Alain PROST
 A.PROST
Renault
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Brabham BMW
Nigel MANSELL
 N.MANSELL
Lotus Renault

387e Grand Prix

XXXV Grand Prix of Europe
Ensoleillé
25 septembre 1983 - Brands Hatch
76 tours x 4.207 km - 319.732 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
  • 4e victoire pour BMW
  • 10e podium pour BMW
René Arnoux et Eddie Cheever en bagarre.

Lutte finale pour le titre et amertume de Patrick Tambay

A deux étapes de la fin de saison, quatre pilotes sont en quête de la couronne mondiale. Le leader du classement Alain Prost (51 pts) sort de l'été affaibli par deux abandons consécutifs, l'un sur collision, l'autre sur panne de moteur, la première depuis un an. En outre ses relations avec Renault demeurent tendues. Néanmoins, son talent et extraordinaire intelligence de course sont des atouts majeurs dans ce combat final. René Arnoux (49 pts) hume le parfum de la victoire et de la revanche sur son ancien coéquipier. Il a pour lui la fougue et l'enthousiasme, mais malheureusement la Ferrari 126 C3 manque de fiabilité. Le rival le plus dangereux de Prost pourrait être Nelson Piquet (46 pts) qui reste sur un succès en Italie, et dont la Brabham-BMW fait montre depuis deux épreuves d'une vitesse extraordinaire. Le Brésilien a foi en son étoile, persuadé que les efforts fournis par BMW pour optimiser son turbo ont enfin payé. Mais sait-il que son écurie utilise une essence illégale ?

 

Prost et Piquet peuvent compter sur l'appui de leurs deux équipiers respectifs, Eddie Cheever et Riccardo Patrese. Mais Arnoux doit composer avec Patrick Tambay qui, avec 40 points, conserve un mince espoir de coiffer la couronne mondiale. Cependant, le Cannois est nerveux en arrivant à Brands-Hatch. Son avenir chez Ferrari s'inscrit en pointillés. Marco Piccinini lui a pourtant garanti la confiance de la Scuderia pour 1984. Mais Tambay n'est pas dupe : il sait que le « cardinal » de Maranello a pris contact avec Michele Alboreto pour le remplacer. Il ressent cela comme une profonde injustice : depuis un an et demi, il se dévoue corps et âme pour une équipe qu'il a portée sur ses épaules après les accidents de Gilles Villeneuve et de Didier Pironi. En 1983 il a admirablement piloté, ne commettant que fort peu d'erreurs et faisant souvent jeu égal avec Arnoux, réputé plus rapide. Les deux avaries de moteur subies coup sur coup en Allemagne et en Autriche lui ont porté un coup d'arrêt. Sans ces mésaventures, c'est lui qui serait probablement en tête du championnat du monde. Et Tambay, l'éternel sous-estimé, le moins connu des membres de la « french connection », celui que naguère Teddy Mayer et Guy Ligier avaient mis à la porte comme un malpropre, serait en passe de devenir le premier champion du monde français. De porter au pinacle le n°27 de son si regretté ami Gilles. Ce n'est hélas qu'un beau rêve...

 

Amabilités entre Prost et Arnoux

Pour changer, une polémique oppose Alain Prost à René Arnoux. Au cours d'un entretien avec Bernard Dolet paru dans L'Équipe, le Forézien s'est répandu en propos très aigres à l'égard de son ancien coéquipier, et désormais rival dans la course au titre: « Arnoux, c'est rien. Il passe pour un martyr auprès de quelques journalistes car il sait mieux vendre sa soupe que moi. Arnoux champion du monde ? Je serais très déçu. Piquet oui, lui non. Cela m'emmerderait vraiment. Il n'est pas représentatif du sport automobile français. » Arnoux ne semble pas se soucier de ces déclarations : « Que répondre à de telles accusations ? Ridicule. Je les prends pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire un tissu de bêtises. Je les prends également d'où elles proviennent. Elles peuvent très bien se retourner contre leur auteur [..] »

 

Cependant, la violence des paroles de Prost soulève un certain malaise. Arrivé à Brands-Hatch, le pilote Renault tente maladroitement de se justifier, affirmant que sa conversation avec Dolet était de nature privée, que le ton était détendu et que le journaliste a pris pour argent comptant quelques « plaisanteries ». « Tout le monde sait que je n'ai guère de sympathie pour Arnoux, sur le plan humain notamment, mais je n'ai jamais critiqué ses valeurs de pilote autrement qu'en plaisantant », affirme-t-il. Cette argumentation ne convainc pas grand monde...

 

Rumeurs de transferts

Le marché des transferts s'anime en cette fin de saison. Renault a refusé de prolonger le contrat d'Eddie Cheever qui réclamait un meilleur traitement sportif et salarial, mais a déçu la Régie sur l'ensemble de la saison. L'Américain pourrait rejoindre son ami Mansour Ojjeh dans l'aventure McLaren-TAG-Porsche. Gérard Larrousse recherche donc un nouvel équipier pour Alain Prost. Il a pris contact avec Derek Warwick et Patrick Tambay. Elio de Angelis poursuivra sa collaboration avec Lotus tandis que Nigel Mansell est sur la sellette. Chez Brabham, Riccardo Patrese ne devrait pas être conservé après sa saison catastrophique. Son remplaçant pourrait être un autre Italien : on parle de Michele Alboreto ou d'un des frères Fabi, Teo ou Corrado.

 

Enfin, Frank Williams ne retiendrait plus Jacques Laffite si celui-ci voulait quitter Didcot. Il aurait sondé Warwick pour prendre le baquet du vétéran français. Le jeune Anglais est décidément très courtisé. Ted Toleman espère pourtant le retenir, mais pour cela il lui faudrait obtenir un meilleur turbo que le quatre cylindres Hart. Il négocie en ce sens avec BMW.

 

Présentation de l'épreuve

Un deuxième Grand Prix se déroule cette année sur le sol anglais, à Brands-Hatch, afin de remplacer le Grand Prix de New-York initialement prévu à cette date et finalement annulé. L'événement ressuscite le nom tombé en désuétude de « Grand Prix d'Europe ».

 

Le championnat des constructeurs est moins disputé que celui des conducteurs. Ferrari possède douze points d'avance sur Renault et peut s'assurer de ce titre à Brands-Hatch en inscrivant trois points de plus que la marque au Losange.

 

L'association Theodore – Ensign vit ses dernières heures. Mo Nunn a vendu les parts qu'il conservait dans l'entreprise et est reparti aux États-Unis. Resté seul à la barre, Teddy Yip ne semble pas disposé à prolonger l'aventure une année de plus. La Formule 1 coûte de plus en plus cher, et un milliardaire hong-kongais même passionné surveille ses fins de mois par les temps qui courent. Pour ne rien arranger, Theodore n'aligne plus que la voiture de Roberto Guerrero. En effet, à Monza, Johnny Cecotto a reçu une amende de 2000 dollars pour être arrivé en retard au briefing des pilotes. Une somme que le Vénézuélien, semble-t-il lâché par quelque sponsor, refuse de payer. Son beau coup de volant ayant été remarqué par quelques managers, il juge plus utile de partir en quête d'un futur baquet que de vivoter plus longtemps en fond de grille.

 

Williams aligne une troisième voiture pour Jonathan Palmer qui vient de remporter le championnat d'Europe de Formule 2. Le jeune Anglais est considéré comme un grand espoir, mais a longtemps attendu l'honneur de piloter en Grand Prix. Il espère se faire remarquer par un directeur d'équipe pour 1984, et pourquoi ne pas remplacer Jacques Laffite chez Williams.

 

Les Brabham BT52 possèdent désormais de volumineux ailerons arrière à sabots latéraux, une « pelle » de type Ferrari. Renault adopte aussi ces éléments aérodynamiques. Plusieurs modifications sur les Ferrari, notamment sur le dispositif de refroidissement. Les bonbonnes de gaz liquéfié se sont muées en un réservoir plat d'eau pure. Les C3 sont aussi équipées d'un procédé inédit de contrôle de l'alimentation.

Les V8 Alfa Romeo possèdent de nouvelles wastegate de turbocompresseur commandées par une canalisation d'air. On en attend une diminution du temps de réponse et un surcroît de pression à bas-régime. L'ATS D6 reçoit un nouvel échappement conçu par BMW. On continue de tâtonner chez McLaren et chez Porsche. Les V6 allemands possèdent des systèmes d'échappement et de refroidissement déplacés. Les MP4/1E sont gréées de gros ailerons à sabots. Stefan Johansson effectue quelques tests au volant de la nouvelle Spirit 101/1, mais il juge qu'elle manque de mise au point et reprend son ancien modèle de « Formule 2 ». Danny Sullivan bénéficie enfin de la nouvelle Tyrrell 012. Enfin, les Arrows sont cette fois-ci commanditées par une galerie d'art londonienne (!), la MacConnal Mason Gallery.

 

Les qualifications

Les Lotus-Renault 94T sont à la fête à Brands-Hatch, pour le plus grand plaisir des Britanniques. De Angelis réalise la première pole position de sa carrière après avoir dominé les essais, et ce malgré une sortie de route le samedi matin. Son équipier Mansell obtient une excellente troisième place. Seules les Brabham-BMW sont en mesure de concurrencer les Lotus. Patrese se hisse au second rang pour compléter une première ligne 100 % italienne. Piquet est quatrième après avoir exécuté un spectaculaire tête-à-queue, conséquence de la difficile mise au point d'une voiture très sous-vireuse à cause de son nouvel aileron arrière. Les Ferrari sont repoussées en troisième ligne, Arnoux devançant Tambay. Les Renault ne sont pas très performantes et occupent la quatrième ligne. Cheever précède Prost. Comme souvent, Winkelhock décroche une belle position (la neuvième) malgré plusieurs pannes. Les McLaren-TAG-Porsche rencontrent toujours des problèmes de jeunesse. Watson (10ème) précède Lauda (13ème). Les MP4/E encadrent les Toleman-Hart de Warwick et de Giacomelli. Ces derniers ont eu la désagréable surprise de constater que les pneus Pirelli de qualification, si efficaces sur les Lotus, ne leur étaient d'aucune utilité. Les Alfa Romeo (de Cesaris 14ème, Baldi 15ème) souffrent d'une mauvaise tenue de route. Johansson qualifie la Spirit-Honda au 19ème rang.

 

En 1982, Rosberg avait réalisé la pole position à Brands-Hatch avec la Williams-Ford-Cosworth. Quinze mois plus tard, il se contente de la seizième place, à près de trois secondes du meilleur chrono... Le débutant Palmer obtient le vingt-cinquième temps, tandis que Laffite n'est encore une fois pas qualifié, gêné par une panne de moteur et de mauvais trains de pneus. Les Arrows (Surer 17ème, Boutsen 18ème) font plutôt bonne figure. Chez Tyrrell, Sullivan est vingtième avec la 012. En revanche Alboreto ne comprend pas pourquoi sa voiture est désespérément lente. Il se qualifie bon dernier avec le modèle de son équipier. Guerrero est vingt-et-unième avec l'unique Theodore engagée. Les Ligier (Jarier 22ème, Boesel 23ème) se contentent de figurer tandis que Ghinzani (24ème) qualifie son Osella. Corrado Fabi et Acheson sont éliminés.

 

Elio de Angelis dédie sa pole position à la mémoire de Colin Chapman. C'est la première pole d'une JPS-Lotus depuis celle réalisée par Jean-Pierre Jarier au Grand Prix du Canada 1978 ! Ce qui tombe à point nommé puisque John Player Special patronne cette course. De plus, deux Italiens n'avaient plus occupé la première ligne depuis le GP de France 1953 ! Enfin Pirelli obtient sa première position de pointe depuis son retour à la compétition.

 

Le Grand Prix

Guy Ligier souhaitait imposer à Jean-Pierre Jarier une stratégie à deux relais parcourus avec des pneus Michelin tendres de type 06. Mais Pierre Dupasquier déclare être dans l'impossibilité de lui fournir la gomme nécessaire. Jarier devra disputer la course avec un seul train de pneus durs qui a déjà servi... Ligier éructe contre Michelin : « Ils me font prendre un départ avec des pneus qui ont déjà 60 tours ! Qui nous coûtent une seconde et demie au tour ! [...] Mais je saurais m'en souvenir ! Ils vont entendre parler de moi ! » Jean Glavany, l'envoyé de l'Élysée, calme Ligier par de belles paroles...

 

Lors du warm-up et du tour de mise en grille, Patrese se plaint de ratés sur son moteur. Il préfère partir avec le mulet, pourtant adapté aux mesures de Piquet. Les Ferrari partent équipées de nouveaux pneus B et C apportés par Goodyear.

 

Départ: Mauvais envol de de Angelis qui se fait immédiatement dépasser par Patrese. Mansell tente de déborder son équipier à Druids mais celui-ci lui ferme la porte. Cheever s'élance encore une fois très bien : il se faufile entre les Ferrari et tente de faire l'intérieur à Piquet à Druids, sans succès. Jarier casse son couple conique et reste immobile. Il doit déjà renoncer.

 

1er: Après avoir contenu Cheever, Piquet attaque Mansell à Surtees mais le Britannique conserve sa position. Patrese mène devant de Angelis, Mansell, Piquet, Cheever, Winkelhock, Arnoux, Prost, Tambay et Warwick.

 

2e: Patrese et de Angelis s'échappent. Mansell est en difficulté car ses pneus Pirelli mettent du temps à chauffer. Piquet le déborde à Hawthorn Bend, imité plus tard par Cheever à Dingle Dell. De son côté Prost se débarrasse d'Arnoux en début de tour, avant de doubler Winkelhock. Le pilote ATS est ensuite avalé par Arnoux.

 

3e: Prost attaque et dépasse Mansell à Hawthorn Bend. Arnoux double ensuite la Lotus dans la courbe de Westfield. Warwick et de Cesaris sont en bagarre pour la dixième place.

 

4e : Prost se rapproche de Cheever. Mansell emmène un très long peloton comprenant Winkelhock, Tambay, Warwick, de Cesaris, Lauda, Watson, Baldi, Giacomelli, Rosberg, Surer et Johansson.

 

5e : Patrese est premier devant de Angelis (1.4s.), Piquet (7s.), Cheever (8.5s.), Prost (9.5s.) et Arnoux (11s.).

 

6e : De Cesaris s'impose pour de bon face à Warwick. Une grosse bagarre oppose Watson, Lauda et Baldi.

 

7e: Piquet se rapproche des deux Italiens de tête. Prost est gêné par son propre équipier Cheever.

 

9e: Piquet revient à quatre secondes de de Angelis. Le Romain commence à s'impatienter derrière Patrese, d'autant plus que son voyant d'huile clignote de manière inquiétante. Prost double enfin Cheever à Paddock Hill.

 

10e : Patrese précède de Angelis (1s.), Piquet (4s.), Prost (6.2s.), Cheever (7.5s.) et Arnoux (9.4s.). A quinze secondes survient le peloton comportant désormais Mansell, Winkelhock, Tambay, de Cesaris, Warwick et Watson.

 

11e: De Angelis tente de faire l'intérieur à Patrese au virage de Surtees Bend. Le Padouan ferme la porte et de Angelis perd la maîtrise de sa Lotus qui part en toupie. Il heurte légèrement son rival, ce qui les envoie tous deux en tête-à-queue dans l'herbe. Patrese parvient à repartir derrière Piquet. Après une série de pirouettes, de Angelis revient en piste en sixième position.

 

12e: Piquet est maintenant confortablement installé au commandement avec sept secondes d'avance sur son équipier. Revenu juste derrière Patrese, Prost l'attaque mais sans succès.

 

13e: Arnoux met la pression sur Cheever. De Angelis revient aux stands avec un moteur fumant : c'est un nouvel abandon pour le jeune Italien.

 

14e : Patrese bloque efficacement Prost puisque Piquet creuse une avance de dix secondes sur ses poursuivants, dont son rival au championnat... Tambay prend la septième place à Winkelhock et s'élance aux trousses de Mansell.

 

15e: Prost dépasse Patrese à Paddock Hill. Le pilote français concède onze secondes à Piquet.

 

17e: Cheever et Arnoux reviennent sur Patrese dont la suspension arrière a été légèrement endommagée dans l'accrochage avec de Angelis. Arnoux s'inquiète cependant de l'usure excessive de ses pneumatiques.

 

18e : Piquet est premier devant Prost (10.8s.), Patrese (16s.), Cheever (17s.), Arnoux (17.8s.), Mansell (21.3s.), Tambay (21.8s.) et Winkelhock (23s.).

 

20e: Arnoux commet une erreur et part en tête-à-queue à Stirling's. Il se retrouve à cheval sur le vibreur, les deux roues arrière patinant dans le gazon. René appelle les commissaires à son secours. Ceux-ci acceptent de le pousser et il remet les gaz mais ne repart qu'en vingtième position derrière les deux Tyrrell d'Alboreto et Sullivan. Il a sans doute perdu là ses chances de titre.

 

21e: Piquet mène devant Prost (10.9s.), Patrese (20.9s.), Cheever (21.5s.), Mansell (24.2s.), Tambay (26.1s.), Winkelhock (28s.), de Cesaris (28.8s.), Warwick (30s.), Watson (31s.), Lauda (32s.) et Rosberg (34s.).

 

23e: De Cesaris prend la septième place à Winkelhock, puis se rapproche d'un groupe composé de Patrese, Cheever, Mansell et Tambay. Lauda double Watson qui a perdu les flancs de son aileron arrière. Arnoux a dépassé les Tyrrell et la Spirit de Johansson.

 

24e : Mansell et Tambay rattrapent Patrese et Cheever. Un peu plus loin s'étend un long peloton comprenant de Cesaris, Winkelhock, Warwick, Watson, Lauda et Rosberg.

 

26e: Le moteur de Lauda part en fumée. L'Autrichien rejoint son stand pour abandonner. De Cesaris rattrape le quatuor emmené par Patrese.

 

27e : Piquet maintient son avance sur Prost. De Cesaris est pressant derrière Tambay.

 

28e: Une canalisation d'huile sur rompt sur la Tyrrell de Sullivan. L'Américain part en glissade à Paddock Hill. Il redresse sa voiture et redémarre sans s'apercevoir qu'un incendie s'est déclaré à l'arrière à la monoplace. Heureusement, après un coup d'œil dans ses rétroviseurs, il s'immobilise dans une échappatoire. Les commissaires maîtrisent rapidement les flammes.

 

30e : Piquet est premier devant Prost (11s.), Patrese (24s.), Cheever (24.8s.), Mansell (25.2s.), Tambay (26.5s.) et de Cesaris (27s.). Arnoux est remonté en quatorzième position.

 

31e : De Cesaris tente de faire l'intérieur à Tambay à Hawthorn Bend mais le Français ferme la porte.

 

33e: Patrese retient toujours avec peine un groupe comprenant Cheever, Mansell, Tambay et de Cesaris. Warwick menace Winkelhock pour le compte du huitième rang. Jusqu'alors dixième, Watson regagne les stands pour ravitailler. John Barnard arrache les morceaux d'aileron pendant à l'arrière de la McLaren et prévoit un nouvel arrêt de son pilote pour changer la pièce.

 

35e: Ravitaillement de Cheever en 11.7s. L'Américain ressort en onzième position devant Arnoux.

 

37e : Onze secondes séparent Piquet et Prost. Mansell est aux trousses de Patrese. Winkelhock observe son arrêt aux stands et regagne la piste entre Cheever et Arnoux. Baldi observe un long arrêt au garage Euroracing à cause d'un embrayage défaillant.

 

38e: De Cesaris ravitaille en fin de tour pendant 12.4s. Il repart derrière Cheever. Il est suivi peu après dans les stands par Arnoux qui chausse des pneus tendres de type « C ». Le Grenoblois demeure douzième. Mal fixé, l'aileron arrière de Watson s'envole à Hawthorn Bend. La McLaren part en vrille et va s'écraser contre les protections. Sonné mais indemne, Watson quitte seul son habitacle.

 

39e: Arrêt de Patrese. Les mécaniciens de Brabham, d'habitude si rapides, ont cette fois du mal à fixer la roue arrière-droite et l'Italien ne ressort qu'au bout de vingt-cinq secondes, en dixième position.

 

40e: Piquet précède Prost (10.6s.), Mansell (28s.) et Tambay (29s.). Warwick effectue son ravitaillement et reprend la route derrière de Cesaris. Derrière les quatre leaders se trouve désormais Giacomelli sur la seconde Toleman-Hart.

 

41e: Prost ravitaille et chausse des pneus tendres en 13.9s. Le jeune Français se retrouve quatrième derrière Mansell et Tambay. Arrêt de Rosberg qui parvient à ressortir devant Patrese. Abandon de Baldi à cause d'une panne d'embrayage.

 

42e: Mansell s'engouffre dans les stands. Les mécaniciens de Lotus réalisent un très bon ravitaillement en 9.6s et fixent des pneus Pirelli pré-chauffés. L'Anglais se retrouve cinquième derrière Giacomelli qui ne s'est toujours arrêté. Palmer ravitaille.

 

43e: Piquet a trente-cinq secondes d'avance sur Prost. Mansell se fait attaquer par Cheever mais repousse ces assauts. Tambay arrive aux stands. Il ravitaille et chausse des pneus « B » moyennement durs en douze secondes. Il repart devant Mansell et Cheever et réalise donc la meilleure opération de cette salve d'arrêts. Giacomelli stoppe chez Toleman et se retrouve en huitième position.

 

44e: Ravitaillement de Piquet. Comme pour son équipier, ses mécaniciens ont du mal à fixer une roue, cette fois-ci à l'arrière-gauche, à cause d'un pistolet récalcitrant. Le Brésilien redémarre au bout de dix-neuf secondes. Par chance, il conserve sa première place avec douze secondes d'avance sur Prost.

 

45e: Rosberg est au ralenti: pour sa dernière course, son V8 Cosworth a rendu l'âme. Le Finlandais s'arrête en pleine piste avant la Clark's Curve. Cheever revient au stand Renault pour un problème insolite: le côté droit de sa visière se décolle ! Les mécaniciens de Renault se précipitent sur un rouleau de scotch, en appliquent un morceau sur l'élément défectueux, et l'Américain repart en quatorzième position.

 

47e: Piquet est en tête devant Prost (11.7s.), Tambay (34.1s.), Mansell (36.4s.), de Cesaris (36.9s.) et Warwick (41.6s.). Suivent Giacomelli, Patrese, Winkelhock et Arnoux. Les commissaires évacuent la Williams de Rosberg.

 

48e : Prost est en difficulté car ses pneus tendres génèrent du sous-virage. En outre, son moteur ne tourne pas tout à fait rond. Le Français choisit de se contenter de sa deuxième place.

 

49e : Ghinzani s'arrête chez Osella pour faire dégripper son accélérateur. Il stoppera encore deux fois pour la même raison.

 

50e: Tambay s'échappe devant Mansell et de Cesaris, en bagarre pour la quatrième place.

 

52e: Surer rentre au stand Arrows pour abandonner, moteur en panne. Pendant ce temps-là Mansell a semé de Cesaris.

 

53e : Le train de pneus tendres monté par Arnoux lors de son ravitaillement est déjà détruit. René revient chez Ferrari pour changer à nouveau de roues et perd tout espoir d'inscrire des points.

 

54e : Piquet devance Prost (13.1s.), Tambay (33.9s.), Mansell (41.5s.), de Cesaris (42.7s.), Warwick (44s.), Giacomelli (58s.), Patrese (1m. 06s.), Winkelhock (1m. 09s.), Alboreto (-1t.), Cheever (1t.), Boutsen (-1t.) et Arnoux (-1t.).

 

56e: L'extincteur embarqué sur la Toleman de Warwick se casse et répand son fluide glaçant dans le cockpit du Britannique tout en l'aveuglant. Warwick se retrouve anesthésié au niveau de la main droite et des cuisses. Fort heureusement ses sensations reviennent au bout de quelques tours. Mais il perd le contact avec de Cesaris.

 

58e : Piquet a treize secondes d'avance sur Prost. Mansell se rapproche de Tambay qui rencontre des problèmes de freins. De plus, les pneus Goodyear s'altèrent rapidement.

 

61e: Piquet mène devant Prost (13.1s.), Tambay (32.2s.), Mansell (34.5s.), de Cesaris (40.5s.) et Warwick (49.1s.).

 

63e : Tambay n'a presque plus de freins. Mansell le menace sérieusement.

 

65e : La jonction est faite entre Tambay et Mansell. La roue avant droite de la Ferrari ne semble plus tourner correctement au braquage.

 

66e: L'écart est stable entre Piquet et Prost. Mansell dépasse Tambay dans Paddock Hill sans rencontrer d'opposition. Le voici troisième. Le public britannique applaudit le pilote Lotus.

 

67e: De Cesaris rattrape Tambay. Alboreto revient à son garage pour abandonner, en panne de moteur.

 

68e: A Druids, le frein avant droit de la Ferrari de Tambay se bloque. Le Français tire tout droit et percute les barrières de protection. Il sort sans mal de sa voiture, mais est ainsi définitivement hors-jeu pour le titre de champion du monde.

 

70e: Piquet ménage sa mécanique et permet à Prost de se rapprocher un petit peu. Meilleur tour en course pour Mansell en 1'14''342'''.

 

72e : Piquet est premier devant Prost (8.1s.), Mansell (31s.), de Cesaris (35s.), Warwick (46s.), Giacomelli (54s.), Patrese (1m. 14s.), Winkelhock (-1t.), Cheever (-1t.) et Arnoux (-1t.).

 

74e: Arnoux et Cheever, les deux déçus du jour, sont en lutte pour la neuvième place. Arnoux parvient à passer la Renault au forceps.

 

76ème et dernier tour: Nelson Piquet remporte sa dixième victoire en Formule 1 devant Alain Prost. Mansell monte sur le troisième podium de sa carrière, le premier de l'association Lotus-Renault. De Cesaris ramène une excellente quatrième place pour Alfa Romeo. Il devance les deux Toleman de Warwick et Giacomelli. Ce dernier inscrit son premier point depuis le GP d'Allemagne 1982 ! Patrese est septième devant Winkelhock. Arnoux finit cette course épouvantable au neuvième rang. Cheever, Boutsen, Guerrero, Palmer, Johansson et Boesel sont classés, au contraire de Ghinzani qui a perdu trop de temps dans les stands.

 

Après la course

Sur le podium, Nelson Piquet et Alain Prost se congratulent chaleureusement, preuve que leur collision à Zandvoort n'a en rien entamé leur amitié. Un profond respect unit ces deux adversaires qui se disputeront le titre mondial en Afrique du Sud. « Ce championnat va se jouer sur une course, déclare Prost. J'espérais mieux mais cette perspective m'amuse plutôt. Piquet était vraiment intouchable ici... » Le grand perdant du jour est évidemment René Arnoux qui n'a plus qu'un très mince espoir de devenir champion du monde : « Celle-là, je veux l'oublier très vite... » grogne-t-il, le visage rouge de colère. Patrick Tambay narre quant à lui plusieurs fois son accident à Mauro Forghieri. Le Cannois est moins déçu qu'inquiet à la perspective de son prochain renvoi.

 

Les spectateurs anglais ovationnent longuement Nigel Mansell qui a réalisé une course spectaculaire. S'il est encore loin d'être un champion accompli, le brave Nigel a su conquérir l'affection des foules par sa bonhomie ainsi que par son pilotage généreux et opiniâtre. Il est chaudement félicité par son patron Peter Warr qui pourtant n'est pas, on le sait, son premier supporteur.

 

Le dénouement du championnat aura donc lieu à Kyalami. Avec 57 points, Prost compte deux longueurs d'avance sur Piquet, huit sur Arnoux. Au classement des constructeurs, Ferrari conserve la première place avec onze points d'avance sur Renault et peut donc envisager sereinement le dernier rendez-vous.

 

Ferrari: Alboreto remplace Tambay

Le lundi 26 septembre, Michele Alboreto est reçu à Maranello par Enzo Ferrari, en présence de ses agents Domingo Piedade et le comte Zanon. Il y paraphe son contrat avec la Scuderia pour 1984 tout en intégrant la section sportive de Marlboro qui a servi d'intermédiaire. Le soir même un télex annonce que René Arnoux et Michele Alboreto seront les pilotes de Ferrari l'année suivante.

 

Marco Piccinini annonce la mauvaise nouvelle à Patrick Tambay qui ne bronche pas. Il intériorise son amertume. « Je suis entré chez Ferrari dans une période très délicate, après la mort de Gilles Villeneuve et avant l'accident de Didier Pironi. Je n'ai jamais ménagé mes efforts. Je pense avoir justifié la confiance que m'avait accordée le Commendatore. Je quitte une équipe que j'ai servie avec dévouement et qui m'a donné tout ce dont peut avoir besoin un pilote, au plan technique ou psychologique. » Pas de doute, Tambay est très digne. Et sait aussi user, un peu, de la langue de bois...

Tony