Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Williams Honda
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Honda
Ayrton SENNA
 A.SENNA
Lotus Honda

443e Grand Prix

XL British Grand Prix
Légérement nuageux
12 juillet 1987 - Silverstone
65 tours x 4.778 km - 310.570 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Très bon départ d'Alain Prost qui s'empare de la tête au premier virage.

Bernie Ecclestone contre Silverstone

Afin de réduire quelque peu la vitesse des bolides sur cette piste ultra-rapide, la courbe de Woodcote est dorénavant pourvue d'une nouvelle chicane beaucoup plus serrée, exigeant un freinage intensif et un rétrogradage en seconde.

 

En 1986, la FISA a mis fin au principe de l'alternance entre les circuits pour les Grands Prix. Sommés de se plier à cette règle, les Britanniques ont accordé à Silverstone l'exclusivité de leur Grand Prix jusqu'en 1991, aux dépens de Brands-Hatch. Cependant, le contrat passé avec la FOCA prévoyait une sévère mise aux normes du circuit du Northamptonshire. Les organisateurs avaient promis de construire de nouveaux stands, un centre de presse moderne et des cabines pour les commentateurs de télévision et de radio. Aucun de ces travaux n'a été effectué, d'où la colère de Bernie Ecclestone. « La Formule 1 est devenu un sport de haut niveau aux normes mondiales et il est essentiel que les circuits s'y conforment, affirme le président de la FOCA. Si nous constatons que ces gens ne sont pas en mesure d'accomplir ce qu'ils s'étaient engagés à faire, nous devons nous adresser à d'autres. » Le comité directeur de Silverstone réplique en déclarant avoir investi plusieurs millions de livres dans un programme de rénovation étalé sur... cinq ans. Le fait est que les critiques d'Ecclestone paraissent peu justifiées. Le nouveau dessin du virage de Woodcote satisfait les pilotes, et le centre de presse demeure de bien meilleur qualité que ceux d'autres circuits, comme par exemple Jacarepaguá.

 

Mansell - Piquet, la guerre des nerfs

Avant ce Grand Prix, la rivalité entre Nigel Mansell et Nelson Piquet excite les plumes acides des tabloïds anglais. « La course de la haine » annonce ainsi le Daily Mirror en une de ses « pages sport ». Il est vrai que les efforts de Frank Williams pour calmer le jeu entre ses pilotes sont voués à l'échec. Ainsi Piquet convoque - fait rarissime de sa part ! - une conférence de presse pour dévoiler ses aigreurs. Il revient entre autres sur sa défaite du Castellet. « Là-bas, Nigel a pris d'énormes risques en voulant me dépasser à tout prix, rumine-t-il. Nous aurions pu nous sortir. Il a gagné, tant mieux. Mais à Silverstone, si la machine tient le coup, nous verrons qui s'imposera ! » Puis, il rajoute de l'huile sur le feu: « Bien sûr que nous ne sommes pas amis ! Nous appartenons à deux équipes différentes, bien que regroupés dans la même écurie. C'est chacun pour soi. Les discussions ? Quelles discussions ? Nous ne discutons de rien... »

 

Mansell décide lui de se tenir à l'écart du paddock et de ses polémiques. Il loue une caravane anonyme pour le week-end, et s'y installe avec sa femme Rosanne, ses enfants Cloe et Leo, et son ami le golfeur australien Greg Norman. Lorsqu'on lui parle de Piquet, Nigel tente de garder ses nerfs: « Il refuse mon amitié, peu importe. Je suis payé pour travailler et gagner. Je travaille et je gagne. Pour moi, cette situation n'est pas un problème. Mais je crois que lui, il en a un... » Pour ne rien arranger, des tiers viennent semer leur grain de sel. Par exemple, James Hunt, devenu le premier supporteur de Mansell, déclare que Piquet devrait songer à prendre sa retraite... De son côté, Williams jure que Piquet reçoit exactement le même traitement que Mansell, ce que certains journalistes brésiliens mettent en doute. La situation des deux hommes au championnat est certes paradoxale. Si Piquet court toujours après sa première victoire en 1987, il compte toutefois plus de points (24) que Mansell (20) qui a gagné deux courses mais aussi renoncé deux fois.

 

McLaren se rapproche de Honda

Le marché des transferts est pour le moment très calme, mais en apparence seulement. En effet, Ron Dennis prépare une nouvelle révolution chez McLaren. Le V6 TAG-Porsche a fait son temps, et la firme Stuttgart, dont les finances ne sont pas au beau fixe, ne projette pas de construire un moteur atmosphérique à l'horizon 89. Alain Prost ne cache pas que s'il ne bénéficie pas d'un meilleur moteur à court terme, il ira voir ailleurs. Or, il n'existe pas de bloc plus convoité que le V6 turbo Honda. Déjà en 1986, McLaren avait mené des pourparlers avec la marque japonaise. Les entretiens reprennent au cours du printemps 1987. Dennis et Prost rencontrent régulièrement Yoshitoshi Sakurai, le directeur de Honda F1. Soichiro Honda considère ces approches avec le plus grand sérieux. Il est en effet las de l'esprit d'indépendance forcené de Frank Williams qui lui dénie tout droit de regard sur la direction de son écurie. Selon lui, son entreprise n'est pas en Formule 1 pour complaire aux Britanniques mais pour séduire le monde entier. Or Ron Dennis lui propose une collaboration pleine et entière à très long terme. Par ailleurs, Honda a la plus vivre admiration pour Alain Prost qu'il rêve d'avoir comme pilote. Le rapprochement entre les deux parties s'effectue donc très rapidement.

 

Frank Williams est parfaitement conscient que son partenariat vire à l'aigre. Mais il est trop fier, trop orgueilleux, trop « so british » pour supplier les Japonais de ne pas l'abandonner. Du reste, Honda conserve toute son estime pour Nelson Piquet qui depuis des semaines travaille très dur à la mise au point du moteur turbo bridé qui sera utilisé en 1988. Ainsi, des bruits évoquent la possibilité de voir Alain Prost et Nelson Piquet piloter des McLaren-Honda en 1988...

 

Présentation de l'épreuve

Pendant ce temps-là, la zizanie se poursuit chez Ferrari. Michele Alboreto rue dans les brancards et dénonce le manque de compétitivité de la F1.87. Les journalistes italiens cherchent toujours à obtenir la tête de John Barnard. Avant ce Grand Prix, quelques-uns se rendent à Guilford et tentent de pénétrer dans les ateliers de GTO Limited, le bureau d'études chargé de concevoir la future Ferrari. En vain. Avant d'être reconduits par des vigiles, l'un d'eux peut néanmoins apercevoir un four autoclave de dimensions telles qu'elles contredisent la version de Marco Piccinini selon laquelle Barnard ne travaille en Angleterre que sur des modèles réduits. La Ferrari de 1988 sera sans doute bien construite outre-Manche...

 

Loin de cette agitation, Gérard Larrousse propose à Didier Pironi, consultant pour Canal +, de lui confier le volant d'une seconde Lola-Ford en 1988. Cinq ans après son terrible accident d'Hockenheim, le Français se sent prêt à relever un tel défi, mais à condition de disposer d'une monoplace compétitive. Il réserve sa décision pour l'automne. Pironi a en tout cas retrouvé toutes ses facultés puisqu'il se lance dans les courses de bateaux « offshore », discipline dont il est tombé amoureux. Avec le soutien d'Elf et du groupe Midial, il s'apprête à étrenner le Colibri, une véritable « Formule 1 des mers » qu'il entend faire triompher lors des épreuves estivales.

 

Chez Williams, Nelson Piquet a deux voitures à sa disposition, une à empattement court, l'autre à empattement long. Il préférera finalement cette dernière après avoir longtemps sauté de l'une à l'autre. Autre innovation sur les FW11B: l'apparition d'amortisseurs à dureté variable. Le dispositif comporte des soupapes à commande électronique sur les amortisseurs et permet aux pilotes d'assouplir ceux-ci à leur gré, ce qui est très utile à Silverstone où les grandes courbes succèdent à des virages plus serrés. On est toutefois très loin de la suspension active de Lotus puisque ce système n'agit pas en correcteur d'assiette. Il disparaîtra d'ailleurs pour la course.

 

Pour cette piste ultra-rapide, la Benetton arbore un nouvel aileron arrière, très mince, avec une corde extrêmement étroite. Les moteurs Ford de l'écurie anglo-italienne ont encore sensiblement évolué. Chez Ferrari, suite à l'incident survenu à Gerhard Berger au Castellet, la suspension arrière est renforcée. Les voitures rouges reçoivent des cloisons de part et d'autre de la boîte de vitesses pour réduire la traînée. L'AGS est équipée d'un nouveau capot-moteur, dépourvu de prise « schnorchel » mais plus étanche.

 

Le calvaire de Ligier

Le week-end des Bleus est une suite de mésaventures. Tout d'abord, René Arnoux ne reçoit sa licence qu'in extremis, faute de documents dûment complétés. Sanction: 4000 dollars d'amende ! Puis, vendredi après-midi, Piercarlo Ghinzani gare sa voiture à court d'essence au virage de Becketts. Ses mécaniciens courent alors le rejoindre, jerricans à la main, afin de le dépanner et de lui permettre de regagner les stands, ce qui est une violation du règlement. Après quoi, à la fin de la séance qualificative, l'Italien parcourt deux tours supplémentaires après l'abaissement du drapeau à damiers. La direction de course a la main très lourde: 2000 $ d'amende et exclusion de la Ligier n°26 du Grand Prix !

 

Par malheur (?) Guy Ligier est resté en France pour fêter son anniversaire en compagnie du président François Mitterrand. Les commissaires britanniques échappent donc à sa colère. Ils en profitent pour se montrer odieux et exigent de Jean-Pierre Paoli, le team manager, qu'il règle les « prunes » immédiatement et en liquide ! Paoli est contraint d'emprunter l'argent à Bernie Ecclestone... Selon Dany Hindenoch, l'attaché de presse de Ligier, les Anglais s'acharneraient contre son écurie car Jacques Laffite aurait l'intention de porter plainte contre le circuit de Brands-Hatch suite à son accident de l'année précédente...

 

Les qualifications

Les essais se résument à un duel singulier entre Piquet et Mansell. Et c'est le Brésilien qui réalise la pole position sur les terres de son adversaire. Soixante-dix millièmes seulement les séparent. Mansell a cependant été handicapé vendredi par une impressionnante sortie de route, après que son pneu arrière-droit s'est dégonflé à l'approche de Becketts. Malgré son moteur Honda, Senna rend une seconde pleine aux Williams et ne fait pas mieux que le troisième chrono. Son équipier Nakajima se classe douzième. Non seulement le V6 TAG-Porsche ne peut plus rivaliser avec le Honda en accélération pure, mais les McLaren ont perdu leur légendaire fiabilité. Prost (4ème) est souvent immobilisé par une foule de pannes diverses. Johansson n'est que dixième. Les Benetton de Boutsen et de Fabi occupent la troisième ligne bien que le moteur Ford rendent beaucoup de chevaux au Honda. Cela souligne la grande qualité du châssis concocté par Rory Byrne. Sur la rangée suivante on découvre les Ferrari d'Alboreto et de Berger, en forme ascendante malgré des défaillances dans le système d'injection.

 

De Cesaris peine à s'adapter au nouveau Woodcote et sort deux fois de la piste à cet endroit, avant de se calmer les nerfs et de signer le neuvième temps. On trouve Patrese deux places plus loin. Les Arrows-Megatron (Cheever 13ème, Warwick 14ème) manquent d'équilibre sur ce tracé. Faute de pouvoir terminer les Grands Prix, Nannini (15ème) déploie son talent en qualifications. Il « colle » deux secondes à son collègue Campos (19ème). Arnoux (16ème) est le seul représentant de l'écurie Ligier-Gitanes. Les Zakspeed (Brundle 17ème, Danner 18ème) se placent en neuvième ligne. L'Anglais est victime vendredi d'un incident inquiétant: une rupture de suspension arrière à Woodcote... Caffi (19ème) clôt la marche dans la catégorie « turbo ».

Alliot sort vainqueur de la confrontation des « aspirés » devant Streiff, Palmer et Capelli. Fabre reste fidèle à son habituelle lanterne rouge et rend onze secondes à Piquet...

 

Grâce à cette pole position, Piquet apporte un démenti cinglant à ceux qui le disent « fini ». Il pénètre triomphant dans la salle de presse. « Je ne sais pas si je suis plus fort que Mansell, ou si lui est plus fort que moi. Tout ce que je sais, c'est que j'ai décroché deux titres mondiaux et que lui a trouvé le moyen d'en perdre un », dit-il en souriant. Puis, ne manquant décidément pas de culot, il accuse les gazetiers de tout faire pour le monter contre son équipier. « Moi, je ne fais pas de polémique. Je dis ce que je pense » rectifie le Carioca. En revanche, sa charmante compagne Catherine Valentin commente sans complexe sa performance: « Nelson a signé le meilleur temps, normal. Silverstone est un circuit de talents, pas de besogneux. Lundi matin, Nigel n'aura plus qu'à se tirer une balle dans la tête... » Ambiance...

 

Le Grand Prix

La course se déroule devant des tribunes pleines à craquer. Cent mille supporteurs se pressent pour encourager leur idole Nigel Mansell. La ferveur autour du moustachu de l'Île de Man est telle qu'après son installation sur la pré-grille, ses mécaniciens ceinturent sa Williams d'un cordon de sécurité pour lui éviter d'être importuné ! Toute l'Angleterre attend un exploit de son héros. Sentant la tension monter, Frank Williams craint que son pilote n'y succombe, comme cela lui arrive trop souvent. « Nigel, cours avec ta tête ! » lui serine-t-il.

Selon Lee Gaug, les pneus Goodyear devraient pouvoir couvrir toute la distance de l'épreuve. Mais de toute évidence, certains pilotes tenteront de changer de gommes à mi-parcours afin d'être plus rapides lors de la seconde moitié de l'épreuve.

 

Départ: Très tendus, Piquet et Mansell veulent tous deux s'envoler et en font trop. Leurs roues patinent. Prost en profite pour se glisser à l'extérieur et aborde Copse en première position devant Piquet, Mansell, Senna et Boutsen.

 

1er tour: Piquet tourne à fond sa molette de pression de turbo et déborde Prost par l'extérieur dans Maggots. Puis Mansell fait l'intérieur au Français dans Hangar Straight et s'impose à Stowe. Piquet conclut ce premier tour devant Mansell, Prost, Senna, Boutsen, Alboreto, Fabi, de Cesaris, Nakajima et Johansson. Nannini s'arrête chez Minardi pour changer son museau.

 

2e: Les Williams ont déjà trois secondes d'avance sur le peloton. Senna déborde Prost à Maggots.

 

3e: Piquet a une seconde d'avance sur Mansell. Prost menace Senna dans Hangar Straight, sans succès. Alboreto dépasse Boutsen à Copse. Johansson déborde Nakajima.

 

4e: Piquet précède Mansell (1.9s.), Senna (7.6s.), Prost (7.8s.), Alboreto (8.5s.) et Boutsen (9.6s.). Fabi doit lever le pied à cause d'une consommation excessive. Il laisse passer de Cesaris, Johansson et Nakajima. Arnoux abandonne après qu'une pierre a endommagé un capteur de son moteur. Capelli renonce également, boîte de vitesses en flammes.

 

5e: Prost repasse devant Senna à Copse. Johansson double de Cesaris. Fabi se fait déborder par un quatuor comprenant Warwick, Berger, Cheever et Patrese. En effet, suite à un dysfonctionnement de sa centrale électronique, il croit que son moteur surchauffe et ralentit pour éviter une explosion.

 

6e: Piquet a deux secondes de marge sur Mansell. Alboreto met désormais la pression sur Senna. Berger double Warwick.

 

8e: Piquet devance Mansell de trois secondes, Prost de dix secondes. Johansson se défait de Boutsen. Berger quitte la piste à Abbey et se plante dans les graviers. Sa course s'arrête là. Alliot se range dans l'herbe suite à une nouvelle rupture de transmission.

 

9e: Suite à une fuite d'huile, le moteur de de Cesaris prend feu. Le Romain s'arrête dans l'herbe avant Chapel, et les commissaires interviennent pour circonscrire un impressionnant incendie.

 

10e: Piquet est premier devant Mansell (2.9s.), Prost (9s.), Senna (15s.), Alboreto (16s.), Johansson (20s.), Boutsen (25s.), Nakajima (28s.), Warwick (31s.), Cheever (33s.), Patrese (33.5s.) et Fabi (38s.). Fabre concède son premier tour aux Williams.

 

11e: Patrese prend la dixième place à Cheever.

 

12e: Mansell perd un peu de temps en prenant un tour aux Tyrrell. Un plomb d'équilibrage s'est désolidarisé de sa roue avant-gauche et sa Williams engendre quelques vibrations. Boutsen rencontre un important sous-virage et se trouve désormais sous la menace de Nakajima, de Warwick et de Patrese. Streiff dépasse Brundle et prend la première place en catégorie 3,5l.

 

13e: Trois secondes et demie séparent Piquet et Mansell. Nannini se range dans une échappatoire avec un V6 Motori Moderni cassé.

 

14e: Patrese dépasse Warwick.

 

15e: Mansell réduit quelque peu son retard sur Piquet. Seul Prost n'est pas encore totalement semé par les Williams. Nakajima et Patrese dépassent Boutsen. La Benetton est instable et trop gourmande en carburant.

 

16e: Patrese prend la septième place à Nakajima.

 

17e: Piquet mène devant Mansell (2s.), Prost (10.5s.), Senna (21.7s.), Alboreto (22.9s.) et Johansson (24.9s.).

 

19e: Mansell a repris cinq dixièmes à Piquet. Suite à une rupture de piston, le moteur de Johansson explose en début de tour. Le Suédois n'a plus inscrit de point depuis le GP de Belgique.

 

20e: Piquet est en tête devant Mansell (1.2s.), Prost (13s.), Senna (25s.), Alboreto (27s.), Patrese (50s.), Nakajima (53s.), Boutsen (1m.), Warwick (1m. 01s.), Cheever (1m. 02s.) et Fabi (1m. 06s.).

 

21e: Warwick et Cheever doublent Boutsen.

 

23e: Piquet a de nouveau trois secondes d'avance sur Mansell. Prost est désormais relégué à dix-sept longueurs. Senna se détache un peu d'Alboreto au gré des dépassements de retardataires.

 

24e: Piquet prend un tour aux Benetton de Fabi et de Boutsen, contraints de limiter leur consommation.

 

25e: Piquet devance Mansell (4.5s.), Prost (16.7s.), Senna (32s.), Alboreto (37.5s.) et Patrese (1m.).

 

26e: Doubler les attardés est délicat sur ce circuit court et rapide. Ainsi, dans Hangar Straight, Mansell doit dangereusement slalomer entre Warwick et Campos, le premier voulant lui-même prendre un tour au second.

 

28e: Deux secondes entre Piquet et Mansell. Prost est contraint de tirer le maximum de ses pneus pour ne pas perdre trop de terrain. Mais sa McLaren commence à vibrer car elle a perdu un plomb d'équilibrage. De plus, le moteur TAG-Porsche est trop glouton.

 

29e: Mansell attaque et remonte sur Piquet. Patrese abandonne, moteur cassé. Les deux Brabham-BMW sont de nouveau hors course. Prost entre aux stands en fin de tour.

 

30e: Prost change ses pneus qu'il a trop sollicités lors de ce début de course. L'arrêt dure huit secondes et le Forézien repart en cinquième position. A l'abord de Woodcote, Piquet est gêné par Nakajima. Mansell se colle derrière son équipier à la sortie de la chicane mais il ne parvient pas à se porter à sa hauteur.

 

31e: Les Williams doublent Nakajima. Piquet précède Mansell (1.3s.), Senna (33s.), Alboreto (44s.), Prost (46s.), Nakajima (1m. 13s.), Warwick (-1t.), Cheever (-1t.), Boutsen (-1t.), Fabi (-1t.) et Brundle (-1t.).

 

32e: Prost reprend sans peine la quatrième place à Alboreto.

 

34e: Caffi renonce suite à une rupture de turbo. Transparent depuis le départ, Danner se retire après une panne de boîte de vitesses.

 

35e: Mansell choisit d'effectuer un changement de pneus, contrairement à Piquet qui envisage une course « non-stop ». L'Anglais repart avec des Goodyear frais après 9.5s. d'immobilisation, vingt-neuf secondes derrière son coéquipier.

 

36e: Mansell fait parler la poudre et le premier passe la barre d'1'12''. Campos abandonne après que sa pompe électrique est tombée en panne.

 

38e: Piquet réplique à Mansell en abaissant à son tour le meilleur chrono. Néanmoins son avance n'est plus que de vingt-cinq secondes.

 

40e: Piquet est leader devant Mansell (24.9s.), Senna (41s.), Prost (54s.), Alboreto (1m. 11s.), Nakajima (-1t.), Warwick (-1t.), Cheever (-1t.), Boutsen (-1t.) et Fabi (-1t.). Piquet conclut ce tour en 1'11''913''', Mansell en 1'11''638'''.

 

41e: Piquet prend un tour à Alboreto. Brundle s'arrête chez Zakspeed pour faire contrôler son accélérateur.

 

42e: Second passage aux stands de Brundle. Cette fois, c'est plus grave puisque ses mécaniciens remplacent le boîtier Motronic de la Zakspeed, opération qui prend trois minutes.

 

43e: Frank Dernie brandit à Piquet un panneau « OK » lui signifiant qu'il peut aller au bout sans passer aux stands.

 

44e: Piquet tourne toujours en 1'11'' et ne concède qu'une demi-seconde par tour à Mansell.

 

46e: Mansell augmente son rythme et roule dorénavant en dessous d'1'11''. Alboreto s'arrête chez Ferrari pour changer ses pneus (11.4s.) et chute au neuvième rang. Palmer dépasse Streiff, ralenti par une rupture d'échappement

 

47e: Mansell est revenu à vingt secondes de Piquet. Cheever rentre aux stands au petit trot avec un moteur fumant.

 

48e: La situation devient complexe pour Piquet qui n'a plus que dix-sept secondes d'avance sur Mansell. Il doit désormais tenir jusqu'au bout avec des pneus usés.

 

49e: Piquet précède Mansell (14.5s.), Senna (54s.), Prost (1m. 08s.), Nakajima (-1t.), Warwick (-1t.), Boutsen (-1t.), Fabi (-2t.), Alboreto (-2t.) et Palmer (-4t.).

 

50e: Prost concède une boucle à Piquet. Cela faisait longtemps que le double champion du monde n'avait pas connu pareille humiliation.

 

52e: Tandis que Piquet ne tourne plus qu'en 1'11'561, Mansell réalise un temps en 1'10''405'''. Victime d'une crevaison lente, Boutsen doit s'arrêter chez Benetton pour changer ses roues.

 

53e: Neuf secondes séparent désormais les deux Williams alors qu'il reste douze tours à couvrir.

 

54e: Sept secondes et demie entre Piquet et Mansell. Alboreto renonce suite à un bris de suspension à l'arrière-droit.

 

55e: Consternation chez McLaren, Prost s'immobilise dans le gazon. Un roulement d'embrayage brisé a endommagé un senseur du système de gestion du moteur. Le V6 TAG ne répond plus et Prost n'a plus qu'à abandonner. Warwick grimpe au cinquième rang malgré une Arrows frappée d'incessantes vibrations.

 

56e: Piquet est devant Mansell (6.8s.), Senna (1m. 03s.), Nakajima (-1t.), Warwick (-1t.), Fabi (-2t.), Boutsen (-2t.) et Palmer (-4t.).

 

57e: Mansell est à moins de quatre secondes de Piquet. De toute évidence, le pari du Carioca est perdu...

 

58e: Piquet prend un tour à Senna. Mansell réalise le meilleur chrono de la course: 1'09''832'''.

 

59e: Mansell ne rend plus que deux secondes à Piquet. Toutefois, son ordinateur de bord lui indique qu'il aura tout juste assez d'essence pour finir l'épreuve. Décidé à jouer le tout pour le tout, Nigel n'en tient aucun compte et continue de foncer.

 

60e: Piquet est premier devant Mansell (1.6s.), Senna (-1t.), Nakajima (-2t.), Warwick (-2t.), Fabi (-2t.), Boutsen (-2t.) et Palmer (-4t.).

 

62e: Le public britannique hurle son soutien à Mansell, revenu à sept dixièmes de son équipier.

 

63e: Mansell est dans le sillage de Piquet. Celui-ci aborde Hangar Straight à l'intérieur. Mansell déboîte vers la gauche... imité par Piquet qui tente ainsi de le bloquer ! Mais c'était une feinte: l'Anglais oblique vers la droite en arrivant à Stowe et freine brusquement. Piquet tente de le tasser à l'entrée du virage. Les roues se frôlent à deux reprises, mais Nigel tient bon. Nelson s'écarte pour éviter l'accrochage et capitule. Délire de joie dans les gradins ! Résolu à se mettre à l'abri, Mansell entreprend ensuite de doubler Boutsen par l'intérieur avant Woodcote. Il entre trop vite dans le virage, glisse... mais réussit à se rattraper d'extrême justesse !

 

64e: Mansell roule vers la victoire et n'a désormais plus qu'à espérer conserver assez d'essence dans son réservoir... Streiff abandonne à cause d'une soupape brisée.

 

65ème et dernier tour: Nigel Mansell remporte sa dixième victoire en Formule 1 à domicile. Piquet termine second devant les deux Lotus de Senna et de Nakajima. C'est un quadruplé pour Honda. Warwick inscrit ses deux premiers points de la saison malgré une voiture très instable. Fabi finit sixième devant Boutsen. Palmer est huitième et remporte la course des moteurs aspirés. Fabre se classe comme d'habitude bon dernier tandis que Brundle n'a pas couvert assez de tours pour figurer au palmarès final.

 

Après la course: God save Nigel

Mansell tombe en panne sèche au niveau du virage de Club. Les supporteurs anglais entrent alors en transe, renversent les barrières, envahissent le circuit et se précipitent sur l'idole pour l'embrasser et la porter en triomphe. La Williams disparaît sous une marée humaine. On se croirait à Monza ! « C'est le jour de gloire de Nigel » commente sobrement Jackie Stewart au micro de CBS. C'est finalement à bord... d'une ambulance que le vainqueur du jour parvient à rejoindre le podium. Pendant ce temps-là, Nelson Piquet rejoint sans mot dire la zone des stands. Le Brésilien ne retire pas son casque. Il bout intérieurement de s'être fait à nouveau posséder comme un débutant.

 

On pourrait craindre que la cérémonie du podium soit glaciale.... d'autant plus que sur la troisième marche se trouve Ayrton Senna, détesté par les deux pilotes Williams ! Or tout au contraire, un Mansell tout sourire vient serrer deux fois (!) la main des Brésiliens, puis tous trois s'aspergent joyeusement de champagne. Encore plus incroyable, Piquet et Mansell se couvrent de fleurs ! « Chapeau, Nigel m'a bien battu ! » s'exclame le premier, « Nelson a été fantastique, un vrai gentleman ! » enchaîne le second. La paix des braves ? Pas vraiment. Piquet s'en veut de ne pas avoir changé de pneus, ce qu'il avait fait au Castellet, et lui aurait ici très certainement garanti la victoire. « Le plus important pour moi est de prendre des points, et de me retrouver un jour ou l'autre en tête du championnat du monde » dit-il avec assurance. Son raisonnement n'est pas absurde. Car si jusqu'ici Mansell totalise trois victoires en 1987 contre zéro pour son équipier, tous deux sont ex æquo au championnat avec trente points chacun...

 

Ayrton Senna conserve la première place du classement avec 31 unités, mais il est dépité par la non-compétitivité de sa Lotus et estime déjà n'avoir plus aucune chance de vaincre les Williams à la régulière. Quant à Prost (26 pts), il affirme ne pas être déçu par son abandon car de toute façon son moteur TAG-Porsche consommait trop d'essence pour lui permettre de rallier l'arrivée. En 1986, contre l'armada Williams-Honda, il pouvait compter sur un moteur compétitif et un environnement mécanique fiable. Avantages qui se sont aujourd'hui évanouis. Prost ne se fait guère d'illusions sur ses chances de remporter un troisième titre mondial consécutif. Au classement des constructeurs, Williams (60 pts) s'envole devant McLaren (39 pts) et Lotus (37 pts).

 

 

Trophée Jim Clark Trophée Colin Chapman
1. J. Palmer 42 pts 1. Tyrrell-Ford-Cosworth 72 pts
2. P. Fabre 32 pts 2. AGS-Ford-Cosworth 32 pts
3. P. Streiff 30 pts 3. Lola-Ford-Cosworth 15 pts
4. P. Alliot 15 pts 4. March-Ford-Cosworth 6 pts
5. I. Capelli 6 pts
Tony