Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Williams Honda
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Williams Honda
Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche

429e Grand Prix

XXXIX British Grand Prix
Légérement nuageux
13 juillet 1986 - Brands Hatch
75 tours x 4.207 km - 315.525 km
Course interrompue après 1 tour suite à un accident, relancée pour la distance originale.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
L'accident lors du premier départ qui mets un terme à la carrière de Jacques Laffite.

Ligier avec Alfa Romeo, record pour Laffite

Le 9 juillet 1986, lors d'une réunion au comité directeur de la FFSA à Paris, Gérard Larrousse annonce à Bernard Casin que la collaboration entre Ligier et Renault prendra fin à l'issue de cette saison. La firme d'Abrest s'alliera en effet avec Alfa Romeo à compter de 1987 pour un contrat exclusif de trois ans. Le quatre cylindres milanais fera donc ses débuts dans une voiture bleue. « C'est du solide ! » clame Guy Ligier, faraud. L'ancien rugbyman en avait surtout assez de payer ses moteurs au prix fort. « Avec Renault, nous n'avions pas d'avenir... » soupire Michel Tétu.

 

Ce Grand Prix de Grande-Bretagne est une étape importante pour Jacques Laffite qui va disputer son 176ème Grand Prix, effaçant ainsi des tablettes le record de Graham Hill. Présent en F1 depuis 1974 et approchant des 43 ans, « Jacquot » n'envisage pourtant pas une seule seconde de raccrocher. Il a déjà hâte de conduire la Ligier-Alfa Romeo de 1987. Il prépare ce rendez-vous très sereinement dans une spacieuse villa de Cabourg, en compagnie de son beau-frère Jean-Pierre Jabouille. Au menu: vélo, plage, apéros, et golf bien entendu. Laffite recharge ses batteries avant d'entamer cette seconde partie de saison. Il espère bien ramener au moins une victoire à l'association Ligier-Renault finissante...

 

Le retour de Frank Williams

Vendredi matin, recroquevillé dans sa petite chaise roulante, le visage émacié, encadré par son kinésithérapeute et son ami Bernie Ecclestone, Frank Williams pénètre dans le paddock de Brands-Hatch. Un retour au sport et à la vie pour cet homme meurtri dans sa chair, mais à l'esprit et la passion intacte. Si ses jambes et ses bras sont éteints à tout jamais, ses yeux pétillent dès que vrombit le moteur d'une Williams-Honda. Qu'on se le dise: le patron est de retour. Patrick Head lui rend une écurie leader du classement mondial, mais avec plusieurs dossiers brûlants sur le feu.

 

Tout d'abord, le cas de Nigel Mansell. En neuf mois, le moustachu de l'Île de Man est passé du statut d'aimable second couteau à celui de favori pour le titre mondial. Il a remporté trois des quatre derniers Grands Prix et ne fait pas mystère de ses hautes ambitions. « Williams est pour moi une seconde famille » clame-t-il avec emphase. Certes. Cependant Nigel sait désormais ce qu'il vaut. Son salaire pour 1986 plafonne à 800 000 dollars. Pour 1987, il réclame le double. Williams grimace. Mansell campe sur ses positions et laisse entendre que d'autres firmes, comme McLaren ou Ferrari, seraient intéressées par ses services...

 

Nelson Piquet pose également problème. Le Carioca est dominé depuis le début de la saison par Mansell et est en passe d'être relégué pour de bon au rang de second pilote. Certains le disent fini. Nelson se récrie et tempête contre Patrick Head qui, selon lui, prend fait et cause pour Mansell. Son ingénieur Frank Dernie l'appuie en revanche avec ardeur. Il ne ménage pas ses efforts pour aider son champion. L'écurie Williams se retrouve de fait scindée en deux factions rivales, et Piquet prend un malin plaisir à alimenter la déchirure. Voilà qui rappelle les pires heures de la rivalité Jones – Reutemann, en 1981...

 

Honda, McLaren, Renault, Lotus... Vers le grand chambardement ?

Ces remous déplaisent aux responsables de Honda. Yoshitoshi Sakurai fait part à Frank Williams de ses doutes quant à l'avenir de leur collaboration. Williams s'inquiète: il sait que les Japonais ne fourniront jamais plus de deux équipes. Les négociations entre Honda et Lotus sont un secret de polichinelle. Ce que l'on sait moins, c'est que Ron Dennis et Alain Prost se sont rendu incognitos à Genève afin de rencontrer les responsables de la firme nippone... Soichiro Honda lui-même désire avoir Prost comme pilote. Dennis s'est fait prier avant d'entamer ces pourparlers. Par vanité, il aurait aimé qu'Honda le courtise. Mais Mansour Ojjeh l'a prévenu qu'il en avait assez de payer les factures réclamées par Porsche. Le patron de McLaren doit donc envisager toutes les éventualités... tout comme Frank Williams.

 

Pour s'assurer une marge de manœuvre confortable, Williams et son bras droit Peter Windsor lancent une « intox » aux journalistes. D'après une « source anonyme », Honda songerait tout bonnement à racheter le Team Lotus ! Hazel Chapman et Fred Bushell, l'administrateur du groupe, ne savent que répondre. Cette fausse nouvelle est destinée à brouiller encore un peu plus le paysage de la F1 et à gêner Lotus dans ses négociations avec Honda. Mais Williams ne se contente pas de donner des os à ronger à la presse. Afin d'assurer ses arrières, il jette un pont vers Renault. A Boulogne-Billancourt, on ne cache pas son étonnement mais cette démarche est une véritable aubaine. Avec Ligier, la Régie vient de perdre un bon client à 30 millions de francs annuels. Le partenariat avec Lotus bat de l'aile et celui avec Tyrrell est déjà enterré. L'avenir de Renault Sport est en jeu. Georges Besse a prévenu Patrick Faure: il ne maintiendra l'engagement en F1 que si un contrat est passé avec l'un des trois « top teams »: McLaren, Lotus ou Williams. Voilà donc les cartes entièrement rebattues.

 

Présentation de l'épreuve

Le moteur Renault EF15C est toujours l'apanage de la Lotus de Senna, ce qui ne manque pas de faire râler Guy Ligier... L'écurie Brabham rencontre de telles difficultés avec sa BT55 que Gordon Murray décide d'employer pour cette course une évolution de la BT54 de 1985 confiée à Riccardo Patrese. Il s'agit de comparer les reprises et les accélérations avec celles de la BT55. Les Lola du Team Haas utilisent une seconde version du V6 Ford-Cosworth avec de nouveaux pistons et un rapport volumétrique augmenté pour améliorer la réponse. Chez Arrows, la nouvelle A9 se fait toujours attendre. Thierry Boutsen broie du noir. Il n'a toujours pas inscrit de point cette saison et songe ouvertement à aller voir ailleurs. Enfin, Berg reçoit la nouvelle Osella FA1H, Ghinzani reprenant le vieux modèle de 1985.

 

Gabriele Cadringher convie tous les ingénieurs à une réunion au cours de laquelle ils s'accordent pour supprimer les jupes latérales à compter du GP d'Allemagne. Les jupes montées sur les volets seront dorénavant construites dans le même matériau que les plaques de garde.

 

La FOCA a finalement ratifié la nouvelle règle fédérale supprimant le principe de l'alternance entre circuits pour les Grands Prix nationaux. En son âme et conscience, Bernie Ecclestone a signé un contrat de cinq ans avec Silverstone à compter de 1987. Les propriétaires de Brands-Hatch sont évidemment furieux. La rumeur court qu'Ecclestone aurait cherché à racheter le tracé et, devant son échec, se serait ainsi vengé...

 

Les qualifications

Cette piste sourit particulièrement aux Williams-Honda. Piquet décroche sa vingtième pole position en réussissant un temps en dessous de la barre d'1'07''. Mansell s'est dépensé en vain pour battre son équipier et échoue à quatre dixièmes. Senna est handicapé par des pneus inefficaces sur cette piste glissante. En outre, son châssis n'est pas très stable. Il se classe tout de même troisième. Dumfries réalise une performance tout à fait honorable et signe le dixième chrono. Berger conduit la Benetton-BMW à l'extrême limite de ses possibilités et obtient une exceptionnelle quatrième place. Fabi est septième mais rend plus d'une seconde à son équipier. Les McLaren en sont au même point que lors du GP d'Europe d'octobre dernier: secouées par un terrible survirage sur les bosses. Rosberg et Prost se partagent la troisième ligne. La déception est vive chez Ligier où les JS27 manquent de motricité. Si Arnoux (8ème) limite les dégâts, Laffite est relégué au 19ème rang après s'être accroché avec Rosberg à Druids. Contre toute attente, la comparaison entre les Brabham BT54 et 55 tourne au bénéfice de la seconde, octroyée à Warwick (9ème). Patrese est seulement quinzième.

 

Les Tyrrell-Renault (Brundle 11ème, Streiff 16ème) sont plutôt compétitives à Brands-Hatch, au contraire des Ferrari (Alboreto 12ème, Johansson 18ème) qui ont encore cassé bon nombre de moteurs. Boutsen décroche une belle treizième place au volant de sa vieille Arrows, loin devant Danner (23ème), ralenti par des pannes de moteur. Chez Haas, Jones (14ème) peut utiliser le nouveau V6 Ford au contraire de Tambay (17ème). A nouveau Nannini (20ème) place sa Minardi devant celle de de Cesaris (21ème). Suivent les Zakspeed (Palmer 22ème, Rothengatter 25ème) et les Osella (Ghinzani 24ème, Berg 26ème).

 

Le Grand Prix

120 000 personnes se pressent dans les tribunes pour encourager Nigel Mansell, vainqueur ici même neuf mois plus tôt. Lors de l'échauffement, Piquet casse un turbo mais sa voiture est réparable pour la course. Il laisse ainsi libre le mulet qu'il a rôdé vendredi. Patrese doit en revanche utiliser la seconde BT54 de secours suite à une panne de moteur. Le moteur EF15C de Senna ratatouille et le Brésilien doit se rabattre sur un bloc moins évolué et beaucoup plus gourmand. La consommation sera à nouveau un souci ici et les pilotes ne devront pas rouler « à 100 % ».

 

Le carambolage

Départ: Mansell s'élance bien et double Piquet. Mais lorsque Nigel enclenche son second rapport, son demi-arbre de roue gauche se brise. Il décélère brutalement et dévale la pente en roue libre. Plus loin, à l'abord de Paddock Hill, peut-être touché par Palmer, Boutsen perd le contrôle de son Arrows qui oblique vers la gauche, percute les glissières, rebondit et est renvoyée en piste où elle sème la panique. Johansson braque tout à droite pour l'éviter, mais ce faisant entraîne avec lui Laffite. La Ferrari est envoyée dans l'herbe tandis que la Ligier heurte le rail de pleine face. Au même moment Boutsen, en plein milieu de la piste, est percuté par Ghinzani et Palmer. Danner, Rothengatter, Berg, de Cesaris et Nannini sont aussi impliqués dans le carambolage.

 

Piquet est en tête devant Senna et Berger, mais la course est interrompue car tout le secteur de Paddock Hill est obstrué par les voitures accidentées. Rothengatter se tire du carnage mais s'enlise dans une zone de surlargeur.

 

Tous les pilotes sortent de leurs voitures, excepté Laffite, coincé dans la carcasse de sa Ligier. Le museau de celle-ci s'est enfoncé sous la partie inférieure du rail, dépourvue de toute élasticité. Jonathan Palmer, qui a son diplôme de médecin, se précipite au secours du Français, bientôt suivi par le Dr. Sid Watkins.

Bien que tout à fait conscient, Laffite est grièvement blessé aux jambes et ne peut pas bouger d'un centimètre. Une nuée de secouristes entoure son épave. Les policemen refoulent avec véhémence Gérard Larrousse et les mécaniciens de Ligier venus aider à découper la coque. Un seul d'entre eux, Daniel Vizier, parvient à fendre le cordon de sécurité et à donner aux commissaires les instructions nécessaires. Les opérations sont interminables et l'angoisse commence à étreindre les supporteurs du malheureux pilote français. Finalement, au bout d'une demi-heure, Laffite est héliporté vers le Queen Mary Hospital de Sidcup, dans la banlieue de Londres. A ses côtés est également évacué un spectateur, pris de saisissement lors du carambolage et victime d'un malaise cardiaque. Ce transfert entraîne un retard supplémentaire car le règlement stipule que hélicoptère médical doit être présent pour le nouveau départ. Il faut donc attendre que celui-ci effectue l'aller-retour.

 

Le premier départ est considéré comme nul et non avenu et un second envol va être donné, pour une course de 75 tours. Mansell est revenu à son stand et pourra utiliser le mulet. Cette voiture n'a parcouru que six tours le vendredi et son comportement est assez aléatoire. Les voitures de de Cesaris, Nannini, Rothengatter, Johansson et Warwick (dont le museau a été atteint lors d'une touchette avec Dumfries) sont remises en état. En revanche les deux pilotes Osella restent sur le carreau car ils n'ont pas de voiture de réserve, tout comme Danner qui cède le mulet Arrows à Boutsen. Nannini n'a pas le temps de rejoindre la grille et prendra ce second départ depuis les stands.

 

La course

Deuxième départ: Piquet conserve la première place devant Mansell, Berger, Senna, Rosberg et Prost.

 

1er tour: Berger déborde Mansell dans la descente vers Hawthorn Bend. Piquet mène cette première boucle devant Berger, Mansell, Senna, Rosberg, Prost, Fabi, Alboreto, Arnoux et Jones.

 

2e: Berger semble en mesure de menacer Piquet, mais Mansell n'est pas loin.

 

3e: Mansell s'adapte au comportement du mulet et passe à l'offensive. Il déborde Berger à la sortie du virage Surtees.

 

5e: Piquet précède Mansell (1.5s.) et Berger (3s.). A six secondes, Senna et Rosberg se battent pour la quatrième place sous les regards de Rosberg et de Prost.

 

6e: Berger ne parvient plus à suivre le rythme des Williams et leur concède cinq secondes.

 

7e: L'écart entre Piquet et Mansell tombe en dessous de la seconde. L'Anglais se déchaîne pour rattraper son équipier et rival.

 

8e: Rosberg ne parvient plus à sélectionner ses vitesses. Il revient aux stands et abandonne. Prost récupère la cinquième place et Fabi entre dans les points.

 

10e: Piquet précède Mansell (1s.), Berger (10s.), Senna (14s.), Prost (17s.), Fabi (20s.), Alboreto (21s.), Arnoux (25s.), Jones (27s.), Warwick (30s.), Dumfries (35s.), Brundle (37s.) et Patrese (38s.).

 

11e: N'ayant aucun rival, les pilotes Williams reçoivent pour consigne de ménager leur consommation d'essence et leurs pneus. Rothengatter fait une excursion hors-piste mais peut repartir, bon dernier.

 

12e: Une seconde sépare toujours Piquet et Mansell. Prost se rapproche de Senna.

 

14e: Fabi s'arrête au stand Benetton pour changer un pneu délaminé. Les vibrations engendrées par cette crevaison ont en outre déconnecté son système d'alimentation. L'Italien chute au quatorzième rang.

 

15e: Prost menace Senna pour le gain de la quatrième place. Boutsen se traîne lamentablement et regagne son stand pour faire réparer son allumage.

 

17e: L'écart est toujours le même entre les deux pilotes Williams. Berger est maintenant relégué à quinze secondes.

 

18e: Prost effectue son changement de pneus en 9.3s. Il ressort dixième, juste derrière Patrese.

 

19e: Piquet précède Mansell (1.7s.), Berger (17.5s.), Senna (26.2s.), Alboreto (37s.) et Arnoux (39.1s.). Jones est septième devant les Brabham de Warwick et Patrese.

 

20e: Mansell reprend son offensive. Il tourne sa molette de pression de suralimentation et réalise le meilleur chrono depuis le début de l'épreuve.

 

21e: Mansell est à une demi-seconde de Piquet. Jones rencontre des problèmes d'accélérateur et ouvre la voie à Warwick, Patrese et Prost. Johansson se retire car son radiateur d'huile est percé, conséquence de son implication dans le carambolage.

 

23e: Dans la descente vers Hawthorn Bend, Piquet loupe une vitesse. Mansell en profite pour le déborder et passe en tête. Le public est aux anges. Berger s'arrête dans le gazon avec un boîtier électronique hors d'usage. Jones abandonne également.

 

25e: Mansell est premier Piquet (1.5s.), Senna (33.3s.), Alboreto (45.4s.), Arnoux (47s.), Warwick (1m.), Patrese (1m. 01s.) et Prost (1m. 03s.). De Cesaris renonce sur rupture de sa courroie d'alternateur. Boutsen retrouve la piste avec une dizaine de tours de retard.

 

26e: Prost pourchasse les deux Brabham afin d'obtenir la sixième place. Rothengatter abandonne, moteur surchauffé.

 

27e: Senna s'arrête pour son changement de pneus. Mais au redémarrage il n'arrive pas à enclencher la première. Sa boîte est bloquée. Il repart tout de même à faible allure. Alboreto récupère la troisième place.

 

28e: Mansell tient toujours Piquet en respect. Senna regagne les stands et renonce car son pignon de quatrième rapport est désintégré.

 

30e: Piquet s'arrête pour chausser un nouveau train de pneus. Il repart au bout de neuf secondes, toujours deuxième. Patrick Head indique à Mansell qu'il devra rentrer aux stands dans deux tours.

 

31e: Mansell devance Piquet (19s.), Alboreto (51s.), Arnoux (52s.), Warwick (1m. 05s.) et Prost (1m. 06s.). Changements de pneus pour Patrese et Brundle.

 

32e: Mansell entre aux stands et fait changer ses pneus en neuf secondes et demie. Malgré un léger raté au redémarrage, le héros local repart juste devant Piquet. Celui-ci accroît sa pression de turbo et lance l'assaut contre son équipier.

 

33e: Piquet attaque Mansell à Druids, puis dans la courbe Surtees, mais l'Anglais résiste fermement. Nelson ne s'en laisse pas conter et poursuit son attaque pendant toute la durée du tour, sans résultat. Il perd ainsi une belle occasion de repasser en tête. Alboreto change de pneus et ressort sixième. Devant lui, Prost a dépassé Warwick. Patrese s'arrête à son stand pour mettre un troisième train de Pirelli.

 

34e: Piquet harcèle Mansell. Il se montre dans ses rétroviseurs à Paddock Hill et prend l'intérieur. Il compte dépasser à Druids, mais tombe sur Nannini, qui roule bien sagement à droite, et doit lever le pied. Fabi double Dumfries.

 

35e: Mansell et Piquet se tiennent en une seconde. Arnoux est relégué à trente secondes, Prost à quarante-cinq secondes. Warwick change ses gommes et cède la cinquième place à Alboreto.

 

36e: Dumfries observe un changement de pneus et tombe en onzième position.

 

38e: L'intervalle est stable entre les deux Williams. Arnoux leur rend désormais à trente-sept secondes.

 

40e: Arnoux s'arrête chez Ligier et prend trois pneus tendres et un dur à l'arrière. Il ressort au bout de quinze secondes en cinquième position, avec une boucle de retard. Prost est désormais troisième devant Alboreto.

 

41e: Patrese s'arrête dans le gazon, moteur fumant.

 

43e: Mansell précède Piquet (1.4s.), Prost (48s.), Alboreto (1m. 03s.), Arnoux (-1t.), Warwick (-1t.), Fabi (-1t.) et Tambay (-1t.).

 

44e: Fabi poursuit sa belle remontée et prend la sixième place à Warwick.

 

45e: Mansell compte désormais une seconde et demie d'avance sur Piquet. Prost est à cinquante secondes tandis qu'Alboreto s'est fait prendre un tour.

 

47e: Fabi abandonne à cause d'une panne de pompe à essence et arrête sa Benetton dans l'herbe.

 

49e: Mansell est gêné par Brundle, ce qui permet à Piquet de le menacer, mais Nigel demeure imperturbable.

 

50e: Mansell devance Piquet (0.1s.), Prost (59s.), Alboreto (-1t.), Arnoux (-1t.), Warwick (-1t.), Tambay (-1t.), Brundle (-2t.) et Streiff (-2t.).

 

51e: Prost observe un second changement de pneus et repart au bout de onze secondes, toujours troisième. Alboreto se range dans une échappatoire avec un turbo cassé.

 

53e: Une demi-seconde sépare Mansell et Piquet. Nannini quitte la course suite à une rupture d'un demi arbre de roue.

 

55e: Arnoux manque d'adhérence et effectue un second « arrêt pneus ». Il repart en cinquième position derrière Warwick.

 

57e: Piquet demeure dans le sillage immédiat de son équipier. Grâce à son nouveau jeu de gommes, Arnoux rattrape facilement Warwick et lui reprend la quatrième place. Tambay est sous la menace d'un trio comprenant Brundle, Streiff et Dumfries.

 

58e: Brundle prend la sixième place à Tambay.

 

59e: Mansell s'est forgé un matelas de deux secondes sur son équipier. Il prend un deuxième tour à Warwick.

 

60e: Mansell est leader devant Piquet (1.1s.), Prost (-1t.), Arnoux (-1t.), Warwick (-2t.), Brundle (-2t.), Tambay (-2t.), Streiff (-2t.) et Dumfries (-2t.).

 

62e: Tambay est sous la menace de Streiff et de Dumfries.

 

63e: Pour la première fois, Mansell signe un temps en dessous de la barre de 1'10''. Alors septième, Tambay est trahi par sa boîte de vitesses et abandonne.

 

65e: A dix tours du but, Mansell possède une seconde et demie d'avance sur Piquet

 

67e: Mansell perd du temps en doublant Streiff. Piquet revient à moins d'une seconde de son collègue.

 

68e: Piquet améliore le meilleur tour en course: 1'09''805'''.

 

69e: Mansell répond à Piquet et réalise le meilleur chrono du jour: 1'09''593'''.

 

70e: Mansell est encore une fois plus rapide que Piquet. Patrick Head et Frank Dernie demandent à leurs pilotes de ne pas abuser de la pression de suralimentation mais ne sont pas écoutés.

 

71e: Mansell est premier devant Piquet (1.8s.), Prost (-1t.), Arnoux (-2t.), Warwick (-2t.), Brundle (-3t.), Streiff (-3t.) et Dumfries (-3t.)

 

72e: Piquet comprend qu'il ne peut pas rattraper Mansell et, dépité, le laisse s'échapper. Brundle concède un troisième tour aux leaders.

 

75ème et dernier tour: Warwick tombe en panne d'essence à 500 mètres de la ligne. Il se fait doubler par les Tyrrell et la Lotus de Dumfries.

 

Nigel Mansell l'emporte pour la deuxième année consécutive à Brands-Hatch. Piquet finit deuxième à cinq secondes. Prost termine troisième, Arnoux quatrième. Brundle et Streiff ramènent trois points à Tyrrell. Suivent Dumfries, le malchanceux Warwick et Palmer. Boutsen n'est pas classé.

 

Après la course

Mansell vit un superbe tour d'honneur sous les vivats de la foule britannique. Étant tombé en panne d'essence, c'est à l'arrière d'un pick-up qu'il se rend au podium. Sur ce dernier, le héros du jour est tellement épuisé et déshydraté qu'il s'asperge d'eau pendant le God save the Queen, sous les regards moroses de Prost et de Piquet, très fermés. C'est Ginny Williams, l'épouse de Frank, qui reçoit la coupe des constructeurs, dédiée bien sûr à son mari qui ne pourra plus apparaître sur un podium.

Cette quatrième victoire en cinq courses, obtenue sur la voiture de réserve réglée par son équipier, est un des plus beaux exploits de Nigel Mansell. Il s'empare pour la première fois de la tête du championnat des conducteurs, avec 47 points contre 43 pour Prost. Chez les constructeurs, Williams-Honda creuse un écart de seize points sur McLaren.

 

Piquet - Mansell: la guerre est déclarée

Néanmoins l'ambiance n'est pas au beau fixe au sein de l'écurie de Didcot. Se considérant toujours comme le pilote n°1, Piquet ne comprend pas pourquoi Mansell l'a attaqué comme un fou puis s'est défendu bec et ongles. Il accuse à mots couverts Patrick Head d'avoir autorisé son équipier à abuser de pression de turbo. « Une course pleine d'enseignements, ironise-t-il. Mansell m'a dépassé alors qu'on m'avait demandé par radio de diminuer ma pression. Plus tard, à mon tour, j'ai augmenté cette pression pour le repasser. Ce fut impossible, pour ne pas dire dangereux. J'ai tout essayé, il me fermait systématiquement la porte. Je sais ce qu'il me reste à faire [...] Désormais, j'agirai comme si nous appartenions à des équipes différentes. » C'est donc la guerre. Les prétentions de Piquet irritent au plus point Head qui considère qu'avec quatre victoires contre une seule pour le Brésilien, Mansell a largement prouvé sa valeur.

 

De son côté, le pilote anglais nie avoir joué avec la pression de suralimentation et affirme s'être conformé aux instructions de Head. « Je remercie Nelson d'avoir pas trop mal réglé le mulet... » lâche-t-il, grinçant. Mansell joue sur du velours. Adulé par le public, il fonce désormais vers le titre mondial et ricane des simagrées de Piquet.

 

Autre grand déçu, Alain Prost déclare que cette course est « à oublier très vite ». Les circuits rapides de l'été qu'il attendait avec impatience pour se mesurer avec les Williams ne semblent pas convenir à sa McLaren. Le champion du monde va devoir sortir le grand jeu et compter sur la chance pour conserver sa couronne.

 

Coup d'arrêt pour Jacquot

Transféré au service des urgences de l'hôpital Queen Mary, Jacques Laffite est aussitôt examiné par le médecin de garde. Le bilan est très sévère: fractures ouvertes des deux os de la jambe droite, double fracture du tibia gauche, cinq fractures au bassin, contusions multiples, talon cassé... Le pilote français est transfusé et par bonheur son état général est satisfaisant. Ses proches accourent à son chevet: son épouse Bernadette bien sûr, puis Pierre Landereau, Alain Prost, Gérard Larrousse, Dany Hindenoch, Jean Sage, Jean-Louis Schlesser... La France est très émue par l'accident de « Jacquot », ce champion si sympathique et populaire. Son ami le cycliste Laurent Fignon lui adresse un émouvant message de soutien pendant le « journal du Tour » d'Antenne 2.

 

Si sa saison 86 est terminée, Laffite affiche un moral d'acier et projette déjà sa convalescence. Le docteur Nigel Cobb, qui a déjà « sauvé » Johnny Cecotto et Barry Sheene, parvient à réduire ses fractures. Mais il ne veut pas rester en Angleterre. Guy Ligier organise un rapatriement express avec l'aide de ses « relations » politiques. Le 18 juillet, Laffite atterrit à Orly pour être transporté sous escorte au centre médical de la Porte de Choisy où il est pris en charge par le fameux chirurgien orthopédiste Émile Letournel, le rééducateur attitré des coureurs automobiles. Une lourde opération l'attend mais Laffite, toujours souriant, balaie les angoisses et envisage déjà son retour en Grand Prix en 1987.

Tony