Gerhard BERGER
 G.BERGER
McLaren Honda
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Renault
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda

530e Grand Prix

XXI Grande Premio de Portugal
Légérement nuageux
27 septembre 1992 - Estoril
71 tours x 4.350 km - 308.850 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Riccardo Patrese sort indemne de sa Williams après un terrifiant vol plané.

Prost chez Williams, Senna s'emporte

C'est la fin d'un secret de polichinelle: au Portugal, Williams-Renault révèle avoir engagé Alain Prost pour les saisons 1993 et 1994. Vue la supériorité affichée par la FW14B, le Français devient ipso facto le grand favori du prochain championnat. « Cette Williams fait rêver tous les pilotes », reconnaît-il devant Patrick Camus d'Auto Hebdo. « Elle a le meilleur châssis, le meilleur moteur et la meilleure essence. Je pense néanmoins qu'il s'agit d'une saison exceptionnelle sur le plan des résultats et la manière dont elle s'est déroulée. On n'avait jamais eu un écart de deux à trois secondes sur les rivaux. Il ne faut pas espérer que cela se reproduise ainsi chaque année. Mes objectifs ? Ils sont simples. Assouvir ma passion pour le pilotage et la technique et décrocher un 4ème titre mondial. » Dix ans après leur rupture brutale, Prost et Renault célèbrent enfin leurs retrouvailles. Le fil de l'histoire est renoué. « C'est grâce à Elf que j'ai mis le pied à l'étrier, grâce à Renault que j'ai remporté mon premier Grand Prix, et je gardais un goût d'inachevé après ce qui s'est passé en 83. Ce titre perdu a toujours été un grand regret pour moi. »

 

L'annonce officielle de l'engagement de Prost suscite la colère d'Ayrton Senna qui n'a pas ménagé ses efforts pour s'emparer du deuxième volant chez Williams. Depuis trois mois, le Brésilien multiplie les contacts avec Frank Williams et Patrick Faure. Son agent Julian Jakobi s'est entretenu plusieurs fois avec les commanditaires du team de Didcot, notamment Camel. En vain car, comme on le sait maintenant, Prost dispose dans son contrat d'une clause lui permettant de reprendre sa liberté si son patron décide d'engager Senna. Ce dernier n'a pas mots assez durs pour conchier la pusillanimité supposée de son grand rival: « Tout cela, c'est de la magouille ! Moi aussi, j'avais droit à la Williams. Il est inacceptable de négocier, plus d'un an à l'avance, un pré-contrat dans lequel on refuse tout compétiteur. S'il revient, Prost doit agir de façon plus propre, en acceptant qui que ce soit à ses côtés. Et ce n'est pas au patron de l'écurie de choisir avec qui il veut travailler. Pas à un pilote d'imposer ses désirs. Prost doit cesser de se comporter comme un lâche. » L'intéressé riposte durement à ces accusations, mais sans répondre sur le fond: « Venant de la part de Senna, ces propos ne peuvent plus me faire du mal. Ce qui me fait mal, c'est de voir qu'il trouve encore audience, que les gens l'écoutent, plaident sa cause. Il essaie d'endormir son public, de tourner les circonstances à son avantage. Il se comporte comme un enfant qui veut le jouet du voisin... »

 

Dans l'ensemble, la presse française reprend l'argumentaire prostien et juge sévèrement la conduite de Senna, dont la complainte est assimilée à celle d'un enfant gâté. Les Britanniques sont plus nuancés. Beaucoup ne comprennent pas comment un champion tel que Prost peut refuser un combat loyal contre Senna, même après les graves incidents qui ont émaillé leur cohabitation chez McLaren. Pour le sévère James Hunt, le Français ne fait pas preuve de courage et écorne ainsi considérablement son image. D'autres enfin dénoncent le cynisme et le machiavélisme de Frank Williams qui n'a eu de cesse de jouer au plus fin avec Prost, Mansell et Senna pour se constituer la meilleure paire de pilotes possible, et se retrouve au final avec un seul champion, Prost.

 

La chimère McLaren - Ligier

Ayrton Senna ne fait pas que se lamenter. Il discute aussi avec Ron Dennis des conditions d'une éventuelle poursuite de leur collaboration en 1993. Senna prévient: il veut un moteur compétitif, c'est-à-dire le V10 Renault. Or justement, les tractations autour d'un éventuel rachat de Ligier par McLaren, dans le but de récupérer le moteur français, ont rapidement été ébruitées. Le patron des Bleus éclate de fureur et affirme que son écurie n'est pas à vendre. Il accuse Alain Prost d'être derrière cette rumeur. Pourquoi Prost ? Sans doute parce que le triple champion du monde est terrifié à l'idée d'affronter des McLaren-Renault en 1993... Le fait est que les contours de cette affaire sont très flous. Selon Patrick Camus d'Auto Hebdo, Mansour Ojjeh, président de McLaren et grand ami de Guy Ligier, aurait proposé à celui-ci d'échanger le V10 Renault contre un V8 Ford, voire un V10 Hart. « C'est complètement fou ! » répond Gérard Ducarouge. « Cela fait douze ans que Guy attend un moteur haut de gamme. Il l'a enfin ! Ce n'est pas pour s'en séparer de cette manière ! »

 

Bref, si des tractations en ce sens ont bien eu lieu, toute absorption de Ligier par McLaren est impossible du fait de l'incompatibilité entre le V10 Renault et le carburant Shell. En revanche, il est exact qu'au sommet de l'État français on encourage désormais le départ de Guy Ligier afin de permettre une restructuration de l'écurie de Magny-Cours dont les performances décevantes dépitent ses bailleurs de fonds.

 

Marché des transferts: Mansell, Senna, Patrese, Brundle et les autres

Nigel Mansell quittera donc la Formule 1 à l'issue de cette saison mais ne raccrochera pas son casque. Il vient en effet de signer un contrat pour piloter l'an prochain en IndyCar au sein de la prestigieuse écurie de Carl Haas et Paul Newman. L'exil outre-Atlantique du champion du monde de F1 en titre sera à n'en pas douter passionnant à suivre. Un des piliers de la compétition nord-américaine, et ex-champion de F1, Emerson Fittipaldi, est d'ailleurs présent à Estoril. Officiellement, « Emmo » est ici à la demande de Marlboro pour promouvoir le futur GP de New-York d'IndyCar et pour soutenir son neveu Christian. Mais il rencontre également son ami Ayrton Senna et lui propose de partir aussi aux États-Unis, puisque McLaren semble incapable de lui proposer une machine compétitive. Senna écoute son aîné avec intérêt. Il accepte de tester prochainement une des machines de Roger Penske, l'employeur de Fittipaldi.

 

Ayrton Senna ne pouvant venir à Didcot, le volant de la deuxième Williams est donc libre pour 1993. Évidemment, les candidats sont très nombreux. Frank Williams aimerait convaincre Riccardo Patrese de rempiler pour une année supplémentaire, mais sa démarche est trop tardive puisque l'Italien s'est déjà engagé avec Benetton. Certes, il ne quitte pas de gaîté de cœur l'écurie qui a donné un second souffle à sa carrière, à la fin des années 80. Mais il ne peut se dédire. « Je quitte une très bonne équipe pour une bonne équipe, c'est un challenge excitant », déclare-t-il à la presse. Frank Williams et Patrick Head envisagent alors de recruter Martin Brundle, sans contrat pour l'an prochain. Pour le pilote anglais, ce serait une superbe opportunité, d'autant plus que sa collaboration avec Benetton se finit en eau de boudin. En dépit de sa belle régularité (il vient d'enchaîner six arrivées consécutives dans les points), il est considéré par son équipe comme le faire-valoir de Michael Schumacher. Au point que Flavio Briatore, mesquin, a refusé de lui donner le trophée de la troisième place conquise à Magny-Cours...

 

La Scuderia Italia annonce le recrutement pour 1993 du jeune pilote italien Luca Badoer, actuel leader du championnat international de F3000. Son futur équipier ne sera ni JJ Lehto, qui a signé chez Sauber, ni Pierluigi Martini dont les performances médiocres ont beaucoup déçu Beppe Lucchini. Michele Alboreto pourrait rejoindre la scuderia de Brescia. Jackie Oliver souhaite en effet remplacer le Milanais par Derek Warwick, le plus populaire des pilotes anglais après Nigel Mansell, qui s'est distingué cette année en enlevant Le Mans avec Peugeot. Thierry Boutsen n'est pour sa part pas du tout certain de poursuivre avec Ligier. Le Belge a pourtant beaucoup travaillé pour développer la JS37 à moteur Renault, avec succès puisque celle-ci est désormais capable de rivaliser avec les Ferrari et les Lotus. Mais il n'est pas payé de ses efforts car il n'a inscrit aucun point avec les Bleus en deux saisons ! Du reste, ses relations avec Guy Ligier et son équipier Érik Comas, avec lequel il s'est accroché plusieurs fois, ne sont pas au beau fixe. Boutsen pourrait rejoindre Jordan. Il ferait alors équipe avec le jeune Brésilien Rubens Barrichello, recruté par Eddie Jordan après une brillante saison en F3000.

 

Disparition de Fondmetal

Comme il l'avait annoncé à Monza, Gabriele Rumi décide de clore l'aventure Fondmetal, n'ayant trouvé aucun partenaire capable de l'aider à renflouer les caisses. Ainsi s'achève l'histoire de la petite officine créée par Enzo Osella et qui, vaille que vaille, est tout de même parvenue à demeurer treize ans en F1. Quant à Andrea Moda, elle ne réédite pas son escapade de Monza. Andrea Sassetti déclare qu'il s'engagera dans le championnat 1993, mais nul ne peut imaginer que sa candidature sera retenue.

 

Fondmetal est donc, après Brabham et Andrea Moda, la troisième écurie à disparaître en 1992. Le plateau ne comporte plus que treize équipes, si bien qu'on peut se demander s'il reste encore de la place en Formule 1 pour les petits artisans passionnés. Minardi et March sont aujourd'hui également très menacées. Pascal Witmeur, le manager d'Éric van de Poele, très au fait de ces problèmes, les explique: « Aujourd'hui, pour faire de la F1 dans des conditions minimales, il faut 20 millions de dollars. Au-dessous, cela finit mal, inévitablement. Fondmetal s'était donnée 15 millions de $ par exemple. Aux alentours de 20 millions, on a des équipes comme Larrousse, ou Lotus, qui fait des miracles. De cette somme, il faut retrancher, quel que soit le moteur, environ 8 millions pour le motoriste. Ensuite, une bonne équipe, je pense à Footwork, a besoin de 30 millions. Les top-teams culminent à 100 millions. Voilà, en résumé, l'échelle des valeurs en F1. »

 

Présentation de l'épreuve

La FOFAP, l'association des pétroliers de la F1, se réunit à Estoril pour débattre de la constitution chimique du carburant qui sera utilisé à compter de la saison 93. Jean-Claude Fayard et Dominique Trema, les nouveaux représentants d'Elf (Dominique Savary a été appelé à d'autres fonctions), mènent le jeu. Grâce à la neutralité de Mobil, qui a quitté la table des négociations, ils parviennent à constituer un front commun avec Shell, Agip et Sasol, contre BP, toujours fidèle à la « ligne Mosley ». Les quatre compagnies défendent la notion de recherche scientifique comme justification majeure de leur présence en F1. Pas question donc de se contenter d'un vulgaire carburant commercial. Évidemment, cette argumentation permet aussi à Elf de préparer son procès contre la fédération. Max Mosley demeure lui sur la défensive: « Je m'en rapporte à la formulation du règlement: le carburant doit réunir les caractéristiques de l'essence. » Sous-entendu: ne doit pas être un « cocktail » chimique permettant un développement sans frein de la puissance des moteurs.

 

Ferrari n'attendra même pas la fin de l'année pour se séparer d'Ivan Capelli, victime d'une saison catastrophique avec les Rouges. Le Milanais cédera sa place pour les deux derniers Grands Prix, au Japon et en Australie, à l'essayeur Nicola Larini. Ce changement s'appuie aussi sur des considérations techniques, puisque la Scuderia compte lancer à cette occasion sa suspension active, développée en essais par ce même Larini.

 

Le circuit japonais d'Autopolis, situé près de Kamitsue, et qui devait accueillir le Grand Prix d'Asie au printemps 93, est en faillite et doit être rayé du calendrier. Max Mosley cherche une épreuve de remplacement mais n'exclut pas qu'il n'y ait que quinze rendez-vous au programme de la prochaine saison. Le GP du Mexique est pour sa part déprogrammé après le fiasco de l'édition 92.

 

A Monza, les Williams ont été frappées d'une défaillance de la pompe hydraulique de la FW14B. Cet incident se répète lors des essais à Estoril, et occasionne une violente sortie pour Mansell. Les ingénieurs mettent cependant le doigt sur le problème. Cette pompe, très importante, met en pression le circuit de commande du sélecteur de vitesse et de la suspension active. Sur le moteur Renault RS3, elle était fixée directement sur le bloc d'où sortait un arbre d'entraînement. Sur la série RS4, toujours attachée au moteur, elle est entraînée par une courroie. Sa rupture est la conséquence de l'intensité des vibrations du moteur, provoquées par l'utilisation d'un nouveau carburant. A l'origine, le RS4 devait en effet rouler avec un produit interdit par la FISA depuis la Hongrie. Son substitut engendre des vibrations jusqu'à huit fois supérieures à celles causées par le RS3. Pas étonnant donc que des pièces lâchent. Comme le V10 ne pourra pas être redessiné avant l'année prochaine, les hommes de Bernard Dudot cherchent à isoler la pompe des vibrations.

 

Lamborghini apporte de nouvelles culasses à ses V12 dont bénéficieront Bertrand Gachot (Larrousse) et Gianni Morbidelli (Minardi). La firme au taureau a par ailleurs annoncé que l'écurie de Gérard Larrousse sera son client exclusif en 1993. Giancarlo Minardi doit donc se chercher un nouveau motoriste.

 

Essais et qualifications

Des pluies torrentielles nettoient la piste d'Estoril dans la nuit du vendredi au samedi. L'adhérence devient donc précaire et de nombreux pilotes peinent à améliorer leurs chronos de la première séance qualificative. Si l'on met de côté les problèmes hydrauliques précités, les Williams-Renault dominent encore une fois leur sujet. Leur tenue de route est exemplaire sur ce bitume défoncé. Mansell (1'13''041''') est en pole pour la douzième fois cette saison et Patrese le suit à six dixièmes. Les McLaren-Honda de Senna (3ème) et de Berger (4ème) ne peuvent rivaliser. Le Brésilien se fait peur vendredi lorsque son aileron arrière s'affaisse au bout de la ligne droite des stands, sans dommage matériel heureusement. Schumacher (5ème) et Brundle (6ème) tâtonnent dans les réglages de leurs Benetton-Ford qu'ils placent malgré tout en troisième ligne. Les Lotus-Ford (Häkkinen 7ème, Herbert 9ème) se mettent encore en évidence.

 

Alboreto amène sa Footwork-Mugen au huitième rang. Il fait beaucoup mieux que Suzuki (17ème) qui déplore des problèmes de boîte et d'amortisseurs. Les Ferrari (Alesi 10ème, Capelli 16ème) sont sous-vireuse dans les virages rapides et survireuses dans les virages lents. Les Ligier-Renault (Boutsen 11ème, Comas 14ème) rencontrent des avaries électriques et électroniques. Les Tyrrell-Ilmor (de Cesaris 12ème, Grouillard 15ème) ne sont pas mal qualifiées malgré une piètre adhérence. Chez Larrousse, Gachot (13ème) met à profit la puissance du nouveau V12 Lamborghini tandis que Katayama (25ème) apprend le tracé. Les deux Minardi disposent cette fois du nouveau bloc Lamborghini. Morbidelli (18ème) aurait pu faire mieux sans un choc contre les glissières. Fittipaldi (26ème) n'a visiblement pas encore retrouvé tous ses moyens. Les Dallara-Ferrari (Lehto 19ème, Martini 21ème) sont toujours inconduisibles. Les Jordan-Yamaha (Gugelmin 20ème, Modena 24ème) côtoient en fond de grille les March-Ilmor (Wendlinger 22ème, Naspetti 23ème).

 

Le Grand Prix

Le soleil est au rendez-vous de ce vingt-et-unième Grand Prix du Portugal. Les pilotes sélectionnent des pneus Goodyear tendres et prévoient pour la plupart un changement en course. Selon toute vraisemblance, nous allons assister à une énième promenade de santé des Williams-Renault.

 

Tour de formation: Schumacher et Suzuki calent leurs moteurs sur la pré-grille. Ils devront s'élancer en queue de peloton.

 

Départ: Patrese part mieux que Mansell et tente de lui faire l'intérieur au premier freinage, mais l'Anglais lui coupe la trajectoire et s'impose autoritairement. Suivent Senna et Berger, tandis qu'Häkkinen passe devant Brundle.

 

1er tour: Alesi pousse Herbert contre un trottoir. L'Anglais se frotte à la Footwork d'Alboreto et abîme ainsi sa suspension. Mansell mène devant Patrese, Senna, Berger, Häkkinen, Brundle, Alboreto, Alesi, de Cesaris et Gachot. Schumacher est vingtième. Herbert regagne les stands pour tenter une réparation.

 

2e: Mansell s'enfuit aisément devant Patrese. Schumacher a gagné trois places supplémentaires.

 

3e: Mansell compte déjà quatre secondes d'avance sur Patrese. Senna garde le contact avec la Williams n°6. Schumacher est revenu au quinzième rang.

 

4e: Schumacher dépasse Lehto et grimpe en quatorzième position. Herbert met pied à terre, sa direction étant irrémédiablement faussée.

 

5e: Mansell devance Patrese (6s.), Senna (8.6s.), Berger (10.2s.), Häkkinen (11.7s.) et Brundle (13.1s.). Alboreto et Alesi se battent pour la septième place.

 

6e: Mansell accroît son avance au rythme d'une seconde au tour. Schumacher se défait de Grouillard et se retrouve treizième.

 

8e: Sept secondes séparent Mansell et Patrese. Häkkinen et sa Lotus parviennent à suivre le rythme des McLaren. Schumacher bute désormais sur les deux Ligier de Boutsen et Comas.

 

10e: Mansell est premier devant Patrese (8.8s.), Senna (13.2s.), Berger (16.3s.), Häkkinen (17.8s.), Brundle (20.1s.), Alboreto (30.2s.), Alesi (31.7s.), de Cesaris (38.2s.), Gachot (38.7s.), Boutsen (39.6s.), Comas (40.2s.) et Schumacher (41s.).

 

11e: Berger se débat avec une monoplace sous-vireuse et reste sous la menace d'Häkkinen.

 

13e: Dix secondes entre Mansell et Patrese. Alesi perd le contrôle de sa Ferrari dans le troisième virage et atterrit dans le bac à graviers. C'est un quatrième abandon consécutif pour le jeune Français.

 

15e: Mansell rencontre les premiers attardés qui sont Fittipaldi et Suzuki.

 

17e: Mansell tombe sur un groupe compact de retardataires. Patrese ne lui concède plus que cinq secondes. Schumacher dépasse Comas et se retrouve onzième.

 

19e: Patrese est bouchonné par Modena, toujours fâché avec les drapeaux bleus. Schumacher change ses pneus et ressort des stands en quinzième position.

 

20e: Patrese se défait de Modena mais a concédé trois secondes à Mansell. Senna s'arrête pour changer de pneumatiques et se retrouve sixième. L'opération a été très rapide car effectuée en moins de cinq secondes. Comas et Martini remplacent aussi leurs gommes.

 

21e: Mansell mène devant Patrese (10.5s.), Berger (18.3s.), Häkkinen (20.2s.), Brundle (21.6s.) et Senna (33s.). Gugelmin abandonne suite à une chute de pression d'essence. Arrêts pneus pour Lehto et Naspetti.

 

22e: Berger chausse des pneus neufs (5.1s.) et repart en sixième position derrière Senna.

 

24e: Patrese arrive chez Williams pour se ravitailler en pneus frais. Malheureusement ses mécaniciens ont du mal à fixer la roue arrière-droite. L'Italien repart au bout de vingt secondes en cinquième position, derrière les deux McLaren. Brundle stoppe au même moment et se retrouve donc juste derrière Patrese. Arrêts également pour Boutsen, Gachot et Morbidelli.

 

25e: Brièvement second, Häkkinen fait halte chez Lotus pour changer de gommes et repart entre Patrese et Brundle.

 

26e: Mansell compte trente secondes de marge sur Senna. Patrese est l'homme le plus rapide en piste (1'18''666'''). Capelli et Wendlinger prennent des enveloppes neuves.

 

27e: Alboreto s'arrête aux stands et cède la septième place à de Cesaris. Gachot quitte la course avec une pression d'essence à zéro. Son équipier Katayama part en tête-à-queue dans le virage n°3 et parvient à repartir, poussé par les commissaires de piste.

 

29e: Mansell change de pneus à la fin de ce tour (9.4s.) et retrouve le circuit sans avoir perdu le commandement, mais seulement deux secondes devant Senna. De Cesaris passe aussi par les stands. Son collègue Grouillard renonce, transmission cassée.

 

30e: Mansell précède Senna (2.6s.), Berger (14s.), Patrese (16s.), Häkkinen (24s.), Brundle (25.6s.), Schumacher (53s.), Alboreto (1m.), de Cesaris (1m. 09s.), Comas (1m. 10s.) et Boutsen (1m. 16s.). Changement de gommes pour Suzuki.

 

32e: Senna demeure très rapide et garde le contact avec Mansell. Brundle est à la poursuite d'Häkkinen. Modena fait remplacer ses pneus.

 

34e: Grand perdant de la salve d'arrêts, Patrese se donne à fond et fait la jonction avec Berger. Brundle prend la cinquième place à Häkkinen. Capelli passe par son stand pour faire examiner son moteur qui perd des tours.

 

35e: Mansell accroît son avance sur Senna. Six secondes les séparent.

 

36e: Mansell devance Senna (5.8s.), Berger (17.5s.), Patrese (18.2s.), Brundle (43.2s.), Häkkinen (43.6s.), Schumacher (51s.) et Alboreto (1m. 10s.). Capelli rejoint pour de bon son box. Sa calamiteuse saison s'achève par un onzième abandon en quatorze Grands Prix.

 

37e: Patrese est maintenant sur les talons de Berger qui constate une dégradation accélérée de ses pneumatiques.

 

38e: Mansell compte sept secondes d'avance sur Senna. Häkkinen reprend la cinquième place à Brundle.

 

40e: Patrese est dans les roues de Berger. Il l'attaque sans succès au premier virage, puis retente sa chance par l'intérieur au tournant suivant, toujours sans résultat.

 

41e: Mansell est premier devant Senna (12s.), Berger (23.7s.), Patrese (24.2s.), Häkkinen (58.7s.), Brundle (1m.), Schumacher (1m. 07s.), Alboreto (-1t.), de Cesaris (-1t.), Comas (-1t.), Boutsen (-1t.) et Fittipaldi (-1t.).

 

42e: Patrese harcèle Berger et tente à plusieurs reprises de le surprendre dans les virages serrés, en pure perte.

 

43e: A la sortie de la Parabolique, Patrese prend l'aspiration derrière Berger lorsque soudain l'Autrichien braque vers la droite pour entrer dans les stands. Patrese, surpris, ne peut pas l'éviter et décolle sur la roue arrière-gauche de la McLaren. La Williams effectue un terrifiant vol plané et retombe sur ses roues, fort heureusement sur la piste, avant de râper le muret des stands sur près de 200 mètres. Lorsqu'enfin elle achève sa terrible course, Patrese quitte sans peine son habitacle, choqué mais indemne. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la McLaren de Berger n'a pas souffert de cette collision. Celui-ci peut tranquillement chausser de nouvelles gommes, sans perdre sa troisième place.

 

44e: Brundle double Häkkinen au premier virage. Les débris de la Williams accidentée jonchent le bitume devant les stands. Plusieurs concurrents vont rouler dessus. Martini doit ainsi s'arrêter dans le gazon car son pneu arrière-gauche a déchapé. Schumacher crève son pneu avant-droit et repasse par les stands pour réparer. Il chute au neuvième rang. Morbidelli regagne quant à lui son stand avec un radiateur percé et une roue à plat. Il repart après deux minutes d'immobilisation.

 

45e: Roland Bruynseraede brandit le drapeau jaune afin de signaler aux participants les nombreux morceaux de carbone répandus sur la piste. Mansell possède douze secondes d'avance sur Senna, cinquante secondes sur Berger.

 

47e: Schumacher refait halte aux stands pour que ses mécaniciens examinent sa coque, légèrement abîmée. Il repart onzième. Lehto rencontre lui aussi d'importants soucis après que les restes d'un arbre de roue appartenant à Patrese ont traversé son train avant, l'écorchant légèrement aux jambes.

 

48e: Senna effectue un second changement de pneus (5.9s.) et retrouve le circuit sans avoir cédé la seconde place. Schumacher dépasse Fittipaldi.

 

49e: Gêné par une boîte capricieuse, Comas commet un surrégime fatal à son moteur. De Cesaris, également victime d'une crevaison, passe par le stand Tyrrell pour chausser des gommes neuves. Katayama exécute un nouveau tête-à-queue et cette fois s'immobilise à contre-sens. Il doit renoncer.

 

50e: Mansell devance Senna (33.2s.), Berger (45.2s.), Brundle (1m. 17s.), Häkkinen (-1t.), Alboreto (-1t.), Boutsen (-1t.), de Cesaris (-2t.), Schumacher (-2t.), Fittipaldi (-2t.) et Modena (-2t.).

 

51e: Mansell arrive sur Brundle pour lui prendre un tour. Wendlinger, dont la March crachait de l'huile depuis longtemps, abandonne avec une boîte de vitesses cassée.

 

52e: Brundle bouchonne Mansell et lui coupe plusieurs fois la route, croyant peut-être avoir à faire à Patrese.

 

53e: Brundle s'écarte devant Mansell au premier virage. Fittipaldi observe un second changement de gommes.

 

54e: Lehto rejoint son garage pour abandonner. Sa Dallara est endommagée, et du reste il souffre de contusions à un pied, heureusement sans gravité.

 

55e: Trente-trois secondes séparent Mansell et Senna. Schumacher double de Cesaris et récupère la huitième place. L'Allemand se lance à la poursuite de Boutsen qui n'est pas rapide car son moteur coupe par intermittence.

 

57e: Mansell conclut son meilleur chrono du jour (1'17''137'''). Les pneus de Senna se sont effondrés. Le Pauliste en change donc pour la troisième fois, mais ses mécaniciens ont du mal à fixer la roue avant-droite. Il ressort au bout de dix-sept secondes derrière Berger. Schumacher déborde Boutsen et est maintenant septième.

 

58e: Mansell est leader devant Berger (47s.), Senna (1m. 07s.), Brundle (-1t.), Häkkinen (-1t.), Alboreto (-1t.), Schumacher (-2t.), Boutsen (-2t.), de Cesaris (-2t.), Suzuki (-2t.) et Modena (-2t.).

 

60e: Mansell compte quarante-trois secondes d'avance sur Berger. Ce dernier ne force par son talent car il a perdu un échappement.

 

62e: Mansell réduit lui aussi sa cadence car ses pneus sont abîmés. La Williams n'a plus beaucoup d'adhérence.

 

63e: De nouveau, la McLaren n°1 a « mangé » son train de pneus ! Senna retrouve les stands pour la quatrième fois et chausse son cinquième set de Goodyear de la journée. Et cette fois, c'est la roue arrière-gauche qui fait des siennes ! Le triple champion du monde repart au bout de vingt-cinq secondes, en quatrième position.

 

64e: Senna pourchasse Brundle. Modena effectue un nouveau changement de pneus.

 

65e: Mansell devance Berger (46s.), Brundle (-1t.), Senna (-1t.), Häkkinen (-1t.), Alboreto (-1t.) et Schumacher (-2t.).

 

66e: Senna s'empare du meilleur tour (1'16''272''', record absolu du circuit) et remonte très rapidement sur Brundle.

 

68e: L'intervalle entre Mansell et Berger se chiffre à quarante-quatre secondes. Senna revient sur les talons de Brundle qui rencontre les retardataires Fittipaldi et Naspetti.

 

69e: Brundle est gêné par Fittipaldi. Senna lui fait l'extérieur aux abords de la Curva n°3 et retrouve la troisième place.

 

70e: A deux tours du but, Mansell possède quarante secondes de marge sur Berger.

 

71ème et dernier tour: Nigel Mansell remporte sa trentième victoire en Formule 1, la neuvième de la saison. Berger et Senna sur McLaren l'encadrent sur le podium. Brundle termine quatrième. Häkkinen obtient une belle cinquième place. Alboreto, sixième, retrouve le chemin des points pour la première fois depuis Imola. Schumacher échoue au septième rang. Viennent ensuite Boutsen, de Cesaris, Suzuki, Naspetti, Fittipaldi, Modena et Morbidelli.

 

Après la course

Nigel Mansell entre dans l'histoire de la F1 par cette neuvième victoire en 1992. Il bat ainsi le record de succès dans la même année établi par Ayrton Senna en 1988. Le champion du monde n'en tire pas une gloire excessive. « Je suis réellement content », lâche-t-il avec détachement. « Il me semble que ce record est dans l'ordre normal des choses. » Mansell ne s'attarde pas dans le stand Williams où il est presque considéré désormais comme un étranger. Il n'est entouré que de ses derniers fidèles, Peter Windsor et Sheridan Thynne.

 

Lors de la conférence de presse, Ayrton Senna trouve le moyen de ressasser son ressentiment vis à vis d'Alain Prost. « S'il veut être reconnu comme un champion, Prost doit se comporter en sportif. Il doit se préparer à se battre contre n'importe lequel d'entre nous, dans n'importe quelles conditions, à égalité. Pour l'instant, tout est fait pour qu'il gagne avant même le début de la prochaine saison. » Propos que Mansell, à ses côtés, approuve d'un mouvement de tête. « C'est comme si vous voulez participer à un 100 mètres avec des chaussures de compétition alors que les autres ont des semelles plombées », reprend Senna. « Voilà comment Prost veut courir. Ce n'est pas du tout du sport. C'est mauvais pour tous, pour la F1. » La polémique n'est donc pas près de s'éteindre.

 

Cette course ennuyeuse restera surtout dans les mémoires à cause de la terrifiante envolée dont a été victime Riccardo Patrese. Il s'en est fallu de très peu que la Williams n'atterrisse de l'autre côté du muret des stands, avec les conséquences tragiques que l'on imagine. Patrese, soulagé d'être en vie, mais hébété par le choc, fustige la manœuvre de Gerhard Berger. « Il a eu un comportement d'assassin ! » s'emporte-t-il. L'Autrichien, penaud, tente mollement de se défendre: « Il y a eu une incompréhension entre Riccardo et moi... Il essayait de me passer depuis trois tours. Je venais d'avertir mon stand que j'arrivais pour changer de pneus. Je suis sorti du virage, j'ai jeté un coup d'œil dans mes rétros et je l'ai vu juste derrière, prêt à déboîter. Je me suis alors placé au milieu de la piste, puis sur la trajectoire pour rentrer. J'étais sûr qu'il allait me passer sur la gauche, puisqu'il n'y avait plus de place sur la droite. J'ai alors senti un coup et je l'ai vu s'envoler au-dessus de moi. J'ai vraiment eu peur pour lui mais, grâce à Dieu, il est sauf. Je ne veux pas dire qui a eu tort ou raison. Tout s'est mal goupillé, c'est tout. » Certes, en sortant de la parabolique, courbe très rapide en appui, Berger pouvait difficilement prévenir Patrese de son intention de rentrer. Mais pourquoi diable ne pas avoir ralenti plus tôt ?

 

Mansell affiche désormais un score de 108 points. C'est la première fois qu'un pilote franchit la barre des cent points en une saison. En ce qui concerne la lutte pour le titre de vice-champion, Senna prend l'avantage avec 50 pts, contre 47 à Schumacher et 46 à Patrese. Chez les constructeurs, McLaren-Honda dépasse Benetton-Ford avec 83 unités contre 77.

Tony