Alain PROST
 A.PROST
McLaren Honda
Ayrton SENNA
 A.SENNA
McLaren Honda
Gerhard BERGER
 G.BERGER
Ferrari

461e Grand Prix

L Grosser Preis von Deutschland
Variable
24 juillet 1988 - Hockenheim
44 tours x 6.797 km - 299.068 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Deuxième Grand Prix consécutif sous la pluie remporté par Ayrton Senna.

La guerre des cigarettiers

Duncan Lee, le directeur marketing de Reynolds Tobacco se rend à Hockenheim, flanqué d'Éric Marchin, le directeur de Camel Racing Service. Leur objectif est d'affûter la stratégie de Camel qui investit de plus en plus en Formule 1. Benetton, Larrousse & Calmels, Tyrrell et bien sûr Lotus sont ainsi financées par la firme au dromadaire. Les marchands de fumée s'arrachent aussi les pilotes. Piquet, Nakajima, Dalmas, Alliot, Nannini, Boutsen, Palmer, Bailey, Streiff, Tarquini, Martini et Warwick « fument » des Camel, tandis que Marlboro peut compter sur Senna, Prost, Alboreto, Berger, de Cesaris, Caffi, Modena, Larrauri, Capelli, Gugelmin, Pérez-Sala et Larini. Mentionnons aussi la présence de Gitanes (Arnoux et Johansson), Barclay (Mansell et Patrese) et West (Schneider et Ghinzani). Seul Eddie Cheever n'est pas sponsorisé par un cigarettier ! Mais il est lié à Silk Cut lorsqu'il conduit pour Jaguar en Endurance...

 

L'omniprésence de ces marques en Formule 1 va cependant à contre-courant des législations européennes qui sont de plus en plus contraignantes en ce qui concerne la publicité du tabac et de l'alcool. Ainsi cela fait plusieurs années qu'en Allemagne elles doivent retirer leurs autocollants à l'occasion du Grand Prix. Duncan Lee réaffirme pourtant l'intention de Camel d'en découdre sur ce terrain avec Philip Morris et son inusable représentant, Aleardo Buzzi.

 

Présentation de l'épreuve

Les journalistes français qui souhaitent interroger Alain Prost se voient opposer une fin de non-recevoir. Le champion a très mal pris les critiques formulées à son encontre par ses compatriotes après son abandon volontaire à Silverstone. « J'ai joué le jeu avec la presse pendant dix ans, et la première fois que cela ne marche pas, on m'enterre ! » dit-il avec humeur. Prost supporte d'autant plus mal ces remontrances que certains reporters tricolores ne cachent plus qu'ils lui préfèrent Ayrton Senna, le premier d'entre eux étant l'envoyé de Libération Lionel Froissart.

 

Frank Williams négocie toujours avec Dany Hindenoch la levée anticipée du préavis de Frank Dernie afin que celui-ci puisse être à pied d'œuvre à Magny-Cours dès l'automne. Prudent et rancunier, Williams interdit désormais à son ingénieur de mettre les pieds sur un Grand Prix et le met « en congé ». Ce qu'il ignore, à l'instar de Ligier et d'Hindenoch, c'est que Dernie a aussi été approché par Peter Warr pour prendre la place de Gérard Ducarouge chez Lotus...

 

Une semaine avant cette course, des photographes surprennent Roberto Moreno, le troisième pilote de la Scuderia, au volant de la future Ferrari « F1-89 » à moteur V12 atmosphérique, lors d'essais sur le petit circuit de Balocco, la piste d'essais d'Alfa Romeo. La divulgation de ces images contrarie profondément John Barnard qui, plus maussade que jamais, peste à Hockenheim contre les « paparazzi de la F1 ». Dans le même temps, Marco Piccinini confirme un nouveau départ, celui de l'aérodynamicien français Jean-Claude Migeot qui rejoint Harvey Postlethwaite chez Tyrrell. Cette « fuite des cerveaux » laisse les journalistes perplexes. En fait, Fiat opère en liaison avec Barnard une réorganisation complète du département technique de Maranello.

 

Les Williams conservent leurs suspensions à ressorts montées en hâte à Silverstone. Patrick Head remise définitivement la suspension « réactive » qui n'a jamais fonctionné. Les McLaren gardent leur carrosserie pour les circuits rapides apparue à Silverstone, où elle fut pourtant démontée au bout d'une journée. Mais ici elle donne satisfaction. La Lola LC de Philippe Alliot est profondément remaniée et comporte des éléments plus rigides, ainsi qu'un empattement rallongé et une nouvelle suspension arrière. On note l'apparition d'une grosse et disgracieuse prise d'air autour des arceaux des Ligier. Le mulet alloué à René Arnoux est en outre allégé d'une quinzaine de kilos. Michel Tétu entame un programme de soufflerie à l'Imperial College pour déceler les failles aérodynamiques de la JS31.

 

Essais et qualifications

Vendredi matin, la session de pré-qualification réunit dans une même angoisse Larrauri et Modena (Eurobrun), Tarquini (Coloni), Caffi (Dallara) et Larini (Osella). Pour la quatrième fois consécutive, le pauvre Tarquini est éliminé, alors qu'il laisse pourtant derrière lui les Ligier, les Zakspeed, la Minardi de Pérez-Sala et la Tyrrell de Palmer... L'Italien est dépité: ralenti par un problème de boîte, il a vu Modena lui souffler la dernière place qualificative à l'ultime seconde. « Encore un coup comme cela, et c'est l'infarctus... » marmonne Giampaolo Pavanello. « Ma voiture a pourtant un comportement superbe... » soupire Tarquini. Enzo Coloni prône une réforme de la procédure de pré-qualification qu'il juge « anti-démocratique », afin que les petits constructeurs ne soient pas lésés comme aujourd'hui.

 

Les qualifications se déroulent sous un soleil de plomb. Samedi, l'adhérence est si précaire que rares sont les coureurs qui parviennent à améliorer leur chrono de la veille. Les McLaren sont inatteignables et laissent toute concurrence à plus d'une seconde et demie. Senna réalise sa septième pole position de la saison, deux dixièmes devant Prost. Berger (3ème) et Alboreto (4ème) pâtissent des habituels défauts de leur V6 Ferrari: reprises trop brutales, manque d'élasticité à bas-régime et consommation excessive. Par ailleurs, samedi après-midi, Berger se fait une belle frayeur lorsqu'en pleine ligne droite, gêné par l'Arrows de Cheever et l'Eurobrun de Larrauri, il mord sur l'herbe et part en toupie à 300 km/h ! Par bonheur, il ne touche rien et s'immobilise dans la pelouse...

 

Les Lotus-Honda (Piquet 5ème, Nakajima 8ème) rendent au moins trois secondes aux McLaren mais tiennent mieux la route grâce à leurs nouvelles suspensions Bilstein. Nannini place sa Benetton au sixième rang et précède Boutsen (9ème) qui souffre de sous-virage. Les March-Judd de Capelli (7ème) et de Gugelmin (10ème) confirment leurs excellents résultats de Silverstone. Les Williams (Mansell 11ème, Patrese 13ème) rencontrent des problèmes de moteur vendredi, de tenue de route samedi. Les pilotes Arrows, Warwick (12ème) et Cheever (15ème), manquent de pression de suralimentation. De Cesaris est quatorzième au volant de la Rial. Streiff place son AGS au seizième rang malgré des soucis électroniques. Arnoux qualifie sa JS31 allégée « spéciale qualifs » au 17ème rang. Il devance l'Osella de Larini et la Dallara de Caffi. On découvre ensuite les Lola LC (Alliot 20ème, Dalmas 21ème) et les Zakspeed (Schneider 22ème, Ghinzani 23ème). Palmer (24ème) qualifie sa Tyrrell malgré une sévère sortie à la première chicane. Les Eurobrun de Modena et de Larrauri complètent la grille.

 

Pour la première fois de l'année, les deux Minardi de Martini et de Pérez-Sala sont éliminées. Johansson alterne entre sa voiture et celle d'Arnoux sans pouvoir à nouveau arracher son ticket. Le Suédois est furieux. Bailey rate également une nouvelle fois sa qualification.

 

Le Grand Prix

Après le warm-up, Streiff décide de participer à la course avec le mulet après que ses mécaniciens ont détecté une crique sur le couple avant de son AGS. Prost prend également sa voiture de réserve car les parties inférieures de la coque de sa MP4/4 sont fissurées. Enfin, Larrauri change aussi de voiture après une sévère sortie de route.

 

La météo est bouleversée entre samedi soir et dimanche matin. La canicule laisse place à un ciel très chargé. L'atmosphère est lourde, et une averse orageuse s'abat sur l'autodrome vers 13h45. Roland Bruynseraede offre aux pilotes une petite séance de quinze minutes pour évaluer l'adhérence de la piste, très humide et glissante sur toute la distance. Dans la forêt, il n'y a pas le moindre souffle d'air pour permettre à l'asphalte de s'assécher. Les mécaniciens allègent les barres antiroulis, accroissent les appuis et montent des pneus sculptés. A 14h25, cinq minutes avant le départ, l'averse cesse. Quatre pilotes (Piquet, Caffi, Streiff et Larini) font le pari insensé de partir en pneus slicks. Une décision très surprenante de la part de Piquet et de Streiff, deux pilotes très expérimentés... pas nés de la dernière pluie ! Larini s'élance depuis l'allée des stands car il doit faire réparer son allumage au dernier instant.

 

Départ: Senna conserve l'avantage de sa pole. Prost prend un mauvais envol. Berger et Nannini lui passent devant. Suivent Alboreto, Boutsen, Piquet et Capelli.

 

1er tour: Les voitures soulèvent d'immenses gerbes d'eau dans les lignes droites. Piquet part en tête-à-queue à l'Ostkurve et percute les protections par l'arrière. Il se relance mais sa Lotus est irrémédiablement endommagée. Senna mène devant Berger, Nannini, Prost, Alboreto, Capelli, Boutsen, Mansell, Warwick et Patrese.

 

2e: Senna compte trois secondes d'avance sur Berger. Piquet rejoint son stand avec le flanc gauche ouvert. C'est l'abandon. Son choix de partir en pneus lisses était beaucoup trop risqué...

 

3e: Senna s'échappe facilement devant Berger tandis que Prost remonte sur Nannini.

 

4e: L'averse s'est transformée en petite bruine. Senna possède quatre secondes de marge sur Berger.

 

5e: La trajectoire s'assèche un peu, notamment dans le Stadium. Mais les flaques d'eau stagnante sont encore nombreuses. Senna devance Berger (5.5s.), Nannini (9s.), Prost (9.7s.), Alboreto (17s.), Capelli (20s.), Boutsen (26s.) et Mansell (27s.).

 

6e: Senna roule une seconde au tour plus vite que Berger. Partis en pneus slicks, Caffi, Streiff et Larini naviguent dans les profondeurs du classement. Modena s'arrête chez Eurobrun pour faire examiner son moteur qui bafouille horriblement.

 

7e: Senna mène devant Berger (7.3s.), Nannini (10.3s.), Prost (11.2s.), Alboreto (18.2s.) et Capelli (22.6s.).

 

8e: Les pilotes commencent à rouler sur la partie humide de la piste pour préserver leurs pneus. Prost double Nannini à la première chicane. Capelli n'a plus d'embrayage mais conserve sa sixième place. Plus loin, Mansell prend la septième position à Boutsen.

 

9e: Prost remonte rapidement sur Berger. Alors 21ème, Alliot s'arrête aux stands pour monter des slicks. Hélas, au même moment, la pluie refait son apparition !

 

10e: Senna déboule en trombe sur Alliot aux abords de l'Ostkurve. Le Français s'écarte de la trajectoire pour laisser passer la McLaren, mais ce faisant mord sur la partie humide de la piste, part en aquaplanage, heurte la barrière de pneus par l'arrière-droit et y laisse sa suspension. C'est fini pour lui !

 

11e: Senna devance Berger (10.5s.), Prost (12.9s.), Nannini (16s.), Alboreto (21.7s.), Capelli (28.8s.), Mansell (35.1s.), Boutsen (37.2s.), Warwick (48.5s.), Patrese (50.4s.), Nakajima (52.4s.) et Gugelmin (56.4s.).

 

12e: Prost est l'homme le plus rapide en piste. Il attaque Berger par l'intérieur avant la troisième chicane et lui prend la deuxième place. Dalmas a perdu un flap de son aileron avant. Il regagne son garage pour remplacer sa calandre.

 

13e: Senna compte douze secondes d'avance sur Prost. Berger roule à quatorze secondes, Nannini à dix-sept secondes.

 

14e: Les conditions météorologiques sont complexes pour les pilotes. Il ne pleut plus, mais le secteur de l'Ostkurve jusqu'au retour vers le Stadium est encore très humide. Les leaders atteignent les premiers attardés.

 

15e: Senna devance Prost (11.5s.), Berger (19s.), Nannini (22s.), Alboreto (26.1s.), Capelli (39.3s.), Mansell (41s.) et Boutsen (49s.). Palmer exécute un 360° dans le Stadium, sans conséquence. Dalmas revient à son stand pour changer ses pneus.

 

16e: Mansell regagne son stand avec un sélecteur de vitesses bloqué en cinquième. Le pneu arrière-droit de Caffi déchape. Le jeune Italien rejoint les stands sur trois roues pour mettre des pneus sculptés. Modena jette l'éponge suite à une panne d'allumage.

 

17e: Prost se déchaîne pour rattraper Senna, mais celui-ci tourne comme un métronome et ne lui concède que quelques dixièmes. Berger ne peut pas suivre les McLaren car il doit, comme toujours, surveiller sa consommation. Mansell et Caffi reprennent la piste.

 

18e: Senna signe le meilleur chrono depuis le départ: 2'05''001'''. Prost lui rend toujours douze secondes. Mansell part en tête-à-queue dans le Stadium et atterrit dans le gazon. Il cale et renonce à continuer.

 

19e: Prost perd un peu de temps en doublant Palmer, Ghinzani et Caffi.

 

20e: Senna précède Prost (14.1s.), Berger (24.1s.), Nannini (29s.), Alboreto (35.1s.), Capelli (52.8s.), Boutsen (59.4s.), Warwick (1m. 18s.), Patrese (1m. 21s.), Nakajima (1m. 22s.), Gugelmin (1m. 23s.) et de Cesaris (1m. 29s.).

 

21e: Prost est le premier pilote à passer sous la barre de 2m. 05s. Le quatuor Patrese – Nakajima – Gugelmin – de Cesaris lutte pour la neuvième place. Larini s'arrête chez Osella pour changer ses pneus.

 

22e: Gugelmin déborde Nakajima. Le Brésilien n'a toutefois pas la partie facile car sa March est dotée de suspensions « dures » pour piste sèche.

 

23e: Quatorze secondes séparent Senna et Prost. Second arrêt de Larini qui rencontre des problèmes électriques.

 

24e: Senna prend un tour à Cheever, seulement treizième car son Arrows est réglée pour un sol sec. Gugelmin prend la neuvième place à Patrese. Streiff s'arrête chez AGS pour prendre des pneus pluie. Dalmas observe un troisième arrêt, cette fois pour changer son boîtier électronique.

 

25e: Senna devance Prost (14.6s.), Berger (32s.), Nannini (38.8s.), Alboreto (48.5s.), Capelli (1m. 03s.) et Boutsen (1m. 12s.). De Cesaris double Nakajima puis Patrese à l'entrée du Stadium. Mais, déstabilisé par un embrayage défaillant, il exécute un tête-à-queue à la Sachskurve et échoue dans les graviers. Par bonheur, il ne cale pas et parvient à repartir.

 

27e: De Cesaris est très rapide malgré ses problèmes techniques. Il repasse devant Nakajima.

 

28e: Une crachin fait son apparition. Aucun pilote ne tentera de passer en pneus pour le sec. Ghinzani rencontre une crevaison et change d'enveloppes.

 

29e: Prost revient à douze secondes de Senna, gêné par le trafic.

 

30e: Senna perd du temps derrière de Cesaris et Patrese, en bagarre pour la dixième place. Le Romain double le Padouan à l'Ostkurve. Puis les deux Italiens laissent passer Senna.

 

31e: Senna est leader devant Prost (11.3s.), Berger (44.9s.), Nannini (51.9s.), Alboreto (1m. 08s.), Capelli (1m. 25s.), Boutsen (1m. 34s.), Warwick (2m. 01s.), Gugelmin (2m. 03s.), de Cesaris (-1t.) et Patrese (-1t.).

 

32e: Prost est bloqué derrière Arnoux et Nakajima. Il doit passer en force, et ce faisant heurte une roue de la Lotus du Japonais. Il perd quatre secondes dans cette mésaventure. Larini se retire car une panne électronique a déréglé le fonctionnement de son moteur.

 

33e: L'intervalle entre Senna et Prost se chiffre désormais à quinze secondes.

 

34e: A l'Ostkurve, Berger tente de doubler Ghinzani qui ne le voit pas et le tasse vers la droite. L'Autrichien relâche à peine l'accélérateur et passe tout de même en mettant les quatre roues sur l'herbe mouillée. Il exprime ensuite par gestes sa colère envers l'Italien... De Cesaris part derechef en toupie à la Sachskurve. Il se relance mais cette fois doit repasser par les stands pour remplacer ses gommes encrassées. Fou furieux, Gunther Schmidt passe un savon au maladroit Italien.

 

35e: Prost glisse en sortant de la seconde chicane et part en tête-à-queue. Il reste toutefois sur la piste et repart sans problème. Mais ses pneus arrière sont usés et il est dorénavant astreint à la plus grande prudence.

 

36e: Nannini se rapproche dangereusement de Berger qui comme d'ordinaire a les yeux rivés sur sa jauge d'essence. Patrese tire tout droit à l'entrée du Stadium et fracasse sa Williams dans le mur de protection. Les deux Williams sont out.

 

37e: Senna devance Prost (27.9s.), Berger (52s.), Nannini (1m.), Alboreto (1m. 26s.), Capelli (1m. 43s.) et Boutsen (1m. 50s.).

 

38e: Nannini regagne les stands au ralenti. Une ferrure de commande de gaz vient de se briser sur la Benetton. Bien qu'il ne reste que six tours à parcourir, les mécaniciens tentent tout de même une réparation.

 

40e: Comme Prost, Senna lève le pied pour préserver ses pneus et son essence. Streiff renonce suite à la rupture de son câble d'accélérateur. Il occupait la quatorzième place. Larrauri perd l'usage de son quatrième rapport et va finir l'épreuve à faible allure.

 

41e: Senna est premier devant Prost (25.1s.), Berger (50s.), Alboreto (1m. 28s.), Capelli (1m. 58s.), Boutsen (2m. 11s.), Warwick (-1t.), Gugelmin (-1t.), Nakajima (-1t.) et Cheever (-1t.).

 

42e: Senna reste dans le sillage de son ami Boutsen. Nannini reprend la piste avec deux tours de retard... et signe le meilleur chrono du jour: 2'03''032'''.

 

44ème et dernier tour: Boutsen laisse passer Senna dans les derniers mètres pour ne pas parcourir une boucle supplémentaire. Nakajima tente une « attaque kamikaze » sur Gugelmin à la seconde chicane, en vain. Le Nippon évite de peu le tête-à-queue.

 

Ayrton Senna remporte sa cinquième victoire de la saison, treize secondes devant Prost. Berger finit troisième et précède son équipier Alboreto. Capelli accroche deux points mérités puisqu'il couvert le Grand Prix sans embrayage. Boutsen récolte le dernier point et peut s'estimer heureux car sa Benetton était réglée pour évoluer sur une piste sèche. Suivent Warwick, Gugelmin, Nakajima, Cheever, Palmer, Schneider, de Cesaris, Ghinzani, Caffi, Larrauri, Arnoux, Nannini et Dalmas.

 

Après la course

McLaren totalise neuf victoires en neuf courses cette saison. Cette incroyable série permet à l'équipe de Ron Dennis de battre son propre record de huit victoires consécutives établi en 1984 et 1985.

 

Ayrton Senna paraît fatigué sur le podium et ne salue la foule que d'un timide signe de la main. « Après cette victoire et celle de Silverstone, les gens vont encore dire que j'aime la pluie, c'est totalement faux ! » proteste le Brésilien. « Les risques sont grands, c'est dangereux, mais une course reste une course, qu'il fasse beau ou qu'il pleuve. En Angleterre, les difficultés provenaient d'une visibilité nulle, ici c'étaient les conditions d'adhérence. La piste était grasse, sale. Dans le dernier tiers de la course, j'ai fait preuve de prudence, préférant perdre une à deux secondes dans un dépassement tangent, plutôt que de tout perdre. D'autant que ma voiture ne possédait pas un comportement homogène. Elle devenait de plus en plus instable au fur et à mesure que le réservoir se vidait. »

 

Alain Prost se satisfait d'avoir démontré à ses détracteurs qu'il savait encore être rapide sous la pluie. « Je suis content d'avoir fait jeu égal avec Ayrton, et même d'avoir été plus rapide à certains instants », dit-il, en oubliant son départ manqué et son tête-à-queue. « Le championnat n'est pas terminé... » répète Alain comme un leitmotiv. « Mais, certains ne le comprendront peut-être pas, le titre mondial n'est plus le but de ma vie ainsi qu'il l'est pour Senna. C'est comme ça et je l'admets. »

 

Mal payé de ses efforts, Alessandro Nannini a néanmoins encore une fois fait étalage de son adresse sur piste humide. Il aurait probablement doublé dans les derniers tours un Gerhard Berger à court d'essence sans cette avarie. « Je me suis bien amusé tout de même ! » déclare le jeune Italien dans un sourire. Ses qualités sont maintenant reconnues et il fera sans doute un premier pilote très convenable pour Benetton en 1989, ce dont certains doutaient encore il y a peu.

 

Au classement général, Senna (57 points) revient à trois longueurs de Prost (60 pts). Mais cette saison, c'est le nombre de victoires qui fera probablement le champion, et pour la première fois le Brésilien en compte une de plus que son adversaire. Les autres pilotes, Berger (25 pts), Alboreto (16 pts), Piquet (15 pts), Boutsen (12 pts) sont repoussés à des années-lumière. Chez les constructeurs, ce nouveau doublé permet à McLaren de porter son avance sur Ferrari à 76 points.

Tony