René ARNOUX
 R.ARNOUX
Ferrari
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Brabham BMW
Eddie CHEEVER
 E.CHEEVER
Renault

386e Grand Prix

LIV Gran Premio d'Italia
Ensoleillé
11 septembre 1983 - Monza
52 tours x 5.800 km - 301.600 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
  • 3e victoire pour BMW
Riccardo Patrese ne conservera la tête que l'espace des deux premiers tours.

Michelin et le « coup du père François »

L'année 1983 est très mauvaise pour l'industrie automobile et ses filiales. Comme bien d'autres entreprises, Michelin a enregistré des pertes et n'a pu éviter de procéder à des licenciements. Aussi, lorsque Pierre Dupasquier présente son rapport annuel à François Michelin, il s'attend à voir celui-ci foncer les sourcils. Cela ne manque pas. La Formule 1 coûte cher, beaucoup trop cher au Bibendum. La fourniture de chacune des équipes s'élève à près de trois millions de francs chaque année. En outre, le transport des pneumatiques est particulièrement onéreux (un million de francs pour Rio ou Long Beach) et n'est pas couvert par la FOCA. Aussi, si François Michelin estime que la Formule 1 demeure une excellente vitrine publicitaire pour ses produits, il lui est impossible de poursuivre l'effort dans de telles conditions. Le président de l'entreprise clermontoise tranche dans le vif : en 1984 Michelin ne fournira plus que trois écuries de pointe alliées à un grand constructeur : Renault-Elf, Brabham-BMW et McLaren-TAG-Porsche. Les avantages annexes leur sont garantis.

 

A Monza, Pierre Dupasquier et Pierre Blanchet annoncent la mauvaise nouvelle aux équipes ainsi abandonnées, Euroracing, Ligier et Osella. Évidemment, Guy Ligier pique une de ses traditionnelles colères. Pierre Dupasquier le rassure comme il peut : « Si, réellement, Ligier se retrouve dans une situation trop délicate, nous ne refuserons pas de le fournir en pneumatiques, mais il devra payer. Ne serait-ce que le transport des enveloppes... » Autant plonger la tête de l'entrepreneur vichyssois sous l'eau...

 

En apprenant cette information, le directeur de la compétition de Goodyear Leo Mehl a sauté dans le premier avion pour l'Italie. Cependant, le géant américain n'est financièrement guère mieux loti que Michelin. Le « big boss » Robert Mercer n'est pas disposé à accroître son offre. Ainsi, sollicité par Ligier, Mehl répond évasivement. Sa mission consiste à renforcer les positions d'Akron, c'est-à-dire les partenariats avec Ferrari, Williams et Tyrrell. Il s'agit surtout de retenir le Commendatore qui a bien compris que les pneus radiaux clermontois étaient de meilleurs produits que les Goodyear traditionnels. Mais François Michelin se montre inflexible : il fournira trois écuries en 1984, pas une de plus. Enzo Ferrari ne dit rien, mais n'en pense pas moins... En tout cas, le repli « stratégique » de Michelin et l'attentisme de Goodyear pourraient faire l'affaire de Pirelli. Mais les « pneus en bois » italiens n'attirent pas grand monde. « Choisir Pirelli ? Dans ce cas, autant arrêter la F1... » soupire Guy Ligier.

 

Présentation de l'épreuve

Alain Prost est fébrile en arrivant à Monza. Le leader du championnat demeure ébranlé par son accrochage avec Nelson Piquet à Zandvoort. Surtout, il s'interroge sur les capacités de Renault à concurrencer les Ferrari et les Brabham-BMW en cette fin de saison. Et puis, son avenir est toujours incertain. Il hésite à prolonger son contrat avec la Régie. Pour ne rien arranger, il a reçu avant ce Grand Prix d'Italie des menaces de mort émanant de tifosi exaltés selon lesquels il est l'ennemi n°1 des Ferrari. Chacune de ses apparitions provoque une bronca dans les tribunes. Cette haine s'étend à toute l'équipe Renault : arborer le célèbre losange aux abords de l'autodrome, c'est la certitude d'être moqué voire insulté par un tifoso. Prudent, Prost est suivi comme son ombre par un colosse nommé Pierre Tourlier, qui n'est autre qu'un des gardes du corps du président de la république François Mitterrand.

 

Les supporteurs italiens se pressent en revanche très (trop?) chaleureusement autour des deux Français de Ferrari, René Arnoux et Patrick Tambay. L'un d'eux devrait pourtant quitter la Scuderia à la fin de l'année. Il se murmure en effet que Michele Alboreto aurait signé un contrat avec Marco Piccinini...

 

Quand il a fini de passer ses nerfs sur Michelin, Guy Ligier s'enguirlande avec Jean-Pierre Jarier. Décidément, ces deux-là ne s'entendront jamais. Il peu probable que « Godasse de plomb » rempile pour une saison chez les Bleus. Pour le remplacer, Ligier songe à rappeler des vétérans. Quatre noms figurent sur sa liste : Emerson Fittipaldi, Alan Jones, Carlos Reutemann et Jean-Pierre Jabouille. La piste Jones est la plus sérieuse, mais comme toujours les prétentions financières de l'Australien sont exorbitantes. Quant à Raul Boesel, ses sponsors ne devraient pas sauver son baquet. Il pourrait être remplacé par le jeune Michel Ferté.

 

Enzo Osella a conclu un accord bienvenu avec Carlo Chiti : en 1984 sa petite équipe bénéficiera des V8 turbo Alfa Romeo. Les vieux V12 milanais vivent donc leurs dernières heures. Chiti fourmille de projets puisqu'il annonce l'arrivée prochaine sur les blocs Alfa de la pulvérisation d'eau, de l'injection électronique... et même la construction d'un V10 turbocompressé ! Giampaolo Pavanello tempère ses ardeurs : « Tout est encore dans la tête de Chiti... L'injection d'eau, c'est pour 84, l'injection électronique pour mi-84, et le V10, peut-être pour 85... » Ces tergiversations montrent surtout le retard pris par Alfa Romeo sur ses concurrents...

 

On a beaucoup travaillé chez BMW pour accroître la puissance du quatre cylindres. Celui-ci possède de nouveaux turbos KKK plus volumineux. Turbines et pistons sont aussi inédits. Les BT52B arborent un nouveau dispositif de pulvérisation courant en bas du radiateur d'eau afin d'abaisser la température du moteur. Ce procédé repose sur des cylindres-réservoirs contenant probablement de l'azote.

Chez Ferrari, Tambay bénéficie maintenant de sa propre C3 de réserve. Les quatre monoplaces sont munies de nouvelles suspensions arrière. Le système de refroidissement par pulvérisation a été aussi repensé. La Ferrari possède ainsi des bouteilles d'azote à l'intérieur des pontons. Prost reçoit une Renault RE40 toute neuve. Les voitures françaises présentent un système de refroidissement par eau assez similaire à celui vu à Zandvoort. Il se trouve dans le dos du pilote. Du côté de McLaren, Watson pilote désormais la MP4/1E à moteur turbo TAG-Porsche. Les hommes de Hans Mezger ont amélioré le refroidissement et le fonctionnement de la wastegate de leur V6.

Spirit présente sa première « vraie » Formule 1, la 101/1, mais celle-ci n'apparaîtra en course qu'à Brands-Hatch, au mieux. La Tyrrell 012 d'Alboreto présente une suspension avant modifiée. Sullivan court toujours avec la 011. Les Arrows arborent un nouveau sponsor pour cette course : les bonbons Golia. Enfin, chez RAM, Kenny Acheson reçoit à son tour un V8 Ford-Cosworth DFY.

 

La nouvelle Williams à moteur turbo Honda a effectué ses premiers tours de roue à Donington juste avant ce Grand Prix. Elle pourrait être engagée pour la dernière épreuve en Afrique du Sud.

 

Les qualifications

Les Brabham-BMW sont les plus rapides dans les longues lignes droites de l'autodrome et dominent les essais. Piquet est le plus véloce lors des essais officiels du vendredi, mais deux pannes de moteurs survenues le lendemain le relèguent au quatrième rang de la grille. C'est son équipier Patrese qui décroche la pole position, la seconde de sa carrière. Les Ferrari de Tambay et d'Arnoux s'intercalent entre les deux Brabham. Les Renault ne sont pas au niveau des Ferrari et des Brabham. Le turbo français est poussif et les RE40 manquent d'adhérence. Cinquième, Prost concède deux secondes pleines à Patrese. Cheever est septième. Les Alfa Romeo (de Cesaris sixième, Baldi dixième) tiennent bien la route mais manquent encore de puissance et de fiabilité. Les Lotus-Renault sont confrontées au comportement erratique des pneus Pirelli. De Angelis (8ème) s'est qualifié avec son mulet tandis que Mansell (11ème) a rencontré des problèmes de moteur. Privé de Gustav Brunner accidenté à Zandvoort, l'équipe ATS a connu son lot habituel d'avaries, mais un méritant Winkelhock arrache tout de même la neuvième place. Les Toleman-Hart (Warwick 12ème, Giacomelli 14ème) souffrent d'une pointe de vitesse insuffisante. Les McLaren-TAG-Porsche sont quasi dépourvues d'appui et donnent beaucoup de travail à leurs pilotes. Gêné par une piqûre d'insecte au pied gauche (!), Lauda se classe treizième. Watson est quinzième.

 

Rosberg (16ème) est le premier pilote du « clan des atmosphériques ». Il rend six secondes au meilleur chrono... Il précède tout de même la Spirit-Honda turbo de Johansson, mais il faut aussitôt préciser que le jeune Suédois s'est qualifié in extremis après plusieurs pannes de moteur. Plus loin, les Arrows (Boutsen 18ème, Surer 20ème) encadrent la Ligier de Jarier. Chez Theodore, Guerrero se place au 21ème rang tandis que Cecotto est 26ème et dernier. Cependant le Vénézuélien aurait pu faire mieux si son chrono du vendredi n'avait pas été annulé. Cela va mal chez Tyrrell : Sullivan (22ème) est plus rapide avec l'ancienne 011 qu'Alboreto (24ème) avec la nouvelle 012 ! Enfin Ghinzani (23ème) et C. Fabi (25ème) parviennent à qualifier leurs Osella.

 

Handicapé par son vieux V8 DFV, Boesel est éliminé, tout comme Acheson avec son « veau » baptisé RAM. Le troisième malheureux est... Laffite. Le vétéran du peloton a en effet perdu son temps le vendredi en testant des pneus Goodyear à carcasse radiale. Le lendemain, il tombe sur un train de pneus mal appairé, et « Jacquot » se retrouve non-qualifié pour la première fois depuis le GP de Monaco 1975 !

 

Riccardo Patrese est le premier Italien à obtenir la pole position à Monza depuis Alberto Ascari en 1953. Cette belle performance ne suscite cependant que de l'indifférence chez les tifosi. Patrese médite ce triste précepte : Nul Italien n'est prophète en son pays s'il ne conduit une Ferrari...

 

L'essence illégale des Brabham-BMW – Omerta de la F.I.S.A.

Cette fois, les Brabham-BMW sont « flashées » à 305km/h sur la ligne de chronométrage, pendant que la Renault de Prost n'atteint que les 290 km/h. « Nous sommes en train de recueillir le fruit de l'énorme travail accompli par les ingénieurs de BMW ! » justifie Nelson Piquet. Certes... Toutefois, certains techniciens concurrents s'interrogent sur la légalité du carburant utilisé par Brabham. D'après une rumeur, BASF fournirait un additif à BMW permettant de densifier l'essence.

 

Ces bruits courent depuis le Grand Prix d'Allemagne où la FISA avait procédé en secret à un contrôle des carburants. Elle avait constaté qu'Elf (pour Renault) et Agip (pour Ferrari) se tenaient en deçà de l'indice d'octane réglementaire, soit 101, tandis que BASF se situait à 102,5. Un nouveau test confidentiel effectué à Monza confirme ces données. Brabham-BMW utilise donc un carburant illégal, mais les autorités sportives ne dévoilent pas l'information... Pourquoi ? Sans doute parce que Jean-Marie Balestre et Bernie Ecclestone se sont entendus pour se partager le pouvoir en Formule 1 et ne désirent donc pas se nuire mutuellement...

 

Le Grand Prix

Le ciel est clair et l'atmosphère chaude en ce beau dimanche de septembre. Ce qui est n'est pas une bonne nouvelle pour Ferrari car les pneus Goodyear sont peu performants au-delà d'une certaine température. La combinaison Renault-Michelin a en revanche retrouvé son efficacité puisque Prost est le plus rapide lors du warm-up avec son mulet. Le français choisit ce modèle pour la course.

 

Départ: Patrese prend un excellent envol. Derrière lui, Piquet déborde Arnoux puis Tambay par l'extérieur et franchit la première chicane au deuxième rang. Cheever est de nouveau très bien parti et précède de Cesaris, Prost et de Angelis. Les Toleman ont démarré très lentement. Pour éviter Giacomelli, Rosberg exécute un grand écart vers la droite et ce faisant coupe la ligne blanche matérialisant la limite de la piste, ce que les commissaires remarquent et n'apprécient pas...

 

1er tour: Les deux Brabham s'échappent en tête de la course. Patrese mène devant Piquet, Tambay, Arnoux, Cheever, de Cesaris, Prost, de Angelis, Mansell et Baldi.

 

2e: Piquet est sur les talons de Patrese. Arnoux dépasse Tambay dans la Parabolica. Les pilotes Ferrari, Cheever, de Cesaris et Prost se tiennent en une poignée de secondes.

 

3e: Cheever attaque et dépasse Tambay avant la première chicane. Surpris, de Cesaris manque son freinage, heurte l'arrière de la Ferrari et part en tête-à-queue juste sous le nez de Prost qui monte sur ses freins et l'évite d'extrême justesse. Bloqué dans les graviers, « de Crasheris » abandonne tandis que Tambay et Prost peuvent poursuivre sans dommage. Le moteur de Patrese explose dans le Rettifilo Centrale. L'Italien entre aux stands pour renoncer tandis que Piquet s'empare du commandement. Baldi double Mansell.

 

4e: Piquet mène devant Arnoux (3.8s.), Cheever (4.3s.), Tambay (7.1s), Prost (8.5s.) et de Angelis (10s.). Suivent Baldi, Warwick, Watson, Mansell et Winkelhock, ces cinq pilotes étant en bagarre. Lauda s'arrête chez McLaren pour colmater une fuite à sa commande de frein arrière.

 

5e: Baldi voit son turbo partir en fumée. C'est également terminé pour Johansson qui rencontre un souci avec son distributeur.

 

6e: Cheever menace Arnoux tandis que Tambay constate que son moteur manque de « punch ». Prost et de Angelis le rattrapent.

 

7e : Winkelhock s'empare de la neuvième place aux dépens de Mansell. Ghinzani s'arrête chez Osella pour faire changer sa platine d'allumage.

 

8e: Piquet précède Arnoux (5s.), Cheever (5.8s.), Tambay (11s.), Prost (12s.), de Angelis (12.6s.). A dix-huit secondes du leader, Watson prend la septième place à Warwick.

 

10e : L'écart est stable entre Piquet et le duo Arnoux- Cheever. De Angelis menace Prost qui a fait un méplat sur ses pneus en voulant éviter de Cesaris. Lauda retrouve la piste avec huit tours de retard.

 

11e: De Angelis prend l'avantage sur Prost.

 

12e : Piquet est en tête devant Arnoux (5.4s.), Cheever (6.2s.), Tambay (12.5s.), de Angelis (14.7s.), Prost (14.2s.), Watson (21s.) et Warwick (24s.). Suivent Winkelhock, Mansell, Giacomelli et Rosberg.

 

13e: Prost souffre d'un moteur affaibli et de pneus en mauvais état. Il ne parvient pas à suivre de Angelis. Ghinzani abandonne à cause d'un souci avec sa boite de vitesses.

 

14e : De Angelis prend la quatrième place à Tambay dont le moteur n'est guère vaillant. Watson s'immobilise dans la pelouse à cause d'une défaillance de distribution.

 

16e : Piquet caracole en tête devant Arnoux (7.3s.), Cheever (9.1s.), de Angelis (16.9s.), Tambay (18s.), Prost (19s.), Warwick (32s.), Winkelhock (45s.), Mansell (47s.), Giacomelli (50s.), Rosberg (1m.), Alboreto (1m. 12s.), Jarier (1m. 13s.), Surer (1m. 20s.), Boutsen (1m. 23s.), Cecotto (1m. 33s.) et Guerrero (1m. 34s.). Les autres coureurs ont concédé au moins un tour.

 

18e : Arnoux prend de la marge sur Cheever à la faveur du dépassement des Theodore attardées.

 

20e : Le classement est le suivant : Piquet premier devant Arnoux (8.4s.), Cheever (11.5s.), de Angelis (19.5s.), Tambay (20.3s.) et Prost (21s.). Piquet réalise le meilleur tour de la course: 1'34''431'''.

 

22e : Jarier prend la douzième place à Alboreto. Sullivan sort dans les graviers à la seconde chicane. Il perd ainsi une place au profit de Fabi.

 

23e : Gêné par Cecotto, Tambay tire tout droit à la première chicane. Il soulève un nuage de poussière, mais heureusement pour lui Prost, ralenti par Guerrero, n'en profite pas.

 

25e : Cheever (11.6s.) et de Angelis (14.2s.) observent leurs ravitaillements. Ils repartent respectivement aux cinquième et septième rangs, Warwick s'intercalant entre eux.

 

26e : Arnoux arrive chez Ferrari pour ravitailler en douze secondes. Il redémarre derrière Tambay mais devant Cheever. Prost roule au ralenti avec une turbine cassée. Il arrive au stand Renault où ses mécaniciens changent tout de même ses pneus, lui remettent de l'essence et le renvoient en piste.

 

27e : Prost effectue un tour au petit trot avant de regagner les stands. Il renonce sous les applaudissements des tifosi. Ravitaillement de Jarier.

 

28e : Piquet a vingt-quatre secondes d'avance sur Tambay. Warwick, Winkelhock et Rosberg passent par les stands.

 

29e : Cheever est dans les roues d'Arnoux. Tambay stoppe chez Ferrari (11.7s.). Il parvient à repartir devant de Angelis dont les pneus Pirelli ne sont pas encore montés en température...

 

30e : Piquet précède Arnoux (40s.), Cheever (41s.), Tambay (48s.), de Angelis (52s.), Giacomelli (1m. 05s.) et Warwick (1m. 08s.). Mansell effectue son ravitaillement tandis qu'Alboreto abandonne, embrayage grillé.

 

31e : Cheever tente de faire l'intérieur à Arnoux au premier virage, sans succès. Lauda ravitaille chez McLaren mais lorsqu'il repart, il cale devant le stand Brabham où l'on attend Piquet ! Le minuscule Bernie Ecclestone vient lui-même pousser manu militari la voiture de l'Autrichien qui parvient à se relancer. Piquet survient sur ces entrefaites. Son ravitaillement se déroule proprement (10.1s.). Giacomelli passe aussi par la case « stands ».

 

32e : Piquet est reparti en tête devant Arnoux (25.3s.), Cheever (25.8s.), Tambay (40.1s.), de Angelis (46.3s.) et Warwick (1m. 04s.). Suivent Winkelhock, Giacomelli, Mansell et Rosberg. Lauda met pied à terre à cause d'une panne électrique.

 

33e : Piquet baisse la pression de suralimentation de son moteur pour éviter toute avarie. Cela permet à Arnoux et à Cheever de combler une partie de leur retard.

 

34e : Mansell prend la huitième place à Giacomelli.

 

35e : Arnoux et Cheever, toujours roues dans roues, reviennent à vingt-et-une secondes de Piquet. Winkelhock doit une nouvelle fois abandonner, cette fois-ci par la faute d'un échappement fêlé.

 

37e : Piquet ménage son moteur. Arnoux et Cheever ont 19 secondes de retard sur le Brésilien.

 

39e : Piquet précède Arnoux (18.4s.), Cheever (19.2s.), Tambay (39.3s.), de Angelis (41.8s.), Warwick (1m. 05s.), Mansell (1m. 31s.), Giacomelli (1m. 34s.), Rosberg (-1t.) et Jarier (-1t.).

 

41e : Quinze secondes séparent Piquet et Arnoux. Cheever a perdu l'usage de sa quatrième vitesse et ne peut plus coller à la Ferrari.

 

42e : Piquet prend un tour à Giacomelli. De Angelis ne parvient plus à sélectionner son troisième rapport et perd toute chance de rattraper Tambay.

 

43e : Piquet devance Arnoux (17s.), Cheever (20.6s.), Tambay (39.7s.), de Angelis (43.4s.) et Warwick (1m. 14s.). Boutsen abandonne après que les soupapes de son Cosworth se sont cassées. Sullivan passe par le stand Tyrrell car il a des soucis d'alimentation.

 

45e : L'intervalle entre Piquet et Arnoux ne diminue plus et tourne autour de dix-sept secondes.

 

47e : Gêné par Cecotto, Mansell le déborde par l'extérieur dans le Rettifilo Centrale, non sans mettre deux roues dans le gazon à 290 km/h...

 

48e : Sullivan abandonne après être tombé en panne de commande de pompe à essence. C'est aussi terminé pour Fabi, trahi par un raccord de canalisation d'huile sur son V12 Alfa Romeo.

 

49e : Piquet mène un train de sénateur. Arnoux est revenu à douze secondes du Brésilien mais n'a aucun espoir de le rattraper. Cheever concède maintenant six secondes à Arnoux.

 

50e : Onze secondes entre Piquet et Arnoux.

 

51e : Piquet laisse Giacomelli reprendre son tour de retard. La pédale d'accélérateur de Guerrero s'est tordue. Malgré cet handicap, le Colombien choisit de rallier l'arrivée. A l'agonie, de Angelis a perdu sa cinquième vitesse.

 

52ème et dernier tour : Nelson Piquet remporte sa deuxième victoire de la saison sans jamais avoir été inquiété. Arnoux apporte une seconde place à Ferrari tandis que Cheever monte sur son quatrième podium en 1983. Quatrième, Tambay ne pouvait pas mieux faire à cause d'un moteur poussif. De Angelis obtient in extremis la cinquième place et inscrit (enfin !) ses premiers points de la saison. Warwick ramène une unité supplémentaire à Toleman. Mansell ralentit dans la Parabolica lorsque les premiers tifosi envahissent le circuit. Giacomelli conserve lui son allure et chipe la septième place à l'Anglais... Rosberg, Jarier, Surer, Cecotto et Guerrero franchissent aussi la ligne d'arrivée.

 

Rosberg reçoit une pénalité d'une minute pour avoir franchi les limites de la piste lors du départ. Les commissaires ne veulent jamais revoir le carambolage du Grand Prix de 1978... Le Finlandais recule ainsi au onzième rang.

 

Après la course

Les tifosi investissent la piste à peine le drapeau à damiers brandi. Entre la Variante della Roggia et les deux Lesmo, ils forment une haie d'honneur bigarrée pour les pilotes qui sont tenus à la plus stricte prudence. On voit même de petits enfants courir à quelques centimètres des bolides...

 

Piquet essuie quelques sifflets en montant sur la première marche de podium, mais les tifosi applaudissent surtout Arnoux en scandant le nom de Ferrari. Piquet savoure un succès aisé : « Vraiment aucun problème, une course facile, n'ayant pas eu d'attaque à repousser. A partir du moment où j'ai ravitaillé, je me suis évertué à contrôler le déroulement de la course. Dans les dix derniers tours, Arnoux est revenu sur moi, mais il ne m'a jamais inquiété. J'avais simplement ralenti la cadence pour ménager la mécanique. »

 

Pour sa part, René Arnoux estime que Piquet était intouchable. Il se contente de cette seconde place qui lui permet de revenir à deux points de son grand rival Alain Prost. Le petit Isérois entrevoit la couronne mondiale... Cependant Enzo Ferrari ne partage pas du tout sa satisfaction. Il perçoit la tranquille chevauchée de Piquet à Monza comme une humiliation personnelle. Le lundi 12 septembre, il réunit à Maranello son staff technique. On pointe du doigt les pneus Goodyear, le nouveau problème de moteur rencontré par Patrick Tambay... et la supériorité de la Brabham-BMW. « Elle a certainement quelque chose en plus... » susurre Mauro Forghieri.

 

Ce Grand Prix d'Italie relance en tout cas le championnat du monde des conducteurs. Prost (51 pts) ne possède plus que deux petits points d'avance sur Arnoux (49 pts). Grâce à sa victoire, Piquet (46 pts) n'est plus qu'à cinq longueurs du pilote Renault. Tambay (40 pts) conserve un mince espoir de sacre. Ferrari se rapproche de la victoire au championnat des constructeurs en portant son avance sur Renault à dix-sept points. Ce succès pourrait être entériné dès le GP d'Europe.

 

La réconciliation Prost - Renault

Alain Prost quitte Monza évidemment déçu. Il n'avait plus subi la moindre panne de moteur en course depuis le GP d'Italie 1982. Néanmoins, trois jours plus tard, il retrouve Gérard Larrousse à Ladoux, sur le circuit privé de Michelin. Là, il paraphe son contrat avec Renault pour 1984. Les difficultés ont été aplanies par l'entremise de François Guiter. Elf apporte la rallonge financière réclamée par Prost.

 

Larrousse et son pilote font bonne figure même si, de part et d'autre, une certaine rancœur subsiste. Prost se demande toujours s'il possède le plein soutien de la Régie. Du côté de la direction, on a fort mal perçus les contacts noués par Prost avec Ferrari. Mais Larrousse affirme que la crise est surmontée : « L'argent que demande un pilote n'est qu'un aspect du problème. Rien n'existe au sein d'une écurie sans la confiance. Le plus grave, ce fut quand j'ai senti qu'Alain perdait sa confiance en nous... J'avais rendu sa liberté à Jean-Pierre Jabouille en 1980 pour les mêmes raisons... » Pour l'heure, tout est donc pour le mieux. Mais qu'en serait-il si d'aventure Prost perdait le titre mondial ?

Tony