Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Honda
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Williams Honda

434e Grand Prix

XV Grande Premio de Portugal
Légérement nuageux
21 septembre 1986 - Estoril
70 tours x 4.350 km - 304.500 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Williams est Champion du Monde
Moteur

McLaren enterre Renault

Les négociations entre McLaren et Renault se sont achevées quelques jours avant ce Grand Prix du Portugal. Ron Dennis s'est lui-même rendu à Boulogne-Billancourt pour annoncer à Patrick Faure qu'il renouvelait son contrat avec Porsche pour 1987. Shell a en effet accepté de revoir à la hausse sa contribution financière afin de permettre au tandem McLaren-TAG de poursuivre son partenariat avec la firme de Stuttgart, laquelle s'est engagée à poursuivre le développement de son V6.

 

Pour Renault, c'est un véritable coup de massue. La marque au losange n'a plus de client pour la saison 1987, ce qui signifie donc la fin de son implication en Formule 1. Pourtant, Benetton, qui cherche un substitut à BMW, est venue quémander ses services. Mais, malgré ses bons résultats, l'écurie italo-britannique n'est considérée que comme un concurrent de seconde zone. Georges Besse le réaffirme à Faure: Renault ne continuera en F1 qu'en partenariat avec un « top team ». De toute évidence, Benetton n'appartient pas encore à cette catégorie. Le rideau s'apprête donc à être tiré.

 

Transferts: Berger chez Ferrari

Gerhard Berger signe à Estoril son contrat avec Ferrari et fera équipe en 1987 avec Michele Alboreto. Les négociations ont quelque peu traîné à cause des liens étroits unissant l'Autrichien à BMW qui comptait l'engager dans le futur championnat de Groupe A. Finalement, Berger parvient à se libérer et laisse une place libre chez Benetton. Elle devrait être comblée par Thierry Boutsen qui a enfin l'opportunité de quitter une écurie Arrows sur le point de s'effondrer. Le Belge n'a pas inscrit le moindre point cette année...

 

Même sans Berger, BMW sera toujours présente en Formule 1 l'année prochaine, sans que l'on sache si ce sera sous son propre sceau ou celui du préparateur privé Heini Mader. Brabham devrait donc encore pouvoir rouler avec les quatre cylindres bavarois, mais personne ne sait si ceux-ci seront « couchés » ou « debout ». Cela dépend grandement de la conception de la future BT56. Or cela ne devrait pas être l'ouvrage de Gordon Murray, mortifié par l'échec de sa « révolutionnaire » mais catastrophique BT55, ainsi que par la mort accidentelle d'Elio de Angelis. L'ingénieur sud-africain devrait prochainement quitter Brabham après treize ans de bons et loyaux services.

 

Le retrait futur de Pirelli annoncé à Monza n'enchante pas Goodyear qui devra fournir tout le plateau en 1987. « Si nous n'avons pas d'adversaire à battre, nos succès n'auront plus le même retentissement » déclare Leo Mehl, le directeur de la compétition de la firme américaine. Celui-ci demande à la FISA d'édicter une règle imposant aux manufacturiers de pneumatiques un préavis avant toute arrivée ou tout retrait de la compétition, afin de pouvoir préparer en amont une situation de monopole.

 

Mauvais nouvelle pour Lotus: son principal commanditaire John Player Special arrêtera son financement à la fin de la saison. Le cigarettier britannique n'est pas satisfait de l'arrivée de Honda qui entend s'immiscer dans la direction du team, notamment en imposant comme pilote Satoru Nakajima. JPS aurait préféré conserver le si discret Johnny Dumfries ou engager un autre pilote britannique. Pire encore, Lotus pourrait aussi perdre son second sponsor De Longhi. Peter Warr doit de toute urgence partir en quête de nouvelles âmes généreuses... De manière plus anecdotique, la McLaren de Rosberg arbore à Estoril une curieuse livrée jaune et blanche. Marlboro promeut par ce biais un nouveau type de cigarettes « light ».

 

Présentation de l'épreuve

L'écurie Williams-Honda arrive au Portugal avec un moral d'acier. Elle n'a en effet besoin que d'un point pour s'assurer du trophée des constructeurs. En revanche, en ce qui concerne la couronne des pilotes, la guerre fait rage entre Nigel Mansell et Nelson Piquet. Tous deux travaillent en autarcie avec leurs propres ingénieurs et ne se transmettent aucune information technique. Toutefois, ils acceptent de faire ami-ami devant les caméras de la BBC et rivalisent de plaisanteries puériles afin de saborder l'émission de Murray Walker...

 

Cet événement se déroule dans un contexte douloureux pour Alain Prost qui vient de perdre son frère aîné Daniel, mort d'un cancer à seulement trente-trois ans. Écrasé par le chagrin, le pilote français est pourtant contraint de disputer ce Grand Prix du Portugal s'il veut conserver une chance de coiffer la couronne mondiale. Mais Ron Dennis lui épargne toute séance d'essais superflue. Dans un registre plus réjouissant, Marc Surer revient sur un circuit pour la première fois depuis son dramatique accident de rallye et rend visite à son ancien coéquipier Thierry Boutsen.

 

On compte quatre monoplaces dans le stand Williams, deux pour chaque pilote. Frank Williams et Patrick Head placent ainsi Nelson Piquet et Nigel Mansell sur un strict pied d'égalité. Les FW11 sont munies de conduits de refroidissement verticaux percés sur les pontons. Mais les deux pilotes choisissent de revenir aux ouvertures latérales pour le Grand Prix. Alain Prost reçoit une McLaren flambant neuve équipée d'un V6 TAG révisé avec de nouvelles chambres à combustion et de nouveaux turbos KKK afin d'améliorer le rapport puissance-consommation.

 

Allen Berg retrouve le volant de la seconde Osella car il apporte le soutien des brasseries Labatt. La petite équipe italienne est ainsi assurée de pouvoir terminer la saison 1986. En passe de devenir champion d'Europe de F3000, Ivan Capelli dispute le second et dernier Grand Prix de l'année pour l'écurie AGS qui va ensuite se concentrer sur la préparation de la prochaine saison.

 

Les qualifications

Senna réalise samedi la quatorzième pole position de sa carrière avec un chrono imparable (1'16''673'''), précédant de plus de huit dixièmes Mansell, plus rapide la veille. Cette performance suscite l'ire du clan Williams qui dénonce toujours les étincelles soulevées par la Lotus du Brésilien. Selon Patrick Head, le raclement quasi-continu de son soubassement est provoqué par l'ouverture délibérée des fixations des pontons, afin de procurer de l'effet de sol. Une astuce que Lotus ne peut utiliser qu'en qualifications et pas en course. C'est pourquoi Head ne dépose pas de réclamation.

 

Piquet n'est que sixième après avoir endommagé le fond plat de sa voiture contre une bordure vendredi après-midi. Malgré son humeur très sombre, Prost réalise le troisième chrono, quatre places devant Rosberg. Les Benetton-BMW (Berger 4ème, Fabi 5ème) sont des outsiders de choix bien que confrontées à du sous-virage. Les Ferrari de Johansson (8ème) et d'Alboreto (13ème) paraissent condamnées à faire de la figuration, tout comme les Brabham-BMW (Patrese 9ème, Warwick 12ème). Les Ligier-Renault (Arnoux 10ème, Alliot 11ème) sont plutôt fiables mais décidément très loin de leurs performances de début de saison. Les Lola-Ford (Tambay 14ème, Jones 17ème) manquent de puissance malgré une bonne tenue de route sur ce circuit sinueux.

 

Dumfries est quinzième avec la deuxième Lotus-Renault, à cinq secondes de Senna. De Cesaris obtient enfin un beau résultat avec la nouvelle Minardi et se classe seizième, deux rangs devant Nannini. Les Tyrrell-Renault (Brundle 19ème, Streiff 23ème) sont à bout de développement et coulent peu à peu vers le fond de la grille. Palmer se contente de la vingtième place après avoir cassé deux fois son moteur Zakspeed. Il précède les deux vieilles Arrows (Boutsen 21ème, Danner 22ème), très instables sur les bosses. Enfin, on trouve en fond de grille Ghinzani, Capelli, Rothengatter et Berg, ce dernier étant repêché avec l'assentiment des autres concurrents.

 

Le Grand Prix

En 1985, le Grand Prix du Portugal s'était soldé par un désastre financier. Les Portugais, dont le niveau de vie est très bas, avaient été rebutés par le prix excessif des places. Pour 1986, Bernie Ecclestone a autorisé l'organisateur César Torres à réduire drastiquement le prix des billets afin d'attirer la foule. L'objectif est atteint avec 30 000 spectateurs présents dans l'autodrome.

 

Rapide lors du warm-up, Prost est cependant contraint de rouler dans sa voiture de réserve pour la course car son nouveau moteur bafouille de façon inquiétante. Tous les pilotes partent en pneus durs.

 

Départ: Mansell prend un meilleur envol que Senna et le double au premier virage. Ils sont suivis par Berger, Piquet, Prost et Fabi.

 

1er tour: Senna attaque en vain Mansell qui creuse ensuite un écart substantiel. Le Britannique mène ce premier tour devant Senna, Berger, Piquet, Prost, Fabi, Rosberg, Johansson, Arnoux et Alboreto.

 

2e: Mansell compte une seconde d'avance sur Senna. Berger est à quatre secondes, suivi par Piquet et Prost.

 

3e: Deux groupes se forment en tête: d'une part Mansell et Senna, de l'autre Berger, Piquet et Prost. L'Autrichien ralentit ces derniers, mais la puissance du moteur BMW les empêche de le dépasser dans la ligne droite.

 

4e: Mansell a deux secondes et demie de marge sur Senna qui ne peut pas le suivre.

 

5e: Alboreto prend la neuvième place à Arnoux. Ghinzani s'arrête aux stands pour faire contrôler son moteur.

 

6e: Piquet harcèle Berger qui ne cède pas. Les pneus Goodyear paraissent se comporter beaucoup mieux que les Pirelli.

 

7e: Capelli stoppe dans les graviers après un bris de transmission sur son AGS.

 

8e: Mansell a creusé un écart de cinq secondes sur Senna. Piquet déborde Berger dans la grande courbe à gauche au milieu du circuit. Rosberg dépasse Fabi.

 

9e: Piquet distance facilement Berger, désormais menacé par Prost. Le Français double la Benetton sans grande difficulté. Rosberg remonte également sur Berger.

 

10e: Rosberg dépasse Berger dans la ligne droite principale. Rothengatter renonce suite à une rupture de couple conique Ghinzani reprend la piste à faible allure.

 

11e: Mansell mène devant Senna (4s.), Piquet (12.4s.), Prost (16.8s.), Rosberg (17.8s.), Berger (20s.), Fabi (22s.), Johansson (22.6s.), Arnoux (32s.), Alliot (33s.), Warwick (38s.) et Dumfries (39s.). Frustré de se battre seulement pour la seizième place, Jones part volontairement en tête-à-queue à la parabolique intérieure... et abandonne sa Lola dans les graviers !

 

12e: Les deux Ferrari menacent très sérieusement la Benetton de Fabi, mais là encore la puissance du moteur BMW permet à l'Italien de résister dans les lignes droites.

 

13e: Ghinzani abandonne à cause d'une cheminée fêlée qui laissait entrer de l'eau dans un cylindre.

 

16e: Mansell contrôle la course avec six secondes de marge sur Senna. Piquet et Prost roulent ensemble. Johansson et Alboreto buttent toujours contre Fabi.

 

18e: Mansell est pris dans le trafic, ce qui permet à Senna de regagner un peu de temps.

 

19e: Johansson parvient enfin à prendre la septième place à Fabi. Tous deux fondent sur Berger. Le moteur de Brundle prend feu et l'Anglais doit s'arrêter sur le bas-côté.

 

20e: Mansell est premier devant Senna (4.2s.), Piquet (11.1s.), Prost (12.5s.) et Rosberg (18.1s.). Berger se fait dépasser par Fabi et par Johansson. L'Italien est entretemps repassé devant le Suédois.

 

21e: Johansson double Fabi, cette fois-ci pour de bon.

 

22e: Alboreto déborde Berger qui est aux prises avec des pneus peu adhérents. Le jeune Autrichien n'est plus que neuvième.

 

23e: Mansell a heurté une bosse avec sa roue et sa voiture sous-vire un peu. Son avance sur Senna n'augmente plus.

 

24e: Piquet semble être en difficulté et est sous la menace de Prost. Nannini observe un changement de pneus.

 

26e: La course est figée. Les écarts sont stables entre Mansell et Senna d'une part, Piquet et Prost d'autre part. Le double champion du monde s'est toutefois repris et est désormais l'homme le plus rapide en piste.

 

28e: Le phénomène de sous-virage ne s'accentue par sur la Williams de Mansell qui a six secondes d'avance sur la Lotus de Senna.

 

29e: Jusqu'alors treizième, Warwick s'arrête aux stands pour mettre des gommes neuves. Alboreto l'imite peu après et ressort neuvième.

 

30e: Changement de pneus pour Piquet qui repart au bout de huit secondes d'arrêt, en quatrième position. Streiff abandonne sur une rupture de son moteur. Il semblerait que la carrosserie des Tyrrell ne permette pas une bonne aération des V6 Renault.

 

31e: En début de tour, Mansell précède Senna (8s.), Prost (16s.), Piquet (21s.), Rosberg (33s.), Johansson (40s.), Fabi (47s.), Berger (50s.), Alboreto (1m. 13s.), Arnoux (1m. 19s.), Patrese (1m. 21s.) et Alliot (1m. 23s.). En fin de parcours, Robserg s'arrête chez McLaren. Tambay est chez Haas pour faire régler l'admission de l'air à ses écopes de freins.

 

32e: Rosberg est reparti entre Fabi et Berger. Senna change de pneus et reprend la piste après dix secondes. Il est maintenant troisième, laissant provisoirement la deuxième place à Prost. Arrêt de Boutsen.

 

33e: Arrêt pneus pour Prost en 8.7s. Il retrouve la quatrième place derrière Senna et Piquet. Rosberg dépasse Fabi.

 

34e: Mansell s'engouffre dans les stands pour chausser de nouvelles gommes (8.4s.), puis repart largement en tête. Johansson s'arrête également et reprend la piste en huitième position. Second arrêt pour Tambay.

 

35e: Mansell est toujours premier devant Senna (11.5s.), Piquet (12s.), Prost (12.8s.), Rosberg (26.1s.) et Fabi (28.7s.). Patrese change ses pneus.

 

36e: La voiture de Senna survire beaucoup et le Pauliste devient une proie pour son compatriote Piquet. Dumfries, Danner et Palmer changent leurs enveloppes.

 

37e: Fabi chausse des gommes neuves et redémarre derrière Arnoux qui a prévu de rouler avec un seul train de Pirelli. Tambay stoppe pour la troisième fois chez Haas, toujours pour faire retoucher ses écopes de freins. L'équipe de Teddy Mayer s'est passé pour cette course des services de l'ingénieur de SEP et en paie le prix...

 

38e: Mansell compte douze secondes d'avance sur Senna, très menacé par Piquet. Moins habile que les Brésiliens dans le trafic, Prost est un peu distancé.

 

39e: Piquet se montre dans les rétroviseurs de Senna, mais ne trouve pas l'ouverture.

 

40e: Mansell précède Senna (12.5s.), Piquet (12.8s.), Prost (14.8s.), Rosberg (30.4s.) et Berger (42.3s.). Alors onzième, Alliot abandonne suite à une panne de moteur.

 

42e: La lutte continue entre Senna et Piquet. Le moteur de Rosberg expire dans un panache de fumée. Berger récupère la cinquième place mais il est sous la menace de Johansson.

 

43e: Senna est bouchonné par de Cesaris tandis Piquet est gêné par Danner. Cela permet à Prost de se rapprocher des deux Brésiliens. Fabi double Arnoux. Warwick met pied à terre à cause d'une panne d'allumage.

 

44e: Mansell est en tête. Suivent Senna (14.9s.), Piquet (16.2s.), Prost (16.6s.), Berger (51.7s.), Johansson (51.8s.) et Alboreto (54s.).

 

45e: Johansson attaque Berger dans la seconde courbe. L'Autrichien résiste, met deux roues dans l'herbe... et c'est l'accrochage. La Benetton bouscule la Ferrari et toutes deux partent en toupie dans les graviers. Johansson peut repartir mais a perdu une place au profit d'Alboreto. Berger cale et est contraint à l'abandon.

 

46e: De Cesaris subit un bris de suspension à l'arrière et finit sa course dans les graviers.

 

48e: Piquet tente en vain de pousser Senna à la faute dans les virages sinueux où la Lotus est instable. Hélas pour le Carioca, dans la ligne droite, la belle Noire et Or est plus fringante que sa Williams. Prost rejoint les deux compères.

 

50e: Mansell mène devant Senna (15.1s.), Piquet (15.5s.), Prost (16s.), Alboreto (57s.), Johansson (1m. 21s.), Fabi (-1t.), Arnoux (-1t.), Dumfries (-1t.) et Patrese (-1t.).

 

52e: Prost ne bénéficie pas d'un moteur lui permettant de rivaliser avec Senna et Piquet. Le V6 TAG met en effet trop de temps à répondre.

 

53e: Mansell réalise le meilleur tour en course: 1'20''943'''.

 

55e: Piquet est toujours dans le sillage de Senna. A force de harceler « Magic », Piquet fait dangereusement chauffer ses freins avant...

 

56e: Mansell est premier devant Senna (18s.), Piquet (18.5s.), Prost (22.5s.), Alboreto (1m. 13s.) et Johansson (-1t.).

 

58e: Les écarts sont stables en tête de la course. Prost a un peu décroché par rapport à Senna et Piquet.

 

60e: Dix-sept secondes séparent Mansell du duo Senna – Piquet.

 

61e: Piquet est très près de Senna et essaie une nouvelle fois de le dépasser, sans résultat.

 

63e: Piquet est gêné par Palmer qui rencontre des soucis avec son limiteur de régime et perd du temps. Nannini abandonne suite à une défaillance de sa boîte de vitesses. Aucune Minardi n'a vu l'arrivée depuis le début de l'année !

 

64e: Piquet a usé ses freins. En bas de la descente derrière les stands, ses roues arrière se bloquent et il part en tête-à-queue dans les graviers. Par bonheur, il ne cale pas et se remet en piste aussitôt, mais Prost lui a pris la troisième place.

 

65e: Mansell prend un tour à Alboreto. Patrese commet un surrégime et casse une soupape de son moteur. Il regagne son garage pour se retirer.

 

67e: A trois tours du but, Mansell précède Senna (12.2s.), Prost (16.7s.), Piquet (35s.), Alboreto (-1t.), Johansson (-1t.), Fabi (-1t.) et Arnoux (-1t.).

 

68e: Prost est à seulement deux secondes de Senna mais ne semble pas avoir les moyens de le doubler avant le drapeau à damiers.

 

69e: Afin de semer Prost, Senna roule très rapidement et réalise un chrono en 1' 21''. Son ordinateur lui indique que sa consommation est raisonnable.

 

70ème et dernier tour: Senna n'aurait pas dû suivre les informations de son tableau de bord ! Son moteur hoquette, à court d'essence, alors qu'il lui reste un demi-tour à parcourir... Le Brésilien fait tout son possible pour rallier l'arrivée. Prost et Piquet doublent la Lotus agonisante. Fabi est lui aussi victime d'une panne sèche et s'arrête dans l'herbe.

 

Nigel Mansell remporte son cinquième Grand Prix de la saison. Prost obtient une chanceuse mais utile deuxième place. Piquet, grand perdant du jour, finit troisième. Senna coupe la ligne d'arrivée au ralenti, mais trop tard pour être classé dans le même tour que le vainqueur. Alboreto et Johansson inscrivent les derniers points. Arnoux est septième. Fabi est classé huitième. Viennent ensuite Dumfries, Boutsen, Danner, Palmer et Berg. Ce dernier est relégué à sept tours du vainqueur. Tambay n'est pas classé.

 

Après la course: le récital de Mansell

Mansell a réalisé une course exemplaire, s'emparant de la tête au départ pour ne plus l'abandonner. « Patrick Head et moi-même pensions qu'il fallait gagner en s'imposant dès le premier virage... déclare le moustachu. Senna fut mon adversaire le plus dangereux, mais en retenant les autres, il m'a bien rendu service ! » Curieusement, Nelson Piquet n'est pas amer après ce tête-à-queue qui, au final, lui a fait perdre la seconde place. « Les conséquences auraient pu être plus graves, je ne me plains donc pas, dit-il posément. De toute façon, même Senna doublé, je n'aurais pas pu aller chercher Mansell. Le moteur manquait de pêche à bas régime. Le temps de réponse était long. La suite du championnat ? Mexico sera une surprise et j'ai horreur d'Adélaïde... »

 

En ne finissant pas sur le podium, Ayrton Senna perd ses dernières chances de remporter le titre mondial. Mais il n'affecte aucun regret: « Dès le début de cette saison, nous nous étions mis dans la tête que ce titre était injouable pour nous. Dans la pratique, nous avons montré que nous étions dans le coup. Mais le fait de n'y avoir jamais trop cru me permet de ne pas être trop déçu aujourd'hui. » Lotus doit en effet se résoudre à n'être qu'un poids plume comparée aux grosses structures que sont McLaren, Williams ou Ferrari.

 

Quant à Alain Prost, il se contente de ces six points qu'il qualifie de « miraculeux ». Ses espoirs de titre sont intacts. Mais pour l'heure, ses pensées sont tournées vers Saint-Chamond où son malheureux frère sera inhumé le lendemain matin.

 

Mansell fait un sérieux pas vers le titre de champion du monde. Avec maintenant 70 points, il compte dix longueurs d'avance sur Piquet, onze sur Prost, et ce à seulement deux courses de la fin de la saison. Il peut donc être sacré lors du Grand Prix suivant au Mexique. Attention cependant: du fait du barème en vigueur, il devra sans doute décompter quelques points. Senna est quant à lui définitivement exclu de la course au titre.

 

Williams-Honda, association gagnante

Grâce à ce succès, Williams remporte son troisième titre de champion du monde des constructeurs. C'est aussi et surtout le premier sacre de Honda. Les ingénieurs nippons perdent l'espace d'un instant leur masques impassibles. « Ce rêve, nous le poursuivions depuis vingt-deux ans, sourit Yoshitoshi Sakurai. Nous le devons en priorité à M. Honda lui-même. »

 

C'est en effet en 1964 que la firme japonaise lança son premier programme de Formule 1. La Honda R&D Company remporta deux Grands Prix en 1966 et 1967 grâce à Richie Ginther et John Surtees, avant une parenthèse de quinze années, et un retour en Formule 2 avec Ralt puis Spirit. L'association Williams-Honda, initiée fin 1983, n'a mis que trois années à triompher. La tâche était pourtant ardue puisque jusqu'en 1985, les Japonais ne fournissaient à Williams qu'une sorte de moteur hybride issu de la F2. Mais aujourd'hui leur V6 turbocompressé est le plus puissant, le plus fiable et le plus sobre du monde, au point que toutes les grandes écuries se l'arrachent. A 80 ans, le vénérable Soichiro Honda, toujours féru de compétition, a enfin accompli son grand dessein.

 

Renault abandonne la Formule 1

Le lundi 22 septembre, Patrick Faure, président de Renault Sport, convoque la presse à Boulogne-Billancourt, sur les bords de Seine, près de la péniche « Le Release », propriété du constructeur français. D'une voix sépulcrale, il lit un communiqué sibyllin, ou plutôt un faire-part de décès. Renault cessera toute activité en Formule 1 à la fin de la saison 1986. La consternation est totale. Le projet Renault-Elf porté sur les fonds baptismaux en 1975 s'achève en queue de poisson. Il aura pourtant révolutionné la F1 en imposant le moteur turbocompressé auquel personne ne croyait. Le V6 EF15C conçu par Bernard Dudot et utilisé cette saison est sans conteste une réussite technologique. Entre 1977 et 1986, les gars de Renault Sport ont remporté vingt Grands Prix et signé trente-et-une poles positions, avec le team d'usine ou avec Lotus. Que de constructeurs enivraient un tel palmarès ! Alors, pourquoi une telle fuite ?

 

Comme l'écrit le journaliste Renaud de Laborderie, la Régie a tout simplement perdu le goût de l'aventure, de l'imagination. Dans un contexte économique morose, l'heure est aux restrictions budgétaires. La direction ne regarde plus que les bilans. Quelques jours plus tard, le PDG Georges Besse, toujours sur « Le Release », essaie de justifier ce retrait et ne convainc pas grand monde. Il lance des chiffres (30 milliards de centimes de budget), souligne les dépenses excessives de Renault Sport, tout en évitant d'évoquer les droits TV redistribués par la FOCA. Il se plaint des piètres résultats de la marque et retourne la formule de Pierre de Coubertin: « Pour moi, l'important n'est pas de participer... » Pourtant, le trio Lotus – Renault – Senna a longtemps été en lice pour le titre mondial cette année... Mais cela n'a aucune importance. Besse a été nommé en 1985 par le gouvernement français pour épurer les comptes de Renault. Il a accompli sa tâche sans état d'âme en sabordant l'écurie Renault-Elf, puis en mettant un terme à un engagement en F1 jugé peu fructueux. Les plus belles aventures humaines finissent hélas toujours pas se heurter au mur des réalités.

Tony