Alain PROST
 A.PROST
Ferrari
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Renault
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda

507e Grand Prix

LXXVII Grand Prix de France
Ensoleillé
7 juillet 1991 - Magny-Cours
72 tours x 4.271 km - 307.512 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Nigel Mansell s'empare de la tête de la course à l'épingle d'Adelaïde avant les premiers arrêts aux stands.

La Formule 1 au royaume de Dieu

En 1959, Jean Bernigaud, riche éleveur, maire de Magny-Cours et passionné d'automobile fait bâtir un circuit de karting sur sa commune, avec l'aide du sénateur de la Nièvre François Mitterrand. Cette piste modeste, perdue au cœur du Nivernais, n'est connue que des clubistes locaux. Trente ans plus tard, Bernigaud est mort depuis longtemps mais Mitterrand est devenu président de la république. En 1986, à la fin de son premier septennat, ce dernier souhaite accroître l'attractivité de sa très rurale ex-terre d'élection. Aiguillé par son conseiller Jean Glavany, il lance l'idée a priori farfelue d'organiser le Grand Prix de France à Magny-Cours, bien que ce petit village, situé à quatorze kilomètres au sud de Nevers, soit pour ainsi dire coupé du monde. Mitterrand met dans sa poche Jean-Marie Balestre, triple président de la FIA, FISA et FFSA. Bernie Ecclestone avalise le projet malgré certaines réticences. En 1990, Magny-Cours obtient le GP de France au détriment du Castellet pour un contrat courant jusqu'en 1995. Cela ravit Guy Ligier, l'ami du président Mitterrand, dont l'usine est installée sur place depuis deux ans.

 

Glavany est nommé président de la Société d'exploitation de Nevers-Magny-Cours, associé à l'inévitable Philippe Gurdjian, l'homme-lige de Balestre. L'Association Sportive Automobile (ASA) qui exploite le circuit, d'abord enthousiaste, grogne de voir les « parigots » s'emparer du projet, mais Balestre et Gurdjian la mettent au pas avec leur condescendance habituelle. Le tracé de Magny-Cours est entièrement rénové en 1988-89 pour 250 millions de francs. Ce « stade automobile » dispose d'installations ultra-modernes, de vastes tribunes permettant aux spectateurs de voir tout le circuit, mais le tracé, lent et monotone, est franchement raté. Il n'existe qu'une seule trajectoire et dépasser s'avère presque impossible. « De la m**** ! » résume Nelson Piquet. Magny-Cours reprend en fait de façon plus ou moins harmonieuse certains virages existants sur d'autres circuits. Ainsi celui d'Adélaïde, qui termine une longue pleine charge, s'inspire de la fameuse épingle de la piste australienne.

 

Ce « fait du prince » suscite l'ire de l'opposition RPR-UDF qui tire à boulets rouges contre ces lourdes dépenses publiques (alors que le Paul-Ricard est géré par des fonds privés), le manque d'infrastructures et surtout l'isolement du « stade ». Car Magny-Cours n'est reliée au monde extérieur que par une route nationale menant à Nevers ! Aucune autoroute n'existe à proximité. Bien sûr, le gouvernement plaide qu'il investit pour l'avenir et que ce complexe sportif international participe à la politique d'aménagement du territoire. Mais Henri Nayrou, le rédacteur en chef de Midi Olympique (pourtant journal de gauche), révèle que la construction du pont sur la Loire, censé assurer la déviation de la RN traversant Nevers, coûtera aussi cher que celle du circuit...

 

Footwork - Porsche: divorce à l'amiable

Le partenariat Footwork-Porsche n'aura duré que six Grands Prix: faisant face à un grave défaut de lubrification sur le V12 allemand, et se rejetant mutuellement la faute, les deux parties représentées par Jackie Oliver et Max Welti ont décidé de « suspendre le projet » jusqu'à nouvel ordre. Porsche va réviser entièrement son moteur et promet un retour pour le GP du Japon, en fin de saison, ou peut-être en 1992. « Nous nous sommes simplement aperçus qu'il était impossible de mener de front le développement et la course », déclare Welti. En fait, la firme de Stuttgart tente de se retirer sans perdre la face, mais le mal est fait... Pour sa part, Oliver passe un accord avec Brian Hart pour recevoir la dernière version des V8 Ford-Cosworth à course raccourcie. Il est au départ prévu de réutiliser les FA11 de 1990, mais celles-ci n'ont pas passé le nouveau crash-test réglementaire. Il faut donc monter en hâte les V8 sur des FA12, et leur associer des boîtiers-transfert de transmission car la prise de force du Porsche était située plus haut que le vilebrequin du Cosworth. Ces boîtiers vont se révéler fragiles comme du verre.

 

Stefan Johansson est de nouveau présent pour remplacer Alex Caffi, mais celui-ci se juge suffisamment rétabli de son accident de voiture et réclame son volant à Jackie Oliver, qui refuse tout net. Furieux, le petit Lombard demande à son avocat de déposer plainte devant le tribunal d'instance de Nevers. Hélas pour lui, le juge se déclare incompétent. L'impulsif Oliver prend mal la chose: il colle une paire de claques à l'avocat venu lui exposer la situation !

 

Présentation de l'épreuve

Steve Nichols et Jean-Claude Migeot ont réussi à bâtir en cent jours une Ferrari 643 chargée de remplacer la très instable 642. Elle intègre un train avant surélevé, façon Tyrrell mais en plus discret, sa ligne ressemble à celle de la Williams FW14. La géométrie des suspensions est aussi retouchée. Alain Prost, Jean Alesi et l'essayeur Andrea Montermini tournent avec elle début juillet au Mugello et à Fiorano, et s'en montrent satisfaits. Du coup, Piero Lardi-Ferrari et Claudio Lombardi décident de l'aligner dès le GP de France, malgré son manque de rodage. « La 643 est nettement supérieure à la 642 en stabilité, explique Alesi, elle ne vibre pas dans les virages délicats et tient bien la route. » Toutefois, le V12 laisse encore à désirer et rend plusieurs chevaux au V10 Renault et au V12 Honda.

 

Renault prépare activement cette course à domicile et fournit les meilleurs V10 possibles à Williams. La paire franco-anglaise a le vent en poupe depuis le doublé de Mexico, et n'entend pas en rester là. Les équipes techniques travaillent à plein régime. On sait par exemple qu'Elf a fourni à Renault depuis le début de la saison une cinquantaine de carburants différents ! En outre, grâce à un ordinateur portatif, le pétrolier peut analyser en temps réel le comportement de ses produits, et donc adapter ses choix aux conditions de course. À Shell (McLaren) et Agip (Ferrari) de répliquer...

 

Suite à un début de championnat désastreux (zéro point au compteur), Ligier confie à Frank Dernie le soin de revoir entièrement la JS35. L'ingénieur anglais prend son patron au mot et redessine presque tout: pontons, radiateurs, extracteurs, fond plat, refroidissement... La JS35B est prête pour cette épreuve à domicile, les ateliers des Bleus se situant aux portes du circuit de Magny-Cours. Guy Ligier profite aussi de cette étape française pour préparer l'avenir. Il cherche des mécènes pour l' « équipe nationale » qu'il compte mettre en place avec Alain Prost. Il discute ainsi avec Serge Dassault et Jean-René Fourtou, le président de Rhône-Poulenc. Mais il s'attarde surtout avec Jean-Luc Lagardère, l'hôte d'honneur du président Balestre. L'homme d'affaires ne peut évidemment pas rééditer l'épopée Matra, mais il promet à Ligier de l'assister dans cette tâche et de lui ouvrir son vaste carnet d'adresses. Et puis, Lagardère siège au conseil d'administration de Renault, ce qui peut être très utile...

 

Gérard Larrousse fait deux annonces importantes en marge de ce Grand Prix. Tout d'abord, il révèle que son écurie est placée en redressement judiciaire, ce qui est un moindre mal, vues ses graves difficultés financières. Elle peut donc poursuivre sa saison et garder ses contrats en cours. Par ailleurs, il signe un accord avec Venturi Automobiles, le jeune constructeur de voitures de luxe, qui pourrait à terme devenir son principal partenaire. Avec Aguri Suzuki, Larrousse cherche aussi des sponsors au Japon, sans succès pour l'instant.

 

AGS repeint en bleu ses JH25B, peut-être afin de se donner un caractère plus français malgré ses nouveaux propriétaires italiens. Christian Vanderpleyn planche toujours sur la JH26 qui est annoncée pour le GP de Hongrie. Sergio Rinland retravaille la BT60Y, notamment au niveau des pontons et de l'extracteur. Il s'agit de permettre aux deux quasi-homonymes, Brundle et Blundell, d'inscrire enfin des points afin de convaincre Yamaha de poursuivre ce partenariat en 1992.

 

Le jeudi 4 juillet, Pierre Bérégovoy, ministre d'État et député-maire socialiste de Nevers, donne une grande réception officielle au palais ducal de Nevers en l'honneur du Grand Prix. Autour de la table se retrouvent Jean-Marie Balestre, Bernie Ecclestone, Raymond Lévy, Jean Glavany, Philippe Gurdjian et François Michelin. L'atmosphère est très tendue. Un vieux différend oppose en effet Balestre et Michelin. En 1952, alors qu'il n'était que journaliste à L'Auto Journal, le président de la FISA avait violemment attaqué les produits de la firme clermontoise. Quarante ans plus tard, les deux hommes n'ont rien oublié et échangent des piques acerbes. Bérégovoy doit intervenir pour calmer les esprits. François Michelin se venge en griffonnant sur un coin de table une caricature du président Balestre, qu'il confie ensuite discrètement à Mme. Raymond Lévy...

 

Le soir même, une catastrophe met en péril les premiers essais, prévus pour le lendemain matin: une gigantesque panne d'électricité frappe le stade automobile, plongé dans le noir. Philippe Gurdjian passe toute la nuit avec les techniciens de l'EDF pour rétablir le courant à temps. Les essais pré-qualificatifs pourront avoir lieu.

 

Essais et qualifications

Vendredi matin, de Cesaris signe le meilleur chrono des pré-qualifications devant Lehto, Grouillard et Gachot. Pirro est éliminé par une panne d'allumage. Nouveau désastre pour le Modena Team, incapable de sortir les Lambo de la nasse. Larini casse un amortisseur et van de Poele finit dans le mur. Chaves échoue encore une fois à sauver sa Coloni.

 

Ce circuit de Magny-Cours n'est pas inconnu pour la plupart des écuries puisque la FOCA a organisé ici des essais au moins de mai. Mais les conditions météorologiques sont très changeantes et perturbantes. Vendredi, la canicule étouffe le Nivernais. La McLaren-Honda est à l'aise dans la fournaise, et Senna réalise la pole provisoire. Mais le lendemain, le mercure perd 10°C, et les Williams-Renault sont à nouveau souveraines. Patrese s'empare aisément de sa troisième pole consécutive (1'14''559'''). Il précède une fois encore Mansell (4ème) qui se concentre sur ses réglages pour la course. Les Ferrari 643 se montrent beaucoup plus stables que leurs devancières. Prost (2ème) et Alesi (6ème) en tirent un excellent parti et peuvent viser la victoire. Les McLaren-Honda (Senna 3ème, Berger 5ème) souffrent d'un déficit de puissance et d'adhérence qui n'annonce rien de bon pour la suite. Les Benetton-Ford (Piquet 7ème, Moreno 8ème) rencontrent du survirage à cause des pneus Pirelli, tout à fait inefficaces. Les voitures jaunes sont en quatrième ligne, à plus de deux secondes des leaders.

 

Les Leyton House apprécient ce revêtement lisse, mais quelques pannes empêchent Gugelmin (9ème) et surtout Capelli (15ème) de se mettre en valeur. Les Minardi-Ferrari sont en bonne forme. Morbidelli, quoique grippé, se classe dixième, Martini douzième. Les Tyrrell-Honda (Modena 11ème, Nakajima 18ème) tournent beaucoup mais sans efficacité. Diverses avaries affectent les Jordan-Ford. De Cesaris (13ème) est ralenti par son alternateur, Gachot (19ème) par des chutes de pression d'essence. Les Ligier JS35B (Comas 14ème, Boutsen 16ème) enregistrent des progrès notables mais accumulent aussi les pannes de moteur. Trois blocs Lamborghini partent ainsi en fumée. Fortunes diverses chez Brabham: Blundell signe un beau 17ème chrono tandis que Brundle, en proie à de graves soucis d'alimentation, se qualifie avec la voiture de son équipier au 24ème rang. Larrousse n'a pas participé aux essais FOCA. Suzuki (22ème) et Bernard (23ème) se contentent de découvrir cette piste. Les pilotes Lotus cravachent pour gagner leurs places sur la grille. Herbert (20ème) y parvient, mais pas le jeune Häkkinen, piégé par un bitume glissant. Grouillard (21ème) qualifie sa Fomet, et ce malgré un Cosworth vieux d'un an. Mais il se fait surtout remarquer en répandant de l'huile sur la piste samedi après-midi, occasionnant ainsi de nombreuses pirouettes, dont une de Senna dans un tour lancé. Alboreto (25ème) sauve la Footwork-Ford-Cosworth, contrairement à Johansson qui bute sur du trafic. Lehto a énormément de mal à équilibrer sa Dallara-Judd et arrache in extremis le dernier ticket d'entrée. Les AGS de Tarquini et de Barbazza sont éliminées sans jamais avoir espéré se qualifier.

 

Le Grand Prix

Le matin de la course se déroule une épreuve du championnat de France de Formule 3 qui permet de découvrir de nouveaux talents tricolores. Franck Lagorce l'emporte devant Christophe Bouchut et Jean-Christophe Boullion.

 

Il fait très chaud en ce 7 juillet 1991. Avec 100 000 spectateurs payants, ce premier GP de France à Magny-Cours est un réel succès populaire et financier. Le problème est que la RN7, seule voie d'accès au circuit, est totalement encombrée, comme c'était prévisible. Les bouchons s'étalent sur plusieurs dizaines de kilomètres, et de très nombreux spectateurs arriveront en retard au stade, transformé en citadelle assiégée. Bernie Ecclestone est furieux et sermonne Philippe Gurdjian. En début d'après-midi, François Mitterrand arrive sur les lieux par hélicoptère. Le roi, pardon, le chef de l'État est accueilli par Jean-Marie Balestre, Pierre Bérégovoy et Michel Charasse, et regardera la course depuis le vaste bureau d'angle du président de la FISA.

 

Senna choisit à la dernière minute de monter dans son mulet après avoir rencontré des problèmes de moteur lors du warm-up. La grande majorité des pilotes part en pneus tendres, exceptés Berger, Boutsen et Comas qui prennent les Goodyear B durs.

 

Départ: Patrese manque complétement son envol car sa boîte passe de la première au point mort. Prost surgit en tête devant Mansell, Senna et Berger. Patrese se retrouve au milieu du paquet. Herbert cale et démarre après tout le monde. Bousculé par Grouillard, Gachot met deux roues dans l'herbe au premier gauche d'Estoril et part en tête-à-queue dans les graviers. Il n'ira pas plus loin.

 

1er tour: Prost mène devant Mansell, Senna, Berger, Alesi, Piquet, Moreno, Morbidelli, Patrese et Modena.

 

2e: Prost compte une seconde et demie d'avance sur Mansell qui se détache des McLaren.

 

3e: Trois groupes se forment: Prost et Mansell en tête, suivis à trois secondes par Senna, Berger et Alesi, puis Piquet emmène un groupe comprenant Moreno, Morbidelli, Patrese, Modena, Martini et de Cesaris.

 

4e: Senna adopte une cadence modeste car son ordinateur de bord lui signale une surconsommation.

 

5e: Prost précède Mansell (2.4s.), Senna (11s.), Berger (11.6s.), Alesi (12.6s.) et Piquet (17.7s.). Morbidelli prend la septième place à Moreno.

 

7e: Prost compte deux secondes et demie d'avance sur Mansell. Berger s'immobilise dans la pelouse, moteur serré. C'est son quatrième abandon consécutif. Patrese double Moreno.

 

8e: Martini tente de faire l'intérieur à Modena à l'épingle d'Adélaïde. Mais il manque son freinage, touche la Tyrrell, et part en tête-à-queue. Il repart, mais de Cesaris, alors en lutte avec Gugelmin, pirouette au même endroit. Le Romain se retrouve dans l'échappatoire, laisse passer tout le peloton, fait demi-tour et redémarre. Capelli fait un tête-à-queue et cale son moteur. Lui ne repartira pas.

 

9e: Morbidelli déborde Piquet par la droite à Adélaïde. Mais la Minardi survire au mauvais moment et heurte la Benetton. Le jeune Italien glisse en tête-à-queue et renonce, tandis que Patrese passe devant Piquet.

 

10e: Prost est premier devant Mansell (2.5s.), Senna (19.7s.), Alesi (20.7s.), Patrese (31.2s.), Piquet (35s.), Moreno (36s.), Gugelmin (38s.), Modena (41s.) et Boutsen (42s.).

 

11e: Boutsen prend la neuvième place à Modena. Les pneus Pirelli sont toujours totalement inefficaces.

 

12e: L'intervalle ne bouge pas entre Prost et Mansell. Senna contient un Alesi très incisif.

 

13e: Tête-à-queue de Nakajima à la chicane qui précède le virage du Lycée. Le Japon s'échoue dans les graviers et renonce.

 

15e: Prost mène devant Mansell (2s.), Senna (27.3s.), Alesi (28.3s.), Patrese (35.3s.), Piquet (51.7s.), Moreno (55s.) et Gugelmin (56s.).

 

16e: Gugelmin poursuit son compatriote Moreno qui rencontre des problèmes de boîte. Boutsen change ses pneus.

 

17e: Prost et Mansell effacent les premiers attardés que sont Herbert et Alboreto. Gugelmin dépasse Moreno.

 

19e: Prost arrive sur de Cesaris qui est lancé dans une belle remontée. Mansell se défait pour sa part de Grouillard.

 

20e: Prost est bouchonné par de Cesaris qui poursuit Brundle. L'Italien double l'Anglais à l'épingle, et tous deux coupent la trajectoire à un Prost furieux. Mansell rattrape la Ferrari. Martini dépasse Modena à Adélaïde en le poussant vers la poussière.

 

21e: Mansell est dans la roue de Prost. De Cesaris s'écarte enfin devant le Français aux abords de l'épingle. Celui-ci se déporte à l'intérieur, mais Mansell se glisse à sa droite, retarde son freinage et s'empare du commandement. Prost peut remercier l'inénarrable « de Crasheris »...

 

22e: Mansell devance Prost (0.7s.), Senna (26s.), Alesi (27.8s.), Patrese (30.9s.) et Piquet (1m. 02s.). Brundle entre aux stands pour abandonner suite à un problème de boîte de vitesses. Comas le suit pour changer ses gommes, à la surprise de son équipe qu'il n'a pas prévenue, faute de radio opérante.

 

23e: Modena rencontre des problèmes de sélection de vitesses. Il est doublé par les deux Larrousse et va peu à peu dégringoler au classement. Comas repasse par son stand pour faire resserrer une roue branlante.

 

24e: Mansell et Prost sont en plein trafic. Beaucoup plus loin, Senna s'est créé un petit matelas d'une seconde et demie sur Alesi. Patrese rattrape ce duo.

 

26e: Mansell précède Prost (1.5s.), Senna (24s.), Alesi (26s.), Patrese (28s.), Piquet (1m. 12s.), Gugelmin (1m. 14s.), Moreno (1m. 20s.), Martini (1m. 21s.), Bernard (1m. 22s.) et Suzuki (-1t.).

 

27e: Patrese entre chez Williams pour changer ses pneus et perd beaucoup de temps (12.5s.). L'Italien n'a néanmoins pas perdu sa cinquième place.

 

28e: Senna exécute un arrêt-éclair en cinq secondes et demie ! Il repart ainsi en quatrième position, très loin devant Patrese.

 

29e: Prost chausse des Goodyear frais (7s.) et reste second. Modena change ses Pirelli.

 

30e: Mansell - qui ne s'est pas arrêté - mène devant Prost (17.8s.), Alesi (29.4s.), Senna (44.2s.), Patrese (54.6s.) et Piquet (1m. 16s.). Arrêt de Grouillard.

 

31e: Mansell est bouchonné par Gugelmin qui lui ferme dangereusement la porte à l'épingle. Alesi observe son arrêt pneus (7.2s.) et repart derrière Senna, en quatrième position. Arrêt de Lehto.

 

32e: Gêné par Gugelmin, Mansell s'engouffre dans la voie des stands pour se ravitailler en pneus frais. Ses mécaniciens peinent à fixer les écrous à l'avant, et il perd dix secondes et demie. Quand il reprend la piste, Prost est passé depuis longtemps. Boutsen s'arrête pour la seconde fois pour raccrocher ses pontons qui se détachent ! Pire: lorsqu'il tente de mettre la première, le Belge cale plusieurs fois.

 

33e: Prost compte cinq secondes d'avance sur Mansell. Alboreto renonce suite à une énième rupture de son boîtier de transmission. Boutsen revient chez Ligier pour faire examiner son embrayage, puis repart.

 

34e: Prost est à nouveau parmi les attardés, à savoir Moreno, Martini, Bernard et Suzuki. Le Japonais abandonne bientôt en panne d'embrayage. Mansell revient à trois secondes de Prost.

 

35e: Prost s'est défait du groupe Moreno sur lequel tombe maintenant Mansell. Mais l'Anglais s'en débarrasse assez facilement. Son coéquipier Patrese rencontre des soucis avec sa boîte et diminue son rythme.

 

36e: Prost descend pour la première fois sous la barre d'1'20''. Il précède Mansell (3.4s.), Senna (27s.), Alesi (29.4s.), Patrese (39.4s.), Piquet (1m. 13s.), Gugelmin (1m. 21s.), Moreno (-1t.), Bernard (-1t.), Martini (-1t.) et Blundell (-1t.). De Cesaris change de gommes.

 

37e: Mansell retrouve Gugelmin qui cette fois s'écarte sans barguigner. Suite à un défaut de jante, Blundell part à la faute dans la ligne droite de départ/arrivée et tape le muret des stands. Il renonce, train avant détruit, tandis que les commissaires ramassent les débris.

 

39e: Prost et Mansell prennent un tour à Piquet. Martini chausse des pneus neufs.

 

40e: Mansell roule en 1'19''679''' et ne concède plus que deux secondes à Prost.

 

41e: Bernard double Moreno. Le pneu arrière-gauche de Lehto éclate dans la ligne droite menant à la grande épingle. Le Finlandais range sa Dallara sur le bas-côté.

 

42e: Mansell file le train de Prost dont la Ferrari perd de sa superbe. Elle manque de puissance à haut régime et la boîte saute par intermittence.

 

43e: Prost mène devant Mansell (0.6s.), Senna (34s.), Alesi (36.6s.), Patrese (57s.), Piquet (-1t.), Gugelmin (-1t.), Bernard (-1t.), Moreno (-1t.) et de Cesaris (-1t.).

 

45e: Prost garde Mansell à distance. Beaucoup plus loin, Alesi demeure dans le sillage de Senna. Bernard abandonne suite à une rupture de couple conique. De Cesaris effectue un beau retour et se défait de Moreno. Celui-ci est pris de nausées et ne songe plus qu'à terminer l'épreuve.

 

47e: Prost connaît un répit et repousse Mansell à deux secondes et demie.

 

48e: De la fumée s'échappe de la Fondmetal de Grouillard. Son échangeur de température vient de céder. Le Toulousain entre aux stands pour abandonner.

 

49e: Prost abaisse le record du tour (1'19''944'''), aussitôt battu par Mansell (1'19''168'''). Ce dernier chrono ne sera pas amélioré.

 

50e: Prost mène toujours devant Mansell (1s.), Senna (37.2s.), Alesi (40.1s.), Patrese (1m. 12s.), Piquet (-1t.), Gugelmin (-1t.), de Cesaris (-1t.), Moreno (-1t.) et Herbert (-1t.).

 

52e: Mansell est derechef dans la boîte de Prost. Senna et Alesi prennent un tour à Piquet qui se débat avec une direction faussée depuis sa collision avec Morbidelli. Gugelmin menace le Carioca.

 

53e: Mansell semble prêt à porter l'estocade contre le leader. Moreno laisse passer Herbert, puis Martini.

 

55e: Mansell prend l'aspiration de la Ferrari de Prost, puis lui fait l'extérieur dans l'épingle d'Adélaïde et s'empare de la tête de la course. Très rapide avec sa Jordan dotée de pneus neufs, de Cesaris fond sur le duo Piquet – Gugelmin.

 

56e: Mansell et Prost arrivent sur Patrese qui est toujours à la peine avec sa boîte. Le Padouan laisse filer son équipier dans la longue accélération, avant de se rabattre devant Prost à Adélaïde. Le Forézien retente sa chance dans la courbe à 180°... nouvel échec.

 

57e: Mansell s'enfuit en tête tandis que Patrese s'écarte finalement devant Prost qui a perdu près de cinq secondes. La combine des pilotes Williams a parfaitement fonctionné.

 

59e: Piquet fait halte aux stands pour chausser des Pirelli neufs car sa Benetton devenait inconduisible. Il chute ainsi au huitième rang. Modena rejoint son garage avec un sélecteur de vitesses hors d'usage.

 

60e: Mansell mène devant Prost (4.9s.), Senna (35s.), Alesi (37.3s.), Patrese (-1t.), Gugelmin (-1t.), de Cesaris (-1t.), Piquet (-1t.), Martini (-1t.) et Herbert (-2t.).

 

61e: De Cesaris s'empare de la sixième place aux dépens de Gugelmin.

 

64e: Cinq secondes séparent Mansell et Prost. Senna possède toujours une marge de deux à trois secondes sur Alesi. Le Brésilien et le Français ne se sont pas quittés depuis le départ.

 

65e: Moreno range sa Benetton sur le côté de la piste. Il sort de sa monoplace et s'assoit derrière le mur de sécurité, malade et épuisé.

 

67e: Mansell précède Prost (5.5s.), Senna (36s.), Alesi (38s.), Patrese (-1t.), de Cesaris (-1t.), Gugelmin (-1t.) et Piquet (-2t.).

 

69e: Prost laisse filer le leader et lui rend désormais huit secondes. Alesi mène une offensive de dernière minute et revient dans les échappements de Senna. Le Brésilien baisse son rythme car son ordinateur lui indique qu'il risque la panne sèche. Ce qui est faux !

 

71e: Mansell rencontre encore une fois Gugelmin sur son chemin. Le Brésilien lui barre la route à Adélaïde, avant de mettre deux roues dans la poussière pour le laisser passer. Alesi met la pression sur Senna.

 

72ème et dernier tour: Senna repousse une attaque d'Alesi dans la dernière épingle. Le Brésilien gardera sa position.

 

Nigel Mansell empoche enfin sa première victoire de la saison. Prost décroche la seconde place avec sa nouvelle Ferrari. Senna termine troisième juste devant Alesi. Patrese finit cinquième malgré une boîte électronique malade. De Cesaris prend le point de la sixième place après une splendide remontée. Gugelmin, Piquet, Martini, Herbert, Comas et Boutsen coupent aussi la ligne d'arrivée.

 

Gugelmin écope de dix secondes de pénalité pour avoir ignoré à deux reprises les drapeaux bleus devant Mansell. Cela ne change rien à son classement. Bien sûr, Prost se demande pourquoi de Cesaris et Patrese, qui l'ont outrageusement bouchonné, ne sont pas eux aussi pénalisés. Nous sommes pourtant au GP de France...

 

Après la course

François Mitterrand rejoint Jean-Marie Balestre sur le podium. Les deux présidents et les trois pilotes écoutent solennellement le God save the Queen, puis le président de la république remet le trophée du vainqueur à un Nigel Mansell très ému. Par ce dix-septième succès en F1, le moustachu dépasse en effet Stirling Moss au palmarès et devient le pilote anglais le plus victorieux. Il est certes privé de douche au champagne, loi Évin oblige, mais ne boude pas son plaisir. Après avoir subi tant de critiques, notamment suite à sa victoire perdue de Montréal, ce triomphe en terre française prend des allures de revanche. On le sait, Mansell n'est jamais aussi pugnace que dans l'adversité. Par ailleurs, il dispose d'un matériel tout à fait remarquable. La Williams-Renault s'est révélée aussi performante sur les bosses de Mexico que sur le « billard » de Magny-Cours. Le titre mondial reste envisageable.

 

Satisfaction aussi chez Ferrari. La 643 a confirmé les excellentes dispositions entrevues en essais. Alain Prost prend une bouffée d'optimisme: « C'est très encourageant. La 643 est performante, fiable, plus facile à régler que la 642. Même si je n'ai pas gagné, il s'agit d'un excellent résultat, et Mansell est un beau vainqueur. Le potentiel existe, et n'est pas très loin de celui de la Williams. »

 

Chez McLaren-Honda, en revanche, la déception prédomine. « Je m'attends à nettoyer des flots de sang. Ben oui, après un tel week-end, hara-kiri s'impose ! » ironise un mécanicien. Il est vrai que le bilan est accablant: troisième moteur cassé en trois courses pour Gerhard Berger, course anonyme pour Ayrton Senna à cause d'un computer pris de folie. Les quatre succès du début de saison semblent loin. « Nous ne sommes pas au niveau des Williams et des Ferrari, en châssis comme en moteur. Nos ingénieurs doivent travailler dur pour redresser la barre », assène un Senna mécontent. Ron Dennis s'entretient avec Akimasa Yasuoka et tout le staff technique. L'heure est grave: non seulement McLaren pourrait perdre le championnat, mais Senna prêterait l'oreille aux sirènes en provenance de Didcot !

 

Pour l'heure cependant, Magic garde une belle avance au championnat, avec 48 unités dans sa musette. Mansell (23 pts), Patrese (22 pts) et Prost (17 pts) sont encore loin. Par contre, McLaren-Honda (58 pts) voit revenir Williams-Renault (45 pts) au classement des constructeurs. Ferrari (25 pts) reprend la troisième place à Benetton-Ford (21 pts).

Tony