Jean ALESI
 J.ALESI
Tyrrell Ford Cosworth
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda
Gerhard BERGER
 G.BERGER
McLaren Honda

488e Grand Prix

XLVIII Grand Prix Automobile de Monaco
Couvert
27 mai 1990 - Monaco
78 tours x 3.328 km - 259.584 km
Course interrompue après 1 tour suite à un accident, relancée pour la distance originale.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Jean Alesi va réussir à garder derrière lui Gerhard Berger pendant toute la course pour conserver sa 2e place.

Ligier courtise Renault (bis)

Peu avant le GP de Monaco, Patrick Faure, Bernard Casin et Bernard Dudot rendent une visite informelle à Guy Ligier et Jean-Pierre Paoli à l'usine de Magny-Cours. Son objet est d'étudier la possibilité d'un nouveau partenariat entre Renault Sport et Ligier-Gitanes. Les entretiens sont courtois. Ligier plaide sa cause avec sa verve habituelle. Obtenir le V10 Renault est en effet vital pour son équipe qui ne peut sortir de l'ornière sans moteur digne de ce nom. Mais le trio de la Régie ne lui apporte aucune réponse satisfaisante. Faure s'en tient à la ligne officielle définie avec Raymond Lévy en 1988: décrocher en priorité le titre mondial avec Williams et Elf. Après, on verra. Frank Williams et Patrick Head seraient furieux de perdre l'exclusivité du moteur français.

 

Pourtant, sur le Rocher, le président Lévy croise Bertrand de Gallé, le P-DG de la Seita, accompagné de Michel Charasse, le très mitterrandien ministre du Budget. Ligier tente comme toujours de faire jouer ses amitiés élyséennes, mais pour le moment Renault reste intraitable. Jean-Marie Balestre s'en mêle: « Guy, je vais t'aider ! » glisse-t-il au Vichyssois. Vendredi 25 mai, le président de la FIA évoque « la nécessité d'une équipe franco-française avec Ligier, Renault et Michelin ». « Les données du problème sont entre les mains de la direction-générale de Renault » répond un Bernard Casin quelque peu irrité.

 

Lois anti-tabac: Marlboro fulmine

Le nouveau président de Philip Morris Europe Walter Thoma, qui vient de succéder à Aleardo G. Buzzi, fait une apparition remarquée lors de la soirée Marlboro donnée à l'hôtel Loews. Le cigarettier s'alarme des législations anti-tabac qui sont peu à peu mises en place dans la Communauté économique européenne. Il réclame la liberté pour le sport automobile de gérer ses affaires comme il l'entend et de trouver ses propres sources de financement. Thoma vante aussi la souplesse du Marlboro World Championship Team qui, en près de vingt ans d'existence, n'a jamais imposé à ses membres de promouvoir la célèbre cigarette du cow-boy. Toutefois la menace demeure pour le moment imprécise. La récente réunion à Bruxelles des ministres de la Santé des « Douze » n'a pas débouché sur un accord. Seules la France, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la Belgique sont partisans d'une prohibition totale de la publicité, ce qui fait certes déjà beaucoup de pays.

 

Pendant ce temps-là, Philip Morris, Reynolds Tobacco et la Seita organisent un front de résistance... et de réflexion. Car les manufacturiers savent que la partie est perdue d'avance et qu'ils devront plutôt chercher à redéfinir leurs zones d'activité dans la décennie qui vient. La Formule 1 est appelée à ne plus fumer, que cela plaise ou non.

 

Présentation de l'épreuve

Les Ferrari 641 se présentent à Monaco dans leur « version Scalabroni ». Prost et Mansell bénéficient du nouveau V12 037, moins puissant mais plus souple, ce qui s'annonce très utile dans les ruelles monégasques. Le Français opte pour une boîte de vitesses traditionnelle à six rapports tandis que le Britannique utilise lui sept vitesses. Les Leyton House-Judd adoptent un nouveau train avant mais ne sont toujours pas dans leur configuration définitive. Pierluigi Martini effectue sa rentrée après son accident d'Imola. On a pu lui enlever son plâtre et il ne boîte plus.

 

Le Club des anciens pilotes, présidé par Mike Sparken, se réunit au Cap-Ferrat pour remettre son trophée au « champion des champions » qui est cette année Ayrton Senna. Celui-ci suscite notamment l'admiration de Juan Manuel Fangio qui fait une apparition exceptionnelle en Principauté. Ancien pilote et directeur sportif, John Coombs observe les concurrents en fin connaisseur et fait aussi l'éloge du Brésilien: « Senna est une classe au-dessus de tout le monde. Prost va vite, mais il n'est pas du tout spectaculaire, il me rappelle Ascari ! Berger et Mansell ne sont pas propres du tout: à chaque tour leur voiture est placée différemment ! » Mais les « vieux de la vieille » ont aussi un autre chouchou. « Jean Alesi est physiquement et mentalement très fort » affirme Fangio. « Ici, Jean est le type de pilote qui peut battre Senna » renchérit Jackie Stewart, qui pour sa part n'est pas un fanatique de Magic.

 

Ivan Capelli fait grise mine: depuis un an et demi, le Milanais n'a vu l'arrivée que d'un seul Grand Prix ! La March, devenue Leyton House, n'a pas tenu ses promesse de 1988. Il explique que le rachat par les Nippons a dans un premiers temps désorganisé l'écurie avant que celle-ci ne se restructure autour de Gustav Brunner et d'Adrian Newey. Pour l'heure, il juge sévèrement sa nouvelle CG901: « Pas trop mal sur les tracés rapides, très moyenne sur les circuits mixtes et catastrophique sur les pistes lentes. Aucune adhérence. Nous n'avons aucun effet de sol ! » Selon lui, Newey a été induit en erreur par les mauvaises données recueillies en soufflerie. En outre, le V8 Judd manque cruellement de souffle. De son côté, Capelli tente de demeurer optimiste, même s'il sait qu'il n'est plus le grand espoir italien. « Il y a deux ans, tout le monde parlait de moi, tout le monde me voulait. Aujourd'hui, je n'intéresse plus personne ! » soupire-t-il.

 

Essais et qualifications

Les Lola-Lamborghini de Suzuki et de Bernard, l'Osella de Grouillard et l'Eurobrun de Moreno se sortent de la terrible séance de pré-qualification. Les AGS de Tarquini (suspension cassée) et de Dalmas (touchette) sont éliminées. Cette double élimination consterne Hugues de Chaunac qui remet en question sa collaboration avec Cyril de Rouvre. Au volant de la seconde Eurobrun, Langes concède cinq secondes à Moreno ! Gachot ne peut défendre les chances de la Coloni-Subaru: une canalisation d'huile le lâche après un tour ! Giacomelli parvient à accomplir deux tours complets avec sa Life. Son meilleur chrono, en 1'41'', est comparable à celui d'une F3... « Je ne suis pas revenu en Formule 1, mais en Formule Zéro ! » ironise le pilote italien.

 

Monte-Carlo est devenue la chasse gardée de Senna qui survole les essais et réalise la pole position avec un chrono d'1'21''314''' (contre 1'22''308''' en 1989). Encore a-t-il été gêné par une Onyx dans son tour le plus rapide ! Berger (5ème) rencontre des soucis de sélecteur de vitesses et concède plus d'une seconde à son équipier. Jeudi, les Ferrari heurtent plusieurs fois le mur à cause de rapports de boîte instables. Samedi, Prost exploite son nouveau moteur et se hisse en première ligne à la force du poignet (1'21''776'''). Mansell (7ème) est très mécontent et se plaint d'être peu à peu tenu à l'écart par le staff technique. Les Williams-Renault (Patrese 4ème, Boutsen 6ème) ne sont pas performantes à cause de suspensions trop dures. Alesi (3ème) se met encore une fois en valeur, certes en partie grâce à ses pneus Pirelli, excellents sur les circuits tortueux, mais aussi à une incontestable virtuosité. Évidemment Nakajima (21ème) est beaucoup moins brillant mais au moins est-il qualifié, ce qu'il n'avait pas su faire ici ces deux dernières années.

 

Minardi est parvenue à améliorer sa nouvelle M190. Martini la place au huitième rang tandis que Barilla (19ème) ne commet pas d'erreur. Les Dallara (Pirro 9ème, de Cesaris 12ème) se distinguent grâce aux Pirelli. Les Benetton-Ford exploitent toujours mal les Goodyear tendres. Piquet (10ème) assure le « service minimum » sur ce tracé qu'il déteste. Nannini (16ème) endommage sévèrement sa monoplace samedi matin. Les Lotus-Lamborghini (Donnelly 11ème, Warwick 13ème) confirment leurs progrès et précèdent des Lola décevantes (Suzuki 15ème, Bernard 24ème). Les Brabham (Modena 14ème, D. Brabham 25ème) ne sont pas pourvues de leur train arrière définitifs et ont peu de grip. Les Ligier de Larini (17ème) et d'Alliot (18ème) occupent la neuvième ligne. On soupçonne Onyx de donner un meilleur matériel au médiocre Foitek (20ème), le fils du copropriétaire, qu'au jeune Lehto (26ème). La tenue de route des Arrows reste un désastre et un Cosworth modifié par Hart n'arrange rien. Caffi (22ème) arrache son ticket d'entrée contrairement à Alboreto (27ème). Les Leyton House ont encore besoin de nombreuses retouches. Capelli (23ème) se qualifie mais pas Gugelmin (29ème). Grouillard (cardans cassés) et Moreno (tenue de route de l'Eurobrun désastreuse sur les bosses) passent aussi à la trappe.

 

Le Grand Prix

Le Grand Prix de Formule 3 du samedi après-midi se déroule durant un orage. Le jeune Français Laurent Aïello se révèle en triomphant devant l'Allemande Ellen Lohr et le Monégasque Olivier Beretta.

 

Dimanche matin, Senna signe le meilleur chrono du warm-up, mais avec seulement un dixième d'avance sur Prost. Celui-ci a apporté quelques ajustements salvateurs à sa Ferrari. « Elle est devenue vraiment extra ! » clame-t-il. La course se déroule sous un ciel chargé mais pas menaçant. Les spectateurs sont venus en nombre malgré une importante grève d'Air-Inter. Nannini prend son mulet suite à son accident de la veille, mais celui-ci tombe en panne dans le tour d'installation. Le Siennois revient donc dans sa voiture réparée de bric et de broc. Capelli s'installe dans son mulet, sa Leyton House de course ayant été victime d'un incendie.

 

Les pilotes choisissent pour la plupart des pneus tendres qui sont conçus pour couvrir toute la distance du Grand Prix. Aucun arrêt n'est attendu.

 

Départ: Senna conserve le commandement malgré un bon démarrage de Prost. Suivent Alesi, Berger, Patrese et Boutsen. Capelli ne parcourt que quelques mètres avant que son moteur ne prenne feu.

 

1er tour: Alesi déborde Prost par l'intérieur avant Mirabeau. Après le passage de la Tyrrell, le Forézien reprend sa trajectoire lorsque surgit Berger dans un freinage catastrophe. L'Autrichien avait l'œil rivé sur Alesi. La McLaren heurte la roue arrière-droite de la Ferrari qui part en toupie à l'amorce de la descente vers l'épingle. L'incident crée un embouteillage monstre. Les coureurs tentent de se frayer un chemin. Modena heurte Donnelly à faible allure et atterrit contre Prost. La course est bien évidemment interrompue.

 

Le Grand Prix va être relancé pour la distance originelle. Prost, Berger, Capelli et Modena se précipitent vers les stands pour monter dans leurs mulets. Mais leur après-midi s'annonce déjà beaucoup plus sombre. Prost doit prendre la troisième Ferrari réglée par Mansell et donc munie d'une boîte à sept rapports. Il demande quelques explications au Britannique. Quant à Berger, il s'installe dans un cockpit moulé pour son équipier. Ses genoux sont placés très hauts... Pendant la seconde boucle d'installation, le moteur de Pirro coupe inopinément. L'Italien tente lui aussi de grimper dans son mulet mais la procédure de départ est alors déjà enclenchée. Il est disqualifié. Après une demi-heure d'interruption, Roland Bruynseraede relance la meute.

 

Second départ: Senna s'élance bien et demeure devant Prost, Alesi et Berger. Martini s'intercale entre les Williams, pour un temps seulement car Boutsen le double dans la montée de Beau Rivage.

 

1er tour: Alesi tente de rééditer son dépassement du premier départ. Il se déporte à l'intérieur à Mirabeau mais cette fois Prost ferme la porte. Senna devance Prost, Alesi, Berger, Patrese, Boutsen, Martini, Mansell, Piquet et Donnelly.

 

2e: Senna s'enfuit et compte trois secondes et demie d'avance sur le trio Prost – Alesi – Berger.

 

3e: Senna tourne une seconde au tour plus vite que Prost. Mansell menace Martini. Modena s'immobilise avec un différentiel cassé.

 

4e: Quatre secondes entre Senna et le groupe Prost. A sept secondes se trouvent les deux Williams, puis encore plus loin Martini et Mansell.

 

5e: Prost tourne pour la première fois plus vite que Senna. Mansell prend la septième place à Martini.

 

6e: Senna mène devant Prost (4.9s.), Alesi (6.2s.), Berger (6.6s.), Patrese (8.4s.), Boutsen (9.7s.), Mansell (14s.) et Martini (16s.). Donnelly renonce, transmission cassée.

 

7e: Prost commence à semer Alesi et Berger, mais il ne réduit plus l'écart avec Senna.

 

8e: Berger est menaçant derrière Alesi. Martini rejoint les stands avec un allumage hors service. C'est l'abandon pour l'Italien.

 

10e: Senna précède Prost (6.4s.), Alesi (7.6s.), Berger (8.8s.), Patrese (11.8s.), Boutsen (14.8s.), Mansell (17s.), Piquet (22s.), de Cesaris (28s.) et Warwick (31s.).

 

11e: Senna passe le premier sous la barre d'1'26''. Mansell rattrape Boutsen. Suzuki renonce après une coupure électrique sur son moteur.

 

12e: Larini se gare devant les stands avec une boîte de vitesses bloquée.

 

13e: Senna a huit secondes de marge sur Prost qui est toujours suivi par Alesi et Berger.

 

14e: Capelli abandonne car il a perdu l'usage de ses freins. Il n'y a déjà plus que dix-neuf voitures en piste.

 

15e: Senna devance Prost (8.7s.), Alesi (10s.), Berger (10.5s.), Patrese (16s.), Boutsen (18.3s.), Mansell (20s.) et Piquet (29s.).

 

17e: Senna accroît méthodiquement son avance sur Prost qui n'en peut mais. Alesi a toujours Berger sur le dos. Mansell est dans la roue de Boutsen.

 

18e: D. Brabham met un terme à son premier Grand Prix après un bris de cardan. Il occupait la dernière place depuis le départ.

 

19e: Alesi a semé Berger. Mansell se montre dans les rétroviseurs de Boutsen sans trouver la faille.

 

20e: Senna précède Prost (9.7s.), Alesi (11.6s.), Berger (14s.), Patrese (19.7s.), Boutsen (23.2s.), Mansell (23.7s.), Piquet (34s.), de Cesaris (41.2s.), Warwick (53.3s.), Nannini (54.1s.) et Alliot (1m. 12s.).

 

21e: Mansell attaque Boutsen à la chicane du port. Mais le Belge est plus coriace que prévu et l'Anglais endommage sa moustache droite contre la Williams. Il rentre aux stands. Nannini abandonne car sa pression d'huile est tombée à zéro.

 

22e: L'intervalle entre Senna et Prost dépasse les dix secondes. Mansell fait changer ses pneus et son museau. L'opération dure plus d'une minute et le pilote Ferrari repart en avant-dernière position, avec un tour de retard.

 

24e: Senna est dans le trafic. Mansell roule entre Alesi et Berger et appuie sur le champignon. Il entame une impressionnante remontée.

 

25e: Senna mène devant Prost (9.1s.), Alesi (12.1s.), Berger (17.4s.), Patrese (24.2s.) et Boutsen (29.9s.).

 

26e: Senna est gêné par Nakajima dans la montée de Beau Rivage. Le Japonais s'écarte finalement à Massenet devant le Brésilien... et devant Caffi.

 

27e: Mansell a doublé Bernard. Il occupe maintenant le quinzième rang.

 

28e: Foitek freine tard à la sortie du tunnel et laisse passer Nakajima et Mansell.

 

29e: Neuf secondes séparent Senna et Prost. Piquet remonte sur Boutsen. Mansell dépasse Nakajima après Sainte-Dévote.

 

31e: Prost regagne son stand car sa batterie vient d'exploser ! Il met pied à terre et court se faire essuyer les mains car celles-ci sont pleines d'acide sulfurique. Mansell dépasse Caffi.

 

32e: Senna est devant Alesi (17.4s.), Berger (22.5s.), Patrese (27.6s.), Boutsen (38s.), Piquet (39.4s.), Warwick (1m. 10s.) et Alliot (1m. 23s.). De Cesaris arrive chez la Scuderia Italien avec un moteur hoquetant. Il fait remplacer ses bougies et son boîtier électronique. Mansell s'empare de la neuvième place aux dépens de Barilla.

 

34e: Piquet tente de faire l'intérieur à Boutsen à l'épingle mais il escalade un trottoir, part en tête-à-queue, et se retrouve en travers de la piste. Son moteur tourne encore et il repart poussé par les commissaires, ce qui est dorénavant absolument interdit (souvenir de Suzuka 89...). Néanmoins le Carioca poursuit sa route avec un aileron avant cassé. Mansell double Alliot.

 

35e: Piquet stoppe chez Benetton pour changer de nez. Barilla exécute une figure à la Rascasse sous le nez de Berger. Il perd deux positions au profit de Caffi et Nakajima.

 

36e: Senna compte vingt secondes d'avance sur Alesi, vingt-cinq secondes sur Berger.

 

38e: Nakajima part en toupie au second S de la Piscine et heurte le rail. Il redémarre mais sa suspension est faussée. Il rentre à son box.

 

39e: Piquet ressort des stands mais reçoit le drapeau noir pour avoir bénéficié d'une aide extérieure. Nakajima abandonne.

 

40e: Senna domine devant Alesi (21.6s.), Berger (25s.), Patrese (49.3s.), Boutsen (1m. 03s.), Warwick (-1t.), Mansell (-1t.), Alliot (-1t.), Caffi (-1t.), Barilla (-1t.), Foitek (-1t.), Bernard (-1t.), Lehto (-1t.) et de Cesaris (-4t.). Piquet retrouve son stand pour de bon.

 

41e: Patrese rejoint les stands pour abandonner à cause d'un problème de distribution. C'est aussi terminé pour de Cesaris suite à la rupture de sa commande d'accélérateur.

 

42e: Mansell rejoint Warwick au rythme de trois secondes par tour. Les deux Anglais vont se battre pour la cinquième position.

 

44e: Senna possède vingt-trois secondes d'avance sur Alesi. Mansell est revenu derrière Warwick. Il tente en vain de le déborder sur le boulevard Albert Ier.

 

45e: Mansell fait l'intérieur à Warwick au virage du Bureau de Tabac et glane ainsi une place supplémentaire.

 

46e: Berger passe à l'attaque et refait son retard sur Alesi. Tous deux évoluent à vingt-trois secondes de Senna. Mansell réalise son meilleur chrono de la journée: 1'24''971'''.

 

48e: Senna prend un tour à Boutsen qui se bat avec une pédale d'accélérateur très dure.

 

49e: Senna roule en 1'25'' et maintient une confortable avance sur Alesi, lequel voit Berger grossir dans ses rétroviseurs. Mansell est maintenant aux trousses de Boutsen. Alliot abandonne, trahi par sa boîte de vitesses. Il était à la porte des points en septième position.

 

50e: Senna précède Alesi (24s.), Berger (24.8s.), Boutsen (-1t.), Mansell (-1t.), Warwick (-1t.), Caffi (-1t.) et Barilla (-2t.).

 

52e: Berger harcèle Alesi mais se montre prudent car il a perdu son premier rapport. Mansell revient comme une fusée sur Boutsen.

 

54e: Senna a vingt-cinq secondes de marge sur la paire Alesi – Berger. L'Autrichien colle son nez à l'arrière-train de la « mouette » d'Alesi. Mansell attaque Boutsen. Barilla, Foitek et Bernard luttent pour la huitième place.

 

55e: Mansell fait l'intérieur à Boutsen à la chicane du port et cette fois s'impose sans encombre. Boutsen laisse ensuite Alesi et Berger lui prendre un tour. Barilla renonce après avoir perdu l'usage de son second rapport. Lehto sort aussi du jeu, boîte de vitesses cassée. Il ne reste plus que neuf voitures en piste.

 

57e: Senna mène devant Alesi (24.5s.), Berger (25.2s.), Mansell (-1t.), Boutsen (-1t.) et Warwick (-1t.).

 

59e: Senna conclut le meilleur tour en course: 1'24''468'''. Alesi et Berger sont derrière Mansell qui s'en donne à cœur joie, et parvient à les semer !

 

61e: Senna est toujours le maître. Suivent Alesi (26s.), Berger (26.7s.), Mansell (-1t.), Boutsen (-1t.), Warwick (-1t.), Caffi (-2t.), Foitek (-2t.) et Bernard (-2t.).

 

63e: Alesi distance quelque peu Berger qui, comme à Imola, perd des chevaux en fin d'épreuve.

 

64e: Mansell s'immobilise sur le boulevard Albert Ier. Comme sur la 641 de Prost, la batterie a lâché. Rouge de colère, Mansell rejoint les stands à pied, échange quelques mots avec Cesare Fiorio puis quitte son équipe sans saluer personne !

 

66e: Senna mène toujours devant Alesi (21.1s.), Berger (23.4s.), Boutsen (-1t.), Warwick (-1t.), Caffi (-2t.), Foitek (-2t.) et Bernard (-2t.).

 

68e: Privé de freins, Warwick part en tête à queue au second S de la Piscine. Il cale et se retrouve en travers de la piste dans un virage en aveugle. Senna surgit à cet instant et évite de peu la Lotus. Les commissaires agitent les drapeaux jaunes car le risque de carambolage est très grand.

 

69e: La Lotus de Warwick est retirée par une grue. A la Piscine, Senna agite la bras à l'intention des commissaires pour signifier son mécontentement. Il s'est en effet fait une belle frayeur: les préposés lui ont indiqué que le danger se trouvait à gauche alors qu'il était à droite ! Bernard menace Foitek pour le gain d'une sixième place très convoitée par Larrousse. C'est en effet le sésame pour sortir des pré-qualifications lors de la seconde moitié de saison.

 

70e: Senna devance Alesi (17.5s.), Berger (19s.), Boutsen (-1t.), Caffi (-2t.), Foitek (-2t.) et Bernard (-2t.).

 

72e: Senna roule prudemment et laisse Alesi et Berger combler leur retard. Bernard est dans la roue de Foitek qui se défend avec férocité.

 

73e: Berger est à nouveau sur les talons d'Alesi. Foitek louvoie dangereusement devant Bernard au Bureau de Tabac. Le jeune Martégal commence à la trouver saumâtre.

 

74e: Berger tente de doubler Alesi à Beau Rivage, sans succès. Bernard attaque Foitek à la chicane du port. Le Suisse coupe la route au Français. L'accrochage est inévitable. Mais si Foitek reste sur le carreau, Bernard parvient à se relancer... Le voici sixième !

 

76e: Berger menace toujours Alesi mais n'arrive pas à prendre l'aspiration, que ce soit sur le boulevard ou sous le tunnel.

 

77e: Senna sent une faiblesse au niveau de son moteur. Craignant une rupture fatale, le Brésilien diminue considérablement son allure. Il n'a plus que cinq secondes d'avance sur Alesi et Berger.

 

78ème et dernier tour: Ayrton Senna conduit à sa main et laisse ses poursuivants revenir à moins de deux secondes. Il remporte néanmoins son troisième Grand Prix de Monaco. Alesi obtient une seconde position tout à fait exceptionnelle. Berger se contente de la troisième place. Boutsen achève au quatrième rang ce médiocre week-end pour Williams. Caffi glane deux points précieux pour Arrows. Enfin, Bernard termine sixième et décroche son premier point en F1. Aucun autre pilote ne franchit la ligne !

 

Après la course

Heureux de son succès, Ayrton Senna est tout de même très préoccupé par les problèmes techniques rencontrés par la McLaren-Honda: « Ma voiture fut très efficace mais à quelques tours de l'arrivée, mon moteur a commencé à perdre de la puissance. Il faisait un drôle de bruit, je n'aimais pas ça du tout... McLaren compte un peu trop sur ses pilotes pour compenser ses faiblesses. Or nous ne sommes qu'un des éléments de la réussite. Si nos moteurs ont progressé en fiabilité et en souplesse, ils se sont fait rattraper par Ferrari et par Renault en puissance. Il faut travailler, que tout le monde comprenne que la machine doit être relancée... » Le message est entendu: Senna et Berger sont convoqués quelques jours plus tard pour des essais intensifs au Castellet. Par ailleurs le Pauliste tance les commissaires de piste qui selon lui se sont rendus coupables de négligence lors de l'accident de Derek Warwick.

 

Gerhard Berger est moins ronchon que son équipier, et pourtant sa course fut plus délicate: « J'ai perdu ma première vitesse après trente tours. J'ai eu du mal à m'y habituer... Et lorsque j'y suis parvenu, le moteur a faibli. Alesi était plus rapide dans les rectilignes. » Cependant le Tyrolien est surtout critiqué pour sa responsabilité dans le « carton » du premier départ. Après l'incident avec Nigel Mansell à Imola, c'est la deuxième fois consécutive qu'il est impliqué dans un incident de course. D'aucuns estiment que Berger, archi-dominé par Senna depuis le début de la saison, tente de compenser son retard en sur-pilotant, d'où ces fautes grossières, son style n'étant déjà pas des plus fluides à l'origine...

 

Chez Ferrari, on fait le dos rond en attendant des jours meilleurs. « Deux batteries cassées ! Y aurait-il de la Fiat Panda dans la 641 ? » ironise le quotidien français Auto Hebdo. Un Alain Prost très morose déclare attendre l'arrivée d'une nouvelle évolution après la tournée nord-américaine. Quant à Nigel Mansell, il dit à la recherche d'un autre volant pour 1991 ! Ambiance...

 

La presse tresse des lauriers à Jean Alesi qui, grâce à cette seconde place sur le Rocher, intègre le cercle restreint des champions du monde en devenir. Les spécialistes lui prédisent un avenir doré... et rouge. Quelques reporters bien informés font échos de contacts entre Alesi et Ferrari. Ken Tyrrell s'en agace mais au fond, n'a-t-il pas entouré son poulain de collaborateurs issus de la Scuderia ? Harvey Postlethwaite, Jean-Claude Migeot et Joan Villadelprat, le team manager, sont tous passés par Maranello...

 

Du côté de Larrousse, le patron félicite Éric Bernard avant même que celui-ci ait ôté son casque ! Cette sixième place, totalement inespérée après des essais calamiteux, sauve probablement l'équipe d'Antony des pré-qualifications. « Au fond, si j'étais mieux parti, j'aurais pu finir quatrième », déclare Bernard avec flegme. « J'étais bien, à un moment j'ai suivi Berger très facilement. Par contre Foitek n'a pas cessé de balancer sa voiture devant moi pour m'empêcher de doubler. Quand nous nous sommes accrochés, je me suis aperçu qu'il n'y avait rien de cassé sur ma voiture. J'appréhendais surtout une fuite d'huile ou une bêtise comme ça. » Gérard Larrousse est aussi content d'avoir ouvert le compteur de Lamborghini avant les rivaux de Lotus. Un atout non négligeable à l'heure où Chrysler envisage de trouver d'autres partenaires pour la saison 91...

 

Hommage de Senna à Fangio

Dimanche soir, la fine fleur du paddock est conviée au Sporting d'été pour la grande soirée de l'Automobile Club de Monaco, présidée par Michel Boeri et Jacky Ickx en l'absence de la famille princière. Ayrton Senna et Jean Alesi sont plébiscités à l'applaudimètre. Le Brésilien dédie sa victoire à Juan Manuel Fangio. Il rend un vibrant hommage à l'illustre Argentin: « Il est le champion exemplaire des valeurs que j'apprécie. C'est un homme d'exception. Pas seulement pour ses cinq titres mondiaux, mais par son style, sa personnalité, son humanité. C'est à mes yeux un exemple pour les jeunes et les sportifs. » Très ému, Fangio félicite chaudement Ayrton dont il admire la fouge et le panache, et qu'il considère un peu comme son lointain héritier. Une réelle complicité lie les deux hommes, ce qui suscite l'étonnement... et la jalousie de quelques-uns.

 

Harassé par sa journée, Senna supporte néanmoins difficilement ces mondanités. Il s'éclipse très tôt en compagnie de sa sœur Viviane. Mais il n'est pas le premier à partir: Alesi, qui s'endormait dans son assiette, l'a précédé de quarante minutes...

Tony