Gerhard BERGER
 G.BERGER
Ferrari
Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Williams Honda

448e Grand Prix

XVI Grande Premio de Portugal
Ensoleillé
20 septembre 1987 - Estoril
70 tours x 4.350 km - 304.500 km
Course interrompue après 2 tours suite à un accident, relancée pour la distance originale.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
28e victoire pour Alain Prost, nouveau record.

Mansell, dopé ou fainéant ?

Les soupçons de dopage autour de Nigel Mansell persistent en cette fin d'été. Le Sunday Times, qui jusqu'ici soutenait le Britannique, énumère dans un article ses « coups de pompe » successifs, à Détroit, au Castellet, au Budapest... A chaque fois, à la fin du Grand Prix, Nigel eut toutes les peines du monde à s'extraire de son cockpit !

 

Accusé de lui fournir des substances illicites, le Dr. Grajales Roblès monte au créneau pour se défendre et livre une explication plausible à ces incidents: « Mansell n'est pas le seul pilote victime de défaillances. Ce n'est pas un problème de drogue, mais de très mauvaise préparation physique. Pas assez de sport, pas de régime alimentaire, pas de réhydratation suffisante, perte de sels minéraux. Sa résistance aux différents stress du pilotage est trop faible. » En effet, malgré sa carrure imposante, Mansell ne prend guère soin de sa santé et fréquente bien plus souvent les greens de golf que les salles de sport. Son cas n'est pas unique. Au début de sa carrière, Ayrton Senna était également sujet à des évanouissements en fin de course, avant que son entraînement physique soit pris en main par les spécialistes Nuno Cobra et Pierre Baleydier.

 

Elf courtise McLaren

En 1986, Elf était partie prenante des pourparlers avortés entre McLaren et Renault. Depuis, le pétrolier français se consacre exclusivement à sa collaboration avec Lotus-Honda. Mais la création de la « dream team » McLaren – Honda – Prost – Senna réveille les ambitions de François Guiter. Avec son adjoint Dominique Savary, il élabore un plan ambitieux de rapprochement avec McLaren qui permettrait à Elf de conserver Honda et Senna... et de récupérer Alain Prost, quatre ans après sa rupture brutale avec Renault. A Monza, Guiter et Savary ont présenté leurs propositions à Ron Dennis. Ils lui offrent un encadrement technique de premier ordre. Dennis se montre enthousiaste, d'autant plus que son actuel fournisseur Shell envisagerait de restreindre son effort financier en Formule 1. Toutefois, la firme britannique pressent le danger et, courant septembre, formule d'autres avances intéressantes à McLaren.

 

En parallèle, Peter Warr a vent des tractations entre Dennis et Guiter. Il ne veut à aucun prix perdre le soutien d'Elf et s'active à son tour pour arracher une prolongation de contrat.

 

Présentation de l'épreuve

En août 1982, Patrick Tambay avait succédé à Didier Pironi comme leader de la Scuderia Ferrari. Cinq ans plus tard, après la mort accidentelle de celui-ci, l'histoire se répète: il le remplace au poste de consultant pour Canal Plus. Le Cannois aborde cette nouvelle expérience avec détachement. Il a coupé les ponts avec la Formule 1, et avec la monoplace en général. Il vient de repousser une offre de Vince Granatelli pour remplacer Roberto Guerrero, grièvement blessé à Indianapolis. A son arrivée au Portugal, Tambay et son collègue Thierry Gilardi se heurtent aux formalités d'accréditation. Ils sont mal assez reçus par les préposés de la FOPA. Bernie Ecclestone s'inquiète de voir TF1 se désintéresser de la Formule 1 au profit de Canal Plus. Malgré ses deux millions d'abonnés, la chaîne cryptée draine forcément moins de téléspectateurs que sa rivale...

 

Jacques Laffite, directeur sportif (pour rire) de l'écurie Ligier, déambule dans le paddock d'Estoril, flanqué de deux avocats. Il tente de constituer un dossier pour porter plainte contre les propriétaires du circuit de Brands-Hatch, estimant qu'un défaut de sûreté est à l'origine des graves blessures aux jambes dont il se remet difficilement. Ces démarches ne sont guère appréciées par la FISA et la FOCA qui craignent de voir se multiplier les procédures judiciaires au moindre accident.

 

De nombreuses écuries s'interrogent sur le choix de leur motorisation pour 1988. Faut-il poursuivre avec les groupes suralimentés qui disparaîtront en 1989, ou revenir aux moteurs atmosphériques ? Ceux-ci pourront-ils rivaliser avec les premiers dont la pression sera désormais limitée à 2,5 bars ? La préférence semble aller aux moteurs aspirés. Ford a ainsi décidé d'abandonner son V6 turbo et de commander un nouveau V8 atmosphérique à Cosworth, que Benetton utilisera sans doute dès 1988. De même, Minardi devrait se séparer du calamiteux turbo Motori Moderni pour se tourner vers Cosworth. En revanche, c'est contrainte et forcée par la défection de Honda que Williams se rabat sur les V8 Judd. Selon Jack Brabham, qui est un associé du petit préparateur britannique, ce sont les Japonais eux-mêmes qui ont demandé à John Judd de motoriser l'écurie de Didcot.

 

La Lotus 99T de Senna possède dorénavant un by-pass d'échangeur chargé d'envoyer de l'air vers le moteur dans certaines circonstances. Ferrari a opéré un lourd travail sur ses moteurs, dotés de nouveaux turbos Garrett. Les V6 sont désormais munis de capteurs qui permettent de surveiller leur comportement par télémétrie. Un double aileron arrière génère beaucoup d'appui sur ce tracé sinueux d'Estoril. Arrows supprime les prises d'air schnorkel et modifie son boîtier électronique pour permettre aux ingénieurs de mieux suivre le fonctionnement du moteur Megatron. Williams apporte quatre voitures: deux à suspension active, deux à suspension « passive ». Mansell opte finalement comme son équipier pour le système hydraulique. Pour la première fois depuis longtemps, Osella apporte un nouveau châssis confié à Forini. Ce Grand Prix du Portugal se déroule sans l'équipe Coloni qui ne reviendra qu'au Grand Prix d'Espagne.

 

Les qualifications

Ferrari confirme sa montée en puissance et décroche la pole position pour la première fois depuis le GP du Brésil 1985 ! Mansell avait pourtant signé le meilleur temps le vendredi. Mais le lendemain, Berger améliore ce chrono juste avant qu'une averse inonde le piste et mette fin de fait à la séance. C'est aussi la première position de pointe du jeune Autrichien. Si Alboreto (sixième) a rencontré des soucis de boîte de vitesses, la Scuderia exulte. Les Ferrari impressionnent surtout par leur vitesse de pointe, supérieure à celle du V6 Honda. Bernie Ecclestone apporte une caisse de champagne à Marco Piccinini. « Ce qui est bon pour Ferrari est bon pour la Formule 1 ! » clame le président de la FOCA.

 

Mansell se contente donc de la seconde place. Mais il est très contrarié car il estime que son moteur manque de puissance. Or Honda refuse de le remplacer, arguant qu'au contraire il fonctionne très bien ! Voilà qui renforce encore la suspicion du Britannique à l'égard des Japonais... Piquet (4ème) se plaint quant à lui de vibrations sur son châssis. Prost (3ème) ne connaît pas cette fois de soucis avec son moteur. Johansson (8ème) rencontre toutefois des problèmes électriques. Les Lotus-Honda (Senna 5ème, Nakajima 15ème) sont toutes deux victimes d'incendies, conséquences de fuites du fluide de suspension sur les échappements brûlants. Patrese place sa Brabham à une belle septième place, comme souvent assez loin devant de Cesaris (13ème). Les Benetton-Ford (Boutsen 9ème, Fabi 10ème) souffrent ici de survirage. Elles précèdent les Arrows (Cheever 11ème, Warwick 12ème) dont le comportement s'est nettement amélioré.

 

Nannini brille toujours en plaçant sa Minardi-Motori Moderni au 14ème rang. Campos (20ème) rencontre beaucoup de soucis avec son embrayage. Les Zakspeed (Danner 16ème, Brundle 17ème) connaissent leur habituel lot d'avaries mécaniques. Chez Ligier, la pénurie de quatre cylindres Megatron contraint Arnoux (18ème) et Ghinzani (23ème) à la parcimonie. Alliot (19ème) décroche la « pole » en « D2 » devant Streiff (21ème), Capelli (22ème) et Palmer (24ème). Les Osella de Caffi et de Forini parviennent à se qualifier en dernière ligne, aux dépens de l'AGS de Pascal Fabre. Le jeune Lyonnais est dépité car ses commanditaires Jet Service et Acto Restor sont sur le point de l'abandonner...

 

Le Grand Prix

Le moteur de Mansell est finalement remplacé dimanche matin, mais l'Anglais n'est toujours pas satisfait et dénonce un manque criant de vitesse de pointe. Les Williams ne paraissent pas très performantes puisque ce sont Prost et Berger qui signent les meilleurs chronos de l'échauffement. Suite à une rupture de roulement de roue, Fabi doit prendre son mulet juste avant le départ et s'élance depuis les stands.

 

Départ: Mansell prend un meilleur départ que Berger et s'empare du commandement. Prost est troisième devant Senna. Piquet et Alboreto tentent de virer côte à côte à l'entrée de la seconde courbe, mais ils se touchent. La Ferrari part en toupie et sème le chaos. Warwick exécute un tête en tête-à-queue afin de les éviter. Nakajima plonge à droite et percute la Zakspeed de Brundle. Campos, Arnoux, Danner, Cheever et Alliot surgissent sur ces entrefaites et s'accrochent. La piste est totalement obstruée.

 

1er tour: Mansell est en tête tandis que le drapeau noir n'est toujours pas brandi. Cheever et Alliot tentent de regagner les stands avec des suspensions pliées. Piquet roule avec une calandre endommagée et un carénage inférieur ébréché.

 

2e: Berger attaque et dépasse Mansell dans le premier virage. Le peloton découvre ensuite les épaves des concurrents impliqués dans le carambolage et des commissaires courant dans tous les sens. Par bonheur, tout le monde parvient à éviter les obstacles. C'est alors seulement que le directeur de course Amédée Pavesi prend la sage décision d'interrompre le Grand Prix...

 

Après de longues minutes d'arrêt, la course est relancée pour la distance originale. Tous les pilotes prennent ce second départ, excepté Danner car Zakspeed donne son unique voiture de réserve à Brundle. Alboreto, Arnoux et Cheever sont dans leurs mulets. Piquet craignait de devoir repartir avec la FW11B de secours, dépourvue de suspension active, mais finalement sa voiture est « retapée » à temps. Palmer ne parvient pas à faire démarrer son moteur et s'élance depuis les stands, à l'instar de Campos dont la Minardi a été remise en état à la dernière minute.

 

Deuxième départ: Mansell dépasse de nouveau Berger, bientôt attaqué par Piquet à l'extérieur. L'Autrichien résiste et tasse le Brésilien qui met deux roues dans l'herbe et se fait doubler par Senna.

 

1er tour: Mansell mène devant Berger, Senna, Piquet, Prost, Alboreto, Boutsen, Patrese, Johansson et Cheever. Campos s'arrête aux stands pour faire régler son train avant.

 

2e: Comme tout à l'heure, Berger prend l'aspiration derrière Mansell et le double dans la ligne droite principale. Piquet attaque Senna, sans succès.

 

3e: Berger creuse l'écart sur Mansell. Alboreto double Prost.

 

4e: Berger a deux secondes de marge sur Mansell. Senna résiste à Piquet au moyen de trajectoires peu orthodoxes...

 

5e: Mal parti, Fabi effectue une belle remontée. Il a doublé de Cesaris, Cheever et Johansson, et pointe au neuvième rang.

 

6e: Berger précède Mansell (3.1s.), Senna (6.3s.), Piquet (6.7s.), Alboreto (8.5s.), Prost (9.4s.) et Boutsen (11s.).

 

7e: Piquet menace Senna mais le jeune Brésilien ne bronche pas face aux attaques de son aîné. Alboreto les observe, tandis que Prost roule prudemment car ses pneus engendrent de fortes vibrations sur son châssis.

 

8e: Piquet tente de faire l'intérieur à Senna dans la grande courbe à gauche, en contre-bas du paddock, en vain. Fabi prend la huitième place à Patrese.

 

10e: Berger devance Mansell (4s.), Senna (9s.), Piquet (9.5s.), Alboreto (11s.), Prost (11.6s.), Boutsen (14s.), Fabi (18s.), Patrese (21s.), Johansson (21.4s.), Cheever (22s.), de Cesaris (24s.), Warwick (24.5s.) et Nannini (29s.).

 

11e: A l'abord de la Parabolica Interior, Piquet déborde Senna par l'intérieur et cette fois s'empare de la troisième place.

 

12e: Mansell retrouve des chevaux et part à la chasse de Berger. Il signe le meilleur tour (1'22''834''') depuis le début de l'après-midi. Senna ralentit soudainement dans la ligne droite principale et laisse passer Alboreto, Prost, puis Boutsen. Il reste tout de même en piste.

 

13e: Mansell revient à trois secondes de Berger. Senna se fait dépasser par Fabi. Il n'est plus que huitième.

 

14e: Le moteur de Patrese explose dans la parabolique. Senna revient enfin à son stand à très faible allure. Quelques secondes plus tard, Mansell s'arrête dans une échappatoire. Une panne électrique a coupé son moteur. L'Anglais perd vraisemblablement ses dernières chances d'être titré.

 

15e: Les mécaniciens de Lotus remplacent le potentiomètre d'accélérateur de Senna. Le Brésilien reprend la piste avec deux boucles de retard.

 

16e: Berger mène désormais devant Piquet (10s.), Alboreto (13.6s.), Prost (14.3s.), Boutsen (17.4s.) et Fabi (25s.).

 

18e: Alboreto et Prost se rapprochent un peu de Piquet dont le châssis n'est pas très efficace.

 

20e: Berger précède Piquet (9s.), Alboreto (12s.), Prost (13s.), Boutsen (18s.), Fabi (23s.), Johansson (36s.), Cheever (39s.), Warwick (37s.) et de Cesaris (46s.).

 

21e: Prost commence à menacer Alboreto, ce qui permet à Piquet de reprendre du champ.

 

22e: Sept secondes entre Berger et Piquet. Boutsen s'arrête aux stands pour chausser des pneus neufs. Mais son moteur refuse de redémarrer, et les mécaniciens entreprennent de remplacer le boîtier électronique de la Benetton. Victime d'une crevaison, Johansson change ses pneus et chute au dixième rang.

 

23e: Warwick part en tête-à-queue dans la première parabolique et s'enlise dans les graviers. Il demande l'aide des commissaires pour repartir mais ceux-ci sont mal coordonnés: tandis que les uns poussent l'Arrows, les autres la tirent... Finalement, l'Anglais redémarre en vingt-et-unième position.

 

24e: Berger améliore le meilleur chrono. Il précède Piquet (13.6s.), Alboreto (17.6s.), Prost (19.1s.), Fabi (28s.), Cheever (45.5s.) et de Cesaris (46.6s.).

 

25e: Alboreto est revenu derrière Piquet. Warwick passe par les stands pour faire remplacer ses gommes encrassées.

 

26e: Ghinzani abandonne suite à une panne de capteur d'allumage. Warwick exécute une autre figure et stoppe face à un rail. De nouveau, il redémarre à la poussette... sous le nez de Cheever et de de Cesaris ! Boutsen reprend la piste avec six tours de retard.

 

27e: Dans la courte ligne droite vers la parabolique intérieure, Piquet hésite derrière la Ligier de Ghinzani. Alboreto en profite pour s'infiltrer en zigzag entre la Williams et la Ligier... le voici second. Les deux Ferrari sont en tête du Grand Prix.

 

28e: Alboreto compte dix-sept secondes de retard sur Berger, mais il ne distance pas Piquet. Campos abandonne après avoir endommagé un radiateur dans un passage dans les graviers

 

29e: Dans la descente vers le virage n°3, Alboreto est gêné par Nakajima, ce qui permet à Piquet de s'infiltrer à droite et de reprendre la deuxième place. Prost essaie d'en profiter pour doubler à son tour Alboreto, mais celui-ci ferme la porte. Caffi arrête son Osella car un de ses turbos prend feu.

 

30e: Piquet s'arrête à son stand pour changer de pneus (10.3s.). Le Brésilien repart cinquième. Berger précède Alboreto de vingt-et-une secondes, Prost de vingt-deux secondes.

 

31e: De Cesaris prend la sixième place à Cheever. Arnoux abandonne après qu'une pierre a percé son échangeur. Il était douzième.

 

32e: Arrêt de Prost (7.6s.). Le Français se retrouve en quatrième position, devant Piquet, et avec un train de pneus beaucoup plus performant que le précédent. La troisième place est désormais occupée par Fabi.

 

34e: Changement de pneus pour Berger (8.5s.). Le jeune Autrichien repart en seconde position, laissant le commandement provisoire à Alboreto. Alliot s'arrête dans les graviers suite à une chute de pression d'essence sur sa Lola.

 

35e: Alboreto mène devant Berger (7s.), Fabi (18s.), Prost (19s.) et Piquet (20s.). Senna évolue au quinzième rang. Brundle change ses gommes. Forini quitte la course après avoir cassé son porte-moyeu arrière-droit.

 

36e: Prost est gêné par Fabi, ce qui permet à Piquet de le menacer. Alboreto s'arrête enfin aux stands. L'arrêt est très rapide: 6.8s. ! Hélas, l'Italien repart seulement cinquième, derrière Prost et Piquet. Brundle renonce suite à la rupture de son radiateur de transmission.

 

37e: Berger a repris le commandement. Il compte seize secondes de marge sur Fabi qui retient toujours Prost et Piquet et a décidé de ne pas changer de pneus.

 

39e: Prost déborde Fabi au troisième virage et s'empare de la deuxième place. Peu après, Piquet double à son tour le pilote Benetton. Alboreto gare sa Ferrari dans l'herbe: l'arbre primaire de sa boîte de vitesses s'est cassé. Cheever change de gommes et cède ainsi la sixième place à Johansson.

 

40e: Berger mène devant Prost (15s.), Piquet (17s.), Fabi (19s.), de Cesaris (1m. 04s.), Johansson (1m. 05s.), Cheever (1m. 09s.), Nannini (-1t.) et Nakajima (-1t.). Capelli (10ème) est leader en « seconde division » devant Streiff et Palmer.

 

41e: Prost roule en 1'20''830''', et montre par là qu'il a bien l'intention de rattraper Berger. Changement de gommes pour de Cesaris.

 

42e: Prost revient à douze secondes de Berger. Piquet se débat avec une mauvaise tenue de route car son carénage inférieur est endommagé. Par ailleurs, il laisse Fabi se rapprocher, pensant que ce dernier évolue un tour derrière lui...

 

43e: Nannini fait halte aux stands pour mettre des gommes neuves.

 

44e: Berger se joue habilement du trafic et maintient une marge d'une douzaine de secondes sur Prost.

 

46e: Berger mène devant Prost (12.5s.), Piquet (22.3s.), Fabi (24.9s.), Johansson (1m. 10s.), de Cesaris (-1t.) et Cheever (-1t.).

 

48e: Les pneus de Berger se sont trop rapidement altérés. L'Autrichien perd de l'adhérence.

 

49e: Streiff effectue un tête-à-queue et perd deux places au profit de Senna et de Palmer. Ses pneus sont très usés et il ne pourra pas rattraper son équipier et rival.

 

50e: Berger est en tête devant Prost (12s.), Piquet (27s.), Fabi (32s.), Johansson (1m. 18s.), de Cesaris (-1t.), Cheever (-1t.), Nannini (-1t.), Nakajima (-1t.) et Capelli (-2t.). Senna est onzième.

 

51e: Prost, qui roulait jusqu'ici sur des rails, passe à l'attaque et reprend une seconde et demie à Berger.

 

52e: Prost signe un temps excellent: 1'20''200'''. Il n'est plus qu'à huit secondes de Berger. Fabi met une forte pression sur Piquet. Nakajima double Nannini.

 

54e: Prost a mieux su préserver ses pneus que Berger. Conséquence: il ne cesse de remonter sur la Ferrari. L'intervalle est de six secondes.

 

55e: Berger devance Prost (5.1s.), Piquet (30.8s.), Fabi (34s.), Johansson (-1t.), de Cesaris (-1t.) et Cheever (-1t.).

 

56e: De Cesaris est au ralenti à cause d'une canalisation d'essence brisée. Il doit abandonner une nouvelle fois et laisse ainsi la sixième place à Cheever.

 

58e: Prost laisse de côté sa prudence habituelle et se démène pour rattraper Berger. Pour une fois que son moteur TAG tourne rond, il compte bien gagner ! Quatre secondes le séparent encore de sa cible.

 

59e: Piquet est gêné par Boutsen qui fait ainsi le jeu de son équipier Fabi. L'Italien est tout proche de la Williams mais ses pneus sont trop abîmés pour qu'il puisse risquer un dépassement.

 

60e: Berger est leader devant Prost (3.8s.), Piquet (47s.), Fabi (47.8s.), Johansson (-1t.), Cheever (-1t.), Nakajima (-2t.), Nannini (-2t.), Senna (-2t.) et Capelli (-2t.).

 

61e: L'écart se stabilise entre Berger et Prost. Le Français aurait-il trop demandé à ses pneumatiques ?

 

63e: Senna est très rapide en cette fin de course. Il prend la huitième place à Nannini.

 

64e: Prost passe pour la première fois sous la barre d'1'20''. Il n'est qu'à trois secondes et demie de Berger, mais ce dernier ne s'en laisse pas conter et appuie aussi sur le champignon.

 

65e: Prost signe son meilleur tour: 1'19''509'''. Il ne concède plus que trois secondes au leader.

 

66e: Berger réplique à Prost et réalise le meilleur tour de la course: 1'19''282'''. Il reste quatre tours. La tension est grande dans le stand Ferrari où on attend une victoire depuis plus de deux ans.

 

67e: Prost est cette fois plus rapide que Berger. Deux secondes les séparent. Senna prend la septième place à Nakajima.

 

68e: Poussé dans ses derniers retranchements, Berger craque sous la pression. Après avoir trop longtemps scruté ses rétroviseurs, il perd l'arrière de sa Ferrari au virage n°7, dérape et part en tête-à-queue. Prost s'empare du commandement ! Berger remet les gaz aussitôt, exécute un 360° et reprend sa route. Mais il vient de perdre la victoire.

 

69e: Prost a vingt secondes d'avance sur Berger. Après un superbe Grand Prix, Nannini tombe en panne d'essence. Il était neuvième.

 

70e: Fabi s'immobilise en panne sèche à quelques mètres de l'arrivée. Néanmoins, comptant un tour d'avance sur Johansson, il ne perdra pas de place.

 

Alain Prost remporte le GP du Portugal et obtient ainsi la vingt-huitième victoire de sa carrière. Évidemment déçu, Berger termine deuxième et monte tout de même sur son premier podium pour Ferrari. Piquet prend la troisième place. Fabi se classe quatrième malgré son abandon. Il précède Johansson et Cheever. Senna est septième devant son équipier Nakajima. Neuvième, Capelli remporte la course des moteurs atmosphériques devant Palmer. Nannini est classé onzième. Suivent Streiff, Warwick et Boutsen.

 

Prost sur le toit de la Formule 1

Après une longue attente de quatre mois, Alain Prost parvient finalement à épingler ce 28ème succès qui lui permet de battre le record de Jackie Stewart. L'Écossais est d'ailleurs l'un des premiers à le féliciter. Le champagne coule à flots dans le motorhome Marlboro. Le directeur commercial Richard West sort d'un tiroir vingt-huit petits drapeaux à damiers en plastique qu'il dissimulait depuis Monaco ! Il les distribue aux mécaniciens, ainsi qu'à Prost et à Johansson, pour immortaliser par une photographie cette victoire historique et si désirée. Pour une fois, Prost n'a pas mis la pédale douce en fin de course. « J'ai choisi de pousser au maximum, j'ai vraiment attaqué à fond, c'était tout ou rien, explique-t-il. J'étais au maximum sur l'essence, sur les pneus, sur les freins, sur le châssis, sur le moteur, et même sur le pilote... Et j'ai eu beaucoup de chance, car je suis certain qu'à l'arrivée il ne devait plus rester beaucoup de carbone sur mes freins... » Son duel face à Berger a électrisé le public qui ne s'était pas autant régalé depuis longtemps. « Vu la façon dont nous attaquions Gerhard et moi, il était évident que l'un de nous deux ne rejoindrait pas l'arrivée intact, admet Prost. Plus les tours passaient, plus je revenais sur lui et plus je voyais sa Ferrari glisser. »

 

Ainsi, Prost réussit à surpasser avec la manière ce record de victoires qui paraissait inaccessible il y a encore quelques années. Cette performance efface presque cette saison 1987 médiocre, au cours de laquelle McLaren et surtout Porsche ne lui ont pas offert un matériel lui permettant de rivaliser avec les Williams-Honda. Son amie la chronométrice Anne Boisnard, qui le suit depuis son arrivée chez Renault, ne tarit pas d'éloge à son égard: « Alain est au sommet de son art. Je le considère comme le plus grand de tous les champions de la F1. Et même si l'histoire ne peut se répéter, il pourrait, à ce jour, être déjà cinq fois champion du monde. Il aurait mérité de gagner le titre en 1982, 1983 et 1984. » C'est donc un champion au moral acéré que se prépare à affronter le très ambitieux Ayrton Senna en 1988.

 

Berger et Mansell dépités, Piquet en route vers le titre

Chez Ferrari, l'ambiance n'est évidemment pas la même. Gerhard Berger est effondré: « J'étais tout le temps à la limite. Et puis, je le sais, j'ai commis une erreur. Je ne suis pas Alain Prost ou Niki Lauda... » Heureusement, Enzo Ferrari lui téléphone aussitôt après l'arrivée pour le rasséréner. « Ne faisons pas un drame de cette défaite ! » dit le vieil homme. Et en effet, l'important est que la Ferrari a montré qu'elle était désormais tout à fait capable de gagner un Grand Prix à la régulière. « Berger est encore jeune, il a besoin d'apprendre. Mais il est dans la lignée de Niki » ajoute le Commendatore, dont le compliment va droit au cœur de l'intéressé.

 

Du côté de Williams, Nigel Mansell poursuit sa complainte: « A Monza, on m'avait donné un mauvais moteur. Ici, mon moteur casse. C'est de mal en pis. » Ces propos parviennent aux oreilles des ingénieurs nippons qui restent muets... En privé, Nigel serait plus explicite et vouerait aux gémonies de ce p***** de moteur Honda ! » Avec vingt-quatre points de retard sur Nelson Piquet à quatre épreuves du but, ses chances de devenir champion du monde sont presque réduites à néant. Au point que certains se demandent si Frank Williams ne va pas lui demander de protéger son équipier contre un éventuel retour d'Ayrton Senna, désormais seul rival crédible du Carioca.

 

Prost n'est seul à faire tomber un record. En finissant troisième, Piquet monte sur son neuvième podium consécutif, égalant les séries établies par Jim Clark en 1963 et Niki Lauda en 1975-76. Le Carioca jouit cette année d'une baraka extraordinaire puisque malgré une course terne, il augmente encore son avance sur Senna et Mansell qui n'ont pas inscrit de points. Il possède maintenant dix-huit longueurs d'avance sur Senna, vingt-quatre sur Mansell, vingt-sept sur Prost. Rien ne semble pouvoir désormais empêcher le Carioca de devenir champion du monde. Au classement des constructeurs, Williams (110 pts) se rapproche de la consécration pendant que McLaren (62 pts) reprend la seconde place à Lotus (55 pts). Ferrari (26 pts) sécurise sa quatrième position contre Benetton (20 pts).

 

 

Trophée Jim Clark Trophée Colin Chapman
1. J. Palmer 71 pts 1. Tyrrell-Ford-Cosworth 129 pts
2. P. Streiff 58 pts 2. AGS-Ford-Cosworth 35 pts
3. P. Fabre 35 pts 3. March-Ford-Cosworth 34 pts
4. I. Capelli 34 pts 4. Lola-Ford-Cosworth 25 pts
5. P. Alliot 25 pts
Tony