Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Ferrari
Alain PROST
 A.PROST
Ferrari
Alessandro NANNINI
 A.NANNINI
Benetton Ford Cosworth

498e Grand Prix

XXXII Gran Premio de España
Légérement nuageux
30 septembre 1990 - Jerez de la Frontera
73 tours x 4.218 km - 307.914 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Accrochage entre Thierry Boutsen et Gerhard Berger.

Affaire d'Estoril: Prost fait plier Ferrari

Les propos peu amènes tenus par Alain Prost au soir du Grand Prix du Portugal à l'encontre de Nigel Mansell, de Cesare Fiorio, et plus généralement de la politique de Ferrari, suscitent bien des remous dans la presse transalpine. Certains soulignent à nouveau le caractère de « mauvais perdant » du champion français qui ne supporterait pas d'être vaincu à la régulière par Ayrton Senna, et encore moins pas son équipier. Mais Prost refuse d'édulcorer son discours: ou la Scuderia met tous ses moyens à son service afin de remporter le titre mondial, ou il ira voir ailleurs. Heureuse surprise: il reçoit l'appui de Gianni Agnelli en personne. « Nous n'avons pas de politique d'écurie. Il faut absolument mettre les choses au point, avec une juste fermeté s'il le faut ! », tonne l'Avvocato. Aussitôt dit, aussitôt fait: le président Piero Fusaro fait le voyage de Jerez pour promettre Prost qu'il peut compter sur le plein soutien de Ferrari. Tout sera mis en œuvre afin qu'il triomphe de Senna. Première mesure: le mulet, jusqu'ici distribué à tour de rôle, lui sera dorénavant attribué à chaque course. Quant à Fiorio, il se fait tout petit et se cantonne dans son rôle de chef d'équipe, évitant la presse et ses questions oiseuses.

 

La situation au championnat est assez simple: Senna peut remporter le titre mondial en Espagne s'il marque un seul point de plus que Prost. Une tâche qui s'annonce assez ardue car ce tracé est très favorable aux Ferrari. L'équipe italienne espère quant à elle retarder la victoire de McLaren-Honda au trophée des constructeurs. Elle doit pour cela reprendre quatre points à sa rivale.

 

Transferts: Mansell chez Williams, Boutsen vers Ligier

Il n'aura fallu que quelques semaines à Nigel Mansell pour s'apercevoir que le pilotage d'une Formule 1 allait grandement lui manquer. Il revient donc sur sa décision de partir à la retraite à la fin de l'année. Au Portugal, il s'est entretenu avec Jean-Marie Balestre qui l'a enjoint de ne pas raccrocher en vantant ses immenses mérites et sa grande popularité chez les fanatiques, malgré un caractère et un comportement parfois puérils. Dans le même temps, Frank Williams n'est pas parvenu à engager Ayrton Senna et n'a pas de « grand champion » sous la main pour 1991... excepté Mansell. Il n'hésite pas à le contacter. Sous sa froideur marmoréenne, Williams a de l'estime et même de l'affection pour le moustachu qu'il considère comme l'un des meilleurs pilotes du monde. Les deux hommes se retrouvent mi-septembre sur l'île de Man. Mansell est en position de force: « Puisque tu as envisagé d'engager Senna, tu ne manques pas d'argent ! » lance-t-il faraud à Williams. Celui-ci lui offre un contrat de premier pilote, pour une durée d'un an, avec option pour 1992, et un salaire de sept millions de dollars. Exactement la somme que Cesare Fiorio n'avait pas voulu verser. Marché conclu.

 

L'entente Williams – Mansell se noue aux dépens de Thierry Boutsen. Le Belge travaille pourtant d'arrache-pied depuis deux ans pour améliorer un châssis rétif et développer le V10 Renault, mais il n'a jamais gagné la confiance de Patrick Head. Le directeur technique et copropriétaire du Williams Team lui préfère Riccardo Patrese, jugé meilleur metteur au point. Ainsi, bien que l'Italien ait réalisé une médiocre saison 1990, cette faveur lui garantit une place aux côtés de Mansell l'an prochain. Quant à Boutsen, blessé par tant d'ingratitude, il prend langue avec Jean-Pierre Paoli. Ensemble, ils visitent les installations ultra-modernes de Ligier-Gitanes à Magny-Cours. Thierry en repart séduit, et même emballé par l'idée de retrouver le moteur Renault en 1992. Il sera en bleu l'an prochain.

 

Présentation de l'épreuve

Ce Grand Prix d'Espagne sera le dernier à se dérouler à Jerez. Le circuit andalou n'a jamais trouvé son public, ni la moindre viabilité financière. Bernie Ecclestone a signé un contrat avec la ville de Barcelone qui construit un nouveau tracé ultra-moderne en vue de l'épreuve de 1991.

 

Grâce aux progrès de l'aérodynamique et des moteurs atmosphériques, la vitesse de passage en courbe des Formules 1 est aujourd'hui aussi élevée qu'à l'époque des jupes ou des turbos. Cela met en péril la sécurité des pilotes, comme le démontre hélas l'accident de Martin Donnelly. C'est afin de remédier à ce danger croissant que Jean-Marie Balestre a proposé à Monza aux constructeurs des mesures visant à ralentir les bolides, notamment en accroissant leur poids. Mais la réunion FISA – FOCA de Jerez débouche sur une impasse. Les écuries rejettent toute modification de la réglementation technique pour 1991. Balestre doit donc reporter ses projets à plus tard.

 

Le brillant constructeur britannique Adrian Reynard officialise son intention de monter une équipe de Formule 1 à l'horizon 1992. Il investit pour cela cinq millions de dollars dans l'acquisition d'une usine avant-gardiste. Afin de montrer le sérieux de ses ambitions, Reynard recrute Rory Byrne, ex-Benetton, comme directeur technique, et Alex Hawkridge, ex-Toleman, comme team manager. La Lambo ex-GLAS a effectué ses premiers essais à Imola avec Mauro Baldi et Marco Apicella. Eric van de Poele la prendra en main à Estoril.

 

Le nouveau champion international de Formule 3000 Érik Comas est dans le paddock, accompagné de son manager Jean-Paul Driot. Il discute avec Brabham-Middlebridge et Ligier-Gitanes pour un volant en 1991. Leyton House publie un communiqué qui confirme la prolongation des contrats d'Ivan Capelli et Maurício Gugelmin pour l'année prochaine. En revanche, Andrea de Cesaris ne sera pas conservé par la Scuderia Italia, lasse de ses innombrables bourdes. Philip Morris cherche à « recaser » le Romain chez Osella ou chez Jordan.

 

Williams-Renault convie vendredi soir les journalistes francophones à un dîner au cours duquel Patrick Head dévoile à Gérard Crombac les raisons du recrutement d'Adrian Newey, récemment promu ingénieur en chef: « L'équipe était un peu trop tournée sur elle-même. La majorité de nos techniciens ont découvert la F1 chez nous, ils ne connaissent donc que la « façon Williams ». Nous avions besoin d'un coup de pied au derrière ! » Head explique aussi les résultats décevants de la FW13: « Nous sommes mauvais sur les circuits rapides avec peu d'appuis. La sensibilité aérodynamique de la voiture est exagérée. Pour la réduire, nous devons monter des ressorts très raides qui réduisent le débattement des suspensions et détruisent les pneus. Ceux-ci se dégradent donc plus rapidement que ceux de nos adversaires. Nous n'avons pas trouvé de solution à ce problème. » Mais l'an prochain tout sera remis à plat. Newey dessine actuellement la FW14 qui ne sera pas prête avant février 91. Elle se sera munie d'une suspension active et peut-être d'une transmission électro-magnétique semblable à celle utilisée par Ferrari.

 

Eurobrun vit ses dernières heures: Walter Brun a en effet décidé d'abandonner la Formule 1 pour concentrer ses efforts sur son programme d'Endurance. L'équipe italo-helévtique mettra un terme à ses activités au soir de ce GP d'Espagne et n'effectuera pas le déplacement de fin de saison en Asie. En effet, la FOCA réclame pour ces voyages le règlement à l'avance des frais de transport du personnel et du matériel que Brun est bien incapable d'apporter. Life Racing annonce aussi son intention de ne pas participer aux deux dernières manches de la saison. Elle encourt de ce fait une forte amende mais son patron Ernesto Vita déclare qu'il cherche de l'argent afin de mettre sur pied un programme pour 1991.

 

Alex Caffi n'est pas complètement remis de sa blessure au talon subie à Estoril et, après quelques hésitations, cède finalement son volant à Bernd Schneider qui l'avait déjà suppléé en début d'année à Phoenix.

 

Tragique accident pour Martin Donnelly

Il est 13h52 ce vendredi 28 septembre 1990. La première séance qualificative bat son plein lorsqu'une image horrible apparaît sur les écrans de télévision: la Lotus-Lamborghini de Martin Donnelly écrasée contre le rail du virage n°12, totalement détruite et son pilote gisant sur la piste tel un pantin désarticulé. Pierluigi Martini, qui suivait l'Irlandais, regagne les stands et s'extrait de son habitacle, livide. Il raconte: « La Lotus de Martin a rebondi sur une bordure, est partie en ligne droite et a tapé, de face, les rails de sécurité. Rien d'autre. Il n'a rien pu faire. » La situation paraît dramatique. La Lotus s'est cassée net à la hauteur de la jonction entre le réservoir et le cockpit. La cellule de la survie et tout le train avant se sont disloqués. Donnelly a été éjecté avec son siège et son harnais, avant de parcourir quelques centaines de mètres à même le sol. Le paddock retient son souffle. Tout le monde repense à l'accident fatal de Gilles Villeneuve.

 

En moins d'une minute, le professeur Sid Watkins et les médecins sont à pied d'œuvre pour secourir le malheureux pilote. Celui-ci est vivant mais inconscient. Il est rapidement évacué vers l'infirmerie du circuit, puis vers l'hôpital Virgen del Rocio de Séville. Donnelly est gravement touché: il souffre d'un traumatisme crânien, d'une fracture de la jambe droite, de la clavicule droite, de fractures aux tibia, péroné et fémur gauches... Mais aucune fonction motrice n'est atteinte. Ses jours ne sont pas en danger. Placé dans le coma et sous respiration artificielle, il est opéré le soir même de la jambe gauche afin de réduire ses fractures. La carrière de ce jeune pilote sympathique et discret est probablement finie, mais au moins est-il en vie, ce qui relève du miracle.

 

Cet affreux accident traumatise le paddock et les pilotes n'ont guère le cœur à repartir. « Laissez-moi, Martin est un ami de la F3000 ! » lance Jean Alesi aux journalistes avant de s'effondrer. Derek Warwick discute longuement avec ses ingénieurs afin de s'assurer qu'il peut remonter dans la Lotus en toute sécurité. Frank Dernie affirme avoir déterminé la cause à cette sortie. Il s'agit probablement d'un bris de suspension. Enfin, l'association des pilotes pointe du doigt les infrastructures du circuit. La courbe Ferrari où s'est produit le drame n'est bordée ni par un bac à sable ni par des murs de vieux pneus. Les rails ne sont qu'à quelques mètres du bitume...

 

Essais et qualification: triste cinquantième pole pour Senna

Les pré-qualifications ne sont plus qu'une formalité pour les AGS de Dalmas et de Tarquini, en haut de la feuille des temps. Grouillard (Osella) et Gachot (Coloni) n'ont également pas de mal à devancer les Eurobrun de Moreno et Langes. Giacomelli et sa Life-Judd concèdent vingt secondes à Dalmas !

 

Honda donne ici à McLaren la spécification 4 de son V10, la plus souple. Malgré une touchette vendredi avec Capelli, Senna réalise sans peine la cinquantième pole position de sa carrière, un chiffre époustouflant. Berger (5ème) est loin de son équipier et samedi frôle la catastrophe en évitant de justesse de Cesaris qui, comme d'habitude, roule à l'aveuglette. Les Ferrari manquent la position de pointe à cause de quelques ennuis. Prost (2ème) s'accroche avec Schneider et Mansell (3ème) subit des problèmes de boîte. Très secoué par l'accident de son ami Donnelly, Alesi réalise tout de même une superbe performance et amène sa Tyrrell sur le quatrième rang. Nakajima (14ème) dit avoir été « méchamment » bloqué par Berger. Les Williams-Renault (Patrese 6ème, Boutsen 7ème) pâtissent d'un manque de grip et d'une direction trop lourde. Chez Benetton, Piquet (8ème) et Nannini (9ème) perdent le vendredi à trouver les bons réglages.

 

Warwick se classe dixième, sa meilleure qualification avec Lotus depuis des mois, qui ne le console évidemment pas de l'accident de Donnelly (vingt-troisième chrono avant le drame). Vendredi, Martini est tamponné par Brabham et s'en tire avec des douleurs dorsales. Il réalise tout de même un très beau onzième temps. Barilla n'est encore une fois pas qualifié sur la seconde Minardi. Sans surprise, les Leyton House (Gugelmin 12ème, Capelli 19ème) ne supportent pas les bosses andalouses. Petit miracle chez Ligier: Alliot arrache le treizième chrono à la force du poignet ! Larini (20ème) voit lui une pédale d'embrayage toute neuve se briser net... Quelques pépins mécaniques et du trafic empêchent les pilotes Larrousse (Suzuki 15ème, Bernard 18ème) de briller. Encore des déboires chez Dallara: Pirro (16ème) rencontre de gros soucis de freins et de Cesaris (17ème), très grippé, s'illustre en bouchonnant ses adversaires. Grouillard place son Osella sur le vingt-et-unième rang. Pour la première fois de son histoire, AGS parvient à qualifier ses deux voitures, et ce malgré les soucis de santé de Tarquini (22ème, intoxication alimentaire) et de Dalmas (23ème, angine) ! C'est la fête à Gonfaron ! Très démotivé, Modena (24ème) ne devance Brabham que de trois centièmes. L'Australien échoue à se qualifier, car le dernier billet d'entrée revient à Alboreto. Les Arrows ont ici un comportement calamiteux. Schneider détruit son châssis dès vendredi matin et ne parvient pas à se qualifier avec son mulet. Enfin, Gachot et la Coloni sont à deux secondes de la qualification...

 

Ayrton Senna ne fête pas cette cinquantième pole position. Ébranlé par l'accident de Donnelly, il évite la foule et préfère rendre visite à son collègue à l'hôpital de Séville. Il reste en contact avec le docteur Sid Watkins afin de suivre l'évolution de son état de santé. En conférence de presse, le Brésilien laisse libre court à son émotion, les yeux humides: « Je suis incapable d'exprimer ce que j'ai ressenti dans la voiture quand j'ai repris la piste après l'accident de Martin. Mais c'était très fort, et je sais que je devais le faire pour moi. Lorsque je suis allé voir l'endroit de l'accident, je voulais être confronté à ce qui guette chacun de nous, les pilotes. Je voulais connaître l'état de Martin et le constater moi-même. Je ne voulais surtout pas me fier aux informations des autres, souvent contradictoires dans ces moments-là. C'est dans ces moments de doute que l'on puise au fond de soi la force de continuer. » Senna, que certains dépeignent comme un fou inconscient, fait aussi part de son souci de la sécurité, de la nécessité d'améliorer les infrastructures des circuits et de réduire la vitesse de passage en courbe. Des préoccupations qui le rapprochent de son ennemi Jean-Marie Balestre...

 

Le Grand Prix

Cesare Fiorio réunit Alain Prost et Nigel Mansell samedi soir pour définir la stratégie du lendemain. Les deux équipiers, qui se sont ignorés depuis le début du week-end, parviennent bon an mal an à un terrain d'entente. Faisant fi de son orgueil, Mansell accepte de se mettre au service de Prost. Fiorio approuve ce plan. Il ne peut guère faire autrement: il a reçu des consignes d'Agnelli et Fusaro...

 

Un orage nettoie l'asphalte durant la nuit de samedi à dimanche, si bien que celle-ci retrouve son abrasivité naturelle. Les pneus vont être très sollicités, d'autant qu'il fait très chaud. Presque tous les pilotes partent en pneus tendres et prévoient de s'arrêter deux fois, exceptés Piquet et Berger qui sélectionnent des montes plus dures (Goodyear « B »). Très content de sa machine, Prost réalise le meilleur chrono du warm-up et vise une victoire impérative pour conserver ses chances de titre mondial.

 

Tarquini casse un demi-arbre de roue lors du tour d'installation et prend le départ avec le mulet AGS. Peu avant le lancement du tour de formation, Ron Dennis se rend auprès de Jean Alesi, installé au quatrième rang de la grille. Il lui recommande de ne pas gêner Gerhard Berger par une manœuvre intempestive. Ulcéré, Alesi envoie paître le directeur de McLaren.

 

Départ: Senna démarre sans mal et conserve la première place devant Prost et Mansell. Plus loin, Berger pousse à deux reprises Alesi vers la gauche. L'Avignonnais coince involontairement Patrese, contraint de mettre deux roues dans l'herbe pour éviter l'accrochage. Déséquilibrée, la Tyrrell part en tête-à-queue et s'évanouit dans le bac à sable. Alesi est furax: Berger l'a attiré dans un véritable traquenard !

 

1er tour: Trahi par son accélérateur, Pirro sort dans les graviers au second virage. Senna est en tête devant Prost, Mansell, Berger, Boutsen, Patrese, Piquet, Nannini, Warwick et Martini.

 

2e: Prost prend la roue de Senna, bien décidé à le pousser à la faute.

 

3e: Senna ne s'échappe pas et semble au contraire contenir un peloton qui va de Prost à... Alliot (11ème) !

 

4e: Prost signe le premier chrono de référence (1'28''077''').

 

5e: Senna, Prost et Mansell distancent Berger qui n'a aucune adhérence à cause de ses pneus durs. L'Autrichien retient les Williams et les Benetton.

 

6e: Senna devance Prost (0.3s.), Mansell (1.3s.), Berger (6s.), Boutsen (6.4s.), Patrese (7s.), Piquet (7.5s.) et Nannini (8s.). Tarquini renonce avec un moteur éteint. Modena tente de faire l'extérieur à Dalmas dans une courbe à droite. L'AGS touche la Brabham qui atterrit en tête-à-queue dans le sable. C'est fini pour le jeune Italien.

 

8e: Senna n'a que quelques dixièmes de marge sur Prost mais ne commet pas la moindre erreur.

 

10e: Senna précède Prost (1s.), Mansell (3s.), Berger (8.4s.), Boutsen (9.2s.), Patrese (10s.), Piquet (11s.), Nannini (11.7s.), Warwick (16s.) et Martini (17s.).

 

11e: Prost abaisse le meilleur tour en course (1'27''733'''). Jamais il n'a été aussi proche de Senna.

 

12e: Prost suit Senna comme son ombre, sans pouvoir passer. Mansell observe les deux champions. Bien plus loin, Berger met à l'épreuve les nerfs de Boutsen qui trépigne derrière la McLaren.

 

14e: Épuisé par un sous-virage excessif, Nakajima quitte la route au dernier virage et achève son après-midi dans les graviers.

 

15e: Senna devance Prost (0.4s.), Mansell (1.4.), Berger (8.7s.), Boutsen (9.6s.), Patrese (10.6s.), Piquet (12s.) et Nannini (13s.).

 

17e: Senna contient toujours les deux pilotes Ferrari qui attendent les changements de pneus pour « sauter » la McLaren.

 

19e: Prost roule sous l'aileron de Senna mais commence à s'impatienter, car il abîme ainsi ses pneus. Cependant il ne peut relâcher son effort car Mansell est à l'affût derrière lui...

 

20e: Mansell observe son premier changement de gommes (8.5s.). Patrese s'arrête longuement pour remplacer ses roues et effectuer quelques réparations, suite à la touchette avec Alesi au départ. En fin de parcours, Senna précède Prost (0.6s.), Berger (10s.), Boutsen (11.5s.), Piquet (12.5s.), Nannini (14.9s.), Mansell (19.3s.), Warwick (22.1s.), Martini (24.6s.), Alliot (25.6s.), Gugelmin (27.4s.) et Suzuki (28.6s.).

 

21e: Berger passe aux stands pour passer aux Goodyear tendres C (5.8s.). Nannini lui emboîte le pas pour mettre des B qui le dispenseront d'un second arrêt. Abandon de Bernard, transmission cassée.

 

22e: Senna et Prost restent seuls en tête, onze secondes devant la paire Boutsen - Piquet. Martini et Alboreto remplacent leurs gommes usées.

 

23e: Warwick chausse des pneus neufs. Alliot part en tête-à-queue dans la courbe Peluqui et s'enlise dans le bac à sable. Il occupait une belle huitième place...

 

24e: Arrêts pneus pour Larini et Dalmas.

 

25e: Prost chausse des Goodyear tendres neufs (6.1s.) et repart en quatrième position... derrière Mansell. Boutsen change aussi de pneus et se retrouve derrière Berger et Nannini.

 

26e: Senna pénètre en fin de boucle dans la voie des stands pour remplacer ses pneus très rapidement (5.7s.).

 

27e: Senna repart un souffle derrière les deux Ferrari. Au même instant, Prost fait l'intérieur à Mansell. L'Anglais s'écarte devant son équipier... et devant Senna qu'il n'a pas vu arriver ! Piquet est en tête car il ne s'est pas arrêté. De Cesaris fait halte à son stand pour remplacer ses enveloppes et faire contrôler son moteur qui bafouille.

 

28e: Prost et Senna rattrapent aisément Piquet dont les pneus durs ne sont pas très efficaces. Grouillard stoppe chez Osella pour prendre des Pirelli neufs.

 

29e: Le moteur de Piquet coupe un instant dans une des grandes courbes à gauche. Le Carioca passe par le gazon et reprend sa route derrière Prost, nouveau leader. Senna ne tarde pas à se défaire de son compatriote. Passage aux stands de Suzuki.

 

30e: Prost largue les amarres: il tourne en 1'26''170''' et compte déjà six secondes d'avance sur Senna !

 

31e: Prost est leader devant Senna (8.1s.), Piquet (13.4s.), Mansell (14.7s.), Berger (17.6s.), Nannini (18.6s.), Boutsen (20s.) et Gugelmin (42s.).

 

32e: Senna cède à Prost une seconde et demie par tour. Sa McLaren est trop instable pour qu'il puisse lutter et il choisit de préserver une seconde place qui serait excellente dans l'optique du titre mondial. Gugelmin change de pneus et passe du huitième au douzième rang.

 

34e: La fusée Prost poursuit son envolée: douze secondes d'écart avec Senna. Plus loin, Mansell bute sur son ami Piquet.

 

35e: Prost domine devant Senna (13s.), Piquet (19.2s.), Mansell (20.8s.), Berger (25s.), Nannini (25.8s.) et Boutsen (27s.).

 

37e: Dix-sept secondes entre Prost et Senna. Berger ne parvient pas à décramponner Nannini car il rencontre des problèmes de freins.

 

39e: Prost poursuit sa ronde en solitaire. Son avance sur Senna excède maintenant les vingt secondes.

 

40e: Prost est premier devant Senna (23.6s.), Piquet (25.6s.), Mansell (26.6s.), Berger (32s.), Nannini (33s.), Boutsen (35.8s.), Patrese (41.8s.), Capelli (59.3s.), Martini (1m.), Warwick (1m. 01s.) et Gugelmin (1m. 02s.).

 

41e: Martini est le premier pilote à changer une seconde fois de pneumatiques.

 

42e: Minardi a relâché Martini précipitamment: l'écrou de la roue arrière-gauche, mal fixé, se fait la malle dès la sortie des stands ! L'Italien pirouette, atterrit sur le sable et doit renoncer. Le moteur de Piquet coupe à nouveau par intermittence. Le Brésilien laisse filer Mansell, puis regagne son stand.

 

43e: Senna rend vingt-sept secondes à Prost et est maintenant la cible de Mansell. Dalmas remplace ses gommes. Piquet fait changer sa batterie et reste immobilisé aux boxes plus de trois minutes.

 

45e: Second arrêt de Berger (7s.) qui recule au septième rang. La McLaren paraît « manger » les Goodyear C...

 

46e: Mansell est dans la roue de Senna. Second arrêt de de Cesaris qui se plaint toujours de son moteur, et aussi désormais de ses freins.

 

48e: Prost compte trente secondes de marge sur Senna et Mansell. Grouillard abandonne suite à une nouvelle rupture d'un porte-moyeu arrière.

 

49e: Patrese change une seconde fois de pneus mais perd dix-huit secondes à cause d'un cafouillage avec la roue avant-gauche. Il repart en neuvième position derrière Warwick. Arrêt également pour Alboreto. Piquet rejoint son garage en roue libre: son alternateur a lâché.

 

50e: Mansell concède un peu de terrain à Senna. Patrese passe devant Warwick. Las de la cacophonie de son moteur, de Cesaris met pied à terre. Une soupape fêlée était la cause de ses malheurs.

 

51e: Prost arrive chez Ferrari pour chausser son troisième jeu de pneus et reprend la piste sans avoir perdu le commandement. Un filet d'eau s'échappe de la McLaren de Senna.

 

52e: Senna est à la peine: il laisse passer Mansell, puis est attaqué par Nannini, avant de regagner les stands. Warwick remplace ses gommes et redémarre à la douzième place.

 

53e: Prost mène devant Mansell (19.2s.), Nannini (22.8s.), Boutsen (23.5s.) et Berger (30.2s.). Senna prend des pneus neufs et retrouve le circuit en sixième position. Patrese réalise le meilleur tour de la course (1'24''513''').

 

54e: Senna se range dans l'herbe et renonce. Son radiateur d'eau a été percé par des débris. Patrese récupère la sixième place.

 

55e: Berger revient comme une balle sur Boutsen. Capelli n'a jusqu'ici pas changé de pneus mais il souffre d'une terrible crampe à une jambe. Il doit céder le passage à Gugelmin et à Suzuki.

 

56e: Prost devance Mansell (21.7s.), Nannini (25s.), Boutsen (28s.), Berger (29s.), Patrese (1m. 05s.), Gugelmin (1m. 11s.) et Suzuki (1m. 13s.).

 

57e: Berger est dans la boîte de Boutsen. Il plonge à l'intérieur dans la dernière courbe, avec trop de précipitation: les deux bolides se touchent, puis la roue arrière-droite de la McLaren escalade la roue avant-gauche de la Williams. Berger décolle et atterrit en tête-à-queue dans le sable. Pour la première fois de la saison, il n'y aura pas de McLaren à l'arrivée. Boutsen peut en revanche continuer.

 

58e: Prost roule maintenant vers la victoire en toute sérénité. Mansell doit pour sa part garder un œil sur Nannini.

 

60e: Prost devance Mansell (24.5s.), Nannini (28.8s.), Boutsen (39s.), Patrese (1m. 07s.), Gugelmin (1m. 19s.), Suzuki (1m. 20s.), Warwick (-1t.), Larini (-1t.), Capelli (-1t.), Dalmas (-1t.) et Alboreto (-2t.). Second changement de gommes pour Larini.

 

61e: Terrassé par sa crampe, Capelli regagne son box. Il ne parvient pas à sortir seul de son cockpit et doit être porté par ses mécaniciens. Il fera un passage par le centre médical du circuit pour un examen de routine.

 

62e: Lâché par son embrayage, Gugelmin ralentit et laisse passer Suzuki et Warwick. L'Anglais menace le Japonais grâce à ses pneus tendres neufs, mais il est privé de second rapport.

 

64e: Vingt-sept secondes séparent Prost et Mansell.

 

65e: Warwick abandonne: les débris du pignon de son second rapport se sont mêlés aux autres éléments de sa boîte, déréglant le tout.

 

68e: Prost mène devant Mansell (26.4s.), Nannini (32.6s.), Boutsen (44.7s.), Patrese (1m. 05s.) et Suzuki (1m. 13s.).

 

70e: Prost conduit à sa main. Son avance sur son équipier n'augmente plus. Larini prend la septième place à Gugelmin.

 

72e: A deux tours du but, Prost possède une marge de vingt-deux secondes sur Mansell.

 

73ème et dernier tour: Alain Prost remporte sa cinquième victoire de la saison devant Mansell. C'est un splendide doublé pour Ferrari. Nannini décroche une belle troisième place. Boutsen finit quatrième et précède son équipier Patrese. Suzuki glane un bon point pour le compte de Larrousse-Lamborghini. Larini, Gugelmin, Dalmas et Alboreto sont les seuls autres pilotes à rallier l'arrivée.

 

Après la course: les cartes sont rebattues

Ce second doublé Ferrari en 1990 efface les incidents de la semaine précédente. Alain Prost tombe dans les bras de Cesare Fiorio et sur le podium serre chaleureusement la main de Nigel Mansell. Il souhaite désormais tourner la page d'Estoril et se concentre sur l'épilogue d'un championnat du monde totalement relancé par ce résultat. Pour cela, il décide finalement de participer aux prochains essais de pneumatiques prévus à Estoril, qu'il avait d'abord prévu de boycotter.

 

McLaren et Honda encaissent mal ce double K.O. Ayrton Senna pensait au moins sauver une deuxième place qui pouvait lui garantir le titre mondial à Suzuka. Un tirant de fond de plat, venu de l'AGS de Tarquini et ramassé par son radiateur, en a décidé autrement. « Ma voiture ne valait pas la Ferrari sur ce terrain... » soupire le Brésilien. « Me voici dans la pire des situations pour le championnat », ajoute-t-il d'un air mystérieux. Cette remarque ne manque pas d'étonner les journalistes. Senna compte encore neuf points d'avance sur Prost à deux courses du but. On peut imaginer circonstances plus défavorables ! Mais ses souvenirs de 1989 sont encore vivaces et l'idée de disputer une nouvelle finale à Suzuka face à son plus grand rival l'inquiète beaucoup.

 

Senna (78 points) et Prost (69 pts) se disputeront donc la couronne mondiale au Japon et peut-être en Australie. L'intervalle de neuf points doit cependant être considéré avec prudence car les deux pilotes devront peut-être décompter leurs plus mauvais résultats. Prost risque ainsi de perdre sa cinquième place et les deux points de Montréal. McLaren-Honda n'est pas assurée du titre constructeur et n'a d'ailleurs plus que dix-huit longueurs de marge sur Ferrari qui espère encore l'emporter sur le poteau.

Tony