Michele ALBORETO
 M.ALBORETO
Ferrari
Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche
Jacques LAFFITE
 J.LAFFITE
Ligier Renault

412e Grand Prix

XXXVIII British Grand Prix
Couvert
21 juillet 1985 - Silverstone
65 tours x 4.719 km - 306.735 km
Course prévue pour 66 tours, stoppée par erreur au 65e tour.
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Alboreto, Prost, de Angelis: trois hommes, trois états d'esprit à mi-parcours

A mi-parcours, Michele Alboreto et Ferrari paraissent confortablement installés en tête des deux championnats. Mais le contexte ne leur est plus aussi favorable que quelques semaines plus tôt. Au printemps, Alboreto semblait avoir la combinaison gagnante de ce championnat: une voiture fiable, stable et un moteur très puissant. Depuis le Grand Prix de France, cette harmonie est bousculée. Au Castellet, première étape de la période estivale des circuits rapides, la Ferrari manquait dramatiquement d'adhérence et de puissance. Qui pis est Alboreto a été trahi par son moteur... La cause est entendue : le V6 turbo italien ne pourra pas rivaliser avec les blocs Honda et BMW. Pour au moins tenir tête au Renault et au Porsche, il faudra user davantage de la pression de suralimentation... et donc solliciter davantage la mécanique. Alboreto sait que le titre mondial s'obtiendra à ce prix.

 

Pour cette seconde partie de saison, la stratégie d'Alain Prost est claire. Il n'a nulle besoin de disputer la pole position aux véritables missiles que sont devenues les Williams-Honda, Brabham-BMW et Lotus-Renault. Ces écuries utilisent des « moteurs-kleenex », monstres conçus pour résister seulement deux ou trois tours à des puissances invraisemblables de plus de mille chevaux. Chez McLaren et Porsche, on privilégie l'équilibre et la fiabilité. Avec des fortunes diverses: si Prost n'a pas connu une seule panne en course en 1985, le pauvre Lauda en totalise déjà cinq...

 

Elio de Angelis n'a que cinq points de retard sur Alboreto mais il ne songe plus à la couronne mondiale. En effet, l'atmosphère se crispe au sein du JPS Team Lotus. Depuis quatre ans, de Angelis était le maître à Ketteringham Hall, ayant peu à craindre d'un Nigel Mansell courageux mais brouillon. L'irruption d'Ayrton Senna a mis un terme à sa faveur. Certes l'Italien est intelligent, rapide et très régulier (il a fini tous les Grands Prix dans les points depuis le début de la saison). Mais ce diable de Senna le lamine aux essais et en course. Le jeune Brésilien allie un talent inouï à une incroyable sensibilité technique. Nul détail de sa 97 ne lui échappe. Il sait analyser à la perfection le comportement de chaque composant, ce qui lui permet de l'améliorer promptement et de signer d'excellents chronos en un minimum de temps. Malgré son talent, de Angelis lui rend régulièrement plus d'une seconde au tour. Par ailleurs, Senna suscite très justement l'admiration de Peter Warr et de Gérard Ducarouge. En quelques semaines, il est parvenu à s'attirer la sympathie de toute l'équipe et à marginaliser de Angelis. Ce dernier ronge son frein et soupire contre celui qu'il surnomme « le petit Machiavel ». A mi-saison, il a bien assimilé que l'un d'eux était de trop chez Lotus...

 

Multinationale de l'automobile cherche repreneur...

Georges Besse est résolu à « privatiser » l'écurie Renault de Formule 1, c'est-à-dire à trouver un commanditaire qui en assurerait la majorité du financement. Il a ainsi contacté Michel Pecqueur, le président d'Elf-Aquitaine, pour lui demander si sa firme accepterait de prendre une part majoritaire dans le team. Le coût s'élèverait à dix millions de dollars. En ces temps de crise économique, c'est trop, beaucoup trop. Elf se récuse. Gérard Toth contacte alors plusieurs agences publicitaires, sans plus de succès. Le temps presse: le président Besse a fixé l'échéance de réponse au 26 août. En attendant, il continue de liquider le superficiel: l'équipe cycliste Renault-Elf-Gitanes est ainsi dissoute sans autre forme de procès au lendemain du Tour de France.

 

Si l'écurie Renault-Elf est menacée, il n'en va pas de même a priori de la section moteur qui dépend de Renault-Gordini, donc de Bernard Dudot. Mais si les V6 français sont performants, leur prix est de plus en plus élevé, ce dont se plaignent Gérard Ducarouge (Lotus) et Gérard Larrousse (Ligier). « Nous nous trouvons actuellement devant un problème assez étonnant, explique Larrousse. Dans un moteur turbo, les équipements coûtent aussi cher que le moteur lui-même. A l'heure actuelle, avec les échangeurs d'air qui coûtent une fortune, les turbos qui sont ruineux, l'électronique aussi, le moteur lui-même représente un peu moins de la moitié du prix total. »

 

Turbos: Balestre s'alarme

Jean-Marie Balestre s'est ému dans la presse des performances hallucinantes fournies par les moteurs turbocompressés au Castellet. Selon ce chantre de la sécurité, les accidents de Mansell et de Senna sonnent comme des avertissements. Il propose de réduire la cylindrée des moteurs à 1200 cm3 dès 1986. Il sait qu'il risque de se heurter à l'opposition farouche de la FOCA. Les motoristes n'auront en effet jamais le temps d'élaborer de nouveaux moteurs en neuf mois. Le président de la FISA aura besoin de contourner la règle de l'unanimité stipulée dans les Accords Concorde, mais il affirme que ceux-ci sont caducs depuis fin 1984. Plus précisément, il a accepté leur prorogation jusqu'à 1988, à condition de supprimer cette fameuse clause.

 

Comme d'habitude, Balestre bombe le torse pour faire croire qu'il est le vrai potentat de la Formule 1. En réalité, l'affaire se réglera une nouvelle fois sur un coin de table entre lui-même, Bernie Ecclestone et Marco Piccinini...

 

Présentation de l'épreuve

A Silverstone, Frank Williams confirme la présence de Nigel Mansell dans son équipe en 1986... mais pas celle de Keke Rosberg. Celui-ci lorgnerait sur le baquet de Niki Lauda chez McLaren. Le triple champion du monde devrait en effet se retirer à la fin de l'année, ou du moins quitter Marlboro-TAG. Mais Rosberg n'est pas seul sur les rangs. Le jeune prodige Stefan Bellof est un candidat potentiel car il conduit déjà pour Porsche en Protos. Mais « l'homme qui change de vitesses plus vite que son ombre » est très courtisé. Certaines rumeurs en provenance d'Italie l'annonce chez Ferrari la saison prochaine. Bellof aurait un rendez-vous avec le Commendatore noté dans son agenda...

 

L'indestructible Mansell est remis de son accident du Castellet et pourra briller devant ses supporters. Les Williams arborent de nouvelles moustaches antérieures aux dérives latérales de grande taille. A noter que ce sont désormais les seuls bolides à ne pas utiliser de prises d'air de type « schnorkel ». Après les problèmes de tenue de route rencontrés en France, Ferrari fait machine arrière et les nouveaux châssis sont restés à Maranello. Brabham et Piquet testent un petit ordinateur capable d'enregistrer l'intégralité des informations concernant le moteur, mais malheureusement la durée de vie de sa batterie n'est que de trente minutes... Derek Warwick reçoit sa propre RE60B. On ne trouve aucune nouveauté sur les monoplaces françaises, si ce n'est des prises d'air pour turbos en forme de périscope que l'on aperçoit aussi sur les Lotus. Le mulet Zakspeed est pour la première fois muni d'une injection 100 % électronique fabrication maison, mais utilisant des injecteurs électromagnétiques Bosch. Enfin, la Tyrrell-Renault de Martin Brundle arbore les couleurs de la compagnie d'assurance Porchester.

 

Surprise dans le stand Alfa Romeo: les voitures de 1984 sont de retour. Du moins, revues et corrigées : « Nous avons seulement repris les suspensions avant de 84, avoue le directeur sportif Sandro Munari, car elles s'avèrent plus stables que les nouvelles dans les courbes rapides. Nous reviendrons aux dernières épures sur les tracés sinueux. » Seul Cheever conduira ici ce vieux modèle. L'affolement est perceptible chez Euroracing : Cheever et Patrese n'ont toujours aucun point au compteur...

 

Chez RAM, Winkelhock reçoit un châssis neuf et rigidifié. L'équipe de John Macdonald subit une épidémie de ruptures de moteurs qui contraint Winkelhock et Alliot à adopter des pressions de suralimentation dérisoires. Ces avaries coûtent une fortune à Macdonald qui envisage de jeter l'éponge. En tout cas, RAM n'est pas servie par Hart à l'égal de Toleman, puisqu'au contraire l'écurie d'Alex Hawkridge paraît mieux se porter...

 

Après la victoire de Piquet au Castellet, la guerre des pneus est relancée. Pirelli ne lésine pas sur les moyens et apporte à Silverstone sept types de gommes et 1500 enveloppes !

 

Les qualifications

Vendredi matin, la séance d'une heure trente d'essais libres est annulée car le ciel est trop couvert pour permettre à l'hélicoptère de sécurité de voler. L'après-midi, les qualifications sont lancées dans une certaine pagaille car les pilotes ont à peine eu le temps de régler leurs voitures. Rosberg se montre déjà le plus rapide et les records de 1983 volent en éclats.

 

Samedi, la piste est humide au début des essais et ce n'est qu'en fin de séance que les coureurs donnent leur pleine mesure. Ce circuit ultra-rapide sourit aux Williams-Honda et à leurs mille chevaux de cavalerie. Rosberg bat un record en s'adjugeant la pole à 259 km/h de moyenne, et devient ainsi le pilote le plus rapide de l'histoire de la F1. Il passe la barre des 160 mph longtemps jugée inaccessible. Son chrono d'1'05''591''' écrase la pole réalisée par Arnoux en 1983 (1'09''462''').

 

Piquet accompagne Rosberg en première ligne et confirme le retour au premier plan de l'association Brabham-BMW-Pirelli. Hélas son équipier Surer (15ème) a été ralenti par des ruptures de roulements de roue. Les McLaren sont performantes bien que leurs moteurs ne soient pas aussi puissants que les Honda ou les BMW. Prost se classe troisième et Lauda, gêné par Patrese dans un tour rapide, dixième. Les Lotus-Renault sont victimes de nombreux pépins techniques. Senna est tout de même quatrième. Huitième, de Angelis concède plus d'une seconde à son équipier. Le vaillant Mansell décroche une superbe cinquième place. Les Ferrari enregistrent une nette baisse de forme. Elles passent brutalement du sous-virage au survirage et manquent d'adhérence. Alboreto est sixième, Johansson onzième. De Cesaris loue les Pirelli de qualifications et obtient une très belle septième position. Laffite n'est que seizième mais affirme se réserver pour la course...

 

La Toleman a énormément progressé, parallèlement à l'injection électronique Hart selon certaines indiscrétions. Fabi s'adjuge un beau neuvième chrono. Les nouvelles Renault (Warwick 12ème, Tambay 13ème) manquent d'adhérence et sont une déception supplémentaire pour la firme au losange. Les Alfa Romeo modifiées ont cassé beaucoup de turbos. Patrese (13ème) a bouchonné plusieurs concurrents tandis que Cheever (22ème) n'a jamais pu bénéficier d'un tour clair. Les Arrows-BMW (Berger 17ème, Boutsen 19ème) sont cette fois-ci « aux fraises » à cause de plusieurs pannes de moteur et d'une adhérence précaire. Winkelhock parvient à glisser sa RAM-Hart entre elles, pendant qu'Alliot (21ème) a eu plus que sa part d'avaries. Brundle (20ème) poursuit son apprentissage du moteur turbo Renault. Martini, Palmer, Ghinzani et le valeureux Bellof, toujours muni d'un DFY Cosworth, ferment la marche.

 

Le Grand Prix

A 14 heures, une demi-heure avant le coup d'envoi, le ciel est gris et quelques gouttes tombent le circuit. Pas de quoi humidifier l'asphalte cependant. Dans le clan Ligier, Gérard Larrousse trépigne: Jacques Laffite a disparu ! Il ne réapparaît que vingt minutes avant le feu vert, tout guilleret, sortant d'on ne sait où. Larrousse passe un savon au fringant quadragénaire, soudain tout penaud.

 

De Angelis et Rosberg s'installent aux commandes de leurs voitures de réserve, le premier suite à une collision avec Martini lors du warm-up, le second à cause d'un souci de moteur. Fabi part aussi avec son mulet. Goodyear pose des pneus tendres C sur presque toutes ses voitures, excepté celle de Mansell qui a des B plus durs. Chez Pirelli, Piquet et les pilotes Ligier portent un mélange de pneus « médiums » et durs, tandis que Surer a des enveloppes rigides exclusivement.

 

Tour de formation : Brundle ne parvient pas à démarrer et demeure immobile. Heureusement, ses mécaniciens interviennent promptement et il peut finalement rejoindre ses camarades à temps.

 

Départ: A l'extérieur, Senna démarre comme une flèche, laisse Piquet sur place et prend l'avantage sur Rosberg à Copse. Suivent Prost, Mansell et Piquet. Tambay oublie de freiner et part en travers à la sortie de Copse. Il éperonne le flanc gauche de Johansson et perd aussitôt sa roue avant-droite. Celle-ci vole au-dessus de la piste et en tentant de l'éviter, Alliot accroche Ghinzani. Tambay, Ghinzani et Alliot sont hors course tandis que Johansson parvient à repartir. Mais son radiateur d'huile est percé et il arrose la piste... Lauda s'est dressé sur ses freins pour éviter le carnage et se retrouve en queue de classement.

 

1er tour: Rosberg se montre dans les rétroviseurs de Senna à Becketts. Puis, à Stowe, il attaque le Brésilien qui lui ferme la porte.. Mansell dépasse Prost au même endroit. Senna mène devant Rosberg, Mansell, Prost, de Cesaris, Piquet, Alboreto, de Angelis, Warwick et Fabi. Lauda est 19ème. Johansson rentre au stand Ferrari et renonce, moteur grippé.

 

2e: Prost tente de surprendre Mansell à Woodcote mais glisse sur l'huile répandue par Johansson. Il conserve la maîtrise de son véhicule, mais de Cesaris en profite pour s'emparer de la quatrième place. De Angelis double Alboreto. Lauda a déjà effacé trois pilotes.

 

3e: Le crachin a cessé. Rosberg se montre pressant derrière Senna. A quatre secondes se trouve un trio comprenant Mansell, de Cesaris et Prost. Piquet et de Angelis suivent à sept secondes. Alboreto est déjà distancé. Lauda dépasse Berger et Patrese.

 

4e: Senna et Rosberg s'envolent en tête de l'épreuve. Mansell n'est pas très rapide car ses pneus durs sont mal adaptés à cette piste huileuse. Fabi prend la neuvième place à Warwick. Lauda remonte comme une fusée et arrache la douzième place à Cheever.

 

5e: De Cesaris est l'homme le plus rapide en piste et prend la troisième place à Mansell. Fabi abandonne suite à une rupture de différentiel. Lauda déborde Surer puis Warwick.

 

7e: Le tandem Senna – Rosberg a dix secondes de marge sur de Cesaris. Prost dépasse Mansell. Palmer s'arrête dans l'herbe à cause d'un pignon de distribution cassé

 

8e: Prost se lance à la poursuite de de Cesaris. De Angelis prend la sixième place à Piquet.

 

9e: Prost dépasse de Cesaris par l'intérieur à Woodcote. Lauda remonte dans le peloton et prend la huitième place à Alboreto.

 

10e: Senna précède Rosberg (3.9s.), Prost (11.4s.), de Cesaris (13.2s.), Mansell (15.4s.), de Angelis (21.3s.), Piquet (23.1s.), Lauda (25.2s.), Alboreto (27.8s.), Warwick (35.3s.) et Berger (36.1s.).

 

11e: Rosberg choisit de lever le pied pour ne pas détruire ses pneus. Il ne peut pas suivre le rythme imprimé par Senna.

 

12e: Prost est maintenant le plus rapide et revient sur Rosberg qui a perdu le contact direct avec Senna.

 

13e: Prost n'est plus qu'à quatre secondes de Rosberg. De Angelis revient au stand Lotus, moteur coupé. Les mécaniciens s'affairent pour trouver l'origine de la panne. Lauda dépasse Piquet et se retrouve sixième.

 

15e: Senna mène devant Rosberg (8s.), Prost (9.1s.), de Cesaris (19s.), Mansell (23.1s.) et Lauda (25.8s.). Suivent Piquet, Alboreto, Warwick et Berger.

 

16e: Comme face à de Cesaris, Prost plonge à l'intérieur de Woodcote et déborde Rosberg.

 

17e: Senna précède Prost (9.5s.), Rosberg (10.5s.) et de Cesaris (20.1s.). Mansell entre aux stands à la fin de ce tour pour abandonner, embrayage explosé.

 

18e: Laffite dépasse Berger. Cheever renonce avec un turbo cassé après une fuite d'huile.

 

20e: Senna compte sept secondes d'avance sur Prost. Rosberg perd de la puissance à cause d'une tubulure d'échappement fêlée. Le moteur Honda est au bord de la rupture.

 

21e: Lauda prend la quatrième place à de Cesaris.

 

22e: A Copse le moteur de Rosberg part en fumée. C'est terminé pour le Finlandais. Lauda est troisième: en à peine vingt tours le triple champion du monde a gagné seize places.

 

23e: Senna est leader devant Prost (5s.), Lauda (23.9s.), de Cesaris (25.3s.), Piquet (41.5s.) et Alboreto (43s.). Suivent à près d'un tour Warwick, Laffite, Berger et Surer.

 

25e: Prost est à cinq secondes de Senna. Laffite est lancé aux trousses de Warwick.

 

26e: Alboreto se rapproche de Piquet qui roule prudemment car son ordinateur de bord est en panne. Il ne peut donc pas surveiller sa consommation d'essence.

 

28e: Alboreto prend la cinquième place à Piquet.

 

29e: Senna est gêné par Warwick et Laffite qui se battent pour le gain de la septième position.

 

30e: Senna précède Prost (2.1s.), Lauda (22s.), de Cesaris (42.5s.), Alboreto (1m. 01s.), Piquet (1m. 02s.), Warwick (-1t.), Laffite (-1t.), Berger (-1t.), Surer (-1t.), Boutsen (-1t.) et Brundle (-1t.).

 

31e: Senna ne compte plus qu'une seconde et demie d'avance sur Prost. Laffite prend par ailleurs la septième place à Warwick. Winkelhock abandonne suite à une panne de turbo.

 

32e: Senna joue de la pression de suralimentation pour résister à Prost.

 

34e: L'intervalle est stable entre Senna et Prost. Le Pauliste cesse de tourner sa molette de pression car cela pourrait lui coûter cher en fin de course... Il apparaît en effet que de nombreux pilotes pourraient ne pas avoir assez de carburant pour aller au bout.

 

35e: Ne commettant aucune faute malgré la pression, Senna parvient à garder Prost à une distance respectable d'une seconde.

 

37e: Prost tente de prendre l'aspiration à la sortie de Woodcote, mais Senna lui ferme la porte.

 

40e: Senna prend un tour à Piquet avant Woodcote. Le jeune Brésilien précède Prost (0.7s.), Lauda (25.9s.), de Cesaris (57.3s.), Alboreto (-1t.), Piquet (-1t.), Laffite (-1t.), Warwick (-1t.), Berger (-1t.) et Surer (-1t.).

 

41e: Senna double Alboreto tandis que Prost a du mal à se défaire de Piquet. Il ne s'en débarrasse qu'à Woodcote. A tour hasard, les mécaniciens de Lotus ont remis en route le V6 Renault de de Angelis... qui rugit parfaitement. Plus d'une demi-heure après avoir quitté son habitacle, le Romain reprend donc la piste.

 

42e: Prost efface Alboreto à Copse mais a perdu deux secondes dans les doublages d'attardés. Le jeune Senna s'est montré plus habile que lui. De Cesaris stoppe sa Ligier devant le muret des stands avec un embrayage grillé. Martini s'échoue quant à lui dans le gazon avec une rotule de suspension arrière cassée.

 

43e: Prost réplique à Senna et tourne son bouton de pression de turbo. Il signe le meilleur tour de la course: 1'09''886'''. Désormais dans les points, Laffite est parvenu à semer Warwick.

 

44e: Une seconde et demie entre Prost et Senna.

 

45e: Senna et Prost, seuls au monde, poursuivent leur ballet en tête de la course. Beaucoup plus loin, Surer met la pression sur les épaules de Berger.

 

47e: Toujours le même écart entre les leaders. Surer prend la huitième place à Berger.

 

48e: Senna réalise son meilleur chrono du jour (1'10''032'''). Prost s'aperçoit qu'il ne pourra pas le doubler sans augmenter encore sa pression de suralimentation. Craignant de tomber en panne sèche, il renonce donc à poursuivre le Brésilien.

 

49e: Senna porte son avance sur Prost à trois secondes.

 

50e: Senna est en tête devant Prost (3s.), Lauda (52.6s.), Alboreto (-1t.), Piquet (-1t.), Laffite (-1t.), Warwick (-1t.), Surer (-1t.), Berger (-1t.), Brundle (-1t.) et Boutsen (-1t.).

 

52e: Senna a trois secondes et demie d'avance sur Prost et paraît se diriger vers la victoire.

 

53e: Le moteur Renault de la Lotus de tête émet un bruit aigre-doux assez inquiétant... Laffite rattrape un Piquet toujours bridé par sa consommation.

 

54e: Alors que Senna semblait contrôler la course, son rythme se met à baisser.

 

56e: Senna a une seconde et demie d'avance sur Prost. Faute de posséder un compteur électronique, il ne sait pas qu'il n'a plus que quelques litres d'essence dans son réservoir...

 

57e: Le moteur de Senna s'enroue en passant devant les stands avant de repartir normalement. Les mines s'allongent chez Lotus.

 

58e: Prost est revenu derrière Senna et le déborde sans grande difficulté à Becketts. Plus loin, Laffite dépasse Piquet.

 

59e: Prost et Senna tombent sur Lauda, au ralenti dans Chapel. Le pauvre Autrichien, décidément très malchanceux, abandonne sur panne électronique. Prost est gêné par son équipier, et Senna en profite pour prendre l'aspiration et le déboîter à Stowe. Prost tente de reprendre sa place à Woodcote, mais les deux hommes sont gênés par Surer.

 

60e: Le moteur de Senna hoquette à nouveau en abordant Copse. Prost reprend le leadership sans coup férir. Le Brésilien décroche immédiatement et finit son tour au ralenti. L'accélérateur de Boutsen se coince à Becketts. L'Arrows tire tout droit dans l'herbe, mais fort heureusement n'heurte rien. Le Belge abandonne là sa voiture.

 

61e: Senna s'arrête devant les stands. A cause de la rupture d'un capteur, l'injection électronique s'est déréglée et la Lotus est tout bonnement tombée en panne d'essence. Du coup, Alboreto se retrouve deuxième devant Laffite. Prost est gêné par Surer mais il n'a rien à craindre: il possède au moins un tour d'avance sur tous les autres pilotes !

 

63e: Prost est en tête devant Alboreto (-1t.), Laffite (-1t.), Piquet (-1t.), Warwick (-1t.), Surer (-2t.), Berger (-2t.) et Brundle (-2t.).

 

64e: Brundle attaque Berger pour le compte de la septième place.

 

65ème et dernier tour: Les officiels commettent une erreur en agitant le drapeau à damiers avec un tour d'avance ! Alain Prost remporte le Grand Prix de Grande-Bretagne. Alboreto termine second malgré une Ferrari fort médiocre. Laffite finit troisième... et tombe en panne d'essence sitôt la ligne franchie ! Piquet est quatrième après avoir mené une course très monotone. Warwick termine au ralenti, harnais dégrafé pour faire avancer sa machine dont le réservoir est vide... Surer prend l'ultime point. Brundle a chipé la septième place à Berger dans les derniers mètres. Patrese termine neuvième tandis que Bellof affiche six tours de retard. Non classé, de Angelis concède vingt-huit tours du vainqueur !

 

Après la course

Warwick et Laffite peuvent remercier les officiels pour leur bêtise car si la course avait duré 66 tours comme prévu, ils n'auraient pas vu le drapeau à damiers... Pour « Jacquot » et Ligier, c'est le premier podium depuis la saison 1982. Une bonne occasion de faire la fête le soir même avec tous les « Bleus ».

 

Prost et Alboreto participent seuls à la cérémonie du podium. Tombé en panne à l'autre bout du circuit, Laffite n'a pas trouvé de « chauffeur » pour le ramener à temps. Prost a su une nouvelle fois bien maîtriser sa consommation d'essence et récolte les fruits de son intelligence tactique... et de la fiabilité de la McLaren. Alboreto pour sa part ne se voile pas la face : terminer second à un tour de Prost n'augure rien de bon quant à la suite du championnat...

 

Silverstone n'avait rien à l'origine d'une épreuve « gourmande » en essence. Et voici que la quasi-totalité des pilotes ont dû adopter un « train-train » monotone pour finir l'épreuve. La Formule 1 se transforme peu à peu en épreuve d'endurance et des voix commencent à s'élever pour s'en plaindre. Derek Warwick dresse ainsi un ironique tableau de son après-midi : « Belle course, non ? De l'intérieur, c'est beaucoup moins agréable. C'est tout de même dommage que nous soyons obligés de jouer la sécurité, de lever le pied pour économiser notre carburant. On doit trouver une solution rapide et efficace. A la Fédération de plancher sur notre problème ! Les courses sont complètement faussées. On en est arrivé à reproduire le style des 24 heures du Mans en Formule 1... »

 

Au championnat, Alboreto a sauvé les meubles mais voit Prost revenir à seulement deux points. Avec ce premier score vierge de l'année, de Angelis se retrouve relégué à onze longueurs. Ferrari conserve la tête du classement des constructeurs tandis que McLaren-TAG-Porsche prend la deuxième place à Lotus-Renault.

Tony