Thierry BOUTSEN
 T.BOUTSEN
Williams Renault
Alain PROST
 A.PROST
Ferrari
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda

492e Grand Prix

XLIII British Grand Prix
Légérement nuageux
15 juillet 1990 - Silverstone
64 tours x 4.780 km - 305.920 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Senna prend un meilleur envol que Mansell et tente de s'échapper, en vain...

Jean Alesi: de Williams-Renault à Ferrari ?

Où ira Jean Alesi en 1991 ? La situation du jeune prodige Français, que l'on croyait lié à Williams, est passablement embrouillée par le litige qui oppose son manager Eddie Jordan à son employeur Ken Tyrrell. Le premier souhaite en effet racheter le contrat de son ancien poulain, mais le montant de la clause est contesté par Tyrrell. Ce dernier n'a en effet pas renoncé à conserver l'Avignonnais une saison de plus. Tyrrell et Jordan iront devant un juge. De son côté, Alesi s'inquiète de n'avoir plus aucune nouvelle de Frank Williams. L'anguille sous roche se nomme... Ayrton Senna. Alléché par le projet Williams-Renault, le Brésilien mène des pourparlers avec l'écurie de Didcot. Alesi est contraint d'attendre le résultat de ces négociations. Dans le même temps, Ron Dennis le cornaque et le conseille dans ses démarches. Il voit en effet en lui un beau remplaçant à Senna si celui-ci quittait McLaren. Mais surtout, il souhaite qu'il demeure chez Tyrrell l'an prochain afin de l'avoir sous la main plus tard. Pour le convaincre, il enjoint Honda de promettre à Tyrrell un parfait développement des V10 qu'elle lui fournira l'an prochain.

 

Cependant, à Silverstone, Alesi rencontre un Cesare Fiorio très persuasif. Ayant tiré un trait sur Nigel Mansell, le directeur sportif de la Scuderia lui propose une lettre d'intentions. Fasciné, Alesi accepte, sans trop réfléchir aux conséquences. La magie rouge ensorcelle l'esprit du Sicilien. Avec son frère José, il promet le secret à Fiorio. L'information doit rester confidentielle jusqu'à ce que le sort de Mansell soit scellé.

 

Ayrton Senna se fâche

Les échecs de Mexico et du Castellet sont restés sur l'estomac d'Ayrton Senna qui tonne contre son équipe: « Le V10 Honda masque les carences du développement du châssis McLaren, et cela n'a pas changé depuis un an. » « Magic » est en colère. Il discute ouvertement avec d'autres équipes dans la perspective de 1991. Avec Williams-Renault, on l'a dit, mais aussi avec Ferrari et Benetton-Ford. Même Arrows l'a approché ! Résolu à obtenir la meilleure voiture possible, il ne néglige pas non plus sa valeur financière. Désormais, Senna assure sa promotion en collaboration avec Julian Jakobi de l'International Management Group, l'entreprise qui gère aussi les intérêts de Michael Jordan, Mike Tyson et... Alain Prost.

 

Avec adresse, Ron Dennis tente d'adoucir son humeur en le couvrant d'éloges: « Mes relations avec Ayrton se sont considérablement renforcées lors du long conflit avec la FISA. Nous nous sommes découverts mutuellement. Nous avons pris conscience que notre travail en commun nous avait rapprochés. Outre son talent de coureur, Ayrton est aussi le meilleur négociateur que j'ai jamais rencontré. Nous avons les mêmes soucis et les mêmes ambitions. Il est autant soucieux des détails matériels que des problèmes techniques et du standing de l'équipe. Il sait qu'il peut nourrir avec nous des projets à long terme. » Senna accueille cette pluie de compliments avec réserver mais aussi satisfaction. Il sait qu'il pourra tout demander à Dennis, sportivement et... financièrement.

 

Présentation de l'épreuve

A l'approche de ce Grand Prix de Grande-Bretagne, la coqueluche locale Nigel Mansell s'interroge sérieusement sur son futur. Il considère la diminution de ses émoluments (de neuf à cinq millions de dollars annuels) par Ferrari comme un licenciement déguisé. Dépité, le vieux lion reprend contact avec Frank Williams qui est resté son ami malgré leur séparation brutale de 1988. Celui-ci garde de l'estime, voire de l'affection, pour son ancien pilote, mais il ne lui cache pas qu'il préfère engager Senna en 1991. A cette nouvelle, Mansell comprend que c'est la dernière porte d'un top-team qui se referme devant lui. Il accuse mal le coup. Le sol se dérobe sous ses pieds. Son avenir en F1 s'inscrit désormais en pointillés.

 

Ce week-end est aussi important pour Riccardo Patrese qui va disputer son 200ème Grand Prix de Formule 1. Il est le premier pilote à atteindre ce chiffre fatidique, mais ne s'en formalise pas. « Ne me parlez pas trop de mon passé », demande-t-il en souriant. « Dans notre métier, l'important est de rester compétitif. » Patrese songe surtout à l'avenir. Il n'est en effet pas assuré de garde son volant chez Williams l'an prochain.

 

La valse des ingénieurs se poursuit. Les deux anciens de Ferrari, Enrique Scalabroni et Henri Durand, ont retrouvé chaussure à leur pied, le premier chez Lotus, le second chez... McLaren. Claude Rouelle (ex-AGS) devrait signer chez BMS-Dallara où il retrouvera Nigel Cowperthwaite (ex-Minardi). Walter Brun était en contact avec le pilote brésilien de Formule 3000 Marco Greco afin de lui confier son second volant, mais Claudio Langes parvient in extremis à dénicher un commanditaire et conserve son baquet.

 

Fortement endettée depuis la fuite de Jean-Pierre Van Rossem, Onyx est dans une situation financière et sportive catastrophique. Le très autoritaire Peter Monteverdi entame une complète restructuration du team (encore une !). Depuis le 11 juillet, celui-ci s'est installé à Bâle dans les ateliers du constructeur suisse qui fabriquait il y a encore quelques années des voitures de luxe à moteurs américains. Onyx va d'ailleurs prendre le nom de Monteverdi sous prétexte qu'en allemand « Nyx » (nichts) signifie « rien »... Monteverdi ne doute de rien: espérant conserver le soutien de Marlboro, il annonce qu'il va lui-même dessiner la monoplace de 1991 et disposera de la soufflerie de Porsche !

 

Changement d'époque chez Cosworth: après Keith Duckworth, c'est Mike Costin qui part à la retraite. Des « grandes heures » ne restent que Dick Scammell, le directeur du service compétition, lequel vient de recruter de nombreux jeunes ingénieurs afin de pérenniser la présence de la firme en F1. Ford et Cosworth présentent leur nouveau moteur HBA4 fourni en exclusivité à Benetton. Celui-ci délivre entre 650 et 660 chevaux à 13500 tours/minute, ce qui est excellent pour un V8. Un nouveau système de gestion électronique optimisera en outre son rendement. Quant au V12 Ford annoncé depuis plusieurs mois, il ne devrait pas apparaître avant 1993 selon les « milieux autorisés ». Enfin, Benetton accueille un nouveau sponsor, le groupe de presse Maxwell qui cherche ainsi à promouvoir son nouvel hebdomadaire, The European.

 

Ligier dévoile sa nouvelle boîte de vitesses transversale qui a été développée en partenariat avec X-Track. Comme chez Brabham, elle est combinée avec une suspension arrière à poussoirs. Brabham dispose aussi de deux nouvelles boîtes, une pour chaque pilote. En revanche Williams ne ramène pas sa suspension avant « mono-choc ». Selon Thierry Boutsen (jeune papa d'un petit Kevin), le taux de progressivité de ce dispositif n'est pas adapté aux longs appuis du Castellet et de Silverstone.

 

John Judd annonce que son futur V10 tourne au banc d'essai mais ne sera pas prêt avant la fin de la saison. Selon les rumeurs, c'est la Scuderia Italia qui en bénéficiera l'an prochain. Également présent à Silverstone, Adrian Reynard confie à Gérard Crombac qu'il travaille sur un projet de F1 pour la saison 1992. Enfin, Gérard Larrousse conclut un pacte avec Lola qui lui cède le titre de constructeur et ne sera plus officiellement que son sous-traitant. Ceci afin de se mettre en règle auprès de la FISA qui d'ailleurs ne mentionne plus le nom du constructeur britannique dans ses documents.

 

Une méchante rumeur circule dans le paddock, prétendant que Shell, le pétrolier de McLaren, fournirait une essence toxique. La compagnie anglo-néerlandaise dément formellement dans un communiqué. En fait, les soupçons se portent plutôt sur Agip dont le carburant dégage une véritable puanteur, au point que les mécaniciens de Ferrari se munissent d'un aspirateur pour évacuer les vapeurs lors des ravitaillements.

 

Essais et qualifications

Les Larrousse-Lamborghini dominent aisément les pré-qualifications et devancent l'Osella de Grouillard et l'AGS de Tarquini. Dalmas est éliminé après avoir été méchamment bloqué par Moreno. Le Brésilien disposait ici d'une suspension antérieure mono-amortisseur inspirée par Tyrrell. L'expérience est peu concluante: il passe à la trappe avec son compère Langes. Gachot n'est pas qualifié mais est surtout content que l'aventure Subaru soit terminée. Dès l'Allemagne la Coloni retrouvera un V8 Cosworth. Giacomelli réussit l'exploit de parcourir huit tours consécutifs avec la Life ! Une coupure moteur met fin à son équipée. A noter que la voiture italienne n'est que trois secondes plus rapide que les Formules 3 présentes sur ce tracé...

 

Mécontent de ses réglages le vendredi, Mansell choisit une version aérodynamique plus chargée le lendemain et vole sur la piste. Animé d'une hargne singulière, il conquiert sa quatorzième pole position en 1'07''428''', soit 255, 206 km/h de moyenne. Prost (5ème) déplore lui un manque de puissance. Les McLaren-Honda sont les plus rapides mais usent encore une fois leurs pneus tendres. Du coup, Senna, meilleur chrono vendredi, n'améliore pas le lendemain et se contente de la seconde place. Berger (3ème) est insatisfait de sa tenue de route. Les Williams-Renault (Boutsen 4ème, Patrese 7ème) sont en embuscade, à moins d'une seconde de la pole. Les Tyrrell exploitent ici parfaitement les Pirelli hyper-tendres, et Alesi amène la sienne au sixième rang. Nakajima se classe douzième.

 

Les Larrousse-Lamborghini (Bernard 8ème, Suzuki 9ème), excellemment réglées, révèlent un fort potentiel. Seule déconvenue: trois moteurs cassés en deux jours ! La mise au point de la Benetton-Ford est ici très laborieuse. Piquet n'est qu'onzième, Nannini treizième. Les Leyton House (Capelli 10ème, Gugelmin 15ème) sont moins performantes qu'au Castellet car Silverstone n'est pas exempte de bosses... Chez Lotus, Donnelly (14ème) rencontre plusieurs avaries tandis que Warwick (16ème) se bat contre un châssis très instable en courbe. Les week-ends se suivent et se ressemblent pour Arrows: problèmes techniques et pneus fusillés en quelques tours. Caffi est dix-septième, Alboreto vingt-cinquième. Les Minardi (Martini 18ème, Barilla 24ème) tiennent bien la route mais leurs V8 Cosworth sont essoufflés. Même constat chez Dallara (Pirro 19ème, de Cesaris 23ème)...

 

Brabham traverse une mauvaise passe: si la boîte transversale fonctionne, les V8 Judd cassent les uns après les autres. Pour ne rien arranger, Modena (20ème) démolit sa voiture samedi. Le soir, son chrono du jour est annulé car il aurait utilisé un pneu non référencé. D. Brabham manque encore une fois sa qualification. Les Ligier modifiées sont fragiles et délicates à mettre au point. De plus, Larini (21ème) traîne depuis des semaines un mauvais virus et est en petite forme. Alliot (22ème) revient vite à la boîte traditionnelle. Tarquini (26ème) obtient son premier ticket d'entrée de la saison. Il élimine Grouillard dont l'Osella manque totalement d'adhérence. A court de développement, les Onyx de Lehto et Foitek passent à la trappe.

 

Le Grand Prix

Ce GP de Grande-Bretagne est comme chaque année un immense succès populaire, scandé par plusieurs meetings aériens. L'atmosphère est très chaude, bien que le ciel se couvre progressivement. Le prince Michael de Kent est accueilli dans la tribune d'honneur par Jackie Stewart. C'est l'une des rares personnalités officielles présentes, car le vice-premier ministre, Sir Geoffrey Howe, a interdit au gouvernement d'assister à un rendez-vous patronné par une marque d'alcools, en l'occurrence la brasserie Foster's. Le politiquement correct gagne du terrain...

 

Mansell tourne le plus vite lors du warm-up, pour le bonheur du public qui lui est tout acquis. Presque tous les coureurs partent en pneus durs, exceptés ceux de Leyton House qui prennent quatre Goodyear « C ».

 

Tour de chauffe: Piquet cale au démarrage. Il parvient à mettre les gaz mais devra s'élancer en queue de peloton. Un peu plus loin, Gugelmin range sa Leyton House sur le bas-côté, pompe à essence cassée. Le Brésilien ne prendra pas le départ.

 

Départ: Mansell fait crisser ses roues. Senna en profite pour se glisser à sa gauche et s'emparer du commandement devant le Britannique. Suivent Berger, Boutsen, Prost, Alesi et Patrese.

 

1er tour: Alesi se défend contre Patrese dans Hangar Straight. Senna mène devant Mansell, Berger, Boutsen, Prost, Alesi, Patrese, Suzuki, Capelli et Nannini.

 

2e: Mansell ne se laisse pas décrocher par Senna.

 

3e: Senna, Mansell, Berger, Boutsen et Prost se tiennent en trois secondes. Alesi retient toujours Patrese. Piquet est dix-septième. Martini regagne son stand au ralenti, en panne d'alternateur, et met pied à terre.

 

4e: Mansell est à une demi-seconde de Senna dont la McLaren survire excessivement.

 

5e: Mansell file le train de Senna. Berger, dont la voiture n'est pas bien équilibrée non plus, résiste à Boutsen et à Prost.

 

6e: Senna devance Mansell (0.7s.), Berger (1.6s.), Boutsen (3.2s.), Prost (3.7s.), Alesi (7.3s.), Patrese (8s.), Suzuki (10s.) et Capelli (11s.).

 

8e: Mansell fait l'intérieur à Senna dans la dernière chicane mais manque son freinage. Senna le croise et conserve la tête de la course. Patrese prend la sixième position à Alesi.

 

9e: Senna devance Mansell grâce à la réactivité de son V10 Honda, mais ses pneus postérieurs souffrent déjà. Alesi fait halte aux stands car ses Pirelli ont bullé. Il repart en dix-neuvième position.

 

10e: Senna précède Mansell (1s.), Berger (1.9s.), Boutsen (4.3s.), Prost (4.7s.), Patrese (12.2s.), Nannini (14.9s.), Capelli (15.6s.), Suzuki (16.4s.), Bernard (20.4s.), Donnelly (21s.), Warwick (22.3s.) et Piquet (23.7s.).

 

11e: Mansell déborde Senna dans la chicane de Luffield et prend la tête de son Grand Prix national. Au même endroit, Prost tente l'intérieur sur Boutsen qui verrouille le passage. De Cesaris s'arrête chez Dallara pour faire examiner sa boîte de vitesses.

 

12e: Mansell s'échappe. Senna est dorénavant sous la menace de Berger. Nannini s'est défait de Capelli et pourchasse Patrese.

 

13e: Senna sort maladroitement du virage de Copse. Il roule sur le vibreur, se met à l'équerre et part en tête-à-queue dans le gazon. Par bonheur, son moteur ne coupe pas. Magic reprend la piste en cinquième position, six secondes derrière Prost.

 

14e: Mansell compte deux secondes d'avance sur Berger. De Cesaris renonce, boîte de vitesses cassée.

 

15e: A la chicane, Prost s'empare de la troisième place aux dépens de Boutsen. Piquet a doublé les deux Lotus et apparaît maintenant au onzième rang.

 

16e: Senna entre aux stands pour chausser des pneus neufs (6.7s.). Il redémarre en dixième position. Nannini harponne Patrese au freinage de Luffield. Le Siennois s'immobilise dans la pelouse tandis que le Padouan rentre aux stands pour faire examiner son train arrière et chausser quatre nouvelles roues.

 

17e: Mansell s'enfuit et tourne en 1'13''161'''. Il précède Berger (3.6s.), Prost (6.9s.), Boutsen (8s.), Suzuki (24.4s.), Capelli (28.4s.), Bernard (26s.), Piquet (29s.), Donnelly (31s.) et Senna (38s.).

 

18e: Prost réalise un chrono d'1'12''922'''. Capelli s'empare de la cinquième place jusque-là détenue par le surprenant Suzuki.

 

19e: Warwick stoppe chez Lotus pour remplacer ses pneus qui cloquent. Pirro est lui chez la Scuderia Italia pour changer de gommes.

 

20e: Mansell rencontre des soucis avec sa boîte électronique: les rapports se passent tous seuls. Berger et Prost se rapprochent du Britannique. Capelli prend le meilleur tour provisoire (1'12''810'''). La Leyton House semble maintenant aussi affutée qu'au Castellet. Piquet dépasse Bernard et pointe au septième rang.

 

21e: Nakajima abandonne après un court-circuit sur son moteur Cosworth.

 

22e: Berger déboîte Mansell dans Hangar Straight et, malgré une manœuvre d'intimidation de celui-ci, s'empare du commandement.

 

23e: Prost est désormais dans la roue de Mansell.

 

24e: Berger perd du temps derrière Warwick. L'Autrichien ne peut pas s'échapper car sa McLaren lui échappe en courbe. La boîte de Mansell accorde un répit à celui-ci. Le moustachu revient menacer le leader.

 

25e: Berger est premier devant Mansell (0.8s.), Prost (1.8s.), Boutsen (8.6s.), Capelli (16.3s.), Suzuki (25.2s.), Piquet (27s.) et Bernard (32s.).

 

27e: Berger, Mansell et Prost se tiennent en deux secondes. Capelli se rapproche de Boutsen qui n'est pas content de son pneu avant-gauche. Piquet menace Suzuki. Patrese abandonne car son extracteur est trop endommagé suite à la touchette avec Nannini.

 

28e: Mansell déborde Berger avant le freinage de Luffield et reprend la tête de l'épreuve. Les tribunes exultent. Berger tente de riposter à Woodcote, sans succès.

 

29e: Berger repousse les assauts de Prost. Senna prend péniblement la neuvième place à Donnelly.

 

30e: Piquet double Suzuki. Mansell est premier devant Berger (1.4s.), Prost (1.9s.), Boutsen (14.3s.), Capelli (15.1s.), Piquet (33.8s.), Suzuki (33.9s.), Bernard (39.3s.), Senna (41.2s.), Donnelly (43s.), Modena (53.2s.) et Caffi (53.9s.).

 

31e: Profitant de la présence d'Alboreto devant Berger, Prost dépasse l'Autrichien à la chicane de Luffield. Les deux Ferrari mènent la danse. Capelli harcèle Boutsen. Modena effectue un tête à queue. Il passe de la onzième à la treizième place.

 

33e: Trois secondes séparent Mansell et Prost. Capelli déborde Boutsen à Luffield et prend la quatrième place.

 

34e: Mansell précède Prost (4.1s.), Berger (5.5s.), Capelli (16.7s.), Boutsen (18s.), Piquet (36.4s.) et Suzuki (39s.). Senna se défait de Bernard.

 

36e: Parti en pneus tendres, Alboreto est remonté au quatorzième rang mais il doit revenir aux stands pour prendre des chausses neuves.

 

37e: Prost revient à deux secondes et demie de Mansell. Capelli abaisse le record du tour (1'11''712''') mais son moteur Judd émet un son inquiétant.

 

38e: Prost n'est plus qu'à une seconde de Mansell dont la boîte refait encore des siennes. Alboreto abandonne, moteur coupé.

 

39e: L'intervalle entre les Ferrari varie beaucoup et atteint maintenant deux secondes et demie. Berger est maintenant la cible de Capelli dont la Leyton House ménage excellemment les pneus..

 

40e: Mansell est en tête devant Prost (2.1s.), Berger (7.7s.), Capelli (9.8s.), Boutsen (22.1s.) et Piquet (42s.). Senna poursuit Suzuki.

 

42e: Mansell et Prost sont dans le trafic. Le Français paraît prêt à porter le coup de grâce à son équipier.

 

43e: Mansell est gêné par Caffi dans l'enchaînement Becketts – Maggots – Chapel. Prost prend l'aspiration des deux voitures et déborde son équipier par l'extérieur dans Hangar Straight. Tarquini casse une soupape et quitte la course.

 

44e: Prost s'enfuit à grandes enjambées devant Mansell. Capelli dépasse Berger qui déplore une tenue de route de plus en plus précaire. Alesi change une seconde fois de gommes.

 

45e: Prost mène devant Mansell (1.7s.), Capelli (11s.), Berger (13s.), Boutsen (24.5s.), Piquet (44s.), Suzuki (56s.) et Senna (58s.).

 

47e: Mansell concède quatre secondes à Prost. Capelli reste en course bien que de sa voiture émane un affreux bruit de casserole. Senna remonte lentement et bute sur Suzuki. Warwick se gare dans l'herbe avec un moteur éteint.

 

49e: Capelli est au ralenti. La rupture d'une canalisation d'injection met un terme à son splendide dimanche. Senna déborde Suzuki et entre ainsi dans les points. Coup dur pour Lotus: Donnelly renonce après avoir lui aussi cassé son moteur.

 

50e: Prost devance Mansell (4.4s.), Berger (17.8s.), Boutsen (37.1s.), Piquet (52.8s.), Senna (58.6s.), Suzuki (1m. 01s.), Bernard (1m. 06s.), Caffi (-1t.), Alesi (-1t.) et Modena (-1t.).

 

51e: Mansell réalise le meilleur tour de la journée (1'11''291''') et reprend deux secondes à son équipier.

 

53e: Quatre secondes séparent les deux Ferrari. Berger rend vingt-et-une secondes à Prost.

 

55e: Piquet effectue un tête-à-queue à Luffield, sans dommage pour sa Benetton, mais il repart sous le nez de Senna.

 

56e: Mansell arrive à Copse lorsqu'il s'aperçoit que sa cinquième et sa sixième vitesse ne passent plus. La boîte a rendu l'âme. L'Anglais s'immobilise dans la pelouse pour le plus grand désarroi du public. Senna déborde Piquet dans la courbe de Woodcote. Les roues des deux Brésiliens se frôlent. Le Pauliste prend l'ascendant sur le Carioca. Suzuki est victime d'une crevaison et passe par le stand Larrousse pour chausser des pneus neufs. Il perd deux places.

 

57e: Pendant que Prost roule vers la victoire, Mansell regagne les stands à pied et jette ses gants à la foule qui l'applaudit chaleureusement.

 

59e: Prost devance Berger (27.5s.), Boutsen (49s.), Senna (1m. 05s.), Piquet (1m. 07s.), Bernard (-1t.), Suzuki (-1t.), Caffi (-1t.), Alesi (-1t.) et Modena (-1t.).

 

61e: Berger se gare dans l'herbe à Hangar Straight. Sa commande d'accélérateur est déréglée. Boutsen prend la seconde place, Senna la troisième.

 

62e: Prost a cinquante secondes de marge sur Boutsen et peut donc ménager sa monture. Il tourne en 1'19'' ! Le moteur Ford de Piquet se met à bafouiller. Bernard rattrape le triple champion du monde.

 

63e: Bernard dépasse Piquet qui a perdu son capot-moteur.

 

64ème et dernier tour: Alain Prost remporte sa troisième victoire consécutive. Boutsen obtient une seconde place totalement inespérée pour Williams-Renault. Senna finit troisième. Bernard obtient une exceptionnelle quatrième place. Piquet est cinquième avec le nouveau V8 Ford-Cosworth. Suzuki empoche son premier point en Formule 1. Caffi, Alesi, Modena, Larini, Pirro, Barilla et Alliot reçoivent également le drapeau à damiers.

 

Après la course

C'est un Alain Prost au sommet de son art qui grimpe, euphorique, sur la plus haute marche du podium. Le triple champion du monde exploite à merveille le potentiel d'une Ferrari qu'il juge « parfaite ». « Bon choix de pneus, châssis, moteur, boîte, tout était O.K. Quand j'ai senti Mansell à ma portée, j'ai attaqué, tout en ayant soin de préserver mes gommes au maximum en prévision d'une fin de course soutenue » explique-t-il. En outre et surtout, Prost s'empare de la première place du championnat du monde, avec 41 points contre 39 à Senna.

 

« C'est la première fois depuis 1987 qu'une Marlboro-McLaren n'est pas en tête du championnat du monde » constate tristement Ron Dennis. L'équipe britannique traverse une crise réelle: si Honda fait régulièrement évoluer son excellent V10, le châssis ne suit plus. Ayrton Senna comme Gerhard Berger dénoncent une usure excessive et prématurée des pneumatiques. La tenue de route et l'exploitation sont bien les points faibles de la MP4/5B. « Je me voyais perdre le contrôle de ma machine dans chaque courbe rapide », admet un Berger dubitatif.

 

Les deux Gérard, Larrousse et Ducarouge, se congratulent chaleureusement. Grâce aux quatre points glanés par Éric Bernard et Aguri Suzuki, leur équipe s'extirpe de la terrible séance de pré-qualification. « Je vieillissais de cent ans tous les vendredis matins ! » reconnaît Larrousse. Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Du fait de son compteur vierge, Ligier devra en revanche dorénavant passer sous les fourches caudines pré-qualificatives.

 

Retraite surprise de Nigel Mansell

Pendant que Ferrari célèbre le succès d'Alain Prost, Nigel Mansell regagne d'un pas lourd son mobil-home où se trouvent son épouse Rosanne et leurs trois enfants. Cet énième renoncement assomme complétement le pilote de l'Île de Man. Depuis des semaines, il gamberge quant à son avenir. Ce coup du sort précipite une décision qu'il estime inéluctable. En salle de presse, il lâche une véritable bombe: « J'ai atteint un certain stade de ma vie et j'ai longuement réfléchi ces derniers mois. Je vais me retirer à la fin de la saison. D'ici là, je promets d'aider Prost à devenir champion du monde. Je vais m'accrocher sur les huit épreuves qui restent à disputer, mais je peux vous assurer que le GP d'Australie sera le dernier de ma carrière. » Dorénavant, il souhaite se consacrer entièrement à sa famille et au golf, son autre passion.

 

La nouvelle plonge ses nombreux supporteurs dans le désarroi. Sa bravoure, sa hargne derrière un volant, son art consommé du dépassement, dont il a encore fait étalage ce dimanche lui ont valu une immense popularité. Comme l'écrit Patrick Camus dans Auto-Hebdo: « Que cette moustache de phoque frémissante, cette attitude d'homme accablé, les mains au plus profond des poches, les épaules basses et cette casquette de tweed nous manquerons ! » Mansell sera peut-être moins regretté chez ses collègues parmi lesquels il compte peu d'amis. « Je ne vais pas en dormir de la nuit ! » ironise Nelson Piquet en contrefaisant l'accent de Birmingham de son meilleur ennemi.

 

Beaucoup de spécialistes doutent néanmoins de la réalité de cet éloignement et pensent qu'il s'agit surtout d'une rupture Mansell – Ferrari. « Il existe beaucoup de pression à Maranello », explique le journaliste italien Pino Allievi, « et Mansell n'a pas su s'en prémunir. Il n'a pas su comprendre la mentalité de Ferrari. Il n'a pas pris le temps de chercher des points d'appuis et s'est retrouvé en porte-à-faux vis à vis de Prost qui lui a appris l'italien. » Anglais jusqu'aux bouts des ongles, « Il Leone » ne s'est jamais acclimaté à cet environnement étranger. Ce mariage contre-nature, qui avait étonné beaucoup de monde lors de son officialisation il y a deux ans, débouche sur un échec prévisible. Mais il serait triste que ce baroudeur magnifique se retire sur cette fausse note. Outre-Manche, beaucoup de fanatiques souhaitent que Frank Williams rattrape Mansell par la manche...

Tony