Jean ALESI
 J.ALESI
Tyrrell Ford Cosworth
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda
Thierry BOUTSEN
 T.BOUTSEN
Williams Renault

485e Grand Prix

XXVII United States Grand Prix
Couvert
11 mars 1990 - Phoenix
72 tours x 3.798 km - 273.456 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Durant 34 tours Jean Alesi va mener ce Grand Prix devant Ayrton Senna.

Présentation de la saison

 

Balestre fait plier Senna

L'année 1989 s'est achevée dans une atmosphère délétère suite à l'accrochage Prost – Senna de Suzuka. Rudement et sans doute injustement sanctionné par la FISA, Ayrton Senna a critiqué avec violence le président Jean-Marie Balestre, l'accusant d'avoir truqué le championnat du monde en faveur d'Alain Prost. Tout au long de l'hiver les deux parties se livrent à une guerre larvée. Balestre menace de retirer au Pauliste sa super-licence s'il ne lui adresse pas une lettre d'excuses. Ce dernier boude au Brésil, refuse de plier et affirme qu'il pourrait bien ne jamais revenir en Europe.

 

Ron Dennis s'active pour exonérer son pilote, avec l'appui de Bernie Ecclestone, d'Aleardo G. Buzzi et de Nobuhiko Kawamoto, le nouveau directeur-général de Honda. Le 2 février 1990, il s'acquitte de l'amende de cent mille dollars que Senna devait à la FISA depuis le Conseil mondial qui a suivi Suzuka. Mais Balestre ne bronche pas et attend toujours que l'intéressé aille à Canossa. La date butoir du 15 février, à laquelle la liste définitive des engagés pour la saison à venir doit être publiée, approche à grands pas. Craignant que son champion en soit exclu, Dennis songe à une parade: promouvoir son réserviste, le falot Jonathan Palmer, au rang de second pilote officiel. Puis, une fois à Phoenix pour la manche d'ouverture, le « Doc » « tombera malade » et son remplaçant sera... Senna ! Et si la fédération s'oppose à ce tour de passe-passe, McLaren l'attaquera en justice pour « entrave à la liberté du travail ».

 

Mais, à malin, malin et demi. Balestre n'est pas stupide et ne veut à aucun prix priver la Formule 1 de son icône. Néanmoins, comme Senna s'entête, il frappe un grand coup: le 16 février, la FISA publie la liste officielle des engagés pour la saison 1990 et, surprise ! La McLaren n°27 est attribuée à... Palmer ! Dennis est ainsi pris de court par sa propre idée... Sachant qu'il vient de remporter la bataille, Balestre pavoise et s'offre une provocation gratuite: « Six mois sans Senna, et plus personne n'en parlera... Dans le passé, Jim Clark s'est tué, et la Formule 1 a continué sans lui. » Senna ravale sa colère. De São Paulo, il prend son téléphone pour présenter au président Balestre des excuses formelles quoiqu'hypocrites. Le président s'en contentera. Quelques heures plus tard, la McLaren-Honda n°27 retrouve son titulaire naturel: Ayrton Senna da Silva. Mais ce dernier n'oubliera jamais cette humiliation...

 

L'échec du Grand Prix des États-Unis

Déplacée en début de saison, cette seconde édition du Grand Prix de Phoenix ne remporte pas plus de succès que la précédente. Les Américains boudent une compétition qui selon eux n'est pas assez spectaculaire et utilise une technologie trop pointue. D'autre part, ils sont choqués par le manque de disponibilité des pilotes de Formule 1 qui pour la plupart fuient la foule pour se réfugier dans leurs motorhomes. Le public US préfère les charismatiques et accessibles coureurs de Formule Indy et de Nascar.

 

Selon le journaliste italien Franco Lini, un vétéran du paddock, le problème n'est pas spécifiquement américain: « La F1 rencontre aux États-Unis les mêmes difficultés qu'ailleurs. Pourquoi 200 000 spectateurs à l'époque de l'ancien Nürburgring et personne sur le nouveau ? Parce que les rendez-vous les plus populaires sont prétextes à la fête: la bière, les saucisses, la drague... Les gens accordaient-ils une importance particulière à ce qui se passait en piste ? Je ne le pense pas. » Outre-Atlantique, seuls les rendez-vous de Watkins-Glen, de Long Beach et de Montréal ont su s'inscrire dans le temps et devenir des succès populaires. « Hélas la FISA et la FOCA ont visé l'argent », poursuit Lini. « Le jour où Bernie Ecclestone a réclamé trois millions de dollars à Chris Pook, il a préféré recevoir la F. Indy pour 650 000 $ tout compris. C'est-à-dire avec les plus grandes vedettes américaines. La fête était préservée, le spectacle encore meilleur... » Et de fait, faute de rentabilité, Ecclestone envisage maintenant de rompre le contrat avec Phoenix dès 1991.

 

Présentation de l'épreuve

En ce début 1990, le Parlement européen concocte un projet de loi anti-tabac et anti-alcool qui pourrait faire très mal à la Formule 1. En effet il s'agit ni plus ni moins que d'interdire la publicité de ces produits. Certes, chaque pays restera libre d'appliquer ou non cette réglementation, mais les injonctions de Bruxelles et Strasbourg restent rarement lettre morte. La République fédérale allemande et le Royaume Uni ont déjà proscrit la réclame pour le tabac des compétitions automobiles. D'autres pays pourraient suivre le mouvement, notamment la France. Le ministre de la Santé Claude Évin prépare ainsi une loi en ce sens. Aleardo Buzzi, le représentant de Philip Morris, tire la sonnette d'alarme et brandit la menace d'un retrait pur et simple. Selon lui, bannir les cigarettiers reviendrait à mettre la Formule 1 entre les mains des consortiums japonais déjà de plus en plus présents... De là à agiter le mythe du péril jaune...

 

Si Ayrton Senna est présent aux États-Unis, c'est certes par passion, mais aussi par conscience professionnelle. Il s'est soumis aux intérêts supérieurs de ses employeurs, McLaren, Honda et Marlboro. Mais sa rancune n'est pas éteinte, loin de là. Aussi évite-il soigneusement de croiser Jean-Marie Balestre et Alain Prost. Lors de la réunion du Marlboro World Championship Team, le Français tend pourtant la main à son ancien équipier, qui la refuse avec hauteur. Inquiet, Aleardo Buzzi s'entretient avec Cesare Fiorio et Ron Dennis pour leur demander de calmer leurs pilotes. La F1 n'a rien à gagner à ce genre de conflits. D'autant plus que Senna nourrit également des griefs à l'encontre de l'autre pilote Ferrari, Nigel Mansell, sans doute son pire ennemi depuis ses débuts en F1.

 

Du côté de la Scuderia, les essais de pré-saison se sont idéalement passés. Les 641 se sont montrées plus rapides que les McLaren-Honda et les Williams-Renault, et il y a tout lieu de penser que les Rouges pourront enfin sérieusement prétendre au titre mondial. Alain Prost est persuadé qu'il peut décrocher la couronne mondiale dès sa première saison à Maranello et fait étalage d'un grand optimisme. A contrario, Nigel Mansell est mécontent de la nouvelle boîte de vitesses et se montre peu disert devant les journalistes.

 

Deux absences à déplorer: Alex Caffi s'est fracturé une épaule en tombant de vélo (!) et cède le volant de son Arrows à l'Allemand Bernd Schneider, mis à pied par la débâcle Zakspeed-Yamaha. Du côté de Dallara, c'est Emmanuele Pirro qui est alité suite à une hépatite. Pour le remplacer, Ferrari prête à Beppe Lucchini son nouveau pilote d'essais Gianni Morbidelli, âgé de 22 ans et récent champion d'Italie de Formule 3.

 

Essais et qualifications

Et voici le retour de la terrible séance de pré-qualifications. Sont concernées pour cette première partie de saison les Lola-Lamborghini de Bernard et Suzuki, les AGS de Tarquini et Dalmas, les Eurobrun de Moreno et Langes, la Coloni de Gachot, l'Osella de Grouillard et la Life de Brabham. Les pneus Pirelli se révèlent parfaitement adaptés à la température inhabituellement fraîche qui règne sur l'Arizona. Aussi c'est Moreno et son Eurobrun qui signent le meilleur temps ! Bernard et Suzuki qualifient leurs Lola, de même que Grouillard son Osella. Les autres passent à la trappe. A noter les performances désastreuses de la Coloni-Subaru (un tour couvert avant la rupture de la commande de boîte) et surtout de la Life qui, à cause d'un allumage défaillant, tourne en 2'7'' et ne dépasse pas les 185 km/h ! Avec six employés pour tout personnel (en comptant le chauffeur du camion), Life ne dispose ni de motorhome, ni de pièces de rechange ! L'ingénieur Maurizio Ferrari révèle qu'il n'organise même pas de debriefing avec Gary Brabham, puisque celui-ci n'a rien à dire sur la voiture...

 

La pluie s'invitant le samedi, c'est donc la session officielle du vendredi après-midi qui détermine la grille de départ. Et celle-ci sera des plus originales grâce aux gommes Pirelli qui, on l'a dit, conviennent parfaitement aux conditions météorologiques. Car si Berger réalise la pole position pour sa première sortie chez McLaren (1'28''664'''), il précède de seulement soixante-sept millièmes la Minardi de Martini ! L'Italien passe à un souffle de l'exploit. La deuxième ligne est tout aussi surprenante puisque de Cesaris (3ème) côtoie Alesi (4ème). Senna rencontre des problèmes de moteur et se classe seulement cinquième. Il voisine avec son rival Piquet, excellent sixième pour sa première sortie avec Benetton. Nannini (23ème) ne parvient pas à trouver les bons réglages. Les Ferrari déçoivent, notamment à cause d'une faiblesse au niveau du réservoir d'huile de la transmission. Des morceaux de celle-ci s'éparpillent dans le circuit hydraulique. Prost n'est que septième, Mansell dix-huitième.

 

Toujours grâce aux Pirelli, Grouillard se classe huitième, ce qui est le meilleur résultat jamais obtenu par Osella en qualifications. Les Williams-Renault (Boutsen 9ème, Patrese 12ème) n'ont pas une bonne adhérence. Comme l'an dernier, les Brabham-Judd peinent à tirer parti des pneus Pirelli. Si Modena est dixième, Foitek surnage au vingt-quatrième rang. Nakajima (11ème) sur Tyrrell et Barilla (14ème) sur Minardi sont en deçà de leurs équipiers respectifs. Mais ils font mieux que Morbidelli qui manque sa qualification suite à une touchette. On note le bon comportement des Lola-Lamborghini (Bernard 15ème, Suzuki 18ème). Moreno (16ème) donne à Eurobrun sa première qualification depuis 1988 ! Grazie Pirelli... Sans surprise, les nouvelles Lotus-Lamborghini (Donnelly 19ème, Warwick 24ème) manquent totalement de mise au point. Les Arrows survirent terriblement. Schneider, qui roule avec l'A11 de 89, est vingtième devant Alboreto. Les Leyton House se comportent de façon catastrophique, faute d'appui. Gugelmin et Capelli se partagent la dernière ligne. Le Milanais était même éliminé avant la disqualification d'Alliot. Enfin, les Onyx restent sur le carreau. Johansson tape le mur et Lehto casse son moteur. Comme l'écurie n'a pas réglé sa note auprès de Cosworth, elle n'en dispose pas de rechange...

 

Ligier vit un calvaire: Alliot comme Larini tapent plusieurs fois le mur. Le Français, qui avait signé le vingtième temps, est disqualifié pour avoir « bénéficié d'une aide extérieure pour se remettre en piste ». Il est en fait victime d'un stupide concours de circonstances. Suite à une touchette, les commissaires dégagent sa Ligier et l'un d'eux à l'idée saugrenue de passer une sangle autour d'un bras de suspension. Le jeune aérodynamicien Nick Wirth (surnommé « le basketteur » du fait de sa grande taille), saute sur la piste un couteau à la main pour couper la maudite lanière ! Croyant à l'attaque d'un forcené, les commissaires le plaquent au sol ! Tout ce beau monde se retrouve devant les officiels qui prononcent l'exclusion d'Alliot qui pourtant n'a rien à se reprocher... Quant à Larini, il obtient un bon 13ème chrono.

 

Le Grand Prix

Cette manche d'ouverture se déroule par un temps gris et frais. Lors du warm-up, Senna remet les pendules à l'heure en s'emparant du meilleur chrono. Mais son second, à cinq dixièmes, n'est autre qu'Alesi... Berger se classe troisième.

 

Les pilotes chaussés par Goodyear comme par Pirelli choisissent la gomme la plus dure qui doit permettre une course non-stop. Ce composé n'est cependant pas le plus souple des gammes des deux manufacturiers.

 

Tour de formation: Donnelly ne parvient pas à faire démarrer son moteur. Ses mécaniciens ramènent la Lotus au garage d'où elle ne sortira plus. La boîte de vitesses a serré.

 

Départ: Berger part bien, contrairement à Martini qui se fait déborder par la droite par de Cesaris. Mais Alesi et Senna, blottis à gauche, se sont encore mieux élancés. Berger louvoie de droite à gauche et gêne ainsi son coéquipier. Plus vif, Alesi change de trajectoire et, au prix d'un freinage appuyé, fait l'intérieur à l'Autrichien. Voici le jeune Français en tête ! De Cesaris est troisième devant Senna et Martini.

 

1er tour: Patrese harponne Schneider et perd son capot avant contre l'Arrows. Nannini s'accroche pour sa part avec Grouillard. Alesi mène devant Berger, de Cesaris, Senna, Martini, Piquet, Boutsen, Modena, Prost et Grouillard.

 

2e: Alesi s'échappe et compte trois secondes d'avance sur Berger dont les pneus ne chauffent pas. Nakajima double Grouillard. Patrese est chez Williams pour changer de museau. Nannini et Schneider arrivent aussi aux stands pour effectuer des réparations.

 

3e: Alesi devance Berger de quatre secondes. De Cesaris et Senna sont sur les talons de l'Autrichien. Piquet et Boutsen klaxonnent derrière Martini. Moreno stoppe chez Eurobrun pour changer de batterie. Il a oublié de couper sa pompe à essence électrique après le départ...

 

4e: Senna prend l'avantage sur de Cesaris et occupe désormais la troisième place derrière son coéquipier. Prost s'empare la huitième position aux dépens de Modena. Larini manque un freinage. Il repart à la poussette avant de ranger sa Ligier dans une échappatoire. Son accélérateur s'est grippé.

 

6e: Alesi compte cinq secondes d'avance sur Berger et Senna. Piquet et Boutsen se débarrassent de Martini qui se retrouve sous la menace de Prost. Warwick casse un point d'attache de suspension. Il tire tout droit dans un dégagement et met pied à terre.

 

8e: L'intervalle est stable entre Alesi d'une part, les McLaren d'autre part. Relégué à un tour, Patrese se dédouble devant de Cesaris qui est dans le viseur de Piquet. De la fumée s'échappe de la Ferrari de Prost. Cela n'empêche pas le Forézien de doubler Martini.

 

9e: De Cesaris ferme la porte à Piquet au premier freinage. Entrant sur Monroe Street, Berger s'emmêle les pédales, manque son freinage et heurte la pile de pneus qui borde le muret. Mais chose incroyable, la voiture semble intacte et Berger demande aux commissaires de le relancer. Senna se retrouve donc second à huit secondes d'Alesi. Prost rentre dans les points.

 

10e: Alesi mène devant Senna (8s.), de Cesaris (25s.), Piquet (26s.), Boutsen (27s.), Prost (30s.), Martini (33s.), Modena (34s.), Nakajima (34.5s.), Bernard (40s.), Mansell (40.6s.), Grouillard (48s.), Suzuki (51s.) et Alboreto (54s.).

 

11e: Berger ramène sa McLaren aux stands avec un aileron arrière endommagé. Mais les mécaniciens sont prêts à le réparer.

 

12e: La Ferrari de Prost émet un épais panache de fumée bleue. Le Français revient cependant sur le groupe De Cesaris - Piquet - Boutsen qui lutte pour la troisième place.

 

13e: Boutsen déborde Piquet devant les stands et tente de lui faire l'intérieur. Mais le Brésilien lui coupe la trajectoire au dernier moment. Les deux bolides se frôlent de quelques centimètres.

 

14e: Alesi porte son avance sur Senna à neuf secondes.

 

15e: Berger sort des stands devant de Cesaris et Piquet qu'il laisse passer. En revanche il bloque Boutsen dans l'enchaînement de Madison Street, et Prost saisit cette opportunité pour faire l'intérieur au Bruxellois. Berger s'efface ensuite piteusement.

 

16e: Alesi mène devant Senna (8s.), de Cesaris (31.5s.), Piquet (32.1s.), Prost (34.3s.), Boutsen (35.2s.) et Martini (43s.).

 

17e: Piquet dépasse Cesaris au premier freinage. Puis Prost se défait à son tour du Romain sur Washington Street.

 

18e: Sept secondes séparent Alesi et Senna. Boutsen prend la cinquième place à de Cesaris.

 

20e: Senna revient à cinq secondes d'Alesi dont les pneus Pirelli sont moins fringants. Capelli rejoint son stand car son voyant de pression d'eau s'est allumé, mais seul le senseur est en cause. Lorsque l'Italien souhaite repartir, il s'aperçoit qu'il a cassé un tirant de suspension avant. C'est l'abandon.

 

21e: Senna n'est plus qu'à trois secondes d'Alesi qui rencontre du trafic. Prost ralentit sa cadence et laisse passer les pilotes derrière lui. Sa boîte de vitesses a vomi toute son huile. Le triple champion du monde met pied à terre. Martini retrouve la zone des points.

 

23e: Alesi précède Senna (2.3s.), Piquet (36.2s.), Boutsen (39.5s.), De Cesaris (47.1s.), Martini (54.6s.), Modena (56s.), Nakajima (59s.), Bernard (1m.) et Mansell (1m. 02s.). Grouillard remplace ses gommes.

 

25e: Le moteur de de Cesaris rend son dernier soupir. A l'avant, Senna remonte rapidement sur Alesi.

 

27e: Senna est dorénavant sur les talons d'Alesi. Piquet observe un arrêt aux stands pour changer ses pneus. Le triple champion du monde repart en quatrième position.

 

28e: Mansell prend la huitième place à Bernard. Modena met la pression sur Martini.

 

29e: Alesi mène devant Senna (1.6s.), Boutsen (40.9s.), Piquet (1m. 03s.), Martini (1m. 04s.), Modena (1m. 05s.), Nakajima (1m. 08s.), Mansell (1m. 09s.), Bernard (1m. 16s.), Suzuki (1m. 24s.) et Foitek (1m. 29s.).

 

30e: Senna se trouve dans l'aspiration d'Alesi. Modena parvient à dépasser Martini. Nakajima et Mansell sont derrière les deux Italiens.

 

31e: Senna multiplie les tentatives d'intimidation à l'encontre d'Alesi. Martini change de gommes et repart onzième. Mansell dépasse Nakajima et se retrouve en sixième position.

 

33e: Senna est dans la roue d'Alesi, prêt à porter l'estocade. Suzuki double son équipier Bernard. Changement de pneus pour Barilla.

 

34e: Senna prend l'aspiration derrière Alesi sur Jefferson Street, le déborde par l'intérieur et retarde son freinage. Le Pauliste croit être passé lorsqu'en abordant le « pif-paf » suivant, il voit Alesi sur sa gauche ! La Tyrrell longe habilement le mur et repasse devant la McLaren au second freinage.

 

35e: Alesi et Senna arrivent sur Foitek au bout de Jefferson Street. Le Français hésite une seconde avant de doubler la Brabham. Plus prompt, Senna plonge à l'intérieur et s'empare du commandement. Puis cette fois, il ne laisse aucun espace à Alesi au virage n°2. Mais au n°3, Jeannot le téméraire se glisse à l'intérieur. Les roues se frôlent, mais Senna reste devant. Qu'à cela ne tienne: collé à l'arrière de la McLaren, Alesi retente sa chance dans la courbe suivante. Mais Magic ferme la porte avec autorité. Cette fois, son rival doit baisser pavillon.

 

36e: Senna possède une seconde de marge sur Alesi qui n'a pas renoncé à la victoire.

 

37e: Alesi lâche prise afin de ménager ses pneus et songe maintenant à préserver sa seconde place.

 

38e: Senna précède Alesi (3.6s.), Boutsen (48s.), Piquet (1m. 07s.), Modena (1m. 12s.) et Mansell (1m. 14s.).

 

39e: Berger réalise le meilleur chrono de la course (1'31''050'''). Il évolue en vingtième position avec cinq boucles de retard.

 

40e: Foitek tente de prendre un tour à Grouillard au bout de Washington Street mais les deux hommes ne se comprennent pas et s'accrochent. La Brabham part en toupie puis heurte le muret intérieur et sème des débris un peu partout sur la piste. Grouillard parvient à regagner les stands. Foitek sort indemne de sa monoplace tandis que les commissaires balaient des morceaux de carbone.

 

41e: Nannini ramasse des débris de la collision Foitek/Grouillard et regagne son stand pour remplacer sa calandre endommagée. Il évoluait au treizième rang. Grouillard redémarre lui après une courte inspection mais son peu avant-droit éclate quelques instants plus tard.

 

42e: Les drapeaux jaunes sont agités sur Washington Street pour évacuer la Brabham accidentée. Grouillard abandonne.

 

43e: Senna mène avec huit secondes d'avance sur Alesi et quarante-sept secondes sur Boutsen. Mansell convoite la cinquième place détenue par Modena.

 

45e: Mansell parvient à se défaire de Modena devant les stands. Il se lance à la poursuite de Piquet.

 

46e: Senna est premier devant Alesi (10.5s.), Boutsen (46s.), Piquet (1m. 09s.), Mansell (1m. 10s.), Modena (1m. 16s.), Nakajima (-1t.), Suzuki (-1t.), Bernard (-1t.), Martini (-1t.) et Patrese (-1t.).

 

48e: Mansell est désormais sur les talons de Piquet. Les deux vieux rivaux vont-ils s'empoigner à nouveau ?

 

49e: Senna tourne deux secondes au tour plus vite qu'Alesi. Le moteur de Mansell explose dans la ligne droite principale. Le Britannique part en tête à queue mais rattrape magnifiquement sa monoplace pour éviter de s'écraser contre le mur. « Il Leone » se range sur le bas-côté. Le volant-moteur de la Ferrari serait à l'origine de cette rupture. Berger entre aux stands pour abandonner avec un embrayage grillé.

 

50e: Bernard rencontre des problèmes de freins et dérape au même endroit que Berger précédemment. Par bonheur, il effectue un tête-à-queue complet et évite ainsi la pile de pneus. Il redémarre après avoir perdu deux places.

 

51e: Senna est premier devant Alesi (15s.), Boutsen (52s.), Piquet (1m. 19s.), Modena (1m. 26s.), Nakajima (-1t.), Suzuki (-1t.), Patrese (-1t.), Martini (-1t.) et Bernard (-1t.).

 

52e: Gugelmin est très éprouvé par le comportement calamiteux de sa voiture et est victime de terribles crampes. Il rejoint son stand pour renoncer. Mais Ian Phillips lui laisse seulement le temps de souffler et le renvoie finalement en piste. Le Brésilien est bon dernier.

 

53e: Senna possède dix-huit secondes de marge sur Alesi. Modena se rapproche de Piquet. Suzuki perd l'usage de ses freins et part tout droit dans une échappatoire. Il renonce alors qu'il occupait une superbe septième place pour son second Grand Prix seulement.

 

55e: Martini prend la septième place à Patrese qui rencontre de graves soucis d'injection.

 

56e: Senna domine devant Alesi (23s.), Boutsen (57s.), Piquet (1m. 23s.), Modena (1m. 26s.), Nakajima (-1t.), Martini (-1t.), Patrese (-1t.), Bernard (-1t.), Alboreto (-1t.) et Nannini (-2t.).

 

57e: Barilla regagne son garage. Il souffre de violentes crampes et préfère renoncer.

 

58e: Alesi a le cou endolori par l'effort mais garde sa concentration. Il ne concède plus de terrain à Senna. Le moteur de Patrese émet un bruit strident (échappement cassé ?). Le Padouan réduit sa cadence petit à petit jusqu'à la fin du Grand Prix.

 

59e: L'écart se stabilise entre Senna et Alesi. Boutsen mène un train de sénateur car son moteur coupe parfois à haut régime. Modena suit toujours Piquet de près.

 

61e: Senna mène devant Alesi (22.8s.), Boutsen (1m.), Piquet (1m. 27s.), Modena (1m. 28s.) et Nakajima (-1t.).

 

62e: Modena ne parvient pas à se rapprocher suffisamment de Piquet pour le menacer. Le V8 Ford reste plus puissant que le Judd...

 

64e: Senna soulage désormais la mécanique et permet à Alesi de lui reprendre quelques secondes.

 

67e: Patrese continue de perdre du temps. Bernard le dépasse pour la huitième position.

 

68e: Senna devance Alesi (16s.), Boutsen (58s.), Piquet (1m. 16s.), Modena (1m. 16s.), Nakajima (-1t.), Martini (-1t.), Bernard (-1t.), Patrese (-1t.) et Alboreto (-1t.).

 

69e: Nakajima vit des derniers tours pénibles: il a perdu une de ses boules Quiès et est complétement sourd !

 

71e: Dix secondes séparent Senna et Alesi. Modena suit toujours Piquet, sans espoir de le doubler.

 

72ème et dernier tour: Ayrton Senna remporte le premier Grand Prix de la saison 1990. Alesi monte sur le premier podium de sa carrière et n'échoue qu'à huit secondes du vainqueur. Boutsen complète le podium et offre à Williams-Renault un résultat inespéré au regard des essais qualificatifs. Piquet finit quatrième pour sa première sortie avec Benetton. Modena est cinquième après une course remarquable. Le dernier point revient à Nakajima. Martini, Bernard, Patrese, Alboreto, Nannini, Schneider, Moreno et Gugelmin franchissent aussi la ligne d'arrivée.

 

Après la course

Ayrton Senna goûte ce succès comme une douce revanche. Sur le podium, il ne se prive pas d'asperger de champagne le président Balestre. En outre, malgré des défauts de jeunesse, la McLaren-Honda paraît bien née et jouera encore les premiers rôles. Se dirige-t-on vers un duel Senna – Berger ? A voir. Le grand Autrichien n'a pas su exploiter sa pole position et a commis une grossière erreur au neuvième tour. De son propre aveu, il a sous-estimé Senna en croyant la partie gagnée samedi soir...

 

Les Ferrari n'ont pas confirmé leurs bons essais d'intersaison. Ni la souplesse du V12, ni la boîte de vitesses semi-automatique n'ont permis à Alain Prost et à Nigel Mansell de briller. « La boîte est même un inconvénient ici », déclare le pilote français. « Elle s'est révélée mal adaptée aux caractéristiques du circuit, avec un énorme trou dans les changements de rapports. Mais je n'ai aucun souci pour l'avenir. On s'apercevra bien vite que les Ferrari valent les McLaren, si ce n'est mieux. » Prost a certainement raison. Le tortueux tracé de Phoenix est trop atypique pour que soient tirées d'hâtives conclusions.

 

Jean Alesi ou la naissance d'une étoile

Par sa virtuosité et sa combativité, Jean Alesi a épaté tous les observateurs et se trouve propulsé au rang de champion en devenir. Sa passe d'armes avec Senna est destinée à demeurer dans les annales. « Il m'a franchement surpris par sa hargne et sa correction », reconnaît Senna, admiratif. «  Il a un tempérament analogue à celui de Gilles Villeneuve. La bagarre fut magnifique, propre, excitante, à la limite de nos possibilités. Comme je les aime. » Le jeune héros se remet quant à lui de ses efforts et émotions. « Vous savez, on ne pense à rien dans ces moments de bonheur », dit-il aux journalistes qui le pressent. « On a plus envie de pleurer que de réfléchir... Ayrton est mon idole depuis son époque Lotus. Pendant notre duel, j'ai toujours été en confiance. Avec lui, il ne pouvait rien m'arriver de fâcheux. »

 

Tout autant qu'Alesi, la vélocité de la Tyrrell 018 en surprend plus d'un. « Les pneus Pirelli ont transfiguré le châssis, devenu beaucoup moins sous-vireur et plus efficace sur les bosses », explique Jean-Claude Migeot qui tempère toutefois son optimisme: « Les Pirelli avaient déjà été excellents ici à Phoenix en 1989. A São Paulo, je crains qu'ils apprécient moins les longues courbes en appui. »

 

Une ombre se projette toutefois sur cet exploit de Jean Alesi. Lorsque celui-ci demande à emporter avec lui le trophée de la seconde place, Ken Tyrrell s'y oppose catégoriquement. « Mais enfin c'est moi qui l'ai gagné ! » s'exclame le jeune homme. Le vieux Tyrrell se montre inflexible. C'est le premier accroc entre les deux hommes. Il y en aura d'autres. Pour l'heure, Alesi n'en prend guère ombrage et, après un long massage des cervicales, opéré par l'expert Pierre Baleydier, il s'envole pour quelques jours de vacances en Californie en compagnie de Laurence, sa jeune épouse.

Tony