Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Williams Honda
Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche
Gerhard BERGER
 G.BERGER
Benetton BMW

423e Grand Prix

VI Gran Premio di San Marino
Couvert
27 avril 1986 - Imola
60 tours x 5.040 km - 302.400 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Alain Prost franchit au ralenti la ligne d'arrivée tandis que Gerhard Berger assure la troisième place.

Alain Prost, favori en Émilie-Romagne

Voici donc ce Grand Prix de Saint-Marin particulièrement redouté par les constructeurs, les motoristes et les pilotes. En 1984 et 1985, le circuit Dino Ferrari a en effet posé de graves soucis de consommation d'essence, au point de voir plusieurs coureurs tomber en panne sèche au cours des derniers kilomètres. Les ordinateurs embarqués sont censés renseigner les pilotes en temps réel et éviter de tels incidents mais on a vu lors des deux premiers Grands Prix que leur précision était encore perfectible.

 

En tout cas, le préféré des bookmakers est Alain Prost, vainqueur ici ces deux dernières années, même si sa victoire de 85 lui a été enlevée sur tapis vert. « On devra rouler nettement en dessous de notre potentiel, annonce le champion en titre. Un bon pilote, au volant d'une bonne voiture, pourrait tourner en 1'30'', mais devra se contenter d'1'34'' pour aller au bout. » Et si Prost est un excellent tacticien, il déplore comme tous ses collègues de « prendre le départ avec un frein dans la tête ». Autre souci: il a le poids de l'écurie McLaren sur les épaules. Il s'aperçoit en effet que Keke Rosberg est très individualiste et réduit leurs échanges techniques au strict minimum. Le Finlandais fait regretter Niki Lauda. Ainsi, d'après une anecdote rapportée par Johnny Rives, John Barnard ne supporte pas de ne pouvoir voir ses yeux lorsqu'il discute avec lui, Keke gardant toujours une paire de lunettes noires sur le nez.

 

Le grand retour de Ford

Le V6 turbocompressé Ford-Cosworth fait son apparition en Grand Prix aux mains d'Alan Jones. Ce petit moteur à 120° baptisé GBA délivrerait 900 chevaux à 12 000 tours/minute. On n'en saura pas plus, car ses principaux concepteurs Keith Duckworth et Geoff Goddard refusent de s'exprimer. Mike Kranefuss, le directeur de la compétition chez Ford, joue la prudence et n'attend pas des résultats extraordinaires pour ce début de saison. La pression de suralimentation ne sera augmentée que progressivement, au fil de l'année. En revanche, Alan Jones parade: « Avec ce moteur, je vise le titre mondial pour 1987 ! » proclame-t-il sans rire. Il conduit aussi une nouvelle Lola, la THL2, qui a quinze centimètres de moins que sa devancière. Patrick Tambay se contente lui de la Lola-Hart et en conçoit un vif dépit car il a toujours été plus rapide que Jones lors des essais privés. « Je méritais d'étrenner ce turbo, tout autant qu'Alan, affirme le Cannois. Teddy Mayer et Carl Haas auraient dû prévoir deux turbos... ou pas un seul. »

 

Cette course sera aussi la dernière du moteur turbo Hart qui n'aura jamais pu rivaliser avec les meilleurs, faute de moyens financiers suffisants. Mais Brian Hart espère toujours trouver des clients pour la saison 1987.

 

Présentation de l'épreuve

Les nouvelles de Frank Williams ne sont pas bonnes. Près de deux mois après son grave accident, l'entrepreneur britannique n'a toujours pas retrouvé la sensation dans ses quatre membres. Il est hélas fort probable qu'il demeurera tétraplégique. Un drame terrible pour cet homme hyperactif, qui plus est marathonien émérite. Pour l'heure, son épouse Virginia assure la direction du Team Williams, même si sur le terrain c'est bien sûr Patrick Head qui dirige les opérations.

 

Pour la première fois, Zakspeed aligne une seconde voiture pour le Néerlandais Huub Rothengatter dont le manager, l'ancien pilote Ben Pon, est parvenu à trouver quelques centaines de milliers de florins. Jonathan Palmer n'est pas content de cette initiative, jugeant que son écurie a déjà suffisamment fort à faire pour mettre un seul bolide au point.

 

Chez Williams, Nelson Piquet bénéficie d'un nouveau châssis. Stefan Johansson reçoit une nouvelle voiture après avoir démoli la sienne en Espagne. Ce modèle comporte une suspension modifiée, un nouveau collecteur d'admission et un échappement à six tubulures. Les Ligier reçoivent enfin deux V6 Renault DP ainsi que des collecteurs d'admission rehaussés de type « dromadaire ». Ceux-ci permettent d'homogénéiser le mélange air-essence et d'alimenter à part égale tous les cylindres. La richesse peut être réglée sur le cylindre le plus pauvre, c'est-à-dire le plus éloigné du flux. Cela permet un gain de consommation de 3%, soit six litres.

 

La Tyrrell 015 détruite par Martin Brundle à Jerez est réparée et dotée du V6 Renault à distribution pneumatique. La firme de cosmétique Kelemata, qui jusqu'ici finançait Osella, soutient désormais le Team Tyrrell. La Brabham BT56 a encore une fois été remaniée de fond en comble: nouvelle suspension postérieure, larges déflecteurs aérodynamiques antérieurs, capot moteur inédit etc. La Benetton reçoit aussi une suspension arrière retouchée.

 

La nouvelle Osella FA1H arrive à Imola sans peinture... et sans moteur ! L'ingénieur Giuseppe Petrotta ne sait pas si elle sera propulsée par le V8 Alfa Romeo ou le V6 Motori Moderni ! De toutes évidences, ce modèle n'est pas apte à rouler. Enzo Osella est en fait contraint de se rabattre sur le bloc Alfa car il n'a pas les moyens d'acheter les V6 de Carlo Chiti. Piercarlo Ghinzani et Christian Danner pilotent en attendant les vieux modèles de 1985.

 

On en parle peu, mais la Formule 1 est traversée en 1986 par une véritable guerre des essences. De nouveaux carburants « lourds », traités chimiquement en laboratoire, apparaissent afin de décupler les performances des turbos. Après BASF, ACIP et Mobil, Elf offre à Renault un nouveau produit à haut pouvoir calorique, censé offrir davantage d'énergie dans un même volume. Bernard Dudot se montre toutefois circonspect et admet qu'il devient difficile d'injecter un liquide de plus en plus épais, à la limite du gas-oil. De plus, cette nouvelle essence émet une fort désagréable fumée noirâtre.

 

Les manufacturiers de pneumatiques ne se croisent pas les bras non plus. Goodyear délivre un nouveau pneu arrière anti-grainage baptisé « C bis ». Pirelli s'inquiète pour sa part des mauvaises performances des Brabham qui étaient jusqu'ici ses monoplaces de référence. Les ingénieurs italiens se tournent donc vers Ligier et Benetton, mais ces deux écuries n'ont pas les moyens de tester toutes les gommes disponibles.

 

Les qualifications

Senna réussit sa quatrième pole position consécutive, la dixième de sa carrière, en réalisant le vendredi un chrono éblouissant (1'25''050'''). Néanmoins, les journalistes présents en bord de piste s'étonnent de voir des gerbes d'étincelles jaillir de sous les pontons de la Lotus, ce qui paraît impossible venant d'une voiture dotée d'un fond plat. L'ingénieur argentin Enrique Scalabroni, responsable des suspensions et des boîtes de vitesses chez Williams, est même préposé à l'observation de la 98T ! Mais personne n'ose porter réclamation. Finalement, après enquête de la FISA, Gérard Ducarouge révèle qu'il a en fait monté des patins anti-usure de chaque côté du soubassement, juste devant les roues arrière. Le correcteur d'assiette hydraulique est le même que celui utilisé par la Brabham BT49 en 1981. L'objectif est de réduire au minimum la garde au sol. Rien d'illégal donc.

 

Comme au Brésil et en Espagne, les Williams de Piquet et de Mansell occupent les deuxième et troisième places. Les deux équipiers ne sont pas satisfaits de leurs moteurs qui se sont montrés peu fiables. Prost place sa McLaren au quatrième rang, deux places devant un Rosberg qui ne ménage pourtant pas ses efforts et sa monture. L'équilibre et la puissance des Ferrari paraissent s'être améliorés. Alboreto se glisse en cinquième position tandis que Johansson se classe septième. Arnoux est huitième avec sa Ligier-Renault, loin devant Laffite (14ème) qui s'est fourvoyé dans de mauvais réglages. Suivent les Benetton-BMW de Berger (9ème) et Fabi (10ème), ralenties par de nombreuses casses de moteurs. Tambay obtient une très belle onzième au volant de la Lola-Hart, dix positions devant Jones muni du Ford turbo dont les débuts sont laborieux. Les Arrows-BMW (Boutsen 12ème, Surer 15ème) sont revenues aux réglages utilisés avec succès la saison passée sur cette piste. Brundle place la nouvelle Tyrrell à la treizième place, très loin devant un Streiff brouillon (21ème). Les Brabham sont toujours très lentes en sortie de virage et ont cassé plusieurs boîtes. Les résultats sont désespérants: Patrese est 16ème, de Angelis 19ème... Avec la deuxième Lotus (si si, il y en a une...) le pauvre Dumfries est 17ème.

 

Seconds huit jours plus tôt aux 1000 kilomètres de Monza sur Lancia, Nannini (18ème) et de Cesaris (23ème) sont galvanisés et extraient enfin leurs Minardi des profondeurs, où l'on retrouve les Zakspeed (Palmer 20ème, Rothengatter 24ème) et les Osella de Danner et de Ghinzani qui occupent la dernière rangée.

 

Le Grand Prix

Lors de l'échauffement, qui se déroule sous un petit crachin, Brundle sort de la route et casse une fois de plus la nouvelle Tyrrell 015 ! Il doit derechef utiliser la 014 de réserve. Laffite casse son moteur Renault « DP » et s'élance avec un bloc à ressorts de soupapes. Une averse tombe sur le circuit lorsque la piste est ouverte pour les tours de chauffe, mais elle s'interrompt quelques minutes plus tard. Palmer ne parvient pas à faire démarrer son moteur et ne pourra pas se présenter sur la grille.

 

Côté pneus, chez Goodyear tout le monde est logé à la même enseigne: C à l'avant et nouveaux C bis à l'arrière. Il y a plus d'homogénéité chez Pirelli. Par exemple, Patrese a des gommes dures et les Benetton des montes tendres.

 

Départ: Senna prend un bon envol devant Piquet et Prost. En revanche, Mansell démarre lentement à cause d'un moteur qui cafouille, et gêne ainsi Alboreto qui tentait de se faufiler entre Prost et lui. Il se retrouve sous la menace de Rosberg.

 

1er tour: Piquet déborde Senna dans la courbe Villeneuve. Rosberg dépasse Mansell au freinage de Tosa. Derrière, Nannini manque son freinage et plie sa suspension avant-gauche contre la Ligier de Laffite. Le jeune Italien échoue dans les graviers. En fin de boucle, Piquet précède Senna, Prost, Rosberg, Mansell, Alboreto, Arnoux, Johansson, Tambay, Fabi, Berger et Boutsen.

 

2e: Piquet s'échappe au commandement tandis que les McLaren menacent Senna. Mansell est incapable de les suivre. De Cesaris s'arrête chez Minardi pour changer de bougies. Danner reste lui immobilisé un moment chez Osella pour résoudre des problèmes électriques. Palmer prend la piste avec deux boucles de retard.

 

3e: Prost se montre dans les rétroviseurs de Senna. Mansell regagne le stand Williams pour faire changer son allumage. Il redémarre après une minute d'immobilisation en vingt-deuxième position.

 

4e: A l'abord de Tosa, Prost fait l'extérieur à Senna et s'empare du second rang. Rosberg déborde aussi la Lotus par la gauche dans la foulée. Une vibration provenant de l'arrière de son châssis incite Senna à ralentir.

 

5e: Piquet a cinq secondes d'avance sur les McLaren. Rosberg dépasse Prost après Tamburello. Fabi prend la huitième place à Tambay.

 

6e: Piquet est seul en tête devant un quatuor composé de Rosberg, Prost, Senna et Alboreto. Arnoux est isolé au sixième rang, puis vient un trio Johansson – Fabi – Berger. Tambay est éliminé par une rupture de piston. C'est bien misérablement que prend fin la carrière du moteur turbo Hart.

 

7e: Fabi dépasse Johansson à Tosa. Danner s'arrête à nouveau chez Osella.

 

8e: Berger déborde Johansson. Le Suédois se montre prudent car ses freins fonctionnent mal. Mansell s'arrête une seconde fois à son stand pour faire examiner son moteur. Dumfries stoppe chez Lotus pour se plaindre de vibrations sur son train arrière. Il redémarre peu après. Rothengatter renonce, faute de pression de suralimentation.

 

9e: Rosberg et Prost ne remontent pas sur Piquet tandis que Senna maintient Alboreto à une distance raisonnable. Dumfries met pied à terre. Le roulement de sa roue arrière droite est brisé.

 

10e: Piquet précède Rosberg (5.9s.), Prost (6.6s.), Senna (8.5s.), Alboreto (11.3s.), Arnoux (20.5s.), Fabi (28.9s.), Berger (31.3s), Laffite (35.7s.), Johansson (37.1s.), Patrese (38.7s.), Boutsen (39.3s.) et Jones (39.7s.).

 

11e: Prost est dans les échappements de Rosberg.

 

12e: Prost repasse devant Rosberg. Senna ralentit après Tamburello car sa roue arrière droite racle le sol et soulève des étincelles. Comme Dumfries, il est victime d'une rupture de roulement de moyeu. Mansell abandonne également, son moteur refusant de fonctionner.

 

13e: Rosberg reprend la seconde place à Prost en franchissant Tamburello.

 

14e: Piquet a six secondes de marge sur les McLaren. Arnoux est parti avec des Pirelli trop tendres et s'arrête aux stands pour en changer. Il redémarre en douzième position. Laffite regagne lui aussi le stand Ligier-Gitanes, privé de pression de suralimentation. Il repart quelques minutes plus tard après une réparation de fortune.

 

15e: Jones était neuvième lorsqu'il s'arrête chez Haas pour faire changer sa tringlerie de commande de boîte. De Angelis change ses pneus.

 

16e: Piquet devance Rosberg (4.5s.), Prost (5.2s.), Alboreto (9.8s.), Fabi (27s.) et Berger (30s.). Arnoux remonte rapidement et a déjà doublé les Arrows de Surer et de Boutsen. Laffite abandonne, moteur grippé.

 

17e: Piquet a abusé de sa pression de suralimentation et doit baisser son rythme pour éviter la panne sèche en fin de course.

 

18e: Les McLaren sont revenues à deux secondes de Piquet. Les Benetton se battent pour la cinquième place.

 

19e: Berger prend la cinquième place à Fabi. Bien plus loin, Johansson défend bec et ongles sa septième place contre Patrese. Cela permet à Arnoux de les rattraper.

 

20e: Piquet précède Rosberg (1.2s.), Prost (1.9s.), Alboreto (9.8s.), Berger (30.7s.), Fabi (32.2s.), Johansson (48s.), Arnoux (49s.) et Patrese (50s.).

 

21e: Johansson s'arrête chez Ferrari pour changer rapidement (9s.) ses pneus et redémarre derrière les Arrows. De Angelis évoluait en douzième position lorsqu'il est trahi par son moteur BMW. Le Romain n'a toujours pas inscrit de point cette saison.

 

22e: Rosberg n'est plus qu'à une seconde de Piquet. Prudent, Prost laisse son équipier batailler avec le Brésilien. Fabi chausse des pneus neufs et cède la sixième place à Arnoux.

 

24e: Piquet et Rosberg se suivent de près, laissant Prost à trois secondes. Changement de gommes pour Boutsen.

 

25e: Nouvel arrêt de Jones, cette fois-ci pour colmater une fuite à son radiateur d'eau.

 

26e: Piquet résiste toujours à Rosberg. Alboreto arrive chez Ferrari pour mettre des gommes neuves. Les mécaniciens de Ferrari opèrent en huit secondes et demie, ce qui est exceptionnel. Le pilote milanais repart sans avoir perdu sa quatrième place. Arrêt également de Surer. De Cesaris abandonne après avoir cassé son moteur.

 

27e: Piquet devance Rosberg (0.5s.), Prost (1.8s.), Alboreto (43.7s.), Berger (44.3s.) et Arnoux (1m. 09s.). Arrêt de Streiff.

 

28e: Piquet, Rosberg et Prost sont roues dans roues. Ils rattrapent et dépassent Johansson. Piquet s'engouffre dans l'allée des stands en fin de parcours.

 

29e: Piquet change ses pneus en treize secondes et demie. Il reprend la piste en troisième position. Cet arrêt un peu longuet pourrait lui coûter la victoire. Berger est chez Benetton pour chausser des Pirelli frais et faire nettoyer sa visière maculée d'huile. Il redémarre en cinquième position, juste devant Arnoux.

 

30e: Prost regagne les stands et change ses pneus en 8.6s. Il retrouve le circuit loin devant Piquet. Patrese dépasse Fabi. En fin de tour, Rosberg précède Prost (17.1s.), Piquet (25.5s.), Alboreto (42.7s.), Berger (1m. 11s.), Arnoux (1m. 12s.), Patrese (1m. 17s.), Fabi (1m. 19s.), Johansson (-1t.) et Boutsen (-1t.).

 

31e: Rosberg a désormais la victoire à portée de main si son changement de pneus se déroule sans encombre.

 

32e: Prost signe le meilleur chrono provisoire (1'30''410'''). Il se rapproche ainsi de Rosberg et se met à l'abri de Piquet.

 

33e: Arnoux dépasse Berger. Rosberg arrive au stand McLaren. Son changement de gommes se passe mal. Suite à une mésentente avec Ron Dennis, le Finnois retire son pied de la pédale de frein avant que son écrou arrière-gauche ait été bloqué. Il ne repart qu'après quatorze secondes d'immobilisation... et laisse la première place à Prost !

 

34e: Prost est désormais premier devant Rosberg (9.6s.), Piquet (14.6s.), Alboreto (26s.) et Arnoux (1m. 01s.). Berger roule sans embrayage et abandonne la cinquième place à Patrese.

 

36e: L'avance de Prost sur Rosberg est stable. Piquet n'attaque pas afin de préserver de l'essence. Berger est maintenant sous la menace de Fabi. Palmer s'arrête chez Zakspeed pour faire contrôler son boîtier électronique.

 

37e: Fabi dépasse Berger. Danner stoppe dans l'herbe suite à une panne d'allumage.

 

38e: Prost prend un tour aux Benetton qui se retrouvent sous la menace de Johansson. Jones se traîne lamentablement avec un moteur hoquetant.

 

39e: Johansson double coup sur coup Berger et Fabi.

 

40e: Prost est premier devant Rosberg (11.2s.), Piquet (31.1s.), Alboreto (37.2s.), Arnoux (1m. 13s.), Patrese (1m. 15s.), Johansson (-1t.), Fabi (-1t.), Berger (-1t.) et Boutsen (-1t.). Jones abandonne: le circuit de refroidissement de sa Lola n'a pas été correctement purgé et le moteur Ford commence à surchauffer.

 

41e: Alboreto se rapproche de Piquet qui n'a plus d'embrayage. Fabi commet un surrégime et casse une soupape de son moteur. Il laisse passer Berger puis regagne son stand au petit trot. Arrêt pneus pour Ghinzani.

 

43e: Streiff se débattait depuis longtemps avec un turbo défaillant. Il abandonne à cause d'un bris de demi-arbre de roue.

 

44e: Prost économise son carburant mais n'en accroît pas moins son avance sur Rosberg. Alboreto est revenu sur les talons de Piquet.

 

45e: Prost a dix-sept secondes de marge sur Rosberg. Piquet évolue à trente-neuf secondes avec Alboreto dans son sillage. Palmer s'arrête chez Zakspeed, victime d'un souci de freins, mais est renvoyé en piste.

 

47e: Arnoux perd sa roue avant-gauche dans la montée qui suit Tosa et doit s'arrêter dans le gazon. Patrese se retrouve cinquième et Johansson entre dans les points.

 

48e: Vingt secondes entre Prost et Rosberg. Piquet lit sur son ordinateur qu'il a suffisamment d'essence pour aller jusqu'au bout et en conséquence passe à l'attaque. Il sème facilement Alboreto.

 

49e: Palmer n'a plus de freins et finit sa route dans les graviers.

 

50e: Prost devance Rosberg (22.9s.), Piquet (36.9s.), Alboreto (42s.), Patrese (-1t.), Johansson (-1t.), Berger (-1t.) et Boutsen (-2t.)

 

52e: Prost tourne en 1'31'' et gère tranquillement sa fin de course. Berger s'aperçoit que sa boîte de vitesses résiste à l'absence d'embrayage et se rapproche de Johansson qui n'a presque plus de freins.

 

53e: Prost devance Rosberg (24.8s.), Piquet (38.9s.) et Alboreto (45.6s.).

 

55e: Berger est revenu juste derrière Johansson. Tous deux rattrapent les retardataires Ghinzani et Brundle dans la courte ligne droite qui conduite à la Variante Alta. Johansson hésite à prendre l'aspiration derrière Ghinzani. Berger s'impatiente et prend l'intérieur pour doubler simultanément la Ferrari et l'Osella. Il met une roue dans le gazon et s'impose à la chicane. Belle preuve d'audace de la part du jeune Autrichien.

 

56e: Piquet enchaîne les meilleurs tours et remonte à pas de géants sur Rosberg qui tente de sauver du carburant.

 

57e: Désillusion pour les tifosi: Alboreto est contraint à l'abandon. Les pales de sa turbine gauche n'ont pas supporté l'appauvrissement du mélange dicté par l'économie d'essence. Piquet réalise le meilleur tour de la course (1'28''667''') et n'est plus qu'à deux secondes de Rosberg.

 

58e: Piquet attaque Rosberg par l'intérieur de la courbe Villeneuve mais se heurte à la résistance farouche du Scandinave. Ghinzani s'immobilise en panne sèche.

 

59e: Rosberg pensait avoir assez d'essence pour terminer la course... mais son moteur cahote dans Tamburello. Il laisse passer Piquet puis parcourt encore quelques centaines de mètres avant de s'arrêter après Tosa. Berger est désormais troisième. Surer tombe aussi en panne sèche.

 

60ème et dernier tour: Prost entame son ultime boucle à faible allure: son réservoir est presque vide ! Pendant ce temps-là, la malchance frappe aussi Patrese, lui aussi à court d'essence. Prost roule sans mal lorsqu'à Rivazza son moteur tousse et manque de caler. Avec l'énergie de désespoir, le Français secoue sa McLaren à grands coups de volant pour aller chercher les dernières gouttes d'essence. Il franchit les deux dernières chicanes et entame la dernière accélération à 100 km/h... Berger, qui le suit à un tour, freine à mort pour rester derrière lui et ne pas avoir à effectuer un tour supplémentaire ! A un kilomètre de là, Piquet donne tout ce qu'il peut mais il est trop loin pour rattraper le leader.

 

Alain Prost franchit au ralenti la ligne d'arrivée et remporte d'extrême justesse la vingt-deuxième victoire de sa carrière, sept secondes devant Piquet. Berger termine troisième sans embrayage et obtient le premier podium de l'équipe Benetton. Johansson finit quatrième et inscrit les premiers points de l'année pour Ferrari. Malgré leurs abandons, Rosberg et Patrese sont respectivement classés cinquième et sixième. Boutsen et Brundle sont les seuls autres pilotes à regagner l'arrivée.

 

Après la course: le coup de la panne

A peine sorti de sa voiture, Prost est assailli par les reporters. « J'avais la course bien en main, j'étais sûr de mon coup, raconte le Français. J'ai fait confiance à mon ordinateur jusqu'au bout, j'étais certain de terminer avec de l'essence, et je tombe en panne... Dès que j'ai senti mon moteur privé d'essence, j'ai aussitôt coupé l'allumage pour parcourir la descente en roue libre, en raclant le fond du réservoir. Pompe à essence, contact, je rembraie, mais je n'y croyais pas du tout... » Lorsqu'un journaliste vante son intelligence de course, Prost rappelle qu'il a creusé une avance de plus vingt secondes sur Piquet alors qu'il aurait pu se contenter de dix secondes. Son équipier Keke Rosberg, dont le pilotage est certes plus gourmand en carburant, a eu moins de chance. Il rejette la faute sur l'électronique: « D'après mon compteur, il me restait quatre litres et demi au 58ème tour... Puis plus rien... »

 

Les pilotes et des ingénieurs dénoncent la réglementation des 195 litres à l'origine de ce spectacle lamentable. Les Grands Prix sont devenus des compétitions d'épiciers. « Si on continue ainsi, la F1 court à sa perte ! » prévient Guy Ligier. « La Formule 1, c'est autre chose que de conduire aux ordres d'un ordinateur » écrit Gérard Crombac. Et si en plus la machine ne livre pas des informations fiables... Devant la presse française, Alain Prost ne ménage pas ses critiques envers le règlement. Jean-Marie Balestre lui répond sur Antenne 2: « Si M. Prost n'est pas content, qu'il sache donc que nous connaissons quarante pilotes qui rêvent d'entrer en Formule 1... » Une volée de bois vert gratuite. Mais le président de la FISA comprend que pour améliorer la sécurité, il ne peut pas se contenter de la simple limitation de la consommation d'essence. C'est pourquoi il compte imposer un nouveau train de réformes comprenant – enfin – une réduction significative de la puissance des moteurs suralimentés. De son côté Bernie Ecclestone, très attentif aux audiences télévisuelles, admet également que des réformes techniques de plus grande envergure et surtout plus intelligentes sont nécessaires. Le tandem Balestre – Ecclestone prépare ainsi la révolution en Formule 1.

 

Piquet rejoint Senna en tête du championnat du monde avec quinze points. Les deux Brésiliens devancent Prost (13 pts). Chez les constructeurs, Williams-Honda (21 pts) précède McLaren-TAG-Porsche (18 pts) et Lotus-Renault (15 pts).

Tony