Carlos REUTEMANN
 C.REUTEMANN
Williams Ford Cosworth
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Brabham Ford Cosworth
Alain PROST
 A.PROST
Renault

345e Grand Prix

XVII Gran Premio de la Republica Argentina
Ensoleillé
12 avril 1981 - Buenos Aires
53 tours x 5.968 km - 316.304 km
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Piquet, Jones, Prost, un tiercé de luxe.

Disparition de Mike Hailwood

Le 2 avril 1981 les sports mécaniques ont perdu un de leurs plus grands champions. Mike Hailwood est mort dans un accident de la circulation, ainsi que sa fille âgée de neuf ans, percutés par un camion. « Mike the Bike » était l'un des plus grands pilotes moto de tous les temps, neuf fois champion du monde, donc quatre fois en 500cm3. Sa carrière automobile fut également riche, avec deux passages en Formule 1 de 1963 à 1965 et de 1971 à 1974. Sa carrière en monoplace prit fin brutalement lors d'un accident en 74 au Nürburgring. Ce qui ne l'avait pas empêché de faire un retour victorieux à moto en 1978, avant de se retirer définitivement l'année suivante. Jovial, fêtard et quelque peu excentrique, Hailwood ne laisse que de bons souvenirs dans les paddocks.

 

Présentation de l'épreuve

L'Argentine est vent debout pour défendre son chouchou Carlos Reutemann après le regrettable épisode de Rio de Janeiro. Tous les supporteurs estiment qu' « El Lole » était dans son bon droit et a bien fait de refuser de céder le passage à Alan Jones. Celui-ci passe un sale moment sur le sol argentin. A la frontière, il est rudoyé par des douaniers, puis insulté dès qu'il apparaît à Buenos Aires. Toujours bravache, Jones fait front et affirme toujours que Reutemann n'est qu'un traître : « S'il ne voit pas les panneaux, qu'il consulte un oculiste... » lâche-t-il avec rancœur.

 

Jean-Pierre Jabouille semble désormais suffisamment rétabli pour retrouver sa place au volant de la Talbot-Matra n°25. Jean-Pierre Jarier a quant à lui été remercié à cause de ses déclarations peu amènes sur la façon dont il est traité par Ligier. Laffite et Jabouille restant en Amérique du Sud entre le Brésil et l'Argentine, c'est Guy Ligier lui-même qui teste à Magny-Cours une JS17 équipée de doubles ressorts.

 

McLaren lance enfin la très attendue MP4 en fibre de carbone imaginée par John Barnard. Un seul modèle est présent pour John Watson. Andrea de Cesaris se contente de la M29F.

Plusieurs équipes comme Theodore adoptent le système à double ressorts afin de gagner de la déportance. Gérard Ducarouge a, on l'a vu, fait installer ce procédé sur la Talbot-Ligier JS17, mais il ne fonctionne pas du tout. Guy Ligier est si furieux qu'il quitte Buenos Aires et regagne Paris dès le samedi. Le torchon commence à brûler entre le bouillant Vichyssois et son ingénieur...

Il y a aussi de l'ambiance chez ATS où Günther Schmidt exerce toujours sa tyrannie. Ses mécaniciens voulant installer un petit aileron sur la D4 contre son avis, il s'empare de la pièce et la piétine au sol !

 

L'équipe RAM apporte un prototype de nouveau châssis plus rigide conçu par les hommes de Robin Herd, mais il ne se montre pas efficace aux mains de Derek Daly ou d'Eliseo Salazar.

 

Lotus 88: Chapman se heurte à Balestre

De nouveau Colin Chapman tente de faire entrer en piste la Lotus 88. Il reçoit cette fois le soutien de l'Automobile Club d'Argentine. Et encore urne fois Bernie Ecclestone et les autres membres de la FOCA sont bien décidés à contrecarrer son projet. Mais cette fois-ci Ecclestone a dans sa manche l'autorité légale en la personne de Jean-Marie Balestre. Le président de la FISA considère que la Lotus 88 viole l'esprit du nouveau règlement technique et fait pression pour qu'elle soit de nouveau recalée par les commissaires techniques. Balestre agit ici en tant qu'instrument d'Ecclestone qui désire en parallèle obtenir l'absolution pour la Brabham BT49C, tout aussi condamnable que la Lotus 88 !

 

Furieux de cette nouvelle interdiction, Chapman quitte l'Argentine avant le début des essais et se fend d'un communiqué extrêmement critique à l'égard de la FISA et de la FOCA. Il déclare notamment : « Si l'on ne prend pas les mesures d'assainissement nécessaires, la Formule 1 échouera dans un cloaque de chicanes et de mesquineries inspirées par des hommes pour qui le mort sport n'a aucune signification. » Il affirme aussi qu'il va porter l'affaire devant le tribunal d'appel de la FIA. S'estimant injurié par ces propos, Balestre éructe que le patron Lotus a violé les Accords de la Concorde et discrédité le championnat du monde. Il inflige en conséquence une amende de 100 000 dollars au Team Lotus ! Cette somme astronomique risque d'ébranler financièrement l'équipe anglaise. Cette décision est si choquante que les membres de la FOCA, parfaits hypocrites, rédigent eux-aussi un communiqué pour critiquer l'autoritarisme de Balestre !

 

Brabham BT49C et traque à l'effet de sol

Dans le même temps J-M. Balestre annonce qu'il n'est pas décidé à tolérer l'effet de sol. Il a ordonné aux commissaires argentins d'établir une surface plane à l'entrée des stands pour vérifier la fameuse garde au sol de six centimètres. A ce premier contrôle, les voitures de Patrese, Pironi et de Angelis sont déclarées non-conformes. Leurs premiers chronos sont annulés. Toutefois Arrows, Lotus et Ferrari, les trois équipes incriminées, ne tardent pas à prouver que le plateau des commissaires n'était pas du tout au niveau... Et comme Balestre a en plus déclaré à la télévision argentine que l'Arrows était illégale, Jackie Oliver se fend lui aussi d'une riposte cinglante à l'encontre du président de la FISA, décidément la cible de bien des attaques en ce week-end.

 

La supériorité de la Brabham BT49C est évidente grâce à ses suspensions hydrauliques. On estime que Brabham a retrouvé par ce procédé 80 % de la déportance perdue lors de l'interdiction des jupes mobiles, contre 50 % pour le reste du plateau. Frank Williams dépose le vendredi une réclamation contre cette voiture avec le soutien de Renault. La belle unité de la FOCA se lézarde : Williams était jusqu'ici le plus fidèle soutien de Bernie Ecclestone. Gordon Murray joue les outragés : « Je respectais Frank Williams et Patrick Head : ils ont admis au Brésil que notre suspension était légale. Et pourtant ils essaient ici de nous chercher noise. Ce sont de mauvais perdants, leur conduite m'écœure. »

 

Les qualifications

Piquet n'a pas à forcer son talent pour conquérir la pole position. Son équipier Rebaque, équipé cette fois d'une boîte Hewland, se classe à une inhabituelle sixième place. C'est dire si la Brabham est rapide... Le nouvelle Renault se montre enfin performante et Prost la hisse en première ligne aux côtés de Piquet. Arnoux est toujours inquiet : incapable de rivaliser avec son équipier, il est cinquième. Entre les Renault se trouvent les deux Williams, Jones devant Reutemann, un ordre qui excite la fureur des Argentins. Les Ferrari sont toujours instables en courbe et de plus les V6 turbo ne sont pas fiables. Villeneuve se qualifie tout de même en septième position. Pironi est toujours en retrait et se classe douzième.

Rosberg continue de faire quelques éclats et se range en quatrième ligne tandis que son équipier Serra est seulement vingtième. Au volant d'une A3 allégée de 20 kg, Patrese est neuvième, dix places devant Stohr. Les Lotus 81B font pâle figure : de Angelis est dixième, Mansell quinzième. Watson a perdu du temps à cause d'un amortisseur défectueux et qualifie la McLaren MP4 au onzième rang. De Cesaris est 18ème avec le M29F. Cheever est treizième avec la Tyrrell tandis que Zunino se qualifie in extremis pour sa course nationale, au 24ème et dernier rang. Tambay obtient une belle quatorzième place avec la Theodore. Surer est seizième avec une Ensign réduite à un seul moteur disponible. Les Alfa Romeo manquent de puissance et d'équilibre. Les résultats sont désastreux : Andretti se classe 17ème, Giacomelli 22ème. Abandonnée par Guy Ligier, l'équipe Talbot est aux prises avec un terrible manque de puissance du V12 Matra. Laffite est 21ème tandis que Jabouille, toujours handicapé par sa cheville, n'arrive pas à se qualifier. Lammers qualifie enfin l'ATS en vingt-troisième position.

 

Outre la Talbot de Jabouille, les Osella et les March ne sont également pas qualifiées.

 

Le Grand Prix

La foule est venue en masse pour soutenir El Lole qui fête en plus son 39ème anniversaire ce 12 avril. Dans le public apparaissent des banderoles indiquant « Reut-Jones », parodies du panneau présenté par Williams à Rio, et qui sont autant de provocations à l'égard de Jones.

 

Départ : Jones prend un démarrage canon et se faufile entre Piquet et Prost, celui-ci étant mal parti. Jones déborde Piquet par l'extérieur au premier freinage. Suivent Reutemann, Arnoux et Patrese. Cheever grille son embrayage.

 

1er tour : Piquet attaque Jones à Recta del Lago et le « dépose » littéralement tant la Brabham est plus rapide ! Patrese double Arnoux. Dans la grande courbe de Salotto, Villeneuve fait un travers et de Cesaris part en tête-à-queue en voulant l'éviter. En se remettant en marche, il effectue un deuxième tête-à-queue ! Il repart enfin.

En fin de tour Piquet mène devant Jones, Reutemann, Patrese, Arnoux, Prost, Rebaque, Pironi, Rosberg et Watson. Villeneuve n'est plus que 22ème. Cheever regagne les stands pour abandonner.

 

2e : Prost et Rebaque doublent Arnoux dans la longue pleine charge au bord du lac. La Renault du Grenoblois a heurté un oiseau et sa moustache s'en trouve endommagée. Watson dépasse Rosberg.

 

3e : A Recta del Lago Reutemann prend l'avantage sur Jones. Un rugissement de bonheur sort des tribunes. Prost et Rebaque doublent Patrese. Pironi est au ralenti avec un moteur cassé. Mansell regagne lui aussi son stand avec un bloc fumant. Contact entre de Angelis et Surer qui partent tous les deux en tête-à-queue dans la poussière, mais pourront repartir.

 

4e : Piquet a sept secondes d'avance sur Reutemann. Jones résiste à Prost et à Rebaque. Rosberg rejoint son box avec une courroie de pompe à essence cassée.

 

5e : Prost prend l'avantage sur Jones auquel il manque 500 t/m sur son moteur.

 

6e : Piquet signe le meilleur tour de la course : 1'45''287'''. Rebaque profite de la supériorité de la Brabham pour se mettre en évidence. Il prend la quatrième place à Jones.

 

7e : Piquet caracole en tête et possède douze secondes de marge sur Reutemann. Arnoux s'empare de la sixième place face à Patrese.

 

8e : Rebaque menace désormais la Renault de Prost. Watson remonte sur Patrese.

 

9e : Watson prend la septième place à Patrese.

 

10e : Piquet mène devant Reutemann (15s.), Prost (17.5s.), Rebaque (18.5s.) et Jones (23s.). Suivent Arnoux, Watson, Patrese, Andretti et Tambay.

 

11e : Prost résiste à Rebaque dans les lignes droites grâce à la puissance de son turbo. Mais dans les virages serrés la Brabham est à son avantage. Le Mexicain surprend le Français à l'épingle Entrado a Mixtos.

 

13e : Rebaque fond sur Reutemann à la grande inquiétude des supporteurs argentins. De Angelis remonte : il a doublé Surer, Serra, Giacomelli, Laffite, Villeneuve et maintenant Zunino.

 

14e : Watson met la pression sur Arnoux. Lammers s'arrête au stand ATS.

 

15e : Rebaque dépasse Reutemann sans que celui-ci n'ait pu faire quoique ce soit pour lui résister. Les Brabham sont en route vers un doublé. Un panneau de carrosserie s'est détaché de l'Ensign de Surer. S'en suit une surchauffe et la casse de son moteur.

 

16e : Piquet est en tête devant Rebaque (20.3s.), Reutemann (21.4s.), Prost (27.2s.), Jones (32.7s.), Arnoux (35.2s.) et Watson (36s.). Suivent Patrese, Andretti, Tambay, de Angelis et Stohr.

 

19e : Laffite met pied à terre : son châssis vibre beaucoup à l'avant et il estime que cette mauvaise tenue de route rend sa situation dangereuse. Le Français était 17ème et venait de concéder un tour à Piquet.

 

20e : Piquet a vingt-trois secondes d'avance sur Rebaque. Reutemann se trouve à trois secondes du Mexicain. Prost est isolé tandis qu'Arnoux, Jones et Watson roulent ensemble.

 

22e : Piquet domine devant Rebaque (21s.), Reutemann (25.5s.), Prost (31s.), Jones (42.3s.), Arnoux (43.2s.) et Watson (44.6s.).

 

24e : L'écart est stable entre Piquet et Rebaque. Reutemann concède maintenant vingt-sept secondes au leader.

 

26e : Piquet se retrouve dans le trafic mais ne perd pas beaucoup de temps tant sa voiture est rapide.

 

27e : Piquet prend un tour à Villeneuve qui occupe le quatorzième rang. Jones, Arnoux et Watson sont en bagarre pour la cinquième place. Arnoux ne peut attaquer Jones à cause de son nez abîmé, mais son turbo est suffisamment puissant en ligne droite pour garder Watson à bonne distance.

 

29e : Serra renonce à cause d'une boîte de vitesses bloquée.

 

30e : Piquet est premier devant Rebaque (25.7s.), Reutemann (30s.), Prost (38.7s.), Jones (50.9s.), Arnoux (53.9s.) et Watson (55.6s.). Suivent Patrese et Tambay qui a dépassé Andretti.

 

32e : Piquet a 24 secondes de marge sur Rebaque.

 

33e : Rebaque gare sa voiture dans l'herbe à cause d'un rotor de distributeur cassé. Dommage pour ce jeune pilote qui effectuait la course de sa vie. Reutemann récupère la seconde position, avec 28 secondes de retard sur Piquet. De Angelis double Andretti.

 

34e : Piquet lève le pied pour ménager sa voiture, ce qui permet à Reutemann et à Prost de lui reprendre plusieurs secondes.

 

35e : Tandis que la foule encourage Reutemann, Watson ressent une vibration à l'arrière de sa McLaren. Il regagne son stand pour faire vérifier la MP4, mais ses mécaniciens ne découvrent rien. Il redémarre. De Angelis poursuit sa remontée et prend le meilleur sur Tambay. Zunino dérape dans le gazon et court-circuite la chicane.

 

37e : Tambay abandonne à cause d'une fuite d'huile sur son moteur. Watson renonce aussi : la cause de ses malheurs est un couple conique endommagé.

 

38e : Piquet domine devant Reutemann (24s.), Prost (33.7s.), Jones (45.9s.), Arnoux (49s.) et Patrese (1m. 24s.). Suivent de Angelis, Andretti, Stohr et Villeneuve.

 

40e : Reutemann est bouchonné par Stohr. Le jeune Italien est accaparé par sa lutte pour la neuvième place contre Villeneuve et Giacomelli.

 

42e : Villeneuve effectue un spectaculaire tête-à-queue en sortant de la grande courbe Salotto. Le Québécois regagne la piste non sans semer des morceaux de terre et de gazon sur l'asphalte. Il n'ira pas beaucoup plus loin car il a cassé un arbre de transmission.

 

44e : Piquet a vingt-quatre secondes d'avance sur Reutemann. De Angelis menace la sixième place de Patrese qui rencontre des soucis d'accélérateur.

 

45e : La situation est stable en tête : Piquet, Reutemann, Prost, Jones et Arnoux sont assurés de leurs positions. Giacomelli prend la neuvième place à Stohr.

 

46e : De Angelis est maintenant juste derrière Patrese.

 

47e: De Angelis prend l'avantage sur Patrese et s'empare de la dernière position dans les points.

 

48e : Piquet mène devant Reutemann (22.8s.), Prost (36.7s.) Jones (51.6s.), Arnoux (1m. 06s.) et de Angelis (1m. 42s.).

 

50e : L'avance de Piquet sur Reutemann tourne autour des vingt-trois secondes. Plus rien ne peut inquiéter le Brésilien. Le public est si déçu qu'un supporteur lance une orange sur la Brabham !

 

52e : Piquet prend un tour à de Angelis. Giacomelli tombe en panne d'essence et abandonne ainsi le neuvième rang à Stohr.

 

53ème et dernier tour : Nelson Piquet remporte cette course qu'il a dominée de la tête et des épaules. Le héros national Reutemann termine deuxième. Prost finit troisième et monte sur son premier podium en Formule 1. Il y en aura d'autres ! Handicapé par un moteur poussif, Jones n'est que quatrième. Arnoux inscrit ses deux premiers points de la saison, tandis que de Angelis, de nouveau excellent, finit sixième. Patrese, Andretti, Stohr, Zunino, de Angelis et Lammers terminent également. Zunino reçoit un tour de pénalité pour avoir court-circuité la chicane.

 

Après la course

Piquet l'emporte donc en Argentine après que Reutemann a gagné au Brésil. Voilà de quoi nourrir la rivalité entre les deux pilotes sud-américains. La polémique est cependant très vive dans le paddock car la Brabham BT49C est considérée comme une voiture illégale. Le fait que le pâle Rebaque ait pu se hisser en seconde position prouve la filouterie. Jean Sage, au nom de Renault, dépose pour la forme une réclamation qui est aussitôt rejetée. La BT49C est bien dotée d'une garde au sol de 6 cm à l'arrêt, comme le stipule le règlement... Et puis, Ecclestone est le promoteur de cette course brésilienne...

 

Au classement des pilotes, Reutemann prend maintenant seul la tête avec 21 points contre 18 pour Jones et 13 pour Piquet. Chez les constructeurs, Williams compte 39 pts et Brabham 13. Avec six unités, Renault ouvre son compteur tandis que celui de Ferrari reste vierge.

Tony