Gilles VILLENEUVE
 G.VILLENEUVE
Ferrari
Jean-Pierre JABOUILLE
 J.JABOUILLE
Renault
René ARNOUX
 R.ARNOUX
Renault

321e Grand Prix

LXV Grand Prix de France
Couvert
1 juillet 1979 - Dijon-Prenois
80 tours x 3.800 km - 304.000 km
Affiche
F1

Le saviez-vous ?

Pilote
Constructeur
Moteur
Duel historique entre Gilles Villeneuve et René Arnoux.

Annulation du Grand Prix de Suède

Le Grand Prix de Suède prévu pour la mi-juin a été annulé. En effet les organisateurs n'ont pas réussi à réunir l'argent réclamé par Bernie Ecclestone pour la tenue de la course. La FISA raie donc fin mai l'épreuve du calendrier. Et pourtant, quelques jours plus tard, une compagnie pétrolière dépose l'argent réclamé par la FOCA. Ecclestone annonce par conséquent que le Grand Prix aura bien lieu. Mais Jean-Marie Balestre s'y oppose: l'annulation de la course est définitive. Les protestations de la FOCA et des Suédois n'y changent rien. C'est un nouvel acte d'autorité du président de la FISA.

 

Et en fait, peu de monde regrette l'épreuve d'Anderstorp qui pour les équipes n'était qu'un coûteux déplacement au fin fond de la Scandinavie... De plus la Formule 1 a perdu beaucoup de sa popularité en Suède depuis les décès de Ronnie Peterson et de Gunnar Nilsson.

 

Accident de deltaplane pour Patrick Depailler

« C'est simple, en un éclair je me suis dit que tout était fini pour moi. Terminé. Empaqueté. Rien à voir avec un accident de circuit. En course on s'attend toujours à payer très cher. Mais là, c'était hors de prix... » C'est ainsi que Patrick Depailler rapporte au journaliste Renaud de Laborderie son accident de deltaplane du 3 juin 1979. Le pilote participait à une randonnée en Auvergne sur un de ces engins lorsqu'il s'est écrasé à 70km/h sur une montagne. Transporté à l'hôpital de Clermont-Ferrand, ses deux jambes sont brisées. Plusieurs opérations vont lui permettre de se rétablir, mais en attendant il semble certain que la saison de Formule 1 est terminée pour lui.

 

Guy Ligier est atterré par cette nouvelle. La Seita n'est pas contente non plus : un champion automobile victime d'un accident de deltaplane, cela ne fait pas sérieux... En attendant Ligier doit trouver un remplaçant à Depailler. La FOCA le contraint en effet à aligner deux voitures. Les candidats sont multiples. Le jeune Alain Prost qui domine la Formule 3 est poussé par Elf, mais la Seita veut engager un coureur expérimenté. On évoque le nom de Jean-Pierre Beltoise, mais celui-ci n'est pas en bons termes avec le « père Guy » depuis que celui-ci lui a refusé le volant de la JS5 fin 1975. La candidature d'Henri Pescarolo qui n'a plus touché une F1 depuis trois ans n'apparaît guère plus sérieuse.

Ligier entre alors en contact avec James Hunt qui vient pourtant d'annoncer son retrait de la Formule 1. L'Anglais ne lui dit pas non mais craint que Walter Wolf, qu'il vient de quitter avec fracas, ne lui intente un procès s'il rejoignait Vichy. De plus la Seita refuse de s'allier à un coureur qui est lié depuis plusieurs années avec Marlboro. Finalement, le 21 juin Ligier annonce l'engagement de Jacky Ickx. Le choix du champion belge est celui de la sécurité. Néanmoins Ickx sait qu'il fait face à un lourd défi puisqu'il va devoir découvrir les monoplaces à effet de sol.

 

Mort de Louis Chiron

Durant le mois de juin le sport automobile a enregistré la perte de Louis Chiron, disparu à l'âge de 79 ans. Ce Franco-Monégasque fut l'un des piliers de l' « âge des Titans » dans les années 1920-1930. Fer de lance de Bugatti, il pilota aussi des Alfa Romeo et des Mercedes avant de prendre sa retraite en 1936. Il fit une réapparition surprise après la guerre et se signala par une troisième place au Grand Prix de Monaco 1950, et surtout une incroyable victoire au Rallye de Monte-Carlo en 1954, à l'âge de 55 ans !

 

Après avoir définitivement raccroché, ce personnage truculent, toujours bardé de décorations, était devenu directeur de course du GP de Monaco avant de se retirer au début des années 70.

 

Présentation de l'épreuve

Le Grand Prix de France fait escale à Dijon-Prenois. Un rendez-vous évidemment très attendu par les équipes françaises. On attend avec impatience les Ligier-Ford-Cosworth JS11, même si tout le monde regrette l'absence de Patrick Depailler. Jacques Laffite espère un bon résultat pour rattraper Jody Scheckter en tête du championnat. Il bénéficie d'une JS11 toute neuve, avec de nouveaux pontons et une suspension avant à géométrie variable. C'est une course aussi cruciale pour Renault qui n'a toujours pas inscrit de point en 1979. La nouvelle RS10 est pourtant fort prometteuse, mais jusqu'ici Jean-Pierre Jabouille et René Arnoux n'ont pas eu l'occasion de briller à son volant. Le tracé de Prenois, court et rapide, devrait cependant être très favorable aux moteurs turbo.

 

Une nouvelle polémique oppose la FISA et la FOCA. Depuis Zolder se déroule le championnat BMW Procar en ouverture des Grands Prix. Cette initiative est soutenue par Bernie Ecclestone qui voit un moyen d'augmenter les recettes. Or Jean-Marie Balestre s'oppose à la tenue d'une épreuve de Procar en marge du Grand Prix de France. Il agit ici sous sa double casquette de président de la FISA et de la FFSA. François Chambellan, directeur du circuit de Dijon, soutient Ecclestone et résiste à Balestre. Finalement l'épreuve de Procar aura bien lieu.

 

James Hunt a donc annoncé son retrait après le GP de Monaco. Pour le remplacer Walter Wolf a choisi le rugueux pilote finlandais Keke Rosberg, qui a déjà piloté une voiture canadienne l'année précédente pour le compte de Teddy Yip.

 

Malgré la blessure de Depailler, il y aura bien sept pilotes français sur ce GP de France. Le Parisien Patrick Gaillard remplace en effet Derek Daly au volant de l'Ensign N179. Ce très bon pilote n'a pas eu la chance de bénéficier du soutien d'une entreprise française et a dû s'exiler en F3 anglaise pour se faire remarquer. Mo Nunn lui fait confiance pour quelques courses.

 

Arrows amène en France sa nouvelle voiture. Avec l'A2 Tony Southgate a voulu pousser au maximum le principe de l'effet de sol, un peu à la manière de Colin Chapman avec la Lotus 80. Cette voiture se singularise par son nez en forme d'obus et ses pontons bulbeux dont la déportance est censée permettre la suppression des ailerons et de leurs traînées. En d'autres termes il s'agit d'obtenir une vitesse de pointe plus grande pour un appui équivalent. L'A2 n'a donc pas d'aileron tandis que les suspensions avant sont intégrées à la carrosserie en forme d'aile. Sur le papier, l'Arrows A2 est une voiture révolutionnaire. Cependant Chapman est justement en train de songer à abandonner la Lotus 80 fondée sur le même principe. La même désillusion se produit chez Arrows : dès les essais libres, ni Riccardo Patrese ni Jochen Mass n'obtiennent la déportance promise par Southgate...

 

Chez McLaren Patrick Tambay bénéficie de la M28C. Alfa Romeo est de retour avec une voiture à empattement allongé. Enfin Emerson Fittipaldi, qui tente désespérément de mettre au point sa F6, apporte une F5 un peu modifiée par l'agrandissement des extracteurs d'air. Enfin sur la Shadow DN9 on note la disparition de la cheminée façon « paquebot ».

 

Les qualifications

Dès le vendredi, il apparaît clairement que les Renault seront les voitures à battre en Bourgogne, non seulement grâce à leurs turbos, mais aussi grâce aux excellents pneus de qualifications fournis par Michelin. Jabouille pulvérise le record du circuit (1'07''19'''), soit trois secondes de mieux que la pole réalisée par Andretti en 1977 !. Arnoux le rejoint pour former une première ligne jaune et blanche à 100 %. Ces immenses progrès sont dus au double-turbo KKK qui rend la conduite beaucoup plus aisée et offre un meilleur couple. Derrière les Renault seules les Ferrari et les Brabham-Alfa Romeo résistent grâce à leurs moteurs douze cylindres. Villeneuve précède Piquet, Scheckter et Lauda. Le premier V8 Cosworth est celui de la Williams de Jones, septième, qui a vu son meilleur temps annulé pour irrespect d'un drapeau jaune. Chez Ligier, c'est la catastrophe. La nouvelle JS11 est très instable, et même s'il l'abandonne dès le samedi, Laffite n'est que huitième. Il précède Regazzoni et les Tyrrell de Jarier et de Pironi. Celui-ci a perdu une roue lors des essais pour la troisième fois cette année ! Le choc contre le rail a été terrible et la Tyrrell s'est coupée en deux. Comme à Kyalami, Pironi est miraculé...

 

Les Lotus sont au plus bas. Andretti, avec la 80, très instable dans les courbes, est douzième ; Reutemann treizième avec la 79. Ickx est seulement quatorzième et côtoie dans le ventre mou les McLaren et la Copersucar. On note la seizième place de Rosberg sur la Wolf. Il précède l'Alfa Romeo de Giacomelli. Comme il était à craindre, les Arrows A2 n'avancent pas : Patrese est 19ème, Mass 22ème.

Stuck et Rebaque complètent le fond de la grille. De Angelis, Gaillard et Merzario ne sont pas qualifiés.

 

Le samedi soir l'irascible Günther Schmidt pique une colère contre Goodyear qui ne lui fournirait que de mauvais pneus. En signe de protestation, il retire l'ATS de Stuck du Grand Prix. Cela permet à de Angelis d'être qualifié pour la course.

 

En regardant la feuille des temps on constate à quel point les performances des voitures ont augmenté en peu de temps. Avec le chrono de sa pole position de 1977, Mario Andretti s'élancerait en 1979 depuis la 23ème place ! A cause de l'effet de sol, l'adhérence et la vitesse des bolides en courbe sont impressionnantes. De nombreux pilotes commencent à trouver cela très dangereux. Ils souffrent de plus en plus physiquement et à Dijon certains comme Jacky Ickx avouent se sentir au bord du « voile noir ».

 

Le Grand Prix

120 000 spectateurs se sont pressés sur le circuit. Le record d'affluence est battu. Le temps est gris et frais, ce qui est une bonne nouvelle pour les Renault dont les turbos ne supportent guère la chaleur.

 

Lors de la mise en grille Ickx est victime d'une sortie de route. Il est obligé de se rabattre sur le mulet Ligier.

 

Départ : Jabouille s'élance moyennement et Arnoux très mal. Villeneuve surgit du côté gauche de la piste et s'empare du commandement. Jabouille conserve la deuxième place devant Scheckter. Arnoux part au large à l'extérieur à Villeroy et perd plusieurs places. Jarier a pris un « super départ » et se retrouve cinquième.

 

1er tour : Villeneuve mène devant Jabouille, Scheckter, Piquet, Jarier, Lauda, Laffite, Jones, Arnoux et Pironi.

 

2e : Villeneuve a une seconde et demie d'avance sur Jabouille.

 

3e : Dans la longue ligne droite Arnoux déborde Jones puis Laffite. Ensuite l'Australien passe le pilote Ligier.

 

4e : Scheckter menace Jabouille. Arnoux déborde Lauda à Villeroy.

 

5e : Villeneuve a trois secondes d'avance sur Jabouille, cinq secondes sur Scheckter. Jones dépasse Lauda. Andretti et Regazzoni se battent pour la onzième place.

 

6e : Arnoux est déchaîné en ce début d'après-midi et menace Jarier. Regazzoni passe Andretti. Lammers s'arrête au stand Shadow pour résoudre un problème d'allumage.

 

7e : Arnoux prend la cinquième place à Jarier.

 

8e : Villeneuve mène devant Jabouille (3.8s.), Scheckter (6s.), Piquet (7s.) et Arnoux (8.5s.). Jarier est menacé par Jones.

 

9e : L'écart n'augmente plus entre Villeneuve et Jabouille. Scheckter ne parvient plus à suivre la Renault. Toutefois Jabouille se refuse à attaquer Villeneuve si tôt afin d'épargner ses pneus. Jones dépasse Jarier. Lammers reprend la piste.

 

10e : Arnoux se fait maintenant pressant derrière Piquet.

 

11e : Arnoux déborde Piquet par l'intérieur sur la ligne de chronométrage. Regazzoni prend la dixième place à Pironi.

 

12e : Villeneuve mène devant Jabouille (4s.), Scheckter (9s.), Arnoux (11s.), Piquet (12s.), Jones (15s.) et Jarier (18s.). Suivent Lauda, Laffite, Regazzoni, Pironi, Rosberg et Reutemann. Andretti entre au stand Lotus pour résoudre un souci à l'avant droit de sa machine. Une fuite frappe un étrier de frein.

 

13e : Lauda, Laffite, Regazzoni et Pironi sont roues dans roues et se battent pour la huitième place.

 

15e : L'écart se réduit un peu entre Villeneuve et Jabouille. Arnoux dépasse Scheckter devant les stands. Le voici troisième. Andretti est sorti de sa voiture.

 

16e : Jones commence à menacer Piquet. Regazzoni prend la neuvième place à Laffite.

 

17e : Les leaders doublent les premiers retardataires. Regazzoni dépasse Lauda à Villeroy.

 

18e : Ickx fait un passage par le stand Ligier pour changer ses pneus avant, et repart en 22ème position.

 

20e : Villeneuve mène devant Jabouille (4.5s.), Arnoux (15s.), Scheckter (17s.), Piquet (20s.), Jones (21s.), Jarier (23s.), Regazzoni (25s.), Lauda (27s.) et Laffite (28s.).

 

21e : Villeneuve et Jabouille sont dans le trafic. Le Français en profite pour revenir à moins de trois secondes du Québécois. Andretti reprend la piste en vingt-quatrième et dernière position.

 

22e : Le trafic est dense et dans la ligne droite principale Jabouille doit doubler dans la même action Rebaque et Giacomelli. Deuxième arrêt aux stands pour Ickx, cette fois-ci pour changer ses pneus arrière. Le Belge se débat avec un mulet non réglé.

 

24e : A Pouas Lauda effectue un monumental tête-à-queue mais parvient à redresser sa Brabham. Cependant le moteur Alfa Romeo cale et l'Autrichien n'a plus qu'à s'arrêter sur le côté de la piste. C'est son septième abandon en huit courses en 1979.

 

26e : Villeneuve est à l'attaque pour semer Jabouille et allume une roue au freinage de Gorgeolles. En fin de tour, il n'a plus qu'une seconde et demie d'avance sur le pilote Renault.

 

28e : Giacomelli fait un passage par le stand Alfa Romeo pour résoudre un souci avec sa boîte de vitesses.

 

30e : Jabouille est revenu à moins d'une seconde de Villeneuve. Arnoux est troisième à une douzaine de secondes. A plus de quinze secondes se trouve Scheckter qui voit Piquet et Jones le rattraper.

 

32e : Jabouille est dans le sillage de Villeneuve. Il le rattrape dans la portion rapide du circuit mais perd un peu de temps dans les courbes. Jabouille commet à son tour une faute à Gorgeolles. Il escalade un trottoir et perd deux secondes sur la Ferrari.

 

34e : Jabouille perd un peu de temps derrière les voitures de Watson et d'Ickx. Scheckter est menacé par Piquet et par Jones.

 

35e : Piquet déborde Scheckter sur la ligne de chronométrage.

 

36e : Jones prend à son tour l'avantage sur Scheckter qui n'occupe plus que le sixième rang.

 

38e : Deux secondes et demie séparent Villeneuve et Jabouille.

 

40e : Mi-course : Villeneuve et Jabouille prennent un tour à Reutemann et à Pironi, respectivement onzième et douzième. Arnoux a toujours une douzaine de secondes de retard sur les deux premiers.

 

41e : Villeneuve mène devant Jabouille (1s.), Arnoux (14s.), Piquet (22s.), Jones (23s.), Scheckter (25s.), Jarier (33s.), Regazzoni (35s.) et Laffite (44s.). Watson s'arrête au stand McLaren pour changer de pneus et passe ainsi du 14ème au 18ème rang.

 

43e : Jabouille se rapproche de Villeneuve : l'écart entre eux n'est plus que d'une seconde et demie. Villeneuve paie son remarquable début de course : ses pneus sont abîmés et la Ferrari est instable.

 

45e : Le trafic est toujours aussi dense et les deux premiers sont contraints de zigzaguer entre Mass et Andretti avant la courbe de Villeroy.

 

46e : Jabouille est désormais juste derrière Villeneuve. Une demi-seconde les sépare encore. Dans la courbe de Pouas ils arrivent derrière la Shadow de de Angelis.

 

47e : Villeneuve s'infiltre par la droite pour doubler de Angelis, mais Jabouille prend l'aspiration derrière lui. Il le déborde ensuite devant les stands. Villeneuve tente de se dédoubler pour plonger à l'intérieur à Villeroy, mais il est trop loin pour tenter cette manœuvre. Jabouille est le nouveau leader. Le public français exulte.

 

48e : A environ vingt-cinq secondes de la tête de course, Piquet essaie de conserver sa quatrième place face aux assauts de Jones. Tous les deux ont semé Scheckter.

 

49e : Jabouille s'envole et possède déjà trois secondes d'avance sur Villeneuve. Laffite, seulement neuvième, concède un tour au leader. Pironi s'arrête chez Tyrrell pour réparer une jupe qui s'est abîmée.

 

50e : Jabouille mène devant Villeneuve (3.5s.), Arnoux (31s.), Piquet (34s.), Jones (35s.) et Scheckter (39s.). Suivent Jarier, Regazzoni, Laffite et Rosberg.

 

51e : De Angelis entre aux stands pour faire examiner sa voiture à l'équilibre précaire. Ickx s'arrête sur le bord du circuit suite à une panne de moteur.

 

54e : A Pouas, Piquet sort de la piste et atterrit dans les grillages de protection. Jones récupère ainsi la quatrième place et Jarier entre dans les points.

 

55e : Il y a quatre secondes entre Jabouille et Villeneuve. Fittipaldi renonce à cause d'une défaillance de son moteur.

 

56e : Scheckter décide de changer ses pneus qui sont trop usés. Après un court passage aux stands il repart en huitième position derrière Laffite, avec un tour de retard.

 

57e : Jabouille est premier devant Villeneuve (6s.), Arnoux (30s.), Jones (37s.), Jarier (52s.) et Regazzoni (54s.). Suivent Laffite, Scheckter, Rosberg et Reutemann, relégués à un tour.

 

58e : Jabouille est plus rapide que Villeneuve au rythme d'une seconde et demie par tour. Andretti regagne le stand Lotus avec une crevaison. Il reprend la route peu après.

 

60e : Jabouille comptabilise maintenant treize secondes d'avance sur Villeneuve qui rencontre des difficultés avec ses pneus. Arnoux revient peu à peu sur le Québécois. Andretti est de retour à son garage, cette fois-ci pour de bon. La suspension arrière droite de sa Lotus 80 est brisée.

 

62e: Scheckter prend la septième place à Laffite.

 

64e : Jabouille mène devant Villeneuve (17s.), Arnoux (29s.) et Jones (41s.). Jarier et Regazzoni ont près d'une minute de retard. Scheckter et Laffite ont un tour de retard et, sauf abandon devant eux, n'ont aucune chance d'inscrire un point.

 

66e : Arnoux grappille environ une seconde par tour par rapport à Villeneuve. Son retard sur la Ferrari s'élève à neuf secondes.

 

68e : Pironi revient chez Tyrrell car une de ses roues arrière est desserrée. Il se relance un peu plus tard.

 

70e : Jabouille est en route vers une fantastique victoire. Arnoux peut offrir le doublé à Renault puisqu'il est revenu à sept secondes de Villeneuve dont les pneus crient grâce.

 

71e : Arnoux réalise le meilleur tour de la course : 1'09''16'''.

 

73e : Villeneuve donne tout ce qu'il peut et effectue un freinage à la limite à Villeroy. Arnoux doit quant à lui prendre un tour à Scheckter.

 

74e : Dans la longue ligne droite principale, Arnoux « avale » en quelques centaines de mètres les retardataires Scheckter, Giacomelli et Pironi. La remontée du petit Grenoblois enthousiasme les spectateurs.

 

75e : Jabouille ne peut plus être rejoint mais sa fin de course n'est pas une partie de plaisir. A cause d'une pédale de frein trop dure, il souffre d'une crampe atroce à la jambe droite. Arnoux est revenu à deux secondes de Villeneuve. Jones a trente-huit secondes de retard sur le leader. A une minute se trouvent Jarier et Regazzoni.

 

76e : Arnoux est sur les talons de Villeneuve qui bloque une nouvelle fois une roue à Villeroy.

 

77e : Jabouille tente de tenir bon malgré ses crampes. Villeneuve et Arnoux, roues dans roues, prennent un tour à de Angelis. Pironi renonce suite à un bris de suspension à l'arrière.

 

78e : Juste devant les stands, Arnoux déborde Villeneuve par l'intérieur et prend la deuxième place. Villeneuve ne s'en laisse pas compter et conserve sa ligne. Les deux hommes abordent Villeroy côte à côte, se frottent mais Arnoux, mieux placé, l'emporte. Voici les deux Renault aux deux premières places.

 

79e : Au passage devant les stands Arnoux semble avoir une bonne avance sur Villeneuve. Mais sa Renault commence à manquer d'essence et il ne sème pas la Ferrari comme il le devrait. Villeneuve tente alors une manœuvre complètement folle : il retarde au maximum son freinage, fait crisser ses roues et plonge à l'intérieur à Villeroy. Arnoux est surpris et Villeneuve sort en premier de la courbe. Toutefois le Français reste dans le sillage de la Ferrari, prêt à prendre sa revanche après Pouas.

 

80ème et dernier tour : Arnoux se porte à la hauteur de la Ferrari à Villeroy. Villeneuve allume encore ses roues et garde sa trajectoire. Ils franchissent le virage côte à côte et Villeneuve ne cède pas dans les S de la Sablière. Arnoux mord dans la poussière et entame le second S en déséquilibre, projeté à l'extérieur. Villeneuve se jette à droite mais du coup aborde le virage n°4 du mauvais côté. Qu'à cela ne tienne, il ne cède pas un pouce de terrain mais est bien obligé de sortir légèrement en arrivant à l'épingle. Arnoux semble définitivement passé.... quand son moteur Renault hoquette. Villeneuve revient de nouveau « de nulle part », déborde Arnoux part l'intérieur à la Parabolique... les roues se touchent... et Gilles reprend la deuxième place !

 

A cause d'un souci de freins, Reutemann entre en contact avec Rosberg à Gorgeolles et finit sa course dans l'échappatoire.

 

Jean-Pierre Jabouille franchit la ligne d'arrivée en vainqueur. Derrière lui, Arnoux est blotti derrière Villeneuve. Il tente de prendre l'aspiration mais il est trop tard, et ces deux héros reçoivent le drapeau à damiers dans cet ordre, sous les vivats d'une foule en délire. Jones termine quatrième, suivi par Jarier et par Regazzoni. Viennent ensuite Scheckter et Laffite, les deux grands déçus du jour. Sont aussi à l'arrivée Rosberg, Tambay, Watson, Rebaque, Patrese, Mass, de Angelis, Giacomelli et Lammers.

 

Après la course: le triomphe de Renault et de Jabouille

Le championnat des conducteurs est peu perturbé par ce Grand Prix. Scheckter conserve la première avec 30 points contre 26 à Villeneuve et 24 à Laffite. Chez les constructeurs Ferrari porte son avance sur Ligier à quatorze points, tandis que Renault émerge à la sixième place en inscrivant treize unités d'un seul coup.

 

Jabouille est complètement épuisé par son effort des derniers tours. Perclus de crampes, il doit être extirpé de son habitacle avant de tomber dans les bras de Jean Sage et de Gérard Larrousse, sous le regard de Jean Todt, fameux copilote de Talbot. Puis la Marseillaise vient saluer ce double succès français. Larrousse et Jabouille reçoivent les félicitations de Jean-Pierre Soissons, ministre des Sports. François Guiter, directeur de la compétition chez Elf et inspirateur de la politique sportive de Renault, est également présent pour recevoir sa part des lauriers.

 

Cette victoire parachève le patient travail de Jean-Pierre Jabouille. A 37 ans, celui-ci vient de rappeler qu'il n'était pas seulement un bon technicien, mais aussi un excellent pilote, très habile et intelligent. Sa fidélité à la Régie est aussi récompensée puisqu'il est lié depuis 1966 à Renault-Gordini. Celui qui fut à la fin des années 60 le grand rival de François Cevert en Formule 3 a connu bien des chemins de traverse avant de remporter le championnat d'Europe de F2 en 1976 et de devenir le chef de file du projet Renault F1. Jabouille est aussi le premier français à remporter son Grand Prix national depuis Jean-Pierre Wimille en 1948.

La victoire de Jabouille est aussi une consécration pour tous les ingénieurs de Renault qui ont cru en cette fabuleuse aventure, et surtout pour François Castaing et Bernard Dudot, les pères du moteur turbocompressé français. Moqué à ses débuts par la presse anglaise, le turbocompresseur apparaît désormais comme l'avenir de la Formule 1. Signe des temps, en ce début juillet 1979 Enzo Ferrari annonce que la Scuderia travaille elle aussi à la conception d'un moteur turbo.

 

Enfin cet après-midi bourguignon est aussi un triomphe pour Michelin qui place trois voitures aux trois premières places. Avec cinq victoires en huit épreuves le manufacturier clermontois est en train de mettre Goodyear K.O.

 

Villeneuve et Arnoux dans la légende

Mais ce Grand Prix de France restera dans l'histoire grâce au duel acharné auquel se sont livrés Gilles Villeneuve et René Arnoux durant les trois derniers tours. Au cours de la dernière boucle leurs roues se sont touchées une bonne dizaine de fois. Cette bataille fut purement chevaleresque car les deux pilotes s'apprécient et se respectent, et surtout ont fait preuve d'une grande confiance mutuelle. Aussi jamais ils n'ont essayé de s'accrocher et, une fois la ligne d'arrivée franchie, ils sortent de leurs habitacles ravis de s'être bien amusés.

 

Pour Villeneuve, ce n'est qu'une confirmation de son incroyable adresse et de sa témérité sans borne. Mais pour Arnoux c'est une révélation : le petit Grenoblois dévoile au grand jour sa pointe de vitesses, sa dextérité et son caractère bien trempé qui font de lui un coureur redouté et le nouveau « chouchou » du public français.

Tony