Le Grand Prix de France au Castellet est l'occasion pour Renault d'étrenner enfin sa nouvelle voiture, la RE40. Après un début de championnat médiocre, il est urgent que l'écurie française ouvre enfin son compteur de points. Autre nouvelle: l'équipe RAM engage une deuxième March confiée au coureur local Jean-Louis Schlesser. Après sa pige lors de la course américaine, Alan Jones devait aussi être présent sur le circuit Paul-Ricard, mais à cause de la défection d'un sponsor, il redonne le volant de la deuxième Arrows à Chico Serra.
Les essais qualificatifs lèvent les doutes qui pesaient quant à la compétitivité de la nouvelle Renault. Prost décroche la pole position en 1'36''6''', soit avec deux secondes et demie d'avance sur son équipier Cheever, lequel devance Patrese, Arnoux, de Angelis et Piquet. Les deux Alfa Romeo sont en quatrième ligne, suivies par Warwick et Winkelhock. Tambay n'est qu'onzième sur la deuxième Ferrari. Les monoplaces équipées de moteurs atmosphériques souffrent sur cette piste: les McLaren et les Williams sont relégués très loin sur la grille. Sur la deuxième Lotus-Ford-Cosworth, Mansell est blessé à un orteil et n'occupe que le dix-huitième rang. Il y a trois non-qualifiés: les deux RAM-March de Salazar et de Schlesser, ainsi que l'Osella de Ghinzani.
C'est sous un ciel tout gris que se déroule cette course. Conscient de la supériorité des Renault, Bernie Ecclestone décide de monter sur ses Brabham les pneus les plus tendres afin de réaliser un excellent début de course. Prost part lui en pneus durs afin de garder en réserve un train performant pour le second relai.
Départ: Bon envol de Prost ainsi que de Patrese qui passe Cheever. Piquet est passé du sixième au quatrième rang.
1er tour: Prost mène devant Patrese, Cheever, Piquet, Arnoux, Tambay, de Angelis, Warwick, Rosberg et Winkelhock. Suite à un choc avec Watson, Baldi est victime d'une crevaison et revient aux stands au ralenti. Le Nord-Irlandais est quant à lui à son garage pour changer de nez.
2e: Cheever menace Patrese. Tambay passe Arnoux. Rosberg prend la huitième place à Warwick.
3e: Cheever dépasse Patrese. L'Américain compte environ trois secondes de retard sur Prost.
5e: Rosberg passe de Angelis au Pont, après une lutte au coude à coude. Watson abandonne, en panne d'accélérateur.
6e: La lutte entre Rosberg et de Angelis se poursuit. N'hésitant pas à mettre deux roues dans la poussière, l'Italien fait l'extérieur au Finlandais dans la ligne droite de La Bretelle. Mais Rosberg reprend l'avantage par l'intérieur à la Chicane. Devant eux Piquet passe son équipier Patrese.
7e: Rosberg passe Arnoux. Derrière de Angelis se débat avec un train composé de Winkelhock, de Cesaris, Laffite, Warwick, Alboreto et Lauda. Victime de douleurs à son orteil, Mansell ne peut plus piloter sa Lotus, revient à son garage et abandonne.
10e: Prost a la course bien en main, avec quatre secondes d'avance sur Cheever. Les deux Brabham ne semblent pas être des menaces sérieuses pour le Français. En revanche Piquet remonte sur Cheever.
12e: De Angelis chute dans le classement. Il n'est plus que douzième après une lutte sévère avec Laffite.
14e: Winkelhock fait un écart à la sortie du virage du Pont et perd deux places au profit de de Cesaris et de Laffite. Lauda et Alboreto klaxonnent derrière de Angelis. Warwick est aux stands pour changer des pneus.
16e: Piquet est revenu derrière Cheever. Warwick s'arrête sur le bas-côté, moteur fumant.
18e: Piquet prend la deuxième place à Cheever. Dans le même temps Prost est pris dans le trafic.
19e: Victime d'une surchauffe de son moteur, Patrese est au ralenti. L'Italien revient à son garage et abandonne. Lauda parvient enfin à passer de Angelis.
20e: De Cesaris est au ralenti et revient à son stand. Il y reste bloqué de longs moments à cause d'une panne et ressort dernier.
21e: A l'abord de la chicane de Angelis ralentit soudainement et s'arrête du fait d'une panne d'électricité. Encore une course à oublier pour Lotus.
22e: Prost compte neuf secondes d'avance sur Piquet. Sullivan est contraint à l'abandon à cause d'une panne d'embrayage.
24e: Laffite prend la sixième place à Arnoux. Ce dernier entre ensuite dans les stands pour ravitailler en essence et changer de pneus. Il repart onzième après quinze secondes d'arrêt.
25e: Ravitaillement de Cheever en seulement dix-huit secondes. Les mécaniciens de Renault commettent néanmoins une grave négligence, une des roues enlevées à la Renault s'échouant en plein milieu de l'allée des stands. L'Américain repart quatrième, derrière Tambay. Abandon de Guerrero, moteur cassé.
28e: Ravitaillement de Rosberg (en 26s.) qui chute au huitième rang. Serra met pied à terre à cause d'une panne de boîte de vitesses.
29e: A l'issue de ce tour Prost effectue son ravitaillement. L'arrêt dure 24s. et permet à son pilote de repartir second. Piquet est le nouveau leader. Lauda prend la sixième place à Winkelhock.
30e: Tambay s'arrête également et repart quatrième. Baldi perd le contrôle de sa machine avant le S de la Verrerie et tape le rail, heureusement par l'arrière. L'Italien est indemne. Victime d'un souci avec une de ses roues, Lauda s'arrête dans le gravier.
31e: Winkelhock est bloqué aux stands pour de longues minutes et chute au dernier rang.
33e: Piquet ravitaille. L'arrêt ne dure que seize secondes, mais Prost a tout de même repris le commandement.
34e: Lors de son arrêt Prost a chaussé des pneus tendres plus performants. Le résultat se fait sentir: il signe le meilleur tour en course: 1'42''695'''.
36e: Prost compte quinze secondes d'avance sur Piquet. Laffite ravitaille en 13.7s. Il cède la cinquième place à son équipier Rosberg.
37e: Prost prend un tour à Arnoux, relégué en huitième position, prenant ainsi en quelque sorte sa revanche sur l'affront du GP de France 1982.
39e: Corrado Fabi abandonne en panne de moteur.
40e: Arnoux prend la septième place à Alboreto.
41e: Bon dernier à plusieurs tours, Winkelhock renonce, moteur cassé.
45e: Prost compte 23 secondes d'avance sur Piquet, 33 secondes sur Cheever. Derrière les positions sont figées: Tambay est quatrième, suivi par les deux Williams de Rosberg et Laffite.
48e: Il n'y a plus que six secondes d'écart entre Piquet et Cheever. L'Américain peut espérer apporter un doublé à Renault.
50e: Boesel rencontre un problème de moteur et ne verra pas le drapeau à damiers.
52e: Piquet a repris un peu de marge sur Cheever. La boîte de vitesses de Giacomelli rend l'âme. L'Italien était onzième.
54ème et dernier tour: Alain Prost remporte son sixième Grand Prix, le deuxième à domicile après son succès à Dijon en 1981. Piquet termine deuxième devant Cheever qui monte sur son premier podium pour Renault. Tambay est quatrième, ce qui est un moindre mal pour une équipe Ferrari transparente au Castellet. Rosberg et Laffite prennent les derniers points. Arnoux échoue au septième rang, suivi par Alboreto, Jarier, Surer, Cecotto et de Cesaris.
Ainsi ce GP de France marque le vrai début de cette saison 1983. Renault a montré avec sa nouvelle création qu'il était un candidat très sérieux aux deux titres de champion du monde. Prost apparaît comme le nouveau favori pour obtenir la couronne mondiale. En attendant, c'est Piquet qui s'empare du commandement au championnat, avec quinze points contre dix à Lauda et neuf à Prost et à Watson.
Chez les constructeurs McLaren conserve la tête avec 19 points, mais Brabham et Renault semblent des concurrents bien plus crédibles que l'équipe britannique, en pleine transition et fatalement handicapée par son moteur atmosphérique.
Tony