Ayrton SENNA
 A.SENNA
Lotus Honda
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Williams Honda
Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche

445e Grand Prix

III Magyar Nagydij
Ensoleillé
9 août 1987 - Hungaroring
76 tours x 4.014 km - 305.064 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Deuxième victoire consécutive en Hongrie pour Nelson Piquet.

Senna vers McLaren, Piquet chez Lotus

Fin juillet, Peter Warr reçoit une lettre de l'avocat d'Ayrton Senna lui apprenant que celui-ci exercera la clause de non-continuation figurant dans son contrat. Déçu par l'inaptitude de la Lotus 99T à rivaliser avec les Williams-Honda, le Brésilien quittera donc son écurie à la fin de l'année. Il est en effet en pourparlers avancés avec McLaren qui bénéficiera elle aussi la saison prochaine d'un moteur turbo Honda. Marlboro sert d'intermédiaire entre Ron Dennis et Mansour Ojjeh d'une part, Senna et son homme de confiance Armando Botelho Teixeira d'autre part.

 

Mortifié par ce qu'il considère comme une trahison, Warr réagit promptement et annonce en Hongrie que Senna sera remplacé en 1988 par Nelson Piquet, son pire ennemi ! Comment en est-on arrivé là ? Depuis des semaines, Piquet est à bout de patience car les échanges avec Frank Williams sur les termes de son futur contrat n'aboutissent pas. Le Carioca souhaite absolument obtenir le statut de premier pilote aux dépens de Nigel Mansell. Mais Williams refuse de léser le pilote anglais qui cette saison domine assez nettement son équipier. Sa politique consiste à ne pas établir de hiérarchie entre ses pilotes. « Je ne voulais pas signer pour deux ans de plus sans savoir si je pourrais bénéficier pleinement du travail que j'ai effectué depuis mon arrivée chez Williams, explique Piquet. J'ai bossé dur tous les hivers, entre chaque Grand Prix, pour faire de ses voitures des machines gagnantes. J'ai réussi sans l'aide de personne. Après cela, je me vois obligé de jouer un titre mondial à la loterie avec mon coéquipier. Ça ne me convient pas. » Il file donc chez Lotus... et joue ainsi un sale tour à Senna qui, n'ayant aucun contrat pour 1988, devra donc revoir à la baisse ses prétentions salariales auprès de McLaren et de Marlboro...

 

Après s'être assuré de l'appui de son commanditaire Camel, Warr fait signer un contrat de deux ans à Piquet tout en confirmant le maintien de Satoru Nakajima. Il s'assure ainsi habilement que Honda continuera à lui fournir des moteurs. Quant à Piquet, très intéressé par le projet McLaren-Honda, il a aussi discuté avec Ron Dennis, mais la cohabitation avec Alain Prost ne s'annonçait pas aisée. Il souhaite avant tout être pilote n°1 au sein d'une équipe qui lui sera entièrement dévouée. Et en effet, chez Lotus, avec Nakajima, il n'aura pas à craindre un conflit de suprématie !

 

Williams - Honda: divorce en vue

Le départ de Nelson Piquet fragilise grandement l'édifice Williams-Honda car le Brésilien est l'homme-lige des Japonais. Ces derniers paient ainsi son salaire. Et le potentat de Didcot n'est plus en odeur de sainteté à Tokyo. Bien sûr, Frank Williams affiche une sérénité de façade: « Piquet nous a réclamé beaucoup de choses pour demeurer. Certaines étaient réalisables, d'autres non. Il n'était en effet pas question de remettre en cause l'égalité entre nos deux pilotes. Il va partir ? Bon, il ne manque pas d'autres excellents pilotes envieux de rejoindre une bonne équipe. » En fait, il se trouve sur le fil du rasoir. Piquet reconnaît à demi-mot qu'il ne part pas seul. La rupture entre Williams et Honda est imminente, et l'équipe qui domine actuellement le championnat du monde risque de se retrouver « le bec dans l'eau ». Pourtant, Frank Williams ne désespère pas. Son contrat court jusqu'à fin 1988, et il compte sur la « courtoisie nippone » pour que celui-ci soit respecté.

 

Dans l'immédiat cependant, les candidats se pressent autour du baquet de la seconde Williams. Thierry Boutsen, auteur d'une saison remarquable chez Benetton-Ford, est pressenti pour succéder à Piquet. Williams et Patrick Head s'intéressent aussi au jeune Italien Alessandro Nannini. Ils pourraient également faire appel à l'un des deux ex-espoirs britanniques: Martin Brundle, qui se morfond chez Zakspeed, ou Jonathan Palmer qui domine avec Tyrrell le championnat des moteurs aspirés.

 

Présentation de l'épreuve

Comme le constate le journaliste Renaud de Laborderie, en seulement un an, la Formule 1 a conquis droit de cité en Hongrie. L'enthousiasme local ne faiblit pas et les tribunes sont aussi remplies qu'en 1987. Des centaines de quémandeurs s'agglutinent au pied des grands hôtels de Budapest pour obtenir un autographe de Prost, de Piquet ou de Berger. « C'est pire qu'en Italie ! » constate Alboreto. Le Grand Prix de Hongrie devient un événement planétaire. Même la RDA et l'URSS retransmettent la course en direct. Selon le journaliste français Patrice Fardeau, l'édition 1986 aurait rapporté entre 1,5 et 2 millions de dollars. Pour Bernie Ecclestone et la FOCA, cette ouverture à l'Est est un coup de maître.

 

Preuve de l'intérêt grandissant des Hongrois pour la Formule 1, le jeune pilote magyar Csaba Kesjár est invité dimanche soir à effectuer trois tours de circuit au volant du mulet Zakspeed, sous les applaudissements de la foule. Âgé de 25 ans, Kesjár court actuellement en Formule 3 allemande et espère obtenir sa super-licence d'ici un an, afin de devenir le premier pilote d'Europe de l'Est à disputer un Grand Prix de Formule 1.

 

En Allemagne, Nelson Piquet s'est emparé du commandement du championnat en remportant sa première victoire de la saison. Il considère toutefois n'être qu'au début de sa marche victorieuse. « Je pense que ça va continuer dans le sens qu'il me plaît » affirme-t-il, joyeux. Malgré son abandon à Hockenheim, Nigel Mansell a aussi le sourire mais pour une autre raison. Il fête ce 8 août son 34ème anniversaire, et ses supporteurs hongrois déploient une banderole qui lui est spécialement dédiée. Nigel les salue d'un signe de la main, avant d'aller souffler les bougies d'un gâteau préparé par Williams.

 

Selon certaines rumeurs, Walter Brun, propriétaire d'une fameuse écurie de Sports Protos, envisagerait de se lancer en Formule 1 en 1988, en association avec Giampaolo Pavanello, le directeur de l'équipe italienne Euroracing. Le pilote argentin Oscar Larrauri, qui pilote des Porsche en Endurance pour Brun, serait au cœur du projet, ainsi que son mentor, le quintuple champion du monde Juan Manuel Fangio. De son côté, le préparateur italien Enzo Coloni annonce que sa Formule 1 à moteur Ford-Cosworth, dessinée par Roberto Ori, débutera au Grand Prix d'Italie.

 

Le jeune ingénieur britannique Adrian Newey est nommé directeur technique de l'écurie March. Il partagera son temps jusqu'à la fin de la saison avec l'écurie américain Newman-Haas, mais il dessinera la voiture de 1988. March pourrait aussi utiliser la saison prochaine des moteurs aspirés préparés par John Judd, un ingénieur motoriste réputé qui a travaillé chez Climax, Repco, Cosworth et Honda. Ce dernier prévoit de transformer les V8 Honda 3l utilisés en Formule 3000 en V8 3,5l. Pour le moment les Japonais n'ont pas donné leur accord à une telle transformation, mais Judd assure être prêt à fournir des moteurs en 1988. Son projet intéresse aussi Guy Ligier qui cherche à se débarrasser des coûteux et peu fiables blocs Megatron.

 

Sur ce « billard » hongrois, toutes les voitures arborent des ailerons doubles afin de générer le maximum d'appui. Le tracé reste dangereux à cause de l'asphalte très glissant et des importants dépôts de gommes qui s'accumulent hors trajectoire.

 

A Hockenheim, Alain Prost a perdu la victoire suite à la rupture de sa courroie d'alternateur, panne stupide qui l'avait déjà stoppé à Imola, ainsi que son équipier Stefan Johansson au Castellet. Pour remédier à ce problème, McLaren a commandé des nouvelles courroies en forme de W spécialement conçues aux États-Unis.

 

Gérard Ducarouge retouche encore la Lotus 99T et la pare d'une carrosserie plus moulante, épousant les formes du V6 Honda, à la fois plus basse et plus étroite, afin d'accroître l'efficacité aérodynamique. Les pontons sont abaissés de six centimètres, ce qui nécessite la révision des échangeurs, des radiateurs et de leurs canalisations. Après des essais à Silverstone, Ayrton Senna se dit satisfait de ces modifications. Chez Benetton-Ford, l'équipe de Rory Byrne tâche de fiabiliser la rapide mais très fragile B187. Les demi-arbres de roue sont ainsi renforcés. Ferrari teste vendredi un curseur monté dans la boîte de vitesses et connecté au système de gestion électronique. Ce dispositif est censé indiquer le rapport utilisé et, en fonction du régime, la vitesse instantanée, afin d'empêcher le patinage intempestif des roues motrices. Zakspeed introduit une nouvelle suspension arrière sur ses deux voitures.

 

Les qualifications

Elles se déroulent par des conditions climatiques changeantes: temps frais et averses éparses le vendredi, grosse chaleur le samedi. C'est lors de la première journée que Mansell réalise sa onzième pole position avec un temps d'1'28''047''', battant nettement le chrono de Senna en 1986 (1'29''450'''). Piquet se classe troisième et concède près de trois secondes à son équipier... Mais l'événement de ces qualifications est la seconde position de Berger. C'est la première fois qu'une Ferrari se place en première ligne depuis le GP d'Allemagne 1985 ! La performance de l'Autrichien (1'28''549''') est d'autant plus méritoire qu'il souffre de sévères maux d'estomac. Les F1.87, très instables le vendredi, retrouvent une pleine adhérence le lendemain. Ainsi Alboreto obtient une brillante cinquième place. Prost se bat pour la pole vendredi, non sans gêner involontairement Mansell, à cause de son volumineux aileron biplan qui lui bouche la visibilité vers l'arrière. Il ne parvient pas à améliorer le lendemain et se contente au final du quatrième rang. Johansson est huitième et maudit le manque d'adhérence: « Du verglas partout ! »

 

Senna est seulement sixième au volant de la Lotus modifiée. « La voiture est en progrès, commente-t-il, mais le problème sur ce circuit, c'est le manque d'adhérence mécanique et non pas le manque d'appui aérodynamique. » Nakajima (17ème) connaît les pires difficultés à appréhender ce tracé: « pas d'adhérence, et encore moins d'expérience... », reconnaît-il avec honnêteté. La plage d'utilisation du V6 Ford convient très bien au Hungaroring. Mais si Boutsen réalise un bon septième temps, Fabi (12ème) connaît encore une myriade d'avaries mécaniques. Chez Arrows, Warwick réalise un héroïque neuvième temps malgré une sérieuse conjonctivite. Cheever (11ème) s'échine à découvrir cette piste piégeuse. Il côtoie les Brabham, pour une fois épargnée par les pépins mécaniques, mais pas par la maladresse proverbiale de leurs pilotes: sortie de route pour Patrese (10ème), surrégime pour de Cesaris (13ème) !

 

Les voitures « aspirées » se régalent sur cette piste lente. Streiff (14ème) précède son collègue Palmer (16ème). Alliot intercale sa Lola entre les Tyrrell. Capelli se classe 18ème avec la March. Les Ligier-Megatron (Arnoux 19ème, Ghinzani 25ème) sont très lentes à cause d'une pression de suralimentation fluctuante. Nannini (20ème) précède Caffi ainsi que les Zakspeed de Brundle et de Danner, frappées d'innombrables problèmes mécaniques. Campos est 24ème et Fabre clôt la marche.

 

Le Grand Prix

Gerhard Berger ne se porte pas mieux dimanche matin et se plaint toujours de douleurs à l'estomac. Il reçoit des soins d'Andrea Dungl, la fille du célèbre thérapeute Willi Dungl. Le jeune Autrichien tente de garder le sourire: « Je me sentais encore plus mal en point, en 1986, lors de ma victoire au Mexique. Mais je retrouve toujours la santé lorsque je m'assieds dans le cockpit ! » Derek Warwick souffre lui toujours des yeux mais refuse de déclarer forfait.

 

Mansell est le plus rapide lors de l'échauffement et laisse Berger à une demi-seconde. Prost se plaint d'un moteur poussif, et ses mécaniciens changent en hâte sa platine Motronic. La course se déroule sous une forte chaleur. Goodyear ne recommande pas de changement de pneus car ceux-ci auront beaucoup de mal à monter en température à cause du manque d'adhérence du bitume.

 

Départ: Berger anticipe très légèrement le départ, donne un petit coup de frein... et se trouve surpris par le feu vert ! Mansell en profite pour s'échapper. Piquet passe devant Berger mais celui-ci lui fait l'extérieur au premier virage, imité par Alboreto. Suivent Senna, Prost et Boutsen.

 

1er tour: Alboreto double Piquet au second freinage. Mansell mène devant Berger, Alboreto, Piquet, Senna, Prost, Boutsen, Johansson, Patrese et Warwick. Nakajima renonce après avoir cassé un demi-arbre de roue.

 

2e: Berger et Alboreto menacent Mansell.

 

3e: Boutsen dépasse Prost dont le moteur bafouille. Un long après-midi attend le champion du monde...

 

4e: Mansell devance Berger (0.7s.), Alboreto (2.2s.), Piquet (4s.), Senna (7s.) et Boutsen (7.5s.). Johansson déborde Prost au premier virage. Au même endroit, Alliot perd le contrôle de sa Lola et atterrit en tête-à-queue dans le gazon. Il parvient tout de même à reprendre la piste en dernière position. Danner s'arrête au troisième virage, moteur coupé par une panne électrique.

 

6e: Berger met la pression sur Mansell. Alboreto et Piquet observent la situation. Senna est déjà très distancé et repousse les attaques de Boutsen.

 

8e: Berger est dans les échappements de Mansell qui verrouille toutes les portes. De son côté, Piquet menace Alboreto.

 

9e: Mansell et Berger se battent à coups de meilleurs tours. Six dixièmes les séparent.

 

10e: Mansell devance Berger (0.5s.), Alboreto (1.7s.), Piquet (2s.), Senna (11.1s.), Boutsen (11.6s.), Johansson (12.5s.), Prost (13.2s.), Patrese (16.9s.), Warwick (22.5s.), Cheever (23.4s.), de Cesaris (24.3s.) et Fabi (25.1s.). Capelli est leader en « seconde division ».

 

12e: Berger signe son meilleur chrono depuis le départ (1'33''826''') mais Mansell est tout aussi rapide.

 

13e: La Ferrari de Berger se met à tituber dans le dernier virage. L'Autrichien oblique vers la droite pour s'arrêter juste devant son stand. Le différentiel a cédé. Très énervé, l'Autrichien donne un coup de pied dans une roue arrière...

 

14e: Mansell a six secondes d'avance sur Alboreto, suivi comme son ombre par Piquet. Loin de là, Senna emmène toujours Boutsen dans son sillage.

 

15e: Johansson est victime d'une rupture de différentiel et part en tête-à-queue au virage n°3, juste sous le nez de Prost. Celui-ci doit faire un énorme écart pour l'éviter. La McLaren de Johansson est ensuite poussée dans l'herbe par les commissaires. Fabi met pied à terre, boîte de vitesses bloquée.

 

16e: Mansell perd du temps en prenant un tour à Fabre et à Alliot. Avant la dernière courbe, Campos exécute un tête-à-queue et se retrouve planté sur une bordure. Il souhaite repartir mais les commissaires hongrois, peu expérimentés, enclenchent par erreur l'extincteur de bord de la Minardi, bientôt recouverte de mousse... Campos doit renoncer.

 

18e: Alboreto revient à trois secondes de Mansell. Piquet perd beaucoup de temps derrière Alliot.

 

19e: Mansell réagit et réalise le meilleur chrono depuis le début de la course: 1'33''121'''.

 

20e: Mansell mène devant Alboreto (4.1s.), Piquet (6.6s.), Senna (11.9s.), Boutsen (12.2s.), Prost (21.8s.), Patrese (33s.) et Warwick (46s.).

 

22e: Mansell a cinq secondes d'avance sur Alboreto, de nouveau rejoint par Piquet. Senna et Boutsen sont roue dans roue. Le Brésilien se débat avec une Lotus instable tandis que le Belge rencontre des problèmes de freins.

 

24e: Mansell rencontre un trafic très dense et bute notamment sur Brundle. Alboreto revient à deux secondes et demie.

 

26e: Streiff bouchonne Mansell sur quelques virages. Piquet se place dans les échappements d'Alboreto. De Cesaris stoppe chez Brabham pour faire changer son pneu arrière-droit qui a cloqué, et repart sans avoir perdu sa dixième place.

 

27e: Alboreto et Piquet sont à leur tour englués dans le peloton des attardés. Le Carioca tente de surprendre le Milanais au premier freinage, en vain.

 

28e: Mansell devance Alboreto (12s.), Piquet (12.2s.), Senna (18.4s.), Boutsen (19.1s.) et Prost (26.7s.).

 

29e: Piquet fait l'intérieur à Alboreto dans la première courbe, puis se rabat à gauche à l'abord du second virage. Alboreto monte sur ses freins pour éviter de percuter la Williams, et lui concède ainsi la seconde place.

 

30e: Mansell est premier devant Piquet (14.2s.), Alboreto (17.9s.), Senna (23.4s.), Boutsen (23.8s.), Prost (29s.), Patrese (53.7s.), Warwick (1m. 07s.), Cheever (1m. 08s.) et de Cesaris (-1t.). Brundle exécute un tête-à-queue et perd deux places dans cette mésaventure.

 

32e: Piquet a facilement distancé Alboreto et rend douze secondes à Mansell. Senna et Boutsen sont toujours en bagarre pour la quatrième place. Amis dans la vie, les deux hommes ne se font ici aucun cadeau.

 

34e: Mansell passe à l'attaque et réalise un chrono d'1'31''797'''. Mais Piquet lui répond aussi sec: 1'31''710'''. Senna réussit à se défaire de Boutsen qui doit ménager ses freins.

 

36e: Mansell prend un second tour aux premiers attardés. Caffi fait un tête-à-queue et chute du treizième au dix-neuvième rang.

 

37e: L'écart est stable entre les Williams. Capelli (11ème) et Streiff (12ème) mènent la catégorie des atmosphériques mais ont trop sollicité leurs pneus dans cette première moitié de course. Palmer les rattrape.

 

38e: Piquet améliore le record du tour: 1'31''550'''.

 

40e: Mansell mène devant Piquet (12.9s.), Alboreto (22.2s.), Senna (27.9s.), Boutsen (31.6s.), Prost (35.3s.), Patrese (1m. 18s.), Warwick (1m. 28s.), Cheever (-1t.) et de Cesaris (-1t.).

 

42e: L'écart est remarquablement stable entre Mansell et Piquet, et n'excède jamais onze secondes. Senna remonte peu à peu sur Alboreto.

 

43e: Souffrant toujours de sa conjonctivite, Warwick fait preuve d'une admirable ténacité et résiste à son équipier Cheever qui convoite sa huitième place.

 

44e: Alboreto est contraint de s'arrêter dans l'herbe. La poulie damper de son vilebrequin s'est brisée. Aucune Ferrari n'est encore une fois à l'arrivée, mais au moins leurs performances sont encourageantes... Ghinzani fait une excursion dans les graviers au premier virage.

 

45e: Mansell devance Piquet (12.5s.), Senna (25s.), Boutsen (29s.), Prost (38.6s.) et Patrese (1m. 15s.), De Cesaris regagne son garage avec une boîte de vitesses bloquée en troisième. Streiff et Palmer passent devant Capelli. N'y tenant plus, Cheever part à l'abordage de Warwick dans une épingle... et le percute. L'Anglais ratisse les graviers mais peut se relancer.

 

46e: Cheever arrive au stand Arrows pour chausser des gommes neuves mais personne ne s'avise de changer son aileron avant, privé d'une moustache. Lorsque repart l'Italo-Américain, Warwick atteint les stands mais les mécaniciens n'ont pas encore sorti les pneus de rechange qui lui sont destinés ! Derek perd vingt secondes dans cette infortune.

 

47e: Brundle abandonne suite à une rupture de turbo.

 

48e: Cheever s'arrête une seconde fois chez Arrows pour changer son museau et perd près d'une minute dans cette opération. Il tombe au douzième rang.

 

49e: Streiff a cloqué ses pneus. Palmer, plus prudent en début d'épreuve, déborde son équipier dans le droit qui suit les stands. Arnoux passe par les graviers suite à des problèmes de freins, avant de reprendre la piste.

 

50e: Mansell devance Piquet (11s.), Senna (30.9s.), Boutsen (40.4s.), Prost (48.2s.), Patrese (-1t.), Warwick (-1t.), Palmer (-1t.), Streiff (-1t.) et Nannini (-1t.).

 

51e: Prost se rapproche de Boutsen qui perd sa pression de suralimentation. Victime d'un bris de suspension, Alliot heurte les rails entre les virages n°1 et 2. Il parvient à garer sa Lola hors trajectoire et renonce.

 

52e: Mansell n'a plus que huit secondes de marge sur Piquet, mais c'est parce qu'il rencontre du trafic. Nannini double Streiff qui a cassé un échappement.

 

53e: Six secondes et demie entre Mansell et Piquet. Prost n'est plus qu'à cinq secondes de Boutsen.

 

55e: Débarrassé des attardés, Mansell repart à l'attaque et porte son avance sur Piquet à neuf secondes. Senna est désormais relégué à quarante secondes et se débat avec un quatrième rapport qui saute par intermittence.

 

58e: Dix secondes séparent les deux pilotes Williams. Prost est maintenant juste derrière Boutsen.

 

59e: Prost prend la quatrième place à Boutsen. Streiff repasse devant Nannini qui a perdu le pommeau de son levier de vitesses !

 

60e: Mansell est en tête devant Piquet (12.4s.), Senna (42.1s.), Prost (56.8s.), Boutsen (1m. 11s.), Patrese (-1t.), Warwick (-1t.), Palmer (-2t.), Streiff (-2t.) et Nannini (-2t.). Arnoux abandonne après la rupture de son faisceau électrique.

 

62e: Piquet porte le record du tour à 1'30''715'''.

 

63e: Mansell prend un tour à Boutsen. Piquet réalise le meilleur chrono définitif (1'30''149''') mais rend encore onze secondes à Mansell. Surtout, sa Williams est affectée de très sérieuses vibrations causées par les pneus arrière. Il doit faire preuve d'une grande adresse pour rester en piste.

 

64e: Cheever rattrape une partie de son retard. Il a doublé Capelli et Nannini.

 

65e: Mansell précède Piquet (8.9s.), Senna (49.8s.), Prost (1m. 06s.), Boutsen (-1t.) et Patrese (-1t.). Caffi abandonne à court d'essence suite à des soucis d'injection.

 

67e: Piquet ne parvient plus à suivre Mansell. Douze secondes l'éloignent de son équipier. Cheever prend la neuvième position à Streiff.

 

69e: Les vibrations s'accentuent sur le train arrière de la Williams n°6. Piquet rend désormais quinze secondes à Mansell.

 

70e: Mansell est devant Piquet (16.9s.), Senna (1m. 01s.), Prost (1m. 31s.), Boutsen (-1t.), Patrese (-1t.), Warwick (-2t.), Palmer (-2t.), Cheever (-2t.) et Streiff (-2t.).

 

71e: Une pièce se détache de la Williams de Mansell. Il s'agit de l'écrou de fixation de sa roue arrière-droite ! La Williams se met à louvoyer dans la grande côte. Mansell conserve sa maîtrise et franchit encore deux virages avant de s'immobiliser dans l'herbe. Terrible désillusion pour le Britannique ! Piquet recueille une victoire inespérée.

 

72e: Piquet se dirige vers la victoire devant Senna (43.8s.), Prost (1m. 18s.), Boutsen (-1t.), Patrese (-1t.) et Warwick (-2t.).

 

74e: Piquet a quarante secondes d'avance sur Senna. Le V6 TAG de Prost émet un son de plus en plus strident.

 

75e: Boutsen finit la course à faible allure car un de ses turbos a lâché. Patrese est cependant trop loin pour lui prendre la quatrième place. Nannini roule également au ralenti mais va tout de même rallier l'arrivée pour la première fois de l'année.

 

76ème et dernier tour: Nelson Piquet remporte sa dix-neuvième victoire en F1 devant Senna. Pour la seconde année consécutive, les deux Brésiliens signent un « doublé » en Hongrie. Prost termine troisième malgré un moteur ratatouillant. Boutsen finit quatrième. Patrese inscrit ses deux premiers points depuis plus d'un an. Malgré des yeux douloureux, Warwick a fait de nouveau preuve de sa ténacité et se classe sixième. Palmer est septième et remporte la course des moteurs atmosphériques. Cheever, Streiff, Capelli, Nannini, Ghinzani et Fabre coupent aussi la ligne d'arrivée.

 

Après la course

Nelson Piquet touche le gros lot à Budapest. Il claque la porte de l'écurie Williams tout en se mettant en position de force pour la suite du championnat. Avec maintenant dix-huit points d'avance sur son ennemi Mansell, il fait un pas décisif vers un troisième titre mondial. « Je vous l'avais bien annoncé, dit-il aux journalistes en s'aspergeant d'eau minérale. Ma saison commence ! » « Pauvre Nigel ! Je suis déçu pour lui... » ajoute-t-il avec un discret rictus...

 

Mansell fait peine à voir. Il quitte le circuit d'un pas lourd, complétement dépité: « Maintenant, une chose est malheureusement sûre: avec 18 points de retard, je peux faire un baiser d'adieu au titre mondial. Je n'ai plus rien à espérer... » Le sort est d'autant plus cruel que l'incident qui l'a frappé est pour le moins insolite. Pourquoi un écrou s'est-il dévissé alors qu'aucun changement de pneus n'a eu lieu ? Des observateurs se demandent aussi pourquoi le « clip » chargé de prévenir toute rupture inopinée de cet écrou n'était pas fixé. « Parce que nous ne mettons jamais cet accessoire durant la course en raison d'un éventuel changement de roues... » explique Alan Challis, le chef-mécanicien de Williams.

 

Piquet est décidément le seul à échapper à la soupe à la grimace. Ayrton Senna peste contre sa Lotus-Honda incapable de semer une Benetton-Ford à la régulière, et Alain Prost affirme avoir vécu la course la plus frustrante de sa vie. Son moteur a bafouillé d'un bout à l'autre. « Le châssis était pourtant bien... » soupire le Français, très las.

 

Piquet s'envole donc en tête du championnat avec 48 points. Suivent Senna (41 pts), Mansell et Prost (30 pts chacun). Williams-Honda (78 pts) marche vers son second titre des constructeurs consécutif. McLaren (49 pts) ne précède plus Lotus (47 pts) que d'un souffle.

 

 

Trophée Jim Clark Trophée Colin Chapman
1. J. Palmer 57 pts 1. Tyrrell-Ford-Cosworth 102 pts
2. P. Streiff 45 pts 2. AGS-Ford-Cosworth 35 pts
3. P. Fabre 35 pts 3. Lola-Ford-Cosworth 19 pts
4. P. Alliot 19 pts 4. March-Ford-Cosworth 10 pts
5. I. Capelli 10 pts
Tony