Gerhard BERGER
 G.BERGER
McLaren Honda
Riccardo PATRESE
 R.PATRESE
Williams Renault
Martin BRUNDLE
 M.BRUNDLE
Benetton Ford Cosworth

531e Grand Prix

XIX Japanese Grand Prix
Légérement nuageux
25 octobre 1992 - Suzuka
53 tours x 5.864 km - 310.792 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Riccardo Patrese tente en vain de se porter à la hauteur de Nigell Mansell.

Mort subite de Denny Hulme

Il s'en est allé comme il a vécu: en toute discrétion. Le 4 octobre, Denny Hulme participait aux fameux 1000 kilomètres de Bathurst, en Australie, au volant d'une BMW M3. Depuis dix ans, le Néo-Zélandais ne manquait jamais ce rendez-vous. Pour le plaisir de courir. Pas plus que durant sa carrière en Formule 1, Denny the Bear ne quêtait là les honneurs. Peu après le départ de la course, sa voiture s'est mise à décélérer dans la ligne droite des stands avant de s'arrêter doucement dans l'herbe, contre les glissières. Son conducteur venait de succomber à une crise cardiaque, à l'âge de 56 ans.

 

Malgré son caractère taciturne et bourru, le champion du monde 1967 bénéficiait l'estime de ses pairs grâce à son incontestable talent et surtout à sa ténacité incomparable. Hulme fut à la fois un coureur de fond et un bourreau de travail. Sur la piste, nul autre que lui n'était capable, grâce à son physique puissant, d'aller au bout des épreuves les plus rudes. Mais en dehors des circuits, nul n'a aussi oublié la façon dont il porté sur ses larges épaules l'écurie McLaren première manière, grandement fragilisée par la mort de son fondateur en 1970. En triomphant en F1 et en CanAm, il a su garder intact la réputation et la motivation de cette jeune équipe, devenue aujourd'hui la machine à gagner que l'on sait. Rien pour cela, le nom de Denny Hulme est certain de briller pour toujours au panthéon du sport automobile.

 

Max Mosley réélu président de la FISA

Élu président de la FISA en octobre 1991, Max Mosley remet son mandat en jeu un an plus tard, comme il l'avait annoncé. En douze mois, l'avocat anglais a pu imprimer sa marque sur le sport automobile, c'est-à-dire prendre des décisions radicales et controversées. En Formule 1, sa volonté d'imposer un carburant commercial standard se heurte à la farouche opposition d'Elf et des principaux pétroliers. En Endurance, Mosley enterre le championnat du monde des voitures de sport dont son compère Bernie Ecclestone voulait la peau depuis des années. Malgré tout, aucun candidat ne se dresse contre lui, et c'est à l'unanimité qu'il est réélu président pour un mandat de quatre ans. Le Conseil Mondial de la FISA lui donne également tous pouvoirs pour renégocier les prochains Accords Concorde avec Ecclestone. Mais telle n'est pas l'ambition première de Mosley. Celui-ci souhaite en effet réunir prochainement la FIA et la FISA à l'occasion de la fin du mandat de Jean-Marie Balestre qui surviendra 1993.

 

Le litige opposant Elf à la FISA se conclura à l'amiable, mais le pétrolier français profite de la récente victoire de Mansell au Portugal pour donner un coup de pied de l'âne à Mosley. Il révèle en effet que le pilote anglais a gagné avec un propergol contenant des extraits d'éthanol dérivés de produits agricoles, et notamment de la betterave sucrière. Elf souligne aussi que cette substance se trouve dans les essences que le citoyen lambda prend à la pompe. Le président de la FISA, écologiste proclamé, en reste coi...

 

Dernière course à domicile pour Honda

Fuji TV, le principal partenaire du Grand Prix du Japon, organise le 22 octobre un gala en l'honneur des pilotes et de Honda dont ce sera la dernière épreuve à domicile. La chaîne de télévision met les petits plats dans les grands puisqu'elle réquisitionne un salon du Suzuka Circuit Hotel pour abriter un dîner de 180 couverts. Les invités sont accueillis par des hôtesses vêtues de kimonos de soie confectionnés par le grand couturier Kenzo. Max Mosley et Bernie Ecclestone président la cérémonie. Nigel Mansell, « champion du monde », Ayrton Senna, « triple champion du monde » et Michael Schumacher « meilleur jeune de l'année » sont conviés sur scène pour recevoir des trophées, des coupes en porcelaine japonaise traditionnelle.

 

Pendant ce temps-là, le président de Honda Nobuhiko Kawamoto s'entretient avec Gérard Crombac des raisons du retrait de sa firme, propos rapportés par le journaliste suisse dans son bloc-notes pour Sport Auto: « Ce fut très dur pour moi de prendre une telle décision, mais je suis sûr que M. Honda l'aurait prise lui-même », affirme Kawamoto. « Nous avons décidé d'arrêter en décembre dernier et il y avait beaucoup de motifs pour le faire. L'un des principaux était la lassitude de notre personnel. Nos ingénieurs étaient fatigués des incessants voyages entre le Japon et l'Europe. Il faut savoir qu'il y a eu chez nous 1370 personnes impliquées dans les programmes F1 et que beaucoup d'entre elles n'ont passées chez eux que deux mois par an. Mais pour moi, la F1 demeure notre seul objectif, puisque c'est la formule de pointe, et nous y reviendrons peut-être un jour, mais pas avant plusieurs années. » Kawamoto confirme en revanche que l'antenne américaine de Honda est libre de s'impliquer en IndyCar, comme cela est prévu à l'horizon 1994.

 

McLaren - Renault - Elf - Ligier: l'imbroglio

En cet automne 1992, Ron Dennis et Mansour Ojjeh font tout pour obtenir le V10 Renault et méditent pour cela le rachat de l'écurie Ligier. Mais les obstacles semblent insurmontables. En effet, Renault refuse de travailler avec Shell, le pétrolier de McLaren, et Elf oppose un veto obstiné à tout partenariat McLaren – Renault. A La Défense, on sait désormais que Dennis et Shell ont poussé Mosley à semer d'embûches le parcours des Williams-Renault-Elf en 1992, en imposant notamment l'utilisation d'une essence de commerce à compter du GP de Hongrie. Toute entente semble donc impossible, d'autant plus que Frank Williams verrait d'un fort mauvais œil ses deux partenaires s'allier avec son rival direct.

 

Cependant, Guy Ligier cherche bel et bien à passer la main. A 62 ans, l'ancien rugbyman est las d'accumuler les échecs, année après année. En dépit du soutien de l'État français, de Renault, d'Elf et de ses infrastructures ultra-modernes de Magny-Cours, son écurie ne décolle pas et n'a inscrit que quatre malheureux points cette saison. Le candidat le plus sérieux au rachat est l'homme d'affaires Cyril de Rouvre, ex-propriétaire d'AGS, qui possède déjà 20% du capital de l'écurie. Celui-ci pourrait s'associer avec la société TAG de Mansour Ojjeh, si les choses se débloquaient entre McLaren, Renault et Elf. Le dénouement devrait survenir dans les prochaines semaines.

 

Transferts: Warwick chez Footwork - Place à prendre chez Williams

Derek Warwick a vécu une année faste en remportant les 24 heures du Mans puis le championnat du monde des voitures de Sport avec Peugeot. Malheureusement, Jean Todt lui a fait savoir qu'il entendait se passer de ses services l'an prochain. Le vétéran britannique (38 ans) accepte donc la proposition de Jackie Oliver de revenir en F1 l'an prochain avec Footwork. C'est un retour aux sources puisque Warwick a déjà piloté pour cette équipe, alors dénommée Arrows, entre 1987 et 1989. Aguri Suzuki, dont le contrat est renouvelé, sera son équipier. Présent au Japon, Warwick déclare qu'il n'a pas pour autant coupé les ponts avec la marque au lion et qu'il se verrait bien conduire une Peugeot F1 en 1994 ! De nombreuses rumeurs font en effet état d'un programme F1 mis en place par PSA. Mais le président-directeur général Jacques Calvet n'est pas favorable à un tel engagement qu'il juge trop périlleux. Warwick semble vouloir le convaincre du contraire: « Sur ce que je vois ici, à Suzuka, je peux comparer, au moins en matériel, le potentiel de beaucoup d'écuries avec celui de Peugeot. L'avantage du constructeur français est écrasant. » Affaire à suivre...

 

Michele Alboreto a pour sa part signé avec la Scuderia Italia dont il sera le pilote n°1 l'année prochaine, associé au jeune Luca Badoer. Pierluigi Martini se retrouve donc sans volant, même si l'on dit qu'il pourrait retourner chez Minardi.

 

Frank Williams n'a toujours pas dévoilé le nom du futur coéquipier d'Alain Prost en 1993. Quatre noms figurent sur sa « short list ». Tout d'abord, Riccardo Patrese qui, bien qu'il ait signé avec Benetton, n'exclut plus tout à fait de faire machine arrière. Ensuite, Martin Brundle qui a démontré cette saison chez Benetton qu'il était vraiment devenu une valeur sûre de la discipline. L'essayeur Damon Hill, besogneux et rapide, choyé par Patrick Head, est également une possibilité. Enfin, Williams surveille de près Mika Häkkinen, la grande révélation de la saison. Mais le jeune Finlandais a resigné avec Lotus, et du reste est également convoité par McLaren. Pendant ce temps-là, Alain Prost a effectué ses premiers tours de roue avec la FW14B à Estoril et a tout de suite réalisé d'excellents chronos, rassurant ses fans sur son état de forme après son année sabbatique.

 

La valse des moteurs

Le litige opposant Eddie Jordan à Cosworth pour rupture abusive de contrat se conclut en faveur du motoriste britannique. L'Irlandais doit payer les deux millions de dollars réclamés, amende qui met une fois de plus à mal ses finances. En outre, il officialise son divorce avec Yamaha. L'année prochaine, les Jordan seront propulsées par le nouveau V10 concocté par Brian Hart. Quant au calamiteux V12 Yamaha, il achèvera sa peu glorieuse carrière au soir du GP d'Australie. La firme nippone demeurera néanmoins en F1 puisqu'elle a racheté à John Judd son dernier projet d'un V10 évolué sur lequel se greffera une distribution pneumatique à cinq soupapes par cylindres. Judd redevient ainsi l'antenne F1 de Yamaha. Selon toute vraisemblance, c'est Tyrrell qui héritera de ce V10 anglo-japonais. Ken Tyrrell est en effet parvenu à convaincre Ukyo Katayama et son gros sponsor Cabin de le rejoindre. Le Judd-Yamaha sera la cadeau de mariage.

 

Tout ceci embarrasse Gérard Larrousse qui perd avec le pilote japonais une grosse source de revenus. Par bonheur, son associé Doï s'engage à couvrir la perte. Reste à trouver un remplaçant à Katayama, si possible armé d'une valise bourrée de billets...

 

Présentation de l'épreuve

Nigel Mansell a renoué le dialogue avec Frank Williams. Les deux hommes se sont expliquées sur leurs différends et devraient se quitter bons amis. A moins bien sûr que, comme on le susurre, Nigel n'ait l'intention de casser son contrat avec Newman-Haas et ne reste un an de plus à Didcot... Il entend en tout cas briller à Suzuka, circuit qui ne lui a jamais réussi puisqu'il y a perdu deux couronnes mondiales, en 1987 et 1991.

 

Ayrton Senna, flanqué de Julian Jakobi et de son cousin et agent Fabio Machado, fait grise mine. Très affecté par le retrait de Honda, il ne reçoit aucune assurance de la part de Ron Dennis en vue de la saison prochaine. Comme on le sait, McLaren n'a toujours aucun moteur. Très irrité, Ayrton menace de rejoindre Mansell en IndyCar. Vendredi, Max Mosley s'entretient avec lui pendant près de quarante-cinq minutes. Le président de la FISA tente de le convaincre de ne pas quitter la F1. « Voyez ça du côté de Williams ! » lui répond le Brésilien, bougon.

 

L'écurie Brabham, toujours absente des circuits, reçoit une offre de rachat de la part d'Alan Randall, un autre personnage sulfureux qui s'est signalé en début d'année en annonçant qu'il rachetait tout le team Jaguar à Tom Walkinshaw pour l'engager dans le championnat du monde des voitures de sport. Finalement, Walkinshaw n'a jamais vu le chèque promis et l'affaire en est restée là. Randall ne doute pourtant de rien et proclame que Brabham sera au départ de la saison 93, avec comme pilote le Mexicain Carlos Guerrero, soutenu par la bière Carta Blanca. Plus inquiétant, selon le Serious Fraud Office qui enquête sur la faillite de Landhurst Leasing, il apparaît que cette société de prêts sur gages a accepté de pots de vin de la part de Middlebridge, l'ex-propriétaire du team...

 

Keith Wiggins, le patron de l'équipe de F3000 Pacific, fait de son côté savoir qu'il reporte son entrée en F1 à 1994, n'ayant pu réunir le budget nécessaire pour mettre sur pied un programme pour 1993.

 

Comme il est très difficile de doubler à Suzuka, Renault et Honda apportent ici des moteurs spéciaux de qualifications. Visiblement, ces blocs sont très efficaces puisque Mansell affirme que le V10 RS4 vitaminé lui fait gagner « une seconde à une seconde et demie » ! Bernard Dudot récuse cependant le terme de « moteurs de qualifications » et affirme avoir préparé des « moteurs de course » dotés d'une « cartographie spéciale ». Nuance...

 

Ferrari a bien failli ne pas faire le déplacement au pays du Soleil Levant. Après la désastreuse prestation d'Estoril, Luca di Montezemolo a songé à faire un coup d'éclat en déclarant forfait pour le GP du Japon. Niki Lauda l'a convaincu de ne pas commettre une telle bévue. Les Rouges sont donc bien présents à Suzuka. Ivan Capelli est comme prévu remplacé par l'essayeur Nicola Larini qui a développé la suspension active de la Scuderia. Ce dispositif n'est pour le moment qu'un correcteur d'assiette électronique agissant grâce à des vérins sur des combinés conventionnels. C'est ce que l'on retrouve également sur la Lotus 107. La version définitive ne sera disponible qu'en 93. Larini est chargé de l'éprouver en course. Alesi se contente pour plus de sûreté d'une suspension « passive ».

 

Réquisitionné par Peter Sauber pour les essais de sa nouvelle F1, Karl Wendlinger cède son baquet chez March à Jan Lammers, que l'on n'avait plus vu en Formule 1 depuis dix ans ! Depuis, le Néerlandais s'est brillamment reconverti en Endurance, et a même remporté les 24 heures du Mans en 1988 avec Jaguar. Il revient avec quelques sponsors hollandais qui pourraient peut-être permettre à March, terriblement désargentée, de survivre en 1993. Mais, à 36 ans, fort de son expérience en Protos, Lammers ne doute de rien et dit viser une place dans un top team !

 

Essais et qualifications

La pluie s'invitant sur Suzuka le samedi, la grille de départ s'établit par les chronos réalisés le vendredi. Mansell s'adjuge très facilement la trentième pole position de sa carrière, sa treizième de la saison, égalant ainsi le record fixé par Senna en 1988 et 1989. Patrese (2ème) concède cette fois neuf dixièmes à son équipier. Senna conduit à la limite pour arracher la troisième place, ce qui explique un écart de près de deux secondes avec un Berger (4ème) plus prudent. Les Benetton-Ford ne sont pas très performantes. Schumacher (5ème) se déchaîne pour échouer à près de trois secondes (!) de Mansell, et Brundle (13ème), mal en point car victime d'une intoxication alimentaire, est victime d'une grosse sortie de piste. Les Lotus (Herbert 6ème, Häkkinen 7ème) réalisent en revanche de très belles performances. Les Ligier-Renault (Comas 8ème, Boutsen 10ème) sont également bien placées. Elles ont trouvé l'adhérence qui leur faisait défaut en début d'année.

 

De Cesaris place sa Tyrrell-Ilmor au neuvième rang tandis que Grouillard (21ème) se qualifie avec son mulet après avoir démoli sa voiture de course. Larini (11ème) exploite bien la Ferrari à suspension active. Alesi (15ème) est par contre très malheureux: il casse un moteur puis s'accroche avec Naspetti. Les Minardi-Lamborghini (Fittipaldi 12ème, Morbidelli 14ème) revivent sur ce tracé atypique. Les Footwork-Mugen sont affectées d'un fort sous-virage. Le régional de l'étape Suzuki (16ème) fait pour une fois beaucoup mieux qu'Alboreto (24ème). Chez Jordan, Modena (17ème) constate une amélioration du moteur Yamaha. Gugelmin (23ème) endommage sa voiture dans une pirouette. Gachot (18ème) et Katayama (20ème) sortent tous deux de la route au volant de leurs Venturi. Les Dallara-Ferrari sont toujours inconduisibles. Martini (19ème) et Lehto (22ème) tombent en panne sèche en fin de séance en voulant améliorer leurs chronos. Enfin, chez March, Lammers (23ème) surprend en devançant Naspetti (26ème), frappé par des pannes de moteur.

 

Samedi après-midi, Mansell réalise le meilleur chrono sous la pluie devant Alesi, Schumacher, Senna, Berger et... Lammers, qui décidément n'a pas perdu la main.

 

Le Grand Prix

Le dimanche commence mal pour Ayrton Senna: ayant voulu se rendre tôt le matin sur le circuit au volant de son scooter, il est bientôt cerné par une nuée de fans très agités. Il se réfugie dans la navette officielle qui fait le trajet entre son hôtel et l'autodrome. Le véhicule se retrouve bientôt encerclé, et ce n'est que grâce à une escorte policière que l'idole arrive à bon port pour assister au warm-up. Comble de malchance, au cours de cet entraînement, il casse un moteur, son deuxième du week-end... Pendant ce temps-là, Mansell est surpris en déboulant à haute vitesse sur un Boutsen au ralenti. Il part en glissade et endommage sa voiture contre les glissières. Elle sera heureusement réparée pour la course.

 

Le ciel est couvert et les températures basses. Toutefois, Lee Gaug de Goodyear annonce que chaque pilote devrait effectuer au moins un arrêt en course. Comme chaque année, les tribunes sont bondées, remplies de Japonais bouillonnants qui agitent des banderoles à la gloire de Honda et de leur chouchou Ayrton Senna.

 

Départ: Excellents envols des Williams. Patrese tente en vain de se porter à la hauteur de Mansell. Suivent les deux McLaren. Larini cale son moteur et ne démarre qu'au bout d'une demi-minute, avec l'aide des commissaires.

 

1er tour: Mansell mène devant Patrese, Senna, Berger, Schumacher, Herbert, Häkkinen, Comas, de Cesaris et Boutsen.

 

2e: Mansell s'enfuit et compte quatre secondes d'avance sur Patrese, poursuivi par Senna. Boutsen regagne son stand. Il a cassé un pignon de sa boîte de vitesses. Ses mécaniciens le renvoient tout de même en piste.

 

3e: Senna ralentit dans les Esses et se gare dans une échappatoire. Pour la troisième fois du week-end, il est lâché par un V12 Honda. Cette fois, le dysfonctionnement semble provenir de la distribution.

 

4e: Mansell a cinq secondes de marge sur Patrese. Schumacher est aux trousses de Berger et entraîne avec lui les Lotus. Boutsen rejoint son box pour renoncer.

 

5e: Mansell devance Patrese (5.2s.), Berger (13.1s.), Schumacher (13.8s.), Herbert (15s.), Häkkinen (15.6s.), Comas (21s.), de Cesaris (22s.), Brundle (23s.), Fittipaldi (28s.) et Alesi (29s.).

 

6e: Brundle remonte comme une flèche et apparaît en huitième place après avoir passé de Cesaris.

 

7e: Grouillard perd le contrôle de sa Tyrrell après Spoon et heurte les glissières par l'arrière. Il quitte sans peine son habitacle et sa machine est rapidement tractée par un véhicule.

 

8e: Mansell se promène et fixe le meilleur temps provisoire à 1'44''479'''. Comas, Brundle et de Cesaris s'expliquent pour la septième place. Plus loin, Alesi doit contenir Suzuki et Morbidelli pour garder sa modeste onzième position...

 

9e: Berger prend un peu de champ sur Schumacher. Brundle surprend Comas et pointe au septième rang.

 

10e: Mansell précède Patrese (7.2s.), Berger (23s.), Schumacher (24.4s.), Herbert (25.2s.) et Häkkinen (25.8s.).

 

11e: Afin qu'il ne lui arrive pas la même mésaventure qu'à Estoril avec Patrese, Berger agite ses deux bras avant de rentrer aux stands, pour prévenir ses poursuivants. Il change rapidement de gommes (5.5s.) et ressort sixième derrière les Lotus.

 

12e: Mansell porte son avantage sur Patrese à huit secondes.

 

13e: Schumacher entre aux stands avec une boîte de vitesses bloquée et renonce. C'est son premier abandon de la saison du fait d'une panne technique. Du coup, Herbert récupère la troisième place et Brundle entre dans les points.

 

15e: Herbert regagne son garage et abandonne, boîte de vitesses cassée. Au même instant, Brundle chausse des Goodyear frais (8.8s.) et repart juste derrière Fittipaldi. Changement de pneus également pour Suzuki.

 

16e: Mansell caracole en tête avec neuf secondes d'avance sur Patrese. Brundle se défait de Fittipaldi avant le 130R.

 

17e: Brundle revient rapidement sur le duo Comas – de Cesaris qui se bat pour la cinquième place. Changement de pneus pour Morbidelli.

 

19e: L'intervalle est stable entre les Williams de tête. Beaucoup plus loin, Berger guigne la troisième place détenue par Häkkinen qui n'a pas encore stoppé. Comas change de pneus et chute au douzième rang. Brundle dépasse de Cesaris et grimpe ainsi en cinquième position.

 

20e: Alboreto et Martini prennent des gommes neuves.

 

21e: Mansell précède Patrese (10.6s.), Häkkinen (42s.), Berger (44s.), Brundle (1m. 14s.), de Cesaris (1m. 17s.), Alesi (1m. 27s.), Gachot (1m. 28s.) et Modena (1m. 31s.). Fittipaldi remplace ses pneus.

 

22e: Häkkinen fait halte chez Lotus pour chausser de nouvelles gommes et repart quatrième, laissant la troisième place à Berger. Lehto et Katayama transitent également par les stands.

 

23e: Animation dans le stand Williams: Patrese arrive pour s'équipe en gommes neuves. Tout se passe bien et l'Italien reprend la piste sans avoir cédé sa seconde place. Arrêt aussi pour Modena.

 

24e: Mansell observe son changement de pneus (6.7s.) et ressort évidemment toujours en tête. Arrêt également pour Alesi (5.4s.). Bonne pioche pour l'Avignonnais qui ressort devant Fittipaldi. De Cesaris et Naspetti passent aussi aux stands. Gugelmin sort dans la grande courbe qui précède Spoon et pulvérise sa Jordan contre les glissières. Par bonheur, le Brésilien n'est pas blessé. Les drapeaux jaunes sont agités dans le secteur.

 

25e: Mansell est premier devant Patrese (16.5s.), Berger (22.6s.), Häkkinen (44.4s.), Brundle (52s.), Comas (1m. 22s.), de Cesaris (1m. 24s.), Alesi (1m. 35s.), Fittipaldi (1m. 36s.), Modena (1m. 37s.) et Suzuki (1m. 38s.). Morbidelli change une seconde fois de pneus.

 

26e: Après avoir ramassé des débris de la Jordan de Gugelmin, un commissaire de course se fait une frayeur en traversant la piste devant Alesi. Gachot change de pneus mais son arrêt s'éternise et il ne ressort qu'en treizième position, derrière son équipier Katayama. Arrêt également pour Larini.

 

28e: Patrese est plus rapide que Mansell qui est pris dans le trafic. Douze secondes les séparent. L'Italien tourne en 1'42''435'''. Lammers passe le stand March pour changer de pneus et faire examiner son sélecteur de vitesses qui est déréglé.

 

29e: Mansell laisse derrière lui le quatuor Alesi – Fittipaldi – Modena – Suzuki. Berger effectue un deuxième changement de pneus (5.4s.) et reprend la piste avec une ligne droite d'avance sur Häkkinen.

 

30e: Mansell domine devant Patrese (15.5s.), Berger (41.8s.), Häkkinen (46.3s.), Brundle (57s.), Comas (1m. 29s.), de Cesaris (1m. 30s.), Alesi (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Modena (-1t.) et Suzuki (-1t.). Lammers abandonne: son embrayage vient de rendre l'âme.

 

31e: Mansell améliore encore le record du tour (1'40''838'''). Second changement de pneus pour Brundle. L'opération dure quinze secondes car les mécaniciens peinent à fixer la roue arrière-gauche. Mais l'Anglais ne perd aucune position.

 

32e: Alesi, huitième, contient avec peine la Minardi de Fittipaldi et la Jordan de Modena. C'est dire le niveau de la Ferrari...

 

33e: Mansell compte vingt secondes d'avance sur Patrese et quarante-quatre secondes sur Berger.

 

35e: Mansell commence à diminuer sa cadence. Patrese revient en coup de vent sur son équipier.

 

36e: Comme à Monza, Mansell laisse passer Patrese pour lui offrir la victoire. De Cesaris profite d'une faute de Comas à la chicane pour prendre son aspiration. Il fait l'extérieur au Français au premier virage, et s'empare ainsi de la sixième place.

 

37e: Patrese mène désormais devant Mansell (0.8s.), Berger (22.7s.), Häkkinen (29.4s.), Brundle (1m. 16s.), de Cesaris (1m. 27s.), Alesi (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Modena (-1t.), Suzuki (-1t.) et Katayama (-1t.). Comas s'immobilise dans l'herbe. Une chute de pression d'huile a cassé son moteur.

 

39e: Mansell suit parfaitement le rythme de Patrese, ce qui laisse à penser qu'il pourrait aisément le redoubler s'il le voulait. Les deux pilotes Larrousse, Katayama et Gachot, luttent pour la onzième position.

 

40e: Gachot attaque Katayama aux abords de la chicane mais manque son freinage et harponne son équipier. Tous deux atterrissent dans les graviers. Gachot abandonne tandis que Katayama peut repartir mais après avoir perdu quelques places. Gérard Larrousse est catastrophé.

 

41e: Patrese précède Mansell (0.9s.), Berger (27.4s.), Häkkinen (40.5s.), Brundle (1m. 22s.), de Cesaris (1m. 39s.), Alesi (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Modena (-1t.) et Suzuki (-1t.). Katayama passe par son stand pour faire examiner sa monoplace.

 

42e: Les Williams sont engluées dans le trafic. Patrese est notamment gêné par Morbidelli qui lutte contre Alboreto pour la 18ème place.

 

44e: Mansell et Patrese achèvent leurs meilleurs tours de la course: 1'40''646''' pour l'Anglais, 1'40''910''' pour l'Italien. Berger est un temps bouchonné par Modena qui est obnubilé par la poursuite de Fittipaldi. Häkkinen ralentit car son moteur a descendu une soupape.

 

45e: Le V10 Renault de Mansell meurt dans une gerbe de flammes. L'embiellage a cédé. Le champion du monde s'engouffre dans les stands et quitte son habitacle. Häkkinen renonce au niveau de Hairpin, moteur cassé.

 

46e: Patrese est leader devant Berger (31s.), Brundle (1m. 25s.), de Cesaris (-1t.), Alesi (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Modena (-1t.), Suzuki (-1t.), Lehto (-1t.) et Martini (-1t.).

 

47e: Katayama prend la onzième place à Larini qui finit l'épreuve au petit trot car sa suspension active s'est désactivée.

 

48e: Patrese compte trente-huit secondes d'avance sur Berger et n'a donc plus rien à craindre. Désormais cinquième, Alesi doit toujours résister à la pression de l'étonnant Fittipaldi. Modena les suit, en embuscade.

 

50e: Patrese lève un peu le pied pour ménager sa mécanique. Trente-cinq secondes le séparent de Berger. Alesi, Fittipaldi et Modena se suivent de près.

 

52e: Patrese devance Berger (24s.), Brundle (1m. 20s.), de Cesaris (-1t.), Alesi (-1t.), Fittipaldi (-1t.) et Modena (-1t.).

 

53ème et dernier tour: Riccardo Patrese remporte son premier Grand Prix de la saison, le sixième de sa longue carrière. Berger finit second pour la deuxième course d'affilée. Brundle, troisième, monte sur son quatrième podium en 1992. De Cesaris obtient une très belle quatrième place. Un Alesi opiniâtre se classe cinquième. Sixième, Fittipaldi inscrit son premier point et ouvre le compteur de Minardi. Modena, Suzuki, Lehto, Martini, Katayama, Larini, Naspetti, Morbidelli et Alboreto sont également classés.

 

Après la course

A sa sortie de voiture, Riccardo Patrese reçoit une chaleureuse accolade de Nigel Mansell qui a déjà revêtu un blouson de cuir. Une belle image réunissant ces deux coéquipiers qui, s'ils n'ont pas toujours entretenu les meilleures relations du monde, ont toujours témoigné d'un grand respect l'un envers l'autre. Patrese rejoint ensuite Berger et Brundle pour ce « podium des doublures », les trois vedettes, Mansell, Senna et Schumacher ayant renoncé.

 

Riccardo Patrese échappe de justesse à l'humiliation de conclure sans victoire cette saison passée au volant de la meilleure voiture du monde. « Vous ne croyez pas que je la méritais, celle-là ? » lâche-t-il joyeusement à ses mécaniciens. « Je me sens mieux après ce succès », enchaîne-t-il devant la presse. « Depuis quelques courses, je traînais un énorme poids sur mes épaules, mon moral était à zéro. Bien sûr, Nigel a été le plus fort cette année, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est champion du monde. Mais ne serait-ce que pour ma contribution à cette complète réussite, je crois mériter cette victoire ! » Certes, l'Italien a été chanceux et, comme il le révèle lui-même, Mansell lui avait promis avant la course de l'aider à grimper sur la plus haute marche. Mais de toute façon, l'Anglais n'a pas terminé. Celui-ci affiche d'ailleurs une sérénité de père tranquille: « J'étais très heureux de voir Riccardo gagner, et satisfait de terminer deuxième. Je m'amusais bien derrière lui. Jusqu'à ce que mon moteur lâche... »

 

Renault se félicite de cette victoire en terre japonaise qui vient symbolise sa prise de pouvoir en Formule 1 aux dépens de Honda. Au soir du Grand Prix, Nobuhiko Kawamoto et Mme. veuve Soichiro Honda se rendent à la casemate de Williams-Renault pour offrir à Frank Williams un énorme casque de samouraï. Un bel hommage à leur adversaire et ancien partenaire. Le président Kawamoto présente ensuite ses félicitations à Christian Contzen et Bernard Dudot pour les succès remportés par Renault Sport en 1992.

 

Pendant ce temps-là, Christian Fittipaldi sable le mousseux avec ses mécaniciens de Minardi. A seulement 21 ans, le jeune Brésilien vient d'inscrire son tout premier point en F1 après avoir effectué un week-end remarquable. Seule ombre au tableau: pour la première fois de l'année, ses parents Wilson et Suzy n'ont pas fait le déplacement sur le Grand Prix !

 

Le succès de Patrese lui permet de reprendre la deuxième place au championnat des conducteurs. Il possède dorénavant 56 points et une avance assez confortable sur Senna (50 pts) et Schumacher (47 pts). Chez les constructeurs, McLaren-Honda (89 pts) a huit unités de plus que Benetton-Ford (81 pts). Ferrari (18 pts) devait garder la quatrième place devant Lotus-Ford (13 pts).

Tony