Riccardo PATRESE
 R.PATRESE
Williams Renault
Thierry BOUTSEN
 T.BOUTSEN
Williams Renault
Andrea De CESARIS
 A.De CESARIS
Dallara Ford Cosworth

474e Grand Prix

XXVII Grand Prix du Canada
Pluie
18 juin 1989 - Montréal
69 tours x 4.390 km - 302.910 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Affaire Honda: Mansell s'en mêle

Jeudi après-midi, Marlboro-McLaren convoque une conférence de presse très attendue à laquelle participent Ron Dennis, Osamu Goto, Alain Prost et Ayrton Senna. Après les polémiques de ces dernières semaines, les journalistes s'attendent à des déclarations fracassantes. En vain. Comme d'habitude, Dennis s'en prend aux gazettes qui l'accusent de partialité et Prost se borne à déclarer qu'il n'a signé avec personne pour 1990 et ne ferme la porte à aucune possibilité. Il est toutefois probable qu'il quittera McLaren à la fin de l'année. Pour aller où ? Ferrari et Williams-Renault sont ses deux pistes privilégiées. Il existe aussi un projet d'« écurie France », imaginé par Hugues de Chaunac et François Guiter, destiné à regrouper Renault, Matra, Elf et pourquoi pas Michelin, dont Prost serait le fer de lance. Mais ce n'est qu'un beau rêve...

 

De son côté, Nigel Mansell annonce la prolongation d'un an de sa présence chez Ferrari. Les quatre pannes successives de boîte de vitesses n'ont pas émoussé la motivation du Britannique qui est persuadé que la Scuderia est sur la voie du succès. Par ailleurs, il confie à quelques journalistes qu'il croit Honda tout à fait capable de favoriser Senna aux dépens de Prost. Il s'appuie pour cela sur son expérience chez Williams: « Les Japonais manipulent et ont manipulé. J'ai réellement vécu ce que vit Alain depuis quelques temps car ils sont terribles lorsqu'ils veulent aider un pilote. C'est une affaire de marketing. Il est clair que, pour eux, le marché européen est bouché, à l'inverse de celui de l'Amérique du Sud, du Brésil en particulier. Ils sont prêts à tout. » Mansell affirme ainsi qu'en 1987 Honda sabotait ses moteurs au profit de Nelson Piquet. « A Estoril par exemple, je suis en passe de prendre la tête de la course lorsque mon moteur coupe brutalement. J'abandonne. Quelques instants plus tard les ingénieurs remettent le V6 en route dans les stands, sans la moindre réparation. » Les prostistes s'empressent de colporter ces propos mais bien sûr Mansell ne peut rien prouver, et Osamu Goto ne manque pas d'affirmer que ce dernier ne fait que répandre sa bile, animé par une vieille rancœur...

 

Présentation de l'épreuve

Depuis 1988, le Grand Prix du Canada est officiellement organisé par la FOCA, ce qui n'est pas du goût des Québécois, toujours très chauvins, qui ne supportent guère la mainmise de Bernie Ecclestone sur leur épreuve. La presse montréalaise se plaint que le « Grand Argentier » vende les billets trop chers. Molson, le sponsor-titre estime s'être fait rouler dans la farine: il a en effet déboursé cinq millions de dollars pour prendre la course à son concurrent Labatt qui n'offrait qu'un million. Mais la FOCA garde pour elle la majeure partie des bénéfices... « Les priorités d'Ecclestone sont dans l'ordre la course, la télévision, et ensuite seulement les intérêts locaux » dénonce un grand quotidien. En outre, le nouveau promoteur Andreas Meyer ne pas se fait beaucoup d'amis en multipliant les tracasseries administratives.

 

Les équipes françaises sont dans la tourmente. Ligier et Larrousse n'ont toujours pas inscrit le moindre point en 1989, et le spectre des pré-qualifications point à l'horizon. Chez les Bleus, Guy Ligier affronte ses partenaires de Gitanes qui réclament la tête de René Arnoux. Ce dernier n'a clairement plus sa place en Formule 1 mais son patron le défend bec et ongles: « René et moi, nous avons couvert un bon bout de chemin ensemble depuis 1986. Et cela ne s'oublie pas. Il mérite le respect ! »

 

La situation est encore plus préoccupante pour Gérard Larrousse qui doit rendre compte à un nombre impressionnant de sponsors (Camel, Rhône-Poulenc, BP, Seine-Maritime, Haute-Normandie, Viel, Aida, Gévelot, Chrysler...). L'équipe d'Antony a bien du mal à exploiter le capricieux V12 Lamborghini. En outre, Larrousse est mécontent de ses deux pilotes, surtout de Philippe Alliot qu'il accuse de casser trop de matériel. Il n'a ainsi pas dirigé ses trois accidents de Phoenix. Quant à Yannick Dalmas, s'il est accablé par la malchance, il se laisse aussi beaucoup trop distraire par son entourage. Larrousse décide de s'en séparer à l'issue de la tournée nord-américaine, mais le Varois espère convaincre son patron de lui donner une chance supplémentaire. « On ne m'aura pas comme ça ! » siffle-t-il entre ses dents.

 

Le Team Lotus est aussi en pleine crise et n'a inscrit aucun point depuis le début de la saison. La 101 n'est pas une mauvaise voiture, mais le V8 Judd souffre de problèmes de segmentation et manque de puissance. Peter Warr et Frank Dernie ont commandé auprès Tickford des culasses à cinq soupapes par cylindre pour améliorer le rendement, mais les résultats au banc d'essai ne sont pas satisfaisants. Du reste, la Lotus peine à exploiter des pneus Goodyear conçus pour les McLaren et les Ferrari. Totalement démotivé, Nelson Piquet est de plus en plus nonchalant et passe plus de temps à voguer sur son yacht (« La Partouze », sic) qu'en essais privés. Et ce n'est évidemment pas Satoru Nakajima qui peut combler le vide. Surtout, Warr s'inquiète de perdre le soutien de Camel qui ne cache plus sa déception et envisage d'investir ses dollars dans un vrai « top-team », à savoir Williams-Renault.

 

Le surlendemain du GP des États-Unis, le paddock apprend avec stupeur la disparition de Maurice Philippe. Le malheureux ingénieur a mis fin à ses jours après avoir appris qu'il souffrait d'une grave maladie cardiaque. Ken Tyrrell est très affecté par la disparition de son ancien collaborateur. Chez Lotus, personne n'a oublié que Philippe a dessiné sous la direction de Colin Chapman les 49 et 72 qui ont raflé à elles seules pas moins de trente-deux victoires en Grand Prix.

 

Coloni lance enfin sa nouvelle FC189 réalisée par Christian Vanderpleyn, une voiture fine et compacte qui se distingue par son étrange livrée alliant le gris souris au blanc nacré avec des parements jaunes et bleus. Elle se singularise aussi par sa transmission: une boîte longitudinale à six rapports et arbres désaxés faisant office d'entretoise et de réservoir d'huile moteur. Très étroite et basse, cette boîte permet aux demi-arbres de travailler de façon horizontale. En outre, les formes de son carter inférieur permettent l'adoption d'un carénage plat. Une performance que la concurrence n'a pu réaliser qu'avec une boîte longitudinale ou transversale inversée. Hélas, cette belle monoplace n'a jamais roulé avant de débarquer au Québec et ne pourra donc pas briller.

 

Alain Prost reçoit un nouveau châssis, celui plié à Phoenix s'avérant irrécupérable. Chez Osella, Larini reçoit un nouveau châssis tandis que son ancien modèle devient le mulet de l'équipe italienne qui n'en disposait pas jusqu'à ce jour.

 

Essais et qualifications

Surprise lors des pré-qualifications: Brundle est éliminé après avoir cassé son moteur. Modena, Caffi, Larini et Johansson se qualifient pour l'étape suivante. Sont aussi éliminés Gachot, Schneider, Suzuki (accidenté), Raphanel, Ghinzani, Winkelhock et Weidler. Foitek sort très violemment de la route à l'épingle des stands, à plus de 250 km/h. Le jeune Suisse s'en tire avec une légère commotion cérébrale. Son antique Eurobrun est complétement détruite.

 

Le vent et la pluie perturbent les séances du samedi, si bien que ce sont les chronos du vendredi qui permettent de déterminer la grille de départ. Prost réalise sa première pole position de la saison (1'20''973'''), quelques centièmes devant Senna (1'21''049''') qui rencontre vendredi des problèmes de boîte. Les Williams-Renault paraissent très à l'aise sur le circuit de l'Île Notre-Dame: Patrese se classe troisième, Boutsen sixième. Les Ferrari (Berger 4ème, Mansell 5ème) manquent de stabilité mais connaissent moins de soucis de fiabilité. Modena hisse la seule Brabham qualifiée au septième rang et précède les Dallara de Caffi (8ème) et de Cesaris (9ème).

 

Alliot sur-conduit pour sauver sa place chez Larrousse et décroche un très beau dixième temps. Hélas, son compagnon Dalmas est encore une fois éliminé. Chez Minardi, Martini (11ème) devance très nettement Pérez-Sala (24ème), toujours mal installé dans la nouvelle M189. Warwick (12ème) et Cheever (16ème) ont beaucoup de peine à régler leurs Arrows. Les Benetton-Ford tiennent mal la route. Nannini n'est que treizième tandis que Herbert, qui souffre des chevilles à chaque freinage, est tout bonnement non-qualifié... Chez Tyrrell, Palmer (14ème) précède Alboreto (20ème), ralenti par des pannes. Très content de son Osella toute neuve, Larini réalise un excellent quinzième chrono. Autre « belle perf' », celle de Johansson, dix-huitième au volant d'une Onyx en progrès.

 

Les Lotus sont en petite forme. Piquet (19ème) se contente d'arracher son billet d'entrée, ce que ne parvient pas à faire Nakajima. La tenue de route des March (Gugelmin 17ème, Capelli 21ème) est calamiteuse. Adrian Newey se creuse les méninges pour résoudre le problème... Arnoux (22ème) qualifie sa Ligier contrairement à Grouillard qui sort de la piste samedi après-midi. Les dernières places sont occupées par Danner (23ème), Tarquini (25ème) et Moreno (26ème).

 

Le Grand Prix

La pluie est encore au rendez-vous dimanche matin et les coureurs disputent le warm-up sur une piste très glissante. On enregistre plusieurs sorties: Berger, Danner, Alboreto et Capelli. Mansell réalise le meilleur chrono devant Boutsen.

 

Le temps se calme vers midi, mais une nouvelle averse humidifie le circuit Gilles-Villeneuve au début de l'après-midi. Les pilotes devront donc partir munis de pneus rainurés. Goodyear propose un seul type de gommes « pluie » contre deux à Pirelli, les durs et les tendres qui seront d'ailleurs ceux choisis par la grande majorité des partants. Sur la pré-grille, le soleil fait une timide apparition, ce qui encourage certains à modifier les réglages d'ailerons. Senna fait ajuster sa garde au sol. Prost choisit son châssis de réserve muni d'un aileron moins déporteur. Le Français parie donc sur un assèchement du bitume. Alliot part en aquaplanage à fond de cinquième durant son tour d'installation. Il devra s'élancer depuis les stands avec son mulet.

 

Grille de départ: Berger cale à l'issue du tour d'installation. Roland Bruynseraede annule la procédure de départ. Les commissaires en profitent pour nettoyer la piste parsemée de papiers et de sacs en plastique. Patrese réclame un autre aileron à son équipe. Mansell, Nannini et Pérez-Sala décident de chausser des pneus slicks et partiront depuis les stands. Cinq minutes plus tard, le starter donne le coup d'envoi d'un second tour de formation. L'asphalte est encore très humide.

 

Départ: Inexplicablement, le feu orange clignotant (qui signifie « roulez prudemment ») s'enclenche à la sortie des stands quelques secondes avant que, de l'autre côté du muret, Bruynseraede ne libère la meute ! Mansell et Nannini démarrent ainsi avant tout le monde tandis que Pérez-Sala, plus prudent, attend un instant.

 

Prost part devant Senna, Berger et Patrese. Ces deux derniers se frottent à la sortie de la première épingle. Prost se croit en tête mais Mansell et Nannini ont environ un kilomètre d'avance !

 

1er tour: Patrese dépasse rapidement Berger. Modena glisse sur une flaque au freinage qui suit le Pont de la Concorde et percute la Minardi de Martini. Les deux Italiens atterrissent dans les graviers. Mansell et Nannini reçoivent le drapeau noir pour s'être élancés illégalement. Prost mène devant Senna, Patrese, Berger, Boutsen, de Cesaris, Alliot, Larini, Palmer, Cheever et Warwick. Caffi regagne les stands pour monter des slicks. Alboreto rentre lui chez Tyrrell pour renoncer, allumage cassé.

 

2e: Le bitume est encore très mouillé. Nannini rejoint son garage mais Mansell reste en piste. Prost ralentit et entre dans la voie des stands, pensant être victime d'une crevaison. Senna s'empare du commandement. Boutsen prend l'avantage sur Berger. Warwick passe devant Cheever et Palmer. De Cesaris fait halte chez la Scuderia Italia pour passer des Pirelli pour piste sèche. Johansson change aussi ses pneus mais les mécaniciens d'Onyx paniquent et le Suédois repart avec un tuyau d'air, le pistolet pneumatique et une partie de la potence métallique accrochés à son bolide !

 

3e: Senna a trois secondes d'avance sur Patrese. Le Brésilien double Mansell qui se résout enfin à libérer la voie. Prost reprend sa route avec des gommes neuves. Palmer et Cheever redoublent Warwick, puis Palmer efface Larini. Nannini souhaite quitter les stands mais se heurte au directeur de course qui lui bloque le passage. Peter Collins s'explique vivement avec Bruynseraede.

 

4e: Senna s'arrête chez McLaren pour chausser des slicks. Patrese prend la première place devant Boutsen, Berger et Alliot. Johansson revient à son stand pour faire retirer un tuyau coincé dans une suspension. L'attache de la suspension avant-gauche rompt sur la McLaren de Prost dans une courbe rapide. Le Français parvient in extremis à maîtriser son bolide et s'arrête dans la pelouse. Larini et Warwick doublent Palmer. Cheever met pied à terre, en panne d'allumage.

 

5e: Berger déborde Boutsen à l'épingle. Warwick efface Larini. Palmer, Piquet, Gugelmin et Moreno passent aux stands pour s'emparer de pneus slicks. Mansell fait de même et reprend la piste sans que personne ne l'en empêche...

 

6e: La piste est terriblement grasse et glissante. Berger revient sur les talons de Patrese. Senna déborde Alliot. Tarquini prend la huitième place à Arnoux.

 

7e: Tarquini part en aquaplanage peu après la ligne de chronométrage et percute les glissières. C'est terminé pour le jeune Italien. Berger menaçait grandement Patrese, mais il est une nouvelle fois trahi par sa boîte de vitesses. Il s'arrête devant le Saint-Laurent. Son compère Mansell est lui définitivement rappelé aux stands.

 

8e: Patrese est premier devant Boutsen (4.3s.), Senna (13.3s.), Alliot (14s.), Warwick (14.8s.), Larini (19s.), Arnoux (22.5s.) et Danner (26s.).

 

9e: Un véhicule entre sur la piste pour évacuer la Minardi de Martini, restée au bord de la piste depuis le premier tour.

 

10e: Le ciel s'éclaircit. Patrese devance Boutsen (3.7s.), Senna (10.1s.), Alliot (17.5s.), Warwick (17.8s.), Larini (22.3s.), Arnoux (25.7s.), Danner (30.8s.), Capelli (31.2s.), Pérez-Sala (32.4s.) et Caffi (32.5s.).

 

11e: Boutsen arrive chez Williams pour prendre des pneus lisses. Capelli l'imite. Johansson change pour la seconde fois de gommes. Palmer réalise un chrono d'1'31''925''' qui ne sera pas battu cet après-midi.

 

12e: Senna revient à trois secondes de Patrese dont les pneus rainurés paraissent caducs. Warwick poursuit Alliot. Gugelmin renonce après un court-circuit sur sa March. Pérez-Sala dérape dans la ligne droite longeant le fleuve et percute les barrières par l'arrière. L'Espagnol se tire sans mal de cet accident, mais son aileron arrière est planté au milieu de la route.

 

13e: Un courageux commissaire court ramasser les débris de la Minardi de Sala.

 

14e: Senna fait la jonction avec Patrese. Warwick prend la troisième place à Alliot. Caffi et de Cesaris remontent grâce à leurs pneus slicks et dépassent Danner. Johansson reçoit le drapeau noir pour avoir roulé de façon dangereuse après son premier passage aux stands.

 

15e: Larini double Alliot. Patrese est leader devant Senna (1.4s.), Warwick (23.9s.), Larini (25.7s.) et Alliot (26s.). Caffi et de Cesaris dépassent Arnoux pendant que Boutsen se défait de Danner.

 

16e: Le ciel se couvre à nouveau. Senna perd du terrain sur Patrese.

 

17e: La pluie fait son retour. La décision de Patrese de garder ses pneus rainurés pourrait donc s'avérer payante. Les deux Dallara doublent Alliot et Larini. Puis, Boutsen efface Alliot dont les pneus pluie sont usés.

 

18e: Patrese repousse Senna à cinq secondes. Warwick roule à vingt-cinq secondes. Alliot sort dans le gazon à la chicane qui précède l'épingle du Casino. Il perd encore trois places.

 

19e: L'averse s'intensifie. Senna glisse au freinage de l'épingle et perd ainsi quelques secondes. De Cesaris dépasse Caffi. Boutsen regagne les stands et choisit de reprendre des pneus rainurés.

 

20e: Caffi mord sur l'herbe en sortant de la première épingle et laisse passer Larini. Patrese mène devant Senna (22.5s.), Warwick (24.7s.), de Cesaris (36.7s.), Larini (37.1s.), Caffi (37.6s.), Arnoux (46.3s.), Danner (46.9s.), Piquet (47.4s.), Alliot (50.2s.), Palmer (52.4s.), Boutsen (1m. 15s.), Capelli (-1t.) et Moreno (-1t.).

 

21e: Warwick revient dans la roue de Senna. Le Pauliste regagne son garage pour prendre des Goodyear rainurés. Il reprend sa route entre Caffi et Arnoux. Capelli et Moreno rechaussent aussi des pneus pluie.

 

22e: La piste est totalement détrempée. Patrese caracole en tête, loin devant Warwick. Larini, qui est resté en pneus striés, dépasse de Cesaris et se retrouve troisième. Moreno perd sa roue avant-gauche. Il parvient à regagner les stands clopin-clopant et redémarre après avoir repris quatre pneus.

 

23e: De Cesaris, Piquet et Palmer changent de gommes. Caffi fait une excursion dans la pelouse, puis reprend des pneus pluie et tombe au douzième rang.

 

24e: Boutsen dépasse de Cesaris dans la dernière chicane. Caffi part en toupie au même endroit que tout à l'heure et ne se relance qu'après de longues secondes.

 

25e: Patrese est premier devant Warwick (26.4s.), Larini (45.4s.), Senna (57.8s.), Arnoux (59.8s.), Alliot (1m. 01s.), Danner (1m. 04s.), Boutsen (1m. 18s.) et de Cesaris (1m. 19s.). Caffi repasse par son stand pour prendre d'autres enveloppes.

 

27e: La pluie est très intense et la visibilité devient nulle. Alliot part en aquaplanage avant la grande épingle et atterrit dans les panneaux publicitaires. Gérard Larousse s'arrache les cheveux...

 

28e: Patrese possède vingt-six secondes de marge sur Warwick. Senna rattrape Larini. Boutsen dépasse Danner.

 

29e: Senna et Boutsen sont actuellement les plus rapides. Le Bruxellois prend le meilleur sur Arnoux devant les stands.

 

30e: Un épais brouillard recouvre l'île Notre-Dame. Patrese surnage devant Warwick (22.2s.), Larini (44.4s.), Senna (45.3s.), Boutsen (1m. 13s.), Arnoux (1m. 20s.), de Cesaris (1m. 27s.), Danner (1m. 36s.), Palmer (1m. 38s.) et Piquet (1m. 47s.). Capelli part en vrille au premier freinage et atterrit en marche arrière dans l'AGS de Tarquini ! Un abandon de plus...

 

31e: Senna rejoint Larini et le dépasse au Pont de la Concorde. Palmer double Danner.

 

32e: Les pilotes roulent sur des œufs et soulèvent d'épaisses gerbes d'eau. Patrese est bien installé au commandement mais ses pneus sont à la corde. Senna roule trois secondes au tour plus vite.

 

33e: Boutsen part en toupie dans la ligne droite qui ramène vers les stands. Il parvient miraculeusement à maîtriser son embardée, ne touche rien et redémarre au bout de quelques secondes. De Cesaris est revenu derrière Arnoux... On peut s'attendre à du grabuge !

 

34e: Le vaillant Larini est lâché par son moteur, suite à un court-circuit probablement dû l'humidité. L'Italien se gare dans l'herbe. De Cesaris plonge à l'intérieur de la grande épingle et déborde Arnoux, non sans le contraindre à mordre sur le bas-côté. Piquet efface Danner.

 

35e: Patrese pénètre dans la voie des stands pour remplacer ses pneus (10.5s.), Warwick récupère le commandement, douze secondes devant Senna.

 

36e: Warwick mène un Grand Prix pour la première fois depuis cinq ans. Il devance Senna (10.9s.), Patrese (18.4s.), Boutsen (50s.), de Cesaris (1m. 12s.), Arnoux (1m. 20s.) et Piquet (1m. 28s.).

 

37e: Senna remonte à pas de géant sur Warwick. Il lui a repris huit secondes en deux boucles. Palmer glisse à la sortie de la dernière chicane et échoue contre les glissières. En sortant de son auto, l'Anglais manque de peu d'être fauché par la Lotus de Piquet. Il traverse la piste en courant pour se mettre à l'abri.

 

38e: L'averse est de plus en plus intense. Les pilotes ne voient plus rien depuis leurs cockpits. Senna a rattrapé Warwick. Les drapeaux jaunes sont agités avant les stands pour signaler la présence de la Tyrrell de Palmer.

 

39e: Senna fait l'intérieur à Warwick à la chicane qui précède l'épingle. Le Brésilien part de loin pour effectuer sa manœuvre mais heureusement son adversaire, prévenu par un drapeau bleu, garde sa ligne et le laisse passer. Quelques secondes plus tard, Senna glisse à l'épingle et emprunte le dégagement en asphalte pour se remettre en piste. Mais Warwick est déjà trop loin pour en profiter...

 

40e: Senna s'envole en tête et devance Warwick (7s.), Patrese (26.1s.), Boutsen (51.8s.), de Cesaris (1m. 16s.), Arnoux (1m. 50s.), Piquet (1m. 51s.), Danner (-1t.), Caffi (-1t.) et Moreno (-4t.). La Tyrrell de Palmer a été retirée.

 

41e: Warwick stoppe en fin de tour avec un moteur noyé. Piquet prend l'avantage sur Arnoux après une rude bagarre.

 

43e: La pluie cesse enfin. Senna compte vingt-six secondes de marge sur Patrese.

 

45e: Le soleil apparaît timidement mais la piste demeure très humide. Piquet exécute un demi-tête-à-queue en sortant de l'épingle, juste sous le nez de Senna qui parvient tout de même à passer. Boutsen reprend quelques secondes à Patrese.

 

47e: Vingt-sept secondes séparent Senna et Patrese. Caffi rattrape Danner qui, comme Arnoux, n'a pas changé ses pneus depuis le départ.

 

49e: Patrese commence à perdre son carénage inférieur et rencontre du survirage. Boutsen remonte peu à peu sur son équipier.

 

50e: Senna précède Patrese (24.2s.), Boutsen (42.1s.), de Cesaris (1m. 42s.), Piquet (-1t.), Arnoux (-1t.), Danner (-1t.), Caffi (-1t.) et Moreno (-5t.). Neuf voitures roulent encore.

 

51e: De Cesaris effectue un tête-à-queue au Pont de la Concorde. Il reste un temps immobilisé en travers de la route avant de se relancer, sans avoir perdu de position.

 

52e: Danner part en luge en sortant de la première chicane et se retrouve face aux glissières. Il se tire néanmoins de ce mauvais pas grâce aux commissaires.

 

53e: Senna laisse Patrese revenir à vingt secondes, mais celui-ci est maintenant menacé par le retour de Boutsen. Nouveau dérapage de Danner, cette fois au virage n°3. L'Allemand atterrit en marche arrière dans l'échappatoire mais parvient encore à repartir.

 

55e: Patrese a de plus en plus de mal à maintenir sa Williams en piste. Boutsen revient à sept secondes de son collègue. De Cesaris effectue un court passage dans la pelouse.

 

56e: Senna précède Patrese (23.4s.), Boutsen (33.8s.), de Cesaris (-1t.), Piquet (-1t.) et Arnoux (-1t.).

 

58e: Il pleut à nouveau. Boutsen revient à trois secondes de Patrese qui ne parvient pas à dépasser la Lotus de Piquet.

 

59e: Boutsen fait la jonction avec Patrese. Le Padouan roule sur du verglas et ne peut se permettre aucun écart.

 

60e: Senna est premier devant Patrese (24.8s.), Boutsen (25.3s.), de Cesaris (-1t.), Piquet (-1t.), Arnoux (-1t.), Caffi (-2t.), Danner (-3t.) et Moreno (-5t.).

 

61e: Boutsen est dans l'aspiration de Patrese mais est aveuglé par les projections d'eau. Les deux équipiers se livrent à un impressionnant numéro d'équilibristes. A l'épingle, le Belge prend l'intérieur et semble doubler son équipier lorsque sa Williams pique du nez, et il doit contre-braquer pour éviter l'accrochage.

 

62e: Senna compte vingt-cinq secondes d'avance sur les Williams-Renault.

 

63e: Gêné par Piquet et Danner, Patrese manque sa sortie de la première épingle et est déporté vers l'extérieur. Boutsen garde la corde et s'empare ainsi de la deuxième place aux dépens de son équipier.

 

64e: Moreno s'arrête dans une échappatoire suite à une panne de transmission.

 

65e: L'averse a cessé. Senna roule vers la victoire devant Boutsen (18s.), Patrese (24s.), de Cesaris (-1t.), Piquet (-1t.) et Arnoux (-1t.).

 

67e: Le V10 Honda de Senna s'étrangle en passant devant les stands. De la fumée s'échappe de la McLaren. Senna se dirige en roue libre vers le gazon, moteur serré ! Boutsen s'empare de la première place à deux tours du but !

 

68e: On approche des deux heures de course. La victoire est maintenant acquise à Boutsen qui possède plus de quinze secondes d'avance sur Patrese. Senna rejoint tristement les stands.

 

69ème et dernier tour: Thierry Boutsen remporte sa première victoire en Formule 1 et apporte aussi son premier succès à la paire Williams-Renault. Patrese termine second et complète admirablement de ce triomphe franco-anglais. De Cesaris donne son premier podium à la Scuderia Italia. Piquet finit quatrième et marque ses premiers points en 1989. Arnoux termine cinquième et sauve ainsi probablement son baquet chez Ligier. Le dernier point revient Caffi. Seul Danner rallie aussi l'arrivée.

 

Après la course: Boutsen, Williams, Renault, trio gagnant

Cette victoire chanceuse est une heureuse surprise pour Thierry Boutsen et toute son équipe. Après avoir embrassé avec fouge son épouse Patricia, l'homme du jour arrose de champagne Bernard Casin, le directeur-général de Renault Sport. Boutsen est d'autant plus heureux que sa Williams manquait d'adhérence en début de course. « La voiture allait de mieux en mieux au fil des tours et j'ai fini la course sans le moindre souci », raconte-t-il. « Je n'ai eu peur que durant les deux derniers tours. Une panne à cet instant... Vous imaginez ? » Boutsen est aussi le premier Belge à s'imposer en Formule 1 depuis Jacky Ickx au Nürburgring en 1972. En quelques heures, il devient un véritable héros national. Le roi Baudouin lui adresse un télégramme de félicitations. Ce pilote de grande classe, très éclectique, aura donc attendu son 95ème Grand Prix pour s'imposer. Voilà une injustice réparée.

 

Riccardo Patrese est lui aussi tout sourire, même s'il a certaine perdu la victoire à cause d'une défaillance de son châssis. « J'ai tenté de résister aux attaques de Thierry, mais il n'y avait rien à faire », raconte l'Italien. « Je n'avais plus aucune traction. Le train arrière se dérobait et me maintenir sur l'étroite trajectoire est devenu une partie d'équilibriste. La fixation de mon carénage inférieur s'est détachée en deux endroits. La voiture ne possédait pratiquement plus d'effet de sol. Ce fut vraiment difficile de finir la course. Ce résultat me satisfait donc pleinement. Il prouve à quel point Williams et Renault ont effectué un bon travail. » C'est en effet la première victoire de l'écurie de Didcot depuis plus d'un an et demi. « L'écart avec le moteur Honda se resserre. C'est plus important pour moi que cette victoire », déclare Frank Williams. Celui-ci se déride un peu lorsqu'il aperçoit Patrick Faure: « Dis Patrick, tu ne pourrais pas me donner le Renault pour dix ans ? Je te charge d'en parler à ton président... »

 

Ayrton Senna n'affiche évidemment pas la même gaieté après cette victoire perdue à trois tours du but. Le Pauliste avait pourtant produit son admirable démonstration habituelle sous la pluie. « Pour la première fois depuis je cours pour Honda, le moteur m'a trahi », se désole-t-il. « Sans prévenir. Il tournait parfaitement rond, ses températures étaient conformes... » Cependant, même sans cette panne, Senna n'était pas assuré de remporter la course car ses mécaniciens se sont aperçus que son pneu arrière-gauche était très abîmé lors de son abandon. Il aurait pu exploser dans les derniers kilomètres...

 

Guy Ligier pousse un soupir de soulagement. Grâce aux deux points inscrits par René Arnoux, son équipe échappera aux pré-qualifications durant la deuxième partie de la saison. Ligier donne une longue accolade à son pilote. « Il faut être un sacré type pour réussir ce que tu as fait. Chapeau mon vieux ! » dit-il au Grenoblois, revigoré par ce réel exploit. L'atmosphère est toute différente chez Larrousse. Tandis que Yannick Dalmas a dans sa poche sa lettre de licenciement, Philippe Alliot longe les murs... Cinq accidents en deux semaines, cela fait beaucoup. Les deux Gérard, Larrousse et Ducarouge, sont d'accord pour procéder à un grand ménage d'ici la fin de saison.

Tony