Alain PROST
 A.PROST
McLaren Honda
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda
Stefano MODENA
 S.MODENA
Brabham Judd

471e Grand Prix

XLVII Grand Prix Automobile de Monaco
Ensoleillé
7 mai 1989 - Monaco
77 tours x 3.328 km - 256.256 km
Course prévue pour 78 tours, réduite à 77 suite à l'annulation de la procédure de départ.
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Prost - Senna: ouverture des hostilités

A Imola, Ayrton Senna a violé le « pacte de non-agression » qui le liait à Alain Prost en attaquant ce dernier quelques centaines de mètres après le second départ. Furieux, le double champion du monde a quitté l'Italie sans dire un mot à son équipier. Quelques jours plus tard, Ron Dennis convie ses deux pilotes à une séance d'essais sur le tracé de Pembrey au Pays de Galles. Il leur demande de vider leur sac en tête à tête. Senna reconnaît son erreur et présente ses excuses à un Prost méfiant, mais qui les accepte tout de même. Pour Dennis, l'incident est clos.

 

Mais quelques jours plus tard, le quotidien français L'Équipe publie un entretien entre Prost et le journaliste Johnny Rives. Alain y raconte par le menu l'entrevue de Pembrey et déclare notamment que son équipier « avait les larmes aux yeux » lorsqu'il s'est excusé. Quand il apprend cela, Senna se sent trahi à son tour. Ce jeune homme pudique et orgueilleux ne supporte pas que ses défaillances soient dévoilées en place publique. Désormais, la guerre est déclarée entre les deux hommes. « Entre lui et moi, plus rien ne sera jamais comme avant ! » affirme Senna.

 

L'opinion publique prend ainsi parti pour le Brésilien qui à Imola a pourtant bel et bien contrevenu à ses propres engagements. Mais beaucoup pensent que Prost a tenté de le déstabiliser psychologiquement. Le Français rejette ces accusations. « S'il y a un truc faux à 200 %, c'est ça ! Je me suis retrouvé au contraire en position de faiblesse et lui de légitimité. » Selon lui, Rives a abusé de sa confiance en publiant des propos destinés à demeurer privés: « Avec Johnny, on était très potes. Je lui ai expliqué par téléphone ce qui s'est passé après Imola, mais complétement « off ». C'était une confidence. Et il en a fait un papier ! » Mais le journaliste le contredit: « Alain m'a effectivement reproché d'avoir publié cette histoire mais, sincèrement, je ne me souviens pas qu'il m'ait dit tout cela sous le sceau du secret [...] C'est un rusé, Alain: il pouvait ainsi se couvrir du côté de Ron Dennis. Si je l'ai effectivement trahi, c'est sans rouerie de ma part. »

 

Présentation de l'épreuve

Le 47ème Grand Prix de Monaco draine une foule immense. Près de 120 000 spectateurs sont comptabilisés rien que pour les essais du jeudi. C'est du reste une course à domicile pour un bon tiers du paddock. Ayrton Senna, Nicola Larini, Stefano Modena, Andrea de Cesaris et Stefan Johansson habitent ainsi la Tour de Saint-Roman. Les deux anciens coéquipiers Gerhard Berger et Michele Alboreto sont voisins à l'Émilie Palace, avenue Princesse-Grace. Dans cette même voie, au Bahia, réside Piercarlo Ghinzani. Le Millefiori, rue des Genêts, abrite Riccardo Patrese pendant qu'Alessandro Nannini loge aux Ligures, rue Honoré-Labande. Alex Caffi vit au Continental, place des Moulins. Thierry Boutsen, Nelson Piquet et Eddie Cheever ont jeté l'ancre dans le tout nouveau quartier de Fontevieille. Enfin, Pierluigi Martini vient d'emménager dans un tout nouvel hôtel sur l'avenue de Grande-Bretagne. Monte Carlo ! Son charme, son port et son absence de fiscalité...

 

Si la FISA est parvenue lors de son dernier conseil mondial à imposer des modifications techniques destinées à améliorer la sécurité, elle a en revanche enregistré un ferme refus de la part des constructeurs lorsqu'elle a proposé de réduire la contenance des réservoirs à 110 litres, ceci afin de réintroduire les ravitaillements en essence. Cette idée partagée par Jean-Marie Balestre et Bernie Ecclestone était destinée à « favoriser le spectacle ». En fait, selon Patrick Camus d'Auto Hebdo, le président et le vice-président de la FISA aimeraient réintroduire ces opérations périlleuses pour justifier l'éloignement des journalistes de la zone des stands...

 

Depuis le début de la saison, la FOPA et la FOCA généralisent l'usage de la caméra embarquée pour rendre plus spectaculaire la télé-diffusion des Grands Prix. Les Williams à Rio, puis les Arrows à Imola furent ainsi filmées de l'intérieur. Ici ce sont les Brabham qui sont munies de micro-caméras. A noter que sur chaque bolide concerné, le nom du même sponsor, le fabricant de t-shirts italien Iceberg, apparaît en plein dans le champ, sur le rebord du cockpit. Bernie Ecclestone est bien évidemment derrière ce marchandage...

 

A peine remis de sa terrifiante embardée, l'hyperactif Gerhard Berger trépigne pendant une semaine dans la clinique de Willy Dungl avant d'obtenir son permis de sortie. Il se précipite sur le Rocher, sans espoir de courir, mais afin de retrouver ses amis auxquels il tend des mains gantées à cause de ses brûlures. L'Autrichien espère faire son retour au volant à Mexico. Jeudi, il croise Ron Dennis qui le prend à part et lui demande de ne rien signer avec Ferrari sans l'avertir. Berger saisit à demi-mot les intentions du « boss » de McLaren...

 

L'exubérant patron de Moneytron Jean-Pierre van Rossem vient de racheter entièrement l'équipe Onyx à Mike Earle. Ce curieux personnage à la barbe fleurie, qui se vêt comme un hippie, s'entoure de jolies jeunes filles et dépense ses dollars sans compter, a déjà acquis le surnom peu flatteur de « Raspoutine ». Le journaliste Nigel Roebuck estime que van Rossem est « le type de plus mauvais goût » qu'il a jamais vu errer dans le paddock.

 

Les relations sont de plus en plus tendues entre Ken Tyrrell et Michele Alboreto. Jeudi, le Milanais ne se présente pas sur le circuit car son équipe ne lui propose que la vieille 017 pendant que Jonathan Palmer tourne avec la nouvelle 018. Il juge en effet la 017 trop étroite et peu compétitive. Sa propre 018 n'est arrivée sur le Rocher que tard mercredi soir et son assemblage réclame tout le jeudi. Cette journée de chômage est symptomatique de la mauvaise humeur d'Alboreto qui, rappelons-le, n'a été réengagé par Tyrrell que parce qu'il apportait quelque dollars en provenance de Philip Morris...

 

La motricité est évidemment très recherchée dans les rues de Monte-Carlo et presque toutes les voitures reçoivent une configuration aérodynamique adaptée, avec beaucoup d'appuis. La Ferrari est même équipée d'un aileron triplan !

 

March présente sa nouvelle CG891 conçue par Adrian Newey. Les initiales CG rendent hommage à Cesare Gariboldi, l'ancien team manager de l'équipe et mentor d'Ivan Capelli, qui a trouvé la mort dans un accident de la route au début de l'année. Cette voiture est une évolution aérodynamique de la 881. Elle est équipée du nouveau moteur V8 Judd EV à 90° délivrant 640 chevaux à 12 500 tours/minute, accouplé à une boîte « inversée ». La suspension arrière comprend des poussoirs qui attaquent les combinés disposés horizontalement dans le sens longitudinal, alignés sur la transmission. Cette March s'avère d'emblée très difficile à mettre au point. Comme sa devancière, mais de façon plus exacerbée, elle déteste les bosses, et ses débuts à Monte-Carlo s'annoncent délicats.

 

La McLaren MP4/5 reçoit plusieurs innovations: un système de frein à simple étrier Brembo, un carénage inférieur raccourci et de nouveaux porte-moyeux. Le V10 Honda est par ailleurs allégé de trois kilos mais Osamu Goto se garde bien de dire par quel moyen... AGS introduit de nouvelles moustaches et un aileron postérieur inédit tandis qu'une boîte à air apparaît au-dessus du moteur Cosworth. Celui-ci est un « DFZ et demi », c'est-à-dire un DFZ muni des culasses du DFR qui apportent un gain d'environ dix chevaux. Le tout est préparé par Heini Mader.

 

Ferrari concentre ses efforts sur la voiture de Mansell et n'a pas cherché de remplaçant à Berger. Elle renforce les moustaches de la 640 suite à l'accident de l'Autrichien à Imola. Néanmoins, sa sortie de route demeure mystérieuse car, même privée d'une partie de ses appuis antérieurs, la voiture n'aurait pas dû filer tout droit de cette façon. Berger aurait dû au moins pouvoir tourner ses roues, or celles-ci étaient strictement alignées...

 

Essais et qualifications

Les Brabham se tirent des pré-qualifications mais avec moins de brio que d'ordinaire. Caffi se sauve également. La surprise vient du jeune Raphanel qui se classe devant Brundle et arrache son billet pour le samedi. Les Onyx de Johansson et de Gachot ne sortent toujours pas de l'ornière. Les autres éliminés sont Ghinzani, Larini, Schneider, Suzuki, Foitek, Weidler et Winkelhock.

 

Comme l'an dernier, Senna prend tous les risques pour s'assurer une spectaculaire pole position (1'22''308'''). Il bat le record établi en 1986 par Prost au volant d'une voiture à moteur turbo non bridé ! Senna se déchaîne au volant de sa McLaren et se joue de tous les obstacles avec une adresse inouïe, au point, selon ses dires, de conduire en état de transe ! Prost (1'23''456''') refuse de participer à ce jeu dangereux. « Il est impossible ici de remonter sur Ayrton », reconnaît-il. « Il prend tous les risques dans les dépassements et je ne lutte pas avec lui sur ce terrain. »

 

Les Williams-Renault sont très à l'aise sur ce tracé et Boutsen se classe troisième. Patrese rencontre des problèmes de boîte de vitesses et se contente du septième temps. Les jolies Brabham-Judd, parfaitement équilibrées, font parler la poudre samedi après-midi: Brundle est quatrième, Modena huitième. MRD revit ! Mansell est seulement cinquième au volant de l'unique Ferrari dont la tenue de route n'est pas fameuse. Warwick (6ème) brille au volant de son Arrows tandis que Cheever (20ème) ne parvient pas à trouver les bons réglages. Après les Brabham, ce sont les Dallara (Caffi 9ème, de Cesaris 10ème) qui se mettent en valeur.

 

Martini obtient une belle onzième place avec sa Minardi, très loin devant Pérez-Sala (26ème), qualifié de justesse. Alboreto (12ème) met un point d'honneur à mettre sa Tyrrell toute neuve devant celle de Palmer (23ème). Tarquini place l'AGS au treizième rang après avoir signé un exceptionnel cinquième chrono jeudi. Les nouvelles March-Judd (Gugelmin 14ème, Capelli 22ème) rencontrent des problèmes de surchauffe. Les Benetton-Ford (Nannini 15ème, Herbert 24ème) manquent absolument d'adhérence. Chez Ligier, Grouillard arrache la seizième position tandis qu'Arnoux, 21ème, obtient enfin sa première qualification de la saison. Les Lola-Lamborghini semblent fort complexes à régler. Alliot (17ème) parvient à se qualifier contrairement à Dalmas (28ème) qui casse son moteur samedi. Les Lotus sont en déroute à cause d'un sous-virage chronique. Piquet est dix-neuvième et Nakajima est éliminé. Très bon sur les circuits urbains, Raphanel se classe 18ème avec sa lourde Coloni, loin devant Moreno, vingt-cinquième mais également qualifié pour la première fois de l'année. Danner et sa Rial échouent à nouveau à franchit cette étape.

 

Le moins en moins prestigieux Grand Prix de Formule 3 s'achève par un triplé des châssis Reynard. L'Italien Antonio Tamburini l'emporte devant son compatriote Andrea Montermini, tandis que le Suédois Rickard Rydell s'adjuge la troisième place. A noter que les pilotes de F1, anciens ou actuels, ont de nombreux parents engagés dans cette épreuve: Paul Warwick (le frère de Derek), Paul Stewart (le fils de Jackie), David Brabham (le fils de Sir Jack) et Jacques Villeneuve II (le fils de Gilles, le neveu de Jacques Senior).

 

Le Grand Prix

Les McLaren dominent l'échauffement du dimanche matin. Muni de plaques d'aileron avant souples, Mansell retrouve du grip sur sa Ferrari et se classe troisième.

Alliot rencontre un grave problème de gestion électronique et récupère la voiture de Dalmas. Sur la pré-grille, Raphanel remplace in extremis son boîtier d'allumage. Gugelmin reste lui bloqué en première et doit finalement se rabattre sur la March 881 de réserve pour prendre le départ depuis les stands

 

A l'issue du tour de formation, Warwick lève le bras. Son moteur a calé. Les drapeaux jaunes sont agités. La procédure de départ est annulée. Cinq minutes plus tard, Roland Bruynseraede renvoie les monoplaces pour une nouvelle boucle de reconnaissance. A cet instant, Patrese n'arrive pas à faire démarrer son V10 et se trouve contraint de partir derrière tout le monde. Le Grand Prix est amputé d'un tour.

 

Départ: Senna démarre parfaitement et conserve la première place devant Prost, Boutsen, Mansell et Brundle. Tout le monde franchit Sainte-Dévote sans encombre.

 

1er tour: Senna mène devant Prost, Boutsen, Mansell, Brundle, Warwick, de Cesaris, Modena, Martini et Tarquini.

 

2e: Senna et Prost s'échappent comme d'habitude. Brundle garde le contact avec Boutsen et Mansell.

 

3e: Senna a une seconde d'avance sur Prost. Warwick subit un court-circuit dans la descente vers l'épingle du Loews. Le pilote anglais regagne les stands pour abandonner.

 

4e: Prost demeure dans le sillage de Senna. Boutsen rend trois secondes aux McLaren. Martini abandonne au Portier après avoir cassé un arbre de liaison.

 

5e: Senna et Prost sont roues dans roues. Capelli entre en contact avec Arnoux et perd le couvercle de son boîtier d'allumage. Grouillard s'immobilise à Sainte-Dévote après avoir perdu son cinquième rapport.

 

6e: Senna est premier devant Prost (0.4s.), Boutsen (2.5s.), Mansell (3.6s.), Brundle (5.8s.), de Cesaris (9.1s.), Modena (11s.) et Tarquini (15s.). Patrese est remonté au seizième rang.

 

8e: Les écarts se resserrent en tête. Senna, Prost, Boutsen, Mansell et Brundle se tiennent en quelques secondes. Patrese dépasse Arnoux et pointe au quinzième rang.

 

10e: Senna devance Prost (0.5s.), Boutsen (1.7s.), Mansell (2.9s.), Brundle (3.9s.), de Cesaris (8.3s.), Modena (11.1s.), Tarquini (20.4s.), Caffi (23.3s.), Alboreto (30.2s.) et Nannini (30.7s.).

 

12e: Prost demeure sur les talons de Senna qui ne semble pas vouloir élever sa cadence. Le trio Boutsen – Mansell – Brundle est en embuscade.

 

13e: Patrese fait halte chez Williams car une lame de son aileron arrière s'est détachée. Il perd trois minutes à changer cette pièce et se retrouve dernier à trois tours.

 

14e: Les leaders doublent les premiers attardés, Gugelmin et Moreno. Senna en profite pour creuser un léger écart sur Prost, toujours moins à l'aise dans cet exercice.

 

15e: Senna précède Prost (2s.), Boutsen (3.4s.). Mansell (4.8s.), Brundle (5.3s.) et de Cesaris (9.2s.).

 

16e: Senna prend le record du tour (1'26''826'''). Mansell évite de peu la collision avec Moreno à la chicane du port. Brundle revient dans les échappements de la Ferrari.

 

18e: Senna prend le large et compte trois secondes de marge sur Prost. Comme Patrese, Boutsen perd un support d'aileron arrière. Il regagne les stands à faible allure.

 

19e: Senna est premier devant Prost (4.1s.), Mansell (15.1s.), Brundle (16.7s.), de Cesaris (19.2s.), Modena (25.1s.), Tarquini (40.7s.), Caffi (41.2s.), Alboreto (54s.), Nannini (54.6s.), Alliot (55.9s.) et Cheever (56.3s.).

 

20e: Senna arrive sur Arnoux qui le laisse passer sans broncher. Raphanel se battait pour la quatorzième place avec Arnoux lorsqu'il est stoppé par une panne de boîte de vitesses. Boutsen reprend la piste avec un nouvel aileron.

 

21e: Prost bute sur Piquet qui végète en quinzième position. Le Carioca le laisse finalement passer sous le tunnel. Prost arrive ensuite sur Arnoux. Un commissaire présente le drapeau bleu à celui-ci... qui commence à zigzaguer devant la McLaren !

 

22e: Arnoux bouchonne Prost ostensiblement et lui coupe la trajectoire à plusieurs reprises. Ce n'est qu'après Mirabeau que le Forézien parvient difficilement à se faufiler devant la Ligier. Prost est furieux: son ancien équipier lui a fait perdre dix secondes sur Senna !

 

23e: Senna s'envole et conclut son meilleur chrono du jour (1'26''017''').

 

24e: Prost est maintenant relégué à quinze secondes de son équipier. Brundle met la pression sur Mansell qui peine à sélectionner ses vitesses. De Cesaris et Modena se rapprochent des deux Anglais. Caffi est aux trousses de Tarquini.

 

25e: Senna devance Prost (15.5s.), Mansell (29.5s.), Brundle (32.2s.), de Cesaris (33.1s.) et Modena (35.3s.).

 

27e: Embouteillage dans le peloton: l'inénarrable Arnoux bouchonne Mansell avant de gêner Brundle à l'épingle du Loews. Au même endroit, Piquet se rabat dangereusement devant de Cesaris. Le très émotif Romain explose de rage ! Sur le boulevard Albert Ier, Mansell manque un changement de vitesse. Brundle en profite pour s'emparer de la troisième place.

 

28e: L'intervalle entre Senna et Prost se stabilise autour de quinze secondes.

 

30e: Mansell ne parvient plus à passer ses rapports. Il laisse passer de Cesaris.

 

31e: Senna est leader devant Prost (16s.), Brundle (40.6s.), de Cesaris (53s.), Modena (55.2s.), Tarquini (1m. 09s.), Caffi (1m. 10s.), Alboreto (1m. 23s.), Cheever (1m. 27s.) et Alliot (1m. 28s.). Les Williams de Boutsen et de Patrese ferment la marche. Mansell se range dans l'échappatoire de la chicane.

 

33e: Prost réduit son retard sur Senna à treize secondes. De Cesaris est toujours bloqué derrière Piquet qui met une évidente mauvaise volonté à le laisser passer.

 

34e: Excédé, de Cesaris porte une « attaque-suicide » contre Piquet. Il plonge à l'intérieur à l'épingle du Loews. La Dallara s'encastre dans la Lotus et les deux machines se retrouvent immobilisées à la sortie du virage. De Cesaris dresse son poing à l'intention de Piquet qui lui répond tout aussi vivement. Les commissaires interviennent pour évacuer les bolides tandis que les autres concurrents tentent de se frayer un chemin. C'est le cas de Prost dont la boîte se bloque au point mort durant une bonne vingtaine de secondes. Le Français continue mais vient de perdre tout espoir de rattraper Senna.

 

35e: Prost est maintenant à trente-cinq secondes de Senna. Les commissaires enlèvent la Lotus de Piquet tandis que de Cesaris parvient à repartir pour regagner les stands et tenter une réparation.

 

37e: Pendant que Piquet regagne son yacht en passant sous le tunnel, Herbert heurte Arnoux à Mirabeau. Le jeune Anglais va devoir repasser par les stands pour changer sa calandre.

 

38e: L'intervalle ne bouge pas entre les McLaren. De Cesaris ressort des stands avec quatre tours de retard. Gugelmin casse son moteur et s'arrête après la Piscine.

 

40e: Senna mène devant Prost (35s.), Brundle (49.1s.), Modena (1m. 09.), Tarquini (-1t.), Caffi (-1t.), Alboreto (-1t.), Nannini (-1t.), Capelli (-1t.) et Cheever (-1t.). Alliot abandonne, moteur hors d'usage.

 

41e: A l'épingle, Cheever glisse sur une tâche d'huile et exécute un tête-à-queue. Il redémarre avec l'aide des commissaires. Ceux-ci nettoient ensuite la piste tout en signalant le danger aux pilotes au moyen du drapeau rayé de jaune et de rouge.

 

43e: Caffi harcèle Tarquini pour le gain de la cinquième place.

 

44e: Senna devance Prost (39.2s.), Brundle (51.2s.), Modena (1m. 16s.), Tarquini (-1t.), Caffi (-1t.), Alboreto (-1t.) et Nannini (-1t.).

 

46e: Tarquini commence à rencontrer des problèmes d'allumage et doit céder à Caffi.

 

47e: Moreno se gare dans la montée du Casino avec une boîte bloquée. Heureusement sa Coloni est promptement retirée par une grue.

 

48e: Prost laisse désormais filer Senna et lui rend plus de quarante secondes. Tarquini se range au Portier, privé d'allumage. Voilà des points précieux qui s'envolent pour AGS.

 

49e: Brundle rejoint son stand avec une batterie déchargée et quitte son habitacle. Son équipier Modena récupère la troisième place tandis que les mécanos de Brabham s'affairent pour remettre de l'électricité dans la BT58 de l'Anglais.

 

50e: Senna est premier devant Prost (48.7s.), Modena (1m. 23s.), Caffi (-1t.), Alboreto (-1t.), Nannini (-1t.), Capelli (-1t.), Cheever (-1t.), Brundle (-1t.) et Palmer (-2t.).

 

51e: Brundle repart des stands en dixième position avec deux tours de retard. Pérez-Sala s'arrête après Sainte-Dévote, moteur en feu.

 

52e: La Minardi abandonnée de Sala dégage une épaisse fumée grise qui se répand dans tout le secteur du Casino. Les drapeaux jaunes sont de sortie.

 

53e: Senna perd l'usage de ses premier et second rapports de boîte. Il peut poursuivre mais les McLaren montrent d'inquiétantes faiblesses au niveau de la transmission. A Mirabeau, Brundle fait l'intérieur Palmer qui lui laisse tout juste la place pour passer.

 

54e: Capelli prend la sixième place à Nannini au freinage de la chicane. Le Siennois est à la peine à cause de freins défaillants.

 

55e: Senna domine devant Prost (48.8s.), Modena (1m. 28s.), Caffi (-1t.), Alboreto (-1t.) et Capelli (-1t.).

 

56e: Modena concède un tour à Senna.

 

59e: Prost réalise le meilleur chrono de l'après-midi (1'25''501''') et reprend quelques secondes à Senna. Cheever dépasse Nannini.

 

60e: Senna est leader devant Prost (41.1s.), Modena (-1t.), Caffi (-1t.), Alboreto (-1t.), Capelli (-2t.), Cheever (-2t.), Nannini (-2t.), Brundle (-2t.) et Palmer (-2t.). Boutsen est remonté au onzième rang.

 

62e: Prost est plus rapide que Senna qui doit ménager sa boîte, mais n'a aucun espoir de le rattraper. Brundle remonte sur Nannini.

 

64e: Senna creuse à nouveau l'écart sur Prost qui se contente désormais lui aussi de préserver la mécanique.

 

66e: Brundle prend la huitième place à Nannini. Cheever est maintenant sa prochaine cible.

 

68e: Cinquante-trois secondes entre les pilotes McLaren. Modena est solidement accroché à sa troisième place. Brundle fond sur Cheever qui se débat avec une voiture très instable.

 

70e: Senna précède Prost (59s.), Modena (-1t.), Caffi (-1t.), Alboreto (-2t.), Capelli (-2t.), Cheever (-2t.), Brundle (-2t.), Nannini (-2t.), Palmer (-2t.), Boutsen (-3t.), Arnoux (-3t.), Herbert (-4t.), de Cesaris (-4t.) et Patrese (-4t.).

 

71e: L'avance de Senna sur son compagnon d'écurie grimpe au-dessus de la minute.

 

72e: Brundle s'empare de la septième place aux dépens de Cheever. Hélas pour lui, Capelli semble inatteignable.

 

73e: Caffi bute très longtemps sur... Arnoux, ce qui permet à Senna de lui prendre un second tour.

 

75e: Une minute pleine sépare Senna et Prost à deux tours du but.

 

76e: Capelli tombe en panne d'allumage et arrête sa March. Cela permet à Brundle de récupérer in extremis la sixième place.

 

77ème et dernier tour: Ayrton Senna remporte son second Grand Prix de Monaco, cinquante-deux secondes devant Prost. Modena termine troisième et monte sur son premier podium. Quatrième, Caffi rapporte ses premiers points à la Scuderia Italia. Alboreto finit cinquième tandis que Brundle empoche finalement un point. Cheever, Nannini, Palmer, Boutsen, Arnoux, de Cesaris, Herbert et Patrese franchissent aussi la ligne d'arrivée. Capelli est classé onzième.

 

Après la course

Les commissaires de piste saluent de leurs drapeaux la superbe victoire d'un Ayrton Senna royal. L'atmosphère se rafraîchit au pied de la tribune princière où le Brésilien retrouve Alain Prost. Les deux hommes n'échangent pas un regard. Qui plus est Jean-Marie Balestre, plus envahissant que jamais, surveille les pilotes afin que ceux-ci se tiennent bien au garde à vous durant les hymnes nationaux. Mais sitôt ceux-ci terminés, Senna se précipite sur son magnum de champagne, fait sauter le bouchon, se retourne et... asperge les Grimaldi ! Bon prince, Rainier III en sourit mais Balestre est furieux...

 

Prost a démontré qu'il était capable d'aller aussi vite que Senna en course mais a joué de malchance en tombant successivement sur Arnoux, puis sur de Cesaris et Piquet. « Je suis aussi rapide que Senna, mais incapable de prendre les mêmes risques », admet-il. « Il m'a carrément avoué le système qu'il applique lorsqu'il voit un concurrent devant lui: il faut que ça passe ou que ça casse. Il m'a dit préférer s'accrocher plutôt que d'attendre. Dans ce cas-là, il est clair que je ne peux pas faire jeu égal avec lui. » Les deux équipiers s'adresseraient donc encore la parole ? Senna nuance ce propos: « Il y a et il y aura des attardés partout. Il suffit de prendre le plus rapidement possible la bonne décision, au bon endroit et au bon moment. C'est ainsi pour tous les dépassements. » Prost hausse les épaules. En revanche, lorsqu'il apprend que le Brésilien avait perdu ses deux premières vitesses, ses regrets sont encore plus vifs. « Sans mon vieil ami Arnoux, j'aurais pu menacer Ayrton... » maugrée-t-il.

 

René Arnoux est justement la cible de toutes les critiques au soir de ce Grand Prix. Son comportement inacceptable lui vaut une réprimande de la part des commissaires sportifs. « Je ne suis pourtant plus un enfant ! » s'exclame-t-il, très irrité. Certes. Mais il est indéniable que depuis environ un an le Grenoblois conduit comme s'il était seul en piste, ignore les drapeaux bleus et ne regarde jamais dans ses rétroviseurs. Celui qui fut jadis un des pilotes les plus doués de sa génération devient un véritable danger public. Beaucoup d'observateurs réclament sa tête à Guy Ligier. Arnoux se défend en arguant qu'ayant longtemps conduit des voitures à moteurs turbo, il a perdu l'habitude des machines « aspirées ». Un raisonnement que le toujours peu diplomate James Hunt qualifie de « bullshit ».

 

Stefano Modena offre à la « nouvelle » écurie Brabham un podium dès sa troisième sortie. C'est aussi une excellente performance pour les pneus Pirelli qui ont cette fois tenu la distance. « J'ai conduit sur des œufs, à la limite de la voiture et de mes possibilités de concentration », commente le jeune Italien, d'ordinaire peu bavard. « La mécanique a été parfaite et les Pirelli ont été superbes tout le week-end. Avec un peu de temps et beaucoup de travail, on devrait réaliser quelque chose de bien cette saison. » Autre « Transalpin qui monte », Alex Caffi n'est pas seulement heureux de finir quatrième. Ces trois points devraient normalement lui permettre d'éviter l'étape des pré-qualifications durant la seconde partie de la saison.

 

Senna et Prost se retrouvent à égalité au classement mondial avec dix-huit points chacun. Mais le Brésilien compte déjà deux victoires contre aucune à son équipier. Si le championnat se joue comme l'an passé au nombre de succès et non aux points, le Français est mal engagé...

Tony