Michele ALBORETO
 M.ALBORETO
Ferrari
Alain PROST
 A.PROST
McLaren TAG Porsche
Elio De ANGELIS
 E.De ANGELIS
Lotus Renault

405e Grand Prix

XIV Grande Premio do Brasil
Ensoleillé
7 avril 1985 - Jacarepagua
61 tours x 5.031 km - 306.891 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Friction lors du départ entre Michele Alboreto et Nigel Mansell.

Présentation de la saison 1985

Suite à l'annulation du peu regretté Grand Prix de Dallas, la saison 1985 commence tardivement, le 7 avril, par le Grand Prix du Brésil sur le circuit de Jacarepaguá.

 

Les McLaren-TAG-Porsche de Niki Lauda et d'Alain Prost ont remporté douze des seize Grands Prix disputés en 1984. Elles font donc peur à tout le paddock. Comme à son habitude, John Barnard a levé le voile sur sa nouvelle création au tout dernier moment. La MP4/2B est une légère évolution du modèle 84. Le museau est allongé et renforcé pour se conformer au nouveau règlement. Les pontons sont raccourcis tandis que les suspensions arrière possèdent des poussoirs et non plus des culbuteurs. L'excellent turbo TAG est un peu plus puissant et consomme moins, dit-on chez Porsche. Battu d'un demi-point par Lauda l'année précédente, Prost est le grand favori de cette nouvelle saison. En coulisse, Mansour Ojjeh est devenu le principal actionnaire de l'écurie mais Ron Dennis conserve la haute main sur la direction.

 

Renault est en plein chambardement. La Régie croule sous les dettes et son PDG Bernard Hanon est sur le départ. Gérard Larrousse a démissionné de la direction de Renault Sport. Il est remplacé par Gérard Toth, un ingénieur totalement étranger au sport automobile. Les nouvelles RE60 ont été dessinées par Michel Tétu, parti entretemps avec Larrousse chez Ligier, puis retouchées par Jean-Marc d'Adda et Patrice Ratti. Leur assemblage ne s'achève que la veille du GP du Brésil ! Bernard Dudot a conçu un nouveau moteur, l'EF15, délivrant 810 chevaux et adoptant des cotes proches des blocs Ferrari et Porsche - course relativement longue répondant aux immenses réserves de puissance à bas régime d'un moteur suralimenté. Pour Rio, les Renault comme les Lotus et les Ligier sont propulsées par l'EF14 bis, qui est en fait un EF14 muni des turbos de l'EF15. L'injection électronique Renix a été considérablement perfectionnée. Patrick Tambay et Derek Warwick sont toujours les pilotes titulaires.

 

Lotus-Renault aborde la saison 95 avec de grandes ambitions. A l'excellent Elio de Angelis est désormais associé le jeune prodige Brésilien Ayrton Senna. Ce tandem « de choc » pilote les nouvelles 97T conçues par Gérard Ducarouge. Celles-ci sont munies de dérives montées entre les roues avant et la coque afin d'améliorer la circulation de l'air et de réduire la traînée derrière les roues avant. Des moignons d'aileron sont placés sur le dessus des flancs. La boite de vitesses Hewland/Lotus, apparue fin 84, est renforcée. Grâce à son partenariat privilégié avec Renault, Lotus bénéficiera aussi du nouveau V6 EF15.

 

Après une saison 1984 très médiocre, la Scuderia Ferrari doit réagir promptement. On le sait, Mauro Forghieri a été mis sur la touche, et Harvey Postlethwaite a beaucoup travaillé pour élaborer une belle 156/85. Les turbos sont descendus dans les bas-flancs pour donner à cette voiture une ligne élégante, d'une remarquable fluidité. Le V6 Ferrari a en outre été remanié et délivre désormais 750 chevaux. Des turbos spéciaux pour les qualifications ont été préparés. Les disques de freins SEP en carbone sont équipés de nouveaux étriers Brembo et de plaquettes en titane. Le duo Michele Alboreto – René Arnoux est reconduit. Mais si le jeune Italien reste sur une excellente fin d'année 84, le Grenoblois paraît fragilisé et peu en forme. Il a été victime d'un accident de ski au cours de l'hiver, ce qui a fait grincer quelques dents à Modène.

 

Brabham arbore un nouveau sponsor principal, Olivetti, qui remplace Parmalat. Gordon Murray a élaboré une BT54 plus longue que sa devancière, avec une répartition des masses nettement plus en faveur de l'arrière. On n'y trouve pas d'extracteur : le châssis s'interrompt devant la suspension arrière. Le moteur BMW survitaminé peut maintenant atteindre les mille chevaux en qualifications ! Nelson Piquet a renouvelé son bail bien qu'il ait été sollicité par d'autres équipes. Pour le deuxième baquet, Bernie Ecclestone s'est adressé à François Hesnault. Le choix du jeune Neuilléen surprend car sa première saison chez Ligier fut pour le moins laborieuse. Il apporte cependant l'appui financier des alcools Pernod. Mais la grande nouveauté est le partenariat avec Pirelli. Un pari risqué tant les pneus italiens ont une piètre réputation. Piquet a couvert cet hiver plus de deux mille kilomètres d'essais pour les améliorer et les adapter au nouveau châssis.

 

Frank Williams a mis la pression sur Honda dont les moteurs se sont révélés beaucoup trop fragiles en 1984. Les techniciens nippons s'appliquent à domestiquer leur V6 tout en portant sa puissance à 800 chevaux en version course, plus de 1000 chevaux en version qualification. L'équipe de Patrick Head présente la Williams FW10, première voiture en fibre de carbone de la marque, prête juste avant l'embarquement pour le Brésil. Elle possède des freins en carbone et se singularise par sa suspension arrière à culbuteurs en forme d'ellipse. On remarque aussi les ailerons bi-plans. Keke Rosberg fait désormais équipe avec Nigel Mansell. Cette association promet de faire des étincelles vus les tempéraments fougueux des deux moustachus. La promotion de Mansell ne laisse pas d'étonner certains journalistes britanniques qui, en raison de ses gaffes, l'ont méchamment surnommé « le benêt ».

Enfin, Williams a désormais pour sponsor principal l'entreprise japonaise de bureautique Canon et adopte une livrée bleue, blanche et jaune.

 

Guy Ligier déborde d'enthousiasme pour ce nouveau championnat. Il a en effet récupéré deux transfuges de chez Renault : l'ingénieur Michel Tétu et Gérard Larrousse, nommé directeur sportif. Larousse connaît bien Ligier : il a en effet remporté le Tour de France Auto en 1974 sur JS2. Surtout, Jacques Laffite est de retour au bercail après deux années d'exil britannique. A 41 ans passés, « Jacquot » déborde de fougue comme au premier jour. L'impétueux Andrea de Cesaris est son équipier. Côté technique, la situation est moins reluisante : Tétu n'a pu que retoucher la JS23 Renault pour la transformer en JS25, une voiture très lourde et qui n'a jamais roulé avant Rio. Côté finances, ce n'est pas le Pérou : le Loto n'est plus là et le nouveau contrat avec Gitanes n'est pas encore signé. Mais Ligier va en parler à ses « relations »...

 

Arrows présente l'A8 à moteur turbo BMW, sa première monoplace en fibre de carbone. Cette voiture est la seule à ne pas avoir d'orifice d'aération percé dans sa carrosserie. Les échappements du moteur remontent entre les éléments de la suspension arrière, comme sur la Brabham. Marc Surer a abandonné la Formule 1 pour le rallye. Thierry Boutsen est désormais premier pilote, associé au jeune espoir autrichien Gerhard Berger, aperçu l'année précédente au volant de l'ATS. Celui-ci est un véritable miraculé : au mois de novembre, il s'est brisé plusieurs vertèbres dans un accident de la route. Il est présent à Rio, en forme malgré quelques douleurs subsistantes.

 

En 1984, les Alfa Romeo d'Euroracing ont passé leur temps à maculer les pistes d'huile... Cette saison 1985 apparaît comme celle de la dernière chance. Alfa Romeo a dissous Autodelta pour tout regrouper dans son giron. Benetton lui maintient son appui financier. Le nouveau directeur technique Mario Tollentino a conçu une 185T qui se singularise par des bras de suspension arrière carénés en forme de petits ailerons. Le V8 est désormais surmonté de turbos KKK associés à l'injection Bosch. Eddie Cheever et Riccardo Patrese sont toujours au volant des bolides verts et rouges, faute de mieux...

 

Après son exclusion du championnat 1984, le Team Tyrrell revient sur la pointe des pieds. L'hiver a été agité par une bagarre juridique avec la FISA qui s'est conclue par un accord à l'amiable. Cette écurie utilise encore le V8 Ford-Cosworth mais, toute honte bue, Ken Tyrrell est parvenu à conclure un accord avec Renault pour la fourniture de V6 turbo ! Un partenariat des plus improbables quand on se souvient que ce même Tyrrell fut l'adversaire le plus acharné de la suralimentation... Pour en arriver là, il a sollicité François Guiter, lequel a convaincu le directeur de Renault Sport Gérard Toth de fournir une quatrième écurie. Le souci est que le turbo français est très onéreux et qu' « Uncle Ken » n'a pour l'heure pas un sou vaillant... Il réglera donc les V6 au coup par coup. En attendant, les vieilles 012 à moteur Cosworth reprennent du service. Elles sont à nouveau pilotées par les espoirs Martin Brundle et Stefan Bellof.

 

Toleman a presque tout perdu fin 1984 : son jeune prodige Ayrton Senna, son sponsor Candy et ses pneus Michelin. L'équipe d'Alex Hawkridge attaque 1985 sans un fifrelin et sans fournisseur de gommes : Goodyear a atteint son quota de clients et Pirelli n'a pas oublié la rupture de contrat de mai 1984... En conséquence, les nouvelles TG185 ne font pas le déplacement au Brésil. Stefan Johansson et le revenant John Watson sont annoncés comme pilotes.

 

RAM-Hart espère inscrire enfin ses premiers points cette année. Gustav Brunner a élaboré la Type 03, mélange de fibre de carbone et de kevlar. Avec la Brabham, c'est la seule monoplace dépourvue d'extracteur. Philippe Alliot conserve son volant et est désormais associé à Manfred Winkelhock. La petite équipe Spirit et ses douze employés sont toujours de la partie. Gordon Coppuck et Tim Wright ont procédé à d'importantes retouches aérodynamiques sur la 101, toujours propulsée par le turbo Hart. Mauro Baldi conduit le seul modèle engagé. Chez Osella, rien n'a changé en six mois : la FA1, rebaptisée version F, toujours pilotée par Piercarlo Ghinzani, n'a presque pas été modifiée et n'a pas roulé de l'hiver !

 

Après avoir obtenu quelques succès en Formule 2, Giancarlo Minardi engage sa petite écurie en Formule 1 malgré un budget très serré. L'ingénieur Giacomo Caliri a dessiné en 1984 une M85 destinée à accueillir le V8 Alfa Romeo. Or le constructeur milanais préfère réserver ses blocs à sa propre écurie et à Osella. Minardi passe outre et aligne tout de même au Brésil sa M85 munie d'un V8 Ford-Cosworth. Toutefois, il commande en parallèle un V6 turbo à la nouvelle société Motori Moderni fondée par l'inénarrable Carlo Chiti. Ce moteur devrait être prêt pour le GP de Saint-Marin. L'unique Minardi est confiée au jeune Italien Pierluigi Minardi.

 

Enfin, abandonné par BMW, le Dr. Schmidt a pris sa meilleure décision depuis des années et dissout son écurie ATS...

 

Deux nouvelles équipes sont attendues en cours d'année. L'écurie allemande Zakspeed devrait débuter lors du prochain GP du Portugal. En outre, Carl Haas a bâti un projet en partenariat avec Lola et Ford, sous le patronage de la société Beatrice. Alan Jones devrait être de la partie, et l'ensemble pourrait apparaître à la mi-saison.

 

Le règlement a peu évolué depuis 1984. Après d'âpres débats, le volume d'essence autorisé en course demeure de 220 litres. En revanche la réfrigération du carburant est désormais prohibée. Des crash-tests sont instaurés pour renforcer le train avant des monoplaces, jugé trop fragile. Enfin, les ailerons arrière façon « tables de bistrot » sont interdits.

 

En ce qui concerne les pneumatiques, Goodyear est donc sous contrat avec McLaren, Renault, Williams, Lotus, Ferrari, Alfa Romeo et Tyrrell. Brabham exceptée, Pirelli ne fournit donc que les petites écuries : Ligier, Arrows, Osella, RAM, Spirit et Minardi.

 

Les hommes de Rio

Ce Grand Prix est menacé jusqu'à la dernière seconde par la grave maladie du président élu Tancredo Neves dont le décès est malheureusement attendu d'un jour à l'autre. S'il survenait avant le Grand Prix, les organisateurs seraient dans l'obligation de l'annuler en signe de deuil. Loin de ses préoccupations, les Brésiliens ont déniché une nouvelle idole en la personne d'Ayrton Senna. Après sa brillante première saison chez Toleman, celui-ci apparaît comme la nouvelle étoile de la Formule 1. Sa cote monte en flèche. L'agglomération de Rio de Janiero se pare d'immenses banderoles « John Player Special » à sa gloire. Cette agitation autour de Senna irrite au plus au point le héros local Nelson Piquet, qui ne supporte pas de devoir partager un pan de gloire avec ce gringalet au teint ascétique, timide et introverti. Il lui voue dorénavant une haine farouche et irrationnelle. A chaque fois qu'il le pourra, Piquet dénigrera Senna par des attaques basses et puériles, et le grand champion qu'il est va peu à peu se muer en vieille diva jalouse et médisante.

 

Le « nabab » de la Formule 1 Bernie Ecclestone fourmille d'idées. Il martèle qu'il a bien l'intention d'organiser en 1986 un Grand Prix derrière le Rideau de Fer, soit à Moscou, soit à Budapest. Il est tellement accaparé par ses fonctions de « Grand Argentier » qu'il délaisse peu à peu la direction de Brabham. Sur le terrain, Herbie Blash et Gordon Murray sont les vrais dirigeants de l'équipe. Jean-Marie Balestre est lui absent à Rio de Janeiro, mais son état-major est là : le secrétaire général de la FISA Yvon Léon, l'ingénieur Gabriele Cadringher, le responsable de la communication Gille Gaignault et l'attachée de presse Sophie Sicot.

 

Très détendu, Niki Lauda envisage sereinement cette nouvelle année et aimerait remporter un quatrième titre mondial avant de raccrocher son casque et retourner à sa compagnie aérienne. Il n'entend pas céder un pouce de terrain à Alain Prost. Ainsi, lorsque l'ingénieur du Français Alan Jenkins a quitté McLaren pour rejoindre les États-Unis, il a repoussé l'idée de Ron Dennis d'étendre les pouvoirs de son propre ingénieur Steve Nichols aux deux MP4.

 

Vendredi matin, Stefan Bellof est soudainement mis à pied par Ken Tyrrell pour des raisons obscures. Il semblerait qu'un différend oppose Tyrrell à Willy Maurer autour du contrat du jeune Allemand. D'autres évoquent l'arrivée d'un pilote français soutenu par Renault et Elf. Philippe Streiff ? Alain Ferté ? Pour l'heure, Bellof est remplacé par Stefan Johansson, l'éternel intérimaire qui était venu au Brésil « pour s'amuser ».

 

De nombreuses personnalités arpentent le paddock comme Carlos Reutemann, Giancarlo Baghetti ou encore Emerson Fittipaldi qui entame sa reconversion dans le championnat CART. A signaler enfin la présence sympathique de Clay Regazzoni qui, depuis son fauteuil roulant, commente désormais les Grands Prix pour le compte de la RAI aux côtés du journaliste Mario Poltronieri.

 

Les qualifications

Très bien équilibrées, les Lotus dominent la première séance de qualification. Mais le samedi, c'est Alboreto qui décroche la pole position au volant d'une Ferrari exceptionnellement rapide. Arnoux (septième) est moins en réussite : il est sorti deux fois de la route... Après des essais catastrophiques le vendredi, Rosberg est monté dans sa FW09 de réserve et s'est rendu compte que le moteur Honda « respirait » beaucoup mieux dans cette vieille monoplace. Ses mécaniciens ont donc découpé dans le flanc de la FW10 une prise d'air similaire à celle de la FW09. Résultat : un chrono canon, et « Keke-la-foudre » se hisse en première ligne ! Son collègue Mansell obtient le cinquième temps. Les Lotus-Renault de de Angelis et Senna sont repoussées en deuxième ligne mais apparaissent comme des concurrents très sérieux. Les McLaren sont ralenties par un défaut de pression de suralimentation ainsi que par quelques défaillances des boîtiers Motronic. Cela explique les piètres performances de Prost (6ème) et de Lauda (9ème). Les Brabham-BMW sont handicapées par le manque de compétitivité des pneus Pirelli. Bien qu'il détienne la meilleure vitesse de pointe (329 km/h), Piquet se contente de la huitième place. Hesnault est relégué au 17ème rang. Le Dr. Mezzanotte, ingénieur de Pirelli, explique la situation : « Nous avons concentré tous nos efforts sur les pneus de course. Pour le moment ceux de qualification sont les anciens. Ils étaient meilleurs avant, mais nos adversaires ont progressé depuis... »

 

Les essais confirment que la Renault RE60, lourde et mal équilibrée, n'est pas bien née. Pire encore, ses freins manquent de fiabilité : Warwick (10ème) et Tambay (11ème) sont tous deux sortis de la piste après que leur pédale est allée au plancher. Lors d'essais préliminaires à Imola, Boutsen avait signé le meilleur chrono au volant de l'Arrows-BMW. Ici, une tenue de route défectueuse le repousse en douzième position. Son équipier Berger se classe dix-neuvième. Trop lourdes, les Ligier-Renault (de Cesaris 13ème, Laffite 15ème) végètent dans le ventre mou, de même que des Alfa Romeo (Patrese 14ème, Cheever 18ème) à la tenue de route désastreuse. John Macdonald est optimiste : pour la première fois depuis longtemps, ses RAM sont dans les vingt premiers. Winkelhock se classe seizième, Alliot vingtième. On retrouve ensuite les Tyrrell-Ford-Cosworth (Brundle 21ème, Johansson 23ème) et l'Osella-Alfa de Ghinzani (22ème). Ni Baldi ni Martini n'ont bouclé un seul tour lancé. Le moteur de la Spirit refuse de tourner rond tandis que les mécaniciens de Minardi n'ont pas réussi à changer un moteur Cosworth à temps. Toutefois, grâce aux forfaits de la Toleman et de la Zakspeed, les deux Italiens sont autorisés à prendre le départ.

 

Le Grand Prix

Prost réalise le meilleur chrono de l'échauffement et remet ainsi les pendules à l'heure. En configuration course, les Marlboro-TAG sont aussi compétitives que l'an passé... De Angelis change son moteur à la dernière minute tandis que Berger monte dans son mulet suite à un incendie survenu sur son A8. Warwick utilise le nouveau moteur EF15 à dimensions alésage-course modifiées mais celui-ci ne parait pas tourner rond...

 

La course se déroule par une chaleur étouffante. Les pneus risquent de souffrir, et pourtant chez Pirelli on choisit des gommes tendres. Du côté de Goodyear, on s'éparpille entre les pneus durs (A) et « super-durs » (AA). Mais compte tenu du caractère abrasif du tracé, tous les clients des Américains ont prévu d'effectuer un changement d'enveloppes.

 

Départ: Excellent envol de Rosberg qui double aussitôt Alboreto. Aussi bien parti que son équipier, Mansell dépasse Prost, se faufile entre les Lotus, puis se porte à la hauteur d'Alboreto. Il tente de faire l'extérieur à la Ferrari à l'entrée de la courbe, mais lui coupe tout simplement la trajectoire. Les roues s'entrechoquent. La Williams fait un bond et atterrit en toupie dans le gazon, tandis qu'Alboreto poursuit sans mal son chemin. Boutsen est resté immobile sur la grille à cause d'une pression d'essence à zéro et doit être poussé pour démarrer.

 

1er tour: Rosberg s'envole devant Alboreto, Prost, Senna, de Angelis, Arnoux, Piquet, Lauda, Patrese et de Cesaris. Mansell parvient à redémarrer avec l'aide des commissaires. Par chance, sa Williams parait intacte mais un échappement est endommagé.

 

2e : Rosberg compte deux secondes et demie d'avance sur Alboreto. Suivent en peloton Prost, Senna, de Angelis, Arnoux, Piquet et Lauda.

 

3e: A cause d'un grippage de boîte, Piquet part en tête-à-queue et escalade une bordure. Il peut se relancer mais se rend compte que sa suspension a souffert dans l'incident. Il doit mettre pied à terre.

 

4e : De Cesaris s'empare de la huitième position aux dépens de Patrese.

 

5e: Rosberg lève le pied pour ménager ses pneus... et laisse ainsi revenir Alboreto. L'Italien tente de le dépasser dans la courbe Sul, sans succès. Baldi est aux stands pour faire vérifier son moteur.

 

6e : Rosberg mène devant Alboreto (0.6s.), Prost (2.2s.), Senna (5.8s.), de Angelis (7.2s.), Arnoux (9s.) et Lauda (10s.).

 

7e: Rosberg a repris un peu de marge sur Alboreto qui se débat avec un important sous-virage. La collision avec Mansell a en effet déréglé la géométrie de son train avant gauche. Par conséquent, Prost grossit dans ses rétroviseurs.

 

8e: Rosberg, Alboreto et Prost se tiennent désormais en deux secondes. Second arrêt de Baldi qui cette fois va faire changer un turbo. Cette opération va durer près d'une heure.

 

9e: Mansell revient aux stands pour abandonner dans un nuage de fumée, échappement cassé.

 

10e: Rosberg casse un turbo et revient à son garage pour abandonner. Alboreto est le nouveau leader. Cheever se frotte à Hesnault et l'expédie en tête-à-queue dans l'herbe. Le jeune Français abandonne après avoir effectué une belle remontée. Les deux Williams et les deux Brabham sont hors-jeu après dix tours.

 

11e: Alboreto et Prost sont en bagarre pour le commandement de l'épreuve. Si la Ferrari est la plus véloce en ligne droite, dans les courbes la McLaren est à son avantage. Lauda sonne la charge : il dépasse de Angelis et se retrouve quatrième.

 

12e : Alboreto précède Prost (0.5s.), Senna (4.7s.), Lauda (5.8s.), de Angelis (7.8s.), Arnoux (11.6s.), de Cesaris (20.1s.), Patrese (36.3s.), Tambay (36.8s.), Laffite (43.9s.) et Cheever (45.4s.).

 

14e: Lauda prend la troisième place à Senna. Les Lotus ont des pneus trop durs et ne peuvent pas riposter.

 

15e : Alboreto est premier devant Prost (0.8s.), Lauda (7.8s.), Senna (10.4s.), de Angelis (15.3s.) et Arnoux (20.8s.). Suivent de Cesaris et Patrese. Laffite prend la neuvième place à Tambay.

 

16e: Prost continue à mettre la pression sur la Ferrari de tête.

 

17e : Le moteur de Warwick ne tourne pas rond. L'Anglais regagne le stand Renault pour faire changer ses bougies et redémarre quelques minutes plus tard.

 

18e: Alboreto rate une vitesse dans la dernière courbe Vitoria. Prost saisit l'occasion pour laisser la Ferrari sur la place et s'emparer du commandement.

 

19e: En bagarre depuis plusieurs tours, Patrese et Laffite s'accrochent. Tous deux regagnent leurs stands. Cheever est immobilisé aux stands pour réparer sa machine endommagée dans l'accrochage avec Hesnault. Il redémarre en dix-neuvième position.

 

20e : Prost est en tête devant Alboreto (4.9s.), Lauda (5.4s.), Senna (12.9s.), de Angelis (24s.), Arnoux (29.5s.), de Cesaris (31.1s.), Tambay (1m. 33s.) et Boutsen (1m. 36s.). Laffite s'arrête chez Ligier pour faire réparer sa monoplace et ressort en seizième position. En revanche, c'est terminé pour Patrese dont le demi-train arrière-gauche est mal en point.

 

21e: Lauda remonte comme une fusée sur Alboreto et semble en mesure de le dépasser bientôt. Beaucoup plus loin, de Cesaris est aux trousses d'Arnoux.

 

23e : Prost prend un tour à Tambay. Un voyant lumineux s'allume sur le tableau de bord de Lauda. Le boîtier électronique ne répond plus et le V6 TAG se met à bafouiller...

 

24e: Lauda revient aux stands pour faire changer son boîtier. Alboreto respire...

 

25e : Prost est premier devant Alboreto (13.4s.), Senna (20.7s.), de Angelis (26s.), Arnoux (45s.), de Cesaris (45.2s.).

 

26e: De Angelis est aux stands pour changer de pneus. Il repart sixième derrière de Cesaris. Changement de gommes pour Boutsen. Martini passe par son garage pour faire contrôler son moteur qui ratatouille.

 

27e: Suivi de près par de Cesaris, Arnoux emprunte l'allée des stands. Voyant l'ouverture, le Romain se glisse à l'extérieur mais est beaucoup trop optimiste et harponne la Ferrari. Il s'immobilise dans le gazon avec une suspension pliée tandis qu'Arnoux doit parcourir tout un tour avec une crevaison à l'arrière-gauche.

 

28e: Laffite remonte facilement : il a effacé les deux Tyrrell ainsi que la RAM de Winkelhock. Arnoux se traîne péniblement jusqu'à son stand. Tambay observe son changement de gommes et repart derrière l'étonnant Alliot.

 

30e: Prost arrive au stand McLaren et fait changer ses pneus en onze secondes. Alboreto le suit dans les stands, mais l'opération est plus longue pour lui (12s.). L'Italien redémarre derrière Senna. Arnoux change ses gommes et reprend la piste en quatorzième position.

 

31e: Senna s'arrête pour chausser de nouvelles gommes. Ses mécaniciens ne sont pas très rapides et exécutent leur tâche en seize secondes. Le Brésilien redémarre en troisième position. Berger change ses Pirelli mais l'opération s'éternise et le jeune Autrichien chute du septième au quatorzième rang. Lauda reprend la piste avec un boîtier neuf.

 

32e: Alliot chausse des pneus neufs et cède la cinquième place à Tambay. Laffite prend la septième place à Boutsen dont le moteur cafouille, à cause d'un défaut d'alimentation..

 

33e : Prost mène devant Alboreto (24.8s.), Senna (48.1s.), de Angelis (1m. 04s.), Tambay (-1t.), Alliot (-1t.), Laffite (-1t.), Boutsen (-1t.), Brundle (-1t.) et Johansson (-1t.).

 

34e: Prost signe le meilleur tour en course: 1'36''702'''. Johansson est à son stand pour changer ses roues. Lauda effectue un second arrêt pour examen et redémarre.

 

36e: Alliot n'a plus de cinquième rapport et se fait déborder par Laffite. Arnoux est lancé dans une folle remontée : il double successivement les Tyrrell de Johansson et de Brundle. Lauda rentre à son garage et cette fois abandonne pour de bon.

 

37e : Prost a vingt-trois secondes d'avance sur Alboreto, cinquante-et-une secondes sur Senna. Après une heure d'arrêt, Baldi reprend la piste avec un turbo neuf. Mais il n'effectue que quatre tours supplémentaires avant de renoncer.

 

39e: Arnoux dépasse Alliot.

 

40e : Prost est en tête devant Alboreto (24.5s.), Senna (56.8s.), de Angelis (1m. 23s.), Tambay (-1t.), Laffite (-1t.), Arnoux (-2t.), Alliot (-2t.), Boutsen (-2t.) et Brundle (-2t.).

 

42e : Senna baisse sa pression de suralimentation car sa consommation d'essence est trop élevée.

 

44e : Arnoux remonte comme une balle sur Laffite.

 

45e : Prost domine et précède Alboreto (26.8s.), Senna (1m. 05s.), de Angelis (-1t.), Tambay (-1t.), Laffite (-2t.), Arnoux (-2t.) et Alliot (-2t.).

 

46e: Arnoux double Laffite. Cheever revient aux stands à très faible allure, moteur muet.

 

47e: Arnoux est l'un des pilotes les plus rapides en piste et remonte sur Tambay.

 

49e: Désillusion pour les Brésiliens: Senna revient à son stand et abandonne, moteur cassé. Une petite pompe électrique d'alimentation a cessé de fonctionner.

 

50e : Prost est leader devant Alboreto (24.1s.), de Angelis (-1t.), Tambay (-2t.), Arnoux (-2t.), Laffite (-2t.), Alliot (-2t.), Johansson (-2t.), Brundle (-2t.) et Boutsen (-3t.).

 

51e: Seul Alboreto est désormais dans le même tour que Prost, gêné par le trafic.

 

52e: Arnoux prend la quatrième place à Tambay. Johansson s'empare de la septième place aux dépens d'Alliot qui se débat avec sa boîte de vitesses.

 

53e: Brundle double Alliot.

 

54e: Berger abandonne suite à un bris d'une rotule de suspension. Il occupait le onzième rang.

 

56e: Prost compte quinze secondes d'avance sur Alboreto.

 

57e : Boutsen est très lent en cette fin d'épreuve à cause d'un défaut de pression de suralimentation.

 

58e : Prost mène devant Alboreto (10s.), de Angelis (-1t.), Arnoux (-2t.), Tambay (-2t.) et Laffite (-2t.).

 

59e: Prost lève le pied pour conserver de l'essence jusqu'à l'arrivée. Alors qu'il comptait une quinzaine de tours de retard, Martini abandonne, moteur cassé.

 

60e : Boutsen roule à très faible allure : comme son équipier, il est victime d'un bris de suspension.

 

61ème et dernier tour: Alain Prost remporte le premier Grand Prix de cette saison 1985 avec trois secondes d'avance sur Alboreto. De Angelis termine troisième à plus d'un tour. Mal chaussé, le sage Italien ne pouvait faire mieux. A deux tours, on retrouve trois Français : Arnoux, qui a mangé du lion après sa friction avec de Cesaris, Tambay, mécontent de sa Renault, et Laffite qui fête son retour chez Ligier par un excellent point. Viennent ensuite Johansson, Brundle, Alliot, Warwick, Boutsen, Ghinzani et Winkelhock.

 

Après la course

Déshydraté par son effort, Alain Prost engloutit une bouteille d'eau minérale d'une seule rasade avant d'exprimer sa satisfaction : « Cette voiture me paraît plus homogène que la précédente. Je ne pouvais rien espérer de mieux. » La MP4/2B a en effet conservé toutes les qualités que sa devancière tout en améliorant sa tenue de route dans les grandes courbes. C'est ce qui a fait la différence, car à l'accélération la nouvelle Ferrari d'Alboreto était tout aussi rapide. Verra-t-on une bagarre Ferrari – McLaren ? Par ailleurs, il faudra surveiller de près les Lotus-Renault lorsque celles-ci ne seront pas munies de « pneus en bois ».

 

Du côté de Renault, c'est la soupe à la grimace. Certes Patrick Tambay inscrit deux points, mais il concède deux tours au vainqueur ! « Ces deux points ne sont pas une satisfaction, précise le Français, disons plutôt une consolation, pour les gars qui ont bien travaillé. Moi je reste sur ma faim... » Seul point positif: une fois ses bougies changées, l'EF15 de Derek Warwick a très bien fonctionné.

 

René Arnoux se contente de sa quatrième place après un week-end difficile. Il n'est pas mécontent de quitter Jacarepaguá, tracé qu'il déteste. Tandis qu'il discute avec les journalistes, à quelques encablures de là, Marco Piccinini aborde John Hogan, directeur du Marlboro Worldchampionship Team. « J'ai à vous parler d'Arnoux... » lui glisse-t-il à voix basse. Le complot est en marche...

 

Prost est donc le premier leader du championnat des pilotes. Chez les constructeurs Marlboro-McLaren et Ferrari se partagent la première place avec neuf points chacune.

Tony