Keke ROSBERG
 K.ROSBERG
Williams Ford Cosworth
John WATSON
 J.WATSON
McLaren Ford Cosworth
Eddie CHEEVER
 E.CHEEVER
Ligier Matra

362e Grand Prix

XL Grote Prijs van Belgie
Ensoleillé
9 mai 1982 - Zolder
70 tours x 4.262 km - 298.340 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Adieu Gilles

Une compétition très incertaine

Ce championnat du monde 1982 est très ouvert. Aucun favori n'émerge après quatre épreuves. Certes, les Renault d'Alain Prost et de René Arnoux sont les voitures les plus rapides mais leur fiabilité demeure aléatoire, même si Prost est pour l'heure premier au classement général. Dans le camp des turbos, leurs principales rivales sont les Ferrari de Didier Pironi et Gilles Villeneuve, beaucoup plus performantes que par le passé grâce au travail d'Harvey Postlethwaite sur le châssis italien. L'opposition britannique est relativement faible. Williams attend l'arrivée de la FW08 et, depuis le retrait subi de Carlos Reutemann, a promu leader Keke Rosberg, un pilote qui évoluait naguère en fond de grille. Brabham hésite entre BT49 à moteur Cosworth et BT50 à turbo BMW. Nelson Piquet a peu d'espoir de conserver son titre... En revanche McLaren nourrit de grandes ambitions avec sa splendide MP4/1 confiée à deux pilotes très talentueux et expérimentés, Niki Lauda et John Watson. En revanche les Alfa Romeo ne sont pour le moment que des outsiders, malgré les efforts d'Andrea de Cesaris. De même pour la Tyrrell de Michele Alboreto. Les Ligier JS17 sont dépassées. Le reste ne vaut pas grand-chose, pas même les Lotus 91, très décevantes.

 

La bagarre fait rage aussi en ce qui concerne les pneumatiques, d'autant plus que le nombre de pneus alloués à chaque équipe est plus réduit que par le passé. Goodyear et Michelin se livrent une bataille féroce. Pierre Dupasquier et Lee Gaug sont les hommes les plus sollicités par les ingénieurs chaque week-end.

 

Villeneuve déclare la guerre à Pironi

Gilles Villeneuve n'a pas digéré le comportement de Didier Pironi à Imola. Selon lui, son équipier lui a « volé » la victoire alors que les positions avaient été figées en sa faveur par la Scuderia. Villeneuve rappelle que lorsqu'il était l'équipe de Jody Scheckter et que celui-ci était pilote n°1, jamais il ne l'avait attaqué, parfois au détriment de ses propres ambitions, notamment en 1979. Il affirme qu'il a ralenti en fin de course afin de préserver son essence, selon les instructions de Mauro Forghieri, et que Pironi en a profité pour le doubler au mépris de toute prudence. D'où sa colère. « Finir second est une chose, mais finir second parce qu'on vous a volé en est une autre » déclare-t-il au journaliste britannique Nigel Roebuck.

 

A Zolder, la colère du champion québécois n'est pas apaisée, loin de là. Pironi qu'il considérait comme son ami le plus proche n'est plus désormais qu'un traître, un adversaire, voire un ennemi. « A partir de maintenant c'est chacun pour soi à l'intérieur de l'équipe ! » [...] dit-il à son ami le journaliste Pierre Lecours. « Je ne lui pardonnerai jamais. Si je peux le bloquer, je vais le faire, crois-moi ! A partir de maintenant, c'est la guerre entre nous. » Villeneuve en veut aussi à Marco Piccinini qui a pris la défense de Pironi : « Je ne veux plus rien savoir de lui non plus ! C'est un faux prêtre ! Il est barré sur ma liste ! » Présent sur le circuit, son ami Jody Scheckter tente de le raisonner, en vain. Gilles n'a plus qu'une obsession : vaincre Didier. A tout prix.

Pendant ce temps, Pironi se tait, gêné. L'ambiance est on ne peut plus délétère au sein de la Scuderia. Lors des réunions techniques, les deux pilotes se côtoient mais ne se parlent pas. Pironi tente un instant de faire un pas vers Villeneuve, qui l'ignore.

 

Derek Daly chez Williams - Apparition de la FW08

Après l'intérim réalise par Mario Andretti à Long Beach, Frank Williams a finalement trouvé un successeur à Carlos Reutemann. Il s'agit de Derek Daly. Le pilote irlandais, réputé fougueux, n'a jusqu'ici jamais véritablement brillé en Formule 1. Il bénéficie là d'une chance unique de prouver ses capacités, un peu comme Keke Rosberg. Il y a un an, ces deux pilotes erraient en queue de grille aux volants d'une Fittipaldi pour l'un, d'une March pour l'autre. Les voici dans l'équipe double championne du monde en titre.

Mais la principale nouveauté du week-end est l'apparition de la FW08. C'est un bolide très simple, à l'allure très ramassé, plus léger que la FW07. Il possède un empattement très court, de 18 cm inférieur à celui de la FW07, car à l'origine il devait posséder six roues. La carrosserie ne contient aucun élément en fibre de carbone. L'aérodynamique a bénéficié des études menées dans la nouvelle soufflerie de l'équipe. A son volant, Rosberg a « cartonné » en essais prouvés. Patrick Head est très confiant.

 

Présentation de l'épreuve

Après le boycott des équipes de la FOCA au Grand Prix de Saint-Marin, ce Grand Prix de Belgique paraît dans un premier temps menacé. Mais heureusement Bernie Ecclestone est un homme très raisonnable. Représentant des constructeurs, il est aussi le promoteur du championnat du monde de Formule 1 de la FIA, un business de plus en plus lucratif. Il ne peut donc pas se permettre de saboter une compétition qui fait sa fortune grâce aux droits télévisés. La FOCA admet donc l'interdiction des réservoirs factices décrétée par la FISA. On assistera simplement à quelques provocations, des mécaniciens de Brabham et de McLaren faisant semblant de remplir des réservoirs sous l'œil attentif des commissaires...

 

Après le drame du Grand Prix de 1981 au cours duquel un mécanicien d'Osella a trouvé la mort, la zone des stands a été entièrement rebâtie par les autorités belges. Un impressionnant bâtiment très moderne remplace les vieux stands étriqués. Toutefois le GP de Belgique pourrait déménager à Spa-Francorchamps en 1983. Ecclestone est en effet en conflit avec les organisateurs de Zolder, et Pierre Ugeux, l'ancien président de la CSI, devenu directeur du circuit de Spa, presse pour un changement de décor.

 

Du fait du départ de Derek Daly, Teddy Yip a dû dénicher un nouveau pilote. Il s'est rabattu sur Jan Lammers, privé de volant en Formule 1 depuis plus d'un an. Après Shadow, ATS et Ensign, le pauvre Hollandais se retrouve donc chez Theodore. Une trajectoire bien indigne de son réel talent. Son compagnon d'infortune en fond de grille Marc Surer fait sa rentrée au volant de l'Arrows malgré des chevilles douloureuses, conséquences de son accident à Kyalami.

 

BMW a sommé Brabham de réintroduire la BT50 à moteur turbo. Sur cette machine on constate un changement de profil des pontons et de nouveaux ailerons avant et arrière. Les freins sont traditionnels. L'enthousiasme n'est pas de mise et Nelson Piquet avoue que pour l'heure il préférerait piloter la BT49D à moteur Ford-Cosworth.

 

Alfa Romeo amène une 182 de type B qui est cantonnée au rang de mulet. Ce modèle se caractérise par une carrosserie très étroite et des pontons rehaussés. Chez Talbot, la nouvelle Ligier JS19 n'est toujours pas jugée apte à courir. La JS17 reste en service. Le modèle d'Eddie Cheever dispose de freins en carbone réalisés par l'Aérospatiale qui fournit aussi Renault. A noter que ce type de freins a provisoirement disparu des McLaren de Lauda et de Watson. Chez Tyrrell la carrosserie de la 011 d'Alboreto est désormais en fibre de carbone. A Imola, Günther Schmidt s'est désolidarisé de la FOCA et en conséquence Bernie Ecclestone a interdit à l'IRTS de livrer des pneus Avon à ATS. Heureusement l'Allemand a réussi à signer un contrat avec Michelin et pourra donc lancer ses monoplaces en piste. On peut noter la raréfaction des moustaches sur les trains avant. Brabham, McLaren et Alfa Romeo sont les dernières grandes équipes à les utiliser.

 

Il y a trois March au départ de ce Grand Prix puisque l'atelier de Robin Herd a confié une 821 à Mike Earle, propriétaire de l'écurie Onyx de Formule 2. Cette entreprise est financée par la banque espagnole LBT, partenaire d'Emilio de Villota. Le pilote espagnol trouve là une nouvelle occasion d'apparaître en Formule 1. Sa voiture est équipée de pneus Avon.

 

Mort de Gilles Villeneuve

Samedi 8 mai 1982. Séance qualificative de l'après-midi. Les tours s'égrènent, les chronos tombent. A un quart d'heure du drapeau à damiers, Gilles Villeneuve est très nerveux. Didier Pironi le devance pour l'heure avec un temps d'1'16''501'''. Il chausse son deuxième train de pneus et reprend la piste avec un seul objectif : battre le temps de son coéquipier. Il boucle un tour, deux tours... sans succès. A 13h52 Mauro Forghieri lui brandit un panneau pour lui ordonner de retourner aux stands afin de modifier la répartition de ses Goodyear. Villeneuve entame son tour de rentrée aux stands. Mais il ne ralentit guère. Il aborde la courbe de Terlamen en cinquième, à 260 km/h. Devant roule à faible allure la March de Jochen Mass. Au moment de prendre son virage, l'Allemand voit le point rouge fondre sur lui comme un boulet de canon. Villeneuve est à l'intérieur. Mass se déporte sur la droite afin de lui céder le passage. Hélas, au même instant, Gilles effectue la même manœuvre pour le déboîter. Images terribles : la Ferrari heurte la March, s'envole, heurte le rail à mi-hauteur, part dans une incroyable série de tonneaux et se casse en deux. Arraché à son cockpit, Villeneuve est projeté dans les airs comme une poupée de chiffon. Le malheureux s'écrase au sol, au pied d'un grillage, en position fœtale. Il a perdu son casque dans l'impact. La Ferrari a quant à elle enfin atterri, en plein milieu de la piste.

 

Les secouristes arrivent immédiatement. Villeneuve gît inconscient. Un médecin pratique un massage cardiaque. Le cœur du Québécois repart mais la situation est extrêmement grave. Plusieurs pilotes s'arrêtent pour prêter main forte, mais ne sont hélas d'aucun secours. Mass, Guerrero et Winkelhock sont là. Pironi aussi. Très discret, le jeune Français a du mal à réaliser ce qui arrive. Arnoux s'est rendu lui aussi sur les lieux du drame. Il rentre au stand Renault blanc comme un linge. Il se trouve mal.

 

Par chance, Jochen Mass n'a heurté aucun débris de la Ferrari. Revenu aux stands, très choqué, il raconte : « Je l'ai vu arriver dans mon rétroviseur gauche et je me suis mis sur la droite, légèrement. Je ne comprends pas ce qui s'est passé... Un choc sur la roue arrière droite. Gilles n'a pas dû comprendre ma manœuvre. La voiture s'est envolée comme un avion... C'est terrible, vraiment terrible. »

 

Villeneuve est transporté en hélicoptère à l'hôpital spécialisé Saint-Raphaël de Louvain. Extérieurement, il semble peu touché : seule sa clavicule gauche est défaite. Mais hélas ses première et deuxième vertèbres cervicales sont brisées et son foie a éclaté. Le premier diagnostic est terrible : encéphalogramme plat et pulsations cardiaques très faibles. Gilles est perdu. Le président de l'ACM Michel Boeri affrète en hâte un hélicoptère pour permettre à Joann Villeneuve de rejoindre son mari à Louvain. Jody et Pam Scheckter, François Mazet et Didier Pironi sont aussi présents à son chevet. Un prêtre vient donner l'extrême-onction au mourant. A Zolder, le paddock est effondré. Par sa bravoure et son panache, Gilles Villeneuve paraissait invincible, immortel. Les essais se terminent dans l'indifférence. A 21h 12 Gilles Villeneuve, 32 ans, rend le dernier soupir.

 

A des milliers de kilomètres de là, à Modène, un vieillard de 84 ans s'effondre de chagrin, harassé par des heures d'angoisse. Enzo Ferrari nourrissait un sentiment quasi-paternel pour Villeneuve. Jamais peut-être il n'avait tant aimé et admiré un de ses pilotes. Pour lui, Villeneuve était le meilleur de tous depuis le grand Nuvolari. Ce drame met en lumière l'humanité et la fragilité du Commendatore, figé, statufié de son vivant dans son rôle de patriarche redouté et inflexible.

 

Les qualifications

En marge de ce drame, le sport garde ses droits. La Scuderia Ferrari choisit de se retirer après la mort de Villeneuve qui avait réalisé le huitième temps. Pironi aurait dû partir depuis la sixième place.

 

Comme cela est l'habitude désormais, les Renault dominent les essais. Prost réalise la pole position devant Arnoux. Toutefois on note la vélocité de la petite Williams FW08. Rosberg est troisième à un dixième seulement du premier chrono. Son nouvel équipier se contente du treizième rang. Les mines sont contrastées chez McLaren. Si Lauda obtient une excellente quatrième place, Watson, mécontent de sa tenue de route, n'est que dixième. Au prix d'un pilotage assez spectaculaire, Alboreto obtient une superbe cinquième place. Chez Alfa Romeo de Cesaris se classe sixième tandis que Giacomelli s'est froissé un muscle du dos et ne partira que depuis le quinzième rang. Les Lotus 91 sont en progrès : Mansell est septième et de Angelis onzième. Piquet et Patrese ont passé leur temps à mettre au point leurs Brabham-BMW et occupent les huitième et neuvième places.

 

Les ATS désormais chaussées par Michelin réalisent des performances honorables : Winkelhock est douzième et Salazar dix-huitième. Cheever (14ème) et Laffite (17ème) font de la figuration avec les Ligier JS17. Pour Osella, Jarier est seizième tandis que Paletti a été éliminé dès la pré-qualification. En fond de grille on trouve les Toleman-Hart (Warwick 19ème, Fabi 21ème), la seconde Tyrrell de Henton (20ème), l'Arrows du courageux Surer (22ème), la Fittipaldi de Serra (23ème) et la March de Boesel (24ème.). Initialement non-qualifiés, Mass et Baldi sont repêchés grâce au forfait de Ferrari. Pas de strapontin en revanche pour Lammers, Guerrero et de Villota.

 

Le Grand Prix

Les pilotes équipés de pneus Goodyear choisissent une gomme moyennement dure. Chez McLaren, Lauda prend des pneus tendres tandis que Watson, plus conservateur, préfère mettre des pneus durs à gauche.

 

Départ : Arnoux prend un bon envol et prend la tête. Rosberg passe devant Prost. Suivent Lauda, de Cesaris et Alboreto. Mansell et Warwick restent bloqués à cause de leurs embrayages. En voulant éviter la Lotus, Giacomelli coupe la trajectoire à Laffite qui percute Salazar. L'ATS se soulève, heurte l'Alfa de Giacomelli et les deux voitures échouent contre le rail. Les mécaniciens de Lotus et Toleman poussent (illégalement) Mansell et Warwick qui démarrent finalement.

 

1er tour : Arnoux précède Rosberg, Prost, Lauda, de Cesaris, Alboreto, Patrese, Piquet, Watson et de Angelis. Winkelhock s'arrête avec un embrayage grillé. Les deux ATS sont déjà hors circuit.

 

2e : Arnoux précède Rosberg d'environ une seconde. Daly double de Angelis.

 

3e : Rosberg se rapproche d'Arnoux tandis que Prost est sous la menace de Lauda et de Cesaris.

 

4e : Lauda dépasse Prost au virage serré de Bolderberg. Le Français souffre de problèmes de freins.

 

5e : Aux abords de Terlamen, Arnoux ralentit soudainement à cause d'une panne de turbo. Rosberg le double, imité bientôt par tous les leaders. De Cesaris dépasse Prost pendant qu'Arnoux rentre aux stands. Ses mécaniciens se penchent sur son boîtier d'allumage.

 

6e : Rosberg mène un Grand Prix pour la première fois devant Lauda (1.8s.) et de Cesaris (4.8s.). Patrese double Alboreto et menace aussitôt Prost. Watson dépasse Piquet. Arnoux reprend la piste en dernière position.

 

8e : Prost tente de résister à Patrese. Watson prend la sixième place à Alboreto.

 

9e : Patrese double Prost au premier freinage. Puis Watson se débarrasse de la Renault avant la petite chicane. Privé d'embrayage depuis le départ, Mansell changeait ses vitesses à l'oreille. Sa boîte n'a pas tenu le coup : c'est l'abandon.

 

10e : Rosberg s'échappe et devance Lauda de trois secondes, de Cesaris de cinq secondes et demie. Watson menace Patrese. Arnoux rentre définitivement au garage Renault : l'axe du papillon des gaz a lâché sur son V6.

 

12e : Lauda tient le rythme de Rosberg. Patrese est harcelé par Watson. La tenue de route de la Renault de Prost continue de se dégrader puisque le voici attaqué par Alboreto.

 

14e : Rosberg précède Lauda (3.5s.), de Cesaris (7.5s.), Patrese (16s.) et Watson (16.8s.). Fabi renonce suite à une panne de freins sur sa Toleman.

 

15e : Alboreto dépasse Prost qui se retrouve menacé par Piquet, Daly et de Angelis. Un peu plus loin, Jarier défend sa onzième place face à Cheever. Warwick change ses pneus.

 

17e : En fin de parcours, Prost emprunte la piste de décélération pour regagner les stands. Piquet qui le suivait est surpris et part dans les graviers à la chicane. Le temps qu'il revienne en piste, Daly l'a doublé. Le Brésilien est en difficulté car il a perdu l'usage de sa seconde vitesse.

 

18e : Prost fait changer ses pneus et repart en dix-septième position. Jarier et Cheever doublent de Angelis dont les gommes s'effondrent.

 

19e : Rosberg escalade une bordure et abîme une jupe. Paradoxalement, la Williams devient plus facile à conduire car plus légère ! De Angelis est chez Lotus pour chausser des pneus neufs, mais la roue arrière droite reste bloquée et ne peut être changée.

 

20e : Rosberg est gêné en prenant un tour à Boesel. Son avance sur Lauda tombe à deux secondes.

 

21e : Rosberg mène devant Lauda (1.9s.), de Cesaris (5.3s.), Patrese (13.7s.), Watson (14.1s.) et Alboreto (23.4s.). Suivent Daly, Piquet, Jarier, Cheever et Laffite.

 

22e : Watson est encore sur les talons de Patrese. Jarier s'arrête chez Osella pour changer ses pneus.

 

23e : Prost stoppe une seconde fois chez Renault pour changer de pneus. Il est désormais dix-neuvième.

 

24e : Rosberg s'envole à nouveau tandis que de Cesaris se rapproche de Lauda. Henton est au stand Tyrrell pour faire vérifier son moteur qui ratatouille.

 

26e : Rosberg précède Lauda (8.1s.), de Cesaris (10.7s.), Patrese (21.5s.), Watson (21.8s.), Alboreto (30s.), Daly (33s.), Piquet (43s.), Cheever (46s.) et Laffite (46.4s.).

 

27e : Laffite prend la neuvième place à Cheever.

 

28e : Lauda est en délicatesse avec ses pneus tendres, déjà abîmés. Gêné par Henton, Piquet est menacé par les deux Ligier. A l'abord de Bolderberg Laffite plonge à l'intérieur pour doubler Piquet. Il y parvient mais à la réaccélération le Brésilien reprend sa place.

 

29e : Rosberg précède Lauda de neuf secondes. Cheever repasse devant Laffite à la petite chicane. Puis Piquet entre dans la voie des stands au point mort. Mais alors qu'il s'apprête à renoncer, sa boîte se débloque. Il reprend donc la piste après avoir traversé les stands, au dixième rang. Baldi sort de la route à cause d'un accélérateur coincé. Il rentre ensuite à son garage pour faire réparer sa voiture.

 

30e : Serra part en tête-à-queue dans la courbe suivant les stands. Lauda, qui arrive derrière lui, monte sur ses freins pour l'éviter tandis que de Cesaris, placé à l'extérieur, n'hésite pas et déborde les deux voitures. Le voici deuxième tandis que Serra repart. Alboreto s'arrête dans l'herbe, en panne de moteur.

 

31e : Watson parvient enfin à prendre l'avantage sur Patrese. Le voici quatrième.

 

32e : Rosberg prend un tour à Piquet. Warwick abandonne à cause d'un demi arbre de roue cassé.

 

34e : Watson est très rapide et remonte vers la tête de course.

 

35e : De Cesaris n'ira pas plus loin car sa commande de boîte s'est bloquée. Henton gare sa Tyrrell dans le gazon au niveau de Terlamen, moteur fumant.

 

36e : Rosberg précède Lauda (14.9s.), Watson (24.9s.), Patrese (30.7s.), Daly (45.8s.), Cheever (54.7s.) et Laffite (56s.). Mass a pris la huitième place à Piquet.

 

37e : Jarier s'arrête chez Osella pour mettre un troisième train de pneus. Mais il remet les gaz alors qu'un mécanicien a laissé un pistolet à air comprimé sur un écrou !

 

38e : En s'arrachant de la roue de l'Osella, le pistolet endommage l'aileron arrière. Jarier revient à son garage et les dégâts sont trop importants pour qu'il puisse poursuivre l'épreuve.

 

39e : Watson remonte peu à peu sur Lauda. Il a choisi des pneus plus durs que ceux de son équipier qui tiennent donc mieux la distance. De Angelis se défait de Piquet.

 

41e : Rosberg devance Lauda de dix-huit secondes. Watson est maintenant à moins de cinq secondes de son équipier.

 

42e : Baldi reprend la piste mais s'arrêtera deux boucles plus tard pour faire de nouveau nettoyer son Arrows, avant de redémarrer pour de bon.

 

44e : L'intervalle entre Lauda et Watson n'est plus que de deux secondes.

 

45e : Rosberg est premier devant Lauda (17.6s.), Watson (19s.), Patrese (44.2s.), Daly (51s.) et Cheever (56.9s.). Viennent ensuite Laffite, Mass, de Angelis et Piquet.

 

46e : Les freins arrière de la Williams de Rosberg commencent à faiblir et le Finlandais baisse son rythme. Watson est dans les échappements de son équipier Lauda.

 

47e : Watson double Lauda sans difficulté avant le premier virage. Laffite effectue une courte excursion dans l'herbe et endommage ses jupes.

 

48e : Prost prend la dixième place à Piquet dont la boîte de vitesses est toujours à moitié bloquée.

 

49e : De Angelis s'empare du huitième rang aux dépens de Mass.

 

51e : Rosberg a dix-sept secondes d'avance sur Watson. Lauda ne parvient pas à garder le contact avec son équipier. Bien plus loin, Cheever commence à mettre la pression sur Daly.

 

53e : Privé de freins, Patrese tire tout droit dans la courbe de Sterrewacht et atterrit dans les grillages. Il sort à peine de sa voiture quant au même endroit son équipier Piquet part en tête-à-queue. Le Brésilien parvient heureusement à ne rien toucher et repart.

 

55e : Quatorze secondes séparent Rosberg et Watson. Serra roule avec une moustache tordue suite à une touchette. Laffite arrive chez Ligier pour réparer ses jupes abîmées. Il reste immobilisé plus de cinq minutes.

 

56e : Rosberg se débat avec des freins défaillants et un pneu arrière gauche usé. Cheever est revenu juste derrière Daly.

 

58e : Rosberg a treize secondes de marge sur Watson. Lauda est relégué à trente-cinq secondes. Cheever menace toujours Daly.

 

60e : Rosberg a de plus en plus de mal à contrôler l'arrière de sa Williams. Son avance sur Watson est tombée à onze secondes. Laffite reprend la route.

 

61e : Sous la pression de Cheever, Daly part en tête-à-queue dans une des premières courbes et heurte le grillage. Il perd ainsi trois points. Mass occupe très brièvement le sixième rang, mais son moteur est en train d'expirer et il est doublé par Serra, lui-même menacé par Piquet.

 

62e : Watson vise maintenant la victoire et revient à neuf secondes de Rosberg. Prost effectue un tête-à-queue dans la courbe de Sterrewacht et ne repartira pas. Fin d'une course calamiteuse pour Renault.

 

63e : La Williams de Rosberg est très instable. Watson la rattrape au rythme d'une seconde et demie par tour. Mass s'arrête dans l'herbe, moteur cassé.

 

64e : Piquet prend la sixième place à Serra. Celui-ci concède un tour au leader.

 

65e : Rosberg précède Watson (3.6s.), Lauda (44.4s.), Cheever (1m. 08s.), de Angelis (-2t.) Piquet (-3t.), Serra (-3t.), Surer (-3t.), Boesel (-4t.) et Laffite (-4t.)

 

66e : Trois secondes entre Rosberg et Watson.

 

67e : Watson signe le meilleur tour de la course : 1'20''214'''. Il n'a plus que deux secondes de retard sur le leader.

 

68e : Rosberg prend un tour à Cheever, imité par Watson, désormais dans son sillage immédiat.

 

69e : Avant le virage de Bolderberg, Rosberg élargit sa trajectoire et part en glissade. L'arrière gauche de la Williams mord la poussière et Watson, imperturbable, en profite pour doubler. Rosberg vient de perdre la victoire.

 

70ème et dernier tour : John Watson remporte sa troisième victoire en F1, la deuxième de McLaren cette saison. Très déçu, Rosberg termine deuxième, ce qui est tout de même une belle entrée en matière pour la Williams FW08. Lauda complète le podium. Cheever finit quatrième et inscrit les premiers points de Talbot-Ligier en 82. De Angelis finit cinquième tandis que Piquet ouvre enfin son compteur de points. C'est aussi le premier résultat pour le moteur turbo BMW. Finissent également l'épreuve Serra, Surer, Boesel et Laffite, tandis que Baldi concède vingt tours de retard.

 

Après la course

La victoire de John Watson est opportuniste, mais elle n'en est pas moins belle puisqu'il partait depuis le dixième rang. Toutes les pensées sont évidemment tournées vers Gilles Villeneuve. « J'ai trop de tristesse en moi pour éclater de rire, déclare Watson. Je suis content de ma course, un point c'est tout. »

 

Quelques heures plus tard le directeur de course Maurice Belien annonce que la McLaren de Niki Lauda est disqualifiée pour poids non conforme : elle pèse 578 kilos et non les 580 réglementaires. L'équipe technique n'a pas tenu suffisamment compte de la perte de poids générée par l'usure des freins et des pneus. Soulagement en revanche après la pesée de la machine de Watson : elle affiche... 581 kg ! Suite à ce déclassement, Chico Serra récupère un point inespéré pour Fittipaldi. De Angelis et Piquet gagnent une place, tout comme Cheever qui monte sur son premier podium. « Mes deux tracteurs ont rallié l'arrivée, c'était ma seule espérance. » commente un Guy Ligier peu enthousiaste.

 

Les classements mondiaux sont très serrés. Avec 18 points Prost est toujours premier chez les pilotes mais ne devance Watson que d'une longueur. Suivent Rosberg (14 pts) et Lauda (12 pts). Chez les constructeurs McLaren prend le pouvoir avec 29 points contre 22 à Renault, 20 à Williams et 16 à Ferrari.

 

Interprétations de l'accident de Villeneuve

L'accident mortel de Gilles Villeneuve donne lieu à d'inévitables polémiques. Jochen Mass est montré du doigt pour avoir changé de ligne au moment le Québecois allait le doubler. Mais la différence de vitesse entre les deux voitures était telle qu'on ne peut y voir autre chose qu'un enchaînement de circonstances dramatiques. Pilote sage et très expérimenté, Mass ne peut pas être accusé de légèreté et n'a rien à se reprocher. La FISA mettra tout de même sur pied une commission d'enquête qui conclura – de manière peu élégante – à une faute de pilotage du défunt champion. On note aussi que d'après l'autopsie, Villeneuve aurait été tué par une rupture du cou dès le choc initial avec la March, et non lors de son éjection.

 

On ne le saura jamais, mais peut-être que cet accident ne se serait pas produit si Villeneuve n'avait pas été acharné à battre son coéquipier Didier Pironi. Décemment, le pilote français ne commente pas le différend qui les opposait et préfère, en tant que président du PRDA, dénoncer le danger représenté par les voitures à effet de sol : « Les limites de sécurité sont dépassées depuis longtemps et ce qui vient d'arriver à Gilles confirme nos dires. [...] C'est très triste et délicat à formuler, mais puisse cet accident changer quelque chose dans la Formule 1 ! Ce virage [ndla : Terlamen] se passe aujourd'hui à 250/260 km/h, contre 180km/h avant que les jupes et l'effet de sol existent. Le problème de ces wing cars est que, dès l'instant où les jupes perdent le contact avec le sol, la voiture n'est plus soumise à la moindre charge aérodynamique. Elle décolle, s'envole comme un avion, un obus.»

 

Derniers hommages au Petit Prince de la Formule 1

Le jeudi 14 mai 1982, Gilles Villeneuve est inhumé à Montréal devant une foule considérable de plus de douze mille personnes. Le Québec pleure un véritable héros national. Le premier ministre canadien Pierre-Elliot Trudeau, le premier ministre québécois René Lévesque et le maire de Montréal Jean Drapeau sont présents, de même que d'innombrables personnalités du monde sportif. Près du cercueil se dresse une belle couronne mortuaire portant cette simple inscription : « D'Enzo à Gilles ». Jody Scheckter, son ami et ancien équipier, déclare au cours de la cérémonie : « Gilles n'a jamais été champion du monde, mais il a toujours été le plus rapide. Je ne l'oublierai jamais ! »

 

Villeneuve laisse derrière lui une veuve, Joann, et deux enfants, Jacques et Mélanie. Quelques jours plus tard le journaliste français Johnny Rives rend hommage dans L'Équipe à cet être d'exception, au pilote et à l'homme : « Villeneuve était un pilote absolument exceptionnel. Nous ne voulons pas dire qu'il était le meilleur de tous. Mais il était différent. Par son ardeur sans limite, son adresse démoniaque, sa combativité inépuisable et son ahurissante virtuosité, il s'était fait une place à part. [...] Il avait la capacité de garder le contrôle de sa machine même dans les situations les plus périlleuses. Cela lui permettait de se lancer des manœuvres inouïes qui coupaient le souffle aux plus blasés des observateurs. [...] Il était taillé sur mesure pour devenir pilote de course, et n'a jamais failli aux dons que lui avait donnés la nature. Les tifosi italiens ne s'y sont pas trompés qui l'avaient élevé de son vivant au rang de personnage mythique. A Zolder, la course automobile a perdu un être d'exception avec Gilles Villeneuve. Et ses proches, un garçon tout d'une pièce, agissant sans détour, franc comme l'or, quitte parfois à réagir avec brusquerie. Un homme que l'on serait fier d'avoir eu pour frère, ou plus modestement comme ami. »

Tony