Ayrton SENNA
 A.SENNA
Lotus Renault
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Williams Honda
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Honda

431e Grand Prix

II Magyar Nagydij
Ensoleillé
10 août 1986 - Hungaroring
76 tours x 4.014 km - 305.064 km
Course prévue pour 77 tours, stoppée au bout de 2 heures.
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Duel de Brésilien pour le premier Grand Prix en Europe de l'Est.

La Formule 1 au paradis socialiste

Depuis près de cinq ans, l'obsession de Bernie Ecclestone est d'organiser un Grand Prix en Europe de l'Est, derrière le « Rideau de fer ». Il souhaite la tenue d'une course à Moscou, mais ses discussions avec les dirigeants soviétiques n'aboutissent pas Il se rabat donc sur la plus « libérale » Hongrie, aiguillonné par son collaborateur Tamas Rohonyi qui s'occupe notamment du GP du Brésil. Les négociations sont facilitées par Mihaly Terjek, un diplomate magyar en poste à São Paulo. Séduit, le gouvernement hongrois crée un consortium chargé de traiter directement avec Ecclestone, avec la caution de la FISA. Les deux parties signent un contrat de cinq ans. La FOCA rafle l'intégralité des (maigres) bénéfices télévisuels et publicitaires. La vente des billets sera la seule source de revenus des organisateurs Après quelques hésitations, l'État hongrois choisit de bâtir un circuit permanent flambant neuf entre les communes de Mogyoród et Kerepes, à vingt kilomètres de Budapest. Ainsi naît l'Hungaroring.

 

Un Grand Prix de Hongrie s'était déjà tenu en 1936 au cœur de Budapest, et avait vu la victoire de Tazio Nuvolari. Cinquante ans plus tard, cet événement est une belle opportunité pour la République populaire de Hongrie qui s'ouvre peu à peu au monde occidental. Budapest est un centre touristique de premier ordre où toutes les grandes chaînes hôtelières sont représentées. L'aéroport est de niveau international et la télévision adaptée aux standards européens. Les dollars sont accueillis à bras ouverts. Le paddock n'est donc guère dépaysé. « La Formule 1 crée son propre décor dans n'importe quel pays du monde. Comme un cirque qui va d'un endroit à un autre » commente Michael D. Horst , le vice-président de Philip Morris.

 

Le circuit a coûté très cher (350 millions de forints) mais les infrastructures modernes sont remarquables. Pour concevoir le tracé, l'architecte Istvan Rapp s'est inspiré du nouveau Nürburgring. Avec vingt virages sur quatre kilomètres, pour seulement sept cents mètres de ligne droite, cette piste est très tortueuse, et de plus étroite. Montées et descentes s'enchaînent à un rythme lent sur ce «toboggan ». En fait, comme le souligne Marie-Claude Beaumont, ce circuit évoque surtout une spéciale de rallye. Beaucoup de pilotes se plaignent de sa lenteur et du manque d'endroits favorisant les dépassements. Quant aux journalistes « old school » comme Gérard Crombac ou Alan Henry, ils remarquent que ces nouveaux tracés « Mickey Mouse » (Estoril, Jerez, Budapest) se ressemblent tous et ne présentent que fort peu d'intérêt du point de vue du pilotage.

 

Présentation de l'épreuve

Le 29 juillet, Jacques Laffite a subi une lourde opération de quatorze heures menée par le Pr. Letournel. Le Français entame sa rééducation et espère pouvoir remarcher d'ici quelques semaines.

 

Alain Prost dispute ce week-end son centième Grand Prix, un chiffre qui ne l'émeut pas outre mesure: « Maintenant, je pense en avoir beaucoup plus derrière moi que devant. Ce n'est pas le genre d'exploits qui me captive » déclare le champion du monde. Plus sérieusement, il reçoit la visite de John Hogan, le directeur du service compétition de Marlboro. Ce dernier lui rappelle qu'il est encore sous contrat avec Philip Morris jusqu'à fin 1987 et qu'il serait bon qu'il cesse d'entretenir le suspense sur ses projets pour l'année à venir. Prost acquiesce. Il est vrai que l'ambiance est déjà lourde chez McLaren. Ron Dennis affiche une humeur massacrante car John Barnard lui a annoncé son départ chez Ferrari...

 

Frank Williams brave la douleur pour faire le voyage entre Londres et Budapest. « J'étais curieux de voir la Hongrie » dit-il en s'efforçant de sourire. La forte chaleur (il fera plus de trente degrés cette fin de semaine) l'éprouve beaucoup. Mais sa présence est nécessaire pour surveiller ses deux pilotes, prêts à en découdre. Auréolé de sa victoire en Allemagne, Nelson Piquet clame: « si Nigel veut la guerre, il l'aura ! » Mansell se tait. Il a mené des négociations très serrées avec Williams pour prolonger son contrat de deux années. Intraitable, il était prêt à signer chez Ferrari si son patron ne cédait pas à ses exigences. Williams a capitulé. On évoque un salaire annuel de 500 millions de centimes...

 

De nombreuses personnalités de sport automobile assistent à ce Grand Prix de Hongrie: Stirling Moss, Dan Gurney, Jackie Stewart, Clay Regazzoni, « Toulo » de Graffenried... Hermann Lang effectue une démonstration au volant de la trois litres Mercedes qu'il pilotait avant la guerre. Jacques Douffiagues, le ministre français des Transports, est l'hôte de Marlboro et de Ligier. Le Premier ministre Jacques Chirac l'a chargé de faire la promotion derrière le Rideau de fer de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 1992. Le président Balestre accueille le ministre avec chaleur. « Jean-Marie Ier » se réjouit de la qualité de l'organisation dans ce pays socialiste... jusqu'à ce qu'il se fasse dérober son portefeuille !

 

Ferrari a démonté sa nouvelle suspension entr'aperçue à Hockenheim. L'Arrows A9 de Boutsen est maintenant équipée du train arrière de l'A8. Mais le Belge juge cet ensemble trop instable, refile ce fardeau à Danner et reprend l'A8. Les Zakspeed sont munies de nouveaux ailerons avant tandis qu'Osella a retouché l'aérodynamique arrière de la voiture de Ghinzani. La FA1/H n'est toujours pas réparée. Chez Haas, Adrian Newey remplace Neil Oatley au poste de directeur technique. Le jeune ingénieur modifie la géométrie de suspension des Lola-Ford pour accroître l'anti-plongée.

Minardi présente sa nouvelle M186 que l'on n'attendait plus. Elle arbore une coque en carbone « bossue », un peu similaire à celle de la Ferrari 186. Une suspension inédite devait agrémenter l'ensemble, mais elle s'est cassée en essais et est remisée pour le moment. Seul Andrea de Cesaris conduit ce nouveau modèle.

 

Les qualifications

Comme toutes les nouvelles pistes, celle-ci manque d'adhérence. C'est donc le samedi, lorsqu'elle est recouverte d'une fine couche de gomme et d'huile, que les pilotes peuvent utiliser leurs pneus de qualification. Mais leur tâche est compliquée par l'étroitesse de la piste. Une roue sur la portion sale, et c'est la glissade garantie... Senna réalise la pole position en pneus Goodyear « E », non sans effectuer quelques pirouettes. « Il n'y a pas d'adhérence du tout. Si vous sortez de la trajectoire, c'est fini... » soupire le Brésilien. Il précède Piquet et Prost qui eux aussi n'ont pas ménagé leurs efforts. Mansell peine à régler sa Williams. Il est quatrième après une violente sortie de route provoquée par une mésentente avec Patrese. L'Anglais s'en tire avec un genou contusionné. Rosberg se classe cinquième. Les McLaren souffrent d'un manque d'appui, ce qui signifie aussi une température de pneus trop basse.

 

Le bon châssis Lola se distingue sur ce tourniquet: Tambay se classe sixième, Jones dixième. Ce sont de loin les meilleures qualifications du Team Haas. Les Ferrari manquent toujours de traction mais ici les virages très serrés mettent en évidence la réponse brutale des turbos Garrett. Johansson se classe septième après avoir monté un gros aileron. Alboreto n'est que quinzième mais s'inquiète surtout d'avoir perdu une roue en pleine action... Dumfries (8ème) se rapproche à deux secondes du chrono de son terrible équipier. Chez Ligier, Arnoux (9ème) déclare avoir été gêné par Tambay tandis qu'Alliot (12ème) fait bonne figure. Il est encerclé par les Benetton-BMW de Berger (11ème) et de Fabi (13ème), peu à l'aise sur les pistes lentes. Les Brabham manquent complétement d'adhérence. Patrese (16ème) souffre d'une dent de sagesse infectée tandis que Warwick (19ème) s'est fait dépasser par son radiateur d'eau, soudainement éjecté... Les Tyrrell (Brundle 16ème, Streiff 18ème) ne progressent pas. Nannini (17ème) épate encore les spécialistes en devançant nettement de Cesaris (20ème), mécontent de la nouvelle Minardi. Les Arrows sont repoussées en onzième ligne: Danner (21ème) a cassé la nouvelle A9 tandis que Boutsen, 22ème sur l'A8, n'a pas de pression de turbo. Enfin on retrouve les Osella (Ghinzani 23ème, Berg 26ème) et les Zakspeed (Palmer 24ème, Rothengatter 25ème).

 

Le Grand Prix

Le warm-up est dominé par les McLaren, mais Prost constate que son V6 TAG a des ratés inquiétants. Mansell tourne plus rapidement que Piquet. Aurait-il enfin réussi à trouver un meilleur « grip » ? Les moteurs Renault EF15C de Senna et d'Arnoux souffrent de vapor-lock et sont donc remplacés par des blocs conventionnels.

 

Ce Grand Prix est une réussite: près de 200 000 personnes se pressent au Hungaroring. Les Hongrois sont rejoints par des Autrichiens, des Polonais, des Tchécoslovaques voire des Allemands de l'Est. L'ouverture de la Formule 1 au Bloc de l'Est est donc un succès, et Bernie Ecclestone se félicite de son initiative. Juste avant le départ, Prost saute dans sa McLaren de réserve, le moteur de sa voiture de course ayant brusquement coupé. La majorité des pilotes part équipés de pneus Goodyear B, mais Prost fait le pari de mettre des C tendres à l'avant. Chez Pirelli, les pneus tendres sont de mise, sauf chez Brabham.

 

Départ: Bon envol de Senna tandis que Mansell prend un départ-canon et s'infiltre entre Piquet et Prost. Tambay démarre comme une flèche et parvient à doubler la McLaren de Prost au premier virage.

 

1er tour: Senna devance Mansell, Piquet, Tambay, Prost, Jones, Dumfries, Arnoux, Rosberg, Johansson et Patrese. Berg regagne le stand Osella avec un turbo en feu.

 

2e: Senna s'échappe tandis que Piquet menace Mansell. La Williams de celui-ci manque d'adhérence. Arnoux tente de faire l'intérieur à Dumfries à l'épingle mais le jeune Écossais se rabat devant lui. Leurs roues se touchent. La valve de la roue avant-gauche de la Ligier est endommagée et Arnoux ralentit.

 

3e: Piquet déborde Mansell au premier virage. Arnoux stoppe aux stands pour changer ses quatre roues. Rothengatter renonce après avoir pulvérisé son radiateur d'huile contre un vibreur.

 

4e: Senna a deux secondes et demie d'avance sur Piquet qui distance facilement Mansell. Un train comprenant Tambay, Prost, Jones, Dumfries, Rosberg, Johansson, Patrese et Alboreto se presse derrière la seconde Williams.

 

5e: Piquet est revenu à une seconde et demie de Senna. Tambay a déjà usé ses pneus et peine à contenir Prost.

 

6e: Prost dépasse Tambay et Rosberg double Dumfries. Intercalé entre les Ferrari, Patrese part en tête-à-queue en sortant du gauche serré qui précède les stands et atterrit sur une bordure en touchant le rail. Le Padouan fait patiner ses roues mais ne peut pas redémarrer. Les commissaires devront évacuer sa Brabham. Abandon aussi pour de Cesaris, moteur cassé.

 

7e: Piquet se rapproche toujours de Senna pendant que Prost revient sur les talons de Mansell. Jones et Rosberg passent devant Tambay. Fabi prend la onzième place à son collègue Berger. Danner a endommagé sa suspension arrière et jette l'éponge

 

8e: Senna mène devant Piquet (0.9s.), Mansell (7s.), Prost (9.5s.), Jones (12.4s.) et Rosberg (12.8s.). Dumfries dépasse Tambay.

 

10e: Blotti derrière Senna, Piquet tente en vain de lui faire l'extérieur au bout de la ligne droite principale. Sept dixième séparent les Brésiliens. Suivent Mansell (5s.), Prost (5.7s.), Rosberg (13s.), Dumfries (21s.), Tambay (24s.), Johansson (27s.), Alboreto (30s.), Fabi (31s.) et Berger (33s.). Jones s'arrête chez Haas à cause d'une fuite à un étrier de frein. Arrêt pneus pour Nannini.

 

11e: Prost prend la troisième place à Mansell. Les drapeaux jaunes sont déployés dans l'avant-dernier virage pour permettre aux commissaires d'enlever la Brabham de Patrese. Johansson stoppe chez Ferrari pour remettre des pneus Goodyear B.

 

12e: En passant devant les stands, Piquet prend l'aspiration derrière la Lotus de Senna, se glisse à droite et s'empare de la première place du Grand Prix. Jones repart avec deux boucles de retard.

 

13e: Prost remonte sur Senna grâce à ses pneus plus tendres que ceux du Pauliste. Arnoux exécute un tête-à-queue dans les graviers puis revient en piste.

 

14e: Piquet a deux secondes et demie de marge sur Senna qui résiste désormais à la pression de Prost.

 

16e: Tambay navigue avec des pneus cloqués et se fait doubler par Alboreto et Berger. En fin de parcours, le Cannois s'arrête pour prendre des gommes neuves, imité par Fabi et Nannini.

 

17e: Prost regagne le stand McLaren pour changer de roues, mais son boîtier électronique Motronic tombe en panne. Ses mécaniciens démontent le capot de la McLaren, Sur ce, Rosberg arrive lui aussi au garage pour remplacer ses gommes ! Les mécaniciens lui font signe de poursuivre sa route... Le Finlandais perd une position au profit de Dumfries.

 

18e: Six secondes séparent Piquet et Senna. Au stand McLaren, la voiture de Prost est poussée sur le côté afin d'être réparée. Rosberg peut donc s'y arrêter pour faire remplacer un pneu dégonflé. Il repart en neuvième position, entre les Tyrrell de Brundle et de Streiff. Ghinzani renonce sur rupture de sa suspension arrière.

 

19e: Alboreto s'arrête chez Ferrari pour changer ses pneus.

 

20e: Piquet mène devant Senna (5.3s.), Mansell (15.1s.), Dumfries (37.8s.), Berger (46.3s.), Warwick (1m.), Rosberg (1m. 03), Brundle (1m. 05s.) et Streiff (1m. 07s.).

 

22e: Rosberg prend difficilement la sixième place à Warwick. Dans la bagarre, le Finnois abîme une collerette de sa suspension. Alboreto passe devant Streiff. Johansson s'arrête pour la seconde fois et redémarre avec un mélange de pneus B et C.

 

23e: L'écart tombe à quatre secondes entre Piquet et Senna. Berger rattrape facilement Dumfries.

 

24e: Piquet double difficilement Tambay, désormais retardataire. Berger prend la quatrième place à Dumfries.

 

25e: Rosberg refait une halte aux stands avec un pneu avant-gauche endommagé, conséquence de sa touchette avec Warwick. Il change de roues et redémarre en dix-septième position après un long arrêt. Prost revient en course avec un boîtier électronique neuf.

 

27e: Piquet signe un excellent chrono: 1'33''905'''. Alboreto dépasse Brundle et se retrouve septième. Il se lance aux trousses de Warwick. L'Anglais peine à maintenir sa Brabham sur la piste car le temps de réponse de son turbo est absolument catastrophique.

 

28e: Senna réplique à Piquet en réalisant un tour en 1'33''271''' !

 

29e: Mansell s'arrête chez Williams pour changer ses pneus (8.6s.) et repart sans avoir perdu de place. Surpris par une mauvaise reprise du moteur de Warwick, Alboreto tamponne l'arrière de la Brabham. Warwick atterrit dans les graviers et renonce tandis qu'Alboreto rejoint les stands avec une calandre endommagée.

 

30e: Piquet est leader devant Senna (3s.), Mansell (38s.), Berger (1m. 06s.), Dumfries (1m. 22s.), Brundle (1m. 31s.), Streiff (-1t.), Johansson (-1t.) et Tambay (-1t.). Alboreto renonce.

 

32e: Prost se retrouve derrière Arnoux qui lui fait signe de passer. Mais, déconcentré par on ne sait quoi, le Forézien harponne l'arrière de la Ligier et échoue dans le sable. Prost renonce, tout penaud, tandis qu'Arnoux s'en tire avec une crevaison.

 

33e: Piquet devance Senna (4.8s.), Mansell (1m. 01s.), Berger (1m. 13s.), Dumfries (1m. 29s.), Brundle (-1t.) et Johansson (-t.). Streiff chausse des pneus neufs. Après sa crevaison, Arnoux change ses roues et revient dans l'arène. Nannini renonce sur panne de moteur.

 

34e: Tambay exécute un formidable tête-à-queue à la sortie de la dernière courbe. Il se retrouve immobilisé en pleine piste devant le muret des stands ! De courageux commissaires le poussent et lui permettent de se relancer, une poignée de secondes avant que ne surgissent à fond les bolides de Piquet et de Jones ! Dumfries change de gommes et repart derrière Tambay.

 

35e: Tambay observe un second changement de pneus.

 

36e: Piquet arrive chez Williams pour mettre des Goodyear frais en huit secondes. Il laisse ainsi le commandement à Senna.

 

37e: Senna a bien préservé ses pneus et accroît son avance sur Piquet. Privé d'embrayage, Fabi effectue un 360° dans le gazon et ne repartira pas. Rosberg se retire lui aussi suite à un bris de suspension.

 

38e: Berger change ses pneus et redémarre sans avoir perdu sa quatrième place. Mais le jeune Autrichien n'est pas du tout à l'aise car, suite à une fuite, son cockpit se remplit peu à peu d'essence ! Changement de pneus pour Brundle.

 

39e: Senna creuse un écart conséquent sur Piquet et réalise un nouveau chrono exceptionnel: 1'32''05''' !

 

40e: Senna occupe le commandement devant Piquet (28s.), Mansell (1m. 13s.), Berger (-1t.), Johansson (-1t.), Dumfries (-1t.), Brundle (-1t.), Streiff (-2t.), Alliot (-2t.) et Tambay (-2t.).

 

42e: Senna arrive chez Lotus et observe son unique changement de pneus en onze secondes. Il retrouve le circuit huit secondes devant Piquet et peut donc gagner la course si tout va bien.

 

43e: Senna accroît encore son avance sur Piquet. Boutsen abandonne suite à une panne de son unité de dosage.

 

44e: Senna devance Piquet (9.5s.), Mansell (53.6s.), Berger (-1t.), Johansson (-1t.) et Dumfries (-1t.)

 

46e: Berger met pied à terre après une rupture de différentiel. Sa fuite d'essence l'aurait de toute façon empêché d'aller au bout.

 

47e: Mansell est toujours insatisfait de sa tenue de route et chausse son troisième jeu de Goodyear (9.4s.). Il concède maintenant un tour au leader.

 

48e: L'écart se réduit entre Senna et Piquet. Huit secondes les séparent. Jones abandonne, différentiel hors d'usage.

 

50e: Mansell double Senna au premier virage. Senna devance Piquet (7s.), Mansell (1m. 36s.), Johansson (-1t.), Dumfries (-1t.), Brundle (-1t.), Streiff (-2t.), Tambay (-2t.), Arnoux (-2t.) et Alliot (-2t.).

 

52e: Piquet a tourné sa molette de pression de turbo. Il revient fort et ne concède plus que quatre secondes à Senna. Arnoux quitte la course avec un moteur cassé.

 

53e: L'intervalle entre les deux Brésilien se chiffre dorénavant à une seconde et un dixième.

 

54e: Le nez de la Williams de Piquet est dans la boîte de la Lotus de Senna.

 

55e: Au bout de la ligne droite, Piquet fait l'intérieur à Senna et retarde son freinage. Son frein arrière-droit se bloque. Expédiée dans un violent sous-virage, la Williams tire tout droit et, si Piquet se rattrape magnifiquement, Senna se glisse à la corde et reste devant.

 

56e: Agacé de s'être fait avoir comme un débutant au tour précédent, Piquet médite sa riposte.

 

57e: Passant devant les stands, Piquet feinte à droite puis, à l'entrée de la première courbe, se faufile à l'extérieur. Il jette sa Williams dans un formidable travers et contre-braque avec brio. Ses roues fument et frôlent celles de Senna qui est contraint de freiner à fond. Piquet s'impose... et dresse le poing à l'intention de son compatriote !

 

58e: Senna demeure dans le sillage de Piquet.

 

60e: Tambay prend la septième place à Streiff. Devant eux, Brundle est bien en peine car il n'a plus de quatrième rapport et sa pression de suralimentation est trop faible.

 

61e: Piquet devance Senna (3.1s.), Mansell (1m. 29s.), Johansson (-1t.), Dumfries (-1t.), Brundle (-2t.), Tambay (-2t.) et Streiff (-2t.).

 

63e: Piquet prend un tour à Mansell, non sans quelque réticence de la part du Britannique. Nelson s'énerve...

 

64e: Senna double à son tour Mansell et se rapproche de Piquet.

 

66e: Senna repart à l'attaque et revient à moins de deux secondes du leader.

 

67e: Senna n'est plus qu'une demi-seconde derrière Piquet.

 

68e: Les pneus de Senna ont souffert de cette dernière offensive. Le pilote Lotus les ménage quelques instants. Chez Lotus et Williams, on se prépare à un second changement de gommes.

 

70e: A sept tours du but, Piquet a trois secondes d'avance sur Senna. Suivent Mansell (-1t.), Johansson (-1t.), Dumfries (-2t.), Brundle (-2t.), Tambay (-2t.) et Streiff (-2t.).

 

71e: Senna ne lâche rien et abaisse le record du tour: 1'31'261'''.

 

72e: Senna demeure à deux secondes de Piquet. La limite des deux heures de course approche. Le Grand Prix n'ira pas au bout des 77 tours prévus.

 

73e: Piquet réalise le meilleur tour de la course: 1'31''001'''.

 

75e: Le Grand Prix a démarré depuis deux heures. Le tour suivant sera le dernier. Senna lève considérablement le pied pour préserver ses pneumatiques.

 

76ème et dernier tour: Nelson Piquet remporte sa seizième victoire en Formule 1, dix-sept secondes devant Senna. Mansell termine troisième avec un tour de retard. Johansson finit quatrième au volant de la seule Ferrari rescapée. Cinquième, Dumfries inscrit ses deux premiers points. La sixième place revient à Brundle. Tambay, Streiff, Alliot et Palmer sont aussi à l'arrivée.

 

Après la course

Le tiercé de tête est le même qu'à Hockenheim. Et de nouveau, Piquet amuse la galerie, cette fois en brandissant une bouteille d'eau en guise de trophée ! Il ne parvient pas à dérider Senna et Mansell...

 

Piquet frappe un grand coup avec cette seconde victoire consécutive. Il a su bien appréhender ce nouveau tracé et régler sa Williams à la perfection, au contraire de Mansell. En fait, il a découvert un différentiel particulièrement bien adapté à cette piste, ce qu'il a « oublié » de signaler à son équipier... Le championnat du monde est définitivement relancé. Le Brésilien savoure d'autant plus cette période faste qu'il reconnaît se battre contre sa propre écurie: « Le matin, durant le warm-up, j'ai tourné deux secondes en dessous de mes possibilités réelles pour laisser croire à Patrick Head et Nigel Mansell qu'ils avaient trouvé les bons réglages... » Il admet qu'Ayrton Senna lui a donné du fil à retordre et commente son « dépassement-kamikaze » du 57ème tour: « J'ai tenté de passer Senna à deux reprises mais il me bloquait à chaque fois. J'ai donc dû prendre certains risques. Disons que j'ai atteint 130% de mes limites dans cette passe d'armes un peu folle. Je savais qu'en sortant de la trajectoire idéale, j'allais rencontrer la partie glissante, mais comment faire autrement pour doubler un concurrent difficile ? Malgré ma figure, j'ai néanmoins conservé la maîtrise de ma manœuvre. Si je l'ai tentée, c'est que je me sentais capable de la réussir. »

 

Comme on peut s'y attendre, Nigel Mansell se sent humilié de finir à un tour de son équipier... au point que son inséparable épouse Rosanne fond en larmes ! Senna estime lui avoir perdu la victoire lors de l'échauffement en renonçant à utiliser le V6 Renault EF15C dont la sobriété lui aurait sans doute permis d'user de plus de pression de suralimentation, et donc de contrer les attaques de Piquet. Mais le gros perdant du jour est bien sûr Alain Prost, désagréablement surpris par les avaries électroniques qui frappent à nouveau les McLaren. « Il faudrait que la poisse qui me poursuit depuis deux courses me lâche un peu ! » soupire le Stéphanois.

 

Le classement mondial se resserre. Mansell (55 points) conserve l'avantage devant Senna (48 pts), Piquet (47 pts) et Prost (44 pts). La « bande des quatre » est prête à en découdre lors des cinq derniers Grands Prix. Grâce à ce quatrième succès de rang, Williams-Honda (102 pts) est presque assurée de remporter le titre des constructeurs.

Tony