Riccardo PATRESE
 R.PATRESE
Arrows Ford Cosworth
Nelson PIQUET
 N.PIQUET
Brabham Ford Cosworth
Emerson FITTIPALDI
 E.FITTIPALDI
Fittipaldi Ford Cosworth

332e Grand Prix

VI Grand Prix of Long Beach
Ensoleillé
30 mars 1980 - Long Beach
80 tours x 3.251 km - 261.705 km
(Offset: 1625 m)
info
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Départ du VIe Grand Prix de Long Beach. Au fond de l'image, Ricardo Zunino est tassé contre le mur par Jochen Mass.

Quatre semaines après Kyalami, la Formule 1 débarque dans les rues de Long Beach. Suite à son accident en Afrique du Sud, Marc Surer a déclaré forfait, de même qu'Alain Prost. Ce dernier est malgré tout présent en Californie pour encourager son équipe. Pour le remplacer McLaren a fait appel au jeune pilote anglais Stephen South.

 

Les Renault ont dominé les épreuves de São Paulo et de Kyalami grâce à leur moteur turbocompressé, plus performant que les blocs atmosphériques en ces hautes altitudes. Selon toute vraisemblance elles seront beaucoup moins à l'aise dans les rues de la cité californienne mais Gérard Larrousse n'est pas pessimiste : « C'est un circuit très difficile pour nous, nous n'avons pas tellement de chances de vaincre, théoriquement parlant. Mais nous avons énormément travaillé, surtout les freins, pour donner à nos deux pilotes un matériel compétitif. »

 

Après trois courses les Ferrari 312 T5 n'ont toujours pas inscrit le moindre point. L'heure est grave, et Mauro Forghieri a installé un nouveau système de jupes qui a été rôdé lors de longues séances d'essais. Les Lotus 81 ont été aussi passablement modifiées : boîte de vitesses plus étroite et plus longue, empattement accru et suspension arrière révisée.

 

Chez Williams, Alan Jones se remet d'une pleurésie qui a failli le contraindre au forfait. Durant tout le week-end il apparaît fatigué, les traits creusés. Ce dur-à-cuire ne cache pas qu'il n'est pas entièrement remis. Frank Williams reçoit sur la côte ouest ses commanditaires saoudiens en grande pompe au restaurant Lombardo's. Jones se ménageant suite à sa convalescence, c'est son lieutenant Carlos Reutemann qui fait honneur à la table du prince Fahd, héritier du trône saoudien. Dans ce contexte, l'ombrageux Argentin ne semble pour une fois pas trop mécontent de jouer les doublures.

 

Brabham songe à se débarrasser de son deuxième pilote Ricardo Zunino au talent manifestement insuffisant. Bernie Ecclestone prend langue avec le champion américain Rick Mears, vainqueur des derniers 500 miles d'Indianapolis, pour éventuellement piloter la BT49 lors de la deuxième partie de la saison. Enthousiaste, celui-ci a effectué une séance d'essais à Riverside deux semaines avant le Grand Prix et s'est montré très rapide. Ecclestone décide de l'engager au volant d'une troisième Brabham à Long Beach, mais la FISA refuse, arguant qu'une équipe doit prévenir la fédération d'une nouvel engagement au moins deux mois à l'avance. Cette belle idée est donc abandonnée.

En attendant Brabham profite de ce week-end pour tester une nouvelle boîte de vitesses transversale à cinq rapports conçue par Weismann. Mais elle ne sera pas retenue pour la course.

 

A noter que pour cette épreuve Arrows porte les couleurs du magazine Penthouse.

 

Essais et qualifications

Les deux derniers Grands Prix à Long Beach ont vu le triomphe de Ferrari... et des pneus Michelin. Afin de ne pas subir une nouvelle défaite, Goodyear a mis entre parenthèses sa politique restrictive et a amené des pneus de qualifications pour ses meilleurs clients, Williams, Brabham, Ligier et Alfa Romeo.

 

Les Renault turbo avaient dominé sur les pistes de São Paulo et de Kyalami, situées en altitude. Ce n'est évidemment pas le même cas de figure à Long Beach. Ici, c'est la Brabham-Ford-Cosworth BT49 de Piquet qui semble insolemment supérieure. Le Brésilien réalise sa première pole position, avec près d'une seconde d'avance sur... Arnoux. Oui, la Renault turbo est bien devenue une voiture homogène et se montre rapide dans les rues nord-américaines. Cette performance fait l'effet d'une bombe. La deuxième ligne est également surprenante. On y trouve Depailler, qui démontre les progrès d'Alfa Romeo dont l'accélération est vraiment impressionnante. Mais le plus incroyable est la quatrième place de Lammers sur ATS. Personne ne comprend comment le Hollandais a pu réaliser une telle performance. Il mettra en avant les nouvelles jupes qui auraient amélioré l'adhérence de l'ATS. Les Williams manquent de motricité à Long Beach. Jones est cinquième devant l'autre Alfa de Giacomelli, tandis que Reutemann précède Patrese en quatrième ligne.

 

La grande déception vient des Ligier. Pironi avait été exceptionnellement rapide lors des essais du vendredi. Mais la piste est de moins en moins adhérente au fur et à mesure du week-end... et le samedi les Ligier n'ont plus de pneus de qualification. Résultat : Pironi est neuvième, Laffite treizième. Pas d'amélioration en revanche chez Ferrari puisque Villeneuve et Scheckter ne sont respectivement que dixième et seizième. Il faut attendre la onzième place pour trouver Jabouille qui a rencontré du sous-virage. Les performances des Tyrrell (Jarier 12ème, Daly 14ème) et des Lotus (Andretti 15ème, de Angelis 20ème) sont très moyennes. Zunino n'est que 18ème avec la seconde Brabham, derrière l'Arrows de Mass. En fond de grille on trouve l'Osella de Cheever, la McLaren de Watson, l'Ensign de Regazzoni et les Fittipaldi de... Fittipaldi et Rosberg.

 

Les deux Shadow de Kennedy et Lees sont sans surprise non qualifiées. Lees a même déclaré forfait vendredi soir pour cause de maladie. Aucun pilote ne s'est porté volontaire pour le remplacer... South découvrait la McLaren M29 et le circuit et a fini dans le muret. Il n'est pas qualifié. L'équipe McLaren touche le fond...

 

Aux essais libres du dimanche matin, Piquet se fait une belle frayeur en heurtant de plein fouet la Tyrrell de Daly à la grande épingle. Le jeune Brésilien finit sa course dans les barrières de pneus, sans dommage pour lui. Jones a cassé son moteur et partira avec son mulet.

 

Le Grand Prix

Le jour de la course, Piquet tente un pari en s'élançant en pneus durs. Le Brésilien compte ainsi ménager au mieux ses gommes pour une course très longue.

 

Départ: Piquet conserve l'avantage sur Depailler et Arnoux, le pilote Alfa ayant pris l'ascendant sur la Renault au premier freinage. Lammers conserve sa quatrième place. Plus loin, Andretti heurte l'arrière de la Tyrrell de Jarier, décolle légèrement et atterrit devant Mass qui donne un coup de volant pour l'éviter. Zunino qui passait par là est accroché et heurte le mur. C'est déjà terminé pour le jeune Argentin.

 

1er tour: Lammers n'aura pas été bien loin: en panne de transmission, il doit s'arrêter après quelques centaines de mètres.

Piquet mène devant Depailler, Arnoux, Jones, Giacomelli, Patrese, Reutemann, Villeneuve, Daly et Pironi. Andretti entre à son stand et renonce avec une biellette de direction faussée par son accrochage avec Jarier. Mass est au stand Arrows pour faire vérifier sa voiture et repart.

 

2e : Piquet à une seconde d'avance sur Depailler, suivi de près par Arnoux, Jones et Giacomelli.

 

3e: Piquet commence à s'échapper. Arnoux tente de déborder Depailler à l'épingle du Queen's mais se loupe... et se fait doubler par Jones. Reutemann passe Patrese. Scheckter est neuvième après avoir doublé Pironi puis Daly.

 

4e: A l'abord de la première épingle Giacomelli perd le contrôle de sa machine et part en tête-à-queue en plein milieu de la piste. L'Italien enclenche la marche arrière et heurte ainsi Reutemann, créant un véritable embouteillage. Patrese et Villeneuve passent l'obstacle, mais Scheckter est coincé derrière Reutemann qui a calé. Tandis que Daly et Pironi se faufilent, Jarier s'accroche avec Cheever et de Angelis. Aidés par les commissaires de piste, Reutemann, Giacomelli, Scheckter et Cheever peuvent repartir. Jarier a perdu une roue et abandonne, de même que de Angelis, touché à une cheville. En repartant Reutemann casse un arbre de transmission et doit se ranger hors circuit.

 

5e: Les drapeaux jaunes sont agités sur la zone du carambolage, toujours pas dégagée. Les pilotes passent ainsi tout près de la Lotus accidentée de de Angelis, mais tout le monde parvient à l'éviter. Les commissaires de piste réclament un drapeau rouge qui ne viendra pas. Cheever est à son stand pour faire réparer sa carrosserie.

 

6e: Piquet mène devant Depailler (3s.), Jones (5s.) et Arnoux (6s.). Villeneuve prend la cinquième place à Patrese.

 

8e: Piquet mène devant Depailler (4.6s.), Jones (6.9s.), Arnoux (9.8s.), Villeneuve (13.6s.) et Patrese (14.9s.). Suivent Daly, Pironi, Laffite et Jabouille. Scheckter a fait un plat sur ses pneus pour éviter le carambolage et entre au stand Ferrari pour chausser des gommes neuves.

 

9e: Pironi prend la septième place à Daly. Laffite attaque ensuite le pilote irlandais. Jabouille est aux stands pour essayer de résoudre un problème de freins.

 

10e: Villeneuve remonte sur Arnoux. Laffite double Daly. Jabouille reprend la piste.

 

12e: Piquet a six secondes d'avance sur Depailler qui est de plus en plus menacé par Jones. Arnoux est à treize secondes du leader et maintient Villeneuve dans son sillage.

 

14e: Villeneuve prend l'avantage sur Arnoux. Regazzoni prend la dixième place à Rosberg. Cheever renonce à cause d'un bris de demi arbre de roue.

 

15e: Depailler a des problèmes de freins. Jones est sur ses talons. Ils prennent un tour à Jabouille et Jones tente d'en profiter dans la longue pleine charge mais Depailler lui ferme la porte au nez.

 

16e : Piquet mène devant Depailler (9.4s.), Jones (11s.), Villeneuve (18.5s.), Arnoux (20.6s.) et Patrese (25.6s.). Laffite est septième devant Pironi.

 

17e: Regazzoni prend la neuvième position à Daly.

 

18e: Jones attaque Depailler par l'extérieur à la première épingle. Le Français ne peut pas faire grand chose et cède ainsi la deuxième place au pilote Williams.

 

19e: Dans le peloton une rude bagarre oppose un groupe constitué de Regazzoni, Daly, Fittipaldi, Rosberg, Watson et Giacomelli.

 

20e: Daly part en tête-à-queue après Ocean Boulevard. Il reprend sa route en ayant perdu trois places.

 

22e: Villeneuve remonte sur Depailler et Patrese remonte sur Arnoux qui rencontre de sérieux ennuis avec ses freins.

 

23e : Piquet arrive sur le groupe de retardataires emmené par Regazzoni.

 

25e: Piquet se débarrasse assez facilement des attardés. Patrese prend la cinquième place à Arnoux.

 

27e: Villeneuve se rapproche de Depailler. Pironi s'arrête au stand Ligier pour changer un pneu arrière dégonflé. L'arrêt s'éternise à cause d'un écrou grippé. Le Français ne repart qu'en seizième position.

 

29e: Villeneuve prend la troisième place à Depailler qui lui aussi est à court de freins.

 

30e: Piquet continue sa parade dans les rues de Long Beach, avec dix secondes d'avance sur Jones. Villeneuve est troisième devant Depailler et Patrese, puis viennent Arnoux, Laffite, Regazzoni, Fittipaldi et Giacomelli.

 

32e: La bataille se poursuit dans le milieu du peloton: Giacomelli chasse Fittipaldi et Regazzoni pour le gain de la huitième place.

 

35e: Giacomelli parvient à doubler Fittipaldi, puis à se débarrasser de Regazzoni. Revenu du diable Vauvert après son tête-à-queue, le pilote Alfa Romeo est maintenant huitième.

 

37e: Laffite est victime d'une crevaison à l'arrière. Il est trop loin des stands pour espérer repartir. Il est contraint d'abandonner pour la troisième fois en quatre courses.

 

38e: Piquet creuse encore son avance sur Jones en signant le meilleur tour: 1'19''83'''.

 

39e : Jabouille est chez Renault pour faire de nouveau purger ses freins.

 

40e : Piquet a sept secondes d'avance sur Jones qui se débat avec le trafic. Villeneuve a 23 secondes de retard.

 

41e: Villeneuve tente de prendre un tour à Daly, mais le Nord-Irlandais se rabat devant la Ferrari et brise l'aileron avant de celle-ci. Le Québécois doit repasser par les stands pour réparer. Au même instant Depailler renonce à cause d'un bris de suspension. Au moins a-t-il démontré tout le potentiel de l'Alfa Romeo.

 

42e: Villeneuve entre aux stands à très vive allure. Après réparation, il reprend la piste en quatorzième position. Patrese occupe désormais le troisième rang devant Arnoux, Giacomelli et Regazzoni.

 

43e : Villeneuve revient au stand Ferrari car son nouveau nez a été mal fixé. L'erreur est réparée mais le Québécois a perdu encore beaucoup de temps.

 

45e: Piquet est premier devant Jones (11s.), Patrese (1m. 10s.), Arnoux (1m. 25s.), Giacomelli (-1t.), Regazzoni (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Watson (-1t.), Rosberg (-1t.) et Scheckter (-1t.).

 

47e: Piquet prend un tour à Arnoux. Giacomelli s'arrête à son stand pour changer de pneus.

 

48e: Giacomelli ressort des stands juste devant Jones. A la grande épingle l'Australien se jette à l'intérieur, mais l'Italien ne le voit pas, braque, et escalade le train avant de la Williams. La course de Jones s'arrête-là, tandis que Giacomelli essaie de regagner les stands. Villeneuve rejoint les stands avec des arbres de roue brisés et doit lui aussi abandonner.

 

50e: Piquet mène avec une minute d'avance sur Patrese. Arnoux est troisième à un tour. Regazzoni, Fittipaldi et Watson sont désormais en bagarre pour la quatrième place. Après avoir parcouru deux nouveaux tours, Giacomelli renonce car sa monoplace est trop endommagée.

 

51e : Nouveau passage de Jabouille par le stand Renault et nouvelle purge de ses freins.

 

52e: Alors qu'il est lancé à plus de 290 km/h au bout de Shoreline Drive, Regazzoni sent que sa pédale de frein ne répond plus. Il tente de rétrograder, sans succès. Incontrôlable et lancée à pleine vitesse, l'Ensign file tout droit vers les murs de protection. Dans un geste désespéré et afin de se ralentir, Clay tente de heurter la Brabham de Zunino, abandonnée par les commissaires dans l'échappatoire. Il y parvient mais ne peut éviter un choc terrible, de face, contre les blocs de béton.

L'accident est effroyable. Conscient mais grièvement blessé, Regazzoni est coincé dans le peu qu'il reste de sa voiture. Le choc a été si violent que les blocs de béton, pesant quatre tonnes chacun, ont été déplacés de deux mètres. Les secours s'affairent autour du malheureux pilote.

 

53e: La course continue malgré l'accident de Regazzoni. Une épaisse fumée jaillit de l'épave de l'Ensign.

 

55e: La lutte pour la quatrième place oppose désormais Fittipaldi à Watson. Scheckter est sixième. Les médecins sont au bout de la seconde épingle pour porter secours à Regazzoni.

 

56e: Watson parvient à passer Fittipaldi.

 

57e : Les caméras de la télévision américaine s'attardent quelques instants sur les lieux du drame. Le spectacle est consternant : l'Ensign n'est plus qu'une masse informe déchiquetée contre les blocs de béton. Il ne reste rien de l'avant de la voiture. Les rumeurs les plus alarmistes commencent à courir sur l'état de santé de Regazzoni.

 

58e : Piquet mène devant Patrese (55s.), Arnoux (-1t.), Watson (-1t.), Fittipaldi (-1t.), Scheckter (-1t.), Rosberg (-1t.), Pironi (-1t.), Mass (-1t.), Daly (-1t.) et Jabouille (-8t.)

 

60e: Fittipaldi repasse Watson qui rencontre des soucis avec sa boîte de vitesses. Son équipier Rosberg quitte la course suite à une surchauffe moteur. Regazzoni a été extrait de son habitacle et les médecins sont autour de lui.

 

62e: Piquet contrôle toujours la course avec une minute d'avance sur Patrese.

 

63e: En début de tour Arnoux est victime d'une crevaison à l'arrière. Le Français doit effectuer plusieurs kilomètres au ralenti avant de rentrer aux stands afin de chausser de nouveaux pneus. C'est la deuxième défaillance en deux courses pour les gommes Michelin, après celle subie par Jabouille à Kyalami.

 

64e: Arnoux a perdu énormément de temps dans cette mésaventure et ne repart que neuvième, laissant sa place sur le podium à Fittipaldi. De plus il a perdu l'usage de sa deuxième vitesse à force de solliciter sa boîte pour pallier aux défaillances de ses freins.

 

65e : Pironi est désormais sixième en piste, mais suite à une erreur informatique, lui et Mass sont pointés devant Fittipaldi sur les écrans de télévision.

 

66e : Fittipaldi a maintenant cinq secondes d'avance sur Watson. Sa place sur le podium n'est plus menacée.

 

68e: Le classement est le suivant: Piquet caracole en tête devant Patrese, Fittipaldi, Watson, Scheckter, Pironi, Mass, Daly, Arnoux et Jabouille, relégué à plusieurs tours.

 

69e : Très rapide en cette fin de course, Fittipaldi reprend le tour de retard qu'il avait concédé à Piquet.

 

70e: Scheckter menace la quatrième place de Watson, toujours en proie à des difficultés avec sa boîte. Mais après avoir dérapé dans la poussière à l'épingle en tentant de doubler la McLaren, le champion du monde décide d'assurer sa position.

 

72e : Piquet fonce vers son premier succès en Grand Prix. Il a environ quarante-cinq secondes d'avance sur Patrese qui ne va pas laisser passer ce podium inespéré.

 

73e: L'évacuation de Regazzoni s'achève. Le malheureux pilote suisse est transféré à l'hôpital Saint-Mary de Long Beach.

 

75e : Piquet mène devant Patrese (45s.), Fittipaldi (1m. 16s.), Watson (-1t.), Scheckter (-1t.) et Pironi (-1t.).

 

77e : Piquet augmente encore son avance sur Patrese dans ces dernières boucles. Pour la télévision américaine, Mass est troisième devant Pironi, mais c'est évidemment une erreur.

 

78e: Cette fin de course se déroule dans une ambiance pesante car on ne connaît rien de l'état de Clay Regazzoni.

 

80ème et dernier tour: Après une course magistrale, Nelson Piquet remporte à 27 ans son premier Grand Prix de Formule 1.

Il permet ainsi à l'équipe de Bernie Ecclestone de renouer avec le succès pour la première fois depuis 1978. Patrese est deuxième et monte sur le second podium de sa carrière. Fittipaldi finit troisième et donne ainsi à son équipe son deuxième podium en quatre courses, un résultat inespéré. Watson finit quatrième et inscrit ses premiers points de l'année, tout comme Scheckter, cinquième, qui ouvre enfin le compteur de la Scuderia Ferrari. Pironi termine sixième après une course difficile pour Ligier. Mass et Daly viennent ensuite, suivis par les deux Renault d'Arnoux et de Jabouille. Ce dernier termine une course pour la première fois depuis bien longtemps mais classé à... neuf tours du vainqueur.

 

Après la course

Piquet, Patrese et Fittipaldi effectuent un tour d'honneur sur une voiture officielle, une Toyota, la marque japonaise étant le commendataire du Grand Prix. Piquet est le troisième Brésilien à triompher en Formule 1, et impressionne ses pairs par son pilotage coulé qu'il a hérité de son ancien équipier Niki Lauda. Sa victoire est aussi précieuse pour toute l'équipe Brabham qui a connu une année 1979 noire avec seulement sept points inscrits. En plus d'être belle, la BT49 imaginée par Gordon Murray est aussi une excellente voiture.

 

Au classement du championnat, Piquet rejoint Arnoux à la première place, les deux pilotes totalisant dix-huit points chacun. Leurs équipes respectives Brabham et Renault ont exactement le même score.

 

Clay Regazzoni paralysé

Transporté en urgence à l'hôpital Saint-Mary, Clay Regazzoni souffre d'une fracture de la jambe gauche, d'un enfoncement de la cage thoracique, d'une commotion cérébrale et surtout d'une grave lésion de la colonne vertébrale. La douzième vertèbre est fracturée. Qu'il soit vivant est déjà miraculeux, vu le choc qu'il a encaissé. L'avant du châssis de l'Ensign a été plié à plus de 90 degrés ! Mais sa situation demeure grave : il risque la paralysie. Son grand ami Jacques Laffite est à ses côtés, ainsi qu'Aleardo G. Buzzi, le vice-président de Philip Morris Europe. Au soir de ce dimanche, Regazzoni a encore la sensation de ses jambes. Les médecins décident de pratiquer une opération de stabilisation de la colonne vertébrale. L'intervention dure cinq heures. Une longue attente commence alors. Un jour, deux jours... Le pilote suisse ne sent plus ses jambes.

 

Au bout d'une semaine, il est toujours paralysé des membres inférieurs. Grâce à son moral d'acier, Clay garde un peu d'espoir mais il doit maintenant envisager de passer le reste de sa vie dans un fauteuil roulant. Triste fin de carrière pour un des pilotes les plus spectaculaires et les plus sympathiques du peloton.

 

Sécurité: Balestre attaque les équipes anglaises

L'accident de Clay Regazzoni se produit moins d'un mois après les accidents de Marc Surer et d'Alain Prost survenus à Kyalami. Le président Balestre annonce l'ouverture d'une enquête sur les circonstances de l'accident du Tessinois. Mais comme à son habitude, il manque de diplomatie et déclare : « la FISA considère que [c]es accidents [...] rendent nécessaire l'établissement d'un calendrier accéléré de réformes, visant à renforcer la résistance des habitacles et des voitures dans leur ensemble car elle a été sacrifiée par certains constructeurs au bénéfice des performances. » Mis en cause, Teddy Mayer réplique violemment en arguant que les accidents de Prost en Afrique du Sud ne sont pas dus à une négligence dans la conception de l'habitacle de la McLaren. Il exige des excuses immédiates. Günther Schmidt pour ATS et Mo Nunn pour Ensign réagissent de la même manière. Mayer déclare même explicitement que Balestre est incompétent dans le domaine technique. Derrière le patron de McLaren se trouve évidemment Bernie Ecclestone, en guerre contre la FISA afin de ne pas se laisser dicter un régalement technique défavorable aux équipes anglaises.

 

Le 10 avril se tient la réunion de la Commission de la sûreté de la FISA, à laquelle participe Ecclestone. Elle se conclut par une victoire de ce dernier qui obtient la publication de ce communiqué : « Aucune des trois voitures impliquées dans les accidents (NDLA : de Kyalami et de Long Beach) ne saurait être considérée comme dangereuse. Le fait que l'Ensign a résisté à une collision frontale à environ 300km/h plaide au contraire en faveur de la conception des F1 actuelles. » Balestre encaisse mais ne s'avoue pas vaincu...

Tony