Riccardo PATRESE
 R.PATRESE
Williams Renault
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Renault
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda

521e Grand Prix

XII Gran Premio di San Marino
Ensoleillé
17 mai 1992 - Imola
60 tours x 5.040 km - 302.400 km
Course prévue pour 61 tours, réduite à 60 suite à l'annulation de la procédure de départ.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Les deux Williams-Renault s'echappent dès le premier tour.

Débats autour du règlement technique - Intrigues contre Williams

Quelques jours avant le Grand Prix de Saint-Marin, Ron Dennis est reçu en grandes pompes à Maranello par Luca di Montezemolo. Ce sommet McLaren – Ferrari est un événement dans le microcosme de la Formule 1. Un rapprochement technique entre les deux grandes écuries rivales serait-il en vue ? En fait, il est surtout question de politique. Inquiets de la domination exercée par les Williams-Renault, Dennis et Montezemolo veulent attirer l'attention de la FISA sur les coûts des hautes technologies et leur impact sur la qualité du spectacle proposé sur les Grands Prix. Cet appel du pied est entendu par Max Mosley qui partage leurs préoccupations.

 

Ainsi, la Commission F1 de la FISA s'est réunie à Barcelone pour discuter des réformes à apporter aux règlements sportif et technique. Si certains points sont approuvés sans discussion (introduction d'un « pace-car » à l'américaine, nouveaux horaires pour les séances d'essais officiels), d'autres suscitent une levée de boucliers. Frank Williams rejette ainsi toute limitation des aides électroniques au pilotage, idée mise en avant par Mosley, toujours au nom de la flambée des coûts de production. Le maître de Didcot a bien compris qu'il était visé par ces propositions. Mais d'autres débats agitent la commission. Est aussi mise en cause la volonté de Bernie Ecclestone de réintroduire les ravitaillements en essence en course, afin « d'améliorer le spectacle ». Or toute modification touchant à la consommation entraînerait la mise au rebut des châssis actuels. Ron Dennis et Frank Williams se retrouvent pour s'opposer vivement à ce projet. Mais le duo Mosley - Ecclestone est résolu à tout faire pour rebattre les cartes de la compétition. Giancarlo Minardi, porte-parole des petites équipes, les soutient: « Il faut faire quelque chose pour nous ! On crève la gueule ouverte ! » supplie-t-il. « Pas question ! » s'exclame en substance Frank Williams qui vitupère ces initiatives: « C'est n'importe quoi ! Pire qu'à l'époque de Balestre ! » Bref, à ce stade des négociations, il n'est pas du tout certain que Mosley parviendra à faire avaliser son programme par le prochain Conseil mondial de la FISA.

 

En effet, de leur côté, les pétroliers s'organisent pour rejeter le « mono-carburant » proposé par le même Mosley. Elf, Shell, Total et BP s'allient pour que la recherche chimique puisse se poursuivre sans entrave et organisent une campagne de communication visant à faire comprendre au citoyen lambda que les produits utilisés en F1 ne sont pas plus toxiques que ceux déversés dans sa voiture. En revanche, Mobil, qui fournit Benetton, fait bande à part et penche du côté de la FISA.

 

Présentation de l'épreuve

Après quatre Grands Prix et quatre victoires de Nigel Mansell, la question n'est plus de savoir si le fringant moustachu et sa Williams-Renault seront champions du monde, mais s'ils vont remporter toutes les épreuves de la saison 92. Ils abordent en tout cas ce Grand Prix en immenses favoris. Riccardo Patrese est en revanche plus tendu que jamais. Une semaine plus tôt, lors d'essais privés disputés sur ce même circuit d'Imola, il est sorti de la piste dans Tamburello suite à une crevaison lente et a percuté le muret de béton à 200 km/h. Par bonheur, la Williams a pirouetté avant l'impact, ce qui a épargné à l'Italien un choc latéral potentiellement fatal. Il s'en est tiré très sonné, mais indemne. Patrese prépare ce rendez-vous auprès des siens, à Padoue, fuyant la presse. Son incapacité à vaincre Mansell mine son moral. « Et pourtant, j'ai la meilleure voiture du plateau. Je ne devrais pas m'en plaindre », soupire-t-il. Côté technique, Williams utilisera alternativement aux essais les V10 Renault RS3C et RS4, mais ce dernier n'est pas jugé suffisamment au point pour tourner en course.

 

McLaren-Honda attend de bons résultats de ce voyage en Émilie-Romagne: la MP4/7 s'est en effet montrée performante lors des essais préliminaires. Ayrton Senna a ainsi tourné en 1'22''200''', s'approchant à quelques dixièmes des Williams.

 

Le 7 mai 1992, Nelson Piquet est victime d'un terrifiant accident lors des essais qualificatifs des 500 Miles d'Indianapolis. Le triple champion perd le contrôle de sa Lola-Buick et percute de face les glissières à plus de 250 km/h. Retiré de son épave avec les jambes broyées, il échappe de justesse à l'amputation. Voilà un coup très rude pour le joyeux Nelson qui, malgré tout, refuse de tirer un trait sur la compétition et promet de revenir à Indy l'an prochain !

 

Malgré des essais intensifs à Imola et au Mugello, la Ferrari F92A est toujours aussi rétive. Harvey Postlethwaite décide pourtant de tester une boîte transversale semi-automatique qui ne donnera pas satisfaction. Les Rouges n'ont pas le moral: accrocher les points serait déjà un beau résultat. Les tifosi attendent pourtant un exploit de Jean Alesi qui, dix ans après la disparition de Gilles Villeneuve, tente de redonner du lustre au légendaire n°27. Sa splendide prestation sous la pluie de Barcelone a ravivé le souvenir du « Petit Prince de la Formule 1 » : l'Avignonnais a reçu des centaines de courriers de félicitations en provenance d'Italie, vantant sa course « à la Villeneuve ».

 

Lotus étrenne sa nouvelle 107 dessinée par Chris Murphy sous la direction de Peter Wright. Cette monoplace de facture classique se singularise pas sa coque très arrondie sur le dessus et qui remonte légèrement à l'avant. De longs extracteurs facilitent la fluidité de l'écoulement d'air. Cette machine paraît cependant mal dégrossie, et Lotus amène aussi deux 102D en réserve. Minardi aligne cette fois deux M192 pour Morbidelli et Fittipaldi, malgré leur médiocre fiabilité. Les M191L sont donc également présentes.

 

Après ses débuts très réussis en Catalogne, la Benetton B192 adopte à partir de ce rendez-vous le nouveau V8 Ford-Cosworth « génération VII » muni d'une distribution pneumatique, qui permet de dépasser les 13 000 tours/minute, et d'une nouvelle centrale électronique « made in Ford ». Presque tous les éléments du bloc sont inédits, et l'ensemble dépasse les 700 chevaux. Comme de bien entendu, ce moteur est pour le moment réservé à Schumacher. Brundle se contente de la « génération VI ». L'Anglais doit pourtant impérativement obtenir des résultats: il n'a en effet terminé aucun des quatre premiers Grands Prix de la saison et s'est surtout fait remarquer pour sa propension à s'accrocher avec ses concurrents. La rumeur veut que Flavio Briatore ait demandé à Nelson Piquet de le remplacer, avant le terrible accident de celui-ci...

 

Encore des remous chez Brabham: dans la semaine précédant le GP de Saint-Marin, le team manager Ray Boulter annonce que Giovanna Amati va finalement faire son retour pour remplacer Éric van de Poele. Mais celui-ci se démène pour dénicher des sponsors et conserve finalement son volant. Ensuite, Brabham reçoit une plainte de John Judd dont les moteurs n'ont pas été payés. Le motoriste menace de reprendre les deux blocs que garde encore son client. Un arrangement est finalement trouvé in extremis vendredi.

De son côté, Andrea Sassetti a déniché un directeur sportif pour son écurie. Il s'agir du Français Frédéric Dhainaut, déjà aperçu chez AGS, Coloni et Larrousse.

 

Goodyear apporte deux types de gommes, les « C » et les « D » plus tendres. Lee Gaug explique que sur cette piste très rapide d'Imola, où l'adhérence n'est pas excellente et où l'on peut s'attendre à des températures élevées, l'utilisation des pneus tendres n'est guère plus risquée que celle des durs. En fait, la firme américaine a sans doute senti la nécessité de rajouter un peu d'incertitude dans le déroulement très monotone des Grands Prix depuis le début de l'année.

 

Essais et qualifications

Lors des pré-qualifications, Moreno manque de peu de sauver son Andrea Moda. Tous ses rivaux rencontrent en effet des problèmes techniques, et il réalise de bons chronos avant d'être stoppé par un problème de roulement de roue. McCarthy effectue lui quelques tours très lents avant de casser son différentiel. Gachot, Katayama, Alboreto et Chiesa franchissent donc logiquement cette étape.

 

Mansell se promène lors des essais et réalise dès le vendredi sa cinquième pole position en autant de courses. Il bat au passage le record de la piste (1'21''842'''). Patrese rencontre vendredi des problèmes électriques, puis casse un moteur RS4. Ses mécaniciens adaptent finalement le mulet à ses mesures, et c'est à son volant qu'il se qualifie au deuxième rang, concédant une seconde à son leader. L'Italien est dépité. Chez McLaren, le V12 Honda est plus véloce mais le châssis donne des signes de faiblesse, notamment au niveau des suspensions. Senna (3ème) et Berger (4ème) roulent au mieux en 1'23'' et ne parviennent pas à approcher leurs chronos de le semaine précédente. Les nouvelles Benetton-Ford déçoivent en rendant près de deux secondes aux Williams. Schumacher (5ème) et Brundle (6ème) sont sur la troisième rangée. Suivent les deux Ferrari d'Alesi (7ème) et Capelli (8ème). L'Avignonnais est victime d'une touchette avec Brundle dans la chicane. Les deux hommes, qui se sont déjà accrochés à Interlagos, échangent quelques noms d'oiseaux.

 

Les Footwork-Mugen (Alboreto 9ème, Suzuki 11ème) confirment leur potentiel. Les Ligier-Renault retrouvent du grip mais sont toujours mal équilibrées. Pour la première fois de l'année, Boutsen (10ème) vainc Comas (13ème) dont la voiture est frappée par un incendie. Les March-Ilmor n'ont pas participé aux essais FOCA sur ce tracé, mais Wendlinger (12ème) et Belmondo (24ème) font bonne figure. De Cesaris place sa Tyrrell au 14ème rang. Grouillard réalise samedi un bon chrono, hélas annulé à cause d'une hauteur d'aileron arrière non-conforme. Le Toulousain partira 20ème. Les Dallara-Ferrari (Martini 15ème, Lehto 16ème) sont ralenties vendredi par des soucis de transmission. Chez Larrousse, ce sont des bris de cardan qui handicapent Katayama (17ème) et Gachot (19ème). La série noire se poursuit chez Jordan avec quatre V12 Yamaha cassés en deux jours. Gugelmin se classe 18ème, Modena 23ème. Des pannes de moteurs frappent aussi Fondmetal. Si Tarquini (22ème) se sauve, Chiesa est éliminé samedi sur une violente sortie. La nouvelle Minardi-Lamborghini (Morbidelli 21ème, Fittipaldi 25ème) est toujours aussi rétive. Chez Lotus, seul Herbert (26ème) se qualifie avec la vieille 102D puisque la 107 est immobilisée par des baisses de pression d'essence. Häkkinen subit plusieurs casses moteurs qui l'empêchent de gagner son ticket. Enfin, Hill et van de Poele ne parviennent pas à se qualifier, et pour cause: ils ne peuvent tirer sur leurs V10 Judd, de peur de les maltraiter... Pour ne rien arranger, Hill perd son chrono du vendredi à cause d'une monoplace trop lourde.

 

Le Grand Prix

Un grand soleil surplombe l'Émilie-Romagne en ce 17 mai et la température (40°C !) est très élevée pour la saison. Les déboires de la Scuderia ne découragent pas les tifosi qui sont venus en grand nombre. On compte ainsi 100 000 spectateurs rien que pour la journée de dimanche !

Les pilotes Williams sélectionnent les pneus D tendres et prévoient un passage aux stands. Chez McLaren, Senna opte pour un panachage tandis que Berger, dur avec la gomme, prend quatre C. Les Ferrari et les Benetton prennent des enveloppes dures et n'envisagent pas d'arrêt. Modena remarque des vibrations sur son moteur durant son tour d'installation. Après un bref examen, il choisit de changer de voiture et s'élancera depuis les stands.

 

Grille de départ: A l'issue du tour de formation, Wendlinger cale son moteur. Le départ est repoussé de cinq minutes et la course amputée d'un tour. Les bolides repartent pour une nouvelle boucle d'installation. Wendlinger prend place en queue de peloton. Cette interruption a sauvé Mansell qui ne parvenait pas à enclencher son embrayage automatique ! Lors du second tour de formation, il interroge anxieusement ses ingénieurs par radio.

 

Départ: Contrairement à ses craintes, Mansell s'élance parfaitement. Senna part mieux que Patrese mais l'Italien conserve l'avantage dans Tamburello. Schumacher tente de faire l'intérieur à Berger qui le tasse vers le vibreur. L'Allemand perd finalement deux places au bénéfice de Brundle et Berger. Dans la mêlée, Wendlinger heurte Herbert qui s'arrête un instant avant de repartir.

 

1er tour: Berger dépasse Brundle par l'intérieur à Rivazza. Mansell mène devant Patrese, Senna, Berger, Brundle, Schumacher, Alesi, Capelli, Boutsen et Alboreto. Herbert rentre au stand Lotus pour réparer un bras de direction endommagé et y perd deux tours.

 

2e: Les deux Williams-Renault s'envolent comme à l'accoutumée, au rythme de deux secondes au tour. Schumacher menace son coéquipier Brundle.

 

3e: Mansell est en tête devant Patrese (3.2s.), Senna (8s.), Berger (9.5s.), Brundle (10.4s.), Schumacher (10.8s.), Alesi (12s.), Capelli (14s.), Boutsen (17s.), Alboreto (18s.) et Suzuki (19s.).

 

5e: Mansell a trois secondes de marge sur Patrese. A Tosa, Schumacher monte sur ses freins en suivant Brundle et rattrape un début d'embardée.

 

6e: Un groupe Senna – Berger – Brundle – Schumacher – Alesi se constitue à plus de dix secondes des Williams-Renault.

 

8e: Quatre secondes entre Mansell et Patrese. Schumacher menace toujours Brundle en vain et commence à s'énerver. Les Dallara de Martini et Lehto doublent Suzuki.

 

9e: Fittipaldi quitte la course en panne de transmission. Grouillard entre aux stands pour chausser des pneus neufs.

 

10e: Mansell est premier devant Patrese (5.4s.), Senna (18.4s.), Berger (20.5s.), Brundle (21.1s.), Schumacher (21.6s.), Alesi (23.8s.), Capelli (28.4s.), Boutsen (35.8s.), Alboreto (37s.), Martini (39s.), Lehto (41s.) et Suzuki (42.5s.).

 

11e: Brundle et Schumacher se rapprochent de Berger. Abandon de Herbert, boîte de vitesses bloquée.

 

12e: Capelli perd le contrôle de sa Ferrari à Acque Minerale suite à un blocage de freins. Le Milanais finit sa course dans les graviers.

 

13e: Schumacher attaque Brundle à Tosa, mais celui-ci lui claque la porte au nez. Suzuki exécute un tête-à-queue. Il parvient à repartir mais repasse par les stands pour remplacer ses pneus.

 

14e: Six secondes séparent maintenant les deux compères de Williams. Troisième, Senna se débat avec une machine instable. Les Benetton sont dans les roues de Berger. Alesi demeure en embuscade.

 

15e: Modena fait changer ses enveloppes.

 

16e: Mansell mène devant Patrese (7s.), Senna (27s.), Berger (31s.), Brundle (31.5s.), Schumacher (32.2s.), Alesi (35s.), Boutsen (45s.), Alboreto (51s.), Martini (52s.) et Lehto (53s.).

 

17e: Patrese réduit à cinq secondes son retard sur Mansell qui rencontre les premiers attardés. Schumacher s'impatiente derrière Brundle et commet quelques petits écarts. Arrêt pneus pour Belmondo.

 

19e: Patrese observe un changement de pneus (8s.) et repart sans avoir cédé la deuxième place. Schumacher fait un tête-à-queue à la sortie de Rivazza et heurte la barrière de pneus avec ses roues de gauche. Il se redresse et regagne les stands pour changer un bras de direction.

 

20e: Les gars de Benetton s'affairent autour de la voiture de Schumacher. Suzuki pirouette dans le dernier virage mais se relance aussitôt.

 

21e: Mansell précède Patrese (26s.), Senna (30s.), Berger (32.5s.), Brundle (33.5s.), Alesi (36.3s.), Boutsen (58.3s.), Alboreto (59.5s.), Martini (1m.), Lehto (1m. 01s.), de Cesaris (1m. 16s.) et Gugelmin (1m. 21s.).

 

22e: Patrese reprend trois secondes à Mansell. Brundle pourchasse désormais seul Berger. Tarquini remplace ses pneus alors que Schumacher reprend la piste.

 

23e: Mansell stoppe chez Williams pour changer de gommes (9s.) et ressort quatre secondes devant Patrese. Schumacher est de retour aux stands et abandonne. Ses suspensions sont trop endommagées.

 

24e: Mansell perd du temps derrière l'incorrigible Grouillard, ce qui permet à Patrese de se rapprocher un peu.

 

25e: Mansell abaisse le record du tour (1'27''036'''). Brundle exécute une figure. Il repart aussitôt mais doit changer de pneus dans la foulée (8.3s.). Il ressort sixième. Arrêt également pour de Cesaris. Tarquini se gare sur le bas-côté après Tamburello, moteur serré.

 

26e: Senna fait halte chez McLaren pour chausser des Goodyear neufs (6s.) et retrouve le circuit entre Alesi et Brundle. Le moteur de la Minardi de Morbidelli part en fumée. Le jeune Italien stoppe dans le gazon.

 

27e: Berger change de pneumatiques (6s.) et reprend la piste en cinquième position. Modena casse sa boîte de vitesses et se retire.

 

28e: Joie chez les tifosi: Alesi se retrouve troisième et compte bien y rester puisqu'il ne prévoit pas de changement de pneus. Comas chausse des gommes neuves. Son collègue Boutsen commence à rétrograder car son moteur cafouille.

 

29e: Mansell améliore régulièrement le record du tour et creuse l'écart sur son compagnon d'écurie.

 

30e: Mansell précède Patrese (8.1s.), Alesi (29.3s.), Senna (33.4s.), Berger (36s.), Brundle (37.8s.), Alboreto (57.4s.), Martini (58.6s.), Lehto (59.8s.) et Gugelmin (-1t.). Boutsen abandonne suite à une coupure électrique sur son moteur.

 

31e: Alesi bute sur les attardés Suzuki et Belmondo. Les deux McLaren le remontent.

 

32e: Mansell compte douze secondes d'avance sur Patrese qui se défait de retardataires.

 

34e: Alesi n'a plus que deux secondes de marge sur Senna et Berger. Katayama perd son capot-moteur après Tamburello. Cet élément retombe en plein milieu de la piste. Les drapeaux jaunes sont agités et un courageux commissaire court enlever le débris. Privé de freins, Gachot tire tout droit dans le bac à sable de Tosa et abandonne.

 

35e: Mansell devance Patrese (13.5s), Alesi (36.7s.), Senna (38.2s.), Berger (39s.) et Brundle (44.4s.). Alboreto, Martini et Lehto sont roues dans roues.

 

36e: Mansell signe un nouveau record du tour: 1'26''588'''.

 

37e: Alesi est bouchonné par Grouillard. Il s'en débarrasse dans la montée qui suit Tosa, mais les McLaren lui filent le train.

 

39e: Senna se prépare à assaillir Alesi. Beaucoup plus loin, les Dallara de Martini et de Lehto luttent pour la huitième place. Nouveau beau retour de de Cesaris qui se défait de Katayama et Comas et pointe au onzième rang.

 

40e: Senna fait l'intérieur à Alesi dans la courbe Villeneuve et s'impose à Tosa. Dans la foulée, Berger essaie de s'engouffrer dans la brèche, mais Alesi ne le voit pas. Les deux hommes franchissent le virage côte à côte. La roue arrière-gauche d'Alesi touche la roue avant-droite de Berger. La Ferrari glisse et harponne la McLaren. C'est terminé pour les deux pilotes.

 

41e: Les commissaires tentent d'évacuer la McLaren de Berger, qui reste plantée en pleine piste. Avec ces deux abandons, Alboreto et Martini entrent dans les points.

 

42e: Mansell précède Patrese (17s.), Senna (45.6s.), Brundle (51s.), Alboreto (1m. 20s.), Martini (1m. 24s.), Lehto (1m. 25s.), Gugelmin (-1t.), de Cesaris (-1t.) et Grouillard (-1t.). Katayama effectue un tête-à-queue à la sortie de la Tosa et atterrit sur le trottoir. Il doit renoncer, moteur calé.

 

43e: Comas exécute un tête-à-queue à Tosa mais peut se relancer. Il fera ensuite remplacer ses gommes encrassées. Au même endroit, une grue tracte la Venturi de Katayama.

 

45e: Seize secondes entre les Williams. Senna est épuisé par ses efforts et concède plus de cinquante secondes à Mansell. Celui-ci a pris un tour aux Dallara et à la Footwork d'Alboreto.

 

47e: De Cesaris se rapproche de Gugelmin. Sentant cette pression, le Brésilien tarde à s'écarter devant Brundle.

 

48e: Senna jouit d'un matelas de huit secondes sur Brundle. De Cesaris prend la huitième place à Gugelmin.

 

50e: L'intervalle entre Mansell et Patrese se chiffre à quinze secondes. Lehto maintient la pression sur son coéquipier Martini, mais il doit s'effacer devant Patrese et perd ainsi quelques précieux dixièmes.

 

51e: Mansell est encore une fois bouchonné par Grouillard qui s'amuse à louvoyer plusieurs fois sous son nez, avant de s'effacer. Patrese s'est défait des Dallara.

 

52e: Senna supporte très mal la chaleur ambiante. Il est à bout de forces mais poursuit néanmoins son effort pour accrocher la troisième place.

 

53e: Mansell est premier devant Patrese (18.8s.), Senna (49.7s.), Brundle (59.7s.), Alboreto (-1t.), Martini (-1t.), Lehto (-1t.), de Cesaris (-1t.), Gugelmin (-1t.) et Grouillard (-2t.).

 

55e: A cinq tours du but, Mansell possède une vingtaine de secondes de marge sur son équipier qui est longtemps bloqué derrière Comas et Alboreto.

 

57e: Mansell a hâte d'arriver car il souffre d'une crampe à la jambe droite. Brundle se rapproche quelque peu d'un Senna au bord de l'évanouissement. De Cesaris rencontre une chute de pression d'essence et son moteur Ilmor se tait.

 

59e: Les Williams se dirigent vers un nouveau doublé. Le moteur de Lehto est en surchauffe et le Finlandais s'arrête précipitamment.

 

60ème et dernier tour: Nigel Mansell remporte sa cinquième victoire en cinq courses. Deuxième, Patrese glane in extremis le meilleur tour du jour (1'26''100'''). Senna a tenu bon et obtient la troisième place. Brundle finit quatrième et débloque enfin son compteur. Alboreto, cinquième, entre dans les points pour la troisième fois consécutive. Martini se classe sixième pour la seconde fois de rang. Suivent Gugelmin, Grouillard, Comas, Suzuki, Wendlinger et Belmondo.

 

Après la course: Mansell reçu cinq sur cinq

Alors que les voitures ont regagné les stands, le docteur Sid Watkins et quelques infirmiers se pressent autour d'Ayrton Senna qui demeure prostré dans sa machine, à moitié inconscient. Le Brésilien n'a pas supporté cette fournaise et souffre de déshydratation. Son ami Josef Leberer lui applique des serviettes humides. Finalement, il parvient à se mettre debout et à quitter son habitacle, mais il ne pourra pas assister à la cérémonie du podium. Il prend le premier hélicoptère pour Bologne puis Monte-Carlo.

 

Les week-ends se suivent et se ressemblent. Malgré cette cinquième victoire de rang (du jamais vu depuis Jim Clark en 1965 !), Nigel Mansell se refuse toujours, par superstition, à évoquer la couronne mondiale. Par ailleurs, l'Anglais est lui aussi passablement épuisé: sa crampe le contraint à s'allonger un bon moment. « C'est trop beau. Je ne sais pas ce que je suis en train de vivre. Que m'arrive-t-il donc ? » s'écrit-il en souriant, le visage trempé de sueur. Riccardo Patrese tente lui de faire bonne figure. Il reconnaît qu'il ne parvient pas à prendre la mesure de cette FW14B ultra-sophistiquée. « L'équilibre de ma voiture n'est pas parfait », explique-t-il. « Elle n'entre pas bien dans les virages, je dois constamment me battre avec elle. » En vérité, Patrese n'arrive pas à adapter son fin pilotage à la suspension active. « Tu mérites bien d'en gagner une, toi aussi ! » lui glisse Bernard Dudot en guise de réconfort.

 

Les McLaren-Honda ont fait illusion lors des essais avant d'être impitoyablement « larguées » en course. Ayrton Senna explique que le manque de puissance du V12 Honda l'oblige à adopter des appuis faibles, d'où une tenue de route incertaine, une médiocre motricité et une forte attrition des pneumatiques. « Chaque progrès que nous faisons est gobé par une nouvelle petite avancée des Williams. C'est foutu pour cette saison », conclut-il. « J'ai l'impression que cette MP4/7 est arrivée en butée de développement » lâche même Gerhard Berger.

 

Pour la première fois de sa jeune carrière en F1, Michael Schumacher a fini une course dans les décors. Les experts sont rassurés: ce jeune surdoué est donc bien humain ! « C'est entièrement ma faute », admet l'Allemand tout penaud. Il a en effet perdu patience derrière son équipier Martin Brundle, très content du bon tour joué à son cadet.

 

Les tifosi repartent fort déçus de l'autodrome Enzo e Dino Ferrari. Comme l'an passé, aucune machine flanquée du cheval cabré n'a rallié l'arrivée, et ce n'est pas la sixième place de Pierluigi Martini, obtenue au volant d'une Dallara-Ferrari, qui va les rasséréner. En revanche, ils couvrent d'applaudissements leur ancien chouchou Michele Alboreto, en pleine renaissance. « Je me croyais passé de mode... » ironise le Milanais qui dorénavant, vise le podium avec sa Footwork-Mugen-Honda.

 

Au classement général, Mansell totalise 50 points sur 50 possibles. Patrese est relégué à vingt-six longueurs. Chez les constructeurs Williams-Renault compte 54 points d'avance sur Benetton-Ford. Comme le dit Senna, cette saison 1992 semble donc déjà « pliée »...

Tony