Thierry BOUTSEN
 T.BOUTSEN
Arrows BMW
Elio De ANGELIS
 E.De ANGELIS
Lotus Renault
Patrick TAMBAY
 P.TAMBAY
Renault

407e Grand Prix

V Gran Premio di San Marino
Couvert
5 mai 1985 - Imola
60 tours x 5.040 km - 302.400 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Ayrton Senna et Alain Prost vont se battre pour la victoire, mais c'est Elio de Angelis qui récolte les lauriers.

Ferrari sur le pied de guerre

« A Imola, plus que n'importe où ailleurs, il y a Ferrari et le reste du monde », commente le journaliste Pino Allievi de la Gazzeta Dello Sport. Et effectivement, la ferveur qui entoure la Scuderia est chaque année plus intense sur cette piste située à cent kilomètres de Maranello. Tous ceux qui ont un jour touché le volant d'un bolide rouge s'en rendent compte. Patrick Tambay est ainsi très entouré ; les tifosi n'ont pas oublié sa victoire de 1983. René Arnoux a tenu à faire le déplacement en compagnie de son ami Jean-Michel Schoeler, un homme d'affaires influent. Assailli de toutes parts, le gars de Pontcharra demeure très populaire auprès des Italiens et serre des centaines de mains durant tout le week-end. Cela ne fait qu'accroître son amertume. René parle peu et soupire souvent en voyant rouler ses camarades. Il est faire pour être un acteur et non un spectateur...

 

Enzo Ferrari exige un bon résultat de ses troupes, et a ordonné pour cela de longues séances d'essais à Fiorano et à Imola. La 156 est profondément remaniée depuis Estoril. Sur le plan aérodynamique, elle est munie de sabots et de déflecteurs de style Lotus. La Scuderia devait en outre présenter un nouveau V6 suralimenté à double étage, soit deux turbos par rangée de cylindres, les premiers soufflant dans les seconds, ce qui permet d'accroître la puissance et de réduire le temps de réponse, la pression de suralimentation et la température d'air. Malheureusement, les essais menés à Fiorano ont dévoilé aussi bon nombre de désagréments : le moteur est trop lourd et l'équilibre entre les deux étages est mal déterminé. Par prudence, l'ingénieur Tomaini a préféré mettre de côté ces V6 pour Imola. Néanmoins, un nouveau dispositif d'injection d'eau est étrenné.

 

Présentation de l'épreuve

Keke Rosberg s'est cassé un os du pouce dans sa sortie de route à Estoril. Frank Williams a demandé à René Arnoux de le remplacer, mais le Grenoblois refuse de jouer les intérimaires. Rosberg est donc présent, suivi comme son ombre par un masseur. Dur au mal, Keke n'envisage pas une seconde de renoncer. Chez Lotus, de Angelis reçoit le premier moteur Renault EF15 « client ». Dans l'équipe au Losange, c'est Warwick qui hérite du nouveau bloc. Alfa Romeo apporte quatre châssis munis de l'injection électronique Motronic Bosch qui malheureusement ne fonctionnera pas. Les Ligier JS25 arborent des sabots « ducarougiens » sur les pontons mais demeurent dramatiquement lourdes.

 

Osella lance sa nouvelle FA1G/85, plus petite que sa devancière. Elle possède une carrosserie mono-pièce qui, trop fragile, plie sous la pression de l'air ! Ghinzani préfère se rabattre sur la FA1F. Mauro Baldi hérite d'un nouveau châssis Spirit repeint en bleu-blanc-rouge. Minardi a reçu le V6 Motori Moderni conçu par Carlo Chiti. Délivrant 720 chevaux à 11 300 tours/minute, il possède une injection semi-électronique Lucas-Ferrari.

 

Les qualifications

Du fait des nombreux embouteillages créés par ce circuit parsemé de chicanes, beaucoup de pilotes disputent ces séances avec des pneus de course de tendres, aptes à tenir plusieurs tours, contrairement aux pneus de qualification qui s'effondrent après deux boucles.

 

Senna réalise sans coup férir sa deuxième pole position, et ce bien que de son propre aveu il n'aime pas ce circuit. De Angelis décroche le troisième temps avec le nouveau moteur Renault EF15. Chevalier sans peur et sans reproche, Rosberg roule à fond malgré son pouce fracturé et ne manque la pole que pour un dixième de seconde ! Il partira en première ligne aux côtés de Senna. Son compère Mansell se contente du septième temps après avoir été gêné par Hesnault dans son tour le plus rapide. Vendredi soir, Alboreto avait de bons espoirs d'obtenir la pole, mais une rupture d'un collecteur d'échappement le relègue au quatrième rang. Johansson a rencontré une série de pépins mécaniques et se contente du quinzième chrono. Avant le début de la saison, les Arrows-BMW ont brillé ici en essais libres. Elles confirment leur potentiel : Berger est dixième, Boutsen cinquième, « premier des francophones ! » exulte son ami le journaliste Pierre Van Vliet. « Ici les virages sont lents et ne nécessitent pas beaucoup d'appui, et les Arrows se comportent très bien dans ces conditions, déclare le Bruxellois pour expliquer sa performance. Le problème reviendra sur les circuits rapides où il faut beaucoup d'appui... »

 

Chez McLaren, il est maintenant admis que le V6 TAG n'accepte pas un surcroît de pression de suralimentation en qualifications. Prost et Lauda se classent respectivement sixième et huitième. Les Brabham-BMW sont toujours les plus rapides à l'accélération mais les pneus Pirelli manquent d'adhérence. Piquet use de tout son brio pour arracher la septième position. Quant au pauvre Hesnault (vingtième), ses jours chez Brabahm paraissent comptés.... Les Renault (Tambay 11ème, Warwick 14ème) sont repoussées dans le ventre mou du peloton. Du côté d'Alfa, Cheever (12ème) et Patrese (18ème) sont contraints d'abandonner l'injection électronique Bosch pour le boîtier traditionnel Spica. Les Ligier-Renault (de Cesaris 13ème, Laffite 16ème) sont comme les Brabham ralenties par les Pirelli. Palmer réalise un très beau 17ème temps au volant de la Zakspeed. On a aussi le sourire chez Minardi : Martini (19ème) n'a pas déploré une seule panne sur son V6 Motori Moderni. Les RAM-Hart (Alliot 21ème, Winkelhock 23ème) déçoivent et côtoient l'Osella de Ghinzani (22ème), la Spirit de Baldi (26ème) et les Tyrrell de Bellof (24ème) et Brundle (25ème). Ce dernier est sorti indemne d'une très violente sortie de route survenue dans la courbe de Tosa.

 

Le Grand Prix

Il pleut avant la course sur le circuit de l'Émilie-Romagne, mais la piste est parfaitement asséchée au moment du départ. Le Grand Prix se courra sous un ciel tout gris. Toutefois cette situation complique les prévisions de consommation de carburant et de gommes car la pluie a nettoyé la piste, ce qui promet un rythme de course soutenu. La consommation d'essence sera donc plus élevée que prévue et le vainqueur sera sans doute celui dont le moteur sera le plus frugal. En ce qui concerne les pneus, Pirelli propose à ses clients la gamme 3 (tendres) tandis que chez Goodyear on chausse des B tendres et des AA « en bois » à l'arrière-droit. Palmer renonce à prendre le départ car son moteur quatre cylindres Zakspeed n'a pas cessé de ratatouiller durant le warm-up.

 

Départ: Les Lotus démarrent comme des flèches. Senna conserve la première place, suivi par de Angelis. Rosberg s'élance avec précaution pour ne pas caler et se fait aussi dépasser par Alboreto et Prost.

 

1er tour: Senna mène devant de Angelis, Alboreto, Prost, Rosberg, Mansell, Lauda, Cheever, Boutsen et Piquet.

 

2e: Les deux Lotus se détachent tandis que Prost menace Alboreto. Piquet et Boutsen dépassent Cheever.

 

3e: Piquet est très véloce grâce à ses pneus tendres et dépasse Lauda.

 

4e: Les Lotus sont désormais menacées par le duo Alboreto - Prost. Lauda repasse Piquet tout en se rapprochant de Mansell. Petite sortie de route de Warwick à Piratella. Bellof revient aux stands à cause d'un problème de moteur.

 

5e: Lauda et Piquet dépassent Mansell. Patrese est éliminé par une casse de turbo. Berger est aussi immobilisé suite à une panne d'allumage. Rencontrant d'énormes soucis de tenue de route, Baldi stoppe chez Spirit pour changer de pneus.

 

6e: Lauda dépasse Rosberg. Son moteur ayant serré, Hesnault est envoyé en tête-à-queue à Tosa. Il peut se redresser grâce aux commissaires mais rentre au ralenti à son stand. C'est également terminé pour Bellof dont le moteur Ford-Cosworth a avalé une soupape.

 

7e: Senna, de Angelis, Alboreto et Prost se tiennent en quelques secondes. Piquet double Rosberg.

 

8e: Prost attaque Alboreto au virage Villeneuve, sans succès. Il retente sa chance par l'intérieur dans la montée qui suit Tosa, mais l'Italien le tasse peu élégamment dans le gazon et l'oblige ainsi à lever le pied. Ainsi contraint d'allonger ses pas, Alboreto se rapproche de de Angelis.

 

9e : De Angelis s'aperçoit que la pression de suralimentation de son moteur EF15 baisse. Comme il connaît mal celui-ci, il préfère ne pas user de sa molette de réglage et diminue son rythme en conséquence.

 

10e : Senna est premier devant de Angelis (1.3s.), Alboreto (1.9s.), Prost (2.1s.), Lauda (7.9s.), Piquet (12.3s.), Rosberg (18.8s.), Mansell (24s.), Cheever (24.2s.), Boutsen (24.6s.), Johansson (25s.), de Cesaris (27.3s.) et Tambay (32.6s.).

 

11e: Alors qu'il est toujours menacé par Prost, Alboreto déborde de Angelis à Tosa. Johansson apparaît au neuvième rang après avoir dépassé Boutsen. Piquet a effectué une belle remontée grâce à ses pneus tendres, mais ceux-ci sont déjà abîmés. Le Brésilien s'arrête pour chausser un jeu d'enveloppes plus dures et ressort en treizième position. De Cesaris stoppe chez Ligier pour effectuer la même opération.

 

12e: Prost déborde de Angelis sans difficulté après Tamburello. A Tosa, de Cesaris s'aperçoit qu'il n'a plus de freins et fonce droit dans le mur de pneus. Le jeune Romain sort indemne de sa monoplace mais il ne peut s'en prendre qu'à lui-même : il a oublié de pomper après son changement de pneus et son liquide de freins s'est ébouillanté.

 

13e: Johansson et Boutsen doublent Cheever.

 

14e: Prost menace toujours Alboreto. Très rapide, Johansson dépasse Mansell. Relégué à cinq tours, Baldi s'arrête à la Variante Alta avec un capteur d'injection cassé.

 

15e: Senna garde Alboreto et Prost à distance. Lauda remonte très rapidement sur de Angelis. L'Italien mène un train de sénateur afin de ménager sa consommation d'essence.

 

16e: Après avoir dépassé Brundle dans Tamburello, Prost tente de s'infiltrer à l'extérieur pour surprendre Alboreto dans la courbe Villeneuve, mais il échoue. Ghinzani est aux stands pour dégripper sa boîte de vitesses. Martini abandonne à cause d'une wastegate cassée.

 

17e: Lauda dépasse de Angelis et se lance aux trousses du trio de tête. Beaucoup plus loin, Boutsen et Cheever butent sur le bouchon Mansell.

 

18e : Alboreto et Prost sont désormais dans le sillage de Senna.

 

19e: Lauda remonte sur les trois leaders au rythme de trois à quatre dixièmes par boucle. Johansson double Rosberg et se retrouve sixième. Les tifosi encouragent bruyamment le jeune Scandinave.

 

20e : Senna précède Alboreto (0.9s.), Prost (2s.), Lauda (6.6s.), de Angelis (12.8s.), Johansson (31.1s.), Rosberg (33.7s.), Mansell (48.7s.), Boutsen (49.3s.), Cheever (50.2s.), Piquet (53.2s.) et Tambay (57.5s.).

 

22e : Alboreto tente de surprendre Senna, sans résultat.

 

23e: Prost déborde Alboreto à Tosa mais de nouveau l'Italien résiste. Le Français retente sa chance dans la descente vers Rivazza et cette fois son adversaire doit s'incliner.

 

24e: Alboreto ralentit et se fait aussitôt doubler par Lauda. Au même instant le moteur de Laffite prend feu et le Français s'arrête en catastrophe dans le gazon. Rosberg abandonne suite à une panne de commande d'accélérateur. Warwick effectue un tête-à-queue à cause d'une crevaison, puis regagne ensuite les stands pour changer de roues.

 

25e: Alboreto est revenu aux stands. Ses mécaniciens tentent de réparer son système électrique défectueux et changent la platine d'allumage. Ghinzani retrouve la piste avec onze tours de retard.

 

26e: Alboreto disparu, Senna espérait semer Prost, mais son avance sur le Français n'est que d'une une seconde et demie.

 

27e: Alboreto reprend la piste avec des pneus Goodyear neufs. Il occupe la quatorzième position.

 

28e: Prost est dans les roues de Senna. Lauda rencontre des problèmes de boîte de vitesses et perd de précieuses secondes. Alboreto est de retour aux stands, cette fois-ci pour faire recharger sa batterie. Alliot est au ralenti, moteur fumant suite à la rupture de son réservoir d'huile.

 

29e: Winkelhock renonce avec un moteur cassé.

 

30e : Senna précède Prost (0.3s.), Lauda (12s.), de Angelis (17s.), Piquet (58.1s.), Mansell (1m. 14s.), Boutsen (1m. 15s.), Cheever (1m. 16s.) et Tambay (1m. 26s.).

 

31e: Prost attaque Senna à Tosa, sans succès.

 

32e: Prost harcèle Senna qui ferme toutes les portes pour l'empêcher de passer.

 

33e: Prost déborde Senna par l'extérieur avant Tosa, mais le Brésilien garde la corde et la première place. Relégué en treizième position Alboreto signe le meilleur tour en course: 1'30''961'''.

 

34e: Les deux leaders reviennent sur Tambay. Si celui-ci laisse passer Senna, il attend plusieurs virages pour s'effacer devant Prost. C'est terminé pour Alboreto dont l'alternateur est hors d'usage.

 

35e: A cause de Tambay, Prost a perdu deux secondes sur Senna. Se fiant aux informations fournies par son ordinateur de bord, il décide de lever le pied pour ménager de l'essence. Lauda part en tête-à-queue dans la chicane qui précède les stands et laisse filer de Angelis. Il redémarre mais la centrale de gestion du TAG-Porsche est de plus en plus déficiente.

 

36e : Voyant que Prost ralentit, Senna en fait autant. Mais contrairement à la McLaren la Lotus est dépourvue d'ordinateur embarqué. Senna n'a donc pas de renseignements sur sa consommation et ne peut qu'espérer tenir le coup...

 

37e: Johansson, dont la Ferrari tourne comme une horloge, dépasse Lauda. Le Suédois n'est qu'à vingt secondes de Senna.

 

39e: Mansell manque une vitesse à la sortie d'Acque Minerale et laisse ainsi passer Boutsen et Cheever qui le suivaient depuis le départ. L'Anglais donne désormais priorité à la consommation et renonce à les poursuivre.

 

40e : Senna est toujours en tête. Suivent Prost (3.1s.), de Angelis (15s.), Johansson (17s.), Lauda (28.9s.), Piquet (1m. 20s.), Boutsen (1m. 32s.), Mansell (-1t.), Cheever (-1t.) et Tambay (-1t.).

 

42e: Johansson est désormais sur les talons de de Angelis.

 

43e: Prost concède désormais sept secondes à Senna. Warwick est au stand Renault pour faire refixer une sonde de capteur de pression électronique.

 

45e: Senna compte huit secondes d'avance sur Prost. Boutsen prend la sixième place à Piquet. Le Belge est l'un des hommes les plus rapides en cette fin de course.

 

46e : Senna précède Prost (8.5s.), de Angelis (15.3s.), Johansson (16. 4s.), Lauda (49.1s.) et Boutsen (-1t.).

 

47e: Johansson est toujours bloqué derrière de Angelis.

 

49e: De Angelis et Johansson reviennent sur Boutsen et Piquet, en bagarre pour la sixième place.

 

50e: A l'abord de la courbe Villeneuve, Piquet déborde Boutsen. Ralenti par ce dernier, de Angelis est attaqué par Johansson qui se faufile par l'extérieur à Tosa. A la sortie de la courbe, le Suédois est cependant gêné à son tour par l'Arrows qui a gardé sa trajectoire. De Angelis tente de le coincer vers l'extérieur, mais Johansson oblique vers la gauche et contraint son rival à s'écarter. Il s'empare ainsi de la troisième place, à la grande joie des tifosi.

 

52e: Johansson remonte désormais sur Prost au rythme de plusieurs secondes récupérées par tour. Piquet prend la cinquième place à Lauda. Cheever abandonne, moteur cassé. Il cède la neuvième place à Tambay.

 

53e: Boutsen déborde Lauda qui roule quasi au ralenti afin d'économiser de l'essence.

 

54e: Johansson déborde Prost dans la courbe Villeneuve. Le Français n'a absolument pas résisté, se préoccupant uniquement de la quantité d'essence restant dans son réservoir.

 

55e: Senna compte neuf secondes d'avance sur Johansson. Toutefois, à cinq tours du but, personne ne sait si les pilotes auront assez de carburant pour terminer l'épreuve.

 

56e : Senna devance Johansson (9.1s.), Prost (11.9s.), de Angelis (14.9s.), Piquet (-1t.), Boutsen (-1t.), Lauda (-1t.), Tambay (-1t.), Mansell (-2t.) et Brundle (-4t.)

 

57e: A la sortie de Rivazza le moteur de Senna cahote, faute d'essence ! Le Brésilien laisse passer Johansson qui prend ainsi la tête de l'épreuve. La foule hurle de joie dans les tribunes.

 

58e: Tandis que Senna s'arrête sous les vivats de la foule, Johansson ralentit à son tour à Acque Minerale. Dans sa folle remontée, le jeune Suédois a oublié de surveiller sa jauge d'essence et celle-ci est au plus bas. C'est terminé pour lui. Prost récupère la première place.

 

59e: Prost mène devant de Angelis et Piquet. Mais ce dernier est également à sec et doit bientôt s'arrêter dans le gazon. Du coup Boutsen récupère la troisième place devant Tambay qui a doublé un Lauda toujours aussi lent.

 

60ème et dernier tour: Alain Prost parcourt cette dernière boucle à vitesse très modérée, n'ayant rien à craindre de de Angelis, relégué à plusieurs dizaines de secondes. Il coupe la ligne d'arrivée en vainqueur avant de tomber à sec dans son tour d'honneur. De Angelis termine deuxième et dépasse Boutsen, relégué à un tour et en panne d'essence sur la ligne d'arrivée. Le pilote Arrows ne s'en laisse pas compter: il dégrafe son harnais, sort de sa machine et la pousse jusqu'à la ligne de chronométrage. Il sauve ainsi la troisième place, suivi par Tambay, Lauda, Mansell, Brundle, Warwick et Ghinzani.

 

Après la course: Prost disqualifié

Alain Prost a mené une course extrêmement intelligente, attaquant quand il le fallait et sachant ralentir au moment opportun pour ménager sa consommation. Mais à peine est-il descendu du podium que le reporter Yvan Médecin de Radio Monte-Carlo lui annonce que sa McLaren serait trop légère. Prost rejoint Ron Dennis et John Barnard au contrôle de pesée. Après trois examens, le verdict tombe : la MP4/2B pèse seulement 536 kilos, soit quatre de moins que le poids réglementaire. C'est la disqualification ! « Avoir le pied léger et la tête froide ne sert à rien... » soupire le pilote français.

 

Du coup, la victoire revient à Elio de Angelis qui n'a pourtant pas mené un seul tour ! Thierry Boutsen se classe deuxième et est le premier Belge à terminer dans les trois premiers depuis Jacky Ickx au GP d'Espagne 1975. C'est en outre le premier podium d'une Arrows depuis quatre ans. Huitième à trois tours du but, Tambay se retrouve sur la troisième marche du podium pour la deuxième fois d'affilée. Lauda est quatrième et inscrit ses trois premiers points de la saison. Mansell est de nouveau cinquième devant Johansson qui est récompensé de sa combativité par un petit point.

 

Elio de Angelis reçoit ces lauriers quelque peu chanceux avec son élégance habituelle : « J'aurais aimé battre Alain à la régulière plutôt que comme ça. Mais je n'ai pas eu le choix... » Le champagne coule à flots chez JPS-Lotus. Peter Warr exulte : « Ayrton Senna a confirmé Estoril, il a résisté à Prost sans commettre d'erreur. Elio s'est montré égal à lui-même, expérimenté et talentueux, régulier et bon finisseur. Je veux former avec eux un tandem comme Lauda – Prost en 1984... » Le vainqueur célèbre son succès avec les siens au cours d'un grand dîner à l'hôtel Résidence de Bologne. Le plateau d'argent qui récompensait sa seconde place initiale sert de couvert à petits fours... « Ce que je suis devenu, révèle de Angelis, je le dois à Colin Chapman. Il m'a appris à ne jamais désespérer. » Comme l'écrit joliment le journaliste Renaud de Laborderie, « ce prince romain à la délicatesse de l'âme. »

 

Loin de cette fête, Ayrton Senna ravale sa déception. Ce jeune homme a une soif insatiable de victoire. Il était le meilleur aujourd'hui et cette panne sèche survenue à quatre tours du but le mortifie : « Une victoire ratée bêtement... » soupire-t-il. Selon lui, il avait pourtant assez de carburant pour rallier l'arrivée. Il est persuadé d'avoir été victime d'un dérèglement de sa platine d'injection ou de sa pompe à essence. Il tance Gérard Ducarouge et ses mécaniciens, et veut connaître la raison exacte de cet incident. A l'instar de Prost, Senna est un esprit tourmenté par le virus de la perfection. Le moindre détail attire son attention, la moindre anomalie le chagrine. Et lorsque comme ce jour-là elle le fait trébucher de la première marche du podium, une sourde colère l'envahit. Pour lui, seule la victoire est belle.

 

Pour que son bonheur soit complet, de Angelis s'installe au commandement du championnat du monde avec 16 unités. Il précède Alboreto (12 pts) et Tambay (10 pts). Prost reste scotché aux neuf points de sa victoire brésilienne. Chez les constructeurs Lotus-Renault conforte sa première place avec vingt-cinq points, neuf de mieux que Ferrari.

Tony