Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Brabham BMW
Alain PROST
 A.PROST
Renault
Patrick TAMBAY
 P.TAMBAY
Ferrari

382e Grand Prix

XXXVI British Grand Prix
Ensoleillé
16 juillet 1983 - Silverstone
67 tours x 4.719 km - 316.173 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Patrick Tambay devant René Arnoux et Alain Prost, les Français mènent la course.

Le zoo de Silverstone

Les spectateurs de Silverstone ont la désagréable surprise de constater que l'accès au paddock est désormais impossible. Pilotes et mécaniciens sont coupés du monde par des grillages gardés par une armada de policemen. Bernie Ecclestone est à l'origine d'un tel déploiement de sécurité. Il explique que les barrières mobiles utilisées autrefois étaient trop facilement contournables, et que les écuries ont constaté une recrudescence des vols d'outils divers. Mais le résultat est désastreux pour l'image de la Formule 1 puisque les passionnés ne peuvent plus approcher les monoplaces et les pilotes. Comme l'écrit un journaliste, Silverstone devient une sorte de zoo dont les « animaux » se cachent dans leurs tanières.

 

Hélas, les autres circuits suivent peu ou prou la même politique. Le « Formula One Circus » conçu par Ecclestone doit être réglementé et maîtrisé comme n'importe quel spectacle. Et tant pis pour les spectateurs...

 

Présentation de l'épreuve

A l'occasion du Grand Prix de Grande-Bretagne, Jacques Laffite s'est installé avec son épouse Bernadette dans un manoir de la campagne londonienne louée à un milliardaire. Ce châtelain d'un jour ne cache pas que sa nouvelle situation chez Williams le déçoit quelque peu. Laffite avait quitté Ligier en espérant bénéficier d'un turbo qui se fait toujours attendre. En outre il s'aperçoit que son équipe lui prête moins d'attention qu'à Keke Rosberg. Sans être mauvaises, ses relations avec le Finlandais sont froides. Sachant cela, Guy Ligier espère fait revenir son ami au bercail en 1984, d'autant plus qu'il aura un turbo Renault à faire valoir. Mais Laffite affirme son intention d'aller au bout de son contrat de deux ans avec Frank Williams.

 

Le 2 juillet est mort brutalement Jean-Charles Laurens, le speaker officiel français des Grands Prix depuis une quinzaine d'années. Il était âgé de 59 ans et aura marqué la fonction de speaker comme peu avant lui. Sa voix était devenue familière à toute une génération de passionnés, d'autant plus qu'il officiait aussi aux 24 heures du Mans depuis 1968.

 

Si John Watson est un vétéran respecté, si Derek Warwick et Nigel Mansell sont devenus des valeurs sûres, si Jonathan Palmer fait le pied de grue en tant que réserviste de Williams, il faut bien constater la pénurie de jeunes pilotes britanniques en Formule 1, faute de filières de soutien comme il en existe en France. Beaucoup d'espoirs traversent désormais la Manche pour apprendre leur métier à Magny-Cours, à l'école Winfield de Mike Knight et David Piper. La seule structure de financement importante en Grande-Bretagne est celle de Marlboro. Parmi ses élèves se trouve le fils du regretté Graham Hill, Damon, âgé de 23 ans. Les Anglais comptent cependant beaucoup sur le jeune Martin Brundle qui dispute vaillamment le titre de champion d'Angleterre de Formule 3 à un surdoué brésilien au curieux prénom, Ayrton Senna. Ce dernier remporte d'ailleurs la manche de F3 disputée en marge de ce Grand Prix.

 

Nouvelles voitures: Ferrari 126 C3, Brabham BT52B, Lotus 94T etc...

Les équipes ont profité des cinq semaines d'interruption pour mener des essais intensifs et améliorer leurs voitures. Ferrari lance sa nouvelle 126 C3, imaginée par Harvey Postlethwaite. Si elle est esthétiquement très semblable à la C2, la C3 possède une toute nouvelle coque en fibres composites. Néanmoins elle utilise les pontons de la C2 pour des raisons thermiques. Elle est aussi dépourvue de carrosserie centrale comme l'ATS D6. Cette Ferrari ressemble assez à la Brabham BT52, et certains journalistes la surnomment la « Brabham rouge ». La puissance du moteur turbo est encore augmentée et la compression améliorée grâce à un système d'injection d'eau dans les cylindres. Ce mécanisme crée une polémique avec Renault qui l'utilise également et accuse la Scuderia de plagiat. La C3 arbore un aileron arrière très épuré pour réduire la traînée sur les circuits rapides de l'été.

 

Les Brabham BT52 sont gréées en configuration « B ». Le capot avant est plus court avec des moustaches plus reculées associées à des flaps. Le capot-moteur est plus bas et de forme plus bombée. De manière anecdotique, les couleurs des monoplaces ont été inversées : les parties blanches sont devenues bleues et vice-versa.

 

Les Renault RE40 ont perdu dix kilos grâce de nouvelles coques qui contiennent... un peu moins de kevlar. Elles abandonnent aussi leur système d'échappement traversant les pontons apparu à Monaco. Officiellement, celui-ci engendrait trop de surchauffes en cas de forte chaleur, mais il se murmure que les responsables de la Régie craignaient tout simplement une mise hors la loi après les récentes plaintes de Brabham. Bernard Dudot a retouché les turbos qui offrent maintenant plus de pression.

 

Chez Lotus, Gérard Ducarouge a conçu une nouvelle voiture, la 94T, en un temps record : cinq semaines ! Le premier modèle est sorti de l'atelier le lundi précédant la course ! La 91 de la saison 1982 a servi de base à cette monoplace. Dès les essais celle-ci se révèle plus efficace. La suspension avant provient du modèle 92 tandis qu'à l'arrière le principe est totalement inédit. L'aérodynamique arrière s'inspire de la Renault pour la partie basse, avec des échappements « spaghettis » débouchant au ras du sol. La partie haute est copiée sur l'Alfa Romeo 183T conçue par... Ducarouge. La 94T fait le bonheur de Nigel Mansell qui abandonne la 92 à moteur Cosworth pour bénéficier d'une voiture à moteur Renault turbo. Enfin, Lotus bénéficie de nouveaux pneus Pirelli à flancs plus rigides, dérivés de ceux utilisés en 1982.

 

Osella lance la nouvelle version de sa FA1E à moteur V12 Alfa Romeo, désormais pilotée par Corrado Fabi comme par Piercarlo Ghinzani. La coque mixte allie aluminium et fibre de carbone. La carrosserie est inspirée de la Ligier JS 21 et la suspension avant est d'un type original.

 

Euroracing a fortement modifié les 183T : leur réservoir n'a plus qu'une capacité de 225 litres contre 250 auparavant. Les turbos bénéficient d'un nouveau wastegate tandis que les suspensions arrière sont inédites. Les Arrows A6 arborent des prises d'air sur leur capot-moteur. Contrairement à ce qui avait été annoncé, les Ligier JS21 conservent leur suspension oléopneumatique. John Barnard apporte de nouveaux pontons et une nouvelle suspension à la McLaren MP4/1. Mais ses efforts sont désormais tournés vers la future McLaren-TAG-Porsche. Niki Lauda a effectué quelques jours auparavant les premiers essais du V6 allemand sur la piste de Weissach. A signaler aussi que les McLaren disposent désormais d'embouts permettant un ravitaillement.

Les Toleman utilisent un moteur Hart à double-allumage, dispositif essayé par Derek Warwick depuis quatre épreuves. Elles inaugurent aussi une nouvelle configuration aérodynamique avec un nez plus étroit et des profils intérieurs plus courts, et disposent aussi des nouveaux pneus Pirelli.

 

Changement de pilote chez RAM March: le jeune Irlandais du Nord Kenny Acheson remplace Jacques Villeneuve grâce au soutien de RMC. Âgé de 25 ans, Acheson a terminé second du championnat britannique de Formule 3 en 1982. Les RAM ont été retouchées et arborent des pontons « en delta » type Brabham. Enfin pour cette course les Arrows portent les couleurs du magazine britannique Grand Prix International.

 

Arrivée de Spirit et retour de Honda

La petite écurie anglaise Spirit fait ses débuts à l'occasion du Grand Prix de Grande-Bretagne. Elle a été fondée en 1981 par John Wickham et Gordon Coppuck et obtenu quelques bons résultats en Formule 2 avec le jeune Stefan Johansson, retenu pour cette nouvelle aventure. Coppuck a bricolé des châssis de F2 pour présenter une 201-C, assez différente du prototype aperçu lors de la Course des Champions. Mais l'intérêt se porte surtout sur le moteur turbo Honda installé dans cette voiture. Quinze ans après son retrait, le constructeur nippon fait son retour en Formule 1 par la petite porte. Petit et discret, le motorhome Honda n'en est pas moins envahi par les journalistes curieux. L'ingénieur Yoshio Nakamura a fait le voyage depuis Tokyo avec une armée de mécaniciens japonais impassibles.

 

Stefan Johansson est inquiet. Sa Spirit est trop lourde et le V6 Honda réagit brutalement. De très longues séances de mise au point s'imposent. Qu'importe : Frank Williams s'entretient longuement avec Nakamura... Cela fait plus d'un an que l'entrepreneur britannique est en pourparlers avec les Japonais. Il a confiance en le savoir-faire de Honda. Surtout, il vient de recevoir un ultimatum de Keke Rosberg : s'il ne lui offre pas un turbocompresseur pour 1984, le Finlandais ira voir ailleurs. Williams n'a plus guère le choix s'il veut assurer l'avenir de son équipe. John Wickham comprend rapidement qu'il ne détiendra pas longtemps l'exclusivité du turbo Honda...

 

Les qualifications

Les moteurs atmosphériques n'ont absolument aucune chance contre les turbos sur ce tracé. On estime que les V8 Ford-Cosworth, DFV ou DFY, rendent plus de cent cinquante chevaux aux blocs suralimentés. Une fois n'est pas coutume, ce week-end britannique se déroule sous la canicule.

 

Le vendredi, les Renault sont les plus fortes tandis que les Ferrari C3 rencontrent des soucis de refroidissement, à tel point que Tambay réutilise provisoirement la C2. En revanche, le samedi, les voitures rouges dominent la concurrence. Arnoux signe ainsi la pole position avec un temps exceptionnel de 1'09''462''', avec une moyenne record de 244.571 km/h. Il précède son équipier Tambay de six dixièmes. Prost est troisième et devance un étonnant de Angelis qui démontre ainsi les capacités de la nouvelle Lotus. Mansell a eu moins de chance. Sa voiture n'a été prête que très tardivement et un souci de faisceau électrique l'a empêché de rouler avec elle. Il obtient le 18ème temps au volant de la 93T de rechange. Les deux Brabham sont reléguées en troisième ligne, Patrese devant Piquet. L'Italien se plaint de survirage, le Brésilien de sous-virage... Cheever occupe la septième place. Il devance Winkelhock qui doit utiliser toutes ses ATS suite à des défaillances de turbo. Les nouvelles Alfa 183T de de Cesaris (9ème) et Baldi (11ème) déçoivent. Les Toleman (Warwick 10ème, Giacomelli 12ème) progressent.

 

Rosberg utilise un aileron d'incidence presque nulle pour compenser le manque de vitesse de son V8. Le courageux Finlandais glisse dans chaque virage mais n'arrache qu'une médiocre treizième place. Laffite est vingtième. Johansson hisse sa Spirit-Honda à une méritoire quatorzième position. Chez McLaren, Lauda (15ème) se plaint de survirage et Watson (24ème) a dû changer trois fois de moteur... Les Tyrrell (Alboreto 16ème, Sullivan 23ème) et les Arrows (Boutsen 17ème, Surer 19ème) sont réduites à faire de la figuration, tout comme les Ligier (Boesel 22ème, Jarier 25ème). Guerrero place sa Theodore au 21ème rang mais Cecotto (27ème) ne peut pas se qualifier à cause de mauvais réglages. Ghinzani (26ème) qualifie la nouvelle Osella-Alfa Romeo, mais pas Fabi qui découvrait la voiture. Enfin, Acheson (29ème, éliminé), n'a pu défendre ses chances avec une RAM très lente et équipée de Pirelli « en bois ».

 

Le Grand Prix

Le warm-up est l'occasion pour Mansell de monter pour la première fois dans la Lotus 94T... avec laquelle il va disputer la course. Le brave Nigel n'a décidément peur de rien. L'enthousiasme est de mise chez les hommes de Peter Warr puisque de Angelis est le plus rapide à l'échauffement. Gérard Ducarouge est aux anges...

 

Une chaleur de plomb règne sur Silverstone. La course se jouera sur le comportement des pneumatiques qui vont devoir supporter des températures supérieures à 120°C. Le clan Michelin (Renault et Brabham) semble plus à l'aise que le clan Goodyear (Ferrari). Prost part avec des gommes plus dures que celles de Piquet. Les moteurs de Tambay et de Patrese sont changés juste avant le coup d'envoi. La voiture de Ghinzani est tombée en panne dans le tour de mise en grille. L'Italien partira avec la voiture de C. Fabi depuis les stands.

 

Départ: Tambay démarre mieux qu'Arnoux. Les deux Ferrari franchissent Copse roues dans roues. Se plaçant à l'extérieur, Tambay se rabat devant son équipier. Les roues se frôlent mais le Cannois s'empare de la tête. Prost est dans le sillage d'Arnoux, suivi par Patrese, Cheever et Piquet. Mauvais envol de de Angelis qui se retrouve septième.

 

1er tour: Tambay mène devant Arnoux, Prost, Patrese, Cheever, de Angelis, Piquet, de Cesaris, Winkelhock et Warwick. Rosberg passe par l'herbe à la sortie de Becketts, sans dommage pour lui. Mansell est douzième.

 

2e: Des flammes s'échappent de la Lotus de de Angelis. L'Italien stoppe au niveau de Becketts, très déçu. Il a accidentellement coupé le contact en sortant de Copse et l'afflux d'essence ainsi généré a provoqué cet incendie... Giacomelli s'arrête au stand Toleman à cause d'un problème de turbo.

 

3e: Une seconde sépare Tambay et Arnoux. Cheever ralentit à cause de la rupture d'un joint de culasse. Il se fait doubler par Piquet avant de dégringoler dans le classement. Mansell est déjà revenu au neuvième rang.

 

4e: Tambay mène devant Arnoux (1.5s.), Prost (2.2s.), Patrese (3s.), Piquet (5.5s.), de Cesaris (10s.), Winkelhock (10.5s.), Warwick (11.2s.) et Mansell (12s.). Johansson emmène le groupe suivant mais est distancé. Cheever met pied à terre.

 

5e: Johansson abandonne suite à la rupture d'une courroie de pompe à essence. Mais la petite Spirit-Honda aura plutôt brillé pour sa première sortie.

 

6e : Si les Ferrari sont plus puissantes que les Renault et les Brabham à l'accélération, elles souffrent dans les courbes et abîment leurs pneus. Prost se blottit ainsi dans les échappements d'Arnoux

 

7e: Arnoux résiste à Prost mais se plaint de survirage. Piquet se rapproche de Patrese. Plus loin, Mansell est bloqué derrière Warwick. Giacomelli renonce avec un turbo Hart hors d'usage.

 

8e : Un plomb d'équilibre de 40 kg se détache de la Lotus de Mansell, ce qui dégrade sa tenue de route et génère du sous-virage.

 

9e: Tambay ne compte qu'une seconde d'avance sur Arnoux, toujours sous la menace de Prost. Patrese ralentit avec un moteur fumant. C'est son neuvième abandon en neuf courses cette année !

 

10e: Tambay mène devant Arnoux (1s.), Prost (1.8s.), Piquet (4s.), de Cesaris (17s.), Winkelhock (18s.), Warwick (19s.), Mansell (20s.), Lauda (28s.), Baldi (29s.), Rosberg (31s.) et Watson (32s.).

 

11e : Watson prend la onzième place à Rosberg, victime de pneus Goodyear très peu performants sous cette chaleur.

 

12e: Prost ne trouve pas le moyen de doubler Arnoux. Piquet demeure en embuscade derrière les deux Français.

 

14e: Prost prend l'aspiration derrière Arnoux devant les stands. Il plonge au dernier moment à l'intérieur de Copse et surprend son rival qui s'incline. Désormais troisième, Arnoux subit la menace de Piquet.

 

15e: Prost se lance aux trousses de Tambay. Piquet est menaçant derrière Arnoux dont les pneus sont cloqués.

 

16e: Tandis qu'il prend un tour à Surer, Arnoux est attaqué par Piquet à Club, mais il le serre à l'intérieur et conserve sa position.

 

17e: Prost est revenu juste derrière Tambay. Mansell prend la septième place à Warwick.

 

18e : Tambay est premier devant Prost (0.6s.), Arnoux (4.8s.), Piquet (5.6s.), de Cesaris (26s.), Winkelhock (28s.), Mansell (31s.) et Warwick (33s.).

 

19e: Arnoux est gêné par Boutsen. Piquet en profite pour le dépasser et s'empare de la troisième place.

 

20e: Prost déborde Tambay à Copse et prend ainsi le commandement de l'épreuve. Les pneus d'Arnoux s'effondrent complètement et le Grenoblois perd plusieurs secondes par tour.

 

22e: Prost s'échappe en tête de la course pendant que Piquet revient sur Tambay. La supériorité des pneus Michelin sur les Goodyear se confirme.

 

24e: Prost précède Tambay (4.2s.), Piquet (5.6s.), Arnoux (16s.), de Cesaris (25s.), Winkelhock (27s.), Mansell (29s.) et Warwick (33s.). Suivent Lauda, Baldi, Watson, Rosberg, Jarier et Laffite.

 

27e: Piquet est revenu derrière Tambay.

 

28e: Warwick entre aux stands pour ravitailler mais sa boîte de vitesses ne fonctionne plus et il doit abandonner.

 

29e: Piquet est sur les talons de Tambay. Winkelhock arrive chez ATS pour ravitailler et changer ses gommes. Il repart en dixième position derrière Watson.

 

30e: Prost devance Tambay (9s.), Piquet (10s.), Arnoux (27s.), de Cesaris (31s.) et Mansell (33s.).

 

31e: Piquet attaque Tambay à Becketts, mais le Français ferme la porte. Le Brésilien retente sa chance par l'intérieur à Stowe, mais Tambay ne lui laisse aucun espace et conserve sa position. Finalement Piquet plonge à l'intérieur de Woodcote, ne laissant aucune chance à son adversaire malgré un début de glissade magistralement maîtrisé.

 

32e: Prost réalise le meilleur tour en course: 1'14''212'''. Arnoux entre aux stands pour ravitailler et surtout changer ses Goodyear cloqués. Il repart en septième position après quinze secondes d'arrêt. Watson observe le premier ravitaillement de l'équipe McLaren.

 

34e: Prost a treize secondes d'avance sur Piquet. De Cesaris effectue son ravitaillement mais cale au redémarrage à cause d'un souci d'embrayage. Lorsqu'il redémarre, il n'occupe plus que la douzième place. Jarier ravitaille également.

 

36e: Lauda ravitaille et change ses pneus. Il repart derrière Winkelhock. Boesel perd son capot avant dans un choc avec Alboreto. La pièce atterrit dans la ligne droite longeant les stands. Les commissaires ne pourront pas aller le chercher...

 

37e: Prost s'arrête à son stand pour ravitailler. Il repart au bout de 14s. d'arrêt en deuxième position. Tambay s'arrête également (14.6s.) et redémarre en quatrième position, laissant la troisième place à Mansell.

 

38e: Piquet précède Prost (16.4s.), Mansell (23.2s.), Tambay (37.6s.) et Arnoux (51s.). Suivent Winkelhock, Lauda, Rosberg (qui ne s'est pas arrêté) et Watson. Onzième, de Cesaris est le grand perdant de ces arrêts aux stands. Laffite passe par le stand Williams. Ses pneus Goodyear sont détruits, comme ceux de son équipier ou des pilotes Tyrrell.

 

39e: Ravitaillement de Baldi qui glisse au huitième rang.

 

40e: Piquet est gêné par des retardataires et ne parvient pas à construire une avance suffisante sur Prost avant son ravitaillement. De plus son stand lui indique des écarts erronés.

 

41e : Piquet a toujours seize secondes d'avance sur Prost. Arrêt aux stands de Rosberg, désespéré par le comportement de ses pneus Goodyear.

 

42e: Piquet effectue son ravitaillement. L'arrêt dure 12 secondes mais hélas Piquet repart juste derrière Boesel qui vient lui aussi de ravitailler. Il doit suivre son compatriote jusqu'à la sortie de l'allée des stands et perd ainsi du temps. Il se retrouve troisième derrière Prost et Mansell qui doit encore s'arrêter.

 

43e: Mansell s'engouffre dans la voie des stands. Les mécaniciens de Lotus travaillent bien : le ravitaillement ne dure que treize secondes. L'Anglais repart en cinquième position.

 

44e : Prost est premier devant Piquet (17s.), Tambay (27s.), Arnoux (51s.), Mansell (53s.), Winkelhock (1m. 10s.), Lauda (1m. 15s.), Baldi (-1t.), Watson (-1t.), de Cesaris (-1t.), Jarier (-1t.) et Rosberg (-1t.).

 

45e: Prost prend un tour à Lauda. Tous les pilotes mus par un V8 Ford-Cosworth ont été doublés au moins une fois.

 

46e: Mansell remonte sur Arnoux dont les nouveaux pneus sont déjà abîmés.

 

47e : Mansell attaque Arnoux par l'intérieur avant Copse, mais doit se rabattre au dernier moment pour éviter le capot de la Ligier de Boesel, toujours planté à cet endroit. Winkelhock est en difficulté et se fait passer par Lauda. De Cesaris double Watson.

 

48e: Mansell déborde Arnoux et s'empare de la quatrième place. Baldi double Winkelhock. Ghinzani renonce suite à une chute de pression d'essence.

 

49e: Winkelhock regagne son stand. Son moteur a surchauffé lors de son arrêt aux stands et est désormais hors d'usage.

 

50e : Prost mène devant Piquet (16s.), Tambay (24s.), Mansell (43s.), Arnoux (48s.), Lauda (-1t.), Baldi (-1t.), de Cesaris (-1t.), Watson (-1t.), Jarier (-1t.) et Rosberg (-1t.).

 

51e: Boesel quitte la course à cause d'une fuite sur sa suspension hydraulique.

 

52e: Mansell est l'homme le plus rapide en piste. Il compte toutefois dix-huit secondes de retard sur Tambay et aura du mal à remonter sur lui.

 

54e: Seize secondes séparent Prost et Piquet.

 

55e : Mansell est revenu à quinze secondes de Tambay qui parvient à mieux ménager ses pneus que son coéquipier.

 

58e: Prost prend un deuxième tour à Rosberg... La différence de performance entre moteurs turbo et atmosphériques est cruelle sur ce circuit.

 

60e: Prost a dix-huit secondes d'avance sur Piquet. Tambay est prudent pour soigner ses Goodyear, mais voit Mansell revenir à onze secondes.

 

61e: Mansell est copieusement bouchonné par de Cesaris et perd quelques secondes derrière celui-ci.

 

62e: Prost devance Piquet (22s.), Tambay (31s.), Mansell (40s.), Arnoux (55s.) et Lauda (-1t.).

 

63e: Mansell est pris dans le trafic: il doit doubler Baldi puis Alboreto, et perd ainsi encore du temps sur Tambay.

 

65e : L'intervalle entre Tambay et Mansell se stabilise à douze secondes.

 

66e: De Cesaris est à l'attaque derrière son équipier Baldi pour lui chiper la septième place.

 

67ème et dernier tour: Alain Prost remporte brillamment son troisième Grand Prix de la saison. Piquet termine deuxième à vingt secondes du Français. Tambay finit troisième. Mansell inscrit les premiers points de la Lotus-Renault 94T, voiture qu'il n'avait jamais pilotée avant le warm-up ! Parti en pole, Arnoux termine seulement cinquième après une course très difficile. Lauda est sixième et ainsi le premier du peloton des moteurs atmosphériques. Viennent ensuite Baldi et de Cesaris qui trouvent le moyen de s'accrocher sitôt la ligne d'arrivée franchie ! Puis arrivent Watson, Jarier, Rosberg, Laffite, Alboreto, Sullivan, Boutsen, Guerrero et Surer.

 

Après la course: Michelin met Goodyear K.O.

Cette victoire est un triomphe des pneus Michelin face aux Goodyear qui ont été incapables de supporter la forte chaleur. La débâcle est totale pour des équipes comme Williams et Tyrrell qui avaient ici le double désavantage d'utiliser des pneus américains et des moteurs Cosworth.

 

Prost – Piquet – Tambay, le trio de la course est celui du championnat. Alain Prost fête son succès avec ses mécaniciens tandis que Gérard Larrousse rappelle que six ans auparavant, Renault faisait rouler ici même pour la première fois son moteur turbo sous les quolibets des journalistes britanniques. Il remercie aussi chaleureusement Pierre Dupasquier et Michel Droitecourt, les ingénieurs de Michelin qui ont offert de si bons pneus à ses voitures. Pragmatique, Nelson Piquet se satisfait de sa deuxième place, même s'il voit Prost s'éloigner au championnat. Patrick Tambay est beaucoup plus amer : « Nous n'avons rien pu esquisser contre les Michelin. Nos machines ne tenaient pas. L'adhérence était par trop précaire. Il est urgent que Goodyear se convertisse au radial. Sinon, nous irons vers d'autres déceptions... » Le message est entendu par Lee Gaug.

 

Le public anglais accueille fraîchement le triomphe des « frenchies ». Il réserve ses ovations à Nigel Mansell qui a réalisé une course splendide au volant d'une voiture qu'il découvrait. Le moustachu, trop souvent décrit comme un butor, a fait montre de son brio et d'une superbe capacité d'adaptation. Les très belles performances des Lotus-Renault 94T sont aussi une magnifique récompense des journées de travail et des nuits sans sommeil de Gérard Ducarouge et de son équipe. Enfin, Pirelli peut aussi se targuer de jolis progrès puisque depuis son retour jamais une de ses voitures n'avait obtenu un si bon résultat.

 

Ken Tyrrell vient mettre son grain de sel dans ce triomphe des turbos et dépose une plainte contre les systèmes d'injection à eau de Ferrari et de Renault, qui selon lui sont illégaux. Il affirme que l'essence ainsi utilisée par les deux marques est nécessairement enrichie. Les commissaires sportifs rejettent sa réclamation mais Tyrrell, pugnace, porte l'affaire devant le tribunal d'appel de la FIA. En parallèle, certains accusent Williams d'user « en douce » d'un tel procédé pour accroître les performances de ses V8 préparés par Judd. Mais Tyrrell et Williams sont alliés pour le moment, alors...

 

Pour la première fois, Prost évalue ouvertement ses chances de devenir champion du monde. La situation lui sourit en effet : Avec 39 points, il devance maintenant assez nettement ses deux principaux rivaux Piquet (33 pts) et Tambay (31 pts). Rosberg (25 pts) n'est pas une menace puisqu'il ne dispose pas de turbo. Arnoux (19 pts) apparaît distancé. Au classement des constructeurs Renault (53 pts) se détache devant Ferrari (50 pts) tandis que Brabham-BMW (33 pts) se rapproche de Williams (35 pts).

Tony