Ayrton SENNA
 A.SENNA
Lotus Honda
Gerhard BERGER
 G.BERGER
Ferrari
Stefan JOHANSSON
 S.JOHANSSON
McLaren TAG Porsche

451e Grand Prix

XIV Japanese Grand Prix
Couvert
1 novembre 1987 - Suzuka
51 tours x 5.859 km - 298.809 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Nelson PIQUET est Champion du Monde
Constructeur
Moteur

Piquet - Mansell: un duel de mathématiciens...

A deux manches de la fin du championnat, le duel qui oppose les deux pilotes Williams dans la quête des lauriers mondiaux est complexifié par le règlement. Sur le papier, Nelson Piquet (73 points) jouit d'un confortable matelas de douze longueurs sur Nigel Mansell (61 pts). Mais selon le barème en vigueur, seuls les onze meilleurs résultats de chaque pilote sont pris en compte au terme de la saison. Or, en quatorze Grands Prix, le Brésilien est entré à douze reprises dans les points, contre seulement neuf fois pour l'Anglais, qui n'aura donc rien à retrancher. Piquet a empoché trois victoires, sept (!) secondes places, une troisième position et une quatrième place à Jerez, déjà gommée. Par conséquent, au Japon et en Australie, il doit au moins obtenir une première et une seconde position pour augmenter son capital. Sa marge de manœuvre est donc plus réduite qu'il n'y paraît.

 

Le défi n'en demeure pas moins ardu pour Mansell qui devra sans doute gagner ces deux épreuves pour coiffer son rival en poteau. A Suzuka, il doit lui reprendre au moins quatre points pour retarder sa consécration. Pour sa part, Piquet ne peut pas se contenter de finir second derrière son adversaire, car dans ce cas il perdrait les quatre unités de la troisième place décrochée au Portugal. Et n'aurait plus que cinq points de marge avant la dernière course...

 

Par ailleurs, le Trophée Jim Clark récompensant le meilleur pilote de la « catégorie atmosphérique » devrait être décerné à Jonathan Palmer qui compte neuf points d'avance sur son équipier Philippe Streiff, et sera donc assuré de cette consécration si ce dernier n'inscrit aucun point au Japon. Le grand Isérois est cependant décidé à se battre jusqu'au bout car son baquet chez Ken Tyrrell est menacé et il pourrait bien se retrouver sans emploi en 1988.

 

Bienvenue à Honda Land

Après dix ans d'absence, la Formule 1 revient au Japon sur le circuit de Suzuka, propriété de Honda, situé à cinquante kilomètres de Nagoya. Dessiné au début des années 60 par John Hugenholtz, il a bénéficié de profonds aménagements pour accueillir cet événement. Le résultat est alléchant: ce tracé en forme de huit (un pont enjambe la piste) fait l'unanimité grâce à son aspect très technique. Tout en relief et en dévers, c'est une succession de virages serrés (les Esses qui suivent la ligne de départ) et de courbes rapides (la « cuillère », le « 130R »). Avec seulement deux lignes droites relativement courtes, ce parcours s'annonce très éprouvant pour les coureurs. « Je suis très impressionné, avoue Gerhard Berger. Nous avons à faire à un vrai circuit de pilotage. Il faudra être fin et résistant. » Arnoux, Johansson, Cheever, Capelli, Fabi et Boutsen qui ont roulé ici naguère ne reconnaissent pas les installations. L'allée des stands est très large, les tribunes et la salle de presse spacieuses. Tous les travaux de sécurité ont été réalisés en temps utile. Hiromichi Suzuki, président du comité d'organisation, chiffre à neuf millions de dollars le montant de cette mise à niveau.

 

Les Japonais se sont engagés jusqu'en 1991 avec Bernie Ecclestone moyennant une surprime de six millions de dollars. « Ce que me coûte Brabham cette année... » avoue le président de la FOCA. Par ailleurs, Honda a fait les choses en grand pour drainer la foule en créant un immense complexe touristique et festif autour de l'autodrome. Une grande roue surplombe ainsi le paddock. De plus, la couverture médiatique est exceptionnelle. Fuji TV, le commanditaire exclusif de l'épreuve, lance un commando de 150 journalistes, techniciens, cameramen etc. Son service des sports installe trente-six caméras, soit plus du double que ce que l'on trouve sur les autres Grands Prix ! Pour les Nippons, cet événement sportif est le plus important depuis les Jeux olympiques de Tokyo de 1964.

 

Ce déploiement de moyens colossaux confirme, selon l'expression de Renaud de Laborderie, « l'omnipotence de Honda dans le royaume de la Formule 1 ». Afin de ménager la susceptibilité des autres constructeurs automobiles de l'archipel, Soichiro Honda a accepté de rebaptiser le circuit « Suzuka Circuit Land Company Ltd. » en lieu et place de « Honda Land Circuit Company Ltd. ». Mais personne ne s'y trompe, nous sommes là au cœur de l'empire hondiste. Pour briller à domicile, l'ingénieur Sakurai apporte à Williams et à Lotus les meilleurs V6 disponibles. Mais Honda songe aussi à l'avenir et accueille chaleureusement les pontes de son futur partenaire McLaren: Ron Dennis, Mansour Ojjeh et Alain Prost. Ceux-ci reçoivent même la visite de M. Koji Kakizawa, le vice-ministre des Transports.

 

Présentation de l'épreuve

Sans sponsor, sans moteur, sans ingénieur et sans pilote, Brabham n'a pas trouvé de repreneur pour la saison 1988. Bernie Ecclestone est pourtant résolu à se débarrasser de cette vénérable écurie créée il y a déjà un quart de siècle. Selon les dernières rumeurs, il négocierait son rachat par... Alfa Romeo ! Certes la firme milanaise doit prochainement abandonner la Formule 1 selon les directives de Fiat. Mais en fait, selon quelques journalistes, Motor Racing Developments serait chargée de concevoir le châssis d'une Alfa Romeo 164 destinée au futur championnat du monde Silhouette que la FISA doit mettre sur pied en 1989. Une discipline dont le promoteur ne sera autre qu'Ecclestone Bernie...

 

Benetton cherche toujours un remplaçant à Teo Fabi pour la saison 1988. Johnny Herbert, Alex Caffi et Paolo Barilla ont testé la 187 à Jerez, sans donner satisfaction. Davide Paolini et Peter Collins portent maintenant leurs espoirs sur Alessandro Nannini et Stefano Modena, le nouveau champion d'Europe de Formule 3000, tous deux conviés à une séance d'essais à Imola.

 

Le méritant Pascal Fabre est arrivé à court de budget et cède le baquet de son AGS au Brésilien Roberto Moreno, patronné par El Charro, le commanditaire de la petite équipe française. Âgé de 28 ans, ce proche de Nelson Piquet, pilote émérite de Formule 3000 chez Ralt, n'est pas un inconnu puisque Colin Chapman l'a chargé cinq ans plus tôt de remplacer Nigel Mansell blessé, lors du GP des Pays-Bas 1982. Alors bien jeune et inexpérimenté, Moreno n'était pas parvenu à se qualifier...

 

Le matériel des constructeurs est expédié directement par avion de Mexico à Suzuka et n'est donc pas amélioré. Tandis que Ferrari utilise encore de nouveaux turbos, Lotus réintroduit son échangeur à by-pass aperçu à Estoril. A cause d'une ligne droite de 750 mètres en déclivité et une épingle se négociant en première courte, le choix des rapports de boîte idéaux pose problème aux pilotes et aux techniciens. En outre, la fiabilité des transmissions risque d'être mise à rude épreuve. « A raison de 28 changements de rapport par tour, nous aurons droit à environ 1500 changements pendant l'épreuve... Il faudra être souple avec le levier ! » fait remarquer Satoru Nakajima, le régional de l'étape qui connaît ce tracé comme sa poche.

 

Vendredi 30 octobre: Mansell K.O.

Vendredi après-midi, lors de la première séance d'essais officiels, Mansell paraît dominer son sujet et fixe le meilleur chrono à 1'42''616'''. Il regagne son garage le cœur léger lorsque Piquet lui réplique en 1'41''423'''. Piqué à vif, Nigel reprend aussitôt la piste à bride abattue. Il se démène avec fougue mais cette fois atteint ses limites. Il aborde trop vite la courbe Shita, la dernière de l'enchaînement des Esses. Sa voiture glisse. Il tente de rétablir la situation, mais ses roues gauches touchent la bordure en sortie de virage. Déséquilibrée, la Williams part en tête-à-queue, s'écrase par l'arrière contre une pile de pneus, exécute un bond terrifiant et retombe sur la piste avec une grande violence.

Sonné mais conscient, Mansell retire son casque et hurle de douleur. Il reste immobile, la tête raide. Les secours se précipitent auprès de l'infortuné pilote. Évacué vers le centre médical du circuit, il est héliporté en urgence vers l'hôpital universitaire de Nagoya et admis en soins intensifs. Une montée de fluide entre ses poumons et son cœur fait craindre un endommagement de l'aorte, ce qui par bonheur s'avérera infondé. Mais il souffre de contusions et de commotions multiples, dans le cou, le dos et les jambes. Ce sont des zones sensibles pour Mansell qui s'est déjà abîmé les vertèbres lors deux accidents en 1977 et 1979. Reprendre le volant le lendemain serait une folie. Samedi matin, il téléphone à Jean-Marie Balestre pour lui annoncer, la mort dans l'âme, son forfait et son rapatriement vers l'Angleterre. Ainsi s'envolent ses dernières chances de remporter le titre mondial. « J'ai perdu tout espoir d'être champion cette année, mais je sais que je m'en tire au mieux... » souffle-t-il à Peter Windsor, avant de monter dans l'avion.

 

A cet instant, Nelson Piquet devient le champion du monde 1987. Mais il n'affiche aucune marque de satisfaction. Malgré son peu d'empathie pour Mansell, il regrette de s'imposer de cette manière et garde le silence.

 

Les qualifications

Piquet réalise donc le meilleur chrono lors des essais du vendredi, mais le lendemain, Mansell hors de combat, il perd toute motivation et glisse au cinquième rang. A sa décharge, la Williams manque d'adhérence sur cette piste assez bosselée. Du coup, c'est Berger qui place la Ferrari en pole position pour la seconde fois de la saison devant la McLaren de Prost et la Benetton de Boutsen. Son équipier Alboreto s'adjuge la quatrième place malgré une nouvelle grosse sortie de route le vendredi. Les deux pilotes Benetton (Fabi est sixième) se déclarent enchantés par une nouvelle cartographie de leur V6 Ford. Les McLaren-TAG-Porsche sont-elles parfaitement équilibrées et Prost apparaît comme le grand favori de la course. Johansson (9ème) n'a en revanche jamais bénéficié d'un tour clair. Chez Lotus, Senna (7ème) rencontre de nombreux pépins mécaniques pendant que Nakajima (11ème), le héros local, se met en évidence. A noter qu'aucun moteur Honda ne se trouve sur les deux premières lignes, une contre-performance fâcheuse pour un GP du Japon...

 

Les Brabham-BMW (Patrese 8ème, de Cesaris 10ème) profitent d'un bon châssis mais pâtissent d'un moteur manquant de punch. Les Arrows-Megatron (Cheever 12ème, Warwick 13ème) cassent trois blocs en deux jours ! Jackie Oliver lave la tête d'Heini Mader... Nannini retrouve sa quatorzième place préférée, loin devant Campos (21ème). Les Zakspeed (Brundle 15ème, Danner 16ème) souffrent ici de survirage. Ligier n'a plus que cinq Megatron pour finir la saison. Les efforts d'Arnoux (17ème) et de Ghinzani (24ème) sont donc réduits au strict minimum... Alliot (18ème) domine la catégorie 3,5l. Son collègue Dalmas (22ème) se tire vendredi sans mal d'un incident effrayant: la perte de sa roue avant-gauche ! Suivent les Tyrrell (Palmer 19ème, Streiff 25ème), la March de Capelli (20ème) et l'Osella de Caffi (23ème). Moreno (26ème) est autorisé à prendre le départ grâce au forfait de Mansell.

 

Le Grand Prix

Cent mille Nippons se pressent avec enthousiasme dans les tribunes du Honda... pardon, Suzuka Land. Prost réalise le meilleur chrono de l'échauffement mais avoue craindre une consommation d'essence excessive pour la course. Senna prend le départ avec son mulet sur lequel est greffé un V6 Honda « dernier cri ». Lors du briefing du dimanche matin, Jean-Marie Balestre rappelle aux pilotes l'existence d'une ligne blanche parallèle à l'allée des stands et leur interdit de rouler au-delà lors du départ.

 

Départ: Berger prend un bon envol et plonge à la corde du difficile premier virage juste devant Prost. Boutsen est troisième. Alboreto cale et reste immobile. Piquet démarre avec peine. Senna contourne son compatriote par la droite, franchissant la ligne blanche délimitant la piste, puis se rabat devant lui avec autorité. Plus loin, tout le monde parvient à éviter Alboreto. Arnoux louvoie vers la gauche et accroche la Lola d'Alliot qui est expédiée par l'avant contre le muret des stands.

 

1er tour: Alboreto démarre à la poussette tandis qu'Alliot quitte sa voiture accidentée. Arnoux poursuit sa route. Berger mène devant Prost, Boutsen, Senna, Piquet, Fabi, Johansson, Patrese, de Cesaris et Nakajima.

 

2e: Prost roule probablement sur un débris de la Lola et subit une crevaison à l'arrière-gauche. Son pneu se déchiquette et il rejoint les stands au ralenti. Du coup, Berger conclut ce tour avec six secondes d'avance sur Boutsen.

 

3e: Boutsen perd l'usage de son embrayage et ne peut espérer rattraper Berger. Prost repart des stands avec des pneus neufs... et une boucle de retard. Campos se range dans le gazon, moteur en panne.

 

4e: Tandis que Berger s'envole en tête, son collègue Alboreto trace sa route dans le peloton et occupe le quinzième rang. Johansson convoite la cinquième place détenue par Fabi dont le moteur a des ratés.

 

5e: Berger a sept secondes d'avance sur Boutsen qui garde à distance un peloton composé de Senna, Piquet, Fabi et Johansson.

 

6e: Nakajima prend la huitième place à de Cesaris.

 

7e: Piquet tente en vain de doubler Senna. Johansson déborde Fabi en passant devant les stands.

 

8e: Berger précède Boutsen (8.6s.), Senna (11.3s.), Piquet (12.1s.), Johansson (12.6s.) et Fabi (13.9s.). Nakajima est lancé aux trousses de Patrese.

 

9e: Cheever s'empare de la neuvième place aux dépens de de Cesaris. Alboreto est maintenant douzième derrière l'Arrows de Warwick.

 

10e: Berger est premier devant Boutsen (10s.), Senna (11s.), Piquet (12s.), Johansson (12.7s.), Fabi (14s.), Patrese (22s.), Nakajima (22.6s.), Cheever (28s.), de Cesaris (30s.), Warwick (31s.) et Alboreto (32s.).

 

11e: Boutsen s'avise que son V6 Ford consomme trop d'essence. Il réduit se pression de suralimentation et devient une proie facile pour le trio Senna – Piquet – Johansson. Alboreto dépasse Warwick.

 

12e: Senna fait l'intérieur à Boutsen avant le premier virage et s'empare de la seconde position. Alboreto efface de Cesaris.

 

13e: Piquet déborde Boutsen à la petite chicane.

 

14e: C'est au tour de Johansson de prendre l'avantage sur Boutsen en passant devant les stands. Alboreto déborde Cheever. Le moteur de Danner explose et vomit son huile sur les roues arrière de la Zakspeed. Le jeune Allemand glisse dans la ligne droite qui ramène vers les stands et atterrit contre les glissières internes ! Un peu plus loin, Capelli, leader des « aspirés », tente de forcer le passage contre Arnoux à la grande épingle. Le Grenoblois lui ferme rageusement la porte, et les deux voitures s'entrechoquent.

 

15e: Berger devance Senna (12.4s.), Piquet (12.7s.), Johansson (13.8s.), Boutsen (16.7s.) et Fabi (17.7s.). Capelli et Arnoux regagnent les stands au petit trot. En pénétrant dans l'allée, l'Italien voit son museau brisé passer sous ses roues. Privée de direction, la March termine sa course dans le rail ! Quant à Arnoux, victime d'une crevaison, il peut repartir après avoir remplacé ses roues.

 

16e: Senna, Piquet et Johansson sont roues dans roues. Fabi regagne son garage au ralenti. Son moteur a rendu l'âme.

 

17e: Berger a treize secondes d'avance sur le groupe Senna. Alboreto mène un rythme d'enfer et double Patrese puis Nakajima dans la même boucle. Le voici sixième !

 

19e: Nakajima déborde audacieusement Patrese par l'extérieur au premier virage et s'empare de la septième place.

 

20e: Berger est premier devant Senna (13s.), Piquet (13.5s.), Johansson (14.1s.), Boutsen (21s.), Alboreto (33s.), Nakajima (42s.), Patrese (48s.), Cheever (49s.), de Cesaris (50s.) et Warwick (54s.).

 

21e: Johansson arrive chez McLaren pour prendre son deuxième jeu de Goodyear (7.9s.). Il retrouve la piste entre Alboreto et Nakajima. Vingtième, Prost tourne une seconde au tour plus vite que tout le monde. Il se dédouble devant Nakajima.

 

22e: Boutsen et Patrese sont aux stands pour changer de gommes.

 

23e: Nakajima observe son changement de roues (7.2s.). Arrows rappelle Warwick aux stands... mais c'est Cheever qui pointe le bout de son museau, suivi de peu par son équipier ! L'Américain reçoit donc de nouvelles gommes tandis que que le Britannique est renvoyé en piste.

 

24e: Changements de pneus pour Brundle.

 

25e: Berger arrive au stand Ferrari pour changer de chausses (6.9s.). Senna occupe désormais le commandement juste devant Piquet. Warwick revient chez Arrows et cette fois peut remplacer ses enveloppes usées. Prost et Ghinzani prennent aussi de nouvelles gommes.

 

26e: Senna et Piquet arrivent ensemble aux stands pour prendre des pneus frais. Les opérations durent neuf secondes. Le Pauliste retrouve le circuit devant le Carioca... mais tous deux ont la mauvaise surprise de constater que Johansson les a doublés ! De Cesaris et Nannini passent aussi par les stands.

 

27e: Berger mène de nouveau avec seulement quatre secondes d'avance sur Johansson. Le Suédois a bien fait de s'arrêter très tôt. Alboreto arrive chez Ferrari pour remplacer ses pneus (8.4s.) et redémarre devant la Benetton de Boutsen. De Cesaris s'arrête dans une échappatoire avec un turbo cassé. C'est son quinzième abandon en quinze courses cette saison !

 

28e: Berger précède Johansson (3.6s.), Senna (15s.), Piquet (15.3s.), Alboreto (33.4s.), Boutsen (36.7s.), Nakajima (46s.) et Patrese (48s.).

 

30e: Johansson se rapproche de Berger et ne lui concède plus que deux secondes et demie.

 

32e: Berger repasse à l'attaque et repousse Johansson à trois secondes et demie. Plus loin, Piquet demeure dans le sillage de Senna qui joue son rôle favori de bouchon. Nakajima se rapproche de Boutsen qui ménage toujours sa consommation.

 

33e: Nakajima prend la sixième place à Boutsen en coupant la ligne de chronométrage. Cheever dépasse Patrese.

 

34e: Berger est premier devant Johansson (4.6s.), Senna (23.9s.), Piquet (24.6s.), Alboreto (47.6s.), Nakajima (57.5s.), Boutsen (59s.), Cheever (1m. 11s.) et Patrese (1m. 13s.). Brundle se retire, moteur suchauffé. Prost et Alboreto se retrouvent derrière Nannini. Le jeune Italien ouvre la voie au Français mais pas à son compatriote qui, surpris, freine à mort et effectue un tête-à-queue à 250 km/h ! Par bonheur, Alboreto ne touche rien et reprend sa route sans dommage.

 

35e: Prost réalise le meilleur tour de la course: 1'43''844'''.

 

36e: Johansson lâche prise car son ordinateur lui indique qu'il n'aura pas assez d'essence pour achever l'épreuve. Il rend désormais plus de six secondes à Berger. Énième abandon pour Nannini qui a encore une fois cassé son moteur.

 

38e: Neuf secondes entre Berger et Johansson. Senna et Piquet roulent de concert à trente secondes du leader. Prost, relégué à un tour, les rattrape. Après un tête-à-queue, Moreno s'arrête chez AGS pour faire contrôler son moteur DFZ qui bafouille.

 

39e: Senna manque un changement de vitesse avant la chicane. Piquet tente d'en profiter et se porte à l'intérieur, mais Ayrton lui ferme la porte au nez. Nelson monte sur ses freins pour éviter la collision et maudit une fois de plus son impétueux compatriote.

 

40e: Berger roule tranquillement vers la victoire devant Johansson (11s.), Senna (31s.), Piquet (34s.), Alboreto (1m. 09s.), Nakajima (1m. 18s.), Boutsen (1m. 23s.), Cheever (1m. 24s.), Patrese (1m. 37s.), Palmer (-1t.), Warwick (-1t.) et Prost (-1t.).

 

41e: Piquet s'aperçoit que la température de son moteur monte dangereusement et renonce à suivre Senna.

 

42e: Prost prend la onzième place à Warwick. Moreno se gare dans l'herbe après un court-circuit.

 

44e: Berger devance Johansson (17.3s.), Senna (31.9s.), Piquet (32.4s.), Alboreto (1m. 18s.), Nakajima (1m. 24s.), Boutsen (1m. 28s.) et Cheever (1m. 29s.). Prost dépasse Palmer.

 

45e: Senna remonte peu à peu sur Johansson qui ralentit beaucoup pour sauvegarder son carburant.

 

47e: Senna revient à onze secondes de Johansson. Piquet gagne les stands à faible allure, son moteur vomissant de l'huile noircie. Le nouveau champion du monde met pied à terre. Voilà un sérieux revers pour Honda à domicile. Boutsen dépasse Nakajima qui lève le pied pour réduire sa consommation.

 

48e: Berger a quinze secondes de marge sur Johansson. Cheever prend la sixième place à Nakajima au virage n°12. Caffi s'arrête dans le gazon, en panne d'essence. Arnoux gare sa Ligier, également à court de carburant.

 

49e: Senna n'est plus qu'à cinq secondes de Johansson. Dalmas regagne son garage au petit trot avec une centrale électronique défectueuse.

 

50e: Senna est maintenant dans la roue de Johansson. Patrese avait considérablement ralenti depuis trente tours mais il n'échappe pas à une nouvelle panne de moteur. Ghinzani se range sur le bas-côté, moteur muet faute d'essence.

 

51ème et dernier tour: Senna déborde Johansson dans la ligne droite qui conduit au 130R. Cheever ralentit soudainement à l'abord de la « cuillère »... lui aussi n'a plus d'essence ! Nakajima lui chipe la sixième place.

 

Gerhard Berger offre à Ferrari sa première victoire depuis deux ans et demi. Senna finit second in extremis devant Johansson. Malgré un moteur bafouillant, Alboreto interrompt enfin sa série noire par une belle quatrième place. Boutsen termine cinquième et Nakajima inscrit un point devant ses supporteurs. Prost achève sa folle chevauchée au septième rang. Huitième, Palmer remporte la course des Ford-Cosworth et surtout la Coupe Jim Clark. Cheever est classé neuvième. Il précède Warwick et Streiff. Dalmas reprend la piste avec un boîtier Marelli neuf au moment où Berger franchit la ligne...

 

Après la course: la renaissance de Ferrari

Sur le podium, le président Balestre remet à Gerhard Berger la coupe du vainqueur, une récompense tant attendue par la Scuderia Ferrari, enfin payée de ses efforts après une saison très difficile. Qui plus est, cette victoire a été obtenue avec la manière, Berger survolant la concurrence. Qu'on se le dise, le cheval cabré est de retour ! « Maintenant, nous pouvons mieux respirer... » soupire Marco Piccinini, rayonnant. « J'ai été soumis à moins de pression que lorsque j'ai craqué à Estoril, reconnaît Berger, mais je suis très heureux d'avoir réussi à compenser cette erreur. Je suis sûr que le vieil homme dormira mieux cet hiver maintenant que nous avons retrouvé le chemin de la victoire ! » Le vieil homme ? Cette petite insolence à l'égard du Commendatore est sans conséquence puisque celui-ci, qui s'est levé tôt à Modène pour regarder la course, ne manque pas de téléphoner à son nouveau poulain pour le féliciter.

 

On festoie aussi chez Tyrrell en l'honneur du Jonathan Palmer, « champion du monde » des moteurs atmosphériques. Engagé à titre d'intérimaire en début de saison, le « Doc », pilote talentueux mais mésestimé, accroche enfin un titre à son palmarès en F1. Son équipier Philippe Streiff, désabusé, ne participe pas à la liesse. Il se plaint d'un « loup » dans sa voiture. Surtout, son avenir chez Tyrrell est maintenant très compromis.

 

De retour aux stands, Nelson Piquet paraît avoir oublié sa troisième couronne mondiale et s'en prend à Ayrton Senna qui l'a contourné au départ en empruntant les bordures de la piste. « Quelle idée a-t-il eue de franchir cette ligne interdite ? » s'exclame-t-il. « Tout le monde a été obligé de se pousser pour lui laisser la place. Je me suis écarté car je ne trouve pas très amusant l'idée de frapper une voiture ! » Senna possède évidemment une autre version des faits: « Si j'ai emprunté cette trajectoire, c'est que j'ai été contraint de le faire ! Piquet était vraiment très lent au départ et Alboreto a calé. Par force, je suis passé à l'extérieur de la piste, peut-être à cheval sur cette ligne, mais toujours sur l'asphalte. Au contraire, si j'avais insisté pour passer à droite, j'aurais créé un bouchon bien plus dangereux... » La rivalité entre les deux Sud-Américains n'est pas près de s'apaiser...

 

La tête bat les jambes

Ce Grand Prix de Japon offre donc une issue insolite à ce championnat du monde 1987. Pour beaucoup, le triomphe de Nelson Piquet sur Nigel Mansell relève de l'injustice. L'Anglais a en effet constamment dominé son équipier cette saison. Les chiffres parlent en sa faveur: il a gagné six Grands Prix contre trois, obtenu huit poles positions contre quatre et n'a jamais fini une course derrière lui, sauf en Italie. Les quatre doublés Williams-Honda ont tous été réalisés dans l'ordre Mansell – Piquet. Nigel n'a hélas pas été servi par la chance. La mécanique l'a trahi à Monaco et à Budapest tandis qu'il roulait vers des victoires certaines. Cependant, son comportement erratique, ses sautes d'humeur, ses « pannes de cerveau » l'ont aussi passablement desservi. On ne compte plus les incidents dans lesquels il a été impliqué cette saison. Ses attitudes scandaleuses et infantiles après son accrochage avec Ayrton Senna à Spa-Francorchamps, ou face aux commissaires sportifs à Jerez, ont mis en lumière un tempérament impulsif et irréfléchi, indigne d'un prétendant au titre mondial. Un journaliste britannique qui le connaît bien l'exécute froidement: « Mansell ne sera jamais champion du monde. Il sait comment aller vite, décrocher une pole, gagner une course avec cinquante longueurs d'avance sur son second, mais il n'a pas encore compris comment conserver et entretenir son avantage sur une saison. Piquet dit depuis le début de l'année à qui veut l'entendre que Nigel prend trop de risques inutiles. On voit aujourd'hui ce qu'il en est. La grande différence entre Piquet et Mansell, c'est que le premier raisonne comme un triple champion du monde, alors que ce dernier se prend pour un champion qu'il ne sera jamais. » Piquet se montre à la fois plus acide et concis: « Ma victoire est celle de l'intelligence sur la bêtise. » Mais Mansell ne mérite pas ces méchants traits. Son incontestable brio a offert aux spectateurs d'intenses émotions, au Castellet, à Silverstone, à Zeltweg, et ce pilote, au talent certes incomplet et au caractère imprévisible, est le plus brave et le plus spectaculaire volant en main depuis Gilles Villeneuve, et à ce titre a droit à une réelle estime.

 

Par un étrange paradoxe, la campagne victorieuse de Nelson Piquet apparaît assez médiocre. Les trois victoires du Carioca ont toutes été obtenues suite à un abandon ou une erreur d'un concurrent dans les derniers tours. Il a lui aussi commis son lot de fautes grossières, et paru plus émotif et irritable qu'à l'accoutumée. Mais, hormis peut-être en Espagne, il n'a jamais complétement « craqué » comme Mansell et a bâti son triomphe méthodiquement, sans éclat, mais avec bonheur, grâce à une série de neuf podiums consécutifs. Bien sûr, il fut très opportuniste. Mais encore fallait-il demeurer en piste pour saisir sa chance. Par ailleurs, Piquet a été incontestablement affaibli par son accident d'Imola. « J'y ai perdu beaucoup, confie-t-il à la presse. Pas seulement physiquement, mais aussi moralement. Moi qui dors habituellement onze à douze heures par nuit, je n'arrivais pas à dormir plus de trois heures d'affilée pendant les deux ou trois mois qui suivirent. Je perdais plus facilement ma concentration au volant [...] J'ai perdu le titre 86 pour ne pas avoir suffisamment préparé ma saison. J'ai décidé de me donner à fond en 87. En acceptant tous les essais privés, en poussant à fond pour la suspension électronique, en courant intelligemment et en travaillant dur. »

 

Il est exact que Piquet s'est dépensé sans compter malgré l'environnement sinon hostile, du moins peu propice à l'épanouissement qui est celui de l'écurie Williams. Il ne pouvait compter que sur l'amitié de l'ingénieur Frank Dernie et de quelques mécaniciens. Tout le reste de l'encadrement, y compris Patrick Head, était manselliste. Piquet n'a jamais admis de ne pas être considéré comme le « pilote préférentiel » par cette équipe. D'où sa profonde rancune à l'égard de Frank Williams et sa détermination à battre Mansell à tout prix. Son attitude est évidemment parfaitement égocentrique. « Quand je mets ma voiture au point, je veux que ce soit à mon profit, pas pour aider l'autre pilote à gagner à mes dépens. » Mais quel grand champion réagirait autrement ? En tout cas, Williams et Head paient cher leur entêtement à ne pas le favoriser. Piquet s'en va avec la couronne mondiale et le précieux moteur turbo Honda...

 

 

Trophée Jim Clark Trophée Colin Chapman
1. J. Palmer 86 pts 1. Tyrrell-Ford-Cosworth 160 pts
2. P. Streiff 74 pts 2. Lola-Ford-Cosworth 50 pts
3. P. Alliot 43 pts 3. March-Ford-Cosworth 38 pts
4. I. Capelli 38 pts 4. AGS-Ford-Cosworth 35 pts
5. P. Fabre 35 pts
6. Y. Dalmas 7 pts
Tony