Derek WARWICK
 D.WARWICK
Renault
Niki LAUDA
 N.LAUDA
McLaren TAG Porsche
Ayrton SENNA
 A.SENNA
Toleman Hart

398e Grand Prix

XXXVII British Grand Prix
Ensoleillé
22 juillet 1984 - Brands Hatch
71 tours x 4.207 km - 298.697 km
Course prévue pour 75 tours, interrompue au 11e tour et réduite à 71 tours suite à l'accident de Jonathan Palmer. Classement par addition des temps.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Quatre voitures éliminées et une petite frayeur pour les spectateurs.

Scandale: les Tyrrell exclues...

Après la tournée nord-américaine et deux Grands Prix sur les affreux circuits urbains de Détroit et de Dallas, les pilotes sont ravis de retrouver un « circuit d'hommes »: Brands-Hatch. Les McLaren-TAG-Porsche devraient reprendre leur domination après avoir été chahutées dans les rues américaines. Niki Lauda espère surtout prendre sa revanche sur Alain Prost après une première partie de saison médiocre. L'Autrichien a certes gagné deux courses mais a surtout abandonné six fois en neuf épreuves. Les pneumatiques pourraient jouer un rôle important car toutes les équipes ont déjà effectué des tests sur cette piste sauf... McLaren.

 

L'atmosphère est très tendue à cause de l'Affaire Tyrrell. Depuis que des billes de plomb et des traces de carburant ont été découvertes dans le réservoir d'eau de la voiture de Martin Brundle à Détroit, l'équipe anglaise est accusée d'avoir fait rouler ses voitures en dessous du poids autorisé durant la majeure partie des courses, avant de les lester lors de ravitaillements illégaux. Ce qui expliquerait pourquoi les Tyrrell s'arrêtaient toujours pour changer de pneus dans les vingt derniers tours.

 

Le mercredi 18 juillet, la commission F1 de la FISA se réunit à Paris pour statuer sur le sort de Tyrrell Racing Organisation. Seize voix se prononcent pour l'exclusion de championnat du monde, contre quatre bulletins nuls. Même Bernie Ecclestone n'est pas venu au secours de son compère de la FOCA. La liste des délits relevés est impressionnante : ravitaillements en course alors que ceux-ci sont prohibés, carburant non conforme au règlement, canalisations dépourvues de connexion auto-obturantes de sécurité etc. S'ajoutent bien entendu les résultats des analyses sur les échantillons prélevés à Détroit et des témoignages accablants. « On nous a trop souvent reproché d'être complices des tricheurs, la preuve de notre intégrité est là ! » tonne Jean-Marie Balestre. « Nous étions persuadés de la culpabilité de Tyrrell depuis longtemps, mais nous avions besoin de preuves. Pour cela, il était nécessaire de démonter une monoplace et de la contrôler entièrement. [...] Ken Tyrrell a reconnu qu'il trichait au niveau du poids. A Détroit, le poids de son lest de plomb était tel que deux commissaires n'ont pu le soulever. Ils l'ont estimé à plus de 60 kg. Un lest n'est pas interdit, mais il doit être d'une pièce, fixé au châssis, démontable par un outil. Là il s'agissait de grenaille de plomb, facilement transvasable du stand au réservoir en cours d'épreuve. Qui plus est sous pression. La faute est donc double. » En ce qui concerne le liquide brunâtre découvert dans le réservoir d'eau, il apparaît que l'outre semblait en fait destinée à recevoir un carburant spécial. Quand elle était vidée, le ravitaillement permettait via l'eau d'injecter la grenaille, de rétablir le poids minimal à 540 kilos et de nettoyer toute trace d'essence... En théorie, car les laboratoires auraient découvert environ 30 % d'essence dans les échantillons. Toutefois, rien ne prouve que ce bouillon de culture améliorait les performances du V8 Ford-Cosworth.

 

... mais présentes quand même

La décision d'exclure une écurie du championnat du monde est inédite dans l'histoire de la Formule 1. D'abord abattu, Ken Tyrrell se récrie et clame son innocence. Il affirme que les billes de plomb étaient contenues dans un sac susceptible d'être scellé, donc de constituer un lest d'une pièce, comme le stipule le règlement. Il reproche aussi à la FISA de lui avoir dissimulé le résultat des analyses, ce qui ne lui a pas permis de se défendre. L'homme est aux abois, mais point décidé à baisser les bras. Horrifié à l'idée de ne pas pouvoir disputer le Grand Prix de Grande-Bretagne, son Grand Prix, il saisit la Haute Cour de justice de Londres, laquelle ordonne au RAC et à la FISA de laisser les Tyrrell participer à l'épreuve. Le vendredi 20 juillet, un juge anglais organise une confrontation entre les avocats de Tyrrell et de la FISA. La Haute Cour conclut que la sanction de la fédération est « une entrave au droit du travail par une juridiction sportive internationale dont le siège est à Paris ». Exclure les Tyrrell, c'est condamner une quarantaine d'employés au chômage. Elles pourront donc courir. Balestre s'incline puisque ce tribunal a autorité en Grande-Bretagne. Néanmoins, puisqu'il n'est pas habilité à se prononcer sur le fond de l'affaire – la culpabilité ou non de Tyrrell -, le président de la FISA annonce qu'il reprendra l'affaire en main aussitôt rentré à Paris.

 

Toutefois, comment faire respecter l'équité sportive alors que deux voitures jugées illégales participent au Grand Prix ? La FISA annonce ses dispositions le samedi : malgré leur présence, les Tyrrell n'empêcheront pas le 27ème concurrent de se qualifier. En outre, si elles terminent dans les six premiers, elles n'inscriront pas de points, car si la tenue de la course relève des pouvoirs britanniques, le championnat du monde et donc la distribution des points appartiennent à la FIA. Enfin, la Haute Cour de Londres prend en charge l'assurance des Tyrrell... après avoir enjoint les avocats du constructeur de vérifier que celles-ci répondent point par point au règlement technique de la FISA.

 

Pluie de sanctions à la fédération

Au cours de sa réunion, la commission F1 a pris d'autres décisions importantes. Ainsi le maintien de la limitation de la capacité des réservoirs à 220 litres pour 1985 paraît acquis, puisque le seul opposant à cette mesure Ken Tyrrell est désormais éliminé.

 

D'autres mesures très sévères sont annoncées. Nigel Mansell reçoit une amende de 6000 dollars et une course de suspension avec sursis pour sa manœuvre jugée dangereuse lors du premier départ du GP de Détroit. Suite à l'affaire du GP de Monaco, Jacky Ickx se voit retirer sa licence de directeur de course et doit payer une amende de six mille dollars. La fédération lui reproche d'avoir de sa propre autorité présenté le drapeau à damiers, sans en avoir avisé les commissaires sportifs. Ickx s'estime victime d'un acharnement et réplique en attaquant Jean-Marie Balestre en justice pour diffamation. Enfin, la FISA inflige un blâme aux organisateurs du Grand Prix de Dallas et exige un dépôt de 200 000 dollars pour garantir la tenue des travaux nécessaires à l'inscription de cette épreuve au championnat du monde 1985.

 

Présentation de l'épreuve

Le marché des transferts s'ouvre timidement avec la prolongation du contrat de Derek Warwick avec Renault-Elf. Le jeune Anglais donne satisfaction à la Régie par sa fougue et sa ténacité, malgré un caractère assez ombrageux. En parallèle, Gérard Larrousse fait des offres de service à Niki Lauda qui songe à quitter McLaren, ses relations avec Ron Dennis devenant difficiles.

 

Il y a beaucoup de nouveautés techniques mais de faible envergure. Chez Brabham Teo Fabi reprend sa place, mais le plus important est l'arrivée de la BT53B comportant une suspension arrière révisée, ainsi que des pontons raccourcis et situés plus haut. L'arrière comprend une ligne « pincée » de type McLaren. L'aileron arrière est également inédit.

Ferrari apporte deux évolutions de la 126 C4 avec pontons allongés, radiateurs d'eau inclinés face à la piste, aile arrière inédite, empattement plus grand etc. Des essais privés menés à Zeltweg ont donné toute satisfaction à René Arnoux et Michele Alboreto.

Renault a réagi aux trois incidents survenus à ses pilotes à Dijon, Monaco et Détroit. Derek Warwick dispose d'une coque entièrement neuve, sans kevlar, avec des plaques de carbones renforcées au niveau de l'habitacle et du pédalier. En outre, les RE50 possèdent un nouveau dispositif d'échangeur de température pour l'essence réfrigérée qui permet de réguler automatiquement la température. Un nouveau V6 plus économe en carburant est essayé. Enfin quelques retouches ont été apportées au niveau de l'aérodynamique et des échappements.

Patrick Head apporte la version B définitive de sa FW09. Au menu : nouvelle suspension arrière, changements de places pour le turbo et les échangeurs, apparition d'un volumineux extracteur d'air, freins en carbone SEP et un empattement rallongé de... 17 cm ! De plus, Head confirme que la FW10 n'apparaîtra pas avant 1985.

 

L'Arrows A7 de Thierry Boutsen possède une suspension postérieure à basculeur, plus rigide. Parmi les autres originalités, on découvre une nouvelle suspension arrière sur les RAM et la présence d'un extracteur d'air en bout de fond plat sur l'ATS D7.

 

En plus de ses ennuis judiciaires, Ken Tyrrell doit trouver un remplacement à Martin Brundle, sérieusement blessé à Dallas. Après avoir songé à Danny Sullivan, il engage le jeune Suédois Stefan Johansson. Pour la seconde fois cette année Osella aligne son deuxième pilote Jo Gartner, mais cette fois-ci l'Autrichien dispose de la « nouvelle » FA1F.

 

Grave accident pour Johnny Cecotto

Vendredi matin, gloire et tragédie chez Toleman-Hart. Si Ayrton Senna signe le meilleur temps de la première séance d'essais libres, Johnny Cecotto est victime d'un grave accident. Il perd le contrôle de sa TG184 à la sortie du droit de Westfield Bend et s'encastre de plein fouet dans le rail. L'avant de la coque est complètement détruit et Cecotto gît bloqué dans son épave. Il faut de longues minutes aux secours pour découper le carbone et extraire le malheureux, bientôt héliporté au Queen Mary's Hospital de Londres. Cecotto souffre de sept fractures aux chevilles et aux jambes. Sa saison est terminée et la suite de sa carrière paraît compromise. Le célèbre professeur Letournel, qui a soigné Patrick Depailler, Jean-Pierre Jabouille et Didier Pironi, s'occupera de sa rééducation.

 

Après les blessures de Patrick Tambay à Monaco et de Martin Brundle à Dallas, ce nouvel accident souligne la nécessité de renforcer la protection des membres inférieurs des pilotes.

 

Les qualifications

Les essais du vendredi sont dominés par les McLaren. De son côté, Piquet s'est fourvoyé dans de mauvais réglages. La version B de la BT53 ne paraît pas du tout au point. Le samedi, le Brésilien décide d'utiliser la nouvelle géométrie de suspension avec les anciens pontons. Tout change alors et il décroche la pole en trouant le mur d'1m. 11s. ! Prost et Lauda suivent ensuite, ne pouvant améliorer leurs chronos à cause de de Cesaris qui a arrosé d'huile tout le circuit après avoir explosé son moteur... Les Lotus-Renault souffrent ici de sous-virage, mais de Angelis (quatrième) se paie un malin plaisir à devancer Mansell (huitième) en Angleterre. Les nouvelles Williams ne donnent pas satisfaction. Grâce à son sens de l'attaque, Rosberg décroche une exceptionnelle cinquième place. En revanche le moteur de Laffite (16ème) n'a jamais tourné rond, et en plus le Français, très remonté, a dû céder le mulet à son équipier... Les pilotes Renault (Warwick 6ème, Tambay 10ème) ont été victimes de petits soucis techniques et ont chacun labouré le gazon. Senna fait à nouveau étalage de sa grande classe en obtenant la septième place.

 

Les Ferrari modifiées manquent toujours de puissance et d'adhérence. Les mines sont graves chez les Rouges : Alboreto est neuvième, Arnoux treizième après avoir pataugé dans ses réglages. Le Grenoblois part derrière Winkelhock, encore une fois le plus véloce du clan Pirelli. Il y a du mieux en revanche chez Arrows-BMW : Boutsen se classe douzième et Surer quinzième. Le Suisse est derrière Fabi, comme toujours laissé pour compte par Brabham. Patrese et Cheever sont repoussés en neuvième ligne et affirment que le turbo Alfa Romeo ne leur offre pas assez de pression de suralimentation pour être compétitifs en qualifications. Suivent les Ligier de de Cesaris et de Hesnault, ainsi que l'Osella-Alfa de Ghinzani. Rothengatter (22ème) se montre plutôt performant et précède les deux RAM-Hart de Palmer et d'Alliot. Autorisées à participer, les Tyrrell de Johansson et de Bellof se partagent la dernière ligne. Mais comme leur présence demeure illégale selon le règlement de la FISA, le 27ème Gartner est autorisé à prendre le départ, avec l'approbation des autres directeurs d'équipes.

 

Affaire Tyrrell (suite)

Samedi soir, Jean-Marie Balestre donne une conférence de presse au cours de laquelle il confirme que l'arrêt de la Haute Cour de Londres ne s'appuie que sur le droit au travail et ne s'étend donc pas à la compétition automobile. Si les Tyrrell peuvent rouler à Brands-Hatch, elles sont bel et bien exclues du championnat du monde et ne devraient pas pouvoir disputer les prochains Grands Prix.

Puis, Ken Tyrrell lui succède au micro, très applaudi par les journalistes britanniques. Il apparaît combatif et déclare qu'il va porter l'affaire devant le tribunal d'appel de la FIA. En outre, selon lui les laboratoires d'analyse américains lui auraient affirmé qu'il n'y aurait que des traces infinitésimales de carburant dans les échantillons prélevés sur ses machines, ce qui contredit les propos de Balestre. Le contentieux se terminera donc en appel...

 

Le Grand Prix

Un grand soleil brille sur Brands-Hatch. Les Tyrrell font à nouveau parler d'elles : les commissaires découvrent sous leurs fonds-plats deux petits orifices illégaux... qui doivent être bouchés en hâte avant le départ ! Dans l'ensemble, l'équipe d'Uncle Ken suscite la sympathie du très chauvin public anglais. Le directeur du RAC Peter Cooper prend ainsi sa défense en affirmant que la FISA est trop sévère. Le président Balestre méprise ces piques avec son arrogance habituelle.

 

Les McLaren sont équipées de pneus Michelin 05 tendres. Les Brabham et les Renault ont des 05 à gauche et des 06 plus tendres à droite, ce qui signifie qu'elles devront stopper à mi-parcours. Chez Goodyear en revanche, seuls les AA très durs sont capables de tenir la distance sans « buller ». Autant dire que les chances des Lotus et des Ferrari sont réduites à néant. A cause d'un souci de pression d'essence, Rosberg part avec sa voiture de réserve dont la tenue de route est désastreuse.

 

Première manche:

Départ: Bon envol de Piquet qui conserve l'avantage devant Prost. De Angelis est troisième devant Lauda et Warwick.

 

1er tour: Lauda double de Angelis après Druids. A Graham Hill Bend, Patrese tente de doubler Laffite mais se loupe et effectue un demi-tête-à-queue pour éviter le Français. Cheever freine brusquement pour ne pas heurter son équipier. Surpris, Alliot décolle comme un tremplin sur la Tyrrell de Johansson, puis atterrit sur l'Alfa de Cheever avant de s'échouer dans l'herbe. Enfin, Gartner ne trouve d'aucune issue que de s'écraser dans les protections. Alliot, Johansson et Gartner sont éliminés mais indemnes. Le drapeau jaune est agité. Piquet mène devant Prost, Lauda, de Angelis, Warwick, Rosberg, Alboreto, Mansell, Senna et Tambay.

 

2e: Prost suit Piquet. Warwick prend la quatrième place à de Angelis. Senna et Tambay dépassent Mansell. Une épaisse fumée s'échappe de l'endroit du carambolage car les commissaires doivent éteindre un incendie sur l'Osella de Gartner. Cheever est à son stand avec un aileron arrière arraché et renonce.

 

3e: Prost met la pression sur Piquet. Lauda est à deux secondes et demie du leader.

 

4e: Piquet s'aperçoit que son panachage de gommes n'était pas opportun : sa BT53 survire beaucoup. Senna prend la septième place à Alboreto.

 

5e: Rosberg rencontre un problème de turbo et entre au stand Williams. Les hommes de Patrick Head démontent le capot et tentent de réparer mais ils n'y parviendront pas. C'est un nouvel abandon pour le Finlandais.

 

6e: Piquet, Prost et Lauda sont seuls au monde, séparé chacun par une seconde. Warwick est relégué à près de dix secondes et devance de Angelis d'une seconde.

 

8e: Pas de changement au niveau du trio de tête. Fabi lutte avec Boutsen pour la dixième place.

 

9e: Prost est juste derrière Piquet. Fabi dépasse Boutsen. A G. Hill Bend, Winkelhock fait un tête-à-queue, cale et doit abandonner.

 

10e : Piquet devance Prost (0.2s.), Lauda (1.1s.), Warwick (14.2s.), de Angelis (16.1s.), Senna (21s.), Alboreto (24.5s.), Tambay (25.3s.), Mansell (32.2s.) et Boutsen (35.9s.). Fabi est éliminé à cause d'un défaut d'allumage.

 

11e: Prost attaque Piquet à Paddock Hill mais le Brésilien lui ferme la porte.

 

12e: Prost plonge à l'intérieur à Paddock Hill et cette fois-ci Piquet s'incline. Lauda dépasse ensuite le Brésilien à Druids. Piquet entre aux stands pour changer de pneus. Au même moment, Palmer, victime d'une rupture de direction, fonce tout droit à Clearways et s'encastre dans le mur de pneus. La RAM s'immobilise en flammes sur le bas-côté. Palmer s'en extrait parfaitement indemne. Toutefois la barrière de protection est complètement détruite et le début d'incendie rend la situation périlleuse. Les commissaires doivent intervenir avec des extincteurs.

 

13e: La direction de course brandit le drapeau rouge. Le classement est arrêté à la fin du onzième tour, ce qui gruge les McLaren qui avaient dépassé Piquet lors de la douzième boucle...

 

Seconde manche:

La course va reprendre après une demi-heure d'interruption, le temps pour les commissaires d'évacuer la voiture accidentée et de reconstruire la barrière de pneus. La grille est la suivante: Piquet devant Prost, Lauda, Warwick, de Angelis, Senna, Alboreto, Tambay, Mansell, Boutsen, de Cesaris, Arnoux, Laffite, Surer, Patrese, Ghinzani, Bellof, Hesnault et Rothengatter. Le classement final se fera par addition des temps des deux manches et l'épreuve est réduite à 71 tours.

 

Lorsqu'il apprend qu'il ne s'élancera pas en tête, Prost explose de rage. Il hurle que cette décision n'a été prise que pour favoriser Piquet, sous la pression de Bernie Ecclestone. Jean-Marie Balestre intervient pour calmer son compatriote qui, loin de s'apaiser, insulte le président de la FISA. Pendant ce temps-là, Jonathan Palmer narre sa mésaventure : « J'étais en plein appui, lorsque j'ai senti quelque chose casser dans le train avant. J'ai voulu braquer mais la direction ne répondait plus. » Malgré quelques réparations de fortune, Keke Rosberg et Teo Fabi renoncent à prendre le second départ. Il n'est pas question de redémarrer aussi pour Eddie Cheever, passablement irrité contre son équipier Riccardo Patrese, responsable du carambolage du départ. Gunter Schmidt essaie de permettre à Winkelhock de prendre le second départ mais les officiels refusent.

 

Piquet profite de l'interruption pour chausser des pneus plus durs et ainsi se passer d'une halte aux stands.

 

Deuxième départ: Prost démarre excellemment et double immédiatement Piquet. Lauda est dans le sillage du Brésilien. Tambay dépasse de Angelis tandis que Senna est mal parti et perd deux places.

 

12e: Prost est en tête devant Piquet, Lauda, Warwick Tambay, de Angelis, Alboreto, Senna, Mansell et de Cesaris.

 

13e: Lauda menace Piquet. Senna reprend l'avantage sur Alboreto. Mansell est en difficulté et perd trois places.

 

14e: De Cesaris dépasse Alboreto.

 

15e: Prost, Piquet, Lauda roulent en peloton. Les Renault de Warwick et Tambay parviennent à suivre leur rythme. Laffite entre aux stands avec une pompe à eau défectueuse. Les deux Williams sont hors course.

 

16e: Prost possède une seconde d'avance sur Piquet. Les Renault commencent à être semées par le trio de tête. Arnoux prend la dixième place à Boutsen. Rothengatter heurte l'arrière de la Ligier de Hesnault et brise le museau de sa Spirit. Il s'arrête à son stand pour réparer et perd cinq minutes dans cette mésaventure.

 

18e: Prost mène devant Piquet (1s.), Lauda (2.1s.), Warwick (18.4s.), de Angelis (29.5s.) et Tambay (31.2s.). Ceci est le classement officiel par addition des temps car en piste Warwick n'est qu'à deux secondes et demie de Lauda, et Tambay est cinquième loin devant de Angelis. Senna est septième devant de Cesaris, Alboreto, Arnoux, Boutsen et Mansell.

 

20e: Prost commence à s'échapper et possède en piste deux secondes et demie d'avance sur Piquet. Suivent Lauda (3.6s.), Warwick (20.3s.), de Angelis (31.2s.), Tambay (34s.), Senna (40.2s.), Alboreto (51.8s.), de Cesaris (1m. 05s.), Arnoux (1m. 08s.) et Boutsen (1m. 12s.).

 

22e: Lauda a semé Warwick mais bute toujours derrière Piquet. De Cesaris résiste à Alboreto pour conserver la huitième place. Arnoux suit son équipier.

 

24e: Arnoux déborde Alboreto à Paddock Hill. Boutsen est en difficulté à cause d'un problème électrique.

 

25e: Mansell ne peut plus sélectionner sa cinquième vitesse et se gare dans une échappatoire. Boutsen s'arrête dans l'herbe pour abandonner.

 

26e : Surer s'arrête au stand Arrows pour changer ses roues. L'opération dure une bonne minute.

 

27e: Prost a deux secondes d'avance sur Piquet, toujours menacé par Lauda. Arnoux est à l'attaque derrière de Cesaris qui lui oppose une farouche résistance. Les roues de la Ferrari et de la Ligier se frottent plusieurs fois.

 

29e: Lauda surprend Piquet et s'empare de la deuxième place. Le Brésilien craint pour ses pneus et ne résiste pas.

 

30e: Prost précède Lauda (3s.) et Piquet (5s.). Warwick et Tambay sont désormais très distancés. Le Cannois est menacé par de Angelis et Senna. Au classement officiel, Prost a six et huit secondes de marge sur Lauda et Piquet. Tambay n'est pas dans les points, devancé par de Angelis et Senna.

 

32e: Arnoux menace de Cesaris à Paddock Hill mais est gêné par Surer qui sort des stands.

 

34e: Prost attaque à grand renfort de contre-braquages. Il prend le large et possède maintenant six secondes d'avance en piste sur Lauda. Tambay s'arrête chez Renault pour changer de pneus. Il tombe en septième position.

 

35e: Tambay se fait rattraper par le trio de Cesaris – Arnoux - Alboreto.

 

37e: Lauda se rapproche de Prost: l'écart n'est plus que de quatre secondes.

 

38e: Prost perd l'usage de son troisième rapport, et bientôt du quatrième et du cinquième... Un roulement a lâché. Le Forézien regagne les stands au petit trot. Lauda s'empare du commandement. Épuisé par son duel avec de Cesaris, Arnoux cède sa position à Alboreto.

 

39e: Voici Lauda en tête avec trois secondes d'avance sur Piquet. Prost est à son garage. John Barnard ordonne aux mécaniciens de démonter la coque pour examiner la boîte mais leurs efforts seront vains. Prost abandonne et perd neuf points précieux.

 

40e : Au classement par addition des temps, Lauda précède Piquet (2.4s.), Warwick (27.8s.), de Angelis (41.4s.), Senna (47.2s.), Tambay (1m. 14s.), Alboreto (1m. 27s.), de Cesaris (1m. 41s.) et Arnoux (1m. 42s.).

 

41e: Lauda contrôle la course mais ne parvient pas à semer Piquet, toujours en embuscade à trois secondes.

 

43e: Piquet reprend un ou deux dixièmes par tour à Lauda mais ne se rapproche pas assez pour le menacer directement. Plus loin, de Angelis contient Senna malgré des pneus Goodyear qui commencent à se cloquer.

 

44e: Lauda arrive sur le groupe composé de de Cesaris, Alboreto et Arnoux. Patrese prend la dixième place à Ghinzani.

 

46e: Lauda passe Arnoux. A Druids, Alboreto plonge à l'intérieur et double de Cesaris. Le pilote Ligier s'efface plus tard devant Lauda. Puis Piquet double Arnoux. Hesnault abandonne à cause d'une panne électrique.

 

47e: Piquet efface de Cesaris. Lauda a plus de mal à se défaire d'Alboreto qui est très rapide.

 

48e: Lauda ne parvient pas à doubler Alboreto. Piquet est revenu à une seconde de la Marlboro. Finalement le pilote Ferrari laisse passer l'Autrichien dans la grande ligne droite qui conduit à Hawthorn Bend. En fin de tour, il s'efface devant Piquet.

 

49e: L'écart entre Lauda et Piquet est maintenant d'une seconde et sept dixièmes.

 

51e: Deux secondes en piste entre Lauda et Piquet. Warwick est troisième à trente secondes (vingt secondes en piste). Suivent de Angelis (45s.), Senna (52s.) et Tambay à plus d'une minute.

 

52e: Piquet réalise le meilleur tour depuis le début de l'épreuve mais il n'est guère plus rapide que Lauda. Senna demeure dans le sillage de de Angelis, sans pouvoir le déborder à cause des turbulences.

 

53e: Arnoux et de Cesaris sont derechef en bagarre pour la huitième place. Ce faisant ils gênent Warwick qui souhaite leur prendre un tour.

 

54e: Lauda a 1.9s. d'avance sur Piquet. Warwick se défait difficilement d'Arnoux puis de de Cesaris.

 

56e: Piquet rencontre des soucis de pression de suralimentation. Un de ses turbos s'est en effet brisé. Il baisse sa cadence pour éviter une panne de turbo et concède désormais trois secondes à Lauda.

 

57e: Lauda réalise le meilleur tour de la course: 1'13''191'''.

 

59e: L'intervalle entre Lauda et Piquet est maintenant de quatre secondes. Senna harcèle de Angelis dont les pneus sont complètement « bullés »

 

60e : Lauda est leader devant Piquet (7.6s.), Warwick (43.6s.), de Angelis (57.7s.), Senna (1m. 02s.), Tambay (-1t.), Alboreto (-1t.), de Cesaris (-1t.), Arnoux (-1t.) et Patrese (-2t.).

 

61e: De Angelis est à son tour gêné par le duel Arnoux - de Cesaris, ce qui permet à Senna de se rapprocher encore un peu plus.

 

63e: Cinq secondes entre Lauda et Piquet. Senna est maintenant juste derrière de Angelis.

 

64e: Arnoux se porte à la hauteur de de Cesaris dans la montée de Druids. Le jeune Italien refusant de céder, Arnoux passe au moyen d'un petit coup de volant, endommageant légèrement son train avant et faussant la direction de la Ligier. Les deux adversaires continuent néanmoins.

 

65e: Le moteur de Piquet perd petit à petit de la puissance. Le Carioca décide de terminer la course au petit trot en espérant grappiller quelques points.

 

66e: Senna dépasse de Angelis par l'intérieur à Paddock Bend. Le Romain ne peut rien faire car ses pneus sont détruits.

 

67e: Piquet est au ralenti et Warwick le dépasse, bientôt imité par Senna et par de Angelis. De Cesaris roule aussi à faible allure car sa suspension avant est tordue depuis l'accrochage avec Arnoux. Il ouvre la porte à Patrese.

 

68e: Tandis que Lauda roule vers la victoire, Piquet se fait doubler par Tambay puis par Alboreto et chute au septième rang. Ghinzani double de Cesaris.

 

69e: C'est au tour de de Angelis de ralentir à cause d'un turbo cassé. Il poursuit sa route en coupant toute la pression de suralimentation. Tambay semble en mesure de le doubler. Arnoux déborde Piquet. Bonne nouvelle toutefois pour le Brésilien: Patrese est arrêté car sa boîte de vitesses ne fonctionne plus.

 

70e: La fin de cette course est un peu folle. Senna remonte à bride abattue sur Warwick tandis que Tambay rattrape de Angelis.

 

71ème et dernier tour: De Angelis sauve sa quatrième place car Tambay s'immobilise, moteur cassé suite à une surchauffe. Un pièce du turbo de Piquet s'est fichée dans un radiateur de la RE50 !

 

Niki Lauda remporte le Grand Prix de Grande-Bretagne. Warwick décroche une superbe deuxième place à domicile. Senna est troisième et monte sur son deuxième podium de la saison. C'est aussi un nouveau triplé pour Michelin. De Angelis obtient une méritante quatrième place. Les deux Ferrari d'Alboreto et Arnoux prennent les derniers points. Piquet finit septième à très faible allure. Tambay est classé huitième. Il précède Ghinzani, de Cesaris, Bellof et Surer. Rothengatter voit le drapeau à damiers mais avec neuf tours de retard et n'est donc pas classé.

 

Après la course

Grâce à sa cette victoire, Lauda ravit à Jackie Stewart le record du nombre de points inscrits durant une carrière (367, 5 points contre 360). Ce qui ne paraît pas l'émouvoir...

 

Sur le podium, le prince Michel de Kent et Jean-Marie Balestre félicitent les trois premiers ainsi que Ron Dennis. Fierté britannique oblige, on joue le God Save the Queen avant l'hymne autrichien. Niki Lauda fait montre de sa retenue coutumière : « No problem... » lâche-t-il comme unique commentaire. La mécanique et les pneumatiques Michelin se sont comportés à merveille. L'Autrichien aurait du reste probablement gagné même sans l'abandon d'Alain Prost, car les pneus de celui-ci étaient bien plus usés que les siens avant même la mi-parcours. Prudent, Lauda a roulé à l'économie durant le premier tiers de l'épreuve et cette parcimonie a payé.

 

Le championnat des pilotes se retrouve bouleversé car Lauda revient à seulement un point et demi de Prost. Il ne fait plus guère de doute que le titre se jouera entre les deux pilotes Marlboro-McLaren. De Angelis et Arnoux ont encore leurs chances mais leurs voitures sont trop peu performantes. Seul Piquet et sa Brabham semblent pouvoir mener la vie dure aux Marlboro-TAG mais le retard du Carioca sur Prost parait important... et la fiabilité du bloc BMW trop aléatoire.

 

 

Classements (avant la disqualification des Tyrrell):

 

Pilotes Constructeurs
1.Prost34.5 pts1.McLaren-TAG-Porsche67.5 pts
2.Lauda33 pts2.Ferrari34.5 pts
3.de Angelis26.5 pts3.Lotus-Renault32.5 pts
4.Arnoux23.5 pts4.Renault26 pts
5.Rosberg20 pts5.Williams-Honda24 pts
6.Warwick19 pts6.Brabham-BMW21 pts
7.Piquet18 pts7.Tyrrell-Ford-Cosworth13 pts
8.Alboreto11 pts8.Toleman-Hart8 pts
9.Senna8 pts9.Alfa Romeo6 pts
10.Brundle8 pts10.Ligier-Renault2 pts
11.Tambay7 pts11.Osella-Alfa Romeo2 pts
12.Mansell6 pts12.Arrows-Ford-Cosworth1 pt
13.Bellof5 pts
14.Laffite4 pts
15.Fabi3 pts
16.Patrese3 pts
17.Cheever3 pts
18.de Cesaris2 pts
19.Ghinzani2 pts
20.Boutsen1 pt
Tony