Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Ferrari
Alain PROST
 A.PROST
Ferrari
Gerhard BERGER
 G.BERGER
McLaren Honda

490e Grand Prix

XIV Gran Premio de Mexico
Couvert
24 juin 1990 - Mexico City
69 tours x 4.421 km - 305.049 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Alain Prost est en quinzième position quand il franchit le premier virage.

Pour qui sonne le GLAS...

Depuis quelques mois, Mauro Forghieri travaille sur la conception d'une Lamborghini F1 patronnée par le jeune businessman mexicain Fernando Gonzalez Luna. Si le matériel doit être fourni par la firme au taureau, la future équipe GLAS (Gonzalez Luna y Asociados) est conçue pour être « 100 % mexicaine », des pilotes aux mécaniciens. Dans l'esprit de son fondateur, il s'agit de « créer un front latin contre l'invasion des Japonais. » Une fois le contrat signé, à l'automne 89, Forghieri se jette avec fougue sur sa planche à dessin. N'a-t-il pas une revanche à prendre sur Ferrari qui l'a congédié six ans plus tôt ? Il se lie avec plusieurs sous-traitants transalpins et s'entoure de quelques ingénieurs de renom comme Mario Tolentino. Les GLAS doivent être engagées dans le championnat 91 par une structure italienne nommée So.Ge.Team dont le fer de lance sera Mario Patrucco, le vice-président de la Confindustria. Les pilotes seront l'Italien Mauro Baldi et le jeune Mexicain Giovanni Aloï.

 

La présentation de la GLAS, suivie d'un roulage, est prévue pour ce GP du Mexique. Huit cents invitations sont lancées pour l'événement. Mais quelques jours avant la date fatidique, Gonzalez Luna s'évanouit dans la nature. Il fait en effet l'objet d'un mandat de recherche d'Interpol ! Sa fortune émettrait des relents de cocaïne... L'aventure GLAS est ainsi liquidée en quelques jours. Émile Novaro, le président de Lamborghini, et son bras-droit Daniele Audetto, se retrouvent donc avec une Formule 1 toute neuve sur les bras. Les deux hommes n'ont rien vu venir. « Gonzalez Luna nous a toujours payés rubis sur l'ongle, aux échéances prévues... » soupire Novaro. Voilà qui noircit l'image de Chrysler et de Lamborghini.

 

Bernie Ecclestone et le filon des droits TV

Bernie Ecclestone n'est pas en Amérique. Il reste en Angleterre afin de fixer les tarifs des retransmissions télévisées pour la saison 1991. Il est épaulé par Christian Vogt, le responsable de la FOCA en charge de l'audiovisuel. Les deux hommes révèlent leurs statistiques: en 1989, sur les cinq continents, la Formule 1 a attiré 17 milliards de téléspectateurs ! Le record appartient au Japon avec 267 millions de spectateurs...

 

Ces excellents chiffres motivent quelques réajustements des contrats avec les chaînes de télévision. Ecclestone joue habilement sur la concurrence. Par exemple, au Japon, Fuji TV fait face à une offensive de sa rivale NHK. Pour conserver son exclusivité, elle doit payer huit millions de dollars à la FOCA jusqu'en 1992. En Italie, le magnat Silvio Berlusconi empoche le morceau pour 91 au bénéfice de Finvest. En France, TF1 est débordée par la Cinq. La chaîne de Jean-Luc Lagardère obtient l'exclusivité pour trois ans moyennant 33 millions de francs. Une somme astronomique. Patrick Le Lay, le président de TF1, hurle à la concurrence déloyale. Ecclestone se frotte les mains: jamais son business n'a été aussi lucratif...

 

Présentation de l'épreuve

Le circuit des frères Rodríguez a subi quelques aménagements nécessaires. Le revêtement de la grande courbe à droite (Peralta) a été refait, ainsi que le mur qui l'entoure. Cependant les pilotes se plaignent toujours des bosses. Bernie Ecclestone ordonne aux organisateurs de refaire entièrement le bitume d'ici 1991.

 

Honda fête les vingt-cinq ans de sa première victoire en Formule 1, survenue ici même à Mexico le 24 octobre 1965 grâce au regretté Richie Ginther. La Honda RA272 était préparée par Yoshio Nakamura, aujourd'hui retraité, et Nobuhiko Kawamoto, l'actuel directeur-général de Honda Motor Company. Ayrton Senna, qui n'avait que cinq ans à l'époque, s'apprête lui à disputer son centième Grand Prix. Le Brésilien confère longuement avec Osamu Goto car il souhaite avoir des garanties pour l'avenir. Il apprend que le futur V12 Honda fera prochainement ses débuts à Silverstone aux mains d'Allan McNish. Satisfait, il commence à négocier le renouvellement de son contrat avec Ron Dennis.

 

On le sait, depuis son exploit de Phoenix Jean Alesi est le jeune loup le plus convoité du paddock. Pour l'Avignonnais de 26 ans, il n'est plus question de lambiner chez Tyrrell alors que les « top teams » lui offrent des ponts d'or. Ferrari se montre particulièrement pressante, mais Frank Williams semble être le plus convaincant. Selon le journaliste belge Pierre Van Vliet, Alesi aurait accepté une offre de quinze millions de francs émanant de Williams-Renault-Elf. Il ferait équipe en 1991 avec Riccardo Patrese. Thierry Boutsen serait prié d'aller voir ailleurs. Certes, en une saison et demie à Didcot, le Bruxellois s'est montré souvent plus rapide que son équipier. Mais il ne s'est pas imposé comme un leader indiscutable. Patrick Head le trouve trop « gentil », et du reste ne lui passe rien. Sa grosse bourde de Montréal paraît avoir scellé son sort.

 

Les remarques aigres-douces d'Alain Prost au soir du GP du Canada ont provoqué des remous à Maranello et accéléré une réorganisation du staff technique. En conflit de compétences avec Steve Nichols, Enrique Scalabroni quitte la Scuderia, de même que l'aérodynamicien Henri Durand. Nichols a maintenant les coudées franches. En ce qui concerne les pilotes, Cesare Fiorio propose à Nigel Mansell un contrat pour 1991 moyennant une diminution substantielle de ses émoluments. Estomaqué, l'Anglais accueille cette offre très fraîchement et se considère libre de chercher un autre volant. La presse italienne exploite ces chambardements pour évoquer une « mini-crise » au sein de la Scuderia. Agacé, Prost dénonce les « journalistes-hooligans » qui selon lui jettent de l'huile sur le feu et sabote son travail.

 

Hugues de Chaunac quitte AGS le 7 juin 1990. Il estime ne pas disposer du budget nécessaire au développement de l'écurie. Pourtant Cyril de Rouvre a bien renfloué les ateliers gonfaronais qui possèdent désormais près de soixante employés. Insuffisant selon de Chaunac: « La Formule 1, d'accord... mais pas dans n'importe quelles conditions. Avec AGS je n'étais pas demandeur. J'avais fixé mes désirs et mes objectifs. Cyril de Rouvre ne me garantit pas les moyens et le budget de passage à l'échelon supérieur. Je ne le juge pas, mais j'en tire les conclusions. » Amer, de Rouvre accuse son ancien partenaire d'avoir empêché la venue d'Alan Jenkins qui souhaitait rejoindre l'équipe. Quoiqu'il en soit, avec une seule qualification cette saison, le bilan 90 d'AGS est jusqu'ici désastreux.

 

Essais et qualifications

La mise au point des châssis en version « qualifications » s'avère particulièrement fastidieuse. Les pneus tendres Goodyear comme Pirelli se dégradent trop rapidement. Aussi nombre de pilotes réalisent leurs meilleurs chronos avec les pneus durs prévus pour la course.

 

Grouillard signe le meilleur chrono des pré-qualifications, signe des progrès constants de l'Osella. Bernard, Suzuki et Moreno se sortent aussi de l'ornière. Les AGS de Dalmas et de Tarquini sont encore une fois éliminées, bien que le Varois ait longtemps occupé le quatrième rang. Langes n'a toujours pas de remplaçant chez Eurobrun et, comme à Montréal, fait quelques tours de figuration pour éviter une amende à son patron. La Coloni-Subaru progresse: Gachot n'échoue qu'à une seconde du quatrième temps de Suzuki. Giacomelli et sa Life ne parcourent qu'un seul tour en quatre minutes... Le W12 Rocchi n'atteint pas les 120 km/h en ligne droite. Quand la plaisanterie cessera-t-elle ?

 

Berger s'adjuge dès le vendredi sa seconde pole position de la saison, la sixième de sa carrière. Pour une fois, Senna ne déniche pas les bons réglages et se contente du troisième temps. Les Williams-Renault sont en verve. Patrese (2ème) ne rencontre aucun souci tandis que Boutsen (5ème), plus malheureux, voit son meilleur tour gâché par une sortie d'Alliot. Les Ferrari sont toujours réfractaires aux pneus de qualification. Si Mansell (4ème) s'en tire bien, Prost (13ème) déplore une usure prématurée des Goodyear et un moteur poussif. Il préfère travailler sur le réglage de sa voiture de course, avec pneus durs et réservoir plein. Belles performances des Tyrrell: Alesi (6ème) brille malgré des coupures électriques et Nakajima (9ème) n'a jamais été aussi bien placé depuis le début de l'année. Les Minardi exploitent bien les pneus Pirelli. Martini (7ème) peut viser les points tandis que Barilla (16ème) se qualifie cette fois sans peine.

 

La Benetton-Ford dévore ses pneus tendres, ce dont Piquet (8ème) se rend compte avant Nannini (14ème). Un violent sous-virage affecte la tenue de route des Brabham-Judd de Modena (10ème) et D. Brabham (21ème). Les Lotus-Lamborghini (Warwick 11ème, Donnelly 12ème) peuplent la sixième ligne. La Dallara est très difficile à mettre au point sur cette piste bosselée. De Cesaris (14ème) connaît une touchette avec Grouillard. Pirro est dix-huitième. Le comportement des Arrows est désastreux à cause de suspensions trop dures et de rapports de boîte trop courts. Alboreto (17ème) sauve sa tête mais pas Caffi (29ème) qui a pris la piste au mauvais moment. Mexico ne réussit pas à Larrousse: Suzuki (19ème) et Bernard (25ème) détruisent chacun deux coques en deux jours ! Grouillard est vingtième avec l'Osella. Les Ligier (Alliot 22ème, Larini 24ème) se comportent très mal. Leur train arrière fait ce qu'il veut... Les deux Onyx de Foitek (23ème) et Lehto (26ème) sont qualifiées. Le Finlandais est cependant repêché par l'exclusion de Moreno, vingt-et-unième vendredi, mais sanctionné pour avoir été poussé par les commissaires suite à un tête-à-queue.

 

Enfin Capelli et Gugelmin, éliminés, poursuivent leur chemin de croix au volant de Leyton House totalement inconduisibles. Le spectre des pré-qualifications menace l'écurie anglo-japonaise.

 

Le Grand Prix

Cette épreuve mexicaine suscite moins d'enthousiasme que les années précédentes, la faute à la Coupe du Monde de football qui retient l'attention des fanatiques de sport. Les pilotes affinent encore leurs réglages lors du warm-up. Prost affirme que sa Ferrari est parfaitement au point et ne se formalise pas de sa mauvaise position de départ. Les coureurs optent pour des pneus médiums, ni trop durs, ni trop tendres, tant chez Pirelli que chez Goodyear, exceptés Patrese et Boutsen qui prennent des « B » durs.

 

Départ: Patrese prend un superbe envol et s'empare du commandement. Berger cède aussi une position à son équipier Senna. Suivent Boutsen, Piquet et Mansell. Prost démarre prudemment et n'est que quinzième au premier virage.

 

1er tour: A la sortie de Peralta, Senna prend l'aspiration derrière Patrese et s'empare du commandement. Suivent Berger, Boutsen, Piquet, Mansell, Alesi, Warwick, Martini et Donnelly. Prost est treizième après avoir effacé Alboreto et Modena.

 

2e: Berger profite de l'aspiration de Patrese et de Senna, et dépasse lui aussi l'Italien au premier freinage. Boutsen repousse une attaque de Piquet. Alesi dépasse Mansell. Prost prend la douzième place à Nannini. Brabham stoppe à son stand pour se plaindre de coupures électriques.

 

3e: Les McLaren s'échappent. Boutsen double Patrese devant les stands. Puis Piquet prend l'avantage sur son ex-équipier. Donnelly double Martini. Prost et Nannini dépassent de Cesaris.

 

4e: Prost se défait de Martini et apparaît à la dixième position.

 

5e: Piquet prend la troisième place à Boutsen. En fin de tour, Senna mène devant Berger (1.2s.), Piquet (5.9s.), Boutsen (7s.), Patrese (8.2s.), Alesi (9.3s.) et Mansell (10s.).

 

7e: Senna compte trois secondes et demie d'avance sur Berger. Piquet parvient à fuir les Williams qui sont handicapées par leurs gommes dures. Prost poursuit sa remontée et dépasse la Lotus de Warwick.

 

8e: Mansell dépasse Alesi. Nannini efface Warwick.

 

9e: L'autre Lotus, celle de Donnelly, se fait également avaler par Prost, désormais huitième.

 

10e: Senna mène devant Berger (5.7s.), Piquet (9.5s.), Boutsen (12.8s.), Patrese (14.6s.), Mansell (16.5s.), Alesi (18s.) et Prost (20s.). Nannini double Donnelly. Pirro abandonne dans un nuage de fumée, moteur cassé.

 

11e: Berger ne peut pas suivre Senna car la pression de ses pneus est trop élevée. Sa gomme avant-gauche est parsemée de bulles. Prost rattrape Alesi. La Ferrari n°27 semble réglée à merveille.

 

12e: Berger rend huit secondes à Senna. Jusqu'alors treizième, Suzuki lève le pied car son pneu arrière-droit est complétement cloqué. Mais Nakajima, surpris, le percute dans les Esses. La Tyrrell et la Lola échouent dans le gazon. Les deux Nippons sont « out ». Alliot change ses pneus.

 

13e: Berger choisit de remplacer ses enveloppes. Il chausse cette fois des Goodyear B à droite et des C tendres à gauche. Il repart en douzième position. Prost dépasse Alesi et grimpe à la sixième place. Bernard renonce après qu'un roulement de roue arrière défectueux a endommagé ses disques de frein.

 

14e: Les Ligier tressautent sur les bosses et malmènent leurs pneus. Comme Alliot, Larini doit remplacer ses enveloppes.

 

15e: Treize secondes séparent Senna et Piquet. Prost revient sur son équipier Mansell. Nannini dépasse Alesi dont le moteur ne fonctionne pas à plein régime. Brabham renonce après un court-circuit sur sa monture.

 

16e: Prost est désormais dans les échappements de son coéquipier.

 

17e: Prost se décale pour impressionner Mansell qui ne bronche pas. Les deux Ferrari reviennent sur la Williams de Patrese.

 

18e: L'intervalle est stable entre Senna et Piquet. Berger est toujours douzième car il bute sur Modena.

 

20e: Senna mène devant Piquet (13.1s.), Boutsen (15.6s.), Patrese (17.3s.), Mansell (17.6s.), Prost (18.5s.), Nannini (24.1s.), Alesi (25.7s.), Donnelly (32.7s.) et Warwick (34s.). Berger parvient enfin à dépasser Modena.

 

22e: Mansell trouve l'ouverture sur Patrese au bout de la ligne droite des stands. Prost tente de doubler l'Italien à l'Ese del Lago mais celui-ci se défend avec vigueur.

 

23e: Mansell se lance à la poursuite de Boutsen. Prost tente à nouveau de faire l'intérieur à Patrese à l'Ese del Lago. Le Padouan se rabat devant le Forézien qui éviter la collision de justesse.

 

24e: Senna possède quinze secondes de marge sur Piquet. Prost harcèle toujours Patrese en vain.

 

25e: Mansell prend l'aspiration derrière Boutsen dans la longue ligne droite et choisit l'extérieur pour déborder le Bruxellois. Patrese bouchonne Prost. Cela permet à Nannini de rattraper le Français.

 

26e: Pressé par Nannini, Prost fait l'intérieur à Patrese au premier virage. Le pilote Williams s'incline.

 

27e: Senna se détache et repousse Piquet à seize secondes. Lehto renonce suite à une casse moteur.

 

28e: Les Ferrari sont extrêmement rapides et remontent sur la tête de course. Mansell menace Piquet tandis que Prost fond sur Boutsen. De son côté Berger rattrape les Lotus-Lamborghini.

 

29e: Prost se démène derrière Boutsen. Le V10 Renault vaut bien le V12 Ferrari en ligne droite. Berger prend la neuvième place à Warwick.

 

30e: Senna mène devant Piquet (14.5s.), Mansell (16.5s.), Boutsen (23.4s.), Prost (23.8s.) Patrese (25.8s.), Nannini (26.5s.) et Alesi (34s.). Berger dépasse Donnelly.

 

31e: Prost déborde Boutsen au premier virage. Le voici quatrième.

 

32e: Nannini prend l'avantage sur Patrese qui n'oppose aucune résistance. Les Williams ont peu d'adhérence.

 

33e: Senna poursuit une véritable promenade de santé. Il a dix-sept secondes de marge sur Piquet. Mansell revient sur le Carioca.

 

35e: Mansell commence à intimider Piquet dans les lignes droites. Prost roule à cinq secondes de son coéquipier.

 

37e: Mansell est sous l'aileron de Piquet. Au passage devant les stands, il se déporte à gauche. Piquet l'imite pour protéger sa position. C'est justement ce que voulait son adversaire qui braque à droite et déborde la Benetton par l'intérieur. « Il Leone » est maintenant second. Alesi double à son tour Patrese.

 

38e: Dix-huit secondes séparent Senna et Mansell. Prost est aux trousses de Piquet. Le Brésilien est à la peine car une bulle s'est formée sur un de ses pneus arrière. Nannini rattrape Boutsen qui rencontre des problèmes de freins.

 

40e: Mansell réduit un peu son retard sur Senna. Nannini s'empare de la cinquième place aux dépens de Boutsen. Berger dépasse un Patrese à la dérive.

 

41e: Senna devance Mansell (17.1s.), Piquet (22.6s.), Prost (23.3s.), Nannini (31.7s.), Boutsen (32.7s.), Alesi (37.6s.), Berger (45.4s.), Patrese (45.8s.), Donnelly (58.8s.), Warwick (59.3s.) et Modena (1m. 13s.).

 

42e: Patrese remplace ses pneus cloqués par des pneus tendres et repart en onzième position.

 

44e: Mansell roule en 1'18''858''' et reprend quelques dixièmes à Senna. Piquet stoppe chez Benetton pour changer ses pneus détériorés. Il reprend la piste en huitième position.

 

45e: Senna précède Mansell (15.8s.), Prost (22.1s.), Nannini (31.2s.), Boutsen (34s.), Alesi (38.8s.), Berger (43s.) et Piquet (50s.). Alboreto occupait la quinzième place depuis le départ, mais il va progressivement rétrograder à cause d'un moteur faiblissant.

 

47e: Senna roule derrière Patrese sans parvenir à lui prendre un tour. Il s'aperçoit que sa McLaren devient instable. Il soupçonne un problème de pneus et alerte son stand qui le rassure sur l'état de ses gommes.

 

48e: Mansell n'est plus qu'à treize secondes de Senna. Berger est revenu sur Alesi.

 

49e: Prost boucle un tour en 1'18''598'''. Il est le pilote le plus rapide en piste et menace Mansell.

 

50e: Senna rencontre une crevaison lente à l'arrière-droit. Il demande à Neil Oatley de changer de pneumatiques mais celui-ci lui rétorque qu'il peut aller au bout dans ces conditions. Berger prend la sixième place à Alesi.

 

51e: Senna devance Mansell (11.4s.), Prost (13s.), Nannini (27.3s.), Boutsen (31.8s.) et Berger (39s.).

 

52e: Après moult hésitations, Senna se résout à demeurer en piste avec son pneu abîmé. Un arrêt à ce stade de l'épreuve lui coûterait en effet la victoire et même le podium. Prost fait la jonction avec Mansell.

 

53e: Prost est dans la roue de Mansell. Berger a refait son retard sur Boutsen.

 

55e: Mansell entame la ligne droite principale derrière Foitek qui ne s'écarte pas. Plus prompt à réagir, Prost se déporte sur la droite pour doubler son équipier, lequel choisit finalement de déboîter l'Onyx. Prost se décale un peu plus à droite, ne perd pas de vitesse et s'impose au freinage. Le Français est maintenant deuxième. Berger dépasse Boutsen également au milieu d'un paquet d'attardés.

 

56e: Prost accroît sa cadence. Il sème Mansell et se rapproche de Senna qui n'est qu'à neuf secondes devant lui.

 

57e: Le pneu arrière-droit de Senna commence à se désagréger. Le Brésilien ne devance plus Prost que de cinq secondes. Plus loin, Berger est parti en chasse de Nannini.

 

58e: Prost réalise le meilleur tour de la course (1'17''958''') et ne concède plus que deux secondes à Senna ! Mansell suit son équipier.

 

59e: Les deux wagons du « train rouge » s'accrochent à la McLaren de tête, prêts à porter l'estocade. Prost lance sa première attaque à l'entrée du banking, mais Senna clôt la porte.

 

60e: Senna précède Prost (0.2s.), Mansell (0.5s.), Nannini (25.4s.), Berger (26.5s.), Boutsen (34.3s.), Alesi (40.5s.), Piquet (44s.), Donnelly (57.5s.), Warwick (1m. 05s.), Patrese (1m. 06s.), Modena (-1t.), et Martini (-1t.).

 

61e: Senna ne peut plus résister à Prost. Le Français le dépasse au premier virage. Mansell se trouve bientôt dans les échappements de la McLaren. Berger se défait de Nannini. Patrese double Warwick sur la ligne.

 

62e: Prost roule vers la victoire alors qu'il partait treizième ! Mansell double Senna à son tour. Les deux Ferrari sont en tête.

 

63e: Prost a deux secondes d'avance sur son équipier. Senna tente de résister au retour de Berger.

 

64e: Mansell dérape à la sortie de l'Ese del Lago et part en toupie. Il s'immobilise face au mur de béton. Il enclenche la marche arrière et repart, mais a perdu quinze secondes dans cette mésaventure. Le pneu arrière-droit de Senna part en lambeaux. Le Brésilien regagne les stands clopin-clopant.

 

65e: Berger conclut son meilleur tour de la journée (1'18''223''') et rejoint Mansell. Plus loin, Piquet rattrape Alesi et cherche à le déloger de la sixième place.

 

66e: Prost devance Mansell (22.4s.), Berger (23s.), Nannini (34.5s.), Boutsen (40.1s.), Alesi (45.5s.) et Piquet (47s.). Senna arrive à son stand et sort de sa voiture. Très déçu, il ne cherche même pas à repartir.

 

67e: A l'abord du premier freinage, Berger tente une attaque très hardie sur Mansell: il retarde au maximum son freinage, bloque ses roues et se jette à l'intérieur. La place manque dans ce « droite-gauche ». Les roues de la McLaren et de la Ferrari se frottent. Déporté vers l'extérieur, Mansell doit laisser passer l'Autrichien.

 

68e: Mansell tente de faire l'extérieur à Berger dans la ligne droite principale, en vain. Puis l'Autrichien sort large de l'Ese del Lago. Son adversaire se porte à sa hauteur mais la McLaren, plus rapide, garde l'avantage. Berger louvoie devant Mansell qui porte l'estocade à l'entrée du « banking » : blotti dans l'aileron de son adversaire, il se décale vers l'extérieur, prend le virage à 250 km/h et reprend sa seconde position ! Piquet s'empare de la sixième place aux dépens d'Alesi.

 

69ème et dernier tour: Alain Prost remporte le GP du Mexique après une brillante démonstration. Mansell conserve in extremis la seconde place, deux dixièmes devant Berger qui a pris son aspiration dans les derniers mètres. Nannini finit quatrième devant Boutsen et Piquet. Alesi se contente de la septième place. Donnelly, Patrese, Warwick, Modena, Martini, de Cesaris, Barilla, Foitek, Larini, Alboreto, Alliot et Grouillard rejoignent aussi l'arrivée. Senna est classé vingtième.

 

Après la course: Prost, la remontée fantastique

Ce doublé suscite l'allégresse chez les mécaniciens de Ferrari qui s'embrassent en dansant. Cesare Fiorio se jette sur Alain Prost. Le petit Français est bientôt noyé sous une marée joyeuse. Arrivé à son tour, Nigel Mansell lui donne une franche accolade. La Scuderia renaît après les tensions de ces dernières semaines.

 

Alain Prost vient probablement de délivrer la plus belle course de sa carrière. Gagner en partant treizième est un exploit peu commun. Il doit cette réussite à son sens technique qui lui a permis d'adapter ses réglages après des qualifications catastrophiques. « Ma seule chance de m'en sortir était d'adopter une solution aérodynamique à faibles appuis », explique-t-il. « Une vitesse maxi plus élevée que la concurrence me permettait de doubler plus facilement, même si la tenue de route devait être affectée dans les portions sinueuses. J'étais confiant car aux essais, à chaque fois que je chaussais quatre pneus de course et que je prenais un peu d'essence, je trouvais ma voiture parfaite. » Le triple champion du monde a aussi prouvé qu'il n'a rien perdu de son sens de l'attaque en accomplissant des dépassements compliqués sur Mansell et Senna. Et si la Ferrari doit encore améliorer son exploitation des pneumatiques tendres et le fonctionnement de son moteur, elle ne cesse de progresser. « Pour le championnat, tout est relancé ! » clame Prost, triomphant.

 

Nigel Mansell a fait lui aussi le spectacle avec son duel inouï contre Gerhard Berger. Son dépassement sur l'Autrichien dans le banking, à fond de cinquième, fut simplement prodigieux. « Ça s'est bien passé, il suffisait de fermer les yeux ! » affirme l'Anglais, faraud. Berger n'est pas aussi admiratif: « Apercevant cette manœuvre, après plusieurs autres du même tonneau, j'ai préféré lever le pied. C'était un coup à sortir rudement tous les deux... » Mais si Mansell participe à la liesse générale, il n'oublie pas ses griefs à l'égard de Cesare Fiorio. Et n'accepte pas d'être le pilote n°2. « On me demande d'aider Prost à devenir champion du monde. Je ne suis pas opposé, de principe, à cette idée. Mais qui note que je ne suis qu'à dix points de lui au classement mondial ? »

 

La désillusion de Senna

Ayrton Senna a perdu la victoire dans les derniers tours après avoir survolé le Grand Prix. Il exprime une vive amertume: « A vingt-cinq tours de l'arrivée, ma voiture est devenue instable. J'ai immédiatement pensé à un problème de pneus. J'ai appelé une première fois le stand par radio. Ils ne m'ont pas entendu. La seconde fois, il m'a été répondu que je devais rester en piste. Je suis responsable de cet abandon. Je n'aurais dû écouter personne et changer de pneus de ma propre initiative. » Ne voulant pas froisser un peu plus son champion, Ron Dennis plaide coupable au nom de McLaren: « Ayrton avait une pression de pneus sensiblement plus basse que Gerhard. Cela explique peut-être cette crevaison lente. » Certes, mais Berger a changé ses pneus après treize tours seulement car sa roue avant-droite était couverte de bulles. Visiblement, Prost a raison d'estimer que le comportement routier de la Ferrari est meilleur que celui de la McLaren. Quoiqu'il en soit, les pneus furent bien la clef de cette course, comme en témoigne la prestation désastreuse des Williams-Renault, toutes deux parties en gommes trop dures.

 

Senna conserve avec 31 points le commandement du championnat. Prost et Berger (23 pts) refont cependant une partie de leur retard. Suivent ex æquo Mansell, Piquet et Alesi (13 pts). Chez les constructeurs, McLaren-Honda (54 pts) précède Ferrari (36 pts) tandis que Benetton-Ford rejoint Williams-Renault (20 pts chacune).

Tony