Carlos REUTEMANN
 C.REUTEMANN
Williams Ford Cosworth
Alan JONES
 A.JONES
Williams Ford Cosworth
Didier PIRONI
 D.PIRONI
Ligier Ford Cosworth

341e Grand Prix

XIX Grand Prix du Canada
Ensoleillé
28 septembre 1980 - Montréal
70 tours x 4.410 km - 308.700 km
Course interrompue après 1 tour suite à un accident, relancée pour la distance originale.
Didier Pironi termine premier mais avec 1 mn de pénalité pour départ anticipé.
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Alan JONES est Champion du Monde
Constructeur
Moteur
L'accident de Jean-Pierre Jabouille.

Jones - Piquet: vers le dénouement

Le Grand Prix du Canada à Montréal est l'avant-dernière manche du championnat du monde 1980. Nelson Piquet (Brabham, 55 points) possède une simple longueur d'avance sur Alan Jones (Williams, 54 pts). Paradoxalement, Jones peut être sacré au Québec contrairement à Piquet. La faute au barème de points qui ne comptabilise que les cinq meilleurs résultats des sept dernières courses. Ayant inscrit des points à chaque course depuis Monaco, Piquet sait qu'il devra retrancher au minimum deux points à son total tandis que pour le moment Jones n'a pas à entamer son capital. Si le Brésilien l'emporte au Canada, il n'aura donc au maximum que huit points d'avance sur son rival avant la dernière épreuve. Si Jones gagne et que Piquet ne marque pas, il aura lui aussi huit points d'avance, mais Nelson ne pourra pas les combler à Watkins-Glen puisqu'il perdra automatiquement deux unités sur les neufs obtenues grâce à cette éventuelle victoire.

 

De cette mathématique complexe, il ressort qu'une victoire de Jones couplé à un zéro pointé de Piquet ferait de l'Australien le champion du monde 1980.

 

Présentation de l'épreuve

Jean-Pierre Jabouille partant chez Ligier en 1981, Renault Sport est à la recherche d'un remplaçant. Le premier choix de Gérard Larrousse est Alain Prost qui a démontré durant toute cette saison qu'il était sans nul doute un immense espoir. Cependant Marlboro et McLaren ne sont pour l'heure pas décidés à abandonner ce jeune talent à la concurrence. Larrousse envisage aussi de faire appel à Patrick Tambay qui après une première expérience décevante en F1 s'est refait une santé en remportant le championnat Can-Am. Enfin, Carlos Reutemann est une autre option pour Renault qui aimerait développer son audience en Amérique du Sud.

 

Le Britannique Brian Henton, 34 ans, vieux cheval de retour, vient de remporter le championnat européen de Formule 2. Il espère ainsi retrouver une place en Formule 1, mais les recruteurs regardent plutôt du côté de ses jeunes dauphins, l'Anglais Derek Warwick, les Italiens Siegfried Stohr et Teo Fabi, ou le Français Richard Dallest.

 

Suite au GP d'Italie, Vittorio Brambilla a renoncé à la Formule 1 à l'âge de 43 ans avec effet immédiat. Pour le remplacer, Carlo Chiti a suivi les conseils du représentant de Philip Morris Aleardo Buzzi qui lui a recommandé un de ses protégés, tout jeune pilote italien de 21 ans, Andrea de Cesaris, un des animateurs de la F2. Ce curieux personnage, agité par des tics nerveux plus ou moins étonnants, a la réputation d'être très rapide mais aussi un peu trop sanguin.

 

Comme l'année précédente, Ken Tyrrell engage trois voitures pour la tournée nord-américaine. Il confie ainsi la troisième 010 à son jeune pilote d'essais Mike Thackwell, déjà « prêté »à Arrows à l'occasion du GP des Pays-Bas. Lotus n'engage que deux voitures, Nigel Mansell retrouvant son rôle de pilotes d'essais. Chez Arrows Jochen Mass est enfin remis de son accident de Zeltweg et retrouve son volant.

RAM Racing prépare une deuxième Williams FW07 version 79 pour le jeune Californien Kevin Cogan, un des piliers de la Formule Atlantic. Son engagement est financé par Teddy Yip. Enfin il n'y a qu'une Ensign au départ, celle de Jan Lammers.

 

Chez McLaren, John Barnard a remplacé Gordon Coppuck. Il a apporté des modifications aérodynamiques à la M30 d'Alain Prost. Teddy Mayer et Ron Dennis espèrent que le jeune Français obtiendra de bons résultats afin qu'il soit convaincu de demeurer dans l'équipe en 1981.

 

Goodyear a apporté des pneus à profil bas type 98 qui, lorsqu'ils sont montés sur roues de 15'', ont presque le même diamètre que sur des jantes de 13''. Seuls Pironi, les Fittipaldi, les Lotus et les Tyrrell les utiliseront lors du Grand Prix.

 

Les qualifications

Les essais du vendredi sont perturbés par la pluie et Piquet se fait remarquer en percutant Jabouille sur piste humide.

Mais le samedi le Brésilien confirme l'excellente tenue de la Brabham BT49 en cette fin d'année et acquiert sa deuxième pole position à l'issue d'une séance qualificative haletante. Le duel avec un Jones plus combatif que jamais est en effet sévère, mais l'Australien doit se contenter de la deuxième place. Pironi hisse sa Ligier au troisième rang, très près de Jones, et se place en outsider de luxe. Giacomelli est quatrième mais déçu car il pense qu'il aurait pu décrocher la pole sans une collision avec Surer. En proie à une mauvaise tenue de route, Reutemann se satisfait de son cinquième temps. A ses côtés on découvre la Fittipaldi de l'étonnant Rosberg. Emerson lui se contente du seizième rang. Septième, Watson confirme les progrès aperçus depuis Zandvoort sur sa M29C. Il précède le jeune de Cesaris qui impressionne au volant de la seconde Alfa. Ralenti par un moteur poussif, Laffite se retrouve neuvième aux côtés de la Brabham de Rebaque. Patrese est onzième tandis que Mass, qui effectue sa rentrée, est 21ème. Prost est douzième.

 

Cheever obtient un excellent résultat en plaçant son Osella au 14ème rang. Les Renault ne sont pas dans le coup sur ce tracé tortueux. De plus le froid empêche les pneus Michelin de monter en température. Jabouille est treizième tandis qu'Arnoux, accidenté le vendredi, se qualifie de justesse au vingt-troisième rang ! Les trois Tyrrell ne brillent pas mais sont qualifiées: Jarier est 15ème, Daly 20ème, Thackwell 24ème et dernier. Les Lotus ne sont pas en forme puisque de Angelis et Andretti se partagent la neuvième ligne. Lammers réussit une belle performance en qualifiant l'Ensign au dix-neuvième rang. Le héros de tout un peuple Gilles Villeneuve est en revanche désespéré: il ne s'élancera devant son public que depuis la vingt-deuxième place...

 

Si Villeneuve a le masque, que dire de Scheckter, le champion du monde en titre, purement et simplement non qualifié ! Un tel affront n'était pas survenu à un pilote Ferrari depuis Andretti au GP de Monaco 1971. Surer ne parvient pas à qualifier l'ATS, tandis que Keegan et Cogan sont pareillement éliminés.

 

Ainsi qualifié, Mike Thackwell devient à 19 ans et 182 jours le plus jeune coureur à s'aligner au départ d'une manche du championnat du monde. Il détrône ainsi Ricardo Rodríguez, âgé de 19 ans et 208 jours lors du GP d'Italie 1961.

 

Le Grand Prix

Le soleil est au rendez-vous à Montréal ce 28 septembre, mais il fait très froid.

 

Les Williams apparaissent équipées de roues de treize pouces alors qu'elles utilisaient des roues de 15'' depuis le Paul-Ricard. C'est un pari audacieux pour rivaliser avec la Brabham BT49 qui est équipée de petites roues.

 

Chez Williams et Brabham, l'ambiance est celle qui précède les grandes batailles. Gonflé à bloc, très concentré, Alan Jones en impose à Nelson Piquet, visiblement intimidé par l'enjeu. L'ancien pilote et commanditaire de Williams Charles Crichton-Stuart commentera plus tard avec humour : « Alan donnait l'impression de se préparer pour la guerre du Vietnam alors que Piquet avait l'air d'un gentil petit jockey que l'on soulève délicatement pour l'installer dans sa voiture ! »

 

Sur la grille on voit Bernie Ecclestone discuter avec Didier Pironi. Il demande au Français combien cela lui coûterait de se « charger » de Jones... L'Australien se trouve en effet par chance sur le côté le plus adhérent de la piste et risque de doubler Piquet lors des premiers mètres. De manière plus amusante, un individu se place devant la Williams n°27 et exécute une sorte de danse rituelle. Le chef mécanicien Wayne Eckersley s'apprête à s'emparer de l'énergumène lorsque Jones l'arrête : il s'agit de son ami Carl Haas, l'importateur de Lola en Amérique du Nord ! L'Australien a remporté la Can-Am en 1978 pour le compte de Haas et sait que celui-ci a l'habitude d' « envoûter » ses voitures avant le départ pour leur porter chance...

 

Départ: Piquet et Jones partent bien. Le Brésilien se garde de Pironi. Les deux rivaux franchissent la première courbe côte à côte. Jones tasse Piquet sur la droite. La Brabham part en travers, tape le mur tout an arrachant le capot moteur de Jones qui continue. Voulant éviter Piquet, Rosberg monte sur ses freins, oblique vers la droite et percute le muret. C'est alors le carambolage : Fittipaldi s'accroche avec Daly qui décolle et se fracasse contre le mur. Jarier, Villeneuve, Mass et Andretti entrent en contact. La piste est obstruée.

 

Heureusement personne n'a été blessé dans le carambolage. La direction de course brandit le drapeau rouge. Les voitures viennent se replacer sur la grille pour un deuxième départ.

 

Bien qu'ayant échappé à peu près indemne du carambolage, Thackwell doit donner sa voiture à Jarier. Daly quant à lui ne repartira pas car sa Tyrrell est complètement détruite. Rosberg récupère la F8 de Fittipaldi qui de son côté s'installe au volant de sa F7 de réserve. Mass, Andretti et Villeneuve montent dans leurs mulets. Piquet a mal au coude suite à son choc contre le muret mais ne peut évidemment renoncer. Il s'installe dans sa voiture de secours équipée d'un moteur Ford-Cosworth ayant fort peu roulé. Quant à Jones, sa Williams peut être réparée facilement.

 

Une heure et vingt minutes après le premier départ, le second envol de la course peut être donné.

 

Deuxième départ : La Ligier de Pironi avance légèrement tandis que le feu rouge s'allume. Au vert le Français se retrouve devant Piquet et Jones. Jones prend l'avantage sur le Français dans l'enchaînement suivant. Piquet s'est retrouvé enfermé entre ceux-ci. Suivent Giacomelli, Reutemann et Watson.

 

1er tour : Jones mène devant Pironi, Piquet, Giacomelli, Reutemann, Watson, Laffite, de Cesaris, Patrese et Rebaque.

 

2e : Piquet dépasse Pironi dans la ligne droite longeant le Saint-Laurent. Il revient menaçant sur Jones.

 

3e : Piquet déborde Jones face au Saint-Laurent. Il augmente aussitôt l'écart sur la Williams. Giacomelli est derrière Pironi et a creusé un trou de trois secondes sur Reutemann et Watson.

 

4e : Piquet a une seconde et demie d'avance sur Jones. Pironi et Giacomelli suivent l'Australien. Vient ensuite un trio composé de Reutemann, Watson et Laffite.

 

5e : Trois secondes séparent Piquet et Jones. Giacomelli attaque Pironi à l'épingle du Casino, sans succès.

 

7e : Giacomelli attaque Pironi à l'entrée d'une des premières chicanes. Le Français résiste et Giacomelli part dans le gazon, entraînant son adversaire avec lui. Pironi peut repartir sans perdre de position mais Giacomelli ralentit : ses jupes se sont abîmées dans l'escapade. A l'épingle, Prost attaque Patrese et les deux hommes entrent en collision. L'Italien part en tête-à-queue tandis que le jeune Français peut continuer malgré un saut de cabri. Dans le même temps Watson déborde Reutemann.

 

8e : Piquet mène devant Jones (5.6s.), Pironi (12s.), Watson (14.3s.), Reutemann (15.9s.) et Laffite (17s.). Suivent Rebaque, de Cesaris, Cheever, Prost, Jabouille et Villeneuve. Giacomelli regagne son garage pour abandonner. Patrese est sorti de sa voiture.

 

9e : De Cesaris rencontre des avaries sur son moteur et va devoir rejoindre son équipier aux stands. Cheever s'arrête lui sur un bas-côté avec une pompe à essence hors d'usage. Enfin Fittipaldi regagne son box avec une boîte de vitesses cassée.

 

10e : Piquet a six secondes et demie d'avance sur Jones, treize secondes sur Pironi. Vient ensuite le trio Watson – Reutemann – Laffite. Rebaque est septième et précède Prost, Villeneuve et Jabouille.

 

11e : Prost est en grande forme et prend la septième place à Rebaque.

 

12e : La course tourne à l'hécatombe : Andretti s'arrête dans une échappatoire avec un moteur fumant.

 

14e : Watson a semé Reutemann et Laffite qui restent roues dans roues.

 

15e : Piquet caracole en tête devant Jones (7.3s.), Pironi (13.1s.), Watson (18.2s.), Reutemann (22s.), Laffite (22.4s.) et Prost (30.5s.). Suivent Rebaque, Villeneuve, Jarier et Jabouille.

 

17e : Piquet se forge une grande avance. Jones s'inquiète : si rien ne change, il ne pourra pas rattraper son adversaire... Lammers a cassé un échappement et repart après un passage aux stands.

 

18e : Jones est gêné par Lammers reparti au petit trot. Prost rattrape Laffite et Reutemann

 

19e : Piquet est maintenant dans le trafic. Il prend ainsi un tour à Arnoux qui se traîne en 14ème position.

 

20e : Piquet est premier devant Jones (8s.), Pironi (15s.), Watson (25s.), Reutemann (26.5s.), Laffite (29s.) et Prost (29.8.)

 

22e : Piquet s'inquiète car il sent que son moteur vibre. Jabouille repasse devant Jarier.

 

24e : Le moteur de Piquet explose dans la première portion du tracé. Nelson se gare dans l'herbe. Jones s'empare du commandement et se retrouve donc virtuellement champion du monde. Le Brésilien est écœuré : ce moteur n'avait même pas cent kilomètres au compteur... Dans le même tour Prost prend l'avantage sur Laffite et se retrouve cinquième.

 

25e : Jones a cinq secondes d'avance sur Pironi. Mais dans les stands il se murmure que le jeune Français pourrait bien être sanctionné car il a volé le départ... Pendant ce temps-là Piquet regagne les stands sur un vélomoteur.

 

26e : Au virage à droite après l'épingle de l'île, Jabouille perd le contrôle de sa machine à cause d'une défaillance mécanique. Celle-ci part tout droit, traverse une mince bande herbée et vient se fracasser de plein fouet contre un rail enveloppé de vieux pneumatiques. Le choc a été très violent. La coque de la Renault est presque pliée en deux. Jabouille est conscient mais ne peut pas sortir de son habitacle. Les commissaires de piste tentent de l'aider en arrachant des morceaux de carrosserie mais le pilote français est bel et bien coincé. Il souffre énormément des jambes. Une voiture médicale se met en route.

 

27e : Pironi se rapproche de plus en plus de Jones. Pendant ce temps-là on s'affaire autour du malheureux Jabouille.

 

28e : Mass et Rosberg se battent pour la onzième place, mais gênent en même temps Watson, Reutemann, Prost et Laffite désormais roues dans roues.

 

29e : Pironi est maintenant dans le sillage de Jones, à une seconde et demie.

 

30e : Le quatuor emmené par Watson s'est débarrassé de Mass et de Rosberg, puis prend un tour à de Angelis. Le jeune Italien a sans doute été surpris car il manque de peu de heurter Reutemann puis Laffite. Jabouille a été extrait de son épave et subit une transfusion sanguine afin d'écarter tout risque d'hémorragie.

 

31e : Jones mène devant Pironi (0.5s.), Watson (22s.), Reutemann (22.5s.), Prost (22.8s.) et Laffite (23.2s.). Villeneuve prend la septième place à Rebaque.

 

33e : Jones résiste aux assauts de Pironi car la victoire lui est nécessaire pour s'assurer du titre mondial.

 

34e : A la chicane qui précède l'épingle Casino, Prost surprend Reutemann par un très beau dépassement par l'extérieur. Les McLaren sont donc troisième et quatrième : cela faisait bien longtemps qu'elles n'avaient pas été aussi véloces !

 

35e : Watson et Prost sont désormais en bagarre pour la troisième place. Le Nord-Irlandais est bien décidé à résister au jeune Français qui l'a tant dominé cette année.

 

36e : Pironi continue de menacer Jones, une seconde derrière la Williams. Mais il est maintenant certain qu'il sera pénalisé pour son départ anticipé. Les médecins s'affairent toujours autour de Jabouille. Les rumeurs les plus alarmistes et les plus saugrenues courent dans les stands quant au sort du pilote français.

 

37e : Prost se montre dans les rétroviseurs de Watson qui ne bronche pas.

 

38e : Tout à leur duel, les deux pilotes McLaren ont relégué Reutemann et Laffite à plus d'une seconde. Watson verrouille toutes les portes face à Prost.

 

39e : Un mécanicien de Williams brandit ce panneau à Jones : « +60 – Pironi - Penalisation ». Le pilote Ligier vient en effet de recevoir une pénalité d'une minute pour départ anticipé. Jones n'a donc pas à forcer sa cadence pour lui résister.

 

41e : Arnoux regagne son stand avec des freins et une boîte de vitesses hors d'usage. A l'abord du virage à gauche qui précède l'épingle de l'île, une des suspensions de Prost, endommagée lors du choc avec Patrese, se rompt. La McLaren fonce comme une balle dans le mur de protection, amortie par de vieux pneus. On craint un nouveau drame mais heureusement Prost est sauf.

 

42e : Jabouille a été placé sur une civière pour être évacué vers l'hôpital de Montréal. Il semble à la fois choqué et agité. Les médecins tentent de le maintenir en place sur la civière.

 

43e : Jones n'a pas voulu croire son mécanicien lui annonçant la pénalité de Pironi. Frank Williams doit venir en personne agiter le panneau devant son pilote pour que celui-ci consente à lever le pied.

 

44e : Jones laisse passer Pironi qui s'empare donc du commandement fictif. Le Français prend toute de suite près de trois secondes d'avance.

 

45e : Pironi attaque maintenant pour ne pas finir trop mal classé malgré sa minute de pénalité. Avec 35 secondes d'avance sur le trio Watson – Reutemann – Laffite, Jones n'a plus rien à craindre pour sa victoire... et son titre mondial.

 

47e : Jabouille est évacué en ambulance, une demi-heure environ après son accident. L'épave de la Renault, dont le train avant n'existe plus, est évacuée. Dans la ligne droite après le pont de la Concorde, Jones est gêné par Mass et découvre la voiture médicale qui utilise la trajectoire dévolue aux pilotes !

 

48e : Pironi attaque à fond et a creusé un écart de dix secondes sur Jones. Mais au classement officiel, il n'est que cinquième devant Villeneuve.

 

49e : Jones est maintenant bouchonné par Rebaque. Il est très prudent car il soupçonne un coup tordu « made in Ecclestone »...

 

50e : Après avoir joué à l'obstacle pendant un tour et demi, Rebaque laisse passer Jones. C'était ça ou se faire remarquer par la direction de course...

 

52e : Reutemann se fait insistant derrière Watson tandis que Laffite a du mal à suivre ceux-ci.

 

53e : En piste Pironi a onze secondes d'avance sur Jones. Officiellement le classement est le suivant : Jones premier devant Watson (25.2s.), Reutemann (26.7s.), Laffite (29.9s.), Pironi (49s.) et Villeneuve (1m. 13s.). Suivent Rebaque, Jarier, Rosberg et de Angelis.

 

55e : Pironi mène un train d'enfer : en onze tours, il s'est constitué une avance de quinze secondes sur Jones.

 

56e : Watson revient sur Mass qui vit un clavaire au volant d'un mulet taillé aux mesures de Patrese. A l'enchaînement du pont de la Concorde, le pilote McLaren glisse et effectue un tête-à-queue. Reutemann et Laffite le doublent. Watson repart en ayant laissé échapper une superbe occasion de monter sur le podium.

 

57e : C'est au tour de Laffite d'être gêné par Mass durant quelques temps.

 

60e : Jarier joue au bouchon devant Reutemann. Laffite revient dans les échappements de l'Argentin.

 

61e : Pironi a plus de vingt secondes d'avance sur Jones. A ce rythme-là, il peut espérer terminer quatrième, entre Laffite et Watson.

 

62e : Pironi réalise le meilleur tour de la course en 1'28''769'''. Jarier s'efface devant Reutemann mais pas devant Laffite qui perd ainsi un temps fou.

 

63e : Jarier s'écarte devant Laffite qui a perdu deux bonnes secondes sur Reutemann à cause de son compatriote, toujours aussi peu adepte de l'usage des rétroviseurs.

 

65e : En piste Pironi a vingt-deux secondes d'avance sur Jones, quarante-sept sur Reutemann. Il peut donc viser la deuxième place. Le classement officiel est le suivant : premier Jones devant Reutemann (25s.), Laffite (28.5s.), Watson (37.7s.), Pironi (38s.) et Villeneuve (1m. 25s.).

 

66e : Pironi « double » Watson au classement officiel.

 

69e : Laffite tombe en panne d'essence. Ses efforts contre Reutemann n'auront servi à rien. Rebaque entre dans les points.

 

70ème et dernier tour : Didier Pironi franchit la ligne d'arrivée avec 41 secondes d'avance sur Alan Jones. Celui-ci remporte le GP du Canada et devient donc champion du monde de Formule 1 1980. Reutemann termine deuxième et assure le doublé à Williams. Du fait de sa pénalité d'une minute, Pironi se classe troisième et n'a pas à rougir de sa superbe course. Watson obtient une quatrième place qui va égayer un peu sa catastrophique saison. Villeneuve décroche une cinquième place qui peut paraître anodine, mais qui est tout de même une belle performance devant son public, au volant d'une Ferrari très rétive. Enfin Rebaque inscrit son premier point pour Brabham. Jarier, Rosberg, de Angelis, Mass et Lammers sont aussi à l'arrivée.

 

Après la course: Alan Jones champion du monde

Tandis que Jones est fêté par ses mécaniciens, Gérard Ducarouge fonce à la direction de course pour déposer une réclamation contre la sanction qui frappe Pironi. « Le moins que je puisse dire, c'est que pour une faute aussi bénigne et aussi courante, la sanction a été sévère et peu commune... » râle le pilote français. Ce n'est que deux heures plus tard que le classement et la victoire de Jones seront confirmés.

 

Alan Jones, 34 ans, devient après Jack Brabham le second Australien champion du monde de F1. Un juste retour des choses pour celui qui quelques années auparavant n'était considéré que comme un tâcheron rondouillard et mal embouché. Tous les observateurs n'avaient pas perçu que derrière cette rude écorce se cachait un pilote très talentueux, non un fin styliste certes, mais un incroyable battant, doté d'une détermination et d'une résistance physique à toute épreuve. Jones, c'est la victoire du courage et du panache, qualités qui plaisent au grand meneur d'hommes qu'est devenu avec les années Frank Williams. Et puis cette victoire est aussi une belle revanche pour le fils de Stan Jones, cet excellent coureur australien des années 50, courtisé par les grands constructeurs européens, mais qui ne quitta jamais son île natale. Hélas Stan, disparu en 1973, n'est plus là pour assister au triomphe d'Alan.

 

Cette saison 1980 est celle des querelles. Alors évidemment, la fête est gâchée. Tout d'abord par la polémique concernant l'accident du premier départ. Jones et Piquet se rejettent mutuellement la faute. « Jones m'a emmené dans le mur ; il y a encore la marque du pneu sur ma voiture ! » s'exclame Piquet. « Quand je suis en tête, je ne m'occupe pas de ce qui se passe derrière moi... » lui jette Jones, dédaigneux. Sans être de vrais rivaux, les deux adversaires ne s'aiment pas beaucoup. Le nouveau champion regrette tout de même cet incident. Mais il quitte le circuit en oubliant sa coupe, abandonnée sur une estrade...

 

Jabouille à l'hôpital

Malheureusement, les pilotes sont aussi inquiets et émus par l'accident de Jean-Pierre Jabouille. Transporté à l'hôpital de Montréal, celui-ci reçoit les visites de ses amis pilotes, et bien sûr en premier lieu celle de son beau-frère Jacques Laffite. Le diagnostic est sévère : sept fractures à la jambe droite et déplacement de la rotule gauche. La saison de « JPJ » est terminée. Ce nouvel accident met en lumière le manque de sécurité à l'avant des bolides de course : la Renault s'est littéralement pliée en deux lors de l'impact. Dans son malheur, Jabouille est presque chanceux de ne pas avoir eu les deux jambes brisées...

Tony