Elio De ANGELIS
 E.De ANGELIS
Lotus Ford Cosworth
René ARNOUX
 R.ARNOUX
Renault
Alan JONES
 A.JONES
Williams Ford Cosworth

330e Grand Prix

IX Grande Premio do Brasil
Ensoleillé
27 janvier 1980 - Interlagos
40 tours x 7.874 km - 314.960 km
Affiche
F1
Coupe

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Premier tour, Gilles Villeneuve précède Jacques Laffite, Jean Pierre Jabouille, Didier Pironi et René Arnoux.

Une épreuve contestée

Depuis l'Argentine, Jody Scheckter n'a pas changé d'avis. Avec quelques pilotes il estime que le revêtement du circuit d'Interlagos est trop mauvais pour pouvoir courir, tandis que l'absence de barrière rend la sécurité précaire. Bernie Ecclestone, principal promoteur de l'épreuve brésilienne, ne s'en émeut pas, pour une fois en accord avec la FISA. La fédération annonce en effet que le tracé d'Interlagos est homologué jusqu'en 1981. Mais Ferrari, Renault et Ligier annoncent qu'ils ne s'opposeraient pas à leurs pilotes si ceux-ci décidaient de boycotter le Grand Prix. De son côté la presse brésilienne attaque violemment Scheckter. Celui-ci ne parvient pas à entraîner avec lui tous ses collègues, se heurtant notamment à l'opposition de Mario Andretti.

 

Le mercredi 23 janvier, les pilotes se réunissent pour décider si oui ou non ils boycotteront l'épreuve. Treize pilotes se prononcent en faveur du boycott, treize autres en sa défaveur. Scheckter est désavoué : le Grand Prix aura bien lieu. Pour faire bonne mesure la FOCA obtient des organisateurs quelques aménagements en matière de sécurité. Ce n'est toutefois qu'un pis-aller pour éviter le désastre d'une annulation.

 

Présentation de l'épreuve

En marge de cette affaire, les pilotes s'entendent néanmoins pour rédiger un « cahier de doléances » qui sera présenté par Jody Scheckter et Jean-Pierre Jabouille à la prochaine réunion de la FISA en février. Parmi leurs revendications, on note la diminution de l'appui aérodynamique, notamment par réduction de la dimension des jupes, et une diminution de l'adhérence en jouant sur le diamètre des pneus. Plus globalement, c'est le principe de l'effet de sol qui est dénoncé par les pilotes. Ils estiment que les passages en courbe s'effectuent à des vitesses trop élevées et les mettent ainsi à la merci du moindre aléa technique.

 

Les Paulistes continuent de soutenir leur champion Emerson Fittipaldi même si celui-ci ne semble être au volant de sa propre voiture que parce qu'il n'a trouvé personne d'autre pour la piloter. Le nouvel espoir brésilien Nelson Piquet ne suscite pas le même enthousiasme, et pour cause : il est né à Rio de Janeiro, ville rivale de São Paulo...

 

Après les déboires rencontrés en Argentine, les Williams FW07 apparaissent de nouveau dans leur configuration de 1979. Malheureusement leurs jupes fonctionnent mal sur les nombreuses ondulations de l'asphalte.

 

L'ingénieur de Goodyear Lee Gaug maintient sa position de ne plus apporter de pneus de qualifications. Cela avantage Michelin qui cette fois-ci ne s'est pas trompé dans son choix de pneus. Pierre Dupasquier alimente généreusement Renault et Ferrari en gommes très tendres.

 

Les qualifications

Ce circuit semble favorable aux Renault grâce au couple offert par le moteur turbo, permettant d'incroyables accélérations. Pour autant, inexistantes à Buenos Aires, les RE20 sont inconduisibles lors des essais préliminaires du jeudi. Cependant Jabouille travaille étroitement avec l'ingénieur Michel Tetu, et le vendredi l'amélioration est flagrante : Jabouille obtient sa cinquième pole position en F1. Mais il ne devance que deux dixièmes Pironi qui doit se contenter de pneus Goodyear de course. Le jeune Français surprend agréablement. Villeneuve est troisième mais de son propre aveu ne doit cette performance qu'aux trains de pneus tendres offerts par Michelin. Il a cassé deux moteurs lors des essais et en cassera un troisième lors de l'échauffement. Reutemann se débat avec une Williams instable et n'a que plus de mérite à décrocher la quatrième place. Tous les deux handicapés par des incidents avec leurs moteurs, Laffite et Arnoux sont en troisième ligne. De Angelis est septième, suivi par Scheckter et Piquet. Jones est seulement dixième. Andretti et Regazzoni se partagent la sixième ligne. Chez McLaren, Prost malmène sérieusement son équipier Watson: le Français est treizième et le Nord-Irlandais seulement vingt-troisième.

 

Dans la deuxième moitié de la grille on trouve aussi les Arrows, les Alfa Romeo, l'ATS de Surer. Zunino déçoit beaucoup : il n'est que dix-huitième, à trois secondes des chronos de Piquet. Il précède Fittipaldi, dix-neuvième, assez loin de son équipier Rosberg, quinzième. Enfin les Tyrrell, trop lentes en ligne droite, parviennent à se qualifier de justesse : Jarier est 22ème et Daly 24ème et dernier.

 

Les non-qualifiés sont les mêmes qu'en Argentine: Cheever, Lammers, Kennedy et Johansson.

 

Le Grand Prix

Lors du warm-up, Jabouille casse son turbocompresseur. Il souhaite utiliser son mulet pour la course, mais Gérard Larrousse refuse et on se contente de changer son turbo. Le pilote français n'est pas très optimiste quant à ses chances de terminer l'épreuve...

 

Départ: Villeneuve prend un excellent départ, se faufile entre Pironi et Jabouille et aborde le premier virage en tête. Laffite se place dans le sillage du Québécois et passe aussi Jabouille, relégué au quatrième rang.

 

1er tour: Jabouille déborde Laffite dans la courbe après Retao. Puis le pilote Renault se débarrasse de Pironi à Arquibacanas.

Reutemann est au ralenti avec deux demi-arbres de roues cassés. A Retao, Zunino part en tête-à-queue après un choc avec Watson, mais parvient à repartir. Villeneuve mène devant Jabouille, Pironi, Laffite, Arnoux, de Angelis, Jones, Scheckter, Andretti et Regazzoni.

 

2e: Laffite attaque Pironi, sans succès. A la Curva del Sol Jabouille attaque et passe Villeneuve. Le Canadien est aussitôt menacé et doublé par Pironi. Puis dans la partie sinueuse du circuit il est passé par Laffite et Arnoux. Les leaders croisent Reutemann qui rentre à son stand au ralenti. Andretti perd le contrôle de sa Lotus dans la grande courbe suivant les stands et est entraîné dans une impressionnante embardée. Il heurte une barrière par l'arrière mais s'en tire indemne.

 

3e: Laffite passe Pironi, bientôt imité par Arnoux. Plus loin, de Angelis a passé Villeneuve. Regazzoni est à son garage à cause de soucis d'alimentation.

 

4e: Pironi est victime d'un grave sous-virage à cause d'une jupe endommagée. Il s'arrête à son stand et ses mécaniciens touchent à sa barre antiroulis. Il repart... avec du survirage ! Il occupe désormais vingt-et-unième position. Après avoir doublé Scheckter, Jones passe Villeneuve.

 

5e: Jabouille mène devant Laffite (3.5s.), Arnoux (5.8s.) et de Angelis (9s.). Ils sont suivis par Villeneuve, Scheckter, Piquet, Patrese et Mass.

 

6e: A la fin de ce tour Villeneuve entre aux stands. Ses pneus Michelin sont déjà usés et il doit en changer. Il repart quinzième. Regazzoni est au stand Ensign, toujours à cause de ses problèmes d'injection.

 

8e: Jabouille est premier devant Laffite (3s.), Arnoux (8s.), de Angelis (11s.) et Jones (17s.). Piquet double Scheckter. Le champion du monde entre aux stands à la fin de cette boucle pour changer ses pneus, aussi usés que ceux de son équipier.

 

9e: Scheckter est reparti vingt-et-unième. Troisième passage aux stands pour Regazzoni.

 

10e: Jabouille mène devant Laffite (2.8s.), Arnoux (8.8s.), de Angelis (11.4s.), Jones (20.7s.) et Piquet (36.1s.). Suivent Patrese, Mass, Prost et Watson. Bien plus loin Villeneuve et Pironi remontent dans le peloton.

 

11e: En lutte pour la neuvième place, Watson, Fittipaldi et Rosberg sont, tous les trois, côte à côte dans Retao. Rosberg prend l'aspiration et déborde les deux monoplaces par la gauche, non sans tasser Fittipaldi qui va lui en vouloir beaucoup.

 

12e: Scheckter est arrêté dans le gazon, en panne de moteur.

 

13e: Suite à une sortie dans l'herbe, les jupes de la voiture de Fittipaldi sont coincées en position haute. Le Brésilien revient à son stand pour essayer de les replacer correctement, puis repart.

 

14e: Laffite arrête sa Ligier dans l'herbe, moteur coupé. Une simple fiche de son allumage s'est débranchée. Au même instant Piquet revient au stand Brabham avec une crevaison à l'arrière-gauche. Il repart en dernière position après avoir changé de pneus. Prost passe Mass et se retrouve sixième.

 

15e: Jabouille mène désormais devant Arnoux (9.9s.), de Angelis (11.5s.), Jones (30s.), Patrese (1m. 10s.) et Prost (1m. 18s.). La suspension arrière gauche de Piquet s'affaisse suite à sa crevaison. La Brabham part violemment dans le décor, sans mal pour son pilote.

 

16e : Pironi et Villeneuve doublent Watson et se retrouvent aux neuvième et dixième rangs.

 

17e: Jabouille est confortablement installé en tête de la course, tandis qu'Arnoux a toujours du mal à se défaire de de Angelis. Pironi dépasse Rosberg puis Mass et pointe maintenant en septième position. Le jeune Français attaque comme un beau diable malgré une Ligier survireuse. Villeneuve ne parvient pas à le suivre.

 

19e : Rosberg prend la huitième place à Mass.

 

20e: Jabouille compte neuf secondes d'avance sur Arnoux. Celui-ci commence a prendre de la marge sur de Angelis dont les pneus se dégradent. Pironi est revenu derrière Prost. Dernier à plusieurs tours, Regazzoni abandonne suite à un bris de suspension.

 

21e: Pironi passe Prost et entre ainsi dans les points. Giacomelli change de pneus après une crevaison.

 

22e: Arnoux réalise le meilleur tour en course (2'27''31'''). Pironi est bloqué derrière Patrese. Fittipaldi est dans les stands afin de régler ses jupes qui fonctionnent mal.

 

24e : Jabouille réalise son tour le plus rapide de la course : 2'27''98'''. Pironi attaque Patrese par l'intérieur au premier virage mais l'Italien se rabat très dangereusement devant lui. L'accrochage est évité de justesse.

 

25e: Jabouille entre dans les stands. Son turbo ne fonctionne plus et il est contraint de mettre pied à terre. Arnoux s'envole vers la victoire. Plus loin, Villeneuve double dans le même tour Rosberg puis Mass.

 

26e: Arnoux a onze secondes d'avance sur de Angelis. Pironi dépasse Patrese dans Retao. Prost est en embuscade à quelques secondes de l'Italien.

 

27e : Arnoux mène devant de Angelis (11.4s.), Jones (43.2s.), Pironi (1m. 34s.), Patrese (1m. 38s.) et Prost (1m. 40s.). Suivent Villeneuve, Mass, Rosberg et Zunino.

 

29e : Rosberg prend la huitième place à Mass tandis que Surer double Zunino.

 

30e: Arnoux a seize secondes d'avance sur de Angelis. Jones est tranquillement installé à la troisième place, à cinquante secondes. Prost et Patrese sont désormais en bagarre pour la cinquième place.

 

31e: Prost est plus rapide que Patrese dans les virages, mais le rugueux Italien bénéficie de plus de puissance dans les lignes droites. Le mano à mano entre les deux pilotes s'éternise ainsi.

 

32e : Zunino double Mass tandis que celui-ci concède un tour à Arnoux. Le Français passe ensuite l'Argentin. Nouveau changement de pneus pour Fittipaldi.

 

33e : Arnoux prend un tour à Surer et à Rosberg.

 

34e: Arnoux mène devant de Angelis (14.8s.), Jones (51.3s.), Pironi (1m. 38s.), Patrese (2m.06.2s.), Prost (2m. 06.4s.) et Villeneuve (2m. 10s.). Depailler est arrêté sur le bas-côté avec un boîtier d'allumage défectueux. Il était treizième.

 

35e: Prost réussit à passer Patrese à Subida dos Boxes. Mais l'Italien prend ensuite l'aspiration derrière la McLaren et la repasse par l'extérieur dans le premier virage, non sans couper une nouvelle fois la trajectoire de manière litigieuse. Tête-à-queue de Villeneuve suite à un problème d'accélérateur.

 

36e: Patrese continue de résister à Prost par tous les moyens. Surer et Zunino mènent une belle fin de course et, après avoir doublé Mass, menacent Rosberg. Le Finlandais a attaqué comme un forcené depuis le départ et ses gommes sont détruites. Villeneuve est aux stands où il abandonne, en panne d'accélérateur.

 

37e : Prost parvient enfin à se débarrasser de Patrese et s'empare de la cinquième place.

 

38e : Arnoux a désormais vingt secondes de marge sur de Angelis.

 

39e: Surer prend la septième place à Rosberg qui a effectué un tête-à-queue.

 

40ème et dernier tour: René Arnoux gagne son premier Grand Prix de Formule 1. Le jeune de Angelis monte à seulement vingt-et-un ans et dix mois sur son premier podium. Il bat ainsi de quelques jours le record de Bruce McLaren. Il donne aussi à Lotus son premier podium depuis neuf mois. Jones est troisième et limite ainsi les dégâts sur un circuit que la Williams n'apprécie pas. Pironi finit quatrième après une belle remontée. Prost est cinquième et inscrit ainsi des points pour la seconde fois consécutive. Le jeune Français fait très fort impression en ce début d'année. Patrese acquiert le dernier point mais de nouveau son comportement en piste est critiqué. Surer est septième, devant Zunino, Rosberg, Mass, Watson, Jarier, Giacomelli, Daly et Fittipaldi.

 

Après la course

René Arnoux tombe en panne d'essence dans son tour d'honneur. Il rejoint le podium raccompagné par Riccardo Patrese. Il y retrouve son épouse Nelly. « Néné » est le septième Français à inscrire son nom au palmarès du championnat du monde. Le Grenoblois a certes profité des déboires de Jabouille, mais il s'affirme comme un pilote de premier plan. Cette première victoire était attendue par ses supporteurs depuis de longs mois. Il rend un hommage appuyé à François Guiter qui avec Elf lui a offert le budget pour poursuivre sa carrière en 1975, tandis qu'il était sans le sou. Jean-Pierre Jabouille est beaucoup plus amer et ne répond que poliment aux messages de soutien. Le « Grand blond » commence à croire à l'existence de la scoumoune...

 

Malgré un week-end difficile Jones peut se satisfaire de sa troisième place qui lui permet de conserver la tête du classement général avec treize points contre neuf à Arnoux. Le score est le même chez les constructeurs entre Williams-Ford-Cosworth et Renault. Le compteur de Ferrari est toujours vierge.

Tony