Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Ford Cosworth
Alain PROST
 A.PROST
Williams Renault
Mark BLUNDELL
 M.BLUNDELL
Ligier Renault

533e Grand Prix

XXI Grand Prix of South Africa
Variable
14 mars 1993 - Kyalami
72 tours x 4.261 km - 306.792 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Dès la première course, Ayrton Senna et Alain Prost luttent pour la victoire.

Présentation de la saison

 

Williams et Prost contre la FISA

 

Le feuilleton Senna

 

Fonds tabac: le dernier cadeau de Pierre Bérégovoy

La loi Évin interdisant toute forme de publicité au bénéfice des cigarettiers à compter du 1er janvier 1993 met en péril le sport automobile français. La manne distribuée depuis de nombreuses années par les marchands de tabac aux écuries, pilotes, circuits, filières etc. disparaît. Le GP de France 93 lui-même est annulé par la FISA, car le tribunal de Quimper, saisi par le Comité national de lutte contre le tabac, menace l'écurie Williams, financée par Camel, d'une amende de 30 millions de francs si elle débarque à Magny-Cours en juillet prochain. Durant l'hiver 92-93, le président de la FFSA Jean-Marie Balestre remue ciel et terre pour obtenir un assouplissement législatif. Il fait le siège du Premier ministre Pierre Bérégovoy, maire de Nevers, mais aussi de ses amis de l'opposition RPR - UDF.

 

Finalement, la situation se débloque début mars 93, quelques jours avant les élections législatives. Le tribunal de Quimper abandonne ses poursuites contre Williams-Renault qui pourra venir à Magny-Cours en toute sérénité. Max Mosley réintègre alors le GP de France au calendrier, à la date initiale, le 5 juillet. Par ailleurs, sur l'instigation de Matignon, l'Assemblée nationale vote la mise en place d'un fonds gouvernemental de 450 millions de francs alloué aux sports mécaniques, destiné à compenser la fin de la publicité pour le tabac. Sur cette somme, 350 millions vont aux sports autos, 80 millions à la moto, 5 millions au motonautisme. Ce fonds renfloue ainsi l'écurie Larrousse, jusqu'alors ignorée des pouvoirs publics, et parraine certains pilotes comme Jean-Marc Gounon.

 

Peugeot en F1: le grand doute

Depuis sa victoire au Mans en juin 1992, Peugeot prépare son entrée en Formule 1 à l'horizon 1994. La marque au lion souhaite construire une voiture complète, châssis et moteur, une véritable « Peugeot F1 ». C'est pourquoi Jean Todt, directeur de Peugeot-Talbot Sport, refuse fermement au cours de l'hiver de céder le V10 de la 905 à Ron Dennis. A cette date, la « doctrine » Peugeot ne souffre aucun compromis. Pour monter ce programme, évalué à 200 millions de francs, Todt recherche des partenaires financiers, mais se heurte à plusieurs écueils. Ses principaux interlocuteurs (Marlboro, Elf...) sont bien sûr intéressés par l'entrée d'un nouveau grand constructeur en F1, mais ils s'interrogent sur l'opportunité d'un tel investissement en pleine période de récession. Pire: ces réserves sont partagées par le P-DG de PSA, Jacques Calvet. Ce dernier n'est pas franchement emballé à l'idée de s'implanter en F1 et, pour tout dire, préférerait que sa firme poursuive ses engagements en Endurance et en Rallye-Raid.

 

Début février, Todt se montre rassurant et annonce que le projet F1 est financé à 80 %. Mais dans le même temps, Frédéric Saint-Geours, directeur-général adjoint de PSA, déclare en marge du Salon d'Amsterdam: « Si tout n'est pas finalisé fin mars, il sera trop tard pour envisager le premier Grand Prix de 1994. » Qui croire ? Les observateurs les plus perspicaces notent que Peugeot n'a toujours pas dévoilé la moindre maquette d'un châssis F1. En fait, dans la coulisse, Todt est déchiré: d'une part, il aimerait mener à bien cette ambition, aboutissement de dix années de succès à la tête du département compétition de Peugeot, mais de l'autre, il écoute avec attention les offres de Luca di Montezemolo qui lui propose ni plus ni moins que de prendre la tête de la Scuderia Ferrari...

 

Débats autour du règlement 94

La récente réunion de la Commission F1 a produit des propositions de refonte de la réglementation pour 1994. La plupart de ces idées ont été avancées par Flavio Briatore qui s'est allié à Bernie Ecclestone pour bannir les aides électroniques aux pilotages, c'est-à-dire pour mettre à bas l'hégémonie des Williams-Renault et redonner de l'attractivité à la compétition. Et en effet, les instances dirigeantes promeuvent l'interdiction de l'anti-patinage et des freins antiblocage, en attendant de frapper les suspensions actives et peut-être même les boîtes de vitesses semi-automatiques. La coûteuse télémétrie en temps réel pourrait être également mise à l'index.

 

Enfin, et c'est la mesure la plus draconienne, la FISA et la FOCA préconisent de limiter à douze le nombre de changements de moteur au cours d'une saison. Voilà qui signerait l'arrêt de mort des « blocs de qualifications » et donnerait une prime inestimable à la fiabilité. Pour l'heure, Frank Williams et Ron Dennis sont résolus à faire capoter ces réformes, mais ils sont isolés par une puissante coalition comprenant Max Mosley, Bernie Ecclestone, Flavio Briatore et Luca di Montezemolo, patron de Ferrari.

 

Présentation de l'épreuve

Le GP d'Afrique du Sud a bien failli être annulé car le groupe industriel Tollgate, dont la filiale MRE possédait le circuit de Kyalami, a fait faillite. Dave McGregor, l'ancien président de MRE, a finalement trouvé un associé, Mervin Key, pour racheter la piste pour 6,6 millions de rands, avec en sus un petit pécule fourni par le gouvernement. Toutefois, rien ne dit qu'il y aura une nouvelle édition en 1994, car McGregor va devoir revendre et son associé Key est poursuivi par la justice pour détournement de fonds publics.

 

La situation du team March semble désespérée. Ken Marrable n'est finalement pas parvenu à le vendre au groupe suisse Lysius, qui s'était porté acquéreur, et cherche un nouvel investisseur. Le personnel est présent à Kyalami, mais sans matériel car en outre Marrable n'a pas réglé à Mario Illien le passif des moteurs Ilmor de 1992. Le motoriste se montre intransigeant et fait bloquer ses containers par des huissiers. Henny Vollenberg, copropriétaire du team, paie à la FISA l'amende encourue par toute écurie ne se présentant pas au départ, évitant ainsi une possible exclusion du championnat. Les pilotes Jan Lammers et Jean-Marc Gounon demeurent donc à pied, en espérant pouvoir rouler à São Paulo. Mais Gordon Coppuck, l'ingénieur en chef, affiche devant Jabby Crombac son pessimisme.

 

A peine mises en place, certaines nouvelles règles sont déjà remises en cause par Bernie Ecclestone lui-même. Il réunit les constructeurs le samedi et les persuade de procéder à une nouvelle modification des horaires: à compter du Brésil, les essais libres auront lieu entre 9h30 et 11h les matins, tandis que les qualifications se disputeront sur une heure les après-midis, de 13h à 14h. Les pilotes pourront couvrir 23 tours en séance libre, 12 tours en séance chronométrée. Par ailleurs, Ecclestone fait encore une fois la preuve de son franc-parler en lâchant cette phrase invraisemblable devant les journalistes: « Je suis nostalgique. Il y a 20 ans, nous faisions une réunion avec tous les pilotes en début de saison. A la fin du championnat, il en manquait deux ou trois. Il ne se tuent plus maintenant. Il y a moins de renouvellement. » A noter aussi que Peter Warr n'est plus le chef des commissaires sportifs. Il cède sa place à un duo composé de son prédécesseur John Corsmit et du Polonais J. Bartos, spécialise des rallyes.

 

Le come-back d'Alain Prost est évidemment l'événement du week-end. Beaucoup s'interrogent sur son état de forme physique après son année sabbatique. Mais le triple champion du monde n'a pas ménagé son effort cet hiver en accumulant les essais privés. Au point de se faire une grosse frayeur, en février, à Estoril, dans un accident survenu à 250 km/h. « Je n'étais encore jamais sorti aussi fort », se souvient-il, un peu troublé. En fait, il s'inquiète surtout du Conseil mondial de la FISA du 18 mars qui doit trancher sur son avenir. Bernie Ecclestone, toujours très remonté contre lui, réclame trois à quatre courses de suspension. Max Mosley, plus nuancé, semble opiner pour une sanction symbolique. Bref, les deux acolytes soufflent le chaud et le froid pour déstabiliser Prost, une « tête dure » qu'ils n'apprécient guère. Ayrton Senna est lui aussi très entouré. Le Pauliste annonce qu'il n'a signé avec Ron Dennis que pour cette seule course et que les discussions autour d'un engagement pour la saison entière se poursuivent. Selon les dernières rumeurs, Senna réclamerait un salaire de 15 millions de dollars alors que Dennis ne voudrait pas offrir plus de 10 millions...

 

Toute bonne saison ne démarre pas sans polémique. Benetton et Lotus sont ainsi accusées par plusieurs écuries d'avoir mené des essais privés secrets à Kyalami. Flavio Briatore et Peter Collins nient formellement et affirment avoir fait rouler leurs autos sur une piste de... dragsters, située à quelques kilomètres du circuit de F1. En outre, comme il fallait s'y attendre, Ayrton Senna ne manque pas de pester contre son V8 Ford-Cosworth moins puissant que celui fourni à Benetton. « Moi, j'ai choisi de signer avec Elf pour contrecarrer l'apport de TAG Electronics au Ford des McLaren ! » réplique Briatore, piqué. Ron Dennis révèle qu'il a demandé à Cosworth des modifications exclusives destinées aux moteurs de Senna et d'Andretti. Les deux ingénieurs de TAG, Osamu Goto et Udo Zucker, expliquent la situation: « Notre programme de développement n'a commencé que le 18 décembre 92, jour de la signature avec Ford. Notre moteur est inférieur à celui des Benetton, à distribution pneumatique. Quant à notre suspension active, elle n'est qu'à 50% de son rendement. »

 

Prost n'est pas le seul revenant français. Philippe Alliot retrouve lui aussi la Formule 1 après deux ans d'absence. « Je me sens comme un gosse ! » s'exclame le Vovéen tout sourire. Jean Alesi se fait lui remarquer par son nouveau look, cheveux ras. « Au moins pendant ce temps-là, on ne me demande rien sur la Ferrari ! » s'esclaffe-t-il. Jeudi, dans le paddock, Rubens Barrichello, néophyte de 20 ans, s'approche de Riccardo Patrese, 39 ans et 240 Grands Prix au compteur. « Quand tu as débuté en F1, à Monaco en 1977, j'avais cinq ans ! » confie le Brésilien à l'Italien. Patrese lève un sourcil. Il ne s'imaginait pas déjà si vieux...

 

Vendredi soir, Charlie Whiting, le délégué technique de la FISA, convoque les représentants des pétroliers pour procéder à une relecture approfondie de la réglementation des carburants. Comme l'an passé, Elf (qui fournit Williams, Benetton, Ligier, Larrousse et Sauber) se retrouve dans le collimateur des autorités, en compagnie d'Agip (Ferrari, Minardi, Scuderia Italia) et de Sasol (Jordan). BP (Footwork, Tyrrell, Lotus) et Shell (McLaren), alliés à la FISA, n'ont bien sûr à craindre. « Ça promet pour la suite... » ironise Jean-Claude Fayard, le représentent d'Elf, à la sortie du bureau de Whiting.

 

Lee Gaug parti à la retraite, le nouveau représentant de Goodyear pour la F1 est l'ingénieur Cal Lint, précédemment chargé du programme Indy. Le manufacturier américain apporte ici des pneus A et B, d'une composition plus dure que celle utilisée l'an passé.

 

Essais et qualifications

La nouvelle étroitesse des pneus génère beaucoup de sorties de piste. Désormais, lorsqu'une voiture décroche, il est beaucoup plus délicat de la rattraper. En outre, les légères restrictions aérodynamiques ralentissent quelque peu les voitures par rapport à 1992. Les Williams-Renault ne sont pas aussi dominatrices que l'an passé. Prost réalise aisément le meilleur chrono de la séance qualificative du vendredi, mais le lendemain il doit produire un sérieux effort pour devancer Senna et conquérir sa 21ème pole position (1'15''696'''), sa première depuis 1989 ! Hill (4ème) concède près de deux secondes à son équipier, mais à sa décharge rencontre beaucoup de trafic. Senna (2ème) donne du fil à retordre à Prost. Il échoue à 88 millièmes de la pole, et aurait peut-être pu encore améliorer sans un souci d'embrayage. Andretti (9ème) commet quelques erreurs de jeunesse et rencontre une panne de boîte. Schumacher (3ème) n'est pas très satisfait de sa Benetton-Ford puisqu'il rend une seconde et demie à Prost. Patrese (7ème) se concentre sur ses réglages. Alesi (5ème) se met en vedette au volant de la nouvelle Ferrari. Berger (15ème) est beaucoup moins heureux, trahi à deux reprises par un nouveau modèle de suspension active qu'il s'est chargé de tester.

 

La nouvelle Sauber est bien née: Lehto (6ème) côtoie les meilleurs et Wendlinger (10ème) aurait pu faire aussi bien sans une sortie. La Ligier-Renault manque de motricité à vide mais est efficace avec le plein d'essence. Blundell (8ème) en tire un meilleur parti que Brundle (12ème), immobilisé samedi par une défaillance électronique. Alliot (11ème) met en valeur le potentiel de la Larrousse-Lamborghini. Son équipier Comas (19ème) a plus de mal à la garder sur la route. Excellente performance de Fittipaldi, 13ème avec la rétive Minardi-Ford-Cosworth. Barbazza (24ème) exécute quelques figures. Le débutant Barrichello (14ème) fait preuve de maestria au volant de la Jordan-Hart. Capelli (18ème), aux prises avec un terrible survirage, est totalement éclipsé. Les Lotus (Zanardi 16ème, Herbert 17ème) souffrent de sous-virage et, pis encore, leurs moteurs Ford sont régulièrement pris de hoquet... Les vieilles Footwork-Mugen (Suzuki 20ème, Warwick 22ème) sont tout simplement dépassées. Les Tyrrell (Katayama 21ème, de Cesaris 23ème) manquent d'adhérence et font surchauffer leurs moteurs Yamaha. Enfin, les Lola-Ferrari coulent à pic: Alboreto (25ème) concède six secondes à Prost, Badoer neuf secondes ! La faute à une absence totale de grip et à de graves problèmes de sélecteur de vitesses...

 

Le Grand Prix

Prost domine aisément le warm-up du dimanche matin, sous un soleil de plomb. On ne lui rapporte pas un propos aigre de Senna: « Avec Mansell, la Williams aurait réussi 1'14'' aux essais... » En fin de matinée, Hill doit remplacer son moteur qui subit des ratés.

 

L'après-midi, la course se déroule par une forte chaleur, sous un ciel couvert et menaçant. Un orage se développe sur les hauteurs de Kyalami. Les pilotes ont prévu d'adopter un rythme modéré pour ne pas trop user la gomme et ne s'arrêter qu'une seule fois aux stands. Sur la grille, Prost ne cache une certaine appréhension. Il prend en effet son premier départ en F1 depuis dix-huit mois. Il s'entretient sans cesse avec David Brown et Denis Chevrier, ses ingénieurs châssis et moteur. Il a tout de même le temps d'apercevoir une sympathique banderole accrochée par des fans sud-africains: « The Prostfessor is back ! » Enfin, pendant ce temps-là, le jeune Michael Andretti se prépare anxieusement à son premier départ arrêté, lui l'habitué des envols lancés à l'américaine.

 

Départ: À cause d'un souci d'embrayage, Prost prend un mauvais envol, ce qui permet à Senna de s'emparer de la première place. Hill est deuxième devant Prost, Schumacher et Wendlinger qui a volé le départ. Andretti (moteur calé), Comas (embrayage) et de Cesaris (transmission) restent bloqués sur la grille. Les deux premiers peuvent partir, poussés par les commissaires, mais le vétéran italien doit déjà abandonner.

 

1er tour: Hill dérape dans le virage n°3 et exécute un 360°. Il redémarre mais perd de nombreuses places. Prost freine fort pour éviter son équipier et Schumacher en profite pour le doubler. En fin de tour, Senna mène devant Schumacher, Prost, Lehto, Wendlinger, Alesi, Blundell, Brundle, Patrese, Berger et Alliot. Hill est douzième.

 

2e: Senna compte deux secondes d'avance sur Schumacher, trois secondes sur Prost. Katayama renonce suite à un problème de sélecteur de vitesses. Les deux Tyrrell sont déjà hors course.

 

3e: Prost réduit son retard sur Schumacher. Capelli sort de la route dans l'avant-dernier-virage et pulvérise sa Jordan contre la barrière de vieux pneus. Le choc est rude, la monoplace détruite, mais l'Italien s'en sort indemne.

 

5e: Quelques gouttes de pluie tombent sur le circuit. Senna mène devant Schumacher (2s.), Prost (5.1s.), Lehto (11.9s.), Wendlinger (13.5s.), Alesi (17.4s.), Blundell (18s.) et Brundle (19s.).

 

6e: Le repose pied de Fittipaldi se loge sous sa pédale de frein. Le Brésilien effectue un tête-à-queue. Il repart, mais sème la confusion puisqu'Andretti, surpris par un freinage intempestif de Warwick, heurte la Footwork et perd sa roue avant-gauche. Il regagne les stands sur trois roues et achève ainsi sa première prestation en F1. Lehto fait halte chez Sauber pour résoudre un problème électronique sur sa boîte.

 

7e: Senna ne compte plus qu'une seconde d'avance sur Schumacher. Prost est le pilote le plus rapide et revient à trois secondes du Brésilien. De son côté, Hill ne remonte pas car il est bloqué par Alliot, lui-même ralenti par Berger. Lehto reprend la piste bon dernier. Warwick stoppe aux stands pour remplacer un pneu crevé, conséquence de son accrochage avec Andretti.

 

8e: Senna a beaucoup de mal à garder sa voiture en piste. Un bogue électronique dérègle sa suspension active.

 

9e: Regroupement en tête de la course: Senna, Schumacher et Prost se tiennent en à peine plus d'une seconde.

 

10e: Senna devance Schumacher (0.7s.), Prost (1.5s.), Wendlinger (20s.), Alesi (24.8s.), Blundell (26s.), Brundle (27.5s.), Patrese (28.3s.), Berger (34s.), Alliot (34.7s.), Hill (35.2s.), Zanardi (36s.), Barrichello (37s.) et Herbert (38s.).

 

11e: Prost attaque Schumacher au premier virage, sans succès. Le Français laisse ensuite filer l'Allemand qui met une fort pression sur Senna. Wendlinger reçoit une pénalité de dix secondes pour avoir anticipé le départ. Badoer entre aux stands pour faire examiner sa boîte.

 

13e: Prost est revenu juste derrière Schumacher. Il le déborde par l'extérieur sur la ligne de chronométrage et s'impose dans la première courbe. Le Forézien recolle ensuite facilement à Senna. Wendlinger effectue sa pénalité et chute au huitième rang.

 

14e: Prost est désormais dans les roues de Senna. Schumacher demeure en embuscade derrière la Williams. Bien plus loin, Alesi est aux prises avec les Ligier de Blundell et Brundle.

 

15e: Senna résiste à Prost, profitant de l'absence de longue ligne droite pour garder l'avantage.

 

16e: Senna, Prost et Schumacher se tiennent dans la même seconde. Le groupe Alesi est relégué à vingt-huit secondes.

 

17e: Prost harcèle Senna qui tient bon. Schumacher est juste derrière le Français, prêt à profiter de la moindre erreur. Zanardi tente de doubler Hill à l'épingle de Wesbank, mais loupe complètement son freinage. Il bloque ses roues et harponne la Williams. Les deux voitures échouent dans les graviers et c'est un double abandon.

 

19e: Prost assaille Senna sur la ligne de chronométrage: il pique à gauche, puis à droite, mais le Pauliste lui ferme autoritairement la porte. Second arrêt de Badoer qui fait réparer sa commande de boîte.

 

20e: Senna devance Prost (0.2s.), Schumacher (0.9s.), Alesi (28.5s.), Blundell (29.4s.), Brundle (30.7s.), Patrese (33s.), Wendlinger (40.2s.), Berger (51.2s.) et Barrichello (53.7s.). Alliot change ses pneus.

 

21e: Prost trépigne derrière Senna qui a de plus en plus de mal à tenir sa McLaren en sortie de courbe. Schumacher file le train des deux champions.

 

22e: Aux abords du premier virage, Prost plonge à l'extérieur et devance Senna. Mais le virage suivant est à gauche. Senna conserve sa ligne à l'intérieur et reprend l'avantage. Schumacher se montre ensuite dans les rétroviseurs de Prost. Comas remplace ses gommes.

 

23e: Au virage n°11, Suzuki percute Barbazza et l'envoie en tête-à-queue. L'Italien abandonne sur place tandis que le Japonais n'ira guère plus loin. Badoer renonce également avec un sélecteur de vitesses définitivement hors d'usage. Arrêt pneus pour Herbert.

 

24e: Prost déborde de nouveau Senna par l'extérieur sur la ligne de chronométrage. Mais cette fois, il se rabat aussitôt devant son rival et conserve ainsi l'avantage lors de l'enchaînement suivant. Les pneus de Senna sont à l'agonie. Schumacher le double aisément quelques mètres plus loin. Mais tous deux regagnent les stands en fin de parcours.

 

25e: Senna et Schumacher remplacent leurs pneus. L'arrêt du Brésilien est plus rapide que celui de l'Allemand. Senna récupère ainsi la deuxième place. Brundle regagne aussi les stands après un tête-à-queue. Il fait changer ses pneus et sa calandre, et chute au quinzième rang.

 

26e: Prost entre aux stands pour changer de gommes. L'arrêt dure huit secondes et le pilote français repart largement en tête. Berger s'empare d'enveloppes neuves et se retrouve douzième. Second arrêt pour Lehto.

 

27e: Prost garde les commandes de l'épreuve avec deux secondes d'avance sur Senna, très menacé par Schumacher.

 

28e: Prost commence à s'échapper en tête de la course et tourne en 1'20''054'''. Plus loin, Alesi est en bagarre avec Patrese tandis que Blundell et Berger s'arrêtent aux stands pour mettre de nouveaux trains de pneus. Alliot part en tête-à-queue et cale son moteur. Sa Larrousse est tractée hors circuit par une camionnette.

 

29e: Prost mène devant Senna (4.6s.), Schumacher (5.4s.), Alesi (21.6s.), Patrese (22.9s.) et Blundell (42.5s.). Vient ensuite un quatuor composé de Wendlinger, Barrichello, Fittipaldi et Herbert.

 

30e: Alesi observe son changement de pneus et reprend la piste en cinquième position. Patrese se retrouve quatrième.

 

31e: Schumacher ne cesse de menacer Senna. La tenue de route de la McLaren ne s'est pas améliorée malgré ses gommes neuves. Alesi entre dans les stands à faible allure et renonce. Le support de la pompe hydraulique qui actionne la suspension active a lâché.

 

32e: Schumacher attaque Senna au virage de Wesbank, sans succès. Barrichello abandonne à cause d'une boîte de vitesses bloquée.

 

34e: Prost compte maintenant quinze secondes d'avance sur le duo Senna - Schumacher. Wendlinger s'arrête sur le bas-côté suite à une coupure électrique sur son moteur.

 

36e: De gros nuages noirs s'amoncellent dans le ciel. Prost est premier devant Senna (15.7s.), Schumacher (16.1s.), Patrese (37.4s.), Blundell (53.3s.), Fittipaldi (1m. 16s.), Herbert (1m. 20s.), Berger (-1t.), Brundle (-1t.), Alboreto (-1t.), Warwick (-1t.), Comas (-2t.) et Lehto (-2t.).

 

38e: Prost compte dix-sept secondes d'avance sur Senna et Schumacher, toujours en bagarre pour la seconde place.

 

39e: Herbert renonce après la rupture de sa courroie de servitude.

 

40e: A l'abord du virage de Topsport, Schumacher tente de se faufiler à l'extérieur pour surprendre Senna. Mais celui-ci se rabat devant l'Allemand qui escalade un vibreur, touche la McLaren et part en tête-à-queue. Schumacher cale et les commissaires de piste n'ont plus qu'à le pousser dans l'herbe. Sa course s'arrête là. Patrese récupère la troisième place. Prost réalise le meilleur tour de la course (1'19''492''').

 

42e: Patrese s'arrête au stand Benetton pour changer de pneus. Il repart au bout de sept secondes, toujours troisième.

 

43e: Prost est premier devant Senna (24.6s.), Patrese (1m. 01s.), Blundell (1m. 07s.), Fittipaldi (-1t.), Berger (-1t.), Brundle (-1t.), Alboreto (-1t.) et Warwick (-1t.).

 

44e: Prost est gêné par un trio de retardataires comprenant Alboreto, Warwick et Comas, mais s'en débarrasse sans trop de mal.

 

45e: Comas double Warwick puis Alboreto bien qu'il ait un tour de retard sur ceux-ci. Il est par ailleurs mécontent de la résistance de l'Italien et lui fait savoir par un geste de colère.

 

46e: Blundell menace Patrese et guigne la troisième position. Warwick prend la huitième place à Alboreto.

 

47e: Patrese roule sur des débris de gomme au virage n°5. La Benetton glisse et atterrit dans le bac à graviers. Pour la première fois depuis le GP du Japon 1991, aucune Benetton n'inscrira de point. Blundell est maintenant troisième.

 

49e: L'étonnant Lehto est le plus rapide en piste. Désormais neuvième, le Scandinave est bloqué derrière Blundell, à deux tours devant lui.

 

50e: Prost mène devant Senna (31.5s.), Blundell (1m. 12s.), Fittipaldi (-1t.), Berger (-1t.), Brundle (-1t.), Warwick (-2t.), Alboreto (-2t.), Lehto (-2t.) et Comas (-3t.).

 

52e: Prost prend un tour à Blundell. Lehto a auparavant dépassé le pilote britannique. Le Finlandais démontre ses qualités et celles de la Sauber en signant le deuxième meilleur chrono du jour: 1'20''113'''.

 

54e: Quarante secondes entre Prost et Senna. La Larrousse de Comas répand de l'huile sur la piste à cause d'une fuite au filtre de lubrifiant.

 

55e: Senna lève le pied en cette fin de course et concède près de deux secondes à Prost lors de chaque passage. Comas entre aux stands et quitte l'épreuve.

 

57e: Prost précède Senna (49s.), Blundell (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Berger (-1t.), Brundle (-1t.), Warwick (-2t.), Alboreto (-2t.) et Lehto (-3t.).

 

59e: On signale quelques gouttes de pluie. Alboreto jette l'éponge: ses températures d'eau et d'huile montent dangereusement et il préfère arrêter avant de casser son moteur. Il n'y a plus que huit pilotes en piste.

 

60e: Brundle dérape sur l'huile laissée par Comas et exécute une figure. Il cale et doit être poussé vers le bas-côté par les commissaires.

 

62e: Il pleut au niveau des stands mais pas encore sur le reste du circuit. La nouvelle voiture de sécurité se tient prête à intervenir en cas d'incident. Prost possède cinquante secondes d'avance sur Senna.

 

63e: Avant le dernier virage, Berger se laisse surprendre par une flaque d'huile et passe par le gazon sans perdre de position.

 

64e: Les écuries préparent les pneus rainurés mais il ne semble pas nécessaire de les monter pour le moment.

 

65e: L'intervalle entre Prost et Senna se chiffre à cinquante-six secondes.

 

66e: Prost mène devant Senna (58s.), Blundell (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Berger (-1t.), Warwick (-2t.) et Lehto (-3t.).

 

68e: La piste est grasse mais les pilotes pourront rester en slicks jusqu'au bout, à condition d'être prudents.

 

70e: A deux tours du but, l'orage éclate et une pluie diluvienne s'abat sur le circuit. Les sept derniers concurrents réduisent considérablement leur cadence.

 

71e: La pluie tombe drue. Prost double Warwick puis Berger. L'Autrichien, trahi par son moteur surchauffé, laisse passer Warwick.

 

72ème et dernier tour: La piste devient très glissante et le drapeau rayé jaune et rouge est agité. Tous les pilotes roulent lentement. Dans le deuxième secteur, très humide, Prost laisse passer Warwick qui est pourchassé par Lehto. Berger s'immobilise dans un panache de fumée. Finalement, Prost franchit la ligne d'arrivée en vainqueur tandis que Warwick et Lehto entament un nouveau tour. Le Finlandais a tôt fait de doubler la Footwork. Peu après, Warwick glisse sur une rigole et échoue dans un bac à graviers.

 

Alain Prost remporte donc sa 45ème victoire en carrière. Il devance Senna d'une minute et vingt secondes. Blundell finit troisième et obtient son premier podium, le premier de Ligier depuis sept ans ! Fittipaldi termine quatrième avec sa Minardi. Lehto, cinquième, inscrit les premiers points de Sauber. Berger est classé sixième et marque donc le dernier point. Seules cinq voitures sont à l'arrivée.

 

Après la course

Le podium se déroule sous une pluie battante. Fait remarquable: Alain Prost et Ayrton Senna se serrent la main et échangent quelques mots ! Le Français est soulagé de cette victoire après un an d'absence. Mais sa course ne fut pas de tout repos. « J'ai raté mon départ à cause d'un petit problème d'embrayage qui a failli caler le moteur. Cet incident s'est d'ailleurs reproduit lors de mon changement de roue », raconte-t-il à Auto Hebdo. « A part ça, super. Un pression un poil trop basse sur les pneus, ce qui me gênait dans les virages rapides, et que j'ai pu compenser en corrigeant le set-up de la voiture, mon siège qui s'est cassé sous la jambe gauche et un début de crampe... Le genre d'incidents qui surviennent en course. Pas grand-chose au vu du résultat. Senna ? Oui ce fut chaud, mais il fallait le faire. Je ne suis pas revenu pour me promener derrière lui, mais pour gagner. » Quant à Frank Williams, conquis par sa nouvelle recrue, il ne tarit pas d'éloges: « Alain est formidable. Cette victoire, après tout ce qui a précédé et tout ce qui nous menace, est une des plus belles de l'histoire de l'écurie. » Car en effet, Prost et Williams ont les yeux fixés sur le prochain Conseil mondial de la FISA qui décidera peut-être du sort du championnat...

 

Ron Dennis se réjouit bruyamment de la course d'Ayrton Senna et affirme que, sans son problème de suspension active, celui-ci aurait pu l'emporter ! Le Pauliste confirme: « Une course vraiment très excitante. Au début, alors que j'étais en tête et que la voiture enroulait les virages avec facilité, je me suis dis qu'on allait pouvoir faire quelque chose d'exceptionnel. Ce sentiment a duré jusqu'à ce que ma voiture devienne inconduisible. Brutalement, dans un virage, elle a échappé à mon contrôle. J'ai cru à une crevaison. C'était un problème électronique dans la suspension. » Cependant, malgré son optimisme, Senna refuse de dire s'il sera ou non au départ du GP du Brésil. Il doit encore négocier son salaire avec Dennis...

 

Ligier fête avec effervescence son premier podium depuis celui obtenu par Jacques Laffite au GP de Détroit 1986. Nul doute que Guy Ligier, demeuré devant son poste de télé, a savouré le succès de ceux qui demeurent « ses » gars. Cyril de Rouvre lui a d'ailleurs immédiatement téléphoné après l'arrivée. Le jeune businessman pavoise. « J'ai été assez critiqué pour avoir enrôlé deux Anglais pour penser, aujourd'hui, que mon choix n'était pas si mauvais ! » Mark Blundell a démontré ses talents de metteur au point et de sprinter, vantés par Ron Dennis à de Rouvre. Mais le jeune Britannique ne se laisse pas griser: « Je suis surpris c'est vrai, mais ce podium est avant tout la réalisation d'un espoir. Nous sommes compétitifs, fiables, et sans son tête-à-queue Martin [Brundle] était dans les points lui aussi. Je suis confiant, maintenant l'équipe est totalement regonflée moralement. »

 

Enfin, grâce au persévérant JJ Lehto, Sauber ouvre son compteur dès son premier Grand Prix de F1. Voilà de quoi faire réfléchir Werner Niefer, le président du conseil d'administration de Mercedes, qui a fait le déplacement en Afrique du Sud pour évaluer le potentiel de cette « écurie sœur ». « Finalement, la F1, ce n'est pas tellement difficile », plaisante Peter Sauber en allumant un de ses célèbres cigares.

Tony