Riccardo PATRESE
 R.PATRESE
Williams Renault
Alain PROST
 A.PROST
McLaren Honda
Eddie CHEEVER
 E.CHEEVER
Arrows Ford Cosworth

473e Grand Prix

XXVI United States Grand Prix
Ensoleillé
4 juin 1989 - Phoenix
75 tours x 3.798 km - 284.850 km
Course prévue pour 81 tours, stoppée au bout de 2 heures.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
  • 46e victoire pour Honda
  • 40e meilleur tour pour Honda

Arizona Dream ?

Après Sebring, Riverside, Watkins Glen, Long Beach, Las Vegas, Détroit et Dallas, la Formule 1 fait escale dans une nouvelle ville américaine: Phoenix, la capitale de l'Arizona, vaste agglomération de 900 000 habitants plantée au beau milieu du désert. C'est ici qu'Eddie Cheever Jr. a vu le jour il y a trente-et-un ans, en 1958, avant de suivre sa famille en Australie, en Angleterre puis en Italie, sa seconde patrie. Son père Eddie Cheever I vient d'ailleurs encourager son fils qui généralement excelle lorsqu'il court dans son pays.

 

Fin 1988, le renoncement de Détroit fait craindre la disparition de la Formule 1 aux États-Unis. « Pas question d'abandonner les USA ! » tonne Bernie Ecclestone qui conduit des pourparlers avec Laguna Seca (Californie), Miami (Floride) et Road Atlanta (Géorgie), avant de s'entendre avec Phoenix. Le promoteur Jack Long, un proche d'Ecclestone, et Chris Pook, l'organisateur du GP de Long Beach, sont les chevilles ouvrières de ces négociations. Les trois complices séduisent le conseil municipal de Phoenix avec des chiffres mirobolants, leur promettant une audience de 200 millions de téléspectateurs. L'affaire se conclut en quelques semaines. En janvier 1989, le maire Terry Goddard annonce la signature d'un contrat de cinq ans et la mise en place d'un circuit urbain temporaire pour un montant de huit millions de dollars. Pour Phoenix, l'enjeu est de taille car il s'agit de donner un rayonnement mondial à une cité peu remarquable en elle-même mais qui attire les amoureux de la nature. « Le tourisme est très important ici, les gens viennent voir le désert, les cactus, jouer au golf... Il y a plusieurs centaine de golfs dans la vallée ! » explique Jack Long. Voilà qui séduit Nigel Mansell et Alain Prost, deux mordus de la petite balle blanche.

 

Le comité d'organisation dirigé par Chris Pook s'applique à ne pas répéter les erreurs de Détroit. Ce circuit relativement court (3,8 km) n'a pas d'intérêt du point de vue du pilotage. Ce n'est qu'une succession de virages à angles droits tracée dans le plan hippodamien de la cité. Les bolides vont serpenter entre cinq avenues qui toutes portent le nom de présidents américains: Jefferson, Madison, Monroe, Washington et Adams. La seule véritable courbe est une épingle dessinée sur un parking. Mais, quoique bosselé, le revêtement est d'assez bonne qualité et la piste suffisamment large pour éviter (en théorie) de nombreux incidents. Les murs de béton, hauts d'un mètre trente, sont conformes aux normes de la FISA. Bref, à défaut d'un réel enthousiasme, les pilotes font montre d'une relative satisfaction. Ils sont en outre choyés par les organisateurs. Une dizaine d'entre eux s'installe à l'hôtel The Phoenician, sur les hauteurs de Scottsdale, en dehors de la ville, qui offre un paysage à couper le souffle, « un western en cinémascope », dixit Philippe Alliot. Les mécaniciens sont moins à la fête. Ils n'ont eu que trois jours pour transporter le matériel depuis Mexico. Mais certains sont plus chanceux que d'autres: les employés de Ferrari ont ainsi pris le temps de visiter Disneyland...

 

Million Dollar Bernie

Bernie Ecclestone se félicite de la popularité grandissante de la Formule 1 et avance aux USA des statistiques impressionnantes. Selon lui, l'audience TV du championnat du monde de Formule 1 a augmenté de 123 % entre 1987 et 1988 ! Celui-ci attire désormais 3,3 milliards de fidèles chaque année. Mais cette hausse s'explique simplement par l'ouverture du marché chinois. En privé, Ecclestone s'inquiète de la baisse des audiences en Europe, due principalement à l'ennuyeuse domination des McLaren-Honda. En Italie, la perte se chiffre même à 30 %. En outre, la déréglementation de la télévision européenne risque fort de se traduire par une raréfaction des contrats fermes pour 1990.

 

Ecclestone a donc besoin de relancer le spectacle. Jamais à court d'idées, il propose aux directeurs d'équipes d'instaurer des handicaps (sous forme de changements de pneus comptabilisés) aux vainqueurs des précédents Grands Prix. Cette proposition suscite un rejet unanime...

 

Présentation de l'épreuve

La polémique entre Alain Prost et Honda ne cesse d'enfler. Le Français a réitéré ses allégations dans la presse française et affirme qu'Ayrton Senna jouit d'un traitement de faveur. Très sollicité par les journalistes, Ron Dennis contredit évidemment le champion français mais refuse d'envenimer la situation et affirme que les malentendus seront résolus en interne. Pour sa part, Senna explose devant ses proches: « Que demande donc Prost ? Après tout, il a déjà été deux fois champion du monde. Il se rend ridicule en prétendant que je suis avantagé par Honda. » Les deux coéquipiers s'évitent ostensiblement. Ron Dennis et Creighton Brown multiplient les longs entretiens avec Prost afin de le raisonner, en vain. « Chaque fois qu'Alain parle, il nuit à sa cause... » soupire Brown. Samedi, c'est Osamu Goto qui prend Prost à part pour lui montrer deux graphiques. Ce sont les courbes de puissance des moteurs utilisés par les McLaren au Mexique. Elles sont équivalentes, à deux chevaux près en faveur de... Prost. Mais ce dernier n'est toujours pas convaincu.

 

Akira Akagi officialise le rachat complet de March par Leyton House. Les directeurs exécutifs de la nouvelle société sont Ian Phillips, Adrian Newey et Tim Holloway, soit le directeur et les deux ingénieurs du March Racing Team. Brabham annonce pour sa part la conclusion d'un important contrat de sponsoring avec la puissante compagnie bancaire et financière Nippon Shinpan. Par ailleurs, Joachim Lüthi a choisi de placer à la tête de l'équipe le revenant Teddy Mayer qui depuis 1987 dirigeait l'usine de Roger Penske en Grande-Bretagne. L'inévitable Herbie Blash est nommé directeur adjoint.

 

Le développement de la Williams-Renault FW13 prend beaucoup de retard. D'abord annoncée pour la tournée nord-américaine, elle ne devrait apparaître qu'au Grand Prix de Hongrie en août. Ferrari entame la cure d'amaigrissement de la 640 qui a perdu 50 kilos. Mais la question est surtout de savoir si cette damnée boîte électromagnétique va couvrir la distance du Grand Prix...

 

Essais et qualifications

Une forte chaleur règne sur l'Arizona et les pilotes sollicitent les médecins du paddock pour leur prodiguer quelques soins apaisants. Willy Dungl et Pierre Baleydier se partagent ainsi entre Senna, Prost, Mansell etc.

 

Les pré-qualifications se déroulent sur une piste très poussiéreuse et de plusieurs pilotes partent à la faute, notamment Weidler et Suzuki. Mais il n'y a aucune surprise: Brundle, Modena, Caffi et Johansson se sortent de ce piège, tandis que Larini, Ghinzani, Gachot, Schneider, Suzuki, Raphanel, Weidler, Foitek et J. Winkelhock passent à la trappe.

 

Reçu cinq sur cinq ! Toujours très à l'aise sur les pistes urbaines, Senna réalise sa cinquième pole position en autant de courses, la trente-quatrième de sa carrière. Il efface ainsi le vieux record détenu par Jim Clark. Cette trente-quatrième pole, réalisée avec un temps d'1'30''108, lui permet de se poser en favori incontesté pour la course. Prost (1'31''517''') se classe second et ne cherche pas à rivaliser avec son équipier. Il rencontre des problèmes d'allumage et de boîte de vitesses, puis plie une coque samedi matin. La pression monte...

 

Nannini fait briller la vieille Benetton-Ford et la hisse au troisième rang. En revanche, Herbert rencontre de nombreux pépins mécaniques et ses chevilles meurtries sont trop sollicitées sur ce tracé. Il ne partira que depuis la 25ème position. Mansell tape le mur à deux reprises mais se classe tout de même quatrième. Berger (8ème) est gêné par une intoxication alimentaire. Comme à Monte-Carlo, les agiles Brabham-Judd (Brundle 5ème, Modena 7ème) brillent dans les rues tortueuses. Caffi (6ème) met en valeur la Dallara et précède nettement de Cesaris (13ème) qui frappe (évidemment ?) le mur au moins une fois. Alboreto place la Tyrrell au neuvième rang. Palmer (21ème) teste vendredi une suspension conventionnelle, ce qui lui coûte la mise au point de sa machine. Warwick (10ème) se signale en sortant très violemment dans le virage précédant les stands en tentant de doubler Grouillard. Cheever (17ème) tâte lui aussi le béton. Les March-Judd pêchent toujours par manque de fiabilité: rupture de réservoir d'huile pour Capelli (11ème) et cardan cassé chez Gugelmin (18ème).

 

Alliot positionne sa Lola-Lamborghini au douzième rang, mais il aurait pu faire mieux selon Gérard Larrousse s'il n'était pas sorti deux fois de la piste. Dalmas (30ème) subit une kyrielle de pannes et manque encore une fois sa qualification. Les Williams-Renault (Patrese 14ème, Boutsen 16ème) souffrent d'un manque de motricité et sont paralysées vendredi par des problèmes de boîte. Martini se classe quinzième avec sa Minardi malgré une touchette. Mal installé dans son cockpit, Pérez-Sala (20ème) fait de la figuration. Johansson (19ème) qualifie à nouveau la jolie Onyx-Moneytron. Les Lotus-Judd sont toujours dépourvues de grip. Atteint de « je-m'en-foutisme » aigu, Piquet (22ème) parvient seulement à devancer Nakajima (23ème). Tarquini (24ème) se démène avec une AGS mal réglée. Danner (26ème) offre à Rial le dernier ticket d'entrée.

 

Les Ligier sont en déroute. Grouillard (27ème) ne parvient pas à utiliser correctement ses pneus de qualification tandis qu'Arnoux (29ème) suscite encore une fois la consternation. Le Grenoblois se soucie en effet de chercher... une chaîne en or, cadeau de sa maman ! Moreno (28ème) sort violemment samedi après-midi et se plaint de légères douleurs à la colonne vertébrale.

 

Le Grand Prix

Le mercure grimpe dimanche pour atteindre 38°C. Dans les cockpits on relève des pointes à 80 °C ! Cette canicule risque de mettre les organismes à rude épreuve et des défaillances physiques sont à craindre. La FOCA souhaite réduire la distance de l'épreuve de 80 à 70 tours, mais cette mesure requiert l'unanimité. Or Ken Tyrrell, seul de son espèce, s'y oppose formellement. Les pilotes partiront donc pour 80 boucles mais il est peu probable que le Grand Prix aille à son terme vu les chronos réalisés durant les essais.

 

Dimanche matin, Nannini est victime d'une violente sortie de route dans la dernière épingle. Le jeune Italien perd un moment connaissance avant de s'extraire de sa Benetton détruite. Il se dirige vers le centre médical où on lui diagnostique un froissement des muscles du cou. Nannini refuse de déclarer forfait et demande à ses mécaniciens de rembourrer son casque avec de la mousse.

 

Malgré quelques flonflons, ce premier Grand Prix de Phoenix est un bide complet. Les habitants ont fui la cité et on ne compte que quelques milliers de spectateurs. Selon Gérard Crombac, « l'ambiance rappelle celle de Montlhéry le jour d'une course de voitures de production » ! La plupart des pilotes sélectionnent des pneus tendres. Senna reprend sa combinaison de Mexico: Goodyear « B » à gauche, « C » à droite. Prost choisit quatre B médiums, à l'instar des pilotes Williams, Benetton et Tyrrell.

 

Départ: Excellent envol de Prost qui braque à droite et coupe ainsi la trajectoire à Senna. Mais le Brésilien se déporte à gauche et parvient à se rabattre devant son équipier au premier virage. Suivent Nannini, Mansell, Caffi et Brundle.

 

1er tour: Brundle tente de faire l'intérieur à Caffi au bout de Washington Street, mais il freine beaucoup trop tard et part au large. Caffi et Modena lui passent devant. En fin de boucle, Senna mène devant Prost, Nannini, Mansell, Caffi, Modena, Brundle, Berger, de Cesaris et Alboreto.

 

2e: Prost, Nannini et Mansell parviennent à suivre Senna. Caffi est sous la menace de Modena.

 

3e: Nannini garde le contact avec les McLaren mais sa nuque le fait souffrir.

 

4e: Nannini exécute un tête-à-queue au premier freinage. Il atterrit dans une échappatoire mais parvient à repartir entre Berger et de Cesaris. Alliot part en tête-à-queue sur Adams Street. Il se retrouve bloqué au milieu de la piste. Les commissaires le poussent mais le moteur a calé. C'est fini pour le Français.

 

5e: Senna précède Prost (1.9s.), Mansell (5.3s.), Caffi (6.8s.), Modena (7.1s.), Brundle (8.8s.), Berger (9.5s.), Nannini (10.5s.), de Cesaris (12.2s.), Alboreto (12.6s.), Warwick (13.2s.) et Patrese (14.5s.).

 

7e: Senna prend le meilleur chrono provisoire (1'35''563'''). Modena déborde Caffi devant les stands. Alboreto double de Cesaris.

 

8e: Prost tourne en 1'35''253'''. Warwick menace de Cesaris. Il tente de lui faire l'intérieur au bout de Washington Street, mais n'atteint pas sa hauteur. Le Romain se rabat sans regarder ses rétroviseurs. Les deux voitures entrent en contact. De Cesaris part en tête-à-queue tandis que Warwick échoue dans l'échappatoire avec une suspension avant-gauche pliée. De Cesaris redémarre malgré une crevaison à l'arrière-droit. Gugelmin s'arrête chez March car il a perdu le purgeur de son étrier de frein.

 

9e: De Cesaris passe par les stands pour remplacer ses roues et repart.

 

10e: Senna mène devant Prost (2.8s.), Mansell (13.7s.), Modena (15s.), Caffi (18.8s.), Brundle (21.5s.), Berger (22.4s.), Nannini (25.6s.), Alboreto (27.6s.), Patrese (30.7s.), Capelli (32.4s.), Cheever (33.9s.) et Johansson (33.9s.).

 

11e: Nannini effectue un second tête-à-queue. Il rallie ensuite les stands pour mettre pied à terre car sa nuque est décidément trop douloureuse.

 

12e: L'intervalle entre Senna et Prost oscille entre deux et trois secondes. Mansell rend une seconde par tour aux McLaren. Gugelmin reprend la piste après que ses mécaniciens lui ont remis du fluide de freins, ce qui est interdit par le règlement.

 

14e: Deux secondes et demie séparent Senna et Prost. Berger menace Brundle pour le gain de la sixième place.

 

16e: Prost réduite sa cadence pour faire baisser ses températures d'huile et d'eau. Il est relégué à quatre secondes de son équipier. Mansell roule à dix-sept secondes. Brundle a semé Berger, désormais menacé par Patrese et Capelli.

 

18e: Senna s'envole et repousse Prost à huit secondes. Mansell demeure sous la menace de Modena et de Caffi. Alboreto abandonne pour la première fois de la saison. Sa boîte de vitesses est hors d'usage.

 

19e: Senna devance Prost (8.1s.), Mansell (19.2s.), Modena (24.7s.), Caffi (28.7s.), Brundle (34.4s.), Berger (37s.), Patrese (37.5s.), Capelli (38.6s.), Cheever (39.5s.) et Johansson (41s.).

 

20e: Berger se défend farouchement face à Patrese. Finalement, le Padouan se fait surprendre par un Capelli très audacieux qui le dépasse au bout de Washington Street.

 

21e: Le moteur de Senna commence à avoir des ratés. Prost reprend quelques dixièmes au Brésilien.

 

23e: Senna est bloqué un long moment derrière Danner. Lorsqu'il parvient enfin à dépasser l'Allemand, il sort le poing de son cockpit pour lui signifier sa façon de penser. Capelli abandonne après avoir cassé un demi-arbre de roue.

 

24e: Alors douzième, Boutsen rencontre une crevaison et rejoint les stands pour changer ses gommes. Il est aussi gêné par un amortisseur coincé mais rien ne peut le remettre d'aplomb. Le Bruxellois se retrouve dernier.

 

25e: Six secondes entre Senna et Prost. La direction de course brandit le drapeau noir à Gugelmin dont la March a illégalement reçu du liquide de freins. Le jeune Brésilien rejoint son garage. Nakajima suivait son équipier depuis le départ lorsqu'il casse son accélérateur. Le Japonais met pied à terre.

 

26e: Caffi déborde Modena qui perd peu à peu l'usage de ses freins.

 

27e: Senna est premier devant Prost (6s.), Mansell (27.7s.), Caffi (35.7s.), Modena (38s.) et Brundle (39.5s.).

 

28e: Le V10 Honda de Senna fait un bruit de pétaudière. Prost se rapproche sensiblement. Martini renonce à cause d'une surchauffe de son moteur.

 

29e: Mansell rejoint le garage Ferrari bloqué au point mort. Sa boîte de vitesses n'est plus alimentée en électricité. Il est poussé vers les boxes par ses mécaniciens qui vont tenter une réparation. Brundle prend l'avantage sur Modena.

 

30e: Malgré ses problèmes de moteur, Senna améliore son meilleur tour: 1'35''166'''. Modena stoppe chez Brabham pour faire purger ses freins.

 

31e: Senna est leader devant Prost (3.8s.), Caffi (41.2s.), Brundle (50.4s.), Berger (54.5s.), Patrese (55.9s.), Cheever (56.4s.), Johansson (1m. 11s.), Palmer (1m. 25s.) et Piquet (1m. 30s.).

 

32e: Prost signe un chrono d'1'34''957'''. Brundle perd à son tour ses freins et devient une proie facile pour Berger, Patrese et Cheever.

 

33e: Prost revient à une seconde de Senna dont le moteur semble entré en agonie.

 

34e: Sur Washington Street, Senna fait signe à Prost de passer. Le Français ne se fait pas prier et s'empare du commandement. Senna ralentit et regagne le stand McLaren pour faire examiner son moteur. Berger double Brundle.

 

35e: Les mécanos de McLaren démontent la coque de la MP4/5 et entreprennent de changer la centrale de gestion et la batterie. Patrese et Cheever passent devant Brundle. Mansell reprend la piste.

 

36e: Prost est premier devant Caffi (42.6s.), Berger (52s.), Patrese (55.6s.), Cheever (56.5s.) et Brundle (1m. 16s.). Senna reprend sa route avec un tour de retard. Johansson fait changer ses pneus après une crevaison à l'avant-gauche.

 

38e: Caffi occupe une seconde place absolument exceptionnelle pour BMS-Dallara, mais malheureusement ses pneus Pirelli s'altèrent rapidement. Senna réalise le meilleur chrono du jour (1'33''969'''). Sa voiture paraît avoir retrouvé toute sa vitalité.

 

39e: Palmer rejoint Brundle. Mansell s'immobilise hors trajectoire. Sa boîte de vitesses est définitivement hors d'usage.

 

40e: Caffi s'arrête aux stands pour remplacer ses pneus Pirelli. Il reprend la piste en cinquième position.

 

41e: Prost caracole en tête devant Berger (51.3s.), Patrese (53.6s.), Cheever (54.2s.), Caffi (1m. 14s.), Brundle (1m. 22s.), Palmer (1m. 23s.), Piquet (-1t.), Herbert (-1t.) et Danner (-1t.). Privé de freins, Modena effectue un tête-à-queue. Il redémarre pour rejoindre les stands et renoncer.

 

42e: Le moteur de Senna recommence à bafouiller. Le Pauliste gagne pour la seconde fois son garage où cette fois on lui change les bougies.

 

44e: Cheever se montre pressant derrière Patrese. Brundle quitte la course après avoir définitivement perdu l'usage de ses freins. Senna redémarre une nouvelle fois.

 

45e: Prost devance Berger (52s.), Patrese (55.9s.), Cheever (56.6s.), Caffi (1m. 20s.), Palmer (1m. 21s.), Piquet (-1t.), Herbert (-1t.), Danner (-1t.) et Johansson (-1t.).

 

46e: Piquet s'arrête chez Lotus pour faire retirer un sac en plastique qui obstruait ses radiateurs. Il en profite pour chausser des pneus tendres. Danner prend la septième place à Herbert.

 

47e: Caffi est attaqué par Palmer. Johansson dépasse Herbert. Senna rentre pour de bon à son stand. La gestion électronique de son V10 est déréglée.

 

49e: Comme Mansell, Berger rencontre des problèmes pour sélectionner ses rapports. Pérez-Sala se gare sur le bas-côté. Son moteur n'a pas supporté la canicule.

 

50e: Prost devance Berger (51.4s.), Patrese (52.7s.), Cheever (53.8s.), Caffi (1m. 15s.) et Palmer (1m. 18s.). Johansson double Danner.

 

51e: Patrese et Cheever dépassent Berger. De Cesaris fait halte aux stands pour prendre des pneus neufs. Après une course flamboyante, Johansson est trahi par une suspension endommagée suite à sa crevaison et regagne son garage.

 

53e: A l'abord du virage n°5, Caffi tente de prendre un tour à son coéquipier et se faufile à l'intérieur. Mais de Cesaris ne regarde pas ce qui se passe derrière lui. Il braque sans apercevoir son équipier. La roue arrière-gauche du Romain touche la roue avant-droite du jeune Lombard qui est projeté contre le mur ! Caffi sort de son habitacle absolument furax !

 

54e: Piquet frotte les glissières dans le dernier virage. Sa suspension arrière est endommagée et il doit abandonner.

 

55e: Prost est premier devant Patrese (46.2s.), Cheever (47.6s.), Berger (53s.), Palmer (-1t.), Danner (-1t.), Herbert (-1t.), de Cesaris (-1t.), Tarquini (-1t.) et Boutsen (-2t.). Il n'y a plus que dix concurrents en piste.

 

57e: Prost mène un train de sénateur pour refroidir son moteur et de ses liquides. Berger a de plus en plus de mal à passer ses vitesses.

 

58e: Le moteur Ford de Cheever pompe l'essence avec difficulté, ce qui contraint l'Américain à laisser Patrese tranquille pour le moment.

 

60e: Prost devance Patrese (44.6s.), Cheever (46.9s.), Berger (59s.), Palmer (1m. 11s.) et Danner (-1t.). Le Grand Prix a commencé depuis 1h35 et n'ira certainement pas au bout de ses 80 tours.

 

62e: Berger ralentit et laisse passer Palmer. Les électrovannes de sa boîte de vitesses sont cassées. Cela fait encore une voiture en moins sur la piste.

 

63e: Prost tourne désormais en 1'36''. Cheever revient sur les talons de Patrese. L'enfant du pays entend bien conquérir la seconde place. De Cesaris rattrape Herbert qui a très mal aux chevilles.

 

65e: De Cesaris s'empare de la sixième place aux dépens d'Herbert.

 

66e: Prost est premier devant Patrese (42s.), Cheever (42.8s.), Palmer (1m. 18s.), Danner (-1t.), de Cesaris (-1t.), Herbert (-1t.), Tarquini (-2t.) et Boutsen (-2t.).

 

67e: Patrese et Cheever sont roues dans roues. Plus loin, Palmer ne se soucie pas de Danner qui manque de puissance après avoir cassé un échappement. Boutsen remonte sur Tarquini dont le moteur ne prend pas ses tours.

 

68e: Cheever essaie de déborder Patrese sur Jefferson Street mais il lui manque quelques chevaux pour s'imposer.

 

69e: Cheever reste dans le sillage de Patrese qui louvoie pour l'empêcher de prendre l'aspiration.

 

70e: Patrese et Cheever tombent sur la Rial de Danner. L'Italien est plus prompt à s'en défaire et prend ainsi un net avantage sur son poursuivant qui, du reste, commence à perdre ses freins. Palmer s'arrête sur la piste, à court d'essence suite à un défaut d'alimentation. Si Ken Tyrrell avait accepté de réduire la distance de l'épreuve, cette mésaventure ne serait peut-être pas survenue...

 

71e: Prost compte trente-huit secondes d'avance sur Patrese. Cheever lève le pied au point de laisser Danner reprendre son tour de retard. De Cesaris s'immobilise, visiblement en panne sèche. Tarquini récupère la sixième place mais Boutsen le menace.

 

72e: Boutsen est collé à l'arrière de l'AGS de Tarquini mais ne trouve pas l'ouverture. Tous deux roulent derrière le leader.

 

73e: Prost décide de laisser filer Tarquini et Boutsen au milieu de Washington Street. Boutsen se déporte à l'intérieur et prend le meilleur sur Tarquini au freinage. Le voici sixième.

 

74e: Les deux heures de course sont atteintes. Le prochain tour sera le dernier. Patrese repousse Cheever à cinq secondes. Une inquiétante fumée s'échappe de la boîte de vitesses de Boutsen.

 

75ème et dernier tour: Tarquini repasse devant Boutsen dont la boîte de vitesses est en train de mourir. Mais le sort frappe le jeune Italien dont le moteur coupe dans les derniers mètres !

 

Alain Prost remporte pour la première fois un Grand Prix aux États-Unis. Patrese finit deuxième devant Cheever, brillant troisième dans sa ville natale. Danner se classe quatrième et ouvre ainsi le compteur de Rial. Herbert finit cinquième après avoir souffert le martyr tout l'après-midi. Boutsen coupe la ligne au ralenti et arrache un point tout à fait miraculeux. Seuls six bolides sont à l'arrivée de ce Grand Prix très éprouvant.

 

Après la course

Alain Prost affiche une satisfaction toute relative après ce premier succès en 1989. Il a gagné certes mais n'a jamais pu approcher Senna avant son abandon. Cependant qu'on ne vienne pas lui dire qu'il est dominé par le Brésilien ! « Cette victoire sans sourire est une interrogation de plus », affirme-t-il. « J'aurais aimé battre Senna à la régulière, pas gagné parce qu'il a abandonné. Sans son problème, c'était tout à fait faisable. J'en suis persuadé car j'avais effectué un meilleur choix de pneus qu'Ayrton. La seconde partie de la course m'aurait été favorable. » Inutile de dire que Senna n'est pas d'accord avec lui. Mais le Pauliste se soucie surtout de savoir d'où provient la panne électronique qui l'a éliminé. L'atmosphère chez McLaren-Honda est donc toujours aussi lourde, malgré cette quatrième victoire de rang. Osamu Goto félicite Prost furtivement. Le Français lui répond d'un bref sourire...

 

La combativité de Riccardo Patrese et ce second podium consécutif ravissent Frank Williams et Patrick Faure. La victoire d'une Williams-Renault devient une hypothèse de plus en plus crédible. Quant à Eddie Cheever, il est très fier d'avoir brillé chez lui: « Pour être honnête, mon début de saison fut plutôt désastreux », admet-il. « Pour moi aussi, ce succès arrive bien. Sur la fin de la course, j'étais si près de la Williams que je suis maintenant capable de dessiner sa suspension arrière dans les moindres détails ! Mais mes freins se sont affaiblis et Riccardo n'a pas commis la moindre faute. » Cheever et Patrese, qui se détestaient lorsqu'ils cohabitaient chez Alfa Romeo, semblent réconciliés puisqu'ils échangent une vigoureuse poignée de mains sur le podium. Voilà au moins deux gentlemen souriants...

 

Les portes claquent dans le garage de la Scuderia Italia. Alex Caffi en veut terriblement à Andrea de Cesaris de l'avoir mis dehors alors qu'il pouvait facilement terminer quatrième. Les deux Italiens au sang chaud s'expliquent avec verdeur. « Pris par le feu de l'action, Andrea n'a pas vu Alex », explique Patrizio Cantu, le team manager. « Non seulement il n'a pas vu qu'il s'agissait de son équipier, mais il n'a sans doute pas vu qu'il y avait un concurrent entre lui et le mur ! Andrea est ainsi fait... »

 

Prost a beau faire la tête, il s'empare tout de même avec 29 points de la tête du classement mondial, deux longueurs devant Senna. Chez les constructeurs, McLaren-Honda domine avec 56 points tandis que Williams-Renault (16 pts) pointe dorénavant au deuxième rang devant Benetton-Ford (13 pts) et Ferrari (9 pts).

Tony