Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Renault
Riccardo PATRESE
 R.PATRESE
Williams Renault
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda

506e Grand Prix

XV Gran Premio de Mexico
Couvert
16 juin 1991 - Mexico City
67 tours x 4.421 km - 296.207 km
Course prévue pour 69 tours, réduite à 67 suite à deux annulations de la procédure de départ.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Pourtant parti en pole position, Riccardo Patrese (à droite) manque son départ et se retrouve 4e après le premier virage.

Senna à la mer

Le mardi 11 juin, cinq jours avant le Grand Prix du Mexique, le quotidien brésilien O Globo révèle qu'Ayrton Senna a été victime quelques jours plus tôt d'un accident en mer. Aussitôt, les bureaux de la société de promotion du champion, que dirige son père Milton da Silva, croulent sous les télex et les appels téléphoniques. La ligne personnelle du Pauliste sonne constamment occupée. Ce silence alimente la rumeur qui affirme qu'il a subi pas moins de vingt points de suture et pourrait déclarer forfait pour le rendez-vous mexicain. Pis encore: Senna ne tient pas son employeur informé ! Ron Dennis dépêche Jo Ramirez à Mexico pour établir un contact direct avec lui. Ramirez y parvient non sans mal. Senna lui explique que le dimanche précédent, lors d'une sortie en jet-ski, il a perdu le contrôle de son bolide et heurté un ami avec la tête. Sa blessure au cuir chevelu est superficielle. Il ne faut pas s'en inquiéter.

 

Mais lorsque le jeudi 13 juin Senna arrive à Mexico, un léger pansement sur la nuque, il est assailli par une nuée de journalistes. Leurs questions l'agacent, mais il parvient tout de même à faire de l'humour: « Si je suis certain de gagner dimanche autant de points que j'en ai sur le cuir chevelu, je signe toute de suite ! » Puis, une fois libéré de ces pénibles obligations, il se confie aux soins de son médecin Josef Leberer qui le traite à l'acupuncture. Jo Ramirez fait pour sa part alléger son casque Rheos afin qu'il ne soit pas trop gêné.

 

Remous chez Williams: Mansell mis en boîte

L'ambiance est assez tendue chez Williams-Renault. Bien que bénéficiant sans aucun doute du châssis et du moteur les plus efficaces du plateau, l'écurie de Didcot court toujours après son premier succès en 1991. Et l'abandon de Nigel Mansell dans les derniers mètres du GP du Canada, alors que la victoire lui tendait les bras, a suscité bien des remous. L'Anglais est sous le feu des critiques. « Mansell est-il fêlé ? » a même titré un quotidien français. « Vous, les frenchies, vous devez avoir de l'indulgence envers les rosbeefs (sic) », s'agace Frank Williams. « Nigel a eu sa boîte semi-automatique bloquée pendant un millième de seconde. Et nous avons, tous ensemble, perdu dix points quasi assurés. C'est un blâme pour tout le monde. » Solidarité avec Mansell, donc. Renault le disculpe également en affirmant qu'il n'a pas trop demandé à son moteur, et que celui-ci a coupé sans raison apparente. La boîte électronique serait donc encore en cause, avec peut-être un « bug » dans le logiciel. Damon Hill tourne au Magny-Cours pour déceler un éventuel problème...

 

Frank Williams et Patrick Head s'efforcent aussi d'apaiser les rapports entre Nigel Mansell et Riccardo Patrese. Ce dernier vit mal son statut de numéro deux alors qu'il a toujours devancé son équipier en qualifications depuis le coup d'envoi de la saison. En outre, la presse y met son grain de sel. L'Équipe du 12 juin annonce ainsi que Renault voudrait recruter Alain Prost en 1992. Williams serait-il partant ? Qui en ferait les frais ? Mansell ou Patrese ? Pour l'heure, tous les protagonistes balaient ces rumeurs. Y compris Prost, qui s'empresse de confirmer à Piero Lardi-Ferrari qu'il entend honorer jusqu'au bout son contrat avec la Scuderia, c'est-à-dire jusqu'à fin 92.

 

Présentation de l'épreuve

Le Grand Prix du Mexique attire toujours environ 80 000 spectateurs mais n'est plus le succès populaire attendu. Les sponsors boudent ce rendez-vous. « Je suis en vacances ici. Il n'y aucune capacité d'accueil pour les commanditaires », observe Paddy McNally, animateur du Paddock Village Club. Bernie Ecclestone et le promoteur du Grand Prix José Abed annoncent néanmoins la reconduction de l'épreuve jusqu'en 1993.

 

L'autodrome des frères Rodríguez culmine, on le sait, à plus de 2200 mètres d'altitude. La raréfaction de l'atmosphère entraîne une forte perte de puissance des moteurs atmosphériques. Aucun bloc n'y échappe. Il s'agit de « partir à la recherche des chevaux perdus » comme l'écrit Renaud de Laborderie. « Ce Grand Prix n'est qu'une épreuve de Formule 3000 », lâche Mauro Forghieri. « Comme la plupart des moteurs ne développent pas plus de 650 chevaux, ils tourneront ici à 520 ch. Celui qui comblera ce handicap gagnera. » A ce jeu, les spécialistes désignent Renault comme favori. Depuis le Canada, le V10 français bénéficie en qualifications d'un carburant Elf vitaminé qui accroît ses performances. Ayrton Senna s'alarme: « D'après ce que j'ai vu à Montréal avec les Williams-Renault, nous avons besoin de carburants spéciaux lors des essais pour leur tenir tête. C'est notre seule chance. » Le champion du monde interpelle ainsi Shell qui ne ménage pourtant pas ses efforts pour améliorer le rendement du V12 Honda. Le pétrolier anglais apporte ainsi un nouveau carburant « spécial » (et très malodorant) pour Mexico, avant d'introduire un autre produit lors du GP de France. David Britton, l'ingénieur en chef de Shell, souligne que sa firme poursuit une démarche « écologique » : ces essences ne contiennent ni plomb ni éléments toxiques. Cela est bien beau, mais les performances ne s'en ressentent guère.

 

Senna met aussi la pression sur Honda, car le nouveau V12 nippon manque de chevaux et surtout souffre d'un grave défaut de lubrification. D'où les nombreux soucis de fiabilité rencontrés par les McLaren depuis le début de l'année.

 

Dans les colonnes du magazine Sport Auto, Alain Prost décrit à Gérard Crombac les problèmes d'adhérence que rencontre la Ferrari 642: « La déportance créée par l'aileron avant n'est pas stable, elle s'accroît trop en fonction de la vitesse. Nous sommes donc obligés d'utiliser des ressorts de suspension très raides, et le comportement est très mauvais sur des pistes bosselées. » Selon Claudio Lombardi, la nouvelle 643 fera heureusement ses débuts lors de la prochaine épreuve, à Magny-Cours.

 

Pendant ce temps-là, la presse italienne, à court de munitions contre la Scuderia, porte ses attaques contre McLaren et Honda. Elle accuse ainsi le motoriste nippon de recycler de l'huile dans leur bloc, ce qui serait contraire au règlement. Gabriele Cadringher, qui est dépêché par la FISA au Rallye de l'Acropole, joint seulement par téléphone, abonde en ce sens. Mais à Mexico, son adjoint Charlie Whiting conclut à la légalité du dispositif. Il blâme au passage Cadringher pour cette prise de position à distance et constate qu'il déserte de plus en plus les Grands Prix. Jean-Marie Balestre ne prend pas parti car il est hospitalisé à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine pour subir une petite opération cardiaque.

 

Le divorce entre John Barnard et Benetton est officialisé entre les Grands Prix du Canada et du Mexique. L'écurie italo-britannique annonce aussitôt le recrutement de Gordon Kimball (ex-McLaren, ex-Ferrari) à la tête de son département technique. L'ingénieur américain, ex-bras droit de Barnard, est certes un homme d'expérience, qui s'est notamment beaucoup occupé de la McLaren d'Ayrton Senna l'an passé, mais il est surtout spécialisé dans le développement d'éléments périphériques (boîte semi-automatique, suspension active), non sur celui d'une voiture complète. Flavio Briatore est en quête d'un technicien de plus grande renommée. L'organigramme du team est en tout cas réorganisé. Giorgio Ascanelli devient l'adjoint de Kimball, tandis que Nigel Stepney et Michael Ainsley-Cowlinshaw prennent en main l'équipe des mécaniciens.

 

Stefan Johansson poursuit son intérim chez Footwork. Alex Caffi n'est en effet pas rétabli, et il pourrait rester un certain temps à l'écart des circuits car Jackie Oliver blâme publiquement le manque de professionnalisme de l'Italien, qui n'était pas « très frais » lorsqu'il a été victime de cet accident de la circulation. Bernd Schneider pourrait occuper son baquet à partir du GP de France, s'il est libéré par Joest, pour le compte duquel il pilote en IMSA.

 

Essais et qualifications

Vendredi matin, la séance de pré-qualifications est perturbée par une averse. Lehto réalise le meilleur chrono et se qualifie pour la suite du week-end, de même que de Cesaris. Gachot est dans un premier temps éliminé, faute d'avoir pu chausser des pneus rainurés. Pour la première fois, Grouillard sauve la nouvelle Fomet du couperet. Pirro sort de la route et passe à la trappe. Larini parvient à pré-qualifier sa Lamborghini, mais les commissaires constatent que son aileron arrière est trop haut, et il est déclassé, ce qui sauve Gachot. Van de Poele et Chaves restent sur le palier. Olivier Grouillard est rasséréné à l'idée de pouvoir poursuivre ses prestations au-delà du vendredi matin. « C'est un enfer de ne pas sortir des pré-qualifs », explique-t-il. « Mais je dois pourtant faire le maximum. Sinon, l'écurie n'a aucun point de repère pour son travail. »

 

Vendredi après-midi, Gachot quitte la piste suite à une crevaison dans la terrible Peraltada et pulvérise sa Jordan contre les barrières de pneus. Drapeau rouge. Lorsque la séance reprend, c'est Senna qui part à cet endroit dans une embardée magistrale. La McLaren pirouette, percute violemment le tas de caoutchouc, se soulève et retombe sur son arceau, cul par-dessus tête. Senna s'extrait seul de son habitacle, tout à fait indemne. Il reconnaît son erreur: il a voulu franchir cette courbe relevée à fond de sixième. Or la force centrifuge est si forte ici qu'une telle présomption se paie « cash ».

 

La météo réserve encore des surprises aux pilotes lors des séances qualificatives, avec notamment une averse samedi après-midi. Les Williams-Renault font à nouveau démonstration de leur extrême compétitivité. Bien qu'handicapé par une vilaine turista, encore une fois Patrese exploite mieux ce potentiel que Mansell et réalise sa cinquième pole position, trois dixièmes devant celui-ci (1'16''696''' contre 1'16''978'''). Chez McLaren-Honda, Senna prend le troisième chrono malgré sa cabriole du vendredi. Berger (5ème) se plaint d'un moteur poussif et passe samedi ses pneus les plus tendres lorsqu'arrive la pluie. La Ferrari se comporte un peu mieux malgré les bosses, et Alesi arrache un très beau quatrième temps. Prost (7ème) rencontre en revanche des problèmes de moteur. Les Benetton-Ford (Piquet 6ème, Moreno 9ème) tiennent leur rang mais sont délicates à régler. Même problème pour les Tyrrell-Honda (Modena 8ème, Nakajima 13ème) qui progressent cependant du vendredi au samedi.

 

Grouillard démontre le potentiel de la Fomet en décrochant une superbe dixième place. Il était même huitième vendredi soir ! De Cesaris place sa Jordan sur le onzième rang. Gachot (20ème) se contente de se qualifier au volant d'une machine reconstruite après son crash de vendredi matin. L'évolution du V12 Yamaha fait merveille sur les Brabham. Brundle (17ème) ne peut hélas pas l'utiliser à cause de coupures électriques. Le jeune Blundell se classe en revanche douzième. Si Boutsen (14ème) est content de sa Ligier, Comas (27ème) est éliminé car il s'est fait surprendre par l'averse de samedi après-midi. Les Minardi-Ferrari (Martini 15ème, Morbidelli 23ème) ont des rapports de boîte trop longs. Lehto (16ème) se bat avec une Dallara peu à l'aise sur cette piste. Les Larrousse sont nerveuses, mais Bernard (18ème) et Suzuki (19ème) parviennent à les maintenir en piste. Comme d'habitude, les Leyton House (Capelli 21ème, Gugelmin 22ème) souffrent sur les bosses. Les Lotus-Judd (Häkkinen 24ème, Herbert 25ème) sont totalement dépassées mais au moins sont qualifiées. Chez Footwork, c'est la déroute habituelle: problèmes de circulation d'huile et quatre moteurs Porsche explosés ! Alboreto (26ème) se sauve, mais pas Johansson. Les AGS de Tarquini et de Barbazza manquent de grip et restent à quai.

 

Le Grand Prix

Encore un accident dimanche matin, lors du warm-up: c'est cette fois Alesi qui démolit le train avant de sa Ferrari dans une lourde sortie. Il quitte sa voiture avec une vive douleur au genou, heureusement calmée l'après-midi pour la course. L'après-midi, la course se déroule sous un ciel chargé. Goodyear confie à ses clients les pneus « C » tendres qui ne devront pas être remplacés. Pirelli offre un choix plus vaste: Piquet et les pilotes Tyrrell se munissent de pneus durs (GF22), Moreno et les Brabham de pneus tendres (GF9). Alboreto s'élance depuis les stands car il a remplacé sa batterie à la dernière minute.

 

Grille de départ: Une fumée suspecte s'échappe de la Dallara de Lehto. Roland Bruynseraede décide d'annuler la procédure de départ. Les voitures repartent pour un nouveau tour d'installation. Lehto n'est pas jugé responsable de cet incident et garde sa seizième place.

 

Deuxième grille: Juste avant d'allumer les feux verts, Bruynseraede voit Grouillard lever la main. Il pense que celui-ci a calé et le coup d'envoi est de nouveau retardé. Grouillard est repoussé en fond de grille. Fureur du Toulousain qui affirme que ce n'est pas lui qui a calé, mais Blundell situé devant lui. Mais le directeur de course ne veut rien savoir. Les participants parcourent une troisième boucle d'installation et l'épreuve est amputée de deux tours.

 

Départ: Patrese fait un envol médiocre et Mansell s'empare aussitôt du commandement. Alesi prend l'aspiration derrière Senna. Il fait l'intérieur au Brésilien, ainsi qu'à Patrese, au premier virage, au prix d'un freinage appuyé.

 

1er tour: Senna assaille Alesi tandis que Patrese repousse une attaque de Berger. Mansell mène devant Alesi, Senna, Patrese, Berger, Piquet, Modena, Moreno, de Cesaris, Prost et Moreno.

 

2e: Senna dépasse Alesi par l'intérieur après le passage devant les stands. Il se rabat sur la gauche pour tasser l'Avignonnais, mais celui-ci braque à droite pour « croiser » la McLaren. En vain, mais la passe d'armes fut belle. Modena double Piquet et Moreno se défait de Prost.

 

3e: Mansell compte une seconde de marge sur Senna. Patrese menace Alesi. Moreno bute sur de Cesaris. Prost se débat avec une Ferrari très instable, au point d'être le gibier de... Lehto.

 

4e: Patrese déborde Alesi au premier virage. Berger contient un groupe contenant Modena, Piquet, de Cesaris et Moreno.

 

5e: Patrese est aux trousses de Senna. Le moteur de Berger explose dans Peraltada et soulève un panache de fumée blanche. Tandis que l'Autrichien regagne les stands, Martini glisse sur l'huile répandue par la McLaren, sort de la route dans la parabolique et percute la barrière de vieux pneus.

 

6e: Mansell précède Senna (1s.), Patrese (1.7s.), Alesi (3s.) et Modena (6s.). De Cesaris prend la sixième position à Piquet. Les commissaires évacuent la Minardi de Martini et agitent le drapeau rayé de jaune et de rouge, signal d'une piste glissante.

 

7e: Patrese perd quelque peu le contact avec Senna. Gachot grimpe dans la hiérarchie: il a doublé Boutsen, Nakajima et va se défaire de Blundell.

 

8e: Prost se réveille et tourne en 1'21''384'''. Il tente de revenir sur les deux Benetton.

 

9e: Patrese recolle à Senna. Mansell possède deux secondes d'avance sur ce duo.

 

11e: Patrese déborde Senna dans la longue pleine charge. Les deux Williams retrouvent les deux premières places. Cependant, Mansell diminue son rythme car ses températures d'eau et d'huile sont trop élevées.

 

12e: Patrese revient très fort sur Mansell. Il se déporte à l'extérieur avant les premiers Esses, sans troubler son équipier. Senna et à Alesi comblent également leur retard.

 

13e: Mansell est premier devant Patrese (0.4s.), Senna (1.3s.), Alesi (1.8s.), Modena (4.6s.), de Cesaris (6s.), Piquet (6.5s.), Moreno (7s.), Prost (8s.) et Lehto (14s.).

 

14e: Alesi fait l'intérieur à Senna et prend la troisième place. Grouillard était remonté au dix-neuvième rang. Hélas, une chute de pression d'essence a fait surchauffer son moteur, et il doit renoncer.

 

15e: Patrese déborde Mansell par l'extérieur dans la longue pleine charge. Mais le Britannique retarde son freinage, allume ses roues, et reste devant au premier virage. Patrese se déporte à gauche. Les deux Williams franchissent côte à côte les premiers Esses. Finalement, Patrese, mieux placé, s'impose à l'entame de la seconde ligne droite. Alesi se place aussitôt dans le sillage de Mansell, mais il glisse à l'entrée des Esses et part en tête-à-queue. Il reprend la piste en neuvième position. Piquet repasse devant de Cesaris.

 

16e: Patrese s'enfuit pendant que Senna met la pression sur Mansell. Piquet dépasse Modena au premier freinage. Prost rejoint les stands à petite allure: son alternateur vient de lâcher. Nouvelle déception pour le champion français.

 

17e: Mansell sème Senna qui se retrouve la proie des assauts de Piquet. De Cesaris prend l'ascendent sur Modena dont les pneus Pirelli, pourtant durs, s'abîment rapidement. Bon dernier, Gugelmin renonce après avoir cassé son fragile moteur Ilmor.

 

18e: Patrese compte cinq secondes d'avance sur Mansell. Moreno et Alesi doublent Modena.

 

19e: Modena passe par le stand Tyrrell pour remplacer ses pneus. Il ressort au quatorzième rang, et est bientôt imité par son équipier Nakajima.

 

20e: Brundle passe chez Tyrrell pour chausser des gommes neuves. Hélas sa roue arrière-droite a mal été serrée. Elle s'échappe dans les Esses, et l'Anglais termine sa course dans le décor.

 

21e: Patrese précède Mansell (7.2s.), Senna (10.3s.), Piquet (10.9s.), de Cesaris (12.6s.), Moreno (13.9s.), Alesi (15s.), Lehto (31s.), Gachot (33s.), Blundell (37s.) et Bernard (38s.). Capelli renonce, moteur cassé suite à un surrégime.

 

22e: Alesi dépasse Moreno. Modena change une seconde fois de Pirelli à cause d'un méplat, et se retrouve bon dernier.

 

24e: Tout va bien pour Patrese qui tourne en 1'19'' et possède huit secondes de marge sur son coéquipier. Senna est toujours poursuivi par Piquet.

 

26e: Alboreto renonce avec une pression d'huile à zéro. Blundell et Bernard se battent rudement pour la dixième place.

 

27e: Mansell ménage toujours son moteur et concède maintenant treize secondes à Patrese. Derrière lui se forme un train comprenant Senna, Piquet, de Cesaris, Alesi et Moreno. Gachot prend la huitième place à Lehto.

 

29e: De Cesaris surprend Piquet au bout de la ligne droite principale et s'empare à ses dépens de la quatrième place.

 

30e: Bien que chaussé de pneus durs, Piquet ressent le besoin de passer aux stands pour changer d'enveloppes (6.2s.).

 

31e: Patrese devance Mansell (18.1s.), Senna (19.4s.), de Cesaris (20.3s.), Alesi (23s.), Moreno (25.7s.), Gachot (41s.), Piquet (47s.), Bernard (52s.) et Blundell (53s.). Lehto quitte l'épreuve à cause d'une nouvelle casse moteur.

 

32e: Mansell est gêné par Nakajima, ce qui permet à Senna de le menacer à nouveau. Alesi dépasse de Cesaris.

 

33e: Mansell et Senna doublent Nakajima devant les stands. Le Brésilien fait l'extérieur à l'Anglais dans l'espoir de prendre l'avantage, non au premier mais au second virage, comme Patrese précédemment. Mais Mansell déjoue la manœuvre en coupant la route à son adversaire dans l'enchaînement.

 

34e: Senna réédite sa tentative du tour précédent. Mais il lui manque quelques chevaux pour se porter franchement devant la Williams. Mansell garde la corde et reste devant. Il rend maintenant vingt-deux secondes à Patrese.

 

35e: Mansell change plusieurs fois de trajectoire dans la longue pleine charge pour empêcher Senna de prendre l'aspiration. Mais Magic se cramponne à la Williams n°5.

 

36e: Patrese possède vingt-cinq secondes de marge sur Mansell. Alesi se déchaîne au volant de sa Ferrari et rattrape Senna.

 

38e: Patrese devance Mansell (24.3s.), Senna (25s.), Alesi (26.2s.), de Cesaris (27.4s.), Moreno (31s.), Gachot (50s.), Piquet (52s.), Bernard (1m. 10s.) et Blundell (1m. 12s.).

 

39e: Mansell et Senna prennent un tour aux Lotus d'Häkkinen et de Herbert qui roulent de concert. Alesi surveille de Cesaris qui le suit de près.

 

41e: L'intervalle est stable entre Patrese et Mansell. Piquet s'empare de la septième position aux dépens de Gachot.

 

43e: Senna se montre dans les rétroviseurs de Mansell. Alesi rejoint les stands avec un embrayage cassé. Encore un zéro pointé pour Ferrari ! Moreno rattrape de Cesaris.

 

44e: Patrese est leader devant Mansell (24.8s.), Senna (25.2s.), de Cesaris (33.1s.), Moreno (33.4s.), Piquet (47.5s.), Gachot (51s.), Bernard (1m. 17s.) et Blundell (1m. 19s.).

 

45e: Le porte-moyeu arrière-gauche de Piquet s'effondre. Le Carioca regagne les stands en soulevant un épais nuage de fumée et abandonne.

 

47e: Le moteur de Mansell retrouve une température normale et l'Anglais contre-attaque: il signe le meilleur tour de la course (1'18''469''') et réduit pour la première fois franchement l'écart avec Patrese tout en décramponnant Senna.

 

49e: Moreno arrive au stand Benetton pour remplacer ses pneus, sans avoir prévenu ses mécaniciens car sa radio ne fonctionne plus. Il cède une place à Gachot.

 

50e: Patrese devance Mansell (20.1s.), Senna (23.5s.), de Cesaris (30.4s.), Gachot (49s.), Moreno (1m.), Bernard (-1t.), Blundell (-1t.), Morbidelli (-1t.) et Boutsen (-1t.). Suzuki était neuvième après une longue bagarre avec Morbidelli. Hélas, un défaut de sélection de vitesse l'envoie en tête-à-queue dans la pelouse. C'est fini pour le Nippon.

 

51e: Mansell mène un train d'enfer (1'17''626''') et reprend plus d'une seconde au tour à son équipier. Senna laisse s'enfuir le Britannique.

 

52e: Seize secondes séparent les deux Williams. A cause d'une boîte défaillante, Gachot sort encore une fois de la route à la parabolique. Heureusement, il ne heurte rien cette fois-ci mais, enlisé dans le sable, doit tout de même renoncer. Bernard entre dans les points.

 

54e: Patrese prend un tour à Moreno. Mansell le poursuit, à quinze secondes.

 

56e: Onze secondes entre Patrese et Mansell. De Cesaris demeure dans le sillage de Senna et se prend à rêver d'un podium. Blundell quitte la course avec un moteur Yamaha cassé.

 

57e: Patrese précède Mansell (10s.), Senna (34s.), de Cesaris (40s.), Moreno (-1t.), Bernard (-1t.), Morbidelli (-1t.), Boutsen (-1t.), Häkkinen (-1t.) et Herbert (-1t.).

 

58e: Mansell continue à faire tomber le record du tour et revient à huit secondes de son équipier.

 

60e: Mansell passe pour la première fois sous la barre d'1'17''.

 

61e: Mansell poursuit sa chevauchée fantastique et conclut le meilleur tour de la course: 1'16''788'''. Son retard sur Patrese s'élève à sept secondes, à six tours du but. L'Italien pourra-t-il tenir ?

 

62e: Patrese perd encore du temps en prenant un second tour aux Lotus. Mansell est à cinq secondes.

 

63e: Mansell bute à son tour sur Häkkinen et Herbert. Patrese en profite pour allonger sa foulée.

 

64e: Mansell réplique à Patrese qui a dû se défaire de Modena. Trois secondes entre les deux collègues à trois tours de l'arrivée !

 

65e: Patrese est premier devant Mansell (2.2s.), Senna (46s.), de Cesaris (54s.), Moreno (-1t.) et Bernard (-1t.).

 

66e: Mansell chasse Patrese, au prix de trajectoires baroques, et lui reprend encore plusieurs dixièmes. Écart avant le dernier tour: une seconde et deux dixièmes.

 

67ème et dernier tour: Patrese garde Mansell à distance. De Cesaris tombe en panne sèche dans les tous derniers mètres. Il sort de la parabolique en roue libre.

 

Riccardo Patrese remporte le GP du Mexique devant son équipier Mansell. Senna termine à une décevante troisième place. La Jordan de de Cesaris expire à quelques mètres du drapeau à damiers. Le Romain dégrafe son harnais et pousse sa voiture pour lui faire franchir la ligne. Moreno finit cinquième. Bernard arrache un point précieux pour Larrousse. Viennent ensuite Morbidelli, Boutsen, Häkkinen, Herbert, Modena et Nakajima.

 

Les commissaires sportifs disqualifient dans un premier temps Andrea de Cesaris pour avoir poussé son bolide. Or cette manœuvre est seulement interdite lorsque le drapeau à damiers n'a pas été présenté. Eddie Jordan dépose immédiatement une réclamation, preuve à l'appui, et de Cesaris retrouve finalement sa quatrième place.

 

Après la course

La splendide Williams-Renault FW14 a enfin été épargnée par les problèmes de fiabilité et remporte un premier succès, mieux, un premier doublé, amplement mérités. « Une injustice est réparée ! » s'écrie Christian Contzen qui a peiné à digérer l'échec de Montréal. Châssis parfait, moteur très performant, boîte électronique enfin fiabilisée: tous les ingrédients de la réussite sont enfin réunis. Et c'est Riccardo Patrese qui a su en tirer le meilleur parti. Bien qu'épuisé par sa « turista », il a mené une course superbe, en portant d'abord une attaque très audacieuse contre son équipier Nigel Mansell, puis en résistant à l'éclatant retour de ce dernier. « Le concentration fut si forte que je n'ai plus pensé à mes problèmes de santé ! Ne dit-on pas qu'il faut parfois serrer les fesses ? Et bien ! C'est ce que j'ai fait, du départ à l'arrivée ! » commente-t-il avec humour. Bon perdant, Mansell promet une revanche à son compagnon d'écurie.

 

Frank Williams savoure ce retour au sommet tant attendu. Il a bien sûr suivi avec anxiété le duel auquel se sont livrés ses deux pilotes, mais réitère son refus de donner des consignes: « Pour réaliser des doublés comme celui-ci, il faut avoir des champions, des vrais. Nous sommes en Formule 1. Je ne fais pas du Groupe C ou un Paris-Dakar. Je ne joue pas la victoire sur une pièce de monnaie. Riccardo et Nigel s'assument complétement. » C'est une référence à la politique antisportive de Jean Todt, le controversé patron de Peugeot Sport...

 

Dans le garage McLaren-Honda, on mesure tristement l'écart qui sépare désormais la MP4/6 de la FW14. Le manque de compétitivité et de fiabilité de l'ensemble anglo-japonais est désormais criant. L'optimiste du printemps laisse place à la désillusion. « Le résultat d'aujourd'hui démontre que le championnat est bien ouvert... » soupire Ayrton Senna, très amer. Gerhard Berger est lui dans un complet désarroi: il n'a parcouru que dix-huit tours sur les trois dernières épreuves !

 

Senna (44 points) conserve néanmoins un large avantage au championnat devant Patrese (20 pts), Piquet (16 pts), Mansell (13 pts), Prost (11 pts) et Berger (10 pts). Chez les constructeurs, McLaren-Honda (54 pts) précède Williams-Renault (33 pts), Benetton-Ford (21 pts), Ferrari (16 pts) et Tyrrell-Honda (11 pts).

Tony