyrambiques, le voient comme une des grandes stars de demain. En outre, il est richement doté par le pétrolier portugais Galp. Collins a convaincu Castrol, son premier sponsor, de fermer les yeux sur cette cohabitation...

 

Michael Andretti va probablement disputer à Monza son dernier Grand Prix pour McLaren. Las de ses mauvaises performances, Ron Dennis souhaite le remplacer par l'essayeur Mika Häkkinen. Le jeune Américain ne s'est jamais accoutumé la Formule 1, et du reste n'a pas fait preuve de beaucoup d'enthousiasme pour cette opportunité. Son père Mario l'a poussé à faire le grand saut outre-Atlantique, et Dennis l'a surtout recruté pour avoir le V8 Ford. Le 7 septembre, juste avant son départ pour l'Italie, Andretti II remet à Dennis une lettre de démission pendant que ses avocats prennent contact avec ceux de McLaren. Le processus de rupture est engagé.

 

Valse de moteurs: Lamborghini, Peugeot, Mugen-Honda...

Ron Dennis est toujours en quête d'une nouvelle motorisation pour McLaren. Début septembre, ses préférences semblent se porter sur Chrysler-Lamborghini, bien que l'avenir de l'alliance entre le géant américain et la firme au taureau soit des plus flous. En effet, Chrysler souhaite vendre la marque Lamborghini, mais pas la division Lamborghini Engineering qui construit les moteurs de F1. Aussi, à Monza, Dennis refuse de discuter avec Tim Adams, le président de Lamborghini et son adjoint Daniele Audetto. Il ne veut négocier qu'avec Détroit. Malgré ces contretemps, McLaren construit une voiture destinée à recevoir la dernière version du V12 Lamborghini, moteur que Larousse n'a pas reçu faute d'avoir réglé ses traites. Ayrton Senna et Mika Häkkinen doivent étrenner ce bolide après le GP d'Italie.

 

Peugeot fera son entrée en F1 en 1994. Si cette information n'est pas officielle, la décision a été prise par le président de PSA Jacques Calvet. L'équipe technique du Lion se renforce en ce sens, avec le recrutement de Jean-Claude Fayard, l'ex-expert des carburants spéciaux chez Elf, très lié à Jean-Pierre Boudy, le père du V10 Peugeot. Reste à déterminer qui sera le partenaire de la firme sochalienne qui négocie à la fois avec McLaren et Larrousse. Début septembre, la presse spécialisée (Auto Hebdo en tête) annonce prématurément la naissance d'une alliance Larrousse – Peugeot ! Jean-Pierre Jabouille et Gérard Larrousse, qui se connaissent bien pour avoir jadis porté sur les fonts baptismaux le projet Renault F1, auraient conclu un partenariat stratégique: fourniture gratuite et exclusive du V10 à l'écurie du Castellet avec en ligne de mire son absorption par Peugeot Sport. Pure fantasmagorie. Si Gérard Larrousse et son compère Philippe Alliot rêvent en effet d'un tel accord, il n'en va pas de même de Jacques Calvet et de son bras droit Frédéric Saint-Geours qui ne veulent pas se lier les mains en reprenant de fait une écurie moribonde. Ils préfèrent de loin un solide contrat de fourniture avec un top team établi, c'est-à-dire McLaren. Jabouille est prié de revoir ses plans...

 

Hirotoshi Honda, patron de Mugen, annonce à Monza la signature d'un contrat d'exclusivité avec Lotus à compter de 1994. Ce nouveau partenariat marque le retour officieux de Honda en Formule 1, car le constructeur nippon a « prêté » bon nombre de ses anciens ingénieurs motoristes à Mugen. Lotus obtient ce contrat en grande partie grâce à ses nombreux commanditaires japonais, notamment Hitachi. Le coup est très rude pour Footwork qui paie ainsi ses mauvais résultats. Jackie Oliver doit se chercher un nouveau moteur. Il lorgne vers Ford, et c'est pour cela qu'il a convié Paul Stewart, le fils de Jackie, très lié au constructeur américain, à des essais de roulage à Silverstone. La perte du moteur Mugen-Honda par Footwork pousse vers la sortie Derek Warwick. Âgé de 39 ans, le Britannique estime ne plus avoir de temps à perdre à jouer les troisièmes couteaux: « En F1, si tu n'es pas dans une des trois meilleures équipes, tu n'as aucune chance de victoire. Or moi, je fais ce métier pour gagner ! »

 

Présentation de l'épreuve

Le règlement 1994 n'a toujours pas été dévoilé, en grande partie à cause de Frank Williams qui veut absolument que soit autorisé un nouveau concept de boîte de vitesse semi-automatique, la CVT, ou boîte de vitesses à variation continue, donnant un nombre infini de rapports. Ce projet est développé par Williams depuis 1985 et a été éprouvé en essais privés à Silverstone par les essayeurs Alain Menu et David Coulthard. Or Max Mosley soutient qu'en 94 les boîtes ne devront passer qu'un rapport à la fois, et en contenir sept au maximum. De son côté, Ron Dennis défend l'utilisation d'une « suspension assistée ». Les deux patrons arguent que ces dispositifs ne figuraient pas dans la liste des aides électroniques à bannir, plus ou moins arrêtée en juillet à Reilingen. Ils se disent de nouveau prêts à saisir la justice. Pendant ce temps-là, Mosley confère de la situation à Maranello avec Luca di Montezemolo, Jean Todt, Piero Lardi-Ferrari et Marco Piccinini. Tous quatre l'assurent du soutien de Ferrari aux thèses « légalistes ».

 

C'est avide de revanche que Jean Alesi aborde ce Grand Prix d'Italie. En effet, il fait l'objet d'attaques dans la presse italienne suite à son abandon au GP de Belgique. On l'accuse d'avoir volontairement négligé ses chances, avec la complicité de Jean Todt. En clair, l'Avignonnais est accusé de lâcheté ! Loin de le démotiver, ces assertions stupides le regonflent à bloc. Avec Nicola Larini, il prépare l'étape de Monza à Fiorano, par d'intenses essais privés au volant d'une F93B dotée d'une nouvelle étude aérodynamique signée Jean-Claude Migeot. Gerhard Berger tourne également mais se ménage car il souffre toujours du coude gauche. Après trois jours de tests, la nouvelle voiture n'est pas jugée assez performante pour rouler à Monza. Alesi et Berger rouleront avec la F93A, munie d'une suspension arrière renforcée (suite aux déboires de Spa) et utiliseront pour la première fois en course le V12 à quatre soupapes.

 

Si tout va bien, cette course doit permettre à Alain Prost de remporter son quatrième titre mondial. Pour cela, il doit inscrire trois points de plus qu'Ayrton Senna, sans que dans le même temps Damon Hill ne gagne la course. Une mission assez facile, mais le pilote Williams est nerveux, mal à l'aise. Replié à la villa d'Este, il arrive en retard sur l'autodrome pour les essais du vendredi matin car son hélicoptère n'a pu décoller en raison des conditions atmosphériques. Par ailleurs, il croule sous les pressions publicitaires et médiatiques. Il se retrouve captif d'un sacre anticipé. La chaîne TF1 a ainsi installé un micro dans son cockpit pour qu'il commente sa course dès le tour d'honneur ! Puis, il devra prendre aussitôt les airs pour apparaître au journal de 20h, dans les studios d'Issy-les-Moulineaux. « Je n'aime pas tellement tout ça ! » ronchonne-t-il à l'adresse de son ostéopathe Pierre Baleydier.

 

Ainsi qu'ils l'avaient prévu, Ayrton Senna et Jean Todt se retrouvent à la villa d'Este pour un entretien secret. Le champion brésilien a beau être sur le point de signer avec Williams-Renault, il demeure très attiré par Ferrari et affirme au manager français être prêt à enfiler la combinaison rouge en 1994. Cependant, la Scuderia a déjà sous contrat Jean Alesi et Gerhard Berger, et Todt n'entend pas rompre ces engagements. Question de principe, selon lui. Il conseille à son interlocuteur d'attendre 1995. Or Senna a dans sa valise un contrat de deux ans proposé par Frank Williams... Les deux hommes se séparent en se promettant de demeurer en contact à l'avenir. Tout ceci se déroule en coulisses car selon la presse, Williams alignera de nouveau en 1994 la paire Alain Prost – Damon Hill. Le Français a un contrat avec Didcot et l'Anglais devrait voir son engagement prolongé d'un an grâce à ses excellentes performances.

 

Benetton s'est trouvée un nouveau sponsor-titre après le départ de Camel. Il s'agit de Mild Seven, la marque la plus populaire du groupe Japan Tobacco. Le contrat porte sur deux ans pour un montant de 75 milliards de lires.

 

La Scuderia Italia reçoit pour la première fois le V12 Ferrari à quatre soupapes par cylindre. Sauber présente ici une version améliorée de son V10 Ilmor. Le team suisse annonce aussi l'engagement du Français André de Cortanze au poste de directeur technique. Cheville ouvrière de Peugeot-Talbot Sport, de Cortanze fut notamment le responsable du projet 905. Il supervisera chez Sauber le travail du concepteur Leo Ress, chargé de dessiner la future C13.

 

Essais et qualifications

Les essais sont en partie perturbés par des averses. La piste est ainsi mouillée au début de la séance libre du vendredi ainsi que lors de la première partie de la session qualificative du samedi. Mais à chaque fois elle va en s'asséchant, et tous les pilotes parviennent finalement à rouler sur le sec.

 

Les Williams-Renault font preuve d'instabilité et ne donnent pas entière satisfaction aux pilotes. Cela n'empêche pas Prost d'obtenir sa douzième pole en treize manches, avec trois dixièmes de seconde d'avance sur Hill. Alesi produit un magnifique effort: bien servi par la cavalerie du V12 Ferrari, il se sort littéralement les tripes pour arracher le troisième chrono, à seulement huit dixièmes de la pole ! Cet exploit est salué comme il se doit par des tifosi ravis. Berger (6ème) se met lui aussi en vedette en dépit de douleurs persistantes au coude. Les McLaren-Ford (Senna 4ème, Andretti 9ème) ne connaissent pas d'autres problèmes qu'un manque de puissance. Comme chaque année, les Benetton-Ford (Schumacher 5ème, Patrese 10ème) souffrent ici d'un manque d'adhérence et de stabilité. Herbert réalise un très beau septième temps avec sa Lotus-Ford. Son nouvel équipier Lamy découvre le pilotage d'une F1 et se fourvoie dans ses réglages. Il se qualifie bon dernier, à cinq secondes de la pole.

 

Suzuki rencontre vendredi de graves problèmes de freins avant de placer le lendemain sa Footwork au huitième rang, trois places devant Warwick (11ème). Les Ligier-Renault (Brundle 12ème, Blundell 14ème) ont trop peu de grip et d'appui sur l'arrière. Les Sauber améliorées de Lehto (13ème) et Wendlinger (15ème) auraient pu faire mieux sans quelques pépins techniques. Chez Larrousse, Alliot (16ème) précède Comas (20ème) qui subit des soucis avec son embrayage. Les Tyrrell-Yamaha (Katayama 17ème, de Cesaris 18ème) sont en progrès sensibles. Du côté de Jordan-Hart, Barrichello (19ème) est handicapé par de graves pannes électriques. Le néophyte Apicella n'exécute qu'un seul tête-à-queue et signe un honnête 23ème temps. Les Lola-Ferrari ont beaucoup tourné en essais à Monza, ce qui explique la belle prestation d'Alboreto (21ème). Badoer (25ème) brise une suspension dans une touchette. Enfin, les Minardi (Martini 22ème, Fittipaldi 24ème) souffrent ici de la faiblesse de leur V8 Ford HB client.

 

Double choc pour Gerhard Berger

A la fin de la deuxième séance de qualification se déroule un accident stupide impliquant les deux Ferrari. Gerhard Berger vient d'accomplir son douzième et dernier tour réglementaire, mais ne voit ni le panneau « Zéro » présenté par son équipe, ni le drapeau à damiers. Il part pour un nouveau tour lancé. Lorsqu'il déboule sur la Variante Ascari, il tombe sur Jean Alesi, en train de saluer la foule après sa superbe performance. Le Français aperçoit trop tard son coéquipier et dégage la trajectoire en se rabattant vers la gauche, là même où l'Autrichien a décidé de passer ! Berger braque tout à gauche pour éviter une collision et c'est l'accident: la Ferrari heurte le rail interne à 330 km/h (!), rebondit, traverse la piste, décolle du sol puis s'écrase contre les protections avec une violence inouïe. Les deux chocs ont été effroyables, et le public retient son souffle. Alesi, complètement désemparé, regagne les stands en imaginant le pire. Par bonheur, Berger n'est que sonné. Il est transporté avec d'infinies précautions vers l'infirmerie du circuit, où aucune blessure ne lui est décelée. Il pourra participer au Grand Prix. Mais les commissaires lui adressent une « sévère réprimande » pour son étourderie.

 

Alesi retrouve Berger au moment où celui-ci sort du centre médical. Il lui donne une solide accolade pour s'excuser. Berger lui répond avec le sourire. Ces amabilités ne sont pas le fruit de l'émotion: entre les deux équipiers, la défiance des premiers temps a cédé la place à une vraie amitié.

 

Le Grand Prix

Le soleil est de nouveau au rendez-vous pour ce GP d'Italie. Les tifosi sont un peu plus nombreux que l'an dernier puisque l'on compte 90 000 entrées sur trois jours. Mais on est encore loin des énormes affluences des années 1970 et 1980.

 

Tour de formation: Lehto cale son moteur et devra s'élancer depuis le dernier rang.

 

Départ: Très bon envol de Prost, suivi par Alesi qui prend le dessus sur Hill. Senna est dans le sillage de ce dernier. La chicane entamée, Senna se décale vers la gauche et heurte Hill. La roue arrière-droite de la McLaren décolle sur la roue arrière-gauche de la Williams. Le Brésilien traverse la pelouse tandis que l'Anglais effectue quelques mètres au ralenti avant de se relancer. Plus en amont, juste avant le freinage, Lehto percute Apicella qui harponne son équipier Barrichello. Alliot et Fittipaldi sont aussi impliqués dans l'incident. Puis, à la sortie de la chicane, Suzuki harponne son équipier Warwick. Les deux Footwork s'auto-éliminent ainsi.

 

1er tour: Prost et Alesi se sont enfuis en tête de la course. Ils devancent Schumacher, Berger, Herbert, Brundle, Patrese, Andretti, Hill et Senna. Ces deux derniers ont pu repartir sans dommage. Fittipaldi et Alliot entrent aux stands pour réparer leurs voitures. Suzuki, Warwick, Lehto, Barrichello et Apicella sont éliminés.

 

2e: Les drapeaux jaunes sont agités au niveau du premier freinage. Prost s'échappe alors que Schumacher rattrape Alesi. Hill double Andretti. L'Américain exécute ensuite un tête-à-queue. Il regagne son stand pour changer ses pneus et faire nettoyer ses radiateurs.

 

3e: Prost possède deux secondes d'avance sur Alesi qui subit la pression de Schumacher. Hill prend l'ascendant sur Patrese.

 

4e: Schumacher déborde Alesi par l'extérieur à l'abord de la Variante Ascari. Senna dépasse Patrese.

 

5e: Prost devance Schumacher (2.8s.), Alesi (5.5s.) et Berger (9.6s.). La Williams de Hill a visiblement peu souffert de l'accrochage avec Senna: l'Anglais se défait de ses deux compatriotes Brundle et Herbert. Le voici cinquième.

 

6e: Hill est dans les roues de Berger. Dans la Variante Centrale, l'Autrichien change de trajectoire pour gêner son adversaire, mais celui-ci plonge à l'intérieur de la Parabolica et s'empare ainsi de la quatrième place. Senna est aux trousses de Brundle, qui lui-même attaque Herbert.

 

7e: Prost tourne en 1'26''721''' et maintient Schumacher à distance. Hill se lance maintenant à la poursuite d'Alesi. De Cesaris fait halte aux stands pour faire changer un vérin de suspension. Il repartira trois minutes plus tard.

 

9e: Senna prend l'aspiration de Brundle dans la Curva Grande. Il se rapproche tant que, faute d'appui, son freinage à la Variante della Roggia est inefficace. Il emboutit l'arrière de la Ligier. Senna et Brundle achèvent leur parcours dans le bac à graviers.

 

10e: Avec l'abandon de Senna, Prost n'a plus qu'à inscrire trois points pour devenir champion du monde. Hill est revenu juste derrière Alesi et le dépasse sans mal à la première chicane.

 

11e: Prost mène devant Schumacher (4.5s.), Hill (16s.), Alesi (19s.), Berger (24s.), Herbert (27s.), Patrese (30s.), Wendlinger (41s.), Blundell (42s.) et Katayama (52s.).

 

13e: Prost améliore régulièrement le record du tour. Schumacher lui rend maintenant six secondes.

 

14e: Prost prend un tour à Andretti qui remonte peu à peu dans le peloton. L'Américain est dix-septième.

 

15e: Herbert prend la cinquième place à Berger. Mais il quitte ensuite la route à la sortie de la parabolique et s'écrase contre le mur de pneus. Johnny se tire sans peine de son habitacle. Berger entre aux stands pour se plaindre de vibrations sur son train arrière. Il repart avec des pneus neufs.

 

16e: Les commissaires évacuent la Lotus accidentée d'Herbert. Prost devance Schumacher de sept secondes, Hill de seize secondes. Le Français est cependant gêné par Katayama et Martini, en bagarre pour la huitième place.

 

17e: Wendlinger opère un changement de gommes. Berger rejoint son garage et renonce sur le conseil de ses ingénieurs. Bien lui en prend car ses mécaniciens découvrent un capteur cassé sur la suspension active arrière.

 

18e: Prost est en tête devant Schumacher (8.3s.), Hill (15.1s.), Alesi (30.7s.), Patrese (47.7s.), Blundell (1m. 08s.), Wendlinger (1m. 25s.), Katayama (-1t.), Martini (-1t.), Alboreto (-1t.), Comas (-1t.) et Lamy (-1t.). Arrêt pneus pour Alliot.

 

19e: Blundell change de pneus et parvient à repartir devant Wendlinger. Après une grosse bagarre, Martini double Katayama à la Variante Ascari.

 

20e: Andretti grimpe dans la hiérarchie: il s'est défait de Fittipaldi, Badoer et Lamy, et pointe au douzième rang.

 

21e: Grâce au trafic, Schumacher a repris trois secondes à Prost. Blundell subit un brusque sous-virage en quittant la Parabolica. Il sort et lèche le rail avec sa roue arrière-gauche. Le jeune Anglais parcourt encore quelques centaines de mètres avant de s'immobiliser avec une suspension touchée à mort.

 

22e: Le moteur de Schumacher explose dans la Curva Grande. L'Allemand se gare dans la pelouse. Au même instant, Alesi pénètre aux stands pour changer de pneus et repart troisième grâce à l'abandon de Schumacher. Andretti prend aussi des gommes neuves.

 

23e: Les commissaires agitent le drapeau rayé rouge et jaune car Schumacher a répandu beaucoup d'huile sur le bitume. Prost devance Hill (18.8s.), Alesi (55s.), Patrese (57s.), Wendlinger (-1t.), Martini (-1t.), Katayama (-1t.), Alboreto (-1t.), Comas (-1t.) et Lamy (-1t.).

 

25e: Changement de pneus pour Patrese (6s.). Alboreto abandonne suite à un bris de suspension arrière. Il occupait le huitième rang.

 

26e: Prost effectue son changement de pneus (8.7s.) et ressort en tête juste devant son équipier. Andretti trace sa route dans le peloton. Il double Fittipaldi puis Badoer.

 

27e: Hill chausse des Goodyear neufs (8.5s.). Katayama subit une chute de pression sur son pneu arrière-droit. Il observe un long arrêt pour remplacer ses roues.

 

28e: Andretti prend la huitième place à Lamy. Bataille de jeunots: Badoer défend sa dixième place contre les assauts de Fittipaldi.

 

29e: Andretti poursuit son rush et passe devant Comas. Ce dernier lutte avec de fortes vibrations après avoir ramassé des débris.

 

30e: Prost mène devant Hill (17.2s.), Alesi (36s.), Patrese (1m. 08s.), Wendlinger (-1t.), Martini (-1t.), Andretti (-1t.), Comas (-1t.), Lamy (-1t.), Badoer (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Katayama (-2t.), Alliot (-2t.) et de Cesaris (-4t.).

 

32e: L'intervalle est stable entre Prost et Hill. Badoer résiste toujours avec brio à la pression de Fittipaldi.

 

34e: Prost assure et laisse Hill se rapprocher quelque peu. Quinze secondes séparent les deux équipiers. Andretti dépasse Martini et entre dans la zone des points.

 

35e: Prost précède Hill (15.6s.), Alesi (37.8s.), Patrese (1m. 18s.), Wendlinger (-1t.), Andretti (-1t.), Martini (-1t.), Comas (-1t.), Lamy (-1t.), Badoer (-1t.) et Fittipaldi (-1t.).

 

37e: Hill enchaîne les meilleurs tours et remonte peu à peu sur Prost. Badoer contient encore Fittipaldi, en grande partie grâce à la puissance de son V12 Ferrari.

 

38e: Prost n'a plus que treize secondes de marge sur son compagnon d'écurie. Il prend un tour à Patrese. Hill boucle son tour en 1'24''394'''.

 

39e: Prost repasse à l'attaque et conclut son meilleur tour du jour (1'24''407'''). Mais Hill se montre toujours plus rapide.

 

40e: Prost est premier devant Hill (9.1s.), Alesi (42.1s.), Patrese (-1t.), Wendlinger (-1t.), Andretti (-1t.), Martini (-1t.), Comas (-1t.), Lamy (-1t.), Badoer (-1t.) et Fittipaldi (-1t.). Katayama est chez Tyrrell: comme son équipier, il rencontre des soucis avec sa suspension active. Il s'arrêtera encore une fois au tour suivant.

 

42e: Patrese entre dans les stands pour effectuer un deuxième changement de pneus (5.4s.). Il reste quatrième. Wendlinger laisse passer Alesi après l'avoir bouchonné pendant deux tours.

 

43e: Patrese rencontre un souci de suspension active: son train avant s'affaisse. Il poursuit néanmoins sa route mais laisse passer Wendlinger et Andretti.

 

44e: Hill est gêné par Badoer et Fittipaldi. Il les déborde tous deux par l'extérieur dans le Rettifilo Centrale, non sans quelque appréhension car Badoer louvoie pour conserver sa position.

 

45e: Hill n'est plus qu'à trois secondes de Prost et signe le meilleur tour de la course (1'23''575'''). Andretti double Wendlinger à la Parabolica. Voici l'Américain quatrième.

 

46e: Prost ne compte plus qu'une seconde d'avance sur Hill. Fittipaldi vient enfin à bout de Badoer.

 

47e: Prost devance Hill (0.9s.), Alesi (47s.), Andretti (-1t.), Wendlinger (-1t.) et Patrese (-1t.). Comas prend la septième place à Martini à Lesmo.

 

48e: Prost a repris un peu de champ sur son équipier. Il doit conserver sa première place, car une victoire de Hill retarderait son sacre. Hasard ou non, la télémétrie indique au stand Williams que les températures du moteur de Hill sont excessives. L'Anglais est prévenu par un panneau « Slow ».

 

49e: Coup de théâtre: le moteur de Prost explose dans la Curva Grande ! Le Français laisse le commandement à Hill. Il devra attendre Estoril pour être sacré champion du monde.

 

50e: La victoire est désormais acquise à Hill. Prost stoppe au niveau du Rettifilo Centrale. La foule exulte car Alesi est désormais deuxième avec la Ferrari.

 

51e: Hill devance Alesi (1m. 20s.), Andretti (-1t.), Wendlinger (-1t.), Patrese (-1t.) et Comas (-2t.). Martini et Fittipaldi luttent pour la septième place.

 

52e: Patrese achève l'épreuve au ralenti car sa suspension active est complément déréglée. Lamy ne verra pas l'arrivée à cause d'une panne de moteur. De Cesaris met lui aussi pied à terre suite à une chute de pression d'huile.

 

53ème et dernier tour: Damon Hill remporte son troisième Grand Prix consécutif. Alesi termine second sous les vivats des tifosi. Andretti obtient la troisième place et son premier podium. Wendlinger est un brillant quatrième. Patrese finit cinquième avec peine. Comas obtient le dernier point, son premier de la saison.

 

Jusqu'aux dernières mètres, Fittipaldi convoite la septième place de Martini. A la sortie de la Parabolica, à quelques mètres du drapeau à damiers, il se place dans l'aspiration de l'Italien. Il tente de le déborder mais Martini lève le pied au passage de la ligne. Surpris, le Brésilien heurte l'arrière de son équipier et s'envole. Lancée à 250 km/h, la Minardi effectue un véritable looping avant de retomber sur ses roues, suspensions et train avant démolis. Elle franchit dans cet état la ligne d'arrivée tandis que Martini continue comme si de rien n'était. Le drapeau jaune est déployé sur tout le secteur. Fittipaldi arrête sa voiture en pleine piste et en sort heureusement indemne. Il a eu beaucoup de chance... Alliot, Badoer et Katayama sont les autres pilotes à franchir la ligne d'arrivée.

 

Après la course

Jean Alesi effectue son tour d'honneur en brandissant un drapeau rouge flanqué du cheval cabré. L'Avignonnais salue une foule enfiévrée. Cette seconde place est le meilleur résultat d'une Ferrari depuis deux ans ! Alesi est la vedette du podium auquel il assiste drapé dans son étendard. Les cris de la foule couvrent le God save the Queen exécuté en l'honneur de Hill et de Williams. « Je savais dès le départ que les Williams seraient intouchables, aussi j'ai cherché à économiser la mécanique, les freins et les pneus », explique-t-il. « J'ai tenu mon rythme, laissant passer Schumacher. Puis, sur la fin, j'ai attaqué davantage. Ce résultat n'est pas un hasard. Attendez-vous à nous revoir sur le podium à Estoril ! » La renaissance de la Scuderia serait-elle en marche ? Jean Todt y croit. Quant à Alesi, il est ballotté comme un fétu de paille entre journalistes et supporteurs enthousiastes. « C'est plus dur que de courir ! » sourit-il. Quelques heures plus tard, les deux Jean, Alesi et Todt, rejoignent Maranello à bord d'une Fiat Uno. Les critiques de la semaine précédente sont oubliées: des centaines de tifosi les accueillent par des cris de joie !

 

Le vainqueur du jour Damon Hill (oui, c'est lui !) accueille son trophée avec placidité. Toujours un peu méfiant, il se demande si le conseil de ménager son moteur, donné par Williams alors qu'il recollait à Prost, n'était pas en fait une consigne déguisée... Néanmoins il se dit encore plus heureux qu'après son succès de Spa: « Une victoire à Monza est toujours quelque chose de spécial. Je sais que les tifosi sont tous venus voir Ferrari, mais il est bon de se retrouver au cœur de l'événement. Et gagner trois courses de suite... Un rêve ! » Il espère dorénavant que l'annonce de la reconduction de son contrat ne tardera pas trop.

 

Le circuit de Monza sourit décidément aux Andretti: Mike monte sur son premier podium, sans doute bien trop tardif pour sauver sa place chez McLaren, mais il préfère savourer le temps présent: « Troisième à Monza, c'est quelque chose d'extraordinaire, même si la chance n'a pas été absente. Qui sait si ce résultat ne modifiera pas le cours de mon avenir ? » Pure langue de bois: Andretti signe quelques jours plus tard un contrat avec Chip Ganassi pour disputer la saison 1994 d'IndyCar.

 

La panne de moteur dont a souffert Alain Prost laisse pantois Bernard Dudot et Denis Chevrier. La télémétrie n'annonçait en rien un tel dénouement. Prost joue de malchance: l'abandon de Senna lui offrait le titre mondial sur un plateau. « Que dire ? Que je suis très déçu de la manière dont les choses se sont terminées ? La course est ainsi faite », déclare-t-il, philosophe. « Aucun gros pépin mécanique de la saison, et le moteur qui cède lors d'une course bien construite, d'un week-end super. C'est malheureux mais il faut accepter. Le retour de Damon ? C'était normal. A quoi bon vingt secondes d'avance quand trois ou quatre suffisent ? Les derniers tours auraient été une promenade de santé. Bon, je voulais en finir ici, me voici contraint d'attendre quinze jours supplémentaires... Je voulais justement éviter d'aller de course en course avec ce titre en jeu ! Psychologiquement, c'est dur... » Il devra en effet attendre le GP du Portugal pour être sacré. Son poursuivant immédiat n'est plus Senna, mais Hill, deuxième du championnat avec vingt-trois points de retard.

 

Enfin, Giancarlo Minardi passe un savon à ses deux pilotes Christian Fittipaldi et Pierluigi Martini, suite à leur terrible collision. La maladresse de l'un et l'étourderie de l'autre ont failli créer un véritable désastre. Sur tout autre circuit que Monza, où la piste est très large, la voiture de Fittipaldi aurait atterri derrière la murette des stands... Le jeune Pauliste en est quitte pour de la peur... et une renommée immédiate, car les images de son invraisemblable figure paraissent le soir même sur tous les écrans du monde.

Tony