Gilles VILLENEUVE
 G.VILLENEUVE
Ferrari
Didier PIRONI
 D.PIRONI
Ferrari
Michele ALBORETO
 M.ALBORETO
Tyrrell Ford Cosworth

361e Grand Prix

II Gran Premio di San Marino
Ensoleillé
25 avril 1982 - Imola
60 tours x 5.040 km - 302.400 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Lutte fratricide entre les pilotes Ferrari.

Affaire des réservoirs: Williams et Brabham disqualifiées

Le climat politique est très tendu avant ce Grand Prix de Saint-Marin. Le lundi 19 avril le tribunal d'appel de la FIA se penche sur la réclamation portée par Ferrari et Renault contre la Brabham de Nelson Piquet et la Williams de Keke Rosberg, estimées en dessous du poids légal au GP du Brésil. A Paris, Marco Piccinini et Jean Sage assistent à la délibération, ainsi que Max Mosley, l'avocat de la FOCA et de Brabham.

Malgré la sourde opposition du président Balestre, le tribunal décide de déclasser la Brabham et la Williams, donnant ainsi la victoire brésilienne à Alain Prost et à Renault. Le pilote français retrouve la première place du championnat avec 18 points. Bernie Ecclestone et Frank Williams prennent cette sanction comme un véritable camouflet. Au contraire, Ferrari est si satisfaite qu'elle retire son appel déposé après la disqualification de Gilles Villeneuve à Long Beach. « La FIA a choisi la position la plus dure, non sans raison. Nous n'en espérions pas tant. » déclare Jean Sage.

 

Cette affaire tombe au plus mal pour Jean-Marie Balestre qui, une semaine après la course d'Imola, doit présenter devant le conseil mondial de la FIA réuni à Casablanca toute une série de nouvelles mesures techniques impopulaires. Le président envisage en effet d'imposer aux écuries usant d'un moteur turbocompressé des limitations de carburant. Ce qui entraîne bien sûr l'opposition des grandes marques groupées derrière Ferrari et Renault.

 

La FOCA organise le boycott du Grand Prix de Saint-Marin

Mais ce sont les constructeurs britanniques de la FOCA qui se soulèvent. Le mercredi 21 avril Balestre, souhaitant peut-être se rapprocher des « légalistes », demande en tant que président de la FFSA les disqualifications de la McLaren de Watson, de la Lotus de Mansell, de la Tyrrell d'Alboreto et de l'ATS de Winkelhock, estimant que toutes ces équipes ont également triché au Grand Prix du Brésil. A Londres, Bernie Ecclestone et Max Mosley convoquent une réunion d'urgence de la FOCA. Les constructeurs britanniques sont furieux et envisagent de boycotter le Grand Prix de Saint-Marin. Mais les avis divergent. Partisans d'une ligne « dure », Ecclestone et Colin Chapman proposent de présenter leurs voitures à Imola avec les fameux réservoirs d'eau mis hors la loi. Mais la plupart des chefs d'équipes subissent la pression de leurs commanditaires, surtout lorsque ceux-ci sont italiens. Parmalat menace ainsi Brabham. Ragno met la pression sur Arrows mais Jackie Olivier et Alan Rees ne veulent pas se désolidariser de la FOCA. Encore plus problématique est la situation de Ken Tyrrell qui vient de signer un contrat de longue durée avec Candy. S'il n'est pas présent en Italie, c'est la rupture assurée. De plus Michele Alboreto a pour sponsor personnel la Ceramica... Imola.

 

A Vichy aussi on entre en dissidence. Depuis plusieurs semaines Guy Ligier a secrètement rejoint le camp de la FOCA. Jeudi, il annonce le forfait de son écurie pour... raisons techniques. La nouvelle Talbot-Matra JS19, testée le week-end précédent à Imola, ne serait pas prête. Quant à la JS17, elle est dépassée... « A quoi bon faire le déplacement ? » se demande ingénument Ligier qui ne veut pas avouer son ralliement à Ecclestone.

 

Le jeudi 22 avril matin un télex officialise le forfait des écuries de la FOCA pour le GP de Saint-Marin, exceptées Tyrrell, afin de sauver son entente avec Candy, et ATS qui se désolidarise. Dans l'après-midi, Ecclestone s'envole pour Maranello pour une entrevue de la dernière chance avec Enzo Ferrari. Rien n'en découle. Ecclestone repart, décidé à empêcher la tenue de la course. En tant que promoteur du championnat du monde (en vertu des Accords Concorde), il ordonne l'annulation des retransmissions télévisées du Grand Prix. Il est cependant contrecarré par la RAI qui prend à sa charge la retransmission en Eurovision et permet la télédiffusion dans les autres pays européens. Et comme la journée est décidément mauvaise, Ecclestone doit en plus subir les foudres de Paul Rosche: il lui avait en effet promis de réintroduire le turbo BMW à Imola...

 

Seront donc présentes en Émilie-Romagne toutes les écuries légalistes, c'est-à-dire utilisant ou ayant l'intention d'utiliser un moteur turbo: Ferrari, Renault, Alfa Romeo et Toleman-Hart, auxquelles s'ajoute Osella, alignée sur Ferrari. Malgré ce faible nombre d'engagés, le président de la fédération italienne Fabrizio Serena maintient le Grand Prix et, tout en annonçant de lourdes sanctions pour les écuries qui ne viendront pas, permet aux éventuels retardataires de s'inscrire jusqu'au samedi à 13h.

 

Réunion des grands constructeurs: Ferrari mène la fronde contre Balestre

Pendant ce temps-là les grands constructeurs s'organisent face à Balestre et la FOCA. Le jeudi soir à Imola se réunissent autour d'Enzo Ferrari tous les constructeurs impliqués dans le développement de moteurs turbo: Renault, Ferrari, Alfa Romeo, BMW, Porsche et Hart. Honda envoie un télégramme d'approbation. A 84 ans, Enzo Ferrari est le véritable meneur de cette fronde. Il rédige un violent communiqué adressé à la FISA. Marco Piccinini en donne connaissance à la presse. Toutes les marques présentes menacent de quitter la Formule 1 si le projet de Balestre est adopté par la FIA à Casablanca.

 

Quant au président de la FISA, il « cogne » à tout-va et appelle à de grandes sanctions contre les équipes de la FOCA. Mais ici en Italie ce sont les grandes marques qui suscitent le plus son ire : « Ni le chantage, ni les menaces, ni les mensonges de certains constructeurs automobiles ne m'empêcheront de faire voter des réformes destinées à préserver la vie des pilotes. [...] Si au lieu d'obéir uniquement à leurs propres intérêts commerciaux en utilisant des manœuvres méprisables pour être à n'importe quel prix champion du monde, Renault, Ferrari et cie. avaient considéré l'intérêt sportif, la Formule 1 aurait aujourd'hui meilleure réputation. »

 

Présentation de l'épreuve

En conséquence du jugement rendu par le tribunal d'appel de la FIA, les autorités ont interdit de refaire le plein des « fluides essentiels » après la course, au cas où des petits malins voudraient de nouveau tricher. Les équipes ont donc retiré en hâte leurs réservoirs postiches. Mais du coup certaines voitures pèsent en dessous du poids réglementaire minimal. Il faut donc les lester. Cela est parfois fastidieux. Ainsi les mécaniciens d'Alfa Romeo ont dû rajouter quarante kilos de lingots de plomb aux 182 !

 

Ken Tyrrell et ses hommes sont donc bien dans le paddock. « Uncle Ken » fait néanmoins savoir qu'il est solidaire de ses amis britanniques et n'est présent qu'en vertu des accords avec Candy et la Ceramica Imola. Mais il est là aussi pour jouer le rôle de parasite. Ainsi il attend jusqu'au samedi à 15 heures pour confirmer sa participation, celle-ci étant jusqu'alors conditionnelle. Surtout il dépose une invraisemblable réclamation contre les moteurs turbo, s'appuyant sur un article du règlement interdisant les moteurs à... turbines. Comme beaucoup de composants des F1 possèdent des turbines, cela fait bien rire les officiels. Enfin Slim Borgudd ne fait plus partie de l'équipe, probablement pour des raisons budgétaires. Il est remplacé par Brian Henton, laissé libre par Arrows car Marc Surer est désormais sur pied.

 

L'autre surprise est la présence de l'écurie ATS. Plusieurs raisons l'expliquent. Tout d'abord la faiblesse du plateau devrait permettre à l'écurie allemande d'inscrire des points. De plus Günther Schmidt cherche à ménager la chèvre et le chou car il serait en contact avec BMW pour la fourniture d'un moteur turbo. En tout cas Schmidt subit immédiatement des représailles de la part d'Ecclestone. Ce dernier, propriétaire de la société IRTS distribuant les pneus Avon, le manufacturier d'ATS, retient en Angleterre le camion chargé de livrer ses gommes à l'écurie allemande.

 

Le jeudi soir, McLaren et Arrows semblent également se préparer à participer au Grand Prix. McLaren est en effet menacée d'une rupture de contrat par Marlboro tandis qu'Arrows est sous la contrainte de Ragno. Finalement le vendredi 22 avril seules quatorze voitures se présentent aux essais. Malgré les pressions de leurs commanditaires McLaren et Arrows ont déserté. Niki Lauda, qui a tout fait pour que son écurie se rende à Imola, erre dans le paddock, absolument furieux.

 

Toleman a subi un grave revers avec la perte de son principal sponsor Candy, désormais allié à Tyrrell. Lourde et pataude, la Toleman TG181 version C est moquée par la presse anglaise sous le sobriquet de « cochon volant », ou plus tard de « General Belgrano », du nom croiseur argentin coulé par la Royal Navy pendant la guerre des Malouines qui vient de commencer.

 

Les qualifications

Les tifosi sont déçus le samedi soir : les Renault monopolisent la première ligne. Malgré des soucis techniques, Arnoux réalise la pole position en 1'29''765''', ce qui est cinq secondes plus rapide que la pole de Villeneuve en 1981 ! Prost l'accompagne au second rang. Les Ferrari manquent d'adhérence et leurs nouveaux étriers de frein en fibre de carbone ne fonctionnent guère. Villeneuve est troisième devant Pironi qui n'a pas couru le samedi après un accident la veille. Alboreto est cinquième mais concède trois secondes à Arnoux. Son nouvel équipier Henton est lui onzième. Les Alfa Romeo sont peu véloces : Giacomelli et de Cesaris se suivent aux sixième et septième rangs. Les Toleman-Hart sont mieux qualifiées que jamais malgré beaucoup d'avaries : Warwick est huitième et Fabi dixième. Pour Osella Jarier est neuvième et Paletti treizième. Enfin, ATS a dû se débrouiller sans pneu neuf. Alastair Caldwell a déniché un vieux stock d'Avon conventionnels ayant servi à Kyalami. Ils sont montés à l'avant tandis qu'à l'arrière l'équipe a emprunté des pneus radiaux à Pirelli. Curieux panachage qui évidemment ne donne rien de bon. Winkelhock se qualifie douzième, Salazar quatorzième et dernier.

 

Le directeur du circuit Roberto Nosetto peut s'estimer heureux qu'il n'y ait pas eu 31 engagés : le revêtement s'effrite dès le vendredi alors que seulement quatorze bolides ont roulé. On imagine le désastre si tout le monde avait été là...

 

Le Grand Prix

La course s'annonce comme un duel Ferrari – Renault, c'est-à-dire aussi Goodyear contre Michelin. Pironi et Villeneuve choisissent des pneus plus tendres qu'Arnoux et Prost.

 

Tour de formation: Une panne de batterie oblige Warwick à arrêter sa Toleman. Il ne prendra pas le départ. Paletti a quant à lui calé et s'élancera depuis les stands, avec du retard.

 

Départ: Arnoux conserve l'avantage de la pole et mène devant Prost, Villeneuve et Pironi.

 

1er tour: Villeneuve passe Prost à Piratella, bientôt imité par Pironi. Henton est au ralenti à cause d'un problème d'embrayage. Arnoux mène devant Villeneuve, Pironi, Prost, Alboreto, de Cesaris, Giacomelli, Fabi, Jarier, Salazar et Winkelhock.

 

2e: Le peloton passe devant Henton qui tente de rentrer aux stands mais n'y parviendra pas. L'Anglais s'arrête à Acque Minerale. De Cesaris entre dans les stands à cause d'un problème de pompe à essence.

 

3e: Arnoux s'échappe nettement en tête de la course devant les deux Ferrari. Prost est menacé par Alboreto. Paletti prend la piste avec deux tours de retard.

 

4e: Arnoux compte quatre secondes d'avance sur Villeneuve. Prost a de plus en plus de mal à contenir Alboreto.

 

5e: De Cesaris revient aux stands, toujours à cause de sa pompe à essence, et y reste plusieurs minutes.

 

7e: Prost entre dans les stands avec un moteur pétaradant. Les mécaniciens démontent le capot et constatent un problème de soupape. Le jeune Français doit renoncer.

 

8e: Arnoux mène devant Villeneuve (3.3s.), Pironi (4.3s.), Alboreto (10.3s.), Giacomelli (13.1s.) et Fabi (28.4s.).

 

9e : Paletti abandonne à cause d'un bris de suspension avant.

 

10e: L'écart est stable entre Arnoux et Villeneuve. Winkelhock prend la septième place à Jarier. De Cesaris reprend la piste.

 

11e: De Cesaris rentre à nouveau aux stands, cette fois pour de bon. Un fil électrique s'est rompu sur sa pompe à essence.

 

13e: Villeneuve est revenu à deux secondes d'Arnoux. Pironi est également très rapide et revient sur la Renault.

 

15e: Fabi et Winkelhock sont en bagarre pour la sixième place. Jarier et Salazar sont en embuscade.

 

16e: Arnoux ne compte plus qu'une seconde d'avance sur Villeneuve. Pironi est à deux secondes.

 

17e: Une demi-seconde d'écart entre Arnoux et Villeneuve. Le Québécois ne trouve par l'ouverture. Winkelhock double Fabi. Le voici sixième.

 

18e: Villeneuve est sur les talons d'Arnoux. La Renault a une meilleure traction et une plus grande vitesse de pointe que la Ferrari mais souffre dans les freinages.

 

20e: Arnoux précède Villeneuve (0.5s.), Pironi (1.4s.), Alboreto (9.4s.), Giacomelli (23.6s.) et Winkelhock (56.1s.). Fabi s'arrête à son stand pour réparer son allumage et une durite d'eau abîmée. Il va y demeurer cinq minutes.

 

21e : Pironi se rapproche de Villeneuve.

 

22e: Pironi attaque et passe Villeneuve. Il va à son tour partir à la chasse d'Arnoux. Mais le Grenoblois hausse le ton et signe son meilleur tour (1'35''313'''). A la sortie de Rivazza, Pironi effectue un travers qu'il rattrape magistralement.

 

23e: Arnoux compte 1.3s. d'avance Pironi. Jarier double Winkelhock.

 

24e: Villeneuve est sur les talons de Pironi.

 

25e: Le moteur de Giacomelli rend l'âme après la rupture d'une canalisation d'huile. L'Italien s'arrête dans l'herbe. Jarier récupère la cinquième place. Il n'y a plus que huit voitures en piste.

 

26e: A l'abord de Tamburello Villeneuve déborde Pironi par l'extérieur. Les deux Ferrari franchissent côte à côte la terrible courbe et finalement le Québécois s'impose à Tosa.

 

27e: Villeneuve est dans les échappements d'Arnoux. A Rivazza il plonge à l'intérieur, passe la Renault et s'empare du commandement. Aussitôt Pironi menace Arnoux. La foule en délire applaudit son héros Gilles Villeneuve.

 

28e: Arnoux résiste bien à Pironi et le maintient à une seconde.

 

30e: Arnoux est revenu juste derrière Villeneuve, mais doit toujours surveiller Pironi.

 

31e: Dans Tamburello Arnoux se place dans le sillage de Villeneuve et le double à la sortie de la courbe. Pironi de son côté se place à la gauche de ses deux rivaux et se jette à l'intérieur à Tosa, doublant par la même occasion son équipier tout en menaçant Arnoux. Mais ensuite, dans la montée-descente vers Piratella, Villeneuve repasse Pironi.

 

32e: Salazar prend la sixième place à Winkelhock.

 

34e : La bagarre est formidable en tête de la course. Arnoux, Villeneuve et Pironi sont roues dans roues et luttent sans complexe pour la victoire. La foule enthousiaste encourage les deux pilotes Ferrari.

 

35e: Après Tamburello Pironi attaque Villeneuve par l'intérieur et s'impose au freinage de Tosa.

 

36e: Pironi attaque Arnoux à l'abord de Tosa avec Villeneuve sur ses talons. Le pilote Renault tient bon.

 

37e : Arnoux devance Pironi (0.3s.), Villeneuve (0.5s.), Alboreto (21.3s.), Jarier (1m. 14s.), Salazar (-1t.), Winkelhock (-1t.) et Fabi (-7t.).

 

39e: Les trois leaders sont séparés par environ une demi-seconde chacun. Salazar s'arrête à son stand pour changer de pneus. Winkelhock reprend la sixième place.

 

40e: Arnoux compte une seconde d'avance sur Pironi. Il semble le favori pour cette fin de course car ses pneus sont plus durs et donc en meilleur état que ceux des Ferrari.

 

41e: Villeneuve attaque et passe Pironi à Tosa.

 

42e: Villeneuve creuse un écart conséquent sur Pironi qui perd du terrain.

 

43e: Villeneuve est désormais sur les talons d'Arnoux.

 

44e: Une fumée bleue s'échappe de la Renault d'Arnoux. Pironi réalise le meilleur tour en course: 1'35''036''''.

 

45e: Le turbo d'Arnoux prend feu dans Tamburello. Villeneuve passe le Français, bientôt imité par Pironi. Arnoux s'arrête dans l'herbe après Tosa. Les tifosi sont fous de joie. Winkelhock est bloqué aux stands afin de faire réparer un échappement cassé. Il cède la sixième place à Salazar.

 

46e: A Rivazza Villeneuve fait une petite erreur en mettant deux roues dans la poussière et Pironi en profite pour prendre la tête.

 

48e: Villeneuve est à une demi-seconde de Pironi. Alboreto est troisième à quarante secondes et devance Jarier, Salazar, Winkelhock qui a repris la piste et Fabi.

 

49e: Villeneuve attaque Pironi à Tosa mais le Français ferme la porte. Dans la descente vers Piratella, alors que les Ferrari doublent Winkelhock, Villeneuve plonge à l'intérieur, met deux roues dans l'herbe et reprend le commandement.

 

50e: Une seconde d'écart entre Villeneuve et Pironi. Ferrari présente à ses pilotes un panneau « SLOW » leur ordonnant de ménager la mécanique. Mais Villeneuve comprend que les positions sont figées et que la victoire lui est donc assurée. Pironi ne l'entend pas ainsi.

 

52e: Pironi est sur les talons de Villeneuve.

 

53e: Pironi attaque et passe Villeneuve dans Tamburello. Le Québécois ne comprend pas l'attitude de son équipier et pense qu'il veut simplement « faire le spectacle ». Mais tous deux doivent ménager leur consommation et entamer une bataille est un risque périlleux.

 

55e: Pironi roule vers la victoire. Villeneuve comprend que son équipier est en train de le jouer et passe à l'attaque. Winkelhock a perdu son capot arrière mais roule toujours.

 

57e: Villeneuve se fait très pressant derrière Pironi. Il se déchaîne au volant et met une roue dans l'herbe après Rivazza.

 

58e: Villeneuve porte une attaque à Tosa mais Pironi ne lui laisse pas un centimètre d'espace. Gilles est furieux.

 

59e: Villeneuve réitère la même manœuvre qu'au tour précédent en débordant cette fois-ci très tôt son rival. Il s'empare de la tête de la course alors qu'il reste seulement un tour à couvrir.

 

60ème et dernier tour: Dans Tamburello Pironi se place dans le sillage de Villeneuve puis se déporte à l'extérieur. Dans la grande courbe qui portera un jour le nom du Québécois, il part en quasi-glissade, coupe la trajectoire devant son rival et arrive ainsi le premier à Tosa. Villeneuve doit s'avouer vaincu.

 

Didier Pironi remporte ce fantastique Grand Prix, le deuxième de sa carrière. Villeneuve est deuxième. Alboreto termine troisième et obtient ainsi son premier podium en F1. Jarier finit quatrième et inscrit les premiers points de l'écurie Osella. Les ATS de Salazar et Winkelhock sont respectivement cinquième et sixième. A huit tours du vainqueur, Fabi n'est pas classé.

 

Winkelhock est disqualifié pour poids non conforme, sans doute parce que la pesée a lieu après qu'il a perdu son capot avant. Il n'y a donc que cinq voitures classées à l'issue de ce tumultueux Grand Prix.

 

Après la course: rupture entre Villeneuve et Pironi

Au championnat du monde, il n'y a pas de changement majeur. Prost (18 pts) précède Lauda (12 pts). Pironi et Alboreto occupent désormais tous deux la troisième place avec dix points. Chez les constructeurs Ferrari grimpe au troisième rang et se retrouve six points derrière Renault.

 

Les tifosi sont absolument ravis de ce premier doublé Ferrari depuis trois ans. Ils acclament le tour d'honneur effectué par le vainqueur sur une jeep en compagnie d'Alboreto. Sur le podium Didier Pironi reçoit les vivats de la foule. Mais à ses côtés Gilles Villeneuve, blême, ne desserre pas les dents. Le Québécois se sent trahi: « Je croyais avoir un ami. Je me suis trompé, je ne suis qu'un imbécile. Cette course me permet de découvrir Pironi sous son vrai visage. Il m'a mené une guerre stupide ; nous pouvions tomber en panne d'essence tous les deux. J'avais ralenti pour aller jusqu'au bout, pas pour me laisser trahir comme ça... » Pironi se défend en disant que les ordres de l'équipe ne l'interdisaient pas d'attaquer son équipier : « Nous avons un contrat d'égalité chez Ferrari et aucune clause ne m'ordonne de rester toujours deuxième. J'avais le droit de tenter ma chance et de vaincre. »

Le jeune Français supportait sans doute difficilement d'être éclipsé par son équipier, nonobstant leur amitié. Il a saisi une formidable opportunité. Marco Piccinini prend sa défense et affirme qu'il n'a pas voulu figer les positions. Villeneuve réagit violemment : « Ferrari peut se cherche un pilote pour l'avenir... » promet-il, la rage au cœur. Il est profondément meurtri par la « trahison » de Pironi qu'il considérait comme son meilleur ami. Il peut tout de même compter sur l'appui du Commendatore qui désavoue Piccinini et prend la défense de son pilote fétiche. Ce doublé de la Scuderia prend des allures funestes. Tandis que Pironi s'enferme dans le mutisme, Villeneuve parle de vengeance...

 

Dans l'immédiat quelques journalistes s'aperçoivent que René Arnoux s'attarde en Italie jusqu'au lundi. Son ami Pironi lui fait visiter les installations de Maranello et de Fiorano. « Je suis là pour voir et pour m'instruire... » déclare sobrement le Grenoblois.

 

La superbe bataille qui a opposé les Ferrari à la Renault d'Arnoux est une pierre dans le jardin de Bernie Ecclestone qui pensait saboter le Grand Prix par le boycott de ses affidés. Elle prouve que la Formule 1 peut être spectaculaire sans les équipes britanniques. Le facétieux commentateur de la BBC Murray Walker a d'ailleurs ironiquement dédié cette course au président de la FOCA.

 

Le congrès de Casablanca: Balestre conforté

Quelques jours après le Grand Prix, la FISA tient un important congrès à Casablanca. C'est l'occasion pour Jean-Marie Balestre de présenter son projet de réforme réglementaire pour la Formule 1 du futur. Malgré quelques contestations, sa ligne directrice en faveur d'une sécurité accrue des monoplaces est approuvée par les délégués des fédérations nationales.

 

Mais ce congrès ne débouche sur aucune décision en la matière. En revanche la FISA entérine la création d'une commission internationale des pilotes de six membres : deux pilotes de rallye, deux de Formule 1 et deux d'Endurance.

Tony