John WATSON
 J.WATSON
McLaren Ford Cosworth
Jacques LAFFITE
 J.LAFFITE
Ligier Matra
Gilles VILLENEUVE
 G.VILLENEUVE
Ferrari

356e Grand Prix

XX Grand Prix du Canada
Pluie
27 septembre 1981 - Montréal
63 tours x 4.410 km - 277.830 km
Course prévue pour 70 tours, stoppée au bout de deux heures.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Williams est Champion du Monde
Moteur
  • 3e et dernière victoire pour Matra
  • 20e podium pour Matra
Le Petit Prince finit la course sans aileron, sur une piste humide...

Cinq hommes pour une couronne mondiale

A deux courses du terme de la saison, cinq pilotes peuvent encore espérer devenir champion du monde. C'est la fin de compétition la plus serrée depuis des lustres. Carlos Reutemann (49 points) bénéficie d'un léger avantage sur son ennemi juré Nelson Piquet (46 pts). Leurs Williams et Brabham sont sans doute les voitures les plus régulières et les plus fiables du plateau. Le champion en titre Alan Jones (37 pts) a joué de malchance cette année, mais il espère encore coiffer les deux Sud-Américains, qu'il n'aime pas, sur le poteau. Alain Prost (37 pts également) réalise une saison fantastique mais les deux derniers tracés de Montréal et Las Vegas ne devraient pas convenir à la Renault turbo. Enfin Jacques Laffite (34 pts) n'a plus le choix : il doit gagner au Canada pour espérer pousser sa chance jusqu'à l'ultime étape.

 

Reutemann peut quoiqu'il en soit s'assurer du titre s'il gagne cette course et si Piquet n'inscrit pas le moindre point. Quant à Williams-Ford-Cosworth, seul un doublé des Brabham peut l'empêcher de remporter la coupe des constructeurs.

 

Niki Lauda signe chez McLaren

Le mercredi 16 septembre, Niki Lauda débarque à Donington accompagné de son épouse Marlène. Il s'installe au volant de la McLaren MP4/1. Après des négociations avec Ron Dennis patronnées par John Hogan de Marlboro, il a signé un contrat pour 1982 avec McLaren, moyennant un énorme salaire. De quoi s'acheter le DC10 dont il rêve pour sa compagnie aérienne. Williams et Brabham l'ont également convoité, en vain. Sur le petit circuit anglais, Lauda tourne une seconde moins vite seulement que John Watson. Il découvre assez effrayé les nouvelles « wing cars » et leurs suspensions dures comme de la pierre. Mais il est heureux. Ses chronos prouvent qu'il n'a rien perdu de son coup de volant.

 

Les transferts: remous chez Williams et Ligier

Alan Jones a annoncé sa future retraite au soir du GP d'Italie. Frank Williams doit par conséquent se mettre en quête d'au moins un remplaçant, sachant que Carlos Reutemann pourrait lui aussi quitter la Formule 1 à l'issue de la saison. Il lorgne sur deux espoirs, Elio de Angelis et Eddie Cheever. Mais le jeune Romain est sous contrat avec Lotus pour 1982, et l'Américain est en pourparlers avancés avec Jackie Oliver pour remplacer Riccardo Patrese chez Arrows.

 

De son côté, Guy Ligier cherche un pilote pour remplacer Patrick Tambay qui ne lui donne pas satisfaction. Pour la première fois il pourrait faire appel à un étranger. Ce ne sera en tout cas pas Nelson Piquet qui a prolongé son contrat avec Brabham pour sept millions de francs annuels. Enfin, il est fort probable que Mario Andretti, très déçu des performances de son Alfa Romeo, quitte la Formule 1 et retrouve bientôt l'IndyCar.

 

Présentation de l'épreuve

Ces dernières années, les pilotes ont couru sur l'île Notre-Dame avec des voitures munies de jupes coulissantes. Celles-ci disparues, ils souffrent désormais des bosses qui parsèment le circuit. Dans le S qui suit les stands, la plupart sont même complètement déséquilibrés. Passer à fond dans cet enchaînement relève d'un incroyable courage, voire d'une inconscience dont seul le héros national Gilles Villeneuve est peut-être capable...

 

Depuis plusieurs mois Clay Regazzoni était en procès contre Chris Pook et les organisateurs de la course de Long Beach, qu'il estimait responsables de son terrible accident survenu en 1980, et à l'issue duquel il est devenu paraplégique. La justice américaine a cependant débouté l'ancien pilote suisse qui réclamait de colossales indemnités.

 

Siegfried Stohr n'est jamais parvenu à s'imposer chez Arrows, rendant généralement plus de deux secondes au tour à Riccardo Patrese. Jackie Oliver et Alan Rees se sont séparés de l'Italien. Pour le remplacer ils font appel au Québécois Jacques Villeneuve, le frère cadet de Gilles. Ce jeune homme très sympathique, doté d'un bon sens de l'humour, n'est pas dénué de talent puisqu'il a remporté le championnat de Formule Atlantic en 1980 et 1981. Villeneuve pilotera l'Arrows pour les deux dernières manches nord-américaines. Toutefois on peut déplorer sa tendance à se disperser puisqu'il tient à participer à l'épreuve de Formule Atlantic disputée le même week-end sur le même circuit...

 

Renault a fait de gros efforts pour être enfin compétitive sur cette piste. Grâce à des pontons et des volets en matériaux composites, des ailerons en fibre de carbone, des petites roues avant de treize pouces et des freins plus légers, pour la première fois les bolides français n'excèdent pas 600 kilos. De plus une révision du système d'injection accroît la souplesse du V6.

McLaren confie à John Watson une toute nouvelle MP4 à voies avant élargies. Nouvelle voiture aussi pour Piquet chez Brabham. Giacomelli teste sur son Alfa Romeo des pontons en fibre de carbone et un aileron arrière de type « Ligier ». Tyrrell amène de nouvelles suspensions sur la 011. Enfin l'Osella FA1C de Jarier a été revue et arbore des pontons neufs et des moustaches en guise d'aileron.

 

Les qualifications

Piquet réalise la pole position dès la séance de vendredi. Le samedi, il utilise un pneu prévu pour Rebaque, ce qui est formellement interdit. Reutemann découvre lui-même le pot aux roses et s'en plaint à la direction de course. Les chronos du jour de Piquet sont annulés, mais cela n'affecte pas sa position sur la grille. Le Brésilien devance les deux Williams. Reutemann accompagne son rival en première ligne, et précède donc Jones une nouvelle fois. Les efforts de Renault pour bien figurer ici ont payé puisque Prost se classe quatrième et Arnoux huitième. Les Lotus souffrent sur les bosses et pourtant, plein de bravoure, Mansell obtient une superbe cinquième place. Non moins impressionnant, de Angelis se classe septième. Les Lotus encerclent le Brabham de Rebaque dont c'est la meilleure qualification depuis l'Argentine. On note que sur les huit premiers, six sont chaussés de Goodyear. Watson est neuvième tandis que de Cesaris se qualifie en treizième position... sans avoir effectué le moindre tête-à-queue ! Le jeune Italien doit être malade... Handicapé par ses pneus peu efficaces, Laffite est seulement dixième. Tambay a été ralenti par des soucis avec ses suspensions hydropneumatiques et se contente du 17ème rang.

 

Au volant de Ferrari totalement instables, Villeneuve et Pironi ont du mérite à occuper la sixième ligne. Le Français est notamment sorti au même endroit que Jabouille l'année précédente mais s'en est tiré indemne. Chez Tyrrell, Cheever, en Goodyear, est quatorzième tandis qu'Alboreto, en Avon, n'est que vingt-deuxième. Les Alfistes sont de nouveau en déroute : Giacomelli et Andretti sont repoussés en huitième ligne. Piètre performance pour Patrese, dix-huitième seulement. Surer est le plus rapide du camp Avon avec le dix-neuvième temps. Il précède Daly et Borgudd. Jarier a été en butte avec des soucis d'alimentation et n'est que 23ème. Salazar est le dernier qualifié.

 

Malgré des efforts très méritants, J. Villeneuve n'a pas pu obtenir sa qualification. Inconduisibles, les Fittipaldi de Serra et de Rosberg sont éliminées, comme l'Osella de Gabbiani et les Toleman-Hart de Warwick et de Henton.

 

Imbroglio autour des assurances

Dimanche matin, une forte pluie s'abat sur Montréal et le circuit est noyé sous les eaux. Comme il n'est pas question d'annuler l'épreuve, les organisateurs canadiens demandent aux équipes de signer une police d'assurance les déchargeant de toute responsabilité en cas d'accident grave. Marco Piccinini, Gérard Larrousse et Bernie Ecclestone s'entendent pour refuser un tel marchandage. Alors que le ciel est plus clément, à 14h15, heure prévue pour le départ, ce dernier est reporté. A Montréal, Ecclestone négocie pendant deux heures avec les Canadiens. Finalement, le président de la FOCA revient sur l'île Notre-Dame avec une version modifiée du contrat d'assurance. Les chefs d'équipes acceptent de le signer.

 

Le Grand Prix

Un court warm-up est lancé. Et c'est alors qu'un terrible orage éclate. L'asphalte est complètement détrempé et se transforme en patinoire. Tous les pilotes reviennent aux stands et doivent chausser en hâte des pneumatiques rainurés. Inquiétude chez Goodyear : la supériorité de la gamme Michelin en ce domaine est patente...

 

Après avoir beaucoup hésité, Reutemann choisit de partir avec des pneus intermédiaires à l'avant et des pneus pluie à l'arrière. Un choix hasardeux... L'averse est moins forte au moment où le starter donne le coup d'envoi.

 

Départ : Piquet manque son envol et ses roues patinent. Reutemann part plutôt bien mais Jones surgit depuis la deuxième ligne, bouscule son équipier et s'empare du commandement. Piquet double ensuite Reutemann avant le premier gros freinage. Suivent de Angelis et Prost.

 

1er tour : A l'épingle du bout du circuit, Arnoux est pris en sandwich entre Villeneuve et Pironi. Le pilote Renault heurte Pironi, l'expédie en tête-à-queue, glisse dans l'herbe et tape la glissière. Pironi parvient à redémarrer mais Arnoux reste sur le carreau. Prost, puis de Angelis doublent Reutemann à l'épingle avant les stands. Suite à un contact avec Rebaque, Daly roule avec un aileron avant de travers. Jones mène devant Piquet, Prost, de Angelis, Reutemann, Laffite, Mansell, Tambay, Watson et Villeneuve.

 

2e : La piste est détrempée. Jones et Piquet semblent s'échapper. Tambay part en tête-à-queue à la petite chicane qui suit l'épingle de l'île. Il repart en fond de peloton. Reutemann se débat avec une voiture équipée de mauvais pneus et se fait doubler par Laffite, Mansell, Villeneuve, Watson et Andretti.

 

3e : Prost rattrape Jones et Piquet et sème de Angelis. Daly et de Cesaris dépassent Reutemann. Pironi remonte et occupe maintenant le quatorzième rang. Patrese rentre à son stand pour faire réparer sa commande de boîte qui s'est grippée.

 

4e : Prost menace Piquet tandis que de Angelis est sous la pression de Laffite. Villeneuve dépasse Mansell. Reutemann continue de dégringoler et n'est plus que 17ème.

 

5e : Jones profite de l'accalmie. La trajectoire s'assèche un peu et l'Australien compte une seconde et demie d'avance sur Piquet. Laffite prend la quatrième place à de Angelis. Watson double Mansell. Tête-à-queue de Surer.

 

6e : La pluie recommence à tomber à seaux. Laffite rattrape le trio de tête. Villeneuve double de Angelis.

 

7e : L'asphalte est gorgée d'eau. Mal adaptés, les pneus Goodyear s'effondrent et les Michelin prennent l'ascendant. Piquet double Jones dans les premiers mètres, mais les deux hommes roulent sur des œufs. Prost « efface » Jones puis déborde Piquet par l'extérieur à l'épingle de l'île. Laffite double ensuite Jones, puis Piquet. En fin de parcours Villeneuve rattrape et double Piquet, tandis que Jones a sombré derrière Watson et de Angelis. Tambay effectue un tête-à-queue avant la première épingle et sort de sa Ligier. Alboreto exécute lui aussi une pirouette dans la ligne droite qui longe le Saint-Laurent, mais il repart.

 

8e : Un déluge s'abat sur Montréal. Prost a une seconde d'avance sur Laffite. Watson déborde Piquet. Pironi double Daly et se retrouve neuvième. Mansell double Andretti. Jones a dégringolé en treizième position. Reutemann est dix-septième. Rebaque est au stand Brabham pour changer ses pneus arrière.

 

9e : Villeneuve et Watson sont revenus juste derrière Laffite. Prost prend un tour à Alboreto. Ce dernier ce rabat ensuite dangereusement devant Laffite mais finit par s'effacer. Andretti fait une excursion hors-piste et perd quatre places. Patrese part en tête-à-queue et heurte le rail par l'avant. Il regagne les stands pour réparer mais abandonnera un tour plus tard.

 

10e : Laffite menace Prost. Pironi passe devant de Angelis et Mansell. Jones part en aquaplanage et atterrit dans le gazon sans rien toucher. Des commissaires le poussent pour le remettre en piste. Il n'occupe plus que le 18ème rang. Salazar effectue un tête-à-queue, et lui ne repartira pas.

 

11e : Laffite et Villeneuve sont dans les roues de Prost. Watson est à deux secondes. Piquet se maintient en cinquième position. Daly dépasse Mansell.

 

12e : Les quatre leaders rattrapent Jones qui les laisse passer. Prost rencontre des difficultés lors des freinages car ses freins avant sont trop froids.

 

13e : Laffite dépasse Prost au virage à gauche qui précède l'épingle de l'île. Giacomelli double Mansell. Nouvelle sortie d'Andretti dans le gazon mouillé. Rebaque s'arrête à son stand après un tête-à-queue. Daly passe par l'herbe et repart.

 

14e : Laffite s'envole en tête tandis que Villeneuve menace Prost.

 

15e : La pluie s'est arrêtée. Villeneuve attaque Prost et le dépasse à la dernière chicane, non sans que les deux voitures se soient frottées auparavant. De Cesaris dépasse Mansell.

 

16e : Laffite a huit secondes d'avance sur Villeneuve. Daly prend la septième place à de Angelis. Tête-à-queue de Mansell qui repart mais a encore perdu deux places. Surer sort de nouveau dans l'herbe. Nouveau passage aux stands pour Rebaque pour faire contrôler ses pneus et sa suspension.

 

17e : Watson prend la troisième place à Prost qui a toujours des ennuis avec ses freins. Pironi menace la cinquième position de Piquet.

 

18e : Giacomelli prend la huitième place à de Angelis.

 

19e : Laffite mène devant Villeneuve (10s.), Watson (21.) et Prost (32s.). Pironi prend la cinquième place à Piquet.

 

20e : Pironi se lance à la poursuite de Prost. Giacomelli tire tout droit dans l'herbe à la dernière chicane mais ne perd pas de place.

 

21e : Laffite est premier devant Villeneuve (15.7s.), Watson (26.3s.), Prost (37.7s.), Pironi (38.6s.) et Piquet (47.7s.). Suivent Daly, Giacomelli, de Angelis, de Cesaris, Jarier et Andretti. Reutemann est quinzième, Jones dix-neuvième. Quatrième arrêt de Rebaque qui fait contrôler sa jupe droite.

 

22e : Pironi double Prost. En vingt-deux tours le pilote Ferrari est remonté du vingt-quatrième au quatrième rang !

 

23e : Giacomelli déborde Daly. Nouvelle excursion hors piste de Mansell. Jones entre à son stand pour changer ses pneus.

 

24e : L'allumage humidifié de la Ferrari de Villeneuve fait ratatouiller son moteur. Watson est revenu à deux secondes du Québécois. Passage dans l'herbe de Borgudd.

 

25e : La superbe course de Pironi s'arrête là : son allumage est noyé. De Cesaris dépasse de Angelis.

 

26e: Laffite a dix-huit secondes d'avance sur Villeneuve et Watson, désormais roues dans roues. Prost a 45 secondes de retard.

 

27e : Jarier et Rebaque entrent en contact à l'épingle des stands. Le Français s'arrête dans l'échappatoire avec une suspension pliée, tandis que le Mexicain, en travers de la piste, peut repartir avec l'aide des commissaires.

 

28e : Jones retourne à son stand pour abandonner, n'ayant plus rien à espérer de cette course. Il cède ainsi définitivement sa couronne mondiale.

 

29e : Watson est gêné par Surer et perd le contact avec Villeneuve. Nouvelle sortie de piste pour Borgudd qui parvient à redémarrer.

 

30e : Laffite mène devant Villeneuve (13.4s.), Watson (16s.), Prost (49.5s.), Piquet (1m. 07s.), Giacomelli (1m. 11s.), Daly (1m. 30s.) et de Cesaris (1m. 32s.). Cheever part en toupie avant de se relancer.

 

31e : Laffite prend un tour à Reutemann. Mais il se retrouve ensuite derrière Andretti qui ne le laisse pas passer.

 

32e : Laffite est bloqué par Andretti qui ne voit pas, ou ignore, les drapeaux bleus. De Cesaris dépasse Daly. Mansell effectue son troisième tête-à-queue de l'après-midi. Il se fait doubler par Reutemann et Cheever.

 

33e : A deux reprises Andretti se rabat dangereusement devant Laffite. Watson est revenu derrière Villeneuve qui est gêné par Borgudd. Daly part en tête-à-queue et doit prendre une échappatoire pour regagner la piste.

 

34e : Laffite n'a plus que sept secondes d'avance sur Villeneuve et Watson. Prost est désormais le pilote le plus rapide mais a quarante-huit secondes de retard sur Laffite. La piste s'assèche un peu, surtout dans le second secteur.

 

35e : Laffite se débarrasse enfin d'Andretti et peut reprendre sa marche en avant. Giacomelli a rattrapé Piquet.

 

36e : Giacomelli déborde Piquet sans mal. Les cinq premières places sont maintenant occupées par des voitures munies de pneus Michelin.

 

38e : Laffite a pris un tour à de Angelis puis à Daly. Watson ravit la seconde place à Villeneuve, toujours handicapé par son allumage défaillant.

 

40e : Villeneuve arrive sur de Angelis au freinage de l'épingle et s'infiltre à l'intérieur sans que l'Italien ne l'ait vu. Ils se touchent. Le Québécois part en tête-à-queue pendant qu'Elio continue. Villeneuve parvient à se remettre en piste mais son aileron avant est complètement tordu. Qu'à cela ne tienne : il continue !

 

41e : Laffite a onze secondes d'avance sur Watson. L'incroyable Villeneuve poursuit sa route avec une moustache de travers et sérieusement ébréchée. Prost le rattrape au rythme de deux secondes par tour.

 

42e : Tête-à-queue de Villeneuve qui remet les gaz aussitôt malgré son train avant ouvert. Rebaque part en tête-à-queue à la chicane de la mi-circuit. Il cale et sa course s'arrête là. La Brabham est poussée vers une échappatoire par les commissaires.

 

43e : Watson réalise le meilleur tour de la course : 1'49''475'''.

 

44e : De Angelis double Daly qui rencontre des problèmes de freins. Au virage de l'accident de Jabouille un an plus tôt, Borgudd tire tout droit dans l'herbe et atterrit dans une pile de pneus. Le Suédois n'a rien et sort sans mal de son ATS.

 

45e : Watson fait une légère excursion dans l'herbe. L'aileron avant de Villeneuve est désormais complètement tordu suite à un léger contact avec Daly. Prost rattrape peu à peu la Ferrari. Andretti dépasse Daly.

 

47e : Une quinzaine de secondes sépare Laffite et Watson. Villeneuve compte maintenant quarante secondes de retard et roule derrière de Angelis. Bien plus loin, de Cesaris convoite la sixième place tenue par Piquet. N'ayant plus rien à perdre, Mansell s'arrête au stand Lotus et fait le pari de monter des pneus slicks. Cheever fait un passage dans l'herbe.

 

49e : Mansell glisse avec ses slicks et heurte le rail par l'arrière. Les commissaires le poussent et il redémarre, mais son aileron est cassé. Peu avant l'épingle de l'île, Prost surgit derrière Mansell qui ne le voit pas et oblique vers la gauche pour prendre la corde. Prost monte sur ses freins et emboutit l'arrière de la Lotus qui est projetée contre le rail. En tête-à-queue, Prost doit abandonner tandis que Mansell s'arrête un peu plus loin. C'en est fini des espoirs de titre du pilote Renault.

 

50e : Laffite est premier devant Watson (18.6s.), Villeneuve (49.2s.), Giacomelli (1m. 41s.), Piquet (1m. 48s.), de Cesaris (1m. 48s.), de Angelis (-1t.), Andretti (-1t.), Daly (-1t.) et Reutemann (-2t.).

 

52e : De Cesaris lance une attaque hasardeuse sur Piquet à l'intérieur de la dernière chicane. Il heurte l'arrière de la Brabham et part en toupie. Moteur calé, le jeune Italien abandonne sa McLaren. De Angelis entre dans les points.

 

53e : Laffite prend un tour à Piquet.

 

55e : Laffite est leader devant Watson (14.7s.), Villeneuve (55.6s.), Giacomelli (1m. 45s.), Piquet (-1t.), de Angelis (-1t.), Andretti (-1t.) et Daly (1t.).

 

56e : L'aileron avant de la Ferrari de Villeneuve se dresse désormais à la verticale devant le cockpit. Aussi improbable que cela puisse paraître, le pilote québécois poursuit sa route avec une visibilité forcément très réduite ! Surtout, à tout moment la pièce d'acier peut se détacher et venir le frapper à la tête, mais il n'en a cure. Il maîtrise avec une incroyable adresse les ruades de sa Ferrari bien qu'il soit à la limite de l'aquaplanage à chaque virage.

 

57e : L'aileron de Villeneuve finit par s'envoler à l'épingle des stands. Le pilote a juste le temps de baisser la tête pour l'éviter. Il maîtrise magistralement un début d'embardée et continue sans appui à l'avant.

 

58e : Les deux heures de course approchent. La course n'ira pas au bout des 70 tours. Laffite prend un tour à Giacomelli.

 

59e : Cheever s'arrête à la dernière épingle avec un moteur fumant.

 

60e : Laffite précède Watson (8.9s.) et Villeneuve (1m. 29s.).

 

62e : Les deux heures de course vont être atteintes. Le tour suivant sera le dernier.

 

63ème et dernier tour : Jacques Laffite remporte sa sixième victoire en F1 après une superbe démonstration sous la pluie. Tout aussi excellent, Watson ramène une très belle deuxième place à McLaren. Absolument héroïque au volant d'une Ferrari privée d'aileron avant, Villeneuve obtient une troisième place qui vaut toutes les victoires. Giacomelli finit quatrième et ouvre ainsi enfin son compteur de points. Piquet arrache deux points précieux dans la course au titre tandis que la sixième place revient à de Angelis. Suivent Andretti, Daly, Surer, Reutemann qui a connu un après-midi désastreux, et enfin Alboreto.

 

Après la course

Les pilotes ont conduit dans des conditions météorologiques extrêmes. Les opinions divergent à ce sujet. Jacques Laffite : « Avec cette pluie on n'y voyait rien... Je n'aime pas conduire dans des conditions pareilles... » « Je n'ai jamais couru dans d'aussi mauvaises conditions » acquiesce John Watson. « Ce n'était pas si terrible, affirme néanmoins Villeneuve. Quelles que soient les conditions, même s'il neige, il y a toujours moyens de courir : il suffit de disposer de l'équipement adéquat ». L'incroyable numéro d'équilibriste du Québécois, sans appui à l'avant, aveuglé par son aileron cassé, a suscité le fol enthousiasme du public.

Mais le plus heureux est bien Laffite. Bien qu'il n'aime pas courir sur le mouillé, il a fait preuve d'une virtuosité exceptionnelle, ne commettant pas la moindre faute. Surtout, le voici en lice pour décrocher la couronne mondiale à Las Vegas. Un fabuleux retournement de situation pour Talbot-Ligier-Matra qui a vécu un début de championnat calamiteux. Après quatre épreuves, Laffite n'avait marqué qu'un seul point !

 

Lee Gaug, l'ingénieur en chef de Goodyear, est dépité. Ses pneus ont dominé les essais sur piste sèche, mais sur le mouillé leur inefficacité a été criante. Depuis son retour le manufacturier américain a fait l'impasse sur le développement des gommes sculptées. Bien mal lui en a pris. Le triomphe de Michelin et de ses pneus radiaux est complet.

 

Championnat du monde: finale à Las Vegas

La course au titre aura son dénouement à Las Vegas. Trois pilotes sont encore concernés: Reutemann (49 pts), Piquet (48 pts) et Laffite (43 pts). Jones et Prost sont désormais hors course. Si les chances de Laffite sont assez faibles, bien malin qui pourrait dire qui du « gaucho triste » Reutemann ou du « play-boy » brésilien Piquet sera le favori. Partis en première ligne, les deux Sud-Américains ont été de véritables naufragés lors de cette course. Mais Piquet s'en est mieux sorti que son rival en accrochant deux points.

 

Cet après-midi fut désastreuse pour les Williams, et pourtant l'équipe anglaise remporte son deuxième championnat des constructeurs consécutif. Un succès moins reluisant que celui de 1980 : Williams n'a gagné que trois courses en 81 contre six l'année précédente. Mais Frank Williams se montre très satisfait et ne cache pas que pour lui ce titre prime sur celui des pilotes. Carlos Reutemann appréciera...

Tony