Jacques LAFFITE
 J.LAFFITE
Ligier Renault
Ayrton SENNA
 A.SENNA
Lotus Renault
Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche

427e Grand Prix

V Detroit Grand Prix
Légérement nuageux
22 juin 1986 - Detroit
63 tours x 4.023 km - 253.449 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur

Révolte fiscale des pilotes (suite)

En dépit de leur tempérament individualiste, les pilotes se sont dressés comme un seul homme lorsqu'ils ont appris au Canada que le fisc américain leur réclamait environ 30% des sommes touchées à l'occasion ce Grand Prix de Détroit, avec un arriéré remontant à 1982. Nelson Piquet et René Arnoux réclament le boycott immédiat de cette épreuve, tandis qu'Alain Prost et Nigel Mansell poussent à un accommodement. L'inévitable Bernie Ecclestone se charge des négociations avec les fonctionnaires américains. Pour le président de la FOCA, une annulation de l'épreuve est inenvisageable. Il en va de sa crédibilité de promoteur d'un des sports les plus populaires au monde. Les discussions sont très âpres. Les employés du Trésor américain refusent toute forme d'évasion de revenus. Ecclestone plaide la bonne foi des pilotes et des écuries. On s'entend finalement sur un versement immédiat de 600 000 dollars pour éviter tout effet rétroactif.

 

C'est avec un déplaisir visible que les pilotes retrouvent le circuit de Détroit, véritable purge de ce championnat 86. L'état de l'asphalte est encore plus déplorable que les années précédentes. Mais business is business, et il n'est pas question pour la FOCA de supprimer ce rendez-vous peu apprécié mais rentable.

 

Quel avenir pour la Formule 1 ?

Les discussions se poursuivent autour de la future réforme réglementaire. La FOCA avance comme propositions la diminution de la teneur d'octane des carburants et l'interdiction des échangeurs. Refus de la FISA. A Détroit, les constructeurs ont une idée plus originale: ne pas toucher aux moteurs dans l'immédiat mais, dans le souci de réduire les coûts de fonctionnement et les dangers représentés par les qualifications, remplacer ces dernières par un « mini-Grand Prix » qui se tiendrait le samedi et dont le classement déterminerait la future grille de départ. Plus sérieusement, la FOCA préconise le bannissement des moteurs turbo à l'horizon 1989 et le retour à des blocs atmosphériques dont la cylindrée serait de 3,5 litres.

 

Cela ne résout pas le problème de la limitation de la puissance des moteurs pour 1987. La FISA est favorable à l'instauration d'une bride mais, faute de consensus parmi les motoristes, elle devra l'imposer lors de la réunion de son Comité exécutif prévue pour fin juin. Selon Keith Duckworth, le président Balestre doit tenir compte de quatre points: 1) harmoniser les performances entre les qualifications et la course ; 2) ne bannir aucun moteur existant ; 3) réduire la puissance pour baisser les coûts ; 4) faire en sorte que les Grands Prix ne soient plus des « economy runs », des petites courses d'endurance.

 

En tout cas, ces futurs changements bouleversent les programmes à court terme des grands constructeurs. Certains comme BMW envisagent ouvertement de migrer vers le championnat CART. Du côté de Porsche, on ne paraît guère disposé à opérer de profondes corrections au V6, le staff technique étant occupé à préparer un moteur pour Indianapolis. Par ailleurs, Mansour Ojjeh se fait rare sur les Grands Prix, et il se dit que TAG pourrait se retirer de la Formule 1 d'ici un an ou deux. Le nouveau moteur quatre cylindres turbo d'Alfa Romeo a fait ses premiers tours de roues à Balocco sur un châssis Euroracing conduit par Giorgio Francia. Tyrrell et Ligier seraient en pourparlers avec la firme milanaise. Cependant, du fait des futurs changements réglementaires, l'architecture à quatre cylindres risque de ne pas être la meilleure selon des spécialistes.

 

Présentation de l'épreuve

Les commissaires techniques ont examiné les cloisons marginales des ailes antérieures des Benetton. Leur fixation par l'avant s'opère via deux tubes. Selon des ingénieurs rivaux, la pression de l'air permet de créer un effet de barres de torsion sur les tubes. Dans le doute, Gabriele Cadringher recommande de renforcer les fixations. Ferrari utilise un nouveau système de lubrification du turbo, avec un arbre modifié. On aperçoit aussi sur les 186 un double circuit de freinage. Philippe Streiff continue au volant de la Tyrrell 014 en attendant de récupérer une 015 en Europe.

 

Patrick Tambay n'est pas remis de son accident de Montréal qui l'a beaucoup tourneboulé moralement. Le pilote français raconte qu'il s'est vu mourir juste avant l'impact. A mots couverts, il parle d'abandonner la Formule 1. Pour le moment, Carl Haas lui cherche un remplaçant. Il propose le volant de la deuxième Lola à Mike Andretti, le fils du grand Mario qui brille en IndyCar. Mais la FISA refuse d'octroyer au jeune Américain sa super-licence en raison de la querelle l'opposant au CART. Du coup, c'est Eddie Cheever qui est choisi pour suppléer Tambay. C'est une bonne opportunité car Cheever est l'un des rares pilotes à apprécier le tracé de Détroit !

 

Enzo Osella a reçu le dédommagement attendu de la part de BMW en échange du transfert de Christian Danner chez Arrows. Le jeune Allemand devient donc comme convenu l'équipier de Thierry Boutsen. Pour le remplacer, Osella avait d'abord choisi Alain Ferté mais celui-ci, décidément maudit, est finalement écarté au profit d'un jeune Canadien peu connu, Allen Berg. Celui-ci avoue avoir acheté son volant grâce à des investisseurs mexicains. A 25 ans, Berg a roulé sa bosse en Formule 3 britannique et en Formule Atlantique. Malgré son modeste palmarès, il obtient sa super-licence, au contraire d'Andretti Junior, ce qui ne manque pas de faire jaser dans le paddock...

 

Le marché des pilotes commence à s'agiter. Il est maintenant évident que Keke Rosberg ne se plaît pas chez McLaren où il se fait battre à plates coutures par Alain Prost. Par ailleurs, son pilotage généreux ne convient pas du tout aux Grands Prix actuels qui nécessitent une consommation d'essence et une gestion des pneumatiques très parcimonieuses. A chaque sortie, Rosberg termine au bord de la panne sèche. « Keke a une façon suicidaire de commencer ses courses. Il faudrait le lui faire comprendre... » soupire Alain Prost. En outre, secoué par la mort de son ami Elio de Angelis, le fougueux Finlandais envisagerait de prendre sa retraite. Selon certains bruits, Ron Dennis aurait déjà fait signer un contrat à Stefan Johansson.

 

Les qualifications

Elles se résument encore une fois à une bataille entre Senna et Mansell. Vendredi, l'Anglais a le dessus grâce à un choix de pneus judicieux sur une piste poussiéreuse. Mais le lendemain, Senna chaussé de pneus ultra-tendres Goodyear E réalise la pole position en devançant Mansell de cinq dixièmes. Irrité d'être régulièrement battu par son coéquipier, Piquet conduit d'une façon erratique qui ne lui sied guère et arrache le troisième temps après avoir tapé le mur. Les Ligier-Renault sont en très grande forme: Arnoux se classe quatrième, Laffite sixième. La victoire paraît à leur portée. Johansson (5ème) a compris que la seule façon de neutraliser le sous-virage chronique de la Ferrari était de la balancer en survirage. Alboreto (11ème) est handicapé par un châssis très instable et par des douleurs au tibia, conséquences de son tête-à-queue de Montréal. Détroit n'a jamais souri aux McLaren-TAG-Porsche et l'édition 86 ne fait pas exception. Prost (7ème) se plaint d'un manque d'adhérence et heurte le mur de la chicane samedi après-midi. Rosberg (9ème) n'est pas plus satisfait de son châssis.

 

Les Brabham-BMW sont extrêmement nerveuses. Patrese (8ème) parvient à contrôler son bolide au contraire de Warwick (15ème), contraint de faire monter une barre anti-roulis, objet inconnu chez Brabham depuis quatre ans... Content d'être de retour en F1, Cheever réalise une superbe performance en plaçant la Lola-Ford qu'il découvrait en dixième position. En revanche Jones (21ème), victime d'une collision avec de Cesaris, paraît de plus en plus désabusé. Les Benetton-BMW ne sont pas du tout à l'aise. Berger, qui a tapé deux fois, est douzième, Fabi dix-septième. Chez Arrows, Boutsen (13ème) précède son nouvel équipier Danner (19ème) de deux secondes. Dumfries (14ème) rend plus de quatre secondes à Senna et heurte le béton... Malgré un bon châssis, les Tyrrell-Renault (Brundle 16ème, Streiff 18ème) ont buté sur du trafic. Accablés de pannes techniques, Palmer (20ème) et Rothengatter (26ème) font de la figuration avec leurs Zakspeed, comme les Osella (Ghinzani 22ème, Berg 25ème) et les Minardi (de Cesaris 23ème, Nannini 24ème).

 

Lors de la conférence de presse qui conclut la journée de samedi, les journalistes désirant interviewer Ayrton Senna se retrouvent face à un... magnétophone apporté une attachée de presse du Team Lotus ! « Magic » préfère en effet regarder le quart-de-finale de la Coupe du Monde de football France-Brésil dans sa chambre d'hôtel, et a enregistré ses impressions sur cassette ! Une désinvolture peu appréciée par les hommes de presse. Pendant ce temps-là, Alain Prost, Jacques Laffite et René Arnoux se retrouvent eux aussi devant leur téléviseur pour encourager la bande à Michel Platini. Laffite parie sur la victoire des « Bleus ». Bien lui en prend...

 

Le Grand Prix

Ce dimanche le temps est orageux à Détroit. Il fait très chaud et très humide. L'an passé, Keke Rosberg l'avait emporté grâce à une monte de pneus tendres. Cette année, tout le monde le copie en prenant des pneus tendres, sauf les Lotus et... Rosberg.

 

Tour de chauffe: Rothengatter est victime d'une panne d'électronique et ne pourra pas prendre le départ.

 

Départ: Senna conserve l'avantage de sa pole au premier virage devant Mansell. Arnoux double Piquet et vient menacer l'autre Williams.

 

1er tour: Senna mène devant Mansell, Arnoux, Piquet, Johansson, Prost, Laffite, Alboreto, Cheever et Rosberg.

 

2e: Sur la ligne de chronométrage, Senna loupe une vitesse et Mansell en profite pour passer en tête. Arnoux se retrouve sur les talons du Brésilien.

 

3e: Mansell a deux secondes de marge sur Senna. Rosberg prend la neuvième place à Cheever. Warwick est parti avec des pneus arrière trop durs et stoppe déjà chez Brabham pour les remplacer.

 

4e: Mansell s'envole au rythme d'une seconde par tour. Prost perd deux places au bénéfice de Laffite et d'Alboreto. Berger double Cheever. Nannini renonce sur panne de turbo.

 

5e: Mansell rencontre des problèmes avec ses freins arrière. Ses disques sont trop froids, ce qui permet à Senna de revenir et de le menacer. Prost repasse devant Alboreto.

 

6e: Mansell devance Senna (2s.), Arnoux (2.4s.), Piquet (3.6s.), Johansson (4.6s.), Laffite (4.9s.), Prost (6s.) et Alboreto (6.5s.).

 

7e: Senna est dans les roues de Mansell. Jusqu'alors neuvième, Berger double un Rosberg en difficulté. De Cesaris fait changer son train de pneus.

 

8e: Senna harcèle Mansell et voit Arnoux revenir dangereusement. Le Brésilien finit par surprendre l'Anglais au virage d'Atwater Street et récupère la première place. Plus loin, Laffite prend la cinquième place à Johansson.

 

9e: Arnoux déborde Mansell au premier virage. Berger abandonne suite à une défaillance d'allumage. Rosberg rentre à son stand pour faire observer sa boîte de vitesses et changer de pneus. Il se retrouve quinzième.

 

10e: Aussi rapide que son équipier, Laffite dépasse Piquet.

 

11e: Prost et Alboreto doublent Johansson. Senna précède Arnoux (4s.), Mansell (4.3s.), Laffite (4.9s.), Piquet (7s.), Prost (9s.), Alboreto (9.4s.), Johansson (10s.), Cheever (18s.), Patrese (19s.), Boutsen (21s.), Brundle (26s.) et Jones (27s.).

 

12e: Laffite prend la troisième place à Mansell. Voici les deux Ligier-Renault sur le podium.

 

13e: Mansell retient désormais Piquet et Prost. Rosberg abandonne suite à une panne de transmission.

 

14e: Senna est victime d'une crevaison lente à l'arrière et regagne précipitamment les stands. Ses mécaniciens lui fixent un nouveau train de pneus en onze secondes et le jeune Brésilien repart en huitième position, derrière les deux Ferrari.

 

15e: Les deux Ligier sont en tête de la course. Arnoux mène un Grand Prix pour la première fois depuis trois ans. Mais Laffite se montre pressant. Privé de pression de suralimentation, Ghinzani met pied à terre

 

16e: Arnoux est parti avec des pneus arrière plus fragiles que ceux que Laffite et peine à maintenir son équipier derrière lui. Brundle abandonne car son boîtier électronique surchauffe.

 

17e: Laffite est dans les roues d'Arnoux. Senna est l'homme le plus rapide en piste et prend la septième place à Johansson.

 

18e: Laffite attaque Arnoux par l'intérieur au bout de Larned Street. Le Grenoblois ne laisse guère de place à son équipier qui parvient tout de même à passer. Mais, d'un geste rageur, « Jacquot » exprime sa façon de penser à « Néné ».

 

19e: Laffite et Arnoux sont confortablement installés en tête. Senna s'empare de la sixième place aux dépens d'Alboreto.

 

20e: Laffite est premier devant Arnoux (0.6s.), Mansell (3s.), Prost (6s.), Piquet (9s.), Senna (17s.), Alboreto (21s.), Johansson (26s.), Cheever (35s.), Patrese (42s.) et Boutsen (44s.).

 

22e: Les pneus des Ligier commencent à se dégrader, ce qui permet au trio Mansell – Prost - Piquet de regagner un peu de terrain.

 

24e: Senna est revenu à moins de cinq secondes de Piquet.

 

25e: Laffite mène devant Arnoux (1.4s.), Mansell (3.5s.), Prost (3.9s.), Piquet (4.9s.) et Senna (9.6s.). Suivent Alboreto, Johansson, Cheever et Patrese.

 

26e: Les écarts se réduisent en tête. Si Laffite tient bon, Arnoux est sous la menace directe du groupe Mansell – Prost - Piquet que Senna a maintenant en point de mire.

 

27e: Piquet surprend Prost et s'empare de la quatrième place. Puis, dans le virage à droite après le tunnel, Senna plonge à l'intérieur et double Prost à son tour. A la fin de cette boucle, Arnoux entre dans les stands pour changer de train de pneus.

 

28e: Laffite précède Mansell (5.6s.), Piquet (6.4s.), Senna (7.3s.), Prost (8.5s.) et Alboreto (23.5s.). Arnoux est reparti en septième position. Changements de pneus pour Fabi et Streiff.

 

29e: Laffite compte trois secondes d'avance sur Mansell, très menacé par Piquet et Senna. Prost a prudemment levé le pied. Arnoux prend la sixième place à Alboreto. Johansson observe son changement de pneus.

 

30e: Piquet déborde Mansell à Larned Street. Senna double ensuite le Britannique sous le tunnel. Prost s'arrête chez McLaren pour changer de gommes (9.6s.) et repart en cinquième position devant Arnoux. Berg renonce suite à un souci d'ordre électrique. Il était vingtième et dernier.

 

31e: Piquet rattrape aisément Laffite dont les pneus sont détruits et le dépasse à Congress Street. Puis Senna déborde la Ligier dans Larned Street. Deux Brésiliens occupent les deux premières places. Laffite s'arrête logiquement à son stand à la fin de ce tour. Patrese double Johansson.

 

32e: Prost dépasse Mansell. Doté d'un nouveau jeu de pneus, Laffite repart au sixième rang derrière Arnoux. Alboreto et Danner s'arrêtent pour changer d'enveloppes.

 

33e: Pris dans le trafic, Piquet et Senna se battent pour la première place. Mansell fait une halte chez Williams pour mettre des pneus neufs et repart au bout de douze secondes en septième position.

 

35e: Mansell dépasse Patrese qui a choisi d'effectuer une course « non-stop ». Jones revient à son garage et abandonne par la faute des pions de ses roues arrière qui se sont abîmés.

 

36e: Dumfries est victime d'une crevaison après avoir frotté un mur et regagne le stand Lotus pour mettre des Goodyear neufs.

 

37e: Comme Jones, Cheever est trahi par les fixations de ses roues arrière. Il heurte un muret et parcourt encore quelques mètres avant de renoncer.

 

38e: Boutsen et Warwick changent leurs gommes. L'Anglais de Brabahm est ralenti par des problèmes de freins.

 

39e: Piquet s'arrête pour changer de pneus. Hélas la roue avant droite se révèle récalcitrante et le double champion du monde ne repart qu'après dix-huit secondes d'immobilisation. Il ressort tout de même deuxième. Mansell rencontre toujours de graves problèmes de freins. Chaque virage est pour lui une épreuve. Il ouvre la porte à Johansson, Patrese et Alboreto.

 

40e: Senna effectue un deuxième changement de pneus en huit secondes. Il retrouve la piste onze secondes devant Piquet. Suivent Prost (13.2s.), Arnoux (13.7s.), Laffite (19.2s.) et Johansson (31s.). Fabi abandonne, boîte de vitesses bloquée.

 

41e: Piquet réplique à Senna et réalise le meilleur tour de la course: 1'41''233'''. Arnoux entame une belle remontée et prend la troisième place à Prost. Johansson renonce à cause d'une courroie d'alternateur brisée.

 

42e: Abordant le dernier gauche avant la chicane des stands, Piquet touche le trottoir à la corde, perd le contrôle de sa voiture et la fracasse contre le mur. Tout son côté droit est détruit. C'est l'abandon pour le Brésilien. Sa Williams est située à l'extérieur de la trajectoire, dans un position très inconfortable vue l'étroitesse de la piste, mais les commissaires sont incapables de l'évacuer.

 

43e: Mansell est de retour à la cinquième place après avoir dépassé Patrese et Alboreto. La Williams de Piquet est toujours sur la piste, abandonnée dans un virage sans visibilité. La dépanneuse chargée de la dégager est en panne !

 

44e: Arnoux se lance à la poursuite de Senna et lui reprend deux secondes. On croit à l'exploit dans le clan Ligier.

 

45e: Senna mène devant Arnoux (12s.), Prost (22s.), Laffite (30s.), Mansell (1m. 25s.), Alboreto (1m. 37s.) et Patrese (1m. 41s.). De Cesaris quitte la course après une panne de différentiel.

 

46e: Inexplicablement, les drapeaux jaunes disparaissent de la zone de la chicane alors que la Williams de Piquet est toujours sur le bitume ! Il est en effet stipulé dans le règlement qu'un drapeau jaune ne peut être agité pendant plus de cinq tours...

 

47e: N'apercevant plus de signalisation, Arnoux déboule à fond d'Atwater Street et découvre la Williams abandonnée ! Il fait un écart pour l'éviter mais heurte la glissière avec sa roue avant-droite et stoppe derrière l'épave. Comme le choc n'est pas violent, René enclenche la marche arrière pour contourner l'obstacle... lorsque surgit Boutsen qui l'emboutit par l'arrière ! Les deux hommes abandonnent. Arnoux est furieux contre les commissaires car il pensait pouvoir rattraper Senna.

 

48e: Senna mène avec plus de vingt-cinq secondes d'avance sur Prost et se dirige tranquillement vers la victoire.

 

50e: Senna précède Prost (33s.), Laffite (37s.), Mansell (1m. 39s.), Alboreto (-1t.), Patrese (-1t.), Dumfries (-2t.), Palmer (-2t.), Streiff (-2t.), Warwick (-3t.) et Danner (-3t.).

 

51e: Senna prend un tour à Mansell. Prost fait face au comportement erratique de son moteur TAG qui cale au freinage. Laffite remonte sur son compatriote et ami.

 

53e: Laffite est désormais dans les échappements de Prost.

 

55e: Laffite dépasse Prost qui n'a pas exprimé de résistance. Le prudent Forézien essaie simplement de terminer la course. Alors bon dernier, Danner renonce avec un boîtier électronique hors d'usage.

 

58e: Mansell doit sans cesse pomper ses freins et, déconcentré, tire tout droit dans une échappatoire. Il parvient à repartir mais a entretemps perdu la quatrième place au profit d'Alboreto.

 

60e: Senna devance Laffite (44.2s.), Prost (47.4s.), Alboreto (-1t.), Mansell (-1t.) et Patrese (-1t.).

 

61e: Alboreto est plus rapide que le leader qui le laisse se dédoubler.

 

63ème et dernier tour: Ayrton Senna remporte son deuxième Grand Prix de la saison. Laffite termine deuxième et confirme son retour au plus niveau, ainsi que celui de l'équipe Ligier-Gitanes. Avec Lotus et Ligier, le moteur Renault réalise un beau doublé en terre américaine. Prost sauve la troisième place après une course difficile. Alboreto finit quatrième, Mansell cinquième. Patrese termine sixième et inscrit le deuxième point de la Brabham BT55. Suivent Dumfries, Palmer, Streiff et Warwick.

 

Après la course

Malgré une crevaison, Ayrton Senna est donc le roi de Détroit et reprend le commandement du championnat du monde à Alain Prost. Une façon pour lui de venger le Brésil, battu au football la veille par la France... Il conclut son tour d'honneur en brandissant son drapeau national. Il fait si chaud dans le Michigan que les cockpits se sont transformés en étuves. Senna, dont la condition physique n'est toujours pas parfaite, engloutit plusieurs bouteilles d'eau. Très calme, il révèle qu'il a failli heurter lui aussi la Williams abandonnée de Piquet et dénonce l'amateurisme des organisateurs: « Ce qui est arrivé est scandaleux, criminel. On ne laisse jamais une F1 abandonnée sur la trajectoire. Un danger colossal... »

 

Nelson Piquet ne se pardonne pas sa faute de pilotage. Le Carioca broie du noir. Depuis sa victoire brésilienne, trois mois plus tôt, il n'a inscrit que dix points... De leur côté, Nigel Mansell et Alain Prost se satisfont d'inscrire des points avec des machines défaillantes.

 

Très déçu, René Arnoux reconnaît avoir commis une erreur mais ne digère pas son élimination. « C'est garanti: je pouvais gagner... » maugrée-t-il. Jacques Laffite achève son 174ème Grand Prix à bout de forces mais grimpe sur le trente-deuxième podium de sa carrière. Le « vieux » exulte comme un gamin. « Un belle blague, hein ? » lance-t-il à ses amis. « Je suis mort... Je suis tellement fatigué que j'en ai oublié mon anglais... » Toutefois, lorsqu'on évoque son dépassement « à la hussarde » sur son équipier, Laffite se renfrogne: « J'étais plus rapide que René, je ne voyais aucune raison pour qu'il m'empêche de passer. Il aurait quand même dû faire gaffe... » Pas de quoi néanmoins gâcher la joie de l'écurie vichyssoise. C'est le lendemain que Guy Ligier pique une ses formidables colères: dans le quotidien L'Équipe, Renault a publié un vaste encart publicitaire célébrant la victoire de Senna et de Lotus... mais passant sous silence la seconde place de Laffite ! Ligier froisse le journal de rage. Sa décision est prise: en 1987, il aura un autre fournisseur de moteurs...

 

Senna (36 points) reprend donc la première place du championnat du monde devant Prost (33 pts) et Mansell (29 pts). Chez les constructeurs, Williams-Honda n'a plus qu'une petite longueur d'avance sur McLaren-TAG-Porsche.

Tony